Il n’existe pas de ligne droite pour The Beths…

The Beths, un groupe néo-zélandais composé de la chanteuse Elizabeth Stokes, du guitariste Jonathan Pearce, du bassiste Benjamin Sinclair et du batteur Tristan Deck, annonce la sortie de son nouvel elpee "Straight Line Was A Lie", le 29 août 2025. En avril,…

Le rire de Will Paquin

Will Paquin sortira son premier elpee, « Hahaha », ce 12 septembre. Orienté guitare,…

logo_musiczine

Ozark Henry connaît la musique Parker…

C'est vrai, l'attente a été terriblement longue ! « Us », son dernier album studio, date de 2017. Dans le monde éphémère de la musique pop, où les stars vont et viennent, c'est une éternité ! Mais il faut parfois savoir être patient, et en livrant « Light »,…

Trouver des articles

Suivez-nous !

Facebook Instagram Myspace Myspace

Fil de navigation

concours_200

Se connecter

Nos partenaires

Nos partenaires

Dernier concert - festival

Kreator - 25/03/2026
Hooverphonic
Grégory Escouflaire

Grégory Escouflaire

jeudi, 24 mai 2007 17:10

For Varying Degrees of Winter

Lawrence English a déjà bossé en compagnie de David Toop, Scanner, Janek Schaefer : autant de bons apôtres de la texture et du soundscape sachant que la musique est un langage universel, peu importe à quelle(s) source(s) elle prend vie. Et ici, c’est dans le quotidien, là où le bruit distille son élégance subliminale, que l’Australien se sent artistiquement le plus épanoui. Ne cherchez pas de mélodies dans ces instantanés d’ambiances crépusculaires, ni de schémas répétitifs : il s’agit bien d’un disque d’introspection spectrale, qui s’écoute juste comme on entend le faux silence. Et de ces drones sereins qui semblent épouser l’atmosphère on ne retient que l’absolue inconsistance. L’impression est fugace comme toutes nos humeurs, et pourtant c’est notre lot à tous… A différents degrés.

jeudi, 24 mai 2007 16:57

Switch 10

On connaît la chanson : voici la compile Switch made in Studio Brussel, 28 titres, que des tubes (Trentemoller, MSTRKRFT, Riton, The Glimmers, The Gossip, Uffie, Booka Shade, LCD Soundsystem, James Holden, Swirl People, etc.), à toutes les sauces électroniques. Cerise sur le gâteau : pour célébrer ce 10ème volume, la radio flamande offre un beau cd bonus, « The Past Belgian Classics ». Telex, Neon Judgement, Front 242, Lords of Acid, C.J. Bolland, Nacht und Nebel,… Malgré une impression de retour vers le futur, on est content de se souvenir que la Belgique est l’une des premières nations du monde à s’être mis, dans les années 80, à l’heure de la techno. A Detroit on s’en souvient d’ailleurs encore (demandez donc à Derrick May !), et on n’est pas peu fiers. Quid d’Yves de Ruyter, des Tueurs de la Lune de Miel et de Technotronic ? Demandez donc aux deux énergumènes de Simian Mobile Disco, censés devenir la nouvelle hype à la Klaxons : ils adorent « Pump up the jam ». Allez allez allez alleeeeeeeez… Soyons donc fiers de notre réputation : le beat, l’ancien, le ‘new’, c’est un peu grâce à nos braves technophiles qu’il est devenu une référence universelle. Belgium : 12 points !

jeudi, 24 mai 2007 16:50

Abandoned Language

Finies les longues stridences indus qui faisaient de Dälek l’un des duos les plus bruitistes et atypiques de la sphère hip hop : l’heure est à la condensation et à la frontalité, voire aux refrains tapageurs (« Bricks Crumble », « Corrupt ») et à l’appel du pied (« Paragraphs Relentless » et « Starved For The Truth », diptyque acid noise entre MF Dooom et « Plastic Dreams »). MC Dälek et Oktopus auraient donc décidé de mieux se faire entendre, et même s’il y a toujours de la friture sur la ligne on reçoit cette fois-ci le message 5 sur 5. Seul l’interlude ‘ligetien’, qui ne s’intitule pas « Lynch » pour rien, rappelle combien Dälek est un duo qui aime brouiller les pistes : vous dites Public Enemy ? Ils répondent Scelsi. Ailleurs l’ambiance est toujours à la morosité, mais les synthés ont remplacé les drones… Et si on danse ? Sous la chape de nappes, le groove se tapit pour mieux vous étouffer : Dälek, ou l’art du gimmick oblique. Moralité de cette chronique : parfois tout va de travers et c’est bien mieux comme ça.

 

mercredi, 23 mai 2007 19:56

The Way The Wind Blows

Enregistré en partie dans le village moldave de Zece Prajini en Roumanie, ce troisième album de Jeremy Barnes (ex-Neutral Milk Hotel) creuse encore un peu plus le sillon d’un folk klezmer en prise directe avec l’Occident. Les cuivres se marient allègrement à l’accordéon et les percus, mais sans dégager d’agaçantes humeurs à la Kusturica. De Constellation à Beirut (Zach Condon est crédité à la trompette), les musiques de l’Est de l’Europe se fraient aujourd’hui un chemin jusqu’aux oreilles des amateurs de pop-rock… Si le terme de ‘musique du monde’ a été inventé pour assurer une belle retraite à Peter Gabriel et à Paul Simon, il semble ici prendre enfin tout son sens… Albuquerque, Nouveau Mexique, Leicester, Roumanie : voilà l’itinéraire qu’a emprunté Jeremy Barnes en suivant, fidèle, le souffle du vent qui traverse sa musique et chauffe nos tympans. Sans dévier d’une ligne de conduite qu’il s’est fixée depuis quelques années, l’Anglais raffermit son propos et nous offre un album d’une belle unité, sans temps morts ni clichés carte postale. Son meilleur à ce jour.

Une ‘nuit belge’ ? Voilà un concept qui a déjà fait ses preuves l’année dernière, et qui encore une fois se solde par un succès public des plus revigorants, tous styles confondus. Evidemment les groupes à l’affiche n’ont déjà plus grand chose à prouver, et l’on ne retrouve pas à l’affiche K-Branding, I Love Sarah, Opak ou Lugubrum, mais plutôt The Tellers et Sioen –ce qui n’est pas pareil. Démarrage pied au plancher avec Les Anges, autrement dit Hulk + la claviériste déjantée de feu Fifty Foot Combo, ce groupe gantois qui a cessé d’exister après douze années de folles empoignades surf’n’roll. « The Worst is yet to come », titre l’une de leurs douze chansons, et heureusement pour eux nos rockeurs jouent avant les poussifs Mud Flow : la messe est déjà dite, merci pour le raccourci. En 40 minutes les Louviérois et leur nouvelle copine (à la langue bien pendue) auront montré de quel bois ils se chauffent : ça brûle à nos oreilles, ça bout dans le calbutte… Tel un bison en rut leur rock ne laisse aucun répit mais beaucoup de traces : dans le cerveau, sur le teint du miroir (« 50 euros »), à cet endroit du slip où les fesses se raidissent sous les assauts du riff. Ssssss… Nos tympans sifflent, oui, face aux déflagrations boogie de « Be a man » et de « You wanna have it all » : t’en veux ? Tu vas en avoir pour ton compte, à toute berzingue et sans temps morts intempestifs. Les Anges prêchent le rock’n’roll 50’s-70’s comme personne en Belgique : vivement le paradis qu’on se délite sans honte !

 

Après, bon… Il y avait Sharko. Qu’on attendait certes au tournant (son dernier album taillé pour le succès FM) mais sans grand intérêt : le type est bon sur scène, ses morceaux tout autant,… Reste la surprise, chez lui pas trop de mise. Il n’empêche que ce soir, dans un chapiteau bourré à craquer, Sharko a livré un de ses meilleurs concerts : virevoltant, pro mais pas trop, tubesque et diablement festif. Tout « Molecule » (ou presque) y passera, sans oublier les vieux hits (« Tonite », « Spotlite », « I Went Down », « Excellent (I’m special) ») qui pour le coup sonnent comme de vrais hymnes ‘un peu’ belges. C’est que David Bartholomée a retenu les leçons de ses anciens échecs publics : à force de faire le clown personne n’achetait ses disques, et c’était bien dommage. Fini le temps de l’entertainment tarte (parce que trop prévisible) : place aux refrains assimilables en cinq secondes, à répéter en chœur pour conjurer la mauvais sort. « Motels », « Trip », « Sugarboy », « Rock 1 » : l’heure est aux hymnes racés, façon U2 (l’âge d’or)/Police. L’avenir nous dira si Sharko et ses valeureux compagnons (Teuk Henri à la guitare, Julien Paschal à la batterie) veulent devenir le nouveau Placebo, mais une chose est sûre : avec un inédit dont le refrain martèle les mots ‘Godspeed’, ‘You !’, ‘Black’, ‘Emperor’, on l’entrevoit cette fois sans drache nationale.

samedi, 14 avril 2007 03:00

Festival Domino 2007

Coincé entre plusieurs retours et quelques instruments laissés à l’abandon par les Montréalais de Silver Mt. Zion, The Strange Death of Liberal England tente fébrilement de happer l’attention d’un public dispersé. On les comparerait déjà à GY!BE, et bien sûr la référence s’avère paresseuse : ici les guitares et même l’élan collectif (une fille, quatre types) ne pèsent pas lourd dans le calcul, il manque à ces jeunots des titres forts et de la carrure sonore.

Pour le déluge sonique tant espéré, Christian Fennesz s’occupe de tout, et tant pis s’il fait 27° sur les trottoirs du Boulevard Anspach. Bien planqué derrière sa guitare électrique et son laptop riche en textures malignes, l’Autrichien fait patiemment monter la sauce : après une demi-heure de soundscapes bourdonnants dont les effets sur le cortex valent bien une grosse bronchite, notre homme appuie sur la touche ‘stop’ et disparaît tel un spectre de notre champ de vision. Nos oreilles, elles, n’ont pas encore conscience du silence qui trop soudainement a repris l’avantage : ce barnum ambient-noise, qui s’insinue en nous tel un reptile en mue, n’a pas complètement disparu de notre environnement intime. Il y dort, s’y tapit, et resurgit parfois dans le fracas urbain de nos vies esseulées : « Endless Summer » vient d’être réédité et recèle deux tracks supplémentaires ? Nous ne sommes qu’au mois d’avril et déjà c’est l’été : décidément Fennesz est bien un artiste d’avant-garde.

Avant Constellation on ne parlait pas tellement du Canada dans l’atlas des musiques qui comptent, et encore moins de post-rock, une étiquette qu’Efrim, ce soir, piétinera avec emphase (‘Et y a ‘core des gens qui osent dire qu’on fait du post-rock !!!’). Même si Thee Silver Mt. Zion Memorial Orchestra & Tra-La-La Band se compose (en gros) des mêmes zigues à la base du label et de Godspeed (Efrim donc, mais aussi Sophie, Thierry, Beckie, Ian, Jessica et Scott : évitons les noms de famille, puisque Constellation est une grande famille), il s’agit ici de faire la distinction. Silver Mt Zion est avant tout un groupe vocal, du moins depuis deux ou trois ans : choral même, incantatoire à sa manière, empruntant ses gimmicks aux chants liturgiques et à la musique klezmer. ‘Nous allons vous jouer surtout des nouveaux morceaux’, déclare d’entrée de jeu Efrim, de profil face à l’un des cinq microphones qui tracent un cercle au milieu de la scène. C’est parti pour une longue rêverie quasiment inédite, comme au Botanique il y a deux ans, dont ressortira l’immense « One Million Died To Make This Sound », la chanson, le refrain, scandé en chœur pendant de longues minutes cathartiques, au-delà de la patience de certains spectateurs (surtout un seul, interpellé d’ailleurs par le groupe lors du rappel). En guise de classiques aux envolées magiques, les fantastiques « Mountains Made of Steam » et « Take These Hands and Throw Them in the River », sans parler de ce « BlindBlindBlind » encore non disponible sur disque mais qu’on avait entendu, bouche bée, l’année dernière au Cirque Royal. ‘Imagiiiine the vuuuue…’ : une heure de pure lévitation électrique et tendue, vers un ailleurs utopique mais tellement rassurant, mélancolique et politique. Vivement l’été, le vrai, que sorte enfin ce cd live !  

Org : AB Brussel – Dominofestival

 

dimanche, 02 juillet 2006 03:00

Rock Werchter 2006 : dimanche 2 juillet

On ne pèse pas grand-chose dans ce bas monde, à voir le peuple qui vous submerge de tous côtés, sous un soleil de plomb, sur une plaine perdue près de Leuven, à regarder Brian Molko chanter ses simagrées. Il en faut du courage pour braver la fatigue, la déshydratation, les décibels, la file d'attente pour boire une douche, et 1h30 de Muse. Oui, se taper quatre jours de Rock Werchter s'avère un sacré challenge. Météo : 30 degrés en moyenne. Et 80000 personnes par jour, assises, couchées, debout, partout. Ajoutez à cela la somme d'argent exorbitante à dépenser pour y participer, et 'l'événement rock de l'année' ressemble de plus en plus à un élevage en batterie de poules pondeuses. Heureusement, il n'y a pas eu de morts à Werchter, et ce grâce à la générosité des organisateurs qui ont bien voulu mettre cinq (…) robinets d'eau à disposition de leur très cher public. 'Eat your money and die !' : voilà qui ferait un bon T-shirt de festival, en taille « Girly », XS, S, M, L, XL et XXL. Espérons que Live Nation y pense pour l'année prochaine, et d'ici là…

… Bon vent à toi, le vent ! Nous te remercions pour tes brefs allers et venues. Tu as sans doute sauvé des vies de la combustion instantanée. Le soleil ? Tout le monde croyait qu'il allait un jour s'en aller, nous foutre la paix pour de bon, mais non : à peine quelques mètres carrés d'ombre de 12h00 à 16h00, près des toilettes et face à la Main Stage, bref dans des endroits où se tenir debout tient quasiment de l'impossible. Merci le soleil ! Et c'est là qu'on ne pige pas Mister E., alias Eels, qui porte une combi de plombier, un bonnet et une grosse barbe, alors qu'il fait (au moins !) 40 degrés. Entouré d'un bassiste burineur, d'un batteur à l'air hagard et d'un faux garde du corps à la moustache velue, Mark Everett enchaîne vieux tubes (« My Beloved Monster », « Mother Mary »), covers (Tom Waits, Screaming Jay Hawkins et Sinatra) et boogies frelatés sans avoir l'air de souffrir de la température. Etrange 'rock show' (la cover de Peaches) d'un type qui se fout du business, face à des gens qui cuisent comme des cocottes-minute.

… Bon vent à toi, funk soul brother ! Kanye West s'en plaignait : où est le hip hop à Werchter ? Nulle part, ou presque (The Streets ? Damian Marley ? Atmosphere ? Sean Paul ? Matisyahu ?), et l'on ne parle pas de la black music en général… La bonne nouvelle en ce dimanche de feu (le soleil, pas l'affiche), c'est qu'il y a Bettye Lavette et Leela James qui se succèdent sous la Pyramide. Ce qui est une deuxième bonne nouvelle en ces heures de zénith (Pyramide = ombre). Deux chouettes prestations, pleine de bonne humeur et de groove, qui nous feraient presque oublier l'annulation en dernière minute de Kelis… Si Bettye Lavette n'est plus toute jeune (la cinquantaine bien frappée), elle a le 'soul power' et dans la voix une tendresse éternelle que l'âge ne saurait faire mentir. Quand elle chante 'He made a woman out of me', on frémit malgré sa ménopause, d'autant que l'écrin musical au sein duquel elle se love rappelle les belles heures de Motown et de Stax. Un concert tout en volupté, à l'heure de la digestion et de la crème solaire. Leela James, elle, pourrait être sa fille, et forcément son funk soul transpire davantage sous les aisselles : sur le mode Aretha Franklin (alors Bettye serait Billie), la jeune Américaine balance la sauce avec l'élan de celle qui a tout à gagner, puisqu'en Europe peu de gens pour l'instant la connaisse. Et d'inviter tout le monde sur scène pendant le festif « Rain », dans l'espoir qu'une petite nuée réponde elle aussi à l'appel et nous épargne l'insolation forcée. 'I'll be back next year, you're amazing !', criera-t-elle à la fin de son show, impressionnée par l'accueil du public. L'ambiance, comme au concert de Vitalic, aura certes pris le dessus sur la musique elle-même (du soul funk sans grande surprise), mais c'est déjà ça de gagné à voir les tronches des gens couchés dehors, sous le soleil exactement.

… Bon vent à toi, l'électro de salon ! Sauf que là on est à Werchter, et il n'y a toujours pas d'air conditionné ni de frigo à l'horizon, mais un type au crâné rasé (Bugge Wesseltoft), un Français bien connu (Laurent Garnier) et un saxophoniste en chemise (Philippe Nadaud). Connu d'abord pour ses tubes (« Crispy Bacon », comme tout le monde après quatre jours de festival) et ses mixes techno, Laurent Garnier tente depuis « Unreasonable Behaviour » de prouver qu'il n'est pas qu'un as du BPM. D'où le trip néo-jazz, les morceaux sans gros kick qui ne démarrent jamais, et l'ennui qui s'installe si l'on attend le climax. Pour remuer des jambes, fallait donc repasser… A part pendant le final : un « The Man With the Red Face » libérateur, quoique encore mou du genou.

… Bon vent à toi, la « Sunday Night Fever » ! A croire que les gens avaient besoin de se lâcher, une fois la soirée entamée, pour évacuer ce sentiment de torpeur dont la seule cause est un astre jaune, énorme, et qui nous donne la vie en même temps qu'il la plombe. A croire que les Scissor Sisters étaient là au bon endroit au bon moment, et qu'ils écoutent encore les Bee Gees (comme John Frusciante !) et Elton John. A cinq, ils ont donné le meilleur concert de ce festival. D'excellents musiciens. Au chant un duo mirifique (Ana Matronic/Jake Shears) et des tubes qui fédèrent l'homme et la femme qui sont en chacun de nous. « Take Your Mama » en ouverture donne le ton : un truc de ouf, une ambiance géniale, le plaisir sans œillères. Sur « Laura » c'est encore mieux, et on ne parle pas de « Comfortably Numb ». 'You're the best crowd we've ever seen !', dira même la plantureuse Matronic, pas peu fière de l'extase collective dont elle est la maîtresse. Mieux encore : même les nouveaux titres, d'un album (« Ta-Dah ! ») dont la sortie est prévue pour septembre, s'avèrent déjà des hymnes. A l'applaudimètre les New-yorkais ont fait péter tous les records de ces quatre jours (en même temps c'était pas difficile), comme quoi le disco, celui de Bobby O et d'Orlando, respire encore. Quelle fête !

… Bon vent à vous !

A la fin, il y avait Depeche Mode. Un peu empâtés. Un Gahan en petite forme, un Gore un peu mièvre (« Home » et ses violons synthétiques), et puis le mystère Fletcher (joue-t-il vraiment ou fait-il semblant ?). Quant au son, lui aussi manquait de corps et de puissance : un déficit qui plombera des titres comme « I Feel You », « Question of Time » et « Walking in My Shoes », pour le coup d'une mollesse affligeante. On sauvera du lot le refrain de « Personal Jesus » scandé par des milliers de personnes, un vieux truc rare en live (« Photograph ») et le grandiose « Never Let Me Down Again » en clôture. Sinon c'était soirée karaoké, sauf que personne chantait. Pas glop. The End.

samedi, 01 juillet 2006 03:00

Rock Werchter 2006 : samedi 1er juillet

On ne pèse pas grand-chose dans ce bas monde, à voir le peuple qui vous submerge de tous côtés, sous un soleil de plomb, sur une plaine perdue près de Leuven, à regarder Brian Molko chanter ses simagrées. Il en faut du courage pour braver la fatigue, la déshydratation, les décibels, la file d'attente pour boire une douche, et 1h30 de Muse. Oui, se taper quatre jours de Rock Werchter s'avère un sacré challenge. Météo : 30 degrés en moyenne. Et 80000 personnes par jour, assises, couchées, debout, partout. Ajoutez à cela la somme d'argent exorbitante à dépenser pour y participer, et 'l'événement rock de l'année' ressemble de plus en plus à un élevage en batterie de poules pondeuses. Heureusement, il n'y a pas eu de morts à Werchter, et ce grâce à la générosité des organisateurs qui ont bien voulu mettre cinq (…) robinets d'eau à disposition de leur très cher public. 'Eat your money and die !' : voilà qui ferait un bon T-shirt de festival, en taille « Girly », XS, S, M, L, XL et XXL. Espérons que Live Nation y pense pour l'année prochaine, et d'ici là…

… Bon vent à toi, en français dans le texte ! Le groupe lounge-world-pop Arsenal cartonne en Flandre, moins en Wallonie et à Bruxelles. Une autre aberration. Il y a pourtant ce titre fort efficace, « Personne ne Bouge », featuring Balo (ex-Starflam). La preuve que ces histoires de communautarisme n'ont pas (ne devraient pas avoir ?) leur place en musique. Hendrik Willemyns et John Roan s'abreuvent ainsi à toutes les sources musicales, en plein fantasme babylonien. Le chant est en portugais, anglais, chinois, français : 'Van Afrika tot in Amerika, ja wij zijn zoveel mooier als we samen zijn'. Dit comme ça, sur de jolis airs chaloupés (« Longee », « Mr. Doorman », « The Coming »,…), on ne peut s'empêcher de sourire. De plaisir, méwéééé.

… Bon vent à toi, Bernanos ! Si le titre d'un de ses romans (« Sous le soleil de Satan ») pourrait quasi coller à l'ensemble de ce festival, il a sorti un jour cette belle phrase, que les Arctic Monkeys symbolisent en affichant une belle morgue : 'Quand la jeunesse se refroidit, le reste du monde claque des dents'. Et il n'est pas prêt d'enfiler son chandail, à voir ces quatre jeunots chanter le rock'n'roll comme si demain n'avait pas d'importance (et on ne citera pas les Who). Ils ont vingt ans à peine, la classe et les chansons : les Arctic Monkeys méritent d'être les stars d'un énième revival rock, tant leur musique transpire d'une énergie vitale. Le public, d'ailleurs, ne s'y trompe pas, réservant à ses nouveaux héros les vivats de rigueur. Joué pied au plancher, avec une insouciance pleine d'émotion, le rock de ces gamins vaut bien qu'on gueule dessus en sautillant gaiement. Des tubes aux mélodies cagnardes, voilà ce qui manquait au 'rock' de 'Rock Werchter' : en balançant les furibards « The View From the Afternoon », « When The Sun Goes Down » et « Cigarette Smoker Fiona », les Arctic Monkeys réveillent en nous le rockeur de seize ans. Wassup !!!

… Bon vent à toi, et 'na na na na naa' ! C'est même le titre de la première chanson qu'ont joué sur la Main Stage les joyeux Kaiser Chiefs, fiers descendants d'un rock briton à la Madness/Blur/Dexys Midnight Runners. Cinq mecs à la gâchette mélodique facile, qui troussent des hits à la pelle comme certains vont à la mine. Pas de quoi crier au génie, mais crier quand même, à tue-tête (et au choix) : 'And my girlfriend loooooves meeee !!!' (« Everyday I Love You Less and Less »), 'Oh my God I can't believe it I've never been this far away from home !!!' (« Oh My God »), 'In my liiiiife !!!' (bras en l'air, « Caroline, Yes »), etc. C'est amusant, comme un tour de carrousel à la Foire du Midi. Kaiser Chiefs : le groupe parfait pour vos festivals rock, vos mariages et vos anniversaires.

… Bon vent à toi, le rock seventies ! The Who, Robert Plant, The Raconteurs : Rock Werchter avait des airs de TW Classic cette année, tant certains refrains entendus ça et là sentaient la naphtaline et le vieux Deep Purple. Si Jack White n'était pas de ce monde, sans doute qu'on ne perdrait pas notre temps à deviser sur l'avenir du rock'n'roll et de la guitare à deux manches. On ne devrait pas non plus se taper une heure de juke-box à la Mark Ysaye : les covers de Led Zeppelin (« Broken Toy Soldier »), de Nancy Sinatra (« Bang Bang »), des Beatles (« Hands », « Together »), de Ron Davies (« It Ain't Easy »), de Shocking Blue (« Send Me A Postcard ») et de Danko Jones (« Samuel Sin »), et se promener à Werchter comme si c'était Woodstock. Bref il y a perpète, à une époque où Bob Dylan était le summum de la rébellion et de la révolution sonore. Eh ouais, c'était bien avant le hip hop, la techno, le shoegazing, l'ambient, que sais-je ? En résumé pour Jack White et ses trois faire-valoir (deux Greenhornes, et Brendan Benson) 'c'était mieux avant', et là on n'est pas trop d'accord. The Raconteurs ? The Conservateurs, ouais !

… Bon vent à toi, l'équipe d'Angleterre ! Si on ne vient pas à Werchter pour regarder la coupe du monde, on aime être au courant des derniers résultats. 'Do you know the score of England-Portugal ?', ironise Alex Kapranos à l'entame de « Walk Away »… Si les Franz Ferdinand étaient une équipe de foot, ils seraient sans aucun doute champions du monde : quel groupe aujourd'hui peut se targuer d'avoir autant de force mélodique, d'élégance dans son jeu et de dextérité devant le but adverse ? Quoi qu'ils balancent comme refrains, c'est à chaque fois en pleine lucarne : 'Tuuuuuube !!!', et tout le monde lève les mains en plein délire collectif, c'est la fête, la grande messe pop-rock. Enfin un groupe de qualité qui squatte les charts FM sans tackler et donner des coups de boule. Si les titres du deuxième album peinent quand même à nous faire oublier les hymnes à la « Take Me Out » et « Matinee », difficile de bouder notre plaisir : ces types en chemise rouge assurent le show sur scène, l'air d'assumer pleinement leur statut de rock stars millionnaires. Classe.

… Bon vent à toi, le disco frigidaire ! Les cheveux flottant sous l'impulsion d'un gros ventilateur, Alison Goldfrapp entame ses vocalises sur « Utopia », le premier titre qui fit connaître son groupe en l'an 2000. Depuis lors, la blonde se la joue « Material Girl », disco pouet pouet et bottes en caoutchouc : si « Train », « Strict Machine » et « Ooh la la » s'avèrent de sacrés tubes taillés pour le dancefloor, la sueur qui s'en dégage se révèle quant à elle un peu froide. Pas la peine donc de chercher l'émotion dans ces ritournelles 'morodoriennes' : il suffit de danser, l'esprit ailleurs et le sourire figé.

… Bon vent à toi, la kosmische muzik ! Et si l'on comprenait enfin l'influence prépondérante du krautrock (etc) sur le rock contemporain ? Ecouter Sigur Ros, c'est comme entendre du Amon Düül au milieu du Pôle Nord, avec des baleines qui chantent dans une langue inconnue de la race humaine. Un voile immense dissimule le groupe, qui entame son trip naturaliste par « Glosoli », un machin bien pompier qui fend le ciel de zébrures électriques. Si « Takk », le dernier album des Islandais, pêche par excès de guitares lourdingues, il reste ce zeste de tendresse qui fait qu'on aime Sigur Ros, un peu, voire beaucoup, mais plus vraiment passionnément. Dévote l'ambiance, voire soporifique, c'est selon, et c'est bien là le problème… D'autant que sur la Main Stage, dEUS a décidé de faire péter le son, et donc le rock'n'roll : « Turnpike » vs. « Hoppipolla », « Via » vs. « Popplagid », etc. La bataille fait rage dans nos tympans, qui ne savent où donner du marteau et de la trompe. A la fin le voile redescend, et Sigur Ros gémit en prenant ses guitares pour des violoncelles. Tom Barman, lui, profite de la tribune qu'on lui offre (une tête d'affiche) pour exhorter le public à 'colorer sa ville', bref à combattre le racisme et la xénophobie lors des prochaines élections communales. Pour rappel, un Anversois sur deux vote Vlaams Belang (Vlaamse Blok). Le rock peut-il inverser la tendance ? Réponse le 1er octobre à Anvers, Gand et Bruxelles, en compagnie de dEUS, Arno, Axelle Red, Adamo, Daan, Starflam et co. (etc.), parce que 'la Belgique mérite mieux que l'extrême droite' (www.0110.be). Message bien reçu !

vendredi, 30 juin 2006 03:00

Rock Werchter 2006 : vendredi 30 juin

On ne pèse pas grand-chose dans ce bas monde, à voir le peuple qui vous submerge de tous côtés, sous un soleil de plomb, sur une plaine perdue près de Leuven, à regarder Brian Molko chanter ses simagrées. Il en faut du courage pour braver la fatigue, la déshydratation, les décibels, la file d'attente pour boire une douche, et 1h30 de Muse. Oui, se taper quatre jours de Rock Werchter s'avère un sacré challenge. Météo : 30 degrés en moyenne. Et 80000 personnes par jour, assises, couchées, debout, partout. Ajoutez à cela la somme d'argent exorbitante à dépenser pour y participer, et 'l'événement rock de l'année' ressemble de plus en plus à un élevage en batterie de poules pondeuses. Heureusement, il n'y a pas eu de morts à Werchter, et ce grâce à la générosité des organisateurs qui ont bien voulu mettre cinq (…) robinets d'eau à disposition de leur très cher public. 'Eat your money and die !' : voilà qui ferait un bon T-shirt de festival, en taille « Girly », XS, S, M, L, XL et XXL. Espérons que Live Nation y pense pour l'année prochaine, et d'ici là…

… Bon vent à toi, le clonage FM ! Les 'Interpol anglais' : c'est un peu ce qu'on dit à propos des Editors. Même allure (habits noirs, sourire figé), même voix (sépulcrale, profonde, à la Ian Curtis – cette figure tutélaire), et quasi le même genre de tubes (« Blood », « Munich », etc.) mais en moins percutants. Autant d'éléments qui augurent un prochain triomphe, à moins que le vent ne tourne et que le post-punk/no/cold wave revival devienne rapidement ringard. On parle de soussous, de covers du NME, de compiles Rough Trade et de dossiers dans les Inrocks. Des rumeurs courent d'ailleurs que la coupe 'mulet' devrait bientôt revenir à la mode, tout comme la musique de Fleetwood Mac et de Blue Oyster Cult (cfr. The Raconteurs).

… Bon vent à toi, l'amateurisme qui fait mouche ! La meilleure idée d'Alec Ounsworth est d'avoir nommé son groupe Clap Your Hands Say Yeah, comme ça plus besoin de gueuler le nom avant le concert ou au rappel : il suffit de 'taper des mains et de dire Ouais !' Même Guy Debord ou Gilles Deleuze n'y auraient pas pensé… Il faudrait donc, pour bien faire, applaudir en cadence pendant tout le concert. Sauf qu'en live, les CYHSY sont loin de convaincre, tant leurs faits et gestes s'avèrent emprunts d'une nonchalance rébarbative. Si sur disque la voix étranglée d'Ounsworth et les mélodies bancales parviennent à faire mouche, sur scène c'est tout le contraire : on se croirait presque à un concours rock amateur, d'autant que le groupe n'a pas beaucoup d'allure… Pour l'ambiance, il fallait donc aller voir du côté de la Main Stage, où Kanye West faisait péter son hip hop de première classe devant un parterre pour une fois échaudé. Accompagné d'un quatuor à cordes, d'un DJ et d'un garde du corps, l'Américain s'amuse (sur « Take on Me » d'A-Ha), joue au chef d'orchestre (le « Bitter Sweet Symphony » du Andrew Oldham Orchestra) et brocarde gentiment les organisateurs du festival pour leur manque d'éclectisme. C'est un fait (et un scandale) : le hip hop est le parent pauvre de l'affiche, mangé tout cru par le rock, qui se taille la grosse part du gâteau… Un constat d'autant plus alarmant que le concert de Kanye West était l'un des meilleurs de ces quatre jours de déluge sonore. Des hits (« We Don't Care », « Get 'Em High », « Heard 'Em Say », « All Falls Down », « Gold Digger », « Jesus Walks », et, en apothéose, « Touch The Sky » et son sample de Curtis Mayfield), de la bonne humeur, et un mec qui ose dire ce qu'il pense sans jouer les fiers-à-bras. Big up !

… Bon vent à toi, l'Angleterre de Coldplay ! Sans doute n'ont-ils pas les tubes FM de leurs compatriotes humanitaires, mais les cinq types de Elbow, eux, ne se prennent pas la tête et gardent le sourire. On peut parler ici de véritable humanité, de gentillesse, et ça n'a rien de péjoratif : quand Guy Garvey dédicace « Newborn » à ses deux collègues Craig Potter et Richard Jupp, papas depuis peu, c'est fait avec tellement de sincérité qu'on ne peut qu'applaudir… Surtout que le titre en question, le dernier de la setlist, s'avère l'un des meilleurs du groupe, tout en montée et en intensité. Pour le reste c'est du pop-rock aux atmosphères dilatées, sans tambours ni trompettes, autrement dit parfait pour reprendre ses esprits avant la tempête Mogwai. Une belle grosse tempête, ponctuée de moments d'accalmie, d'éclairs de chaleur et de coups de tonnerre imprévisibles. Mention spéciale à Stuart Braithwaite, qui s'est planté à un moment crucial de l'hénaurme « Mogwai Fear Satan » : en balançant trop tôt sa partie de riff (un glissement ? une faute d'attention ?), le guitariste aura brisé toute la chaîne noisy patiemment tricotée par lui et ses potes depuis plusieurs minutes. La cathédrale sonique ainsi réduite en cendres, l'effet voulu (et tant attendu) sonnera finalement comme un pétard mouillé… Dommage ! Mais à part cette bourde innommable, les Ecossais nous auront quand même gratifié de quelques-uns de leurs meilleurs morceaux : « Yes ! I Am A Long Way From Home » en ouverture, « Ithica 27 o 9 », « Helicon 1 », « Friend of the Night »… Un grand moment de rock'n'roll, malgré l'éjaculation précoce de « Mogwai Fear Satan ».

… Bon vent à toi, la new beat ! Du beat, du vrai, enfin, qu'on satisfasse cette envie pressante de plier du genou en pointant du doigt les étoiles comme autant d'éclats d'une immense boule à facettes. C'est l'heure de la grosse nouba, sponsorisée par les frères Dewaele, alias les 2Many DJ's, alias la moitié de Soulwax, alias les producteurs du « Sexor » de Tiga, alias les mecs qui ont fait découvrir Vitalic au monde entier (sur leur mix-bootleg « As Heard… Part 2 ») : toute une bande de potes qui se retrouvent ici ce soir, pour transformer la pyramide en chaudron bouillant, et la plaine qui l'encercle en fourmilière au cœur unique, battant la mesure sur le poumtchak salvateur. C'est une heure en avance sur le programme que Pascal Arbez s'empare de ses laptops et séquenceurs divers, devant une foule qui s'extasie dès les premiers retentissements de sa techno cow-boy. Dehors, il fait très chaud. Sous la tente circulaire c'est bien pire : il pleut des gouttes de sueur. C'est « La Rock 01 », comme d'habitude, qui remporte la palme de l'ambiance : un hymne techno de la trempe d'un « Da Funk », d'un « Spastik » ou d'un « Southside », qui rend les gens fous et la croix rouge alerte. Malgré les titres mixés comme un sacré bourrin par le Français (des pistes qu'il lance - mal - sur son ordi), personne ici ne s'en inquiète et c'est normal : dans une telle ambiance, on pardonne allègrement ce genre de détails crispants. D'autant qu'à la fin de son set, Vitalic gratifie l'assemblée d'un bon vieux « Sound of C », de nos gloires nationales… les fameux Confetti's. La new beat, ce trésor national, s'avère de plus en plus une influence majeure chez les DJ's et musiciens techno, de Derrick May à la clique de DJ Hell (International DeeJays Gigolos). De la 'new new beat' ? A voir le costume de Tiga (tout en blanc, chapeau compris), il est certain que les eighties restent d'actualité. Qu'il balance ses propres tubes (dont une version mixée incroyable de son « Hot in Herre » - en fait de Nelly - avec le « Rollin' and Scratchin' » de Daft Punk) ou ceux des autres (à noter : le « Blue Orchid » des White Stripes passe très bien mixé à de l'électro), c'est la fête, l'extase océanique, ce sentiment toujours précieux de ne faire qu'un avec les gens qui dansent auprès de vous. Et ici ils se comptent par milliers. Que dire alors de la prestation des 2Many DJ's, si ce n'est qu'une fois dans le bain c'est si bon d'y rester ? Après le concert « Nite Versions » de Soulwax (combis blanches, prénoms-néons, beats efficaces), les 'Fucking Dewaele Brothers' ont prouvé encore une fois qu'ils ont un sens incroyable du DJing tout-terrain, mixant futurs tubes planétaires et vieilles scies au lustre à chaque fois redoré. Une soirée mémorable, sous le signe de toutes les musiques, mixées à l'encontre de tout purisme réducteur.

jeudi, 29 juin 2006 03:00

Rock Werchter 2006 : jeudi 29 juin.

On ne pèse pas grand-chose dans ce bas monde, à voir le peuple qui vous submerge de tous côtés, sous un soleil de plomb, sur une plaine perdue près de Leuven, à regarder Brian Molko chanter ses simagrées. Il en faut du courage pour braver la fatigue, la déshydratation, les décibels, la file d'attente pour boire une douche, et 1h30 de Muse. Oui, se taper quatre jours de Rock Werchter s'avère un sacré challenge. Météo : 30 degrés en moyenne. Et 80000 personnes par jour, assises, couchées, debout, partout. Ajoutez à cela la somme d'argent exorbitante à dépenser pour y participer, et 'l'événement rock de l'année' ressemble de plus en plus à un élevage en batterie de poules pondeuses. Heureusement, il n'y a pas eu de morts à Werchter, et ce grâce à la générosité des organisateurs qui ont bien voulu mettre cinq (…) robinets d'eau à disposition de leur très cher public. 'Eat your money and die !' : voilà qui ferait un bon T-shirt de festival, en taille « Girly », XS, S, M, L, XL et XXL. Espérons que Live Nation y pense pour l'année prochaine, et d'ici là…

… Bon vent à toi, la jeunesse qui fout le camp ! Il est à peine 18h00 en ce premier jour de festival que déjà le soleil tape plus fort que l'intégrale des Deftones. Chino, de plus en plus obèse, peine à éructer son mal-être juvénile. Normal : il n'est plus jeune. Le poids de l'âge l'empêche de sautiller comme en 95, à cette époque où le 'nu-metal' régnait en maître sur les charts. D'« Adrenaline » il lui en reste assez pour chanter du Deftones, mais sur le mode du pilotage automatique. Il est probable que les Américains changent leur fusil d'épaule à court ou moyen terme, et ralentissent leur musique (l'inédit joué ce soir, à l'ambiance très spongieuse, tiré d'un nouvel album qui sort à l'automne). Le side-project de Moreno, Team Sleep, en était le signe avant-coureur… Après, c'est une question de tubes, enchaînés vite fait bien fait pour satisfaire tout le monde (« Passenger » en ouverture, sans Maynard James Keenan, puis « Feiticira », « My Own Summer (Shove It) », Root, Nosebleed, Be Quiet and Drive (Far Away) », « Change (in the House of Flies) » et le grandiose « 7 Words »,…). Du bon boulot, sans plus.

… Bon vent à toi, le rock progressif ! Si Maynard James Keenan n'était pas présent aux côtés de Chino lors de « Passenger », c'est sans doute parce qu'après les Deftones il y avait Tool, dont il est le chanteur. Quand on est le 'frontman' d'un des groupes de rock les plus puissants de la planète, faut-il à tout prix se préserver avant chaque concert, se concentrer et faire une prière, éviter de boire un casier de bières et de se faire renverser par une voiture ? Y a-t-il un secret ? Aiment-ils les premiers Yes ? Toujours est-il que « 10,000 Days », le dernier album de Tool, sonne durablement à nos tympans comme un Panzer lancé à toute allure dans un champ de mines adverse. C'est de la grosse artillerie, du matos de pro : on parle ici de metal 'crimsonien', et ça pète dans tous les sens à coups de frappes chirurgicales. Maynard a le torse nu, une crête sur le crâne dissimulée par un Stetson, une colonne vertébrale tatouée sur sa colonne vertébrale, et des lunettes à la Starsky et Hutch. Les trois autres ressemblent étrangement à des métalleux middle-class qui cachent bien leur jeu… Et de fait : une basse, une guitare, une batterie et une voix suffisent pour évoquer l'Enfer, le Jugement Dernier, l'Apocalypse. En huit titres d'une fureur métronomique, Tool rappelle aux infidèles qu'on peut faire (et écouter) du metal sans avoir l'air ridicule, et qu'en plus ça rapporte (« 10,000 Days » cartonne ici et ailleurs). « Stinkfist » ouvre le bal (des damnés), et le ton est donné. Du coup le soleil fait moins le malin, et tout le monde lève le poing en cadence, sur « The Pot », « Forty Six & 2 », « Jambi », « Sober », « Lateralus », « Vicarious » et « Aenema ». Fin des affrontements, victoire de Tool par KO.

… Manu, Chao à toi ! Le jeu de mot est facile, mais il fallait le faire. Bien qu'aucune actualité discographique ne soit au programme de l'ex-Mano Negra, l'idée de l'inviter sur la Main Stage pour faire péter l'ambiance n'avait rien de saugrenu. Comme d'habitude, Manu Chao et son Radio Bemba Soundsystem ont donc mis le feu sur la plaine de Werchter, en toute grâce, sans se forcer. Avant l'entrée en scène de Manu, son groupe déjà s'échauffe, devant un public attentif qui le regarde jouer sans l'entendre. Etrange bal populaire, augurant un décollage sonore d'une grande intensité. 'Et c'est parti pour le show, et c'est parti tout le monde est chaud' : Manu déboule, monte le son et balance les hits sans temps morts. Ses musiciens assurent côté guitares et basse, même si la formule est désormais connue de tous. Ici, aucun mystère : c'est l'équilibre parfait entre ballades reggae-salsa-pop et footings ska-punk, qui s'emboîtent comme des pièces d'un puzzle. Ces ruptures de rythme finissent évidemment par agacer, d'où l'incident en fin de concert : 'et je coupe le son !', comme le chante Katerine, sauf qu'ici personne n'aura songé à le remettre, et Manu de faire un doigt d'honneur aux caméras et de se casser sans dire au revoir. Quand c'est l'heure, c'est l'heure, et tant pis pour le rappel, qui aurait dû se composer des titres suivants : « Mala Vida », « Makina », « Elegir », « Bobby Lent » et « Sidi H Bibi ». Forcément, il y a de quoi se fâcher tout rouge. 

… Bon vent à toi, le tueur de coyotes ! Des stars, ouaip. 'Le plus grand groupe de rock du monde', titrait le Mojo il y a plus d'un an, en parlant des Red Hot Chili Peppers. Ce soir en tout cas, ils n'auront assuré que le strict minimum syndical : « en roue libre » comme on dit, et à regarder de plus près les textes de Kiedis, on se dit que le bonhomme ne l'a pas inventée (la roue). Ce soir, plus que d'habitude, c'était lui le maillon faible : petite voix, présence effacée, et une chemise qu'il gardera quasi tout le concert (NDR : or, un concert des Red Hot sans un Kiedis torse nu n'est pas vraiment un concert des Red Hot). Peut-être n'avait-il même pas envie de monter sur scène, ce qui explique sans doute pourquoi Frusciante, Flea et Smith auront tricoté pendant 10 minutes en attendant que leur chanteur se pointe. « Can't Stop » en ouverture, puis « Dani California » et « Scar Tissue » démarrent les festivités, sous un ciel moite qui calme les ardeurs. Le soleil aurait-il eu raison, déjà, de la fougue des plus intrépides ? La mollesse est communicative, et l'on bâille à l'écoute de ces nouveaux morceaux (« Charlie », « Warlocks », « Snow », « Wet Sand », « Tell Me Baby ») aux relents funk rock à peine audibles. Une vieillerie (« Me And My Friends », 1987), deux-trois tubes (« Parallel Universe », « Californication » et un « By The Way » à rallonge), mais pas de « Give It Away » ni de « Under the Bridge »… Constat amer ou amusant : le meilleur moment du concert est à mettre sur le compte des Bee Gees et de leur hit « How Deep Is Your Love ? », interprété par un Frusciante en solo, terriblement touchant.

… Bon vent à toi, la mondialisation ! N'ergotons pas sur l'avenir de notre planète, et laissons donc les Black Eyed Peas nous donner leur version de la globalisation… Ou comment s'approprier le « Misirlou » de Dick Dale (« Pump It »), Bollywood (« Don't Phunk With My Heart »), l'électro-hop à la N.E.R.D. (« My Humps »), le reggae, la rumba, la pop, le rock, etc., pour en faire des tubes certifiés platine, sans se fouler le cul. Que ceux qui aimaient les Black Eyed Peas avant le polissage FM (l'album « Bridging the Gap ») passent ici leur chemin : on ne parle plus du même groupe. Ambiance aussi du côté du Marquee, avec Roger Sanchez, DJ housy au poil, mais pas original. Les gens dansent en cadence sur le plancher qui rebondit. Un peu de beat après tant de riffs, c'est quasi l'oasis. « Let's Get Retarded », comme le gueule Will.i.am, mais ne soyons pas dupes : c'est du divertissement, rien d'autre. Et c'est pour ça qu'on paie.

Page 100 sur 115