La nation fantôme de The Besnard Lakes…

Le septième opus de Besnard Lakes, « The Besnard Lakes Are the Ghost Nation », paraîtra ce 10 octobre, confirmant ainsi son statut de l'un des groupes les plus constants de ces 20 dernières années, dont la vision et la qualité sont difficilement égalables…

Le rire de Will Paquin

Will Paquin sortira son premier elpee, « Hahaha », ce 12 septembre. Orienté guitare,…

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Miossec simplifie…

Miossec, le poète du Finistère, reprend la route avec "Simplifier", un album vibrant de sincérité et d’émotions brutes. Entre coups de cœur, coups de gueule et coups de blues, il continue de chanter la vie comme personne, avec cet amour immuable pour sa…

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Grégory Escouflaire

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vendredi, 07 juillet 2006 03:00

Les Ardentes 2006 : vendredi 7 juillet

« Liège ». C'est le titre d'un des morceaux de Para One, sur son album « Epiphanie ». Pas étonnant dès lors qu'en ouverture des Ardentes, on retrouve les joyeux drilles de TTC, fans de la Cité Ardente et de son atmosphère toxique. Nous sommes aux bords de la Meuse, coincés entre un énorme hangar technoïde et les arbres d'un parc (l'Astrid) qui nous rappelle le Cactus. Une longue allée dédiée aux plaisirs de la gastronomie festivalière s'étale entre ces deux lieux de concerts et, surtout, de DJ-sets. On se croirait presque à l'heure du midi, lorsqu'on attend dans la file du buffet. Mais non : il est 20h00, et Liège s'éveille. La foule hétéroclite se balade gentiment en consommant des bières.

Quand TTC débarque sur scène pour y mettre le souk, l'ambiance n'est donc pas très ardente : après le quart d'heure de digestion réglementaire, le sang finit quand même par monter à la tête, et l'on crie 'Bouge ton gros cul, pute, fais-le rebondir !', en souriant bêtement. Les tubes s'enchaînent, l'ambiance est à son comble pendant « Catalogue » et les inévitables « Girlfriend » et « Dans le Club », traînés en longueur pour faire durer le plaisir. Surtout celui des trois rappeurs, qui ne se lassent décidément pas de l'accueil du public belge, toujours fort amical. Les TTC sont des stars à Tox City, et pour remercier leurs (jeunes) fans (en pull-over Etnies) de montrer tant leur amour du beat 'ben fé', ils offrent un nouveau titre, « Paris, Paris », changé en… « Liège, Liège » pour l'occasion, et un bon vieil a capella de « Leguman », le tube qui les a fait connaître. Aucune compo, par contre, de « Ceci n'est pas un disque », mais pas mal de freestyle de CuiziCuiz, le 'pimp' façon Gloubiboulga, alias Cuizinier, « laisse-lui donc te dire ASS », etc., qui s'émancipe avantageusement depuis la sortie de ses deux « street tape », « Pour les filles, vol. 1 & 2 ». Au menu de l'intermède, « Saute sur ma musique », « J'aime bouger ça » (un bootleg démentiel d'« I Like 2 Move It »), « Va t'asseoir », et bien d'autres fantaisies machistes et tape-à-l'œil. Mais on est là pour rire.

Rien de surprenant à ce que les deux Allemands de Modeselektor succèdent à nos b-boys mi-thugs mi-nerds, puisqu'ils sont à l'origine de « Dancingbox », cette tuerie électro 'featuring'… TTC (et que Thom Yorke himself adore). C'est un tube, que les deux pensionnaires de Bpitch Control n'oublieront pas de faire péter, avec Teki Latex traînant dans les parages.

Une bonne mise en jambes avant l'ouragan Sven Väth, qui n'a rien perdu de sa verve BPM : on se croirait presque à la Love Parade de Berlin il y a dix ans, le million de personnes et le soleil en moins (il fait noir, et il bruine).

Après, tout est question d'énergie et d'endurance face aux invectives EBM de Blackstrobe. On dirait de plus en plus du Front 242 remixé par Fischerspooner. Parti l'Ivan Smagghe, ne reste plus qu'Arnaud Rebotini, sa mine patibulaire de Des Esseintes indus, deux trois hits underground, tout au plus.

Heureusement, dans le hall 'Minimal', il y a Reinhard Voigt, de l'écurie Kompakt. L'espace est un peu exigu et la chaleur quasi insoutenable, mais le beat moite et pesant de l'Allemand (un de plus) fait du bien aux neurones, cramoisis par la rythmique soutenue qui les tenaille depuis déjà 5 heures.

Tenir, il faut tenir jusqu'à Oxia, le pote à The Hacker (l'excellent « Domino », sur Kompakt justement). Il faut tenir… ten… Oufti, il est déjà 6h00 ! Il faut rentrer chez soi et reconstruire sa flore intestinale. La vie de clubber ? Demandez donc à votre pharmacien.

 

Aller à un concert de Cure, c'est comme tremper ses doigts gelés dans un vieux bénitier : on le fait seulement parce qu'on y croit – c'est ça, être fan, comme dirait Obispo. Et les fans de Cure sont légion : ils ont même un patronyme à eux, ce qui se fait très rare. Des curistes, donc : souvent de grandes filles qui se donnent l'air blafardes, ou des garçons trop vieux pour mourir jeunes, coincés dans les eighties depuis leur premier choc 'Pornography-que'. Voilà des gens pourtant normaux, qui travaillent et qui dorment, mais qui deviennent un peu foufous dès qu'on leur parle de Bob, de Baudelaire et de Camus… Le romantisme façon fin de siècle, les chemises à jabot et le Rimmel planqué dans le frigo : il y a des tics à respecter pour être un vrai curiste. Certains se piqueraient même les fesses à coup de cortisone, pour ressembler à leur idole quinquagénaire, bouffi par la déprime et la défonce. C'est clair : les curistes préfèrent le Cure pas drôle, celui de la trilogie Seventeen Seconds-Faith-Pornography.

 

On n'est pas là pour rire, et quand les Cranes débutent leur set tout le monde regarde déjà sa montre : plus que deux heures à écumer des bières, en attendant que Bob ramène sa fraise de vieux goth à la Barry Lyndon. Les Cranes, donc : un air de shoegazing à côté de ses pompes, et quelques tubes pour plaire aux fans – s'il en reste.

Mercury Rev ? On l'avait oublié, mais ce groupe a pondu de bons disques, d'abord psychédéliques et bien barrés (pléonasme), ensuite plus orchestraux mais pas moins addictifs. Le dernier, par contre, est d'un ennui profond, comme si le Rev s'affadissait au fil des ans à force de chercher la petite bête. A part quelques pépites extraites de « All Is Dream » et de « Deserter's Song » (l'album de la consécration), rien de ce live ne valait qu'on se tienne l'entrejambes en criant de bonheur. Mercury Rev, déjà de l'histoire ancienne ? Ca fait 15 ans que ça dure, donc oui.

'Et les Cure ?', rétorqueront les sceptiques ? Ils se font vieux et s'accrochent, mais leur musique, elle, demeure étonnamment vivace. Il suffit d'écouter la radio pour s'en convaincre : Interpol, The Killers, VHS or Beta, The Rapture, Placebo, voire les Deftones et Blink 182 (si si)… Ils ont sans doute écouté Cure en pleine montée d'acné, comme tout ado en manque de repères. Une chance : Roger O' Donnell n'est plus de la partie, donc point de synthé chez les Cure 2005. Perry Bamonte lui aussi s'est barré : c'est Porl Thompson qui le remplace, et c'est une deuxième bonne nouvelle. Son doigté légendaire illuminera ce live, même s'il n'a plus de crinière. A 4 au lieu de 5, les Cure se voient donc obligés de resserrer les vis. Finies donc les ambiances synthétiques cheap : la guitare redevient souveraine, les curistes brament en crêpant leurs vieilles mèches. « Open », en ouverture, donne le ton : électrique, forcément. Pendant plus de deux heures, Bob et sa bande revisiteront avec panache une belle partie de leur répertoire le plus glacé, avec en ligne de mire trois albums mirifiques : « Wish », « Seventeen Seconds » et « The Head on the Door »… Du dernier, produit par le méchant Ross Robinson (Limp Bizkit, Slipknot, At The Drive-In, The Blood Brothers,…), les Anglais joueront trois titres, pied au plancher et la tête dans le guidon. Heureusement, « Shake Dog Shake » remettra vite les vieilles pendules à l'heure : grand morceau, qui plus est rare en live. « At Night », « M », « Play For Today » (et sa partie de synthés reprise cette fois par le public), « The Blood », « Push », « A Night Like This », « Never Enough », « End », « A Strange Day »,… Les fans auraient eu tort de ne pas sauter de joie ! D'autant qu'en rappel, c'est "A Forest", "Why Can't I Be You", "Let's Go To Bed" et "Boy's Don't Cry" que les Cure balancent sans crier gare. Il s'agissait sans doute d'un des meilleurs concerts belges de Cure, depuis 10 ans… Et rien ne prévoit une baisse de régime de leur part : après la réédition « Deluxe » de la trilogie et du premier album, voilà que Robert vient d'annoncer un album pour avril 2006 ! Mais quand s'arrêteront-ils ? Jaméééé, et c'est ça qui est terrible.            

 

dimanche, 04 juillet 2004 03:00

Rock Werchter 2004 : dimanche 4 juillet

Après trois jours de bourlingue festivalière, les genoux fatiguent mais le cœur y est toujours, d'autant que pour la première fois à Werchter est programmé un groupe wallon : un événement en soi, qui confirme une fois pour toutes la bonne santé de la scène francophone. Il y a quelques mois, on pariait sur la venue de Girls In Hawaii à Werchter (cfr review concert AB). C'est chose faite. Certes, Venus est déjà passé par ici, mais c'était en remplacement de dernière minute… Les Girls étaient donc attendus de pied ferme, et pas seulement par les francophones de Werchter (plus nombreux semble-t-il que d'habitude) : il y avait des flamands sous la tente, preuve que le snobisme du Nord n'est qu'une invention de critiques rock en mal de scoops communautaires (votre serviteur en premier…). Ca roule donc plutôt bien pour Girls In Hawaii : à l'affiche de la plupart des gros festivals européens de cet été (des Eurockéennes à Benicassim), le groupe hennuyer est bien parti pour ravir le trône à… Venus du « groupe wallon le mieux exporté » de ces dernières années. Après Danko Jones et ses pétards rock furibards (un bon réveil matin), les Brainois se devaient d'assurer : ça commence fort par « Short Song For A Short Mind ». L'ambiance est bon enfant, les applaudissements nourris. Il faut dire que les Girls écument les salles depuis maintenant plus d'un an, ce qu'il faut de temps à un jeune groupe pour parfaire ses sets et éviter toute maladresse. A dire vrai, chaque concert des Girls In Hawaii se révèle à chaque fois de mieux en mieux. Ici, le groupe surprend par sa maîtrise et sa force de frappe. Oui, les Girls In Hawaii n'ont plus rien du groupe timide qu'on a pu voir l'année dernière à Dour… « Time To Forgive The Winter », « Found In The Ground », « Catwalk »,… Le groupe est soudé, le son excellent. Lors du dernier titre, le fameux « Flavor » et ses montées de guitares à la God Machine, le public se lâche pour de bon, et le groupe avec. Devenu au fil de leurs concerts le morceau le plus attendu par les fans, « Flavor » impressionne par sa puissance métronomique… A tel point qu'au moment du dernier accord plaqué par le groupe, la tente exulte. Et c'est parti pour un rappel, dans la plus pure tradition Girls In Hawaii : l'instrumental stoner-surf ( ?) dont le titre nous échappe (un inédit), qui finit de nous mettre sur les rotules. Un grand concert mené de main de maître. Les Girls In Hawaii ont la grande classe (NDLR : pas pour rien que Musiczine leur avait consacré une interview l'année dernière !), et leur musique est savoureuse.

Après telle claque, autant reprendre ses esprits en comatant aux abords de la tente : ça vaut mieux qu'aller fureter du côté de la Main Stage, où les affreux Zornik gueulent leur rock anal à la Muse.

Tant qu'à faire, autant rester pour le Gantois Sioen, même si son folk-rock brechtien plein d'emphase est loin de nous ravir les oreilles. Assis derrière son petit piano, Sioen hulule ses complaintes théâtrales en oubliant que le « less is more » vaut souvent mieux que toute débauche démonstrative. « See You Naked », « Cruisin' », « Wild Wild West » : des hits en Flandre, mais rien de bien subtil. On a déjà comparé Sioen à Stef Kamil Carlens : c'est une grossière erreur (cfr review Dour 2003). Sioen ne vaut pas telle éloge. D'un romantisme grossier, ses chansons boursouflées sonnent comme la bande-son parfaite d'un mauvais film avec Meg Ryan (pléonasme).

Après ces deux heures d'ennui profond, il était temps que Roy Paci nous réveille. Trompettiste au sein du Radio Bemba Soundsystem de Manu Chao, le Sicilien et sa bande de joyeux drilles (Aretuska) n'auront eu aucun mal à faire danser un public éreinté par les jérémiades de Starsailor. Leur cocktail détonnant de ska, de rythmes latino et de saynètes à la « Canto di Malavita » valaient assurément le détour : au début plutôt calme, le public se lâcha rapidement, pour laisser exploser sa joie dès le milieu du concert. Roy Paci et son groupe avait cette année la lourde tâche d'être le groupe « world » de l'affiche (une constante à Werchter, parce qu'il faut bien contenter tout le monde) : contrat pleinement rempli, avec ce concert du feu de dieu.

En face, c'était au tour de Lamb de réchauffer l'ambiance après Starsailor et ses grosses montées d'urticaire. Ce n'est un secret pour personne : Louise Rhodes et Andy Barlow aiment le public belge, qui le lui rend bien. Pour la quatrième fois à Werchter, le duo britannique n'avait donc plus grand chose à prouver : un bon prétexte pour se lâcher en proposant un set un peu différent des sempiternels best of de festivals. C'est par « Soft Mistake », étrange instrumental psyché-bobo tiré de l'album « Fear of Four », que Lamb débute son concert. Une belle introduction, sans la chanteuse, qui n'apparaît que pour le morceau suivant (« Gold »), dans une robe ravissante à la Dries Van Noten.

Mais déjà de l'autre côté s'affairent les bidouilleurs post rock de Tortoise… Un choix de programmation assez curieux quand on connaît le souci rassembleur du festival de Werchter. C'est que le rock instrumental de ces Américains n'est pas vraiment taillé pour la masse : oscillant sans cesse entre une certaine idée du free jazz et de la musique minimaliste (Steve Reich en tête), Tortoise passe souvent pour le groupe intello par excellence. Pas le genre de la maison Werchter, mais en fin de compte pourquoi s'en plaindre ? Même si le public était clairsemé (mais les spectateurs présents plus qu'attentifs), Tortoise aura livré un set formidable de précision et de profondeur, avec comme climax les fantastiques « Ten-Day Interval » et « I Set My Face To The Hillside » (de « TNT »). Et puis voir Douglas McCombs et John McEntire se livrer face-à-face à des combats de batterie ou de vibraphones, il n'y a rien à dire : ça le fait.

Voir PJ Harvey en concert s'avère toujours un grand moment : après son passage au Pukkelpop l'année dernière, l'Anglaise remet les couverts à Werchter, avec cette fois un nouvel album sous les bras, le brut et racé « Uh Huh Her ». Revenue à un son plus carré et dépouillé à la « Dry », PJ Harvey débute son concert par « The Life And Death of Mr. Bad Mouth », le titre d'ouverture de son septième album. Le son est ramassé, la belle rugit derrière son micro, vêtue d'une robe jaune vintage et d'escarpins rose flash. Après « The Whores Hustle And The Hustlers Whore », le nouveau single « The Letter » et l'irascible « Dress » (de « Dry »), la chanteuse qui jusque là semblait distraite, se détend et lâche la purée : c'est « EVOL », puis « A Perfect Day Elise », avant les splendides « Down By The Water » et « Meet Ze Monsta », de « To Bring You My Love » (son meilleur album, le plus velouté, le plus charmeur). PJ incarne l'essence même du rock au féminin : sans cesse sur le fil du rasoir, d'une puissance pleine de grâce, son répertoire ne souffre d'aucune baisse de tension. En toute fin, « Taut » (de « Dancehall at Louse Point ») et « Big Exit » achèvent l'audience de leurs refrains félins. Encore une fois, PJ Harvey fit mouche. On n'aurait pas craché sur une demi-heure de plus.

Et puis ce fût les Pixies. Le concert le plus attendu de ce festival de Werchter. De l'année. Plus de dix ans qu'on attendait ce moment : pour toute une génération, les Pixies sont le groupe qui inventa Nirvana, le grunge (etc.), en redorant le blason d'un rock qui, fin des années 80, excitait autant l'auditeur lambda qu'un plat de nouilles resté trop longtemps au réfrigérateur. Avec eux, il faisait bon de réécouter des guitares, ces fameux trois accords qui suffisent parfois pour fonder un groupe. Et quel groupe, ces Pixies ! Leur carrière aussi courte et fulgurante qu'une étoile filante aura marqué bien des esprits, de Mudhoney aux Strokes. Autant dire que les voir fouler une scène, dix ans après leur split, relevait pour beaucoup du pur fantasme à la Nick Hornby. Les Pixies ! Il y a un an à peine, Frank Black niait encore vigoureusement toute possibilité de reformer son groupe fétiche. « Plutôt avoir un cancer des testicules » (gasp), ironisait-il… Et pourtant les voilà, au grand complet : si Kim Deal a pris du poids, son jeu de basse minimaliste reste spectaculaire. Joey Santiago, lunettes noires, cheveux rares, reste imperturbable, décochant ses riffs malins l'air stoïque. David Lovering martèle ses fûts avec vigueur. Frank Black toise la foule du haut de sa bedaine, les yeux légèrement soulignés au Rimmel. En une grosse heure, le groupe balance 20 morceaux, 20 tubes (ou presque), sans fioritures ni blabla. Le son est excellent ; l'interprétation, parfaite, bien qu'évitant toute prise de risques. Qualité cds, bref 20 chansons reproduites à l'identique, comme sur disque. Mais faut-il s'en plaindre, quand on est face au groupe le plus influent des années 90, une véritable machine à tubes ? « Bone Machine », « Broken Face », « Monkey Gone To Heaven », « U-Mass », « Velouria », « Wave Of Mutilation », « No. 13 Baby », « Debaser », « Tame », « Gigantic », « Caribou », « Isla de Encanta », Here Comes Your Man », « Vamos »,… N'en jetons plus : quand les tubes ainsi s'enchaînent, c'est presque trop beau pour être vrai. Et pourtant… Kim Deal a l'air contente, souriant sans cesse face à un Frank Black imposant, qui sait l'émotion que sa musique dégage. Aux premiers rangs, on se bouscule, on reprend à tue-tête « Where Is My Mind ? » et ses « Ouh ouuuuuh » magiques. Serrés sur 20 mètres carrés à droite de la scène, les Pixies sont l'objet de tous les regards et de toutes les oreilles, et c'est bien normal : devant nous, on assiste en direct à l'une des reformations les plus spectaculaires de ces dernières années. Peu importe qu'elle soit sans doute la conséquence de préoccupations financières, du moment qu'elle ne sente pas l'arnaque (cfr The Doors, Sex Pistols). Vivement leur retour en salle !

La soirée, pourtant, ne fait que commencer, avec sous la Pyramide, les excellents N.E.R.D., bref les Neptunes (Pharell Williams et Chad Hugo, celui-ci ayant déclaré forfait pour la tournée) en plus de Shay Haley. Les Neptunes sont la paire de producteurs la plus courtisée du rap/r'n'b business, de Snoop Dogg à Justin Timberlake. On leur doit quantité de hits certifiés platine. A côté de ce boulot alimentaire, ils ont aussi leur groupe, la rencontre entre Sly Stone, Cheap Trick, James Brown et les Beatles… Rien de très hip hop, même si on y retrouve clairement cette dimension urbaine et saccadée qui remplit leur compte en banque. Entouré par un vrai groupe (Spymob), Pharell et Shay haranguent d'entrée de jeu le public venu en masse : « Brain Fly Run » et « Backseat Love » donnent le ton – rock et funky, malgré quelques problèmes de micro. L'ambiance est survoltée, les spectateurs répondant au quart de tour aux invectives des deux Américains. La machine est lancée : « Provider », repris en chœur, « Maybe », « Breakout », « Rockstar ». Le groupe est balèze. Mais c'est lors de leur single « She Wants To Move » et de « Lapdance » que la tente vraiment succombe. Gros délire, beau souvenir. Le plancher craque sous les pieds des milliers de fans qui sautent en l'air à la demande de Williams. « Say N.E.R.D., Hell Shit ! ! ! », scande le rappeur, avant de tirer sa révérence sous un déluge d'applaudissements. Très très fort.

Avant que ne débute le concert de Air, un petit détour du côté de la Main Stage avec Placebo, têtes d'affiche malgré eux (Bowie absent pour cause de nerf coincé) : pour ce qu'on en a vu, Brian Molko et ses deux compères avaient l'air d'être en bonne forme… Ce qui est bien, c'est qu'ils ont joué en toute fin « Nancy Boy », sans doute leur meilleur morceau, pourtant de moins en moins joué sur scène. Que Placebo passe après les Pixies, c'est néanmoins incompréhensible : heureusement ils n'ont pas repris « Where Is My Mind ? », qu'ils ont maintenant l'habitude de jouer en clôture de leurs concerts. Faut pas pousser bobonne, surtout quand elle a la carrure de Frank Black. 

Après tant d'émotions, rien ne vaut un petit concert de Air, le meilleur moyen pour reprendre des forces et se détendre les nerfs. Nicolas Godin et Jean-Benoît Dunckel l'ont bien compris, en interprétant cette fois leurs titres les plus sereins et reposants. Accompagnés de Sébastien Tellier aux claviers et d'un batteur taiseux, le duo versaillais occupe le devant de la scène dans une atmosphère décontractée. Chantant tour à tour de leur accent français si « romantic » les titres de leur dernier album (« Venus », « Alpha Beta Gaga », « Cherry Blossom Girl », « Run », « Another Day »), les deux Français n'ont aucune peine à captiver un public qui accueille leur musique vaporeuse comme un cadeau du ciel. Une pommade pour les muscles. Un transat pour le cœur. De « 10.000 Hz Legend », Air n'a retenu que « People In The City », dans une version elle aussi plus cotonneuse. Mais rien ne vaut encore la chaleur diaphane de « Talisman » et de « La Femme d'Argent », avec en bonus les deux tubes « Kelly Watch The Stars » et « Sexy Boy ». Sans aucun doute l'un des concerts les plus régénérant de tout le festival, sans doute parce qu'en raison de sa dimension « chill out », il arrivait à point.

A point pour repartir de plus belle en compagnie des 2 Many DJ's, en remplacement de Bowie : certes, il ne s'agit pas d'une tête d'affiche équivalente. Les rumeurs annonçaient la venue éventuelle de stars comme Morrissey, les RHCP, Alice Cooper ou encore les Strokes. A la place, des DJ's, pour la plus grande fiesta en plein air qu'est connue la Belgique : 65.000 personnes dansant en rythme sur Alter Ego, Tiga, Donna Summer, Blur, les White Stripes, Primal Scream, Vitalic,... Et sur Bowie (« Rebel, Rebel » pour lancer les festivités, avec une petite animation pastiche sur les deux grands écrans, représentant un Bowie mal en point). Plus électro que d'habitude, les frères Dewaele auront rempli leur contrat avec succès, même si on aurait préféré Bowie ET les 2 Many DJ's. Une chose est sûre : c'était la bamboula sur la plaine de Werchter, autrement dit ce n'était pas une mauvaise idée d'inviter nos deux rois du bootleg. Il paraît d'ailleurs que Bowie les adore. On espère qu'après sa convalescence, il nous reviendra en pleine forme… Et réservera sa place pour l'édition 2005.

 

vendredi, 02 juillet 2004 03:00

Rock Werchter 2004 : vendredi 2 juillet

C'est de loin qu'on entend les Lostprophets et leur punk-métal d'école gardienne : rien de très excitant, si ce n'est une reprise du « Reptilia » des Strokes, preuve que chez ces jeunes fous, tout n'est pas perdu. De toute façon pendant tout le concert il aura plu des cordes : le genre de météo qui en festival peut s'avérer des plus pénibles.

Heureusement, le temps s'éclaircit à l'arrivée sur scène des Black Rebel Motorcycle Club, sans doute un peu groggy de jouer si tôt et en pleine lumière (et d'avoir appris la mort de Brando). Il est clair que leur rock crépusculaire et dilaté s'écoute mieux dans un petit club enfumé, mais la Mainstage de Werchter ne semble pas les décontenancer outre mesure : en débutant leur set par « Ha Ha High Babe », le trio (lunettes et perfecto noirs) prouve qu'en toutes conditions son répertoire frappe là où ça fait mal. En plein bide, tel un uppercut décoché par Jack LaMotta, qui terrasse l'auditeur de ses reverbs à la Jesus & Mary Chain. Et le set est racé, sans fioritures ni baisse de régime : « Spread Your Love », « Six Barrel Shotgun », « Stop », « Love Burns », « US Government », « Heart And Soul », et bien sûr « What Ever Happened To My Rock'n'Roll », sous une pluie battante dès les premiers accords, comme si le ciel avait attendu leur tube famélique pour nous tomber sur la tête. De fait, il s'agissait d'un grand moment de rock'n'roll, l'eau fouettant les visages des fans transis sous leur capuche : « I gave my heart to a simple cause / I give my soul to a new religion »… Si ça c'est pas rock'n'roll, alors on ne sait pas très bien…

Parce qu'on a beau dire, question rock qui tâche, les Von Bondies n'assurent pas autant que les Rebelles Noirs du Club de Motocyclette (ou les Motocyclettes du Club Noir des Rebelles ?) : à vrai dire on connaît mieux ce quatuor de Detroit parce que son leader, Jason Stollsteiner, s'est fait refaire la façade il y a quelques mois par un certain Jack White… Qui était le producteur de leur premier album, et aussi un ami (plus maintenant). Autant d'ingrédients réunis pour faire des Von Bondies un groupe de fashion victim (ou plutôt de revival victim), mais un groupe de fashion victim qui n'arrive pas à la cheville des White Stripes ou encore des Dirtbombs. A en juger par l'ambiance (triste), on ne devait pas être les seuls à penser la même chose : à part sur « C'mon C'mon », aucun débordement juvénile ne fût à signaler. Peut-être faut-il mettre ce manque d'entrain sur le compte de la fatigue : c'est qu'à les voir, The Von Bondies n'avaient pas l'air d'être en grande forme. Allez, on ose : The Von Bondies, c'est un peu « les voies de garage du garage-punk » (rires).

Pour voir du vrai rock'n'roll, avec tout ce que ça réserve de clichés à la « Spinal Tap », en fin de compte il n'y a pas mieux qu'un bon petit concert de Monster Magnet. C'est bien simple : Dave Wyndorf est le Monsieur Loyal du stoner-rock. Chez lui, pas de pose : ce type est rock'n'roll, « for real ». Exemple : dès le premier titre (« The Right Stuff », une cover d'Hawkwind), Dave Wyndorf fracasse sa guitare. Pas à la fin : au début. Rock'n'roll. Sur « Third Alternative », une ballade porno-rock qui ferait passer Marilyn Manson pour un prude, Dave Wyndorf susurre, grogne, vocifère, suçote, chuinte, claque la langue, s'accroupit devant la foule et la regarde dans les yeux, la main dans le froc. Rock'n'roll. Et puis « Dopes To Infinity », « Space Lord », « Powertrip », c'est du sacré rock'n'roll. D'une puissance inaltérable. D'une ascendance jouissive. Montée, climax, descente. Comme en pleins ébats sexuels. Rock and roll. Dans le jargon américain d'époque, littéralement « baiser ». Monster Magnet baise les guitares, fait jouir le rock, titille les zones érogènes du psychédélisme. Juste avant les Sugababes et Nelly Furtado, rien ne vaut un bon petit coup de « va-et-vient », comme dirait Alex d'Orange Mécanique. « Mecs à nique ». Rock'n'roll.

Et les Belges dans tout ça ? Chaque année, un groupe (flamand) fait la différence, en général sous la Pyramide. L'année dernière, c'était Janez Detd, dont le concert était solide (l'ambiance, fantastique). Cette année, c'était Arsenal. Fort d'un bel album d'électro-world sorti il y a un an (« Oyebo Soul »), Hendrik Willemyns et John Roan ont depuis lors écumé les festivals (même la Boutik Rock) et ainsi eu tout le temps nécessaire pour roder sur scène leurs jolies chansons chaloupées. Dès le début, l'ambiance est décontractée, pour petit à petit s'échauffer jusqu'au titre de clôture, l'éblouissant « How Come ? ». Entre-temps, le public aura dansé sur « Longee » et ses rythmes tropicaux, jumpé sur l'excellent « Mr. Doorman » (le tube de l'été 2003, ici rallongé de cinq bonnes minutes, pour faire durer notre plaisir, et le leur), découvert un nouveau titre (« I'm Cummin », avec en guest Gabriel Rios, dans le style de Bran Van 3000), applaudi à tout rompre avant, pendant et après le concert. Il s'agissait sans aucun doute d'un des live les plus festifs et chaleureux de tout le festival. Et au milieu de tous ces groupes de rock/metal à l'affiche du vendredi, d'un véritable vent de fraîcheur, qui fît du bien aux oreilles et aux zygomatiques.

Les zygomatiques, parlons-en avec The Darkness. Au départ, on croyait à une bonne blague : le retour du heavy-glam eighties, façon Motley Crüe, assaisonné d'une pincée de Queen. Du rock moustache (voir le bassiste, du nom de Frankie Poullain – ça ne s'invente pas), osant l'exubérance poil à gratter, les « air guitar » en collant rose pailleté, tétons à l'air et cheveux long au vent. Sur disque, cela donne des hymnes pompiers parfaits pour les stades, des ballades collantes dignes d'un mauvais trip FM : c'est drôle, mais en live, de visu, ce genre de pantalonnade « rock'n'roll » donne la chair de poule en nous renvoyant à nos propres doutes (lisez : hontes). « Comment ai-je pu acheter ce disque ? », s'inquiète le spectateur devant le collant fuchsia de Justin Hawkins. Devant lui, la matérialisation douteuse de ses péchés pas très mignons : quatre types tricotant leurs guitares en prenant la pose, l'un d'entre eux chantant de sa voix de falsetto des trucs pas net sur les femmes et l'amour de mâle en rut. Rétro à gogo, et pourtant ça fonctionne… L'angoisse, c'est que The Darkness lance un nouveau revival, des plus kitsch : l'année prochaine, on se baladera peut-être en jean serrant, et on aura l'air con. On dansera dans les bals sur « I Believe In A Thing Called Love » et « Growing On Me », on réécoutera nos vieux Slade, on fera l'amour en feulant comme un élan (« Get Your Hand Off My Woman »). Les Darkness révèlent au grand jour nos pires obsessions, et quelque part c'est pour ça qu'on les aime. Tiens, vous saviez que Justin Hawkins s'était fait piercer le pénis ?

Décidément, les fans de gros riffs en auront eu pour leur argent en cette journée maussade : après The Darkness, Korn, les rois du nu-metal, les idoles de toute une génération biberonnée au metal et au rap. Attendus de pied ferme par une horde de fan en culotte courte, Jonathan Davis et ses chevaliers de l'Apocalypse lanceront leur machine de guerre avec « Right Now », et pendant plus d'une heure ne relâcheront jamais la pression, à l'image des énormes « Here To Stay », « Falling Away From Me » et « Freak On A Leash ». Pendant « Blind », les pogos vont bon train, les coudes se perdent : on repère un blessé évacué en vitesse, l'arcade sourcilière ouverte. Plus tard, des milliers de puceaux reprennent en cœur « A.D.I.D.A.S. » (traduction : « All Day I Dream About Sex ») : mieux qu'un court d'éducation sexuelle, Korn sait parler aux garçons et aux filles… Pour une fois, le son est correct, sauf à la fin, lors du dernier titre (« Y'All Want A Single »). Il se pourrait bien que ce concert soit le meilleur de Korn sur nos terres depuis des lustres : ramassé, incisif, varié (un best of). De grands moments : « Shoots And Ladders », au dernier couplet duquel le groupe enchaîne sur le « One » de Metallica, la reprise réussie (et décoiffante) du « Another Brick In The Wall » de Pink Floyd, et un « Faget » survolté. En un peu plus d'une heure, Korn a confirmé à l'aise son statut de groupe metal le plus influent des années 90/00 : balèze, du début à la fin.

On ne peut pas en dire autant de Metallica, dont les trop réguliers passages chez nous commencent sérieusement à lasser. Il y a quinze ans déjà qu'on parle de Metallica comme le « groupe de heavy metal le plus important de ces 25 dernières années ». Cette réputation de baroudeurs trash n'a jamais été remise en cause, et ça commence à bien faire : depuis quinze ans, pas mal d'eau a coulé sous les ponts, et Metallica a sorti pas mal de daubes. Son dernier album en date, « St Anger », annonçait en grandes pompes le retour du groupe au trash des origines, celui de « Master of Puppets » : à le réécouter, on entend surtout le son de casserole de la batterie de Lars Ulrich, et surtout on s'ennuie pendant ces titres à rallonge, qui auraient gagné à être réduits de moitié. Metallica se repose sur ses lauriers, pensant qu'il n'a plus rien à prouver à personne, sauf que depuis le « Black Album » sont apparues des choses bien plus excitantes au rayon metal de nos disquaires préférés. La preuve, c'est que Metallica recentre maintenant les sets de ses concerts sur la période pré-Black Album, occultant par là la moitié de sa carrière (et de « St Anger », seuls « Frantic » et le titre éponyme sont joués). Au menu, donc : « The Four Horsemen », « Sad But True », « Creeping Death », « Battery », « Master… », « One », « Seek and Destroy », etc. De la grosse barbaque de barbare, un vrai supplice. « Gimme a M, Gimme a E, Gimme a R, Gimme a D, Gimme a E ! ! ! »

Après tant de violence et de haine, un peu d'électro (pas trop tôt) ne pouvait que passer comme une lettre à la poste : dommage que ce soit avec T. Raumschmiere, parce qu'il faut bien avouer que l'électropunk pouet pouet de ces quatre Allemands sent plus la bière que la sueur du dance-floor. Sur scène, un guitariste, un bassiste et un batteur, parfois tous ensemble aux machines, parfois au chant, bref un fameux bordel, dans une ambiance crade et glauque comme dans un squat de Berlin. Le problème chez T. Raumschmiere est le manque évident de mélodies qui tabassent : en vérité c'était aussi excitant qu'un plat de choucroute pas cuite un soir d'Oberbayern (blurp). Mais heureusement pour ces bidouilleurs en tablier blanc, il y a LE hit : « Monstertruckdriver », dont le beat festif et couillon sera hurlé en chœur par un public alors en folie (et rejoué en rappel). « Monstertruckdriver », c'est un peu le « Seven Nation Army » de l'electro caca pipi. Efficace et addictif, même si dans un an ce sera autre chose, et ainsi de suite. Allez, les bras en l'aiiiiiiiiiir ! ! ! ! ! !

 

 

 

jeudi, 01 juillet 2004 03:00

Rock Werchter 2004 : jeudi 1er juillet

Si ça continue, dans dix ans il faudra prévoir quinze jours de vacances pour aller à Werchter : depuis quelques années le festival d'Herman Schueremans pratique une surenchère qui coûte non seulement au portefeuille mais aussi à nos pauvres rotules rôties par le soleil. Quatre jours, soixante groupes, 300.000 personnes : des chiffres mirobolants qui confirment en tout cas la bonne santé du festival rock le plus important de notre plat pays. « Donnez-leur du pain et des jeux », disait César. A Werchter c'est pareil, sauf qu'on parle de musique. Qui oserait cracher dans la soupe ? Et pourtant, malgré quelques têtes d'affiche solides (The Cure, Placebo, Air, Pixies), cette nouvelle édition du festival flamand n'aura pas toujours rempli avec honneur son cahier des charges : annulation de Bowie (et, dans une moindre mesure, de Youngblood Brass Band), tarifs exorbitants (3€ pour un cornet de frites pas cuites, 15€ le camping, parfois sans commodités !), programmation parfois suffisante (Moloko, Franti, Metallica, Lamb,… Vus et re(-re)vus sur la plaine de Leuven). Il y a fort à parier qu'à moyen terme ne seront plus invités que d'énormes stars du music business, sponsorisés par ClearChannel, écrasant de leur poids médiatique les groupes indie et les songwriters qui pourtant méritent eux aussi une place sous notre soleil… Heureusement, on n'en est pas encore là, même si l'orage gronde (« Participez à la réélection de Bush : allez à Werchter », pouvait-on lire sur des affiches placardées dans les rues de Bruxelles – une manière de stigmatiser la mainmise de ClearChannel sur le réseau du booking en Belgique… Clearchannel étant la société d'affichage qui, cerise sur le gâteau, finance la campagne électorale de Bush).

Heureusement, il y aura toujours des artistes engagés qui refuseront de jouer le jeu des multinationales, en condamnant ces viles synergies politico-commerciales : ce n'est d'ailleurs peut-être pas un hasard si Michael Franti eut l'honneur d'ouvrir les festivités, lui qui se bat chaque jour pour transmettre son message de paix, d'amour et de tolérance. Et ça n'a rien d'opportuniste, ni de chiqué : l'Américain n'a jamais cessé de combattre les injustices, à travers ses chansons d'un optimisme joyeux. Cette naïveté pourrait sembler, aux yeux de certains, d'une pitoyable niaiserie : au contraire, c'est chanté avec tellement d'allant qu'on ne peut qu'applaudir en signe d'approbation. Et danser, parce que Franti, en plus d'être un des artistes américains les plus soucieux du monde qui l'entoure, se révèle à chacun de ses concerts un « entertainer » né, qui prend le public à parti sans lui bourrer le crâne. « Rock The Nation » en ouverture, suivi de « What I Be », « Pray For Grace » ou encore « Sometimes » mettent ainsi les pendules de Werchter à l'heure… Autrement dit c'est la fête qui commence, mais ce n'est pas une raison pour oublier qu'autour de nous des cow-boys s'amusent à pourrir notre existence.

Comme le temps, d'ailleurs, en ce début de mois de juillet : pendant tout l'après-midi, de gros nuages auront failli menacer notre bonne humeur, en plus des barbecues saucisses. Chance : la pluie n'aura pas gâché notre week-end, ou presque. De toute façon, sous la pyramide où jouent The Bees, il fait chaud et sec. De quoi se délasser à l'écoute de ces comptines country-psyché-folk d'un autre âge (les sixties), jouées par six Anglais débonnaires qui jonglent avec les références (en vrac : les Beatles, The Byrds et la northern soul). « Free The Bees », leur deuxième album, vient de sortir. On pense à The Coral coincés dans une faille temporelle, qui loucheraient vers l'Amérique d'Easy Rider et de la Beat Generation : dommage que le public, venu par curiosité à défaut de connaître leur répertoire, soit resté de marbre face à ces excentriques de la cause post-hippie. On en reparlera sans doute, mais pour l'instant il est encore trop tôt…

Question timing, The Rapture arrivent par contre à temps, voire un peu tard : leur tube disco-punk « House Of Jealous Lovers » tourne en boucle sur nos platines depuis déjà deux ans. Pour leur quatrième passage sur nos plates bandes (après le Culture Club, le Bota et le Pukkelpop), ces Américains avaient donc intérêt à prouver une fois pour toutes qu'ils sont bien les dignes descendants de Liquid Liquid et A Certain Ratio, bref d'une certaine idée du punk revu à la sauce dance. Las : malgré un début fracassant (« Out Of The Races And Onto The Tracks »), le groupe aura eu bien de la peine à convaincre. A part lors du triptyque « Olio-The Coming of Spring-Echoes », où enfin l'on vit le public se réveiller et danser les bras levés, Luke Jenner et ses potes n'auront pas réussi à retourner la tente à l'aide de leur punk-funk pourtant diablement jouissif. En cause l'insupportable « Open Up Your Heart » en plein milieu du set, un slow visqueux et geignard qui eut pour fâcheuse conséquence d'endormir tous nos nerfs. Même leur tube gigantesque (« House Of… », donc) en final aura laissé un goût de trop peu : noyé dans les reverbs, il perdit toute sa vigueur et sa force de frappe. Résultat : alors qu'on attendait ce moment avec une impatience non feinte, on resta sur notre faim. Ce concert aurait dû être un grand moment. Ce fût juste un bon moment. La nuance fait mal quand on se rend compte combien de délires on s'est pris en dansant sur The Rapture en club et ailleurs…

On en regretterait presque d'avoir raté Sean Paul affichant ses airs de faux Jamaïcain boosté par MTV. Et on aurait peut-être bien ri. On aurait dansé sur « Gimme The Light », « Baby Boy » (sans Beyonce), « Get Busy » et « Like Glue » en remuant du bassin  comme ses danseuses en tenue légère. On aurait peut-être eu une érection en matant leur derrière. On aurait même chanté, voire fumé un gros spliff (quoique, celui-là on le réserve pour le concert de Cypress Hill). On n'aurait pas acheté l'album (faut pas déconner non plus), mais on se serait bien amusé.

Idem pour Pink, sauf que là on l'a vue (de loin quand même). Pour certains, Pink est un peu l'anti-Britney Spears (elle n'est pas mince, pas jolie, pas Lolita, pas si bête, pas si pop bubblegum) : à la limite, dire qu'on aime Pink, ce n'est même pas une honte. Ses tubes faussement rebelles, faussement rock, s'avèrent efficaces en plein zapping : ça ne mange pas de pain, même s'il faut bien admettre que « God Is A DJ » (rien à voir avec Faithless), par exemple, est une chanson très conne. Quoi d'autre à signaler ? Une cover de « What's Up » des Four Non Blondes (Linda Perry a produit le dernier album de Pink), et les tubes, « Trouble », « Just Like A Pill », « Let's Get This Party Started »… Les venues de Sean Paul et de Pink à Werchter annoncent quand même des lendemains festivaliers qui déchantent : certes Werchter se veut de plus en plus le festival de tous les publics, capable de répondre aux desiderata de la masse sans cesse grandissante (record cette année : complet en trois semaines !), mais de là à se fourvoyer dans la programmation de stars FM… Si ça continue, dans deux ans les NKOTB reformés se disputeront la tête d'affiche avec Ricky Martin (vision d'horreur, mais qui sait ? Avril Lavigne est bien persuadée de jouer du rock'n'roll…).

Les choses rentrent dans l'ordre à 22h20 lors de l'entrée sur scène de Robert Smith et de ses sbires vêtus de noir. Tandis que retentissent sur la plaine les notes réfrigérées de « Plainsong », la silhouette pâteuse du leader de The Cure se faufile tel un fantôme sous l'écran qui la domine, son visage strié de fulgurances phosphorescentes à mesure que les fans du premier rang le mitraillent de leur flash. Pas de doute : c'est bel et bien Robert, ses vieilles baskets pourries, ses trois couches de Rimmel, son sourire figé, ses gestes lents, sa voix spectrale. Simon Gallup est couché sur sa basse, lui soutirant de longues plaintes électriques de ses bras ballants. Roger O'Donnell reste statique derrière ses synthés, le sourire en coin, tel une figure de cire de chez Mme Tussaud. Perry Bamonte est en retrait, concentré. Jason Cooper martèle ses fûts avec bonne grâce. A cinq, ils ont plutôt la classe. D'autant qu'aujourd'hui ils sont cités comme influence par The Rapture (la voix), Hot Hot Heat, Interpol, Mogwai,… Alors qu'il y a cinq ans encore on ne donnait pas cher de leur peau (fort abîmée par l'abus de talc et de maquillage gothique). Avec un nouvel album sous les bras (sobrement baptisée « The Cure », comme un nouveau départ), The Cure est de retour. Et sonne plus incisif que jamais. En outre, son nouvel album a été produit par Ross Robinson (Korn, Limp Bizkit, At The Drive-In, Slipknot). Pendant l'heure et demie de concert, cinq nouveaux titres seront interprétés : « Before Three » (sans doute le morceau le plus faible de l'album, et le plus pop), le single « The End Of The World », le furieux « Alt.end », et en toute fin « The Promise » (et sa montée de sève pesante et puissante) ainsi que « Going Nowhere » (calme, donc peu propice comme rappel). Sinon, pas moins de six titres de « Disintegration » (« Plainsong », « Fascination Street », « Pictures of You », « Lullaby », « Lovesong » et « Disintegration »), et ces autres classiques que sont « A Night Like This », « In Between Days » (ici dans une version des plus kitsch, la faute à Roger et à ses synthés Bontempi), « Just Like Heaven », l'énorme « From The Edge Of The Deep Green Sea » ou encore « One Hundred Years » (terrible) et « Strange Day » de « Pornography ». Il semble que depuis la tournée « Trilogy », The Cure privilégie lors de ses concerts les ambiances noirâtres et dépressives, à l'embonpoint mélancolique parfois pelant, mais en fin de compte d'une belle cohérence chromatique. Pour ce concert Robert Smith aura même surpris le blasé par son étonnante rage, et ses quatre compères par leur violence de jeu. Oui, The Cure est de retour, et ça va faire mal.

Assister à un concert de Cypress Hill, ça peut aussi faire mal. Aux sinus et à la gorge, à force d'inhaler de la fumée qui fait rire. D'autant que d'entrée de jeu, les rois de la fumette attaquent par « Insane In The Brain » : « Are you feeling insane over here ? », vilipendent B-Real et Sen Dog sous une pyramide pleine comme un œuf et chaude comme la braise. Le beat est costaud, l'ambiance est survoltée. Déjà l'année passée, Cypress Hill avait mis le feu à Werchter, juste avant les fils à papa de Coldplay. Avec leur mélange de hip hop corsé comme un blunt, de rock primaire et de rythmes mexicanos, Cypress Hill est sans doute le groupe de rap le plus apprécié par les rockeurs (l'énorme « Rock Superstar » en final)… et par les fumeurs de ganja. Parce que Cypress Hill, c'est d'abord ça : un trip de b-boys stoned 24h/24, une ode à « Marie Jeanne », un cours en accéléré du parfait petit planteur d'herbe (« Dr. Greenthumb »). B-Real paradait d'ailleurs avec un fameux joint lors des tubes pro-fumette « I Wanna Get High » et « Hit From The Bong » : 30 cm de long au bas mot, et pas rempli de salsepareille. A chaque tirée, le rappeur en perdait presque sa voix (comme s'il avait sniffé de l'hélium) : mais comment font-ils pour passer les frontières ? « I Like to smoke weed », ironise-t-il en tenant son calumet au-dessus du public : c'est très bien, mais faut-il pour autant en faire son fond de commerce ?

De l'autre côté, Basement Jaxx évite toute prise de tête en balançant hargneusement sa house explosive : en ouverture, Lisa Kekaula des Bellrays déploie ses talents monstrueux de vocaliste sur « Good Luck », puis c'est « Right Here's The Spot », « Red Alert », « Romeo »… Que des tubes festifs à se faire péter les guiboles, ponctués en finale par l'excellent « Jump & Shout » et son refrain ragga bien boombastic : Basement Jaxx, c'est de la bombe, bébé ! (et il était temps qu'on se trémousse un peu – l'électro pourrait d'ailleurs être la grande perdante de l'affiche de cette année : peu de BPMs au programme, et c'est bien dommage).

 

samedi, 10 juillet 2004 03:00

Cactus 2004 : samedi 10 juillet

C'est familial, le Cactus Festival : on y vient davantage pour l'ambiance et la verdure que pour la musique, tant on se sent bien dans cet havre de paix coupé du reste du monde. Le centre de Bruges n'est pourtant pas loin… Mais une fois passé le joli pont qui sépare le Minnewaterpark de la circulation urbaine, c'est comme un petit paradis qui s'ouvre à nous. Au milieu des arbres qui donnent au lieu cette tranquillité bon enfant, 15.000 personnes se promènent tranquillement. Beaucoup de poussettes, des clowns, un couple d'hommes kangourous, un contorsionniste, des hamacs pour ceux qui aiment se la couler douce,… Y a pas à dire : au Cactus Festival il fait bon vivre, et puis ça nous change de la grosse artillerie werchterienne.

Pas la peine donc de se presser aux premiers rangs dès Monsoon : le public n'est pas venu ici pour se taper des crampes aux jambes et se faire compresser le thorax sur les barrières Nadar. Cool… Comme le folk-rock de ces Bruxellois déjantés : en jarretelles, Delphine Gardin assure au chant, même si l'on zieute avant tout ses jolies cuisses. Elle joue aussi dans la comédie musicale « Jésus Christ Superstar », à Villers-La-Ville… Mais ici, pas de jérémiades à la Michel Berger : c'est du bon rock, qui sent le souffre et le stupre, un set renforcé par la présence de Luc Van Lieshout, le trompettiste de Tuxedomoon.

Le soleil pointe enfin (il a draché la veille) à l'arrivée sur scène des Soledad Brothers, trio garage de Detroit (pléonasme) qui connaît par cœur son petit MC5 illustré : rythmique incendiaire, guitares mal huilées et chant écorché… Il y a du blues dans les riffs de ces jeunes gens, mais rien de bien neuf (forcément), si ce n'est ce saxophone pétaradant sur certains titres (comme… les Stooges). Les Soledad Brothers n'ont donc rien inventé, mais leur blues rock crasseux débouche les oreilles… A défaut d'autre chose. Il n'empêche que c'est le genre de groupe typique du Cactus Festival : roots juste ce qu'il faut, susceptible de plaire autant au jeune fan de garage qu'aux vieux briscards de la cause « Nuggets »… Cela dit, on n'aurait pas craché sur un bon petit My Morning Jacket : dommage qu'ils aient annulé leur tournée cet été.

Le Cactus, c'est aussi une certaine idée de la world : un petit côté Oxfam pour bobos en sandalettes, qui aiment remuer leur bassin sur des beats gentiment chaloupés. Proche en cela du festival Couleur Café, le Cactus accueille ainsi chaque année son lot de rastamen ; et pour la circonstance les Anglais de Steel Pulse. Actifs depuis 1978 et leur fameux « Handsworth Revolution », ces types de Birmingham ont toujours brillé par leur militantisme, en témoigne le titre « Uncle George »… Un hommage au Black Panther George Jackson, emprisonné à vie depuis 1971. Mais force est de constater qu'en live, David Hinds et ses sbires manquent de pêche : la voix du leader est noyée dans les overdubs, et la sauce ne prend pas. Trop de fumette ? Beuh… Steel Pulse manque de swing (zut, plus aucun hamac de libre).

Mieux valait manger une bonne glace en attendant les excellents Pinback, qui sortent à la rentrée leur troisième album. Difficile de décrire la musique de ces Américains : mélange de country-rock sophistiqué à la Wilco et d'indie à tiroirs (à double fond), elle échappe à tout étiquetage, telle une anguille qui nous filerait sans cesse entre les doigts. Mais peu importe : de nombreux fans étaient présents pour saluer leurs idoles, d'autant qu'ils se font rares en nos contrées. Pinback est sans doute un des secrets les mieux gardés de l'alternatif lo-fi : ses deux chanteurs semblent peut-être de drôles de bonhommes, mais ils s'avèrent diablement bons quand il s'agit d'empoigner leurs guitares. Bonne ambiance lors des interprétations de « Tripoli » et « Loro » (du premier album), puis « Offline P.K. », « XIY » et « Penelope » (de « Blue Screen Life ») achèveront de nous convaincre : vivement ce nouvel album, que l'indéniable talent de ces orfèvres pop-rock soit confirmé pour de bon.

'C'était pas Keziah Jones qui devait jouer à cette heure-ci ?', s'interrogeait plus tôt un spectateur voisin pendant le concert foireux de Steel Pulse. Explication : le Nigérien aurait raté son avion… Il arrivera finalement en retard de deux bonnes heures, s'excusant gentiment avant d'empoigner sa guitare et de balancer son fameux 'blufunk', 'un mélange de funk et de blues', selon l'intéressé. A peine cinq ou six chansons, c'est peu (« Kpfuca », « Femiliarise », « Rhythm Is Love », « Emily », « Neptune ») : Keziah Jones se justifiera plusieurs fois, prétextant qu'il 'doit absolument partir'. Sans doute était-il attendu ailleurs, pour un autre concert… L'incroyable, c'est qu'il aura réussi à captiver la foule en moins d'une demie heure, grâce à son ébouriffant jeu de guitare, hérité des bluesmen d'Amérique et d'Afrique (Ali Farka Touré en tête). S'il était arrivé à l'heure, sans doute que son concert aurait marqué davantage notre mémoire. Dommage, cet homme est un sacré musicien, qui dégage une aura stupéfiante à l'aide de trois fois rien (sept cordes = guitare + voix).

Beaucoup moins excitant : la prestation d'Heather Nova. Ses minauderies post-ado sont toujours aussi fadasses : un vrai supplice d'1h30 (!), qui nous aura presque donné envie d'aller dormir dans ces foutus hamacs (toujours pas libres). Il y a dix ans pourtant, Heather Nova incarnait le renouveau d'un songwriting féminin à l'ancienne (Suzanne Vega, Joni Mitchell, Carole King), plein de jolies mélodies et de refrains rêveurs. Mais aujourd'hui, ces tubes qu'étaient « Island », « London Rain » ou encore « Truth And Bone » font juste l'effet d'un puissant somnifère. Triste et plat comme un jour de pluie à la mer, ce concert de la belle était celui de trop. La prochaine fois, on n'oubliera pas notre oreiller.

Heureusement qu'après cette heure et demie de perdue à compter les moutons, il y avait le grand, le seul, l'unique Elvis Costello. Après Patti Smith la veille, le Cactus Festival accueillait donc un des plus grands songwriters de ces trente dernières années. Nonante minutes de grâce ininterrompue, en toute humilité : seulement accompagné de Steve Nieve au piano, Elvis Costello aura interprété 19 chansons de son imposant répertoire, dont la moitié de tubes : « Accidents Will Happen », « Red Shoes », « Veronica », « Every Day I Write The Book », « Shipbuilding », Oliver's Army », et surtout les splendides « I Want You » et « Pump It Up », dans une ambiance de communion survoltée. Costello sort bientôt deux (!) nouveaux albums, « Il Songo » et « The Delivery Man », dont il a joué ici quelques extraits… Qui augurent du meilleur. On dit souvent que l'amour donne des ailes : depuis sa romance avec la chanteuse de jazz Diana Krall, Elvis Costello semble en pleine forme (écoutez son dernier album, « North », il est d'un classicisme apaisant). Le meilleur concert du jour, assurément… Mais de la part d'un si grand musicien, ça n'avait rien d'étonnant : la classe, qu'on vous dit. De retour l'année prochaine flanqué des Attractions ? On peut toujours rêver.

 

vendredi, 20 août 2004 05:00

Pukkelpop 2004 : vendredi 20 août

Elle est belle, Tali, et en plus elle chante bien : cette Néo-zélandaise signée sur le label Full Cycle apporte un peu de glamour à un genre par trop machiste : la jungle/drum'n'bass. Mâtinés de r'n'b doux comme une caresse, les breakbeats pour une fois ne font plus peur à nos béquilles : quand la femme prend le pouvoir, c'est souvent pour la bonne cause (ici : l'enchantement des sens). « Lyrics On My Lips », susurre-t-elle en compagnie de ses deux choristes : on veut bien les lui voler, d'un baiser, tout en dansant le pas de deux.

Suite à la défection de Jet, l'horaire est décalé sur la Main Stage : tant mieux pour nous, c'est l'occasion d'aller voir le techno-ragga-hardcore de The Bug, alias Kevin Martin de Techno Animal. Ambiance pesante dans le petit Château, sans doute la scène à la programmation la plus alternative… Le cas Jet pose en tout cas le problème épineux des annulations, en grand nombre cette année : Electrelane, Liars, Goldfrapp, Tiga, Snow Patrol, The Icarus Line, Ralph Myerz, Soundtrack of Our Lives, TV On The Radio, Automato, The Veils, My Morning Jacket, Boom Bip, Oi Va Voi, Pink Grease,… C'est énorme ! On se rassurera en pensant aux choix cornéliens que nous aura fait éviter leur absence (déjà que sans eux c'est pénible…). En espérant quand même que ce genre de contretemps ne devienne pas une habitude.

Tube de l'été, troisième, pour Mylo : « Destroy Rock'n'Roll », le premier album de cet Anglais déjà béni par la presse d'outre-Manche, rappelle Royksopp et Daft Punk. Autant dire qu'il s'agit d'électro populaire, proche en cela du big beat, parce qu'au croisement du rock, de la pop et de la dance. La chanson-titre énumère ainsi le nom des vieilles gloires de la pop eighties, comme pour se dédouaner de ses propres tics hyper référencés. Mais Mylo, c'est avant tout « Drop The Pressure » : triste comme la tendance est aujourd'hui de résumer un artiste à son seul tube. C'est la dictature du marketing et des charts, la culture du kleenex : qui, dans un an, se souviendra du bonhomme ? Sans doute dansera-t-on sur autre chose ? Mais l'effervescence ponctuelle d'un tube n'est-elle pas au cœur même de sa définition, de son essence ? C'est la cristallisation d'un instant (un été, un festival, un flirt), rien de plus… Mais en un sens c'est essentiel à l'évolution et à la bonne marche de la musique, quelle qu'elle soit. « Drop The Pressure » donc (le délire habituel sous la tente), et qui vivra verra.

On a vu les Bloodhound Gang, et bien sûr musicalement c'est sans intérêt : de la panade hard-rock FM sur fond de hip hop blanc-bec, jouée par cinq crétins coincés au stade anal. Mais on ne regarde pas un concert des Bloodhound Gang pour la musique : juste pour voir ce que Jimmy Pop Ali et ses potes déjantés vont bien pouvoir faire comme conneries. Cette fois, donc : du lancer de T-shirts à la fronde, un cul sec vodka à l'entonnoir, d'autres culs (des vrais) face caméra, une reprise du « Hey Ya » d'Outkast pour la seule moitié droite du public (scène hilarante, enceintes gauches éteintes, et groupe tournant le dos aux spectateurs de ce côté-là). C'est drôle, et ça s'arrête là : voilà le tour de passe-passe des Bloodhound Gang – faire les idiots (« Jackass », un de leurs titres) pour masquer leur incapacité à écrire une bonne chanson. Le pire, c'est qu'à chaque fois on se laisse entuber, pour leur plus grand plaisir. En fin de compte, ces types sont peut-être moins cons qu'ils en ont l'air. Ou peut-être pas.

LA révélation de ce Pukkelpop 2004 s'appelait Devendra Banhart, un jeune songwriter découvert l'année dernière avec « Oh Me Oh My… », mais dont la carrière décolle seulement maintenant grâce à « Rejoicing The Hands », deuxième LP d'une beauté époustouflante, aux chansons hantées et magiques. Doté d'une voix exceptionnelle, Devendra Banhart s'en sert comme d'un instrument à part entière : du murmure à l’ululement de soufi, cet Américain utilise ses cordes vocales de manière à transmettre l'émotion la plus juste. Un excentrique, diront certains… Mais c'est justement parce que Banhart possède un univers personnel si fort qu'il tranche avec la plupart de ses contemporains. Et touche en plein mille. Seul à la guitare, il aura pourtant dû faire face aux bruits des scènes avoisinantes : les hurlements d'Auf Der Maur d'un côté, les beats eighties de Dr. Lektroluv de l'autre. Dans un tel capharnaüm, difficile de se faire entendre, surtout quand on joue du folk intimiste à faible volume… Faudrait-il revoir la disposition des scènes, ou éviter la superposition de concerts qui ne font pas bon ménage question ambiance ? Toujours est-il qu'après 25 minutes, Banhart aura quitté la scène, s'excusant de ne pouvoir se concentrer dans de telles conditions… Pour revenir 10 minutes plus tard, et continuer à jouer tant bien que mal. Cette situation rocambolesque aura quelque part rendu ce concert encore plus émouvant et prenant : au milieu du bordel ambiant un ange sera passé, très vite mais de manière marquante. Un moment hors du temps, comme seul le Pukkelpop peut parfois nous en offrir.

Après cette excellente surprise, redescendre sur terre. Mission impossible pour les Anglais d'Elbow et leur rock ambient-progressif en apesanteur. Après leur magnifique concert à l'AB il y a quelques mois, Guy Garvey et sa bande remettaient les couverts au Marquee, devant un public attentif bien que clairsemé. Derrière eux, une bannière indiquait leur engagement en faveur du déminage : « We still believe in love », comme nous. Et on croit aussi dur comme fer qu'Elbow est l'un des meilleurs groupes anglais de ces dernières années, unique en son genre et d'une intégrité sans failles. Les points forts : « Fallen Angel » (renforcé par des choristes) et « Newborn », classique de leurs concerts, tout en montée psychédélique. Un beau concert, émouvant et puissant…

Tout le contraire de celui de Mike Skinner, alias The Streets, qui décidément n'est pas fait pour la scène. Autant ses deux albums (surtout le premier) sont des réussites totales, à mi-chemin entre rap, électro et ragga, autant notre « lad » préféré d'Angleterre nous ennuie ferme en live. D'une nonchalance rare, Mike Skinner rappe les mains dans les poches comme s'il pensait à autre chose : à sa bière qu'il a oubliée backstage, au score du dernier match de Birmingham, à sa copine restée à la maison ? L'air fatigué et de s'en foutre, Skinner balance mollement ses tubes (« Turn The Page », « Has It Come To This ? », « Let's Push Things Forward », « Geezers Need Excitement », « It's Too Late »), et le public de rester interdit devant lui. Seuls ses deux nouveaux singles, « Fit But You Know It » (très « Parklife ») et « Dry Your Eyes » (le slow de l'été), donneront aux spectateurs un peu de baume au cœur, et à Skinner du cœur à l'ouvrage. Sans doute que l'Anglais n'aime pas trop se produire en concert : il se sent mieux chez lui, dans son home studio, loin de toute cette agitation médiatique. Allez : tant qu'il continuera à sortir de bons disques, on lui pardonnera son je-m'en-foutisme scénique. La prochaine fois, on prendra juste notre oreiller.

Le Pukkelpop, c'est aussi le festival des grands groupes en devenir : on se rappelle notamment d'un concert de Coldplay au club à 14h, il y a quatre ans… Cette année, c'est Bloc Party qui pourrait bien rafler la mise : la classe de Franz Ferdinand, la noirceur de Joy Division, les mélodies des Buzzcocks, la candeur vocale des premiers Cure, l'élasticité de Gang of Four, la nervosité pulsative de Devo,… Responsable d'un premier EP irréprochable et d'un tube en or (« Banquet »), ces quatre Anglais sont la nouvelle coqueluche du post punk revival. En live c'est encore plus rentre dedans que sur disque : une demi-heure de refrains barrés et de rythmes syncopés, qui laissent les nerfs en pelote. Beaucoup de nouveaux titres, certains plus reposés, qui augurent d'un album en tous points excellent (prévu pour début 2005). Face à tant de maîtrise instrumentale, on reste coi. A revoir au festival des Inrockuptibles en novembre prochain.

Choisir entre Mark Lanegan, Blonde Redhead et Dizzee Rascal ne fût pas une mince affaire : en espérant que le premier revienne chez nous bientôt et parce qu'on a vu (et interviewé) Blonde Redhead aux dernières Nuits Botanique, c'est au Dance Hall que nos pieds nous portèrent. Une grossière erreur : après 15 minutes d'un DJ set hip hop qui n'était vraiment pas nécessaire enfin se pointa sur scène le jeune roi de l'eskibeat, Dizzee Rascal… Qui balança 5-6 chansons avant de se barrer, l'air de rien. « I Luv U », « Fix Up, Look Sharp » et « Jus A Rascal » : des tueries, certes, mais ici trop vite emballées par un Rascal qui porte bien son nom. L'anti-show par excellence, alors qu'on espérait être soufflé par le bonhomme. Pour l'instant, le hip hop au Pukkelpop, c'est pas trop notre pote (cfr The Streets).

Le grand retour de dEUS : Tom Barman sans CJ Bolland, c'est mieux. « Theme From Turnpike » en ouverture. Cinq nouveaux morceaux, dont le single « If You Don't Get What You Want » en clôture : du rock conventionnel, racé mais en régression par rapport à « The Ideal Crash ». Puis les tubes. Un nouveau batteur. Une foule en communion. « Het is faan om terug te zaan ». Barman sous cocaïne? Année sabbatique, « Anyway The Wind Blows ». Retour aux affaires. dEUS, bon concert. Comme d'hab'.

A quelques mètres de là, sur l'autre scène en plein air, les malades de Dillinger Escape Plan : « C'est quoi la merde qu'on entend, là ? », s'exclame le chanteur, un type qui comme ça n'en a pas l'air, mais gueule comme un porc qu'on égorge. Idem pour ses potes. Une heure de metal-grind-hardcore sans compromis (ni mélodies), tout en ruptures de rythmes et déflagrations bruitistes. Le public pogote, poings en avant, gueulant les paroles des titres de leur premier album, « Calculating Infinity ». « Miss Machine », son successeur, vient de sortir : nouveau chanteur, mais pas petite bite. Ca tronçonne, ça gicle, ça tabasse : violence salvatrice, décharge haineuse, défouloir sentimental. Merci, ça fait du bien ! « We are the storm, we are the panasonic youth »…

La jeunesse est belle : au concert des Kings of Leon, elle s'envoie aussi en l'air, sans doute échauffée par les concerts qui viennent de se terminer. Caleb Followill, le chanteur, s'est rasé la moustache : ça fait moins cow-boy, moins « Strokes sudiste ». Trois frères, plus le neveu : à quatre, ils font du country-garage, The Band vs. The Stooges. « Happy Alone », « Trani », « Red Morning Light » : la jeunesse (pana)sonique s'en donne à cœur joie. C'est la fête. Pourtant, les Kings of Leon n'ont pas l'air d'avoir la grande pêche : ils jouent mollement du rock plutôt nerveux (et pas le contraire), comme si c'était là leur signature, leur singularité. Sûr que shootés au Red Bull, ces Américains d'à peine vingt ans foutraient un sacré bordel : pour voir du vrai spectacle, rien de tel, finalement, qu'un concert de My Morning Jacket…

Ou des Chemical Brothers. Habitués des festivals, Ed Simons et Tom Rowlands n'ont jamais eu de problèmes pour mettre le public belge à leurs pieds : des tubes à la pelle (« Hey Boy Hey Girl » marqua le début des festivités), une science du mix qui fait qu'un concert live des frères chimiques n'est jamais pareil, un show visuel sophistiqué et classieux,… Encore une fois donc, les Chemical Brothers auront fait mouche, surtout dans la première moitié de leur set. Les nouveaux morceaux joués pour l'occasion augurent en tout cas d'un nouvel album plus électro et binaire (= club), bref moins crossover (= rock). Du bon boulot, même si le public, fatigué par deux jours de bourlingue musicale et le ventre affamé, avait du mal à suivre…

Dans de telles conditions, mieux vaut terminer la journée en douceur, en compagnie de Greg Dulli et ses Twilight Singers. A la rentrée le groupe à l'ex-Afghan Whigs sort un album de reprises (« She Loves You »), d'où ces covers en nombre : « Hyper-Ballad » de Björk, « (Don't Fear) The Reaper » de Blue Oyster Cult, « All You Need Is Love » des Beatles, jouées en intégralité ou par bribes… On retiendra comme point fort ce duo avec Mark Lanegan sur « I Want You (She's So Heavy) » (des Beatles, encore). Greg Dulli, on le sait, a la classe. En jouant « Faded » (de « Black Love ») ou encore « If I Were Going » (de « Gentlemen ») et « Uptown Again » (de « 1965 »), il aura aussi rappelé à notre bon souvenir qu'Afghan Whigs était un grand groupe… De ces volutes électriques on retiendra surtout l'élégance et la force : un parfait mélange pour sauter pieds joints dans les bras de Morphée, jusqu'à demain… Dernière ligne droite.

 

On les a ratés (et c'est bien dommage) : De Portables, Her Space Holiday, Mauro Pawlowski and the Grooms, Joanna Newsom, The Dirtbombs, Christian Kleine, Ricardo Villalobos, Mondo Generator, Stijn, Funkstörung, Mark Lanegan, Blonde Redhead, Kid 606, I Am Kloot, Mono, Roni Size.

jeudi, 19 août 2004 05:00

Pukkelpop 2004 : jeudi 19 août

Pour sa 19ème édition, le Pukkelpop a aisément confirmé son statut de meilleur festival rock de notre plat pays, grâce à son affiche pléthorique (plus de 150 groupes !) combinant valeurs sûres de l'alternatif (The White Stripes, Franz Ferdinand, The Streets, Blonde Redhead,…), stars nationales sur le retour (dEUS, Soulwax) et furieuses machines à danser (Chemical Brothers, Mylo, Scissor Sisters, Miss Kittin, Freestylers,…). 125.000 personnes ne peuvent pas se tromper… Et même si le temps n'était pas spécialement au beau fixe, pendant trois jours ne comptait finalement qu'une seule et même chose : la musique. Revue des meilleurs concerts, en toute partialité.

Jeudi 19 Aout

Il est 15h00, et l'on est bien content d'être enfin sur le site… Il faut souligner en effet les problèmes d'organisation liés à la gratuité du camping (passage obligatoire aux caisses à l'entrée du festival pour se procurer le précieux bracelet qui permettra d'enfin planter sa tente : au total, presque 2h00 à tourner en rond, alors que d'habitude il n'y a aucun souci. Conclusion : système à revoir). Pour vite nous faire oublier ce bordel intégral, rien de tel que le « surfabilly » des furieux Fifty Foot Combo : une demi-heure de déconnade à la « Misirlou », avec en bonus des danseuses topless se versant du lait sur la poitrine. On a vu pire entrée en matière…

Mais déjà sonne l'heure des choix cornéliens : Peaches et son « clit rock » chaud comme la braise, le folk-rock doux amer de Cass McCombs ou le rock électro-new wave de la nouvelle sensation british Grand National ? Va pour la hype : Grand National, au Dance Hall… Qui pour cette édition n'est pas du côté de la Main Stage, mais perdu au fin fond du site, là où d'habitude se trouvait le deuxième camping. Le Dance Hall et la Boiler Room ainsi décentrés par rapport aux cinq autres scènes (exception : la Wablief-stage, chapiteau à la programmation world et sud-africaine, en partenariat avec le festival Oppikoppi du Cap), c'est toute l'électro parquée dans un seul endroit. Certains parleront d'un festival dans le festival… Au pire de la 'ghettoisation' d'un genre, qui pourtant ramène le plus de peuple… et propose des concerts et des DJ-sets en général synonymes d'ambiance survoltée et bon enfant. 'C'est là que ça se passe' donc, avec pour commencer Grand National, combo anglais déjà remarqué sur la compile « Channel 2 » de l'excellent label Output, et dont les références ne manquent pas de titiller nos tympans de fashion victims mélomanes : en vrac les Stone Roses, PIL et… Police. « Cherry Tree » est déjà un tube : on attend d'écouter l'album, pour voir si Grand National n'est pas qu'un groupe baudruche. Bon concert, parfait pour débuter la journée en douceur tout en s'échauffant pour la suite.

La suite était réservée au punk-rock braillard des Distillers, qu'on apprécie surtout parce que Brody Dalle, la chanteuse, nous rappelle Courtney Love (ses frasques, ses cicatrices, cette voix). A part ça, rien de bien ahurissant : c'est vulgaire et grossier, bref c'est comme du Hole en moins pop, shooté aux stéroïdes.

Passons et revenons au Dance Hall, où se produisait le duo teuton Alter Ego, dont le tube « Rocker » enflamme les dance-floors de nos clubs depuis maintenant quelques semaines (cfr review Dour). « Rocker » est sans doute un des tubes de l'été, tout comme « Drop The Pressure » de Mylo et « Push Up » des Freestylers (eux aussi à l'affiche) : une déflagration post-Mr. Oizo d'une efficacité redoutable, à fredonner même sous la douche. Autant dire qu'on attendait Roman Flügel et Jörn Eling Wuttke de pied ferme, et on n'était pas les seuls : sous un Dance Hall bien rempli, les deux Allemands eurent pourtant bien du mal à faire péter l'ambiance. En cause leur science du climax en décalage total avec les attentes du public. On espérait de grosses montées d'adrénaline avant l'explosion salvatrice habituelle : on a juste eu droit à de longues constructions laborieuses, sans gros poumtchaks et bras en l'air… Bref, le moment que tout le monde attendait c'était « Rocker », rallongé d'au moins cinq minutes pour l'occasion : comme prévu grosse ambiance, et puis basta. L'important, surtout en festival, c'est que tout le monde soit content, sans se prendre la tête ni espérer la lune.

En programmant tous ces artistes, le Pukkelpop (comme Dour) permet chaque année de faire des découvertes. Exemple : Amy Winehouse, une nouvelle diva du jazz vocal qui devrait bientôt rencontrer le même succès que Norah Jones (du moins c'est tout ce qu'on lui souhaite). Entourée de musiciens hors pair biberonnés à la note bleue et aux catalogues de Stax et Motown, la jeune Londonienne aura captivé l'audience grâce à son timbre suave et sexy : une grande dame en devenir, dont les inflexions vocales renvoient aussi bien aux roucoulades sensibles de Billie Holiday qu'au flow mutin du hip hop et de la soul. Un mélange des genres plaisant pour les oreilles… et les yeux (aaah, cette minijupe !). 

Tube de l'été, deuxième, en compagnie des Freestylers : « Push Up », c'est de la bombe, un mix incendiaire de feulements à la Prince et de rythmiques funky. Le genre d'hymne sexy parfait pour les boums sur la plage, avec plein de pépettes, des Mojito et le soleil qui à l'horizon plonge ses rayons dans la mer écarlate. Pourtant, les Freestylers n'ont jamais vraiment fait dans la dentelle (traduction : du breakbeat salace et bourin, qu'on croyait mort depuis la fin du big beat, bref la moitié des nineties). N'empêche qu'en festival, ça le fait : on danse, et c'est la seule chose qui compte. Un DJ, un batteur, un guitariste, un MC et une chanteuse : les ingrédients parfaits pour une grosse bamboula, même si ici ça rime avec « ragga ». « Raw as Fuck » est le titre du troisième album des Freestylers : tout un programme, qui aura suffi aux Anglais pour retourner le Dance Hall. « Get A Life », « The Slammer » et bien sûr « Push Up » auront mis tout le monde d'accord : c'était couillon mais pêchu, en rien surprenant mais simplement festif… Ce qui, en y réfléchissant, n'est déjà pas si mal.

Quand il n'y a par contre ni ambiance, ni surprise, ni échange, ni nouveauté, ni originalité : c'est un peu triste. Urge Overkill résume donc bien ce qu'il y a de pire en musique : leur rock rétrograde et poussif, joué en pilotage automatique, n'aura plu qu'aux nostalgiques de la chose grunge (et encore !). Même « Girl, You'll Be A Woman Soon », leur seul tube (merci Pulp Fiction), n'aura pas sauvé ce concert du désastre. Zéro pointé, et vive Canned Heat.

Heureusement, juste après il y avait les Scissor Sisters pour nous remonter le moral. Qu'on aime ou pas leur électro-disco kitsch et gay, leur allure de Village People 'queer as folk', leurs ballades à mi-chemin entre le « Goodbye Yellow Brick Road » d'Elton John et le « Saturday Night ever » des Bee Gees, il faut avouer que ces New-yorkais savent y faire question pétage de plombs. Connus des clubbers depuis que le magasin Colette a compilé leur cover du « Comfortably Numb » de Pink Floyd, les Scissor Sisters sont l'une des sensations de l'année, et de vraies bêtes de scène. Jake Shears et Ana Matronic se partagent le chant tel un couple bi en pleine montée d'ecstasy : ça brame et ça roucoule, dans l'allégresse la plus totale. L'un des meilleurs concerts du festival, et la preuve par cinq (Del Marquis à la guitare, Babyddady à la basse et aux synthés, Paddy Boom aux fûts) qu'en fait il ne s'agit pas forcément d'un truc à la mode, parce que quoi qu'il arrive les Scissor Sisters, une fois sur scène, assurent un maximum. « Take Your Mama » en ouverture, puis « Tits On The Radio », « Laura », Mary »,… Même Peaches (forcément) aura montré le bout de son nez en toute fin de concert, aussi contente que nous d'assister là à l'un des live les plus délirants de la journée.

Les super-groupes, en général, n'ont rien de bien super : il s'agit souvent d'arnaque marketing qui n'ont pour seul but de permettre à certaines vieilles gloires du rock de payer leurs factures. « Contraband », le premier album des Velvet Revolver (alias Matt Sorum, Slash et Duff McKagan, ex-Guns N' Roses, ainsi que Scott Weiland, ex-Stone Temple Pilots), n'est pourtant pas si mal… Et puis voir de vraies rock stars, en chair et en os, c'est toujours excitant. Des types qui auraient déjà dû mourir dix fois, parce qu'ils vivent à fond le rock'n'roll, parce qu'ils l'ont dans les veines, sans aucune tricherie. Scott Weiland, cinquante kilos de nerfs, revenu de tout (on ne compte plus ses cures de désintox), en impose parce qu'on sent chez lui que la vie, depuis longtemps, est carbonisée à ses deux bouts. Quant aux trois autres c'est la même chose, d'autant qu'ils étaient les musiciens d'un certain groupe de heavy metal aujourd'hui légendaire. N'en déplaise à certains, à cinq (il y a l'autre guitariste, pas connu) ils nous auront mis une sacrée claque. Trois reprises des STP, « It's So Easy » des Guns, et l'essentiel de « Contraband » : en clair des soli monstrueux, ce chant caverneux, ces poses, ces regards, ces tatouages, bref du rock'n'roll qui tue, point barre. Et quel plaisir de revoir Slash tricotant sa guitare (la même !) comme à la grande époque, et Duff la cigarette au bec, ressemblant de plus en plus à un Bowie rongé par la coke. « What ever happened to my rock'n'roll ? » : il est ici, et il a encore de beaux restes.

Après tel déluge hormonal, Kelis se devait de calmer nos ardeurs : rétention, évacuation – le geste qui sauve et soulage. Pas gagné d'avance, cela dit : durant la première moitié du concert, l'Américaine, aussi sexy soit-elle, n'aura pas réussi à captiver nos hanches. Son faiblard, rythmiques un peu molles : jusqu'à « Caught Out Here », rien de très emballant. Puis la machine, enfin, prit l'allure d'un bolide, aux courbes généreuses et bien lustrées, ronronnant dans chaque virage telle une jeune chatte en chaleur. Et hop ! C'est la chemise qui vole, dévoilant sous nos yeux ébahis une svelte poitrine à peine dissimulée derrière un soutif macaron (le con). « Trick Me », « Milkshake » : dans l'évacuation soudaine, nos yeux se dilatent, notre bonheur éclate. Ouuuuiii ! C'est le moment d'une clope, et d'aller faire pipi…

Juste avant le concert des Zutons, dont le court répertoire (un album, « Who Killed The Zutons ? ») ressemble tout dit à du Coral en plus joyeux. Tout de blancs vêtus tels des savants fous perdus dans la steppe limbourgeoise, ces natifs de Liverpool mélangent allègrement la northern soul, Dexys Midnight Runners, Devo et James Brown, bref savent de quoi est fait un bon beat, un vrai. « Don't Ever Be », « Long Time Coming », « Pressure Point »,… Sympathique et sautillant, mais pas non plus démentiel. A revoir très bientôt au Botanique, dans de meilleures conditions.

A l'heure d'un premier best of en forme de mise au point, Groove Armada s'impose comme un des groupes les plus mésestimés de la sphère électro-dance anglo-saxonne. Ce soir, Tom Findlay et Andy Cato, secondés par un groupe live et les deux chanteurs Valerie M et MC MAD, auront pourtant livré un concert en tous points réussi. Une ambiance détendue et frivole qui changeait de l'hystérie habituelle du Dance Hall, et puis de bons morceaux, surtout ceux de « Lovebox », leur dernier album en date… Sans oublier les hits (« I See You Baby », « Superstylin' »), bref un concert savoureux, chill out à la bonne heure…

Juste avant la déferlante Faithless, ses hymnes pompiers et ses messages de paix, la preuve qu'avec deux doigts et beaucoup d'humanité, on peut faire sauter en l'air des dizaines de milliers de personnes comme une seule (« We Come 1 »). La musique, une religion (« God is a DJ ») ? Alors amen, et à demain, pour un nouveau jour de grand messe pop-rock-électro-rap.

 

On les a ratés (et c'est bien dommage) : Dead Combo, Peaches, Skinnyman, Cass McCombs, Delays, Kaizers Orchestra, DAAU, The Killers, Phoenix, Ash, Feist, Dandy Warhols, Everlast.

 

 

Le magazine le plus branché de la sphère parigo-cultureuse organise chaque année son festival itinérant, l'occasion pour une foule postmoderne en délire de faire la fête à la bonne musique, pour autant qu'elle allie élégance et sophistication. La preuve par Joanna Newsom, première invitée de cette soirée, qui cache mal derrière sa harpe une certaine dose de timidité tout à fait… excitante. S'agrippant à son mât cordé telle une naufragée de l'amour, l'Américaine (frusquée comme une gitane de 'La Petite Maison dans la Prairie') fît chez les spectateurs un effet bœuf. Mais quelle est cette mormone harpiste chantant comme une scie musicale ? Cette naine à l'air louche ferait-elle l'amour avec son instrument ? Le résidu de ses amygdales aurait-il servi à remplacer une corde cassée ? Toujours est-il qu'auprès du bar, la foule indifférente se bouscule, encore trop dissipée pour se préoccuper du mirage visuel et sonore qui vient d'apparaître sur scène. Coupée en deux par sa harpe géante qu'elle peine à caler entre ses jolies hanches, Joanna Newsom chante ses berceuses épurées de cette voix si espiègle et enfantine qu'il faut se frotter les oreilles pour en croire ses yeux (ou vice versa). C'est beau, même si tout le monde s'emmerde. La preuve que cette bouffée d'air régressive (jusqu'au fœtus, comme dans « 2001 ») demande du courage et de la volonté : pour apprécier ce folk de petite anorexique, il vaut mieux être psychologiquement préparé (surtout entre deux gorgées d'Heineken). La harpe, c'est le monolithe noir qui se dresse entre notre fantasme de pucelle et sa matérialisation. Tel le doigt de Dieu pointant nos péchés inassouvis, elle entrave notre envie soudaine de sauter sur la robe de sa maîtresse et de crier 'Maman !', dans un grand éclat de rire. Un rêve fœtal, donc, celui de l'éternel retour, d'une quête métaphysique, celle de la femme abstraite, telle que l'a vue Nietzsche comme pont et non comme but, comme une « corde tendue entre la bête et le surhumain, une corde sur l'abîme ».

(soupir)

'Oh Mama', chante Nick Cave sur la chanson-titre de « Lyre of Orpheus », mais Orphée s'est retournée au bar chercher une bière et a croisé le regard de Desdémone, résultat : il est resté quatre heures coincé devant le zinc, ou plutôt pétrifié comme un lamentable caillou de la carrière de Quenast. C'est qu'il fallait pas mal d'adresse et de patience pour attraper une pinte au vol, d'où cette chronique du concert de 22-20's atrophiée d'au moins 10 lignes (traduction : 25 minutes). Sous les effluves du houblon macérées de sueur masculine, l'oreille s'embue mais croit capter au loin du rock'n'roll. Tout ce qu'il y a de plus conventionnel. Un truc plutôt burné, aux relents blues du bayou, un peu comme quand on garde son slip trois jours d'affilée et qu'il reste collé à l'épiderme. Pas du blues de l'Abattoir (pour en revenir à Nick Cave), parce qu'en Angleterre les vaches ont beau être folles, elles ne jouent pas de la guitare et n'écoutent pas Skip James. Non, elles broutent de l'herbe, comme plein de types dans cette salle, sauf qu'eux ils la fument et qu'ils ont l'air vachement défoncés. Parce que le rock des 22-20's vous tanne tellement sur le cortex que même au bar, vous avez piqué deux gobelets déposés sur une table pour vous recouvrir les oreilles (et vous avez l'air con). C'est sans doute la faute au volume, plus lourd qu'un sac d'enclumes. Les pieds traînent, mais il est temps de regagner l'arène pour voir le plus mauvais chanteur ex-guitariste de Blur du monde.

(soupir)

Il chante comme une casserole, Graham Coxon (et ça rime presque). Il a de bonnes chansons, mais dès qu'il l'ouvre c'est le carnage, d'autant que le volume, lui, n'a pas lâché l'affaire. D'où cette impression d'avoir été piégé dans une sombre histoire de recyclage de tympans : un type aurait volontairement foutu les V.U. dans le rouge pour nous exploser le petit marteau dans notre tête. Maintenant il n'a plus rien sur quoi taper, même si dans la salle tombent toujours des enclumes, par les enceintes, la porte, les escaliers, partout. Dommage qu'aucune n'ait dévalée par surprise (et par derrière) sur Graham Coxon trucidant sa guitare, on aurait eu la paix. Damon, fais quelque chose.

(soupir)

Mais ce soir, c'était surtout la soirée de Barman. Celui qui chante dans dEUS, mais aussi celui qui prend trois-quarts d'heure pour servir deux cocas, à moins que ce ne soit son collègue. Quand on est une star, on boit des verres gratis : c'est là tout l'intérêt de faire de la musique en société, parce qu'au moins t'es pas tout seul à te murger. Y a plein de monde avec toi, et en plus tout le monde applaudit comme après un concours d'à-fonds pirouette. Enchaînement facile : la pirouette de ce concert, c'est évidemment la présence de Mauro au sein du groupe, en remplacement définitif de Craig Ward. Ils restent amis, puisqu'ils jouent ensemble dans The Love Substitute, en compagnie de Rudy Trouvé. Décidément, la famille dEUS a beau connaître des tensions, elle finit toujours par se réunir autour d'une dinde, de Noël par exemple. Sans doute fourrée à la cocaïne, à voir le sourire éclatant de Barman, celui qui fait fondre les filles, surtout si entre la maxillaire et l'incisive se cache un bouquet de roses, comme dans la chanson. Jouée ici à fond les ballons, comme tous les nouveaux titres, plus rock'n'roll et noisy, mais aussi plus pelants. 1h15 : pas bien long pour une soi-disant apothéose, le climax d'une soirée gâchée par des histoires d'enclumes, si encombrantes qu'elles auront fini par nous plonger dans un sommeil profond.

(long soupir)

‘Alors c'était bien hier ?’

(bruit d'acouphènes)

 

vendredi, 16 juillet 2004 03:00

Dour Festival 2004 : vendredi 16 juillet

C'est le deuxième jour de Dour, et déjà certains ont l'air de capituler sous le soleil. C'est qu'il fait chaud : enfin l'été arrive, et c'est sur la Plaine de la Machine à Feu que les rayons UV ont décidé d'ériger leur campement. Dans ces conditions, l'ombre des tentes s'avère des plus propices. C'est justement là qu'on découvre sur le coup de 15h un jeune groupe bruxellois qui pourrait bien faire parler de lui : Minérale. Ils sont cinq et jouent de l'indie pop à la Pavement/Grandaddy… Qui s'en plaindrait ? Leur premier single, « Touchy Touchy », se révèle, dès les premiers accords, un mini-tube en puissance. Malgré une certaine maladresse toute juvénile (rappelez-vous Girls In Hawaii il y a un an au même endroit…), ces cinq Bruxellois font plaisir à entendre. Vivement l'album, qu'on puisse juger à tête (et oreilles) reposée(s).

Mais il est déjà temps de sortir le bob et la crème solaire pour le set d'Austin Lace. Les Nivellois (« De Band Van Nijvel », jeu de mot drôle mais guère subtil) sortent leur album à la rentrée, et d'ores et déjà on peut dire qu'il sera rempli de tubes. Il fait beau et la pop survitaminée de ces fans de Papas Fritas et des Cardigans (1ère période) sonne comme un vent de fraîcheur à nos oreilles. Nouveau guitariste, set enlevé et sautillant, refrains à chanter sous la douche : Austin Lace a tout pour plaire. « Wax », « Kill The Bee », « Danielle Knows » (interprété avec le chanteur de John Wayne Shot Me, leurs potes de Hollande),… Tout ça c'est très bien, et c'est dit sans copinage (avez-vous déjà lu les excellentes critiques d'Enzo Porta, le Sarde au synthé, ici même, en ces pages ?).

Dans un tout autre style, Blood For Blood. Comparé aux ululements ado de Fabrice Detry, le style vocal de ces beuglards hardcore peut laisser quelques doutes. Mais un peu de hardcore à Dour, c'est tout à fait normal. Idem pour le reggae et le hip hop. Dommage qu'il n'y ait plus de scène black metal, comme au bon vieux temps. Quand il n'y avait rien de bien intéressant, on allait voir Immortal, et c'était drôle. Cette année, on va donc voir Blood For Blood. Une demi-heure suffit pour être content : c'est comme une mission de service public. Voilà : sur Musiczine, on a parlé de la scène hardcore. Quelqu'un voudrait en savoir plus ? Qu'il lise Mindwiew. Et le reggae ? Pas de bol : Enzo Porta, notre spécialiste en la matière, est occupé de démonter le matos d'Austin Lace (sans se péter, cette fois, un deuxième petit doigt). Ce sera pour l'année prochaine, les amis… Et sinon, Blood For Blood ? Solide. Méchant. Quelques punks au look nazillon se tapent sur la gueule et lèvent le poing en signe d'approbation béate. Le gros lard au chant a l'air d'avoir chaud, et son pote à la guitare éructe des trucs pas clairs sur le rock'n'roll, la rébellion, l'anarchie (ce genre). C'était les 10 lignes hardcore de cette review de Dour. Après ça, qui oserait encore nous taxer de purisme ?

Mais revenons à nos moutons : Showstar, donc. En ce vendredi de fournaise, la Red Frequency Stage prend soudain des allures de « Sacrée Scène » : d'ici 2h00, une bonne partie de la scène wallonne se succédera à un train d'enfer, parce qu'on est à Dour et pas à Werchter (c'est tellement vrai que ça rime). Showstar, oui. Un concert de Showstar, c'est avant tout un concert drôle : le chanteur a dû réviser son petit Poelvoorde illustré, tant il s'amuse à singer les mimiques de notre trublion national. Mais ce serait déplacé de notre part de résumer Showstar à ses quelques pitreries : la musique, aussi, vaut le détour.

Du bon pop rock à l'anglo-saxonne, avant la tornade Shannon Wright : seule au piano, l'Américaine a d'abord bien du mal à capter l'attention du public. En cause le boucan de Marcel et son Orchestre et de Sworn Enemy à quelques mètres de là, qui rendent sa prestation difficile. Mais dès que la chanteuse (bouche carnassière, énorme) empoigne sa guitare, c'est une autre histoire. N'oublions pas qu'elle est copine à Steve Albini, qui produit ses albums. A peine un merci, madame ayant l'air d'être perturbée par la fanfare d'à côté. Mais quand elle gratte sa guitare comme si sa vie en dépendait, Shannon Wright impressionne. On aurait préféré la voir en salle, à une température plus supportable. C'est vrai, quoi : assister à Dour aux concerts de songwriters intimistes, c'est comme aller aux 24h de Francorchamps en pensant passer une après-midi calme et sereine – ce n'est pas donné à tout le monde.

Senor Coconut, par contre, c'est parfait pour entamer la soirée : Kraftwerk, Sade, Deep Purple en version cha cha cha et merengue, ça détend les rotules. Surtout qu'à portée de main, au bus Pure FM, il y a du zizi coin coin : le mélange des deux s'avère très vite détonnant ! Uwe Schmidt, l'Allemand derrière cet orchestre-pastiche, restera pourtant de marbre pendant toute la durée du concert : il est vrai que souvent, les spécialistes du shaker doivent rester sobres durant leurs éthyliques manœuvres. Boire et bosser, voilà deux choses bien différentes.

Après telle mise en jambe, un détour du côté du ClubCircuit Marquee semblait opportun, d'autant qu'y jouaient les excellents Arsenal, duo flamand à l'origine d'un album de bossa-lounge rafraîchissant sorti l'année dernière (« Oyebo Soul »). Après Werchter (cfr review), Dour : joie, bonheur, enthousiasme, ce fût la même nouba ensoleillée. Peu importe si le public était majoritairement flamand, puisque l'ambiance était magique, surtout pendant « Mr. Doorman », le tube de l'été passé.

A quelques mètres de là, David Caretta balançait sa techno martiale, et pour une fois il ne s'agissait pas d'un mix : derrière ses synthés et son ordi, le DJ jouait ses morceaux en direct, dont l'énorme « Vicious Game », une sacrée claque. Certes, notre homme n'hésitait pas à canarder le public de ses ‘boum boum’ parfois disgracieux… Qu'à cela ne tienne : une telle avalanche de BPMs, c'est parfois mieux que tous les laxatifs (car à Dour, les toilettes sont un enfer).

Après un passage éclair du côté de la Last Arena, où les Skatalites et leurs rythmes chaloupés rendaient notre digestion facile (pain-saucisse, milkshake à la menthe fraîche et zizi coin coin), il était temps de prendre nos quartiers devant les barrières de la Red Frequency Stage…

Où se produisaient les excellents 16 Horsepower. L'année dernière, David Eugene Edwards et son side project Woven Hand avaient déjà mis la barre très haut. Sur le coup de 23h00, le trio s'installe sur scène, et le spectacle vaudou commence. Edwards, comme d'habitude, semble possédé par une force surnaturelle qui lui serait dictée par le Seigneur, ses yeux mi-révulsés scrutant le ciel étoilé de la plaine hennuyère. L'ambiance est pesante, l'attention religieuse. Au milieu du set, Edwards, les mains tremblantes, s'empare d'un accordéon et se lance dans une interprétation fiévreuse d'« American Wheeze ». Les fans exultent. Au rappel, une reprise du « Heart and Soul » de Joy Division, d'une puissance incroyable, tétanise les derniers récalcitrants. Le ciel est noir. 16 Horsepower quitte la scène dans le silence. Grand !

A peine remis de ce concert du feu de dieu (c'est le cas de le dire), voilà qu'on est pris dans un tourbillon de beats cyclothymiques : c'est Dave Clarke qui s'échauffe sur la grande scène, avant d'une fois pour toutes balancer la purée. Les apaches entament une danse de la pluie, mais il fait toujours aussi chaud… Le son est bien costaud : on gesticule. Il faudrait davantage de mixes de DJs stars sur les scènes en plein air du festival de Dour : en général ça cartonne, qu'on aime ou qu'on n'aime pas. Et Dave Clarke, dans le genre, est un sacré professionnel.

Tout comme Mud Flow, si l'on parle de rock ‘belge’. ‘Comment ça va, Dour ! On remercie Carlo pour nous avoir permis de jouer si tard !’, déclare Damien Broyaux, dernier rescapé de la formation originelle. Et c'est parti pour une heure d'un concert tout en tension, privilégiant les titres du dernier album, « A Life On Standby ». Mud Flow est sans doute le groupe wallon le plus talentueux de sa génération… Qu'on se le dise ! (PS : il ne s'agit en aucun cas d'une private joke entre nous et Coljon).

 

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