La terre fissurée de Daffo

À seulement 20 ans, Daffo, artiste indie-rock basée à Brooklyn, transforme le tumulte intérieur en chansons brutes et poétiques, d’une étrange beauté. Entre l’énergie DIY et des arrangements délicats, sa musique oscille entre fragilité et intensité. Révélée…

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Le cauchemar de This Will Destroy Your Ears…

This Will Destroy Your Ears verse dans le dark wave, puise son inspiration dans la noirceur des sons de l’Angleterre des années 80 tout en y mêlant des notes psyché accrocheuses et des salves soniques noisy. « Funland », son nouvel album, sortira le 10…

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John Wayne Shot Me

The Purple Hearted Youth Club

A l’instar de leurs potes d’Austin Lace, les Hollandais de John Wayne Shot Me pratiquent une pop bricolée des plus réconfortantes : un peu comme quand on atteint l’âge de la maturité sexuelle et qu’on rêve nu dans notre lit de coquines jouvencelles. Au réveil nos draps sont humides et notre cœur un peu pompette, mais on claque des doigts pour se donner de l’énergie avant d’entamer la journée. L’aventure débute sur des (chapi-) chapeaux de roue par « Intercontinental Machines », jolie ritournelle indie-pop à la Jonathan Richman, pleine de couleurs magnétiques comme celles qui se forment sur la langue quand on suce un bonbon. Mais à peine requinqués, sonne déjà le temps des larsens : « The Purple Hearted Youth Club » et ses riffs bien garage – sans doute celui des Detry (Lionel et Fabrice d’Austin Lace) – avec entreposés dedans de vieux amplis et des synthés Korg, des piles de BDs et des affiches d’« Easy to Cook ». Une grande famille, qu’on vous dit : même Enzo Porta (Austin Lace, Elvis Ghettoblaster… et ouais : Musiczine) a droit à sa chanson, « The Purple Hearted Enzo », chtite rengaine électro-pop à la « Pop Corn », signe qu’aussi tous ces gaillards aiment jouer des heures à Pacman et Space Invaders – JWSM c’est une question d’‘adulescence’, et pour une fois on dira que c’est chouette. Sur ce disque on respire la nostalgie acidulée d’une époque où l’on portait de beaux shorts en éponge : agréable, confortable et familier. Et si parfois tout ça frise la nonchalance oubliée de nos souvenirs d’enfance, plus question ici de faire pipi au lit… Parce que JWSM, derrière ses apparences de groupe boy-scout bloqué sur Goldorak et les sucettes-surprise (celles avec une chique à l’intérieur), n’a pas son pareil pour trousser de super mélodies : on pense aux Moldy Peaches (Kimya Dawson en ‘guest-star’ sur « Building Robots »), à Daniel Johnston (en moins taré), voire au Lemonheads (« Autopilot Collisions »). Un disque vraiment… chouette, donc : le genre d’adjectif qu’on n’utilise plus trop, mais qui rappelle l’insouciance de nos plus vertes années (les plus belles)… Et écouter JWSM, c’est comme y croire encore, ‘croix de bois croix de fer’. Parce que ces types ne mentent pas : ils sont vraiment sympas. Bienvenue au club donc, et n’ayez crainte : chez JWSM, y en aura toujours pour tout le monde. Suffit de se servir, et de ne pas oublier le mot magique : « Merci » !

Will Johnson

Vultures await

Écrit par
Le leader de Centro-Matic et de South San Gabriel mène parallèlement une carrière en solitaire. Et « Vulture await » constitue déjà son deuxième album solo. Un disque pour lequel il a reçu le concours de Scott Danbon, au violon, sur deux titres (« Just some silence » et « Sleep a while ») ; ainsi que celui de Matt Pence, au mixing, à la mise en forme et épisodiquement à la programmation. Hormis la collaboration de ses deux fidèles comparses, Will se réserve toute l’instrumentation : guitare acoustique et électrique, banjo, piano, basse, orgue, bruitages et la batterie. Sans oublier les parties vocales. De sa voix fatiguée, austère, rongée par la douleur, Johnson épanche ses lyrics intimistes, ténébreux sur une musique qu’on pourrait qualifier de country/folk alternative. Imaginez un Wilco en plus minimaliste, et vous aurez une petite idée du style pratiqué par cet artiste texan. Pas pour rien que le génie littéraire de Will et de Tweedy sont souvent comparés. Ballades dominées par un piano spectral, élégies acoustiques et parfois chansons pop se partagent les 12 fragments de ce « Vultures await ». L’esprit de Tom Waits hante même le lugubre « Catherine Dupree » ; alors que tout en lorgnant du côté des Flaming Lips, « Nothin’ but Godzilla » constitue le seul moment au cours duquel, Will se montre un tantinet plus optimiste…

JJ Bad Boy Jones

A life time of the blues

Écrit par
Ce vieil artiste a passé sa vie à avoir le blues et à vivre le blues. Une impression qu’il communique instantanément dès la présentation et l'introduction de «Everyday I have the blues». Du vécu ! Tous les musiciens sont en place et y jouent leur rôle. Les solistes piaffent d'impatience pour prendre leur tour de rôle. Big Harmonica Boy est à l'harmonica et Jason James, Richard Manzanares ou encore l'excellent Bernie Pearl se partagent les guitares. JJ possède une bien belle voix de bluesman ; son timbre éraillé est parfois très proche de son vieux copain de jeunesse, Howlin' Wolf. Sur « Rock me baby », il démontre qu’il n’est pas un manchot. Chaque note a son poids. Et il y injecte naturellement la dose de feeling nécessaire. Préposé au saxophone ténor, Richard Merritt tire son épingle du jeu. JJ n'a pas peur d'affronter le répertoire excitant du R&B excitant. Celui de James par exemple, sur «I feel good». Bien sûr, notre Bad Boy se sent surtout chez lui, lorsqu’il pratique l'exercice du Chicago blues classique, sans compromission. A l’instar de «Five long years». Un fragment émaillé de brillants échanges de guitares entre JJ et Jason James. JJ évoque ensuite quelques souvenirs d’enfance. Il avait à peine quinze ans et jouait régulièrement sur la même scène que Chester Brunett, alias Howlin' Wolf. Il reprend alors un des cris de guerre de Wolf : « Smokestack lightnin » ; et dans ces conditions, il n’est guère surprenant d'apercevoir le fantôme de ce vieux bluesman légendaire à la voix d'outre-tombe. Mr Jones nous cause ensuite d’un autre mythe, mais fort heureusement toujours bien vivant : BB King. Et il enchaîne aussitôt par une toute bonne version de «I woke up this morning». En fin de concert, JJ introduit un des excellents guitaristes contemporains issu de la West Coast : Bernie Pearl. Au cours des dix dernières années, il a d’ailleurs commis plusieurs albums en compagnie du vieil harmoniciste noir, Harmonica Fats. Les deux hommes s'embarquent alors dans une reprise d'un des titres les plus connus de Jimmy Reed : « Baby what you want me to do ».

Norah Jones

Feels Like Home

Il ne sert à rien d’encore présenter Norah Jones, son premier album « Come Away With Me » s’étant vendu comme des petits pains (18 millions !) à travers le monde. A elle seule, la jeune pianiste a relancé la mode du jazz vocal, ouvrant la voie (voix) à de nouveaux artistes pour qui la note bleue n’a rien de suranné (Jamie Cullum, Amy Winehouse, Katie Melua,…). Dire que tout le monde l’attendait au tournant pour son deuxième album n’est donc qu’un doux euphémisme… Avec « Feels Like Home », la jeune Américaine (24 ans !) n’a pourtant pas voulu réécrire un « Come Away With Me » bis… Il suffit d’écouter le titre d’ouverture, « Sunrise », pour s’en convaincre : même si la voix berçante de Norah Jones surprend toujours par sa séduisante fraîcheur, cette ritournelle acoustique et légère lorgne cette fois gentiment du côté de la pop. En ce sens, « Feels Like Home » dégage un parfum plus trouble et sexy que son prédécesseur, plus décontracté aussi. On retrouve bien sûr au piano le délicat toucher de l’Américaine, toujours entourée de sa fine équipe (Adam Levy, Kevin Breit, Daru Oda, Andrew Borger et Lee Alexander, qui co-signe plusieurs titres), mais cette fois la country semble une influence plus palpable. « Be Here To Love Me » (une cover de Townes Van Zandt) sonne ainsi comme une comptine espiègle à la Emmylou Harris, et sur le morceau suivant (« Creepin’ In », style bluegrass) c’est Dolly Parton qui l’accompagne au chant. Ailleurs on retrouve Levon Helm et Garth Hudson du Band, ou encore Jesse Harris, pour un résultat qui vaut bien les ambiances cotonnées de son premier album multi platine. Sur « Humble Me », Norah Jones abandonne même un instant son clavier pour une jolie chanson acoustique et sereine : une nouvelle voie que la chanteuse emprunte avec succès, en toute… humilité. Puis c’est « Above Ground » et son clavier électrique, étonnamment groovy. En treize chansons d’un charme fou, à dimension humaine, Norah Jones confirme tout son talent de chanteuse jazz hors pair. Et c’est vrai qu’à l’entendre, on se sent vraiment bien… « comme à la maison ».

Jours

Jours (Ep)

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Un disque de chanson française ? Une ode aux jours de la semaine ? Détrompons-nous, "Jours" s’exécute dans la langue de Shakespeare et suit un long fleuve tranquille de pop cristalline. "Vampire" ouvre le bal au son d’une guitare aérienne survolant de près le cantique enjolivé d’un petit bout de femme. Sur "Surdose Seas", l’éclat féminin s’efface derrière un timbre masculin à la tessiture proche de celle de Stef Kamil Carlens (Zita Swoon). La suite ("I Swear") nous rappelle aux bons souvenirs des inflexions de Dolores O’Riordan… A supposer que le public réclame sa dose de rock lyrique et empathique toutes les décennies, cette démo tombe à point nommé. Le "No Need To Argue" triomphal des Irlandais sortait en 1994, nous sommes en…2004 et les fans de "Zombie" pourraient bien exhumer le mausolée commercial des Cranberries sous peu. La quatrième plage, "Life", hante encore nos esprits. Tels des échos fantomatiques perdus dans un manoir, des chuchotements féminins dialoguent, troquent leurs mémoires spectrales. "Out Of Reach" apaise alors les esprits, détend l’inquiétante atmosphère dans laquelle nous venions d’être plongé. En final, l’auditeur découvre "Excuse Me", une comptine guère moins rassurante. Bercée par une série de beats répétitifs, la dernière ritournelle de "Jours" s’emploie à s’excuser de nous de nous avoir fait si peur.

Simon Joyner

Lost With the Lights On

« Lost With the Lights On » constitue déjà le neuvième album de Simon Joyner, troubadour folk toujours pas remis de sa dernière cuite dylanesque. Il faut dire qu’au Nebraska, terre d’accueil de Joyner, le temps maussade n’invite pas à la fête : à cet égard, écouter l’album du même nom de Springsteen peut rapidement donner l’envie de rester au pieu jusqu’au coucher du soleil… Pareil pour ce disque, crépusculaire et cafardeux, sans doute enfanté dans la douleur et la solitude d’une nuit sans fin à compter les étoiles. Pas forcément drôle, mais d’une beauté lancinante qui vaut bien un séjour prolongé dans la pénombre, à côtoyer les fantômes de Johnny Cash et de Merle Haggard. Simon Joyner ne connaîtra sans doute jamais la gloire de ses précieux aînés (Cohen aussi), mais à l’instar d’un Molina (Songs : Ohia) sa musique donne l’effet apaisant d’un Xanax avalé avant d’aller dormir : très vite on se laisse submerger par ces ambiances indolentes, jusqu’à perdre conscience et rêver de jours meilleurs. Sépulcral et pesant, même la lumière allumée.

JW-Jones

My kind of evil

Écrit par
Issu d’Ottawa, ce jeune chanteur guitariste n’est âgé que de 23 ans. Pourtant, il a fondé son premier blues band en 1998. Eponyme, le premier album de son groupe paraît l’année suivante. Autoproduit, très mal distribué, il constitue pour les limiers du blues, une révélation. Début 2001, il commet "Defibrillatin" (Crosscut) et en 2002, "Bogart's bounce" (Northern Blues), un disque pour lequel il avait reçu la collaboration de Kim Wilson et de Gene Taylor. Son ami Kim s'est proposé de mettre en forme son nouvel opus.
 
Cette plaque commence de la plus belle manière ; c'est-à-dire par un "Shake that mess" parcouru par une guitare aux accents west coast jump, qui s'exclame devant force cuivres détonants. En l’occurrence les Wind Chill Factor Horns que composent trois saxophones et une trompette. Le son de la guitare dispensé par JW est superbement rendu. La production de Kim Wilson y est sûrement pour quelque chose! Jones reprend le "What you do to me" de Johnny Guitar Watson et Johnny Otis, un morceau qui semble sortir droit sortir d'un jukebox des fifties. Mais il ne le chante pas, ce rôle ayant ici été dévolu à son compatriote Colin James (du Little Big Band). Wilson est parvenu, vous l'aurez deviné, à déterminer le son adéquat pour les cordes. Caractérisée par des chœurs semblant sortir d'un beat band du Liverpool des années 60 et une guitare assez furieuse, "Ain't gonna lie" est une composition plutôt étonnante. JW y montre encore une fois les limites de sa voix qui constitue assurément son point faible. L’adaptation du "I don't know" de Willie Mabon est un véritable bonheur. Mais c'est bien Kim Wilson qui assure les vocaux ! Geoff Daye martèle son piano. Les cordes sont inspirées par cet environnement. Elles éclatent à l'avant-plan. Le deuxième chorus emprunté par JW est particulièrement saignant. Le gamin est vraiment déchaîné ! Il empoigne le micro et chante d’une manière plus assurée son "Cheating woman". Un bon slow blues, chargé d'atmosphère. Saturé de sensibilité, le solo sent bon le westside de Chicago. Très Memphis R&B, l’instrumental "Nothing on me" met en exergue un sax ténor de classe, que nous réservent Brian Asselin ou Steve Trecarten. Inspiré une nouvelle fois du Westside sound, et tout particulièrement par le rythme de la guitare de Magic Sam, "You can't fool me" est un autre blues très réussi. Superbe instrumental, "Slow down" démarre dans le pur west coast jump, fait soudain faire machine arrière et prend la direction de Chicago, avant de terminer sa course sonore du côté de chez BB à Memphis. Excellent ! JW met alors le cap vers la Nouvelle Orléans. Il reprend le célèbre "Blue Monday" de Dave Bartholomew et Fats Domino. Et c'est Kim qui chante dans un répertoire qui lui va à ravir. Swamp blues issu de la plume de Jay Miller, "You've got me" observe une nouvelle pause en Louisiane. Une compo caractérisée par des changements de rythme, le chant paresseux de Colin James et le solo d'harmonica convainquant de Kim Wilson. Instrumental très cuivré, "Code blues" baigne dans le swing jazz tout en autorisant des exercices de classe en solitaire à la guitare, à la basse et au piano. Kim souffle encore remarquablement tout au long d’"Aching pain", un blues à ras de terre. Cet album de bonne facture s’achève par "Let's have a ball", un fragment imprimé sur un tempo assez boogie rock'n'roll, au sein duquel Daye tire son épingle du jeu, au piano. A suivre de très près!

Mick Jagger & Dave Stewart

Original Soundtrack Alfie

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Alfie est une comédie romantique et décalée qui remporta un joli succès en 1966. Sa bande originale marqua notamment les oreilles critiques, nourries au génie du saxophoniste Sonny Rollins et à la voix de Dionne Warwick. Pour son remake – genre à la mode à Hollywood, le réalisateur Charles Shyer a contacté Dave Stewart, dont on n’avait plus de nouvelles depuis 5 ans et Peace, l’album du retour (vers la guimauve) d’Eurythmics. Et Dave d’embarquer dans cette aventure son pote Mick pour leur première collaboration musicale. Evidemment vu les circonstances, il ne fallait pas s’attendre à une révélation. L’ensemble des chansons originales navigue dans les eaux consensuelles rock – blues –soul, sans originalité ni faute de goût. Complètement formaté FM, cet opus confirme l’impression – mais avait-on besoin d’une confirmation ? – que Mick Jagger n’est décidément plus cette grande gueule frondeuse. A vrai dire “Grosses Lèvres” préfère assurer en compagnie de ses copains musiciens de studio et s’acoquiner le temps de 3 titres – dont l’Alfie de Burt Bacharach – en compagnie de la jeune anglaise Joss Stone, sensation soul de 2003. Le tout avec la bénédiction d’un Dave Stewart appliqué et peu inspiré. Si le film est à l’avenant de sa bande originale, on peut s’attendre à une soupe de bons sentiments et d’humour frelaté…

Innocent X

Fugues

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Tout d’abord attachons-nous aux faits : atterrir sur la sous branche ‘électrique’ du Label Bleu attire l’attention. Surtout associé au jazz et à la musique dite ‘world’, ce label peut se targuer d’héberger des noms réputés dans leurs milieux respectifs. Que ce soit Louis Sclavis, Steve Coleman ou Stefano Di Battista pour le jazz ou Rokia Traoré pour la world, toutes les sorties estampillées Label Bleu suscitent généralement une curiosité justifiée. Ouvert à d’autres formes d’expressions musicales, ce n’est ni plus ni moins qu’au boss du label en personne qu’Innocent X tape un soir dans l’oreille. Lui qui en a sûrement entendues d’autres, décide donc de signer ce trio parisien pour un premier album qui sortira en 2002 (“Haut/Bas”). Trois ans plus tard, ils nous reviennent flaqués de ce deuxième effort, poétiquement intitulé “Fugues”. Après “Haut/Bas” et son titre ‘binaire’, induisant aussi bien la chute que la répétition (nuit, jour, nuit, jour,...), on relèvera sans peine l’importance accordée par le groupe au mouvement. Ou à la mouvance. Et pour gentiment passer pour un érudit, paraphrasons Monsieur de Candé au sujet de la fugue dans le dictionnaire de la musique : ‘Il est exact, cependant, que sa pratique (la fugue, donc) est difficile, car rien n’est plus difficile que d’organiser la liberté’. Et cette liberté qui manque tant au ‘post rock épique’ et à ses figures de proue contemporaines (Mogwai et Godspeed en tête, engoncés dans leurs gimmicks), Innocent X s’en repaît jusqu’à l’effet normalement escompté : nous emmener, affranchis. A aucun moment “Fugues” ne patauge dans le genre, ni ne remplit la galette jusqu’à la boursouflure en répétant les sempiternels même schémas, le groupe n’usant pas de recettes. Mais diversifie les approches. Ici, France Cartigny chante une comptine enfantine traditionnelle et se rapproche d’Ulan Bator; là Anne-James Chaton déclame ses textes abstraits et socialement engagés, copinant avec Diabologum ou Expérience. Vous l’aurez compris, Innocent X se démarque en comprenant intelligemment que le post rock ne se construit pas uniquement le temps d’une chanson, mais demande de la cohérence et du mouvement sur la longueur. ‘La messe est dite’ dixit en son temps le Pape Innocent X (1644-1655). “Art is a question of going too far” enchérira bien plus tard Francis Bacon.

Interfaith

Interfaith

Écrit par
Interfaith est un bel exemple de l’amitié anglo-française renouvelée. Vieux routier du rock underground français, Jean Jovenet a collaboré avec Fuzz Townshend, le batteur de Bentley Rythm Ace. Il leur a fallu cinq ans pour accoucher de cette plaque mutante qui défie les classifications. Jovenet possède une voix à la croisée des chemins de Lou Reed et de Lee Hazlewood. Elle s’accorde à merveille au rock garage psychédélique qui caractérise le début de l’album. La seconde partie fait la part belle aux programmations électroniques et aux samples. Une rupture de ton regrettable, car la voix limitée de Jovenet sied mal aux beats sautillants qui squattent le reste de la plaque. Interfaith reste malgré tout un curieux objet musical, non dénué de qualité et d’audace. Ce qui n’est déjà pas mal.

Indigenous

Homebaked

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Originaire de Flandre Occidentale, cette équipe hip hop constituée de deux jolies chanteuses, deux Mc’s et un producteur en la personne du dénommé Glue, propose ici son premier long format. Pour l’occasion, quelques camarades on été invités à rejoindre la formation de base : Dj Grazzhoppa, ‘t Hof van Commerce et l’anglais Blade sont les noms les plus connus qui participent à l’aventure. Indigenous pratique un hip hop anglophone et légèrement apocalyptique dans ses thématiques. Le tout est produit de main de maître par Glue qui possède un certain talent dans l’agencement de beats classiques et efficaces. « Homebaked » manque quand même de saveur locale ; ce qui est un comble pour un pareil titre. Le rock belge en anglais, ça passe encore, mais le hip hop en anglais après les exemples brillants de Starflam, De Puta Madre, Rival ou ‘t Hof van Commerce, c’est dommage. Toutefois, « Westvlamme », « For Starters » et « We don’t like those… » laissent entrevoir un potentiel qui pourrait se concrétiser sur les productions futures.

International Airport

Reunion of Island Goose

Tom Crossley est un joyeux drille de l’exotisme instrumental, du pointilleux sonore, du pusillanime mélodique. A l’instar d’un Sean O’Hagan (High Llamas) ou d’un Pastels (ses amis), il aime enjoliver ses chansons de détails luxuriants : une trompette par-ci, un xylophone par-là, quelques bleeps, un harmonica,… Rien n’est de trop pour cet esthète de la pop de luxe, entouré pour l’occasion d’une kyrielle de potes eux aussi doucement dingues, d’Alasdair Roberts à John McEntire. C’est magnifique comme on peut renouveler les codes d’un genre sans le trahir : suffit d’un peu de finesse et d’imagination, et le reste vient tout seul. De Teenage Fanclub à The Sea & Cake, l’histoire n’en finit pas. Dernier épisode en date : les douze titres suaves et riches du deuxième album d’International Airport. L’atterrissage est reporté à une date ultérieure… Les passagers du vol n’étant pas très chauds pour reposer de suite leurs pieds sur terre.

Interpol

Antics

Écrit par
« Turn on the bright lights » était un album avant tout contaminé par les eighties : l’attitude, l’image et surtout la musique. New wave, post punk et bien sûr cold wave. En outre, la couleur sonore était circonscrite au noir. « Antics » embrasse également la palette des gris. A cause de la voix de Paul, tout d’abord. Moins monocorde et plus versatile. Qui épanche des lyrics traitant du conflit entre l’humain et l’inhumain, l’homme et la machine, l’amour et la haine, le sexe et la mort. De la présence d’un clavier, ensuite. Dont la fluidité insuffle une certaine chaleur aux mélodies. A l’instar de « Next exit », qui trahit même un certain penchant pour les sixties. Hormis le final morbide « A time to be so small », l’opus affiche un profil nettement plus pop. Parfois même dansant. Revers de la médaille, on a parfois l’impression que la formation s’essouffle au coeur de l’elpee. Heureusement, sur les 10 fragments de la plaque, plus de la moitié ont vraiment la pêche. « Next exit », bien sûr. Mais aussi le ‘pixiesque’ « Evil », le single potentiel « Narc », caractérisé par une ligne de basse jazzyfiante ; ou encore le funkysant « Length of love », dont le groove métronomique rappelle les Hives. Pour solidifier le tout, Interpol peut heureusement encore compter sur l’efficacité et la créativité des drums de Sam Fogarino. Et dans la musique d’Interpol, cet atout est loin d’être négligeable. Pas pour rien qu’il est surnommé l’as de pique. Bref, un très chouette album auquel il ne manquait pas grand-chose pour mériter un ‘must’.

The Invisible Frog

First draft

Écrit par
Non contents d’inonder la Belgique de musique non radiophonique, les petits gars de Mandaï y vont de leur duo guitare/batterie. Première démo 6 titres pour moins de 10 minutes, T.I.F. balance, griffe, rappe la gratte; tape, martèle la batterie. Bref le carnage, en bonne et due forme des schémas traditionnels du noise instrumental. Sans jamais tomber dans l’ennui ou la prise de tête, ce confetti musical se prend en apéro avant d’aller bosser, histoire de se remonter les bretelles. Citant eux-mêmes comme influences les labels 31G, GSL ou Skin Graft (NDR : curieux, ces groupes émargent au catalogue de Mandaï…), T.I.F. a eu le bon goût d’illustrer leur effort de la créature décervelée du ”Rocky Horror Picture Show”. Un bon goût qui ne trompe pas.

IQ

Dark Matter

Écrit par
D’excellente facture, les deux albums précédents de IQ avaient accompli quelques pas vers la modernité. On pourrait dire que 'Dark Matter' consacre plutôt un retour aux sources. Non seulement il évoque les toutes premières œuvres du groupe, non seulement les sonorités de claviers se complaisent dans les seventies, mais les plages sont encore parsemées de clins d'œil à Genesis, Yes ou (plus exceptionnel pour IQ) Pink Floyd, comme ce fut rarement le cas durant les 20 années écoulées. L'album s'organise en 5 plages, dont deux épiques de respectivement 12 et 24 minutes en ouverture et clôture. Dès l'intro majestueuse de 'Sacred Sound', on est happé par l'univers magique et définitivement romantique du groupe. C'est un morceau puissant et versatile, en équilibre parfait entre les claviers impériaux de Martin Orford, la guitare subtile de Mike Holmes, le chant irréprochable de Peter Nichols (qui décidément bonifie au fil du temps), la redoutable basse fretless de John Jowitt et la frappe de Paul Cook, redevenue moins lourde. Chaque musicien continue de peaufiner son style. Et tout est tellement fluide, évident, interpellant et esthétiquement irréprochable, que la finale de 'Harvest of Souls', point d’orgue de cette séquence de bonheur, arrive bien trop vite. 'Dark Matter' est l'œuvre d'un groupe en pleine maturité, conjugaison de talents rares, toujours inspiré et jamais présomptueux. La production (assurée par Mike Holmes) est d'une qualité vertigineuse. Les sonorités à la fois claires et amples, organiques et pleines de relief, contribuent au chef-d'œuvre. Les frissons sont garantis. Festival de ce que le groupe a proposé de mieux depuis 20 ans, ce CD est un must! Alors que tant de groupes s'essoufflent après quelques albums et malgré la diffusion marginale de sa musique, IQ est devenu aujourd’hui une valeur sûre. En se forgeant une notoriété assez exceptionnelle, il inspire définitivement respect et admiration. Ovation debout!

Iron & Wine

Our Endless Numbered Days

Une guitare et une voix suffisent parfois pour que notre cœur chavire. Iron & Wine, alias Sam Beam, ne s’embarrasse pas d’autre chose, et sa musique sonne comme l’éternel. Après « The Creek Drank The Craddle » (2002) et un EP essentiel (« The Sea And The Rhythm »), ce deuxième album envoûte par sa désarmante simplicité, qui touche en plein mille. La guitare acoustique fait ici des merveilles, son équilibre instable nous renvoyant finalement à notre condition d’être humain fragile et rongé par le doute. Sam Beam joue de la country-folk en toute honnêteté ; et c’est tellement beau qu’on a envie de pleurer. Parfois, un banjo, la voix douce d’une fille délicate, enjolivent encore ces douze chansons d’une splendeur bucolique. Sans forcer le trait, par touches impressionnistes, Sam Beam et son folk céleste nous font voir un bout de paradis. Sur terre existent de vrais tisseurs de rêve, qui n’ont besoin que d’une guitare pour accomplir leur gracieuse mission. Buvez ces notes jusqu’à la lie, elles sont jouées pour vous.

IAMX

Kiss + Swallow

Écrit par
Echappé de Sneaker Pimps, Chris Corner, chanteur et compositeur au sein de son groupe, se lance corps et âme dans IAMX, son projet solo. Le temps d’un album, le garçon fausse compagnie à ses copains et s’oriente davantage vers une électro-pop estampillée 80’s, étrangement remise au goût du jour en ce début de millénaire. En ouverture, l’irréprochable single "Kiss And Swallow" préfigure un tout grand disque. Pourtant, sur la longueur, force est de constater que celui-ci ne reproduit guère l’engouement suscité par l’entrée en matière. Sous son pseudo IAMX, Chris Corner se contente d’exposer ses hantises sexuelles et ses inavouables fantasmes sadomasochistes. Cependant, à l’image du titre "You Stick It In Me" (littéralement "Tu l’enfonces en moi"), il reste capable de composer d’excellents morceaux, taillés sur mesure pour les dancefloors.

The Icarus Line

Penance Soiree

Méchante claque que ce disque. Du proto-punk lorgnant dangereusement vers le prog, à la limite d’un Suicide version nu-metal. Joe Cardamone hurle d’une voix démente à la Iggy période Stooges. Sans cesse au bord d’un gouffre au fond duquel ne subsiste aucun espoir, la rythmique ne laisse aucune chance au pauvre sourd d’oreille en mal de sensations fortes. Vous voulez un truc qui arrache la tête, vrille les tympans et fait l’effet d’un rasoir coupant vos artères ? Ces types sont là pour vous servir. Ca sent l’angoisse. Ca fout les boules. Bizarre, cette sensation d’hypnose salace qui vous prend à la gorge dès le morceau d’ouverture. En plein milieu, des décharges plombées, qui vous tordent la colonne vertébrale de leurs riffs lancinants : un triptyque cradingue et psychopathe (« Kiss Like Lizards », « Getting Bright At Night », « Big Sleep ») à l’écoute duquel on ne ressort pas indemne. Comme une drogue dure, sans extase ni empathie. Juste l’impression d’être en plein trip mescaline, sans la certitude d’un jour revoir la lumière. Glauque. The Icarus Line est un groupe de jeunes décervelés (23 ans en moyenne) qui n’ont pas grand chose à voir avec leurs collègues de NYC (The Strokes, Interpol,…) ou de Detroit. Ici on vit le rock’n’roll comme une descente aux enfers. Faut s’accrocher, même si ça doit passer par une migraine ou quelques ecchymoses. Au final, on est sûr d’avoir survécu au pire. On n’a plus peur de rien. On est prêt pour le déluge.

Ignatus

Coeur de boeuf dans un corps de nouille

Écrit par
Ce nouvel opus débute par une batterie folle, une atmosphère jazzy... Que le spectacle commence ! Ignatus, entouré d’une fine équipe (Eric Neveu, Ben’s Symphonic Orchestra, Christophe Monier,...), nous télétransporte dans une voiture, en vacances au soleil. On secoue la tête en pensant aux autres qui sont toujours au boulot en train de se faire fouetter par la direction. L’enfer n’est pas si loin, mais on a 15 jours pour se dire que la vie n’est pas si difficile. Manifestant une jouissance dans l’articulation et une voix à la Gainsbourg du début, il dresse ses chroniques sociales, se pose en observateur, prend de la distance avec la ville. En se délectant des les mots, il fait passer la pilule avec douceur. Les cordes légères, la rythmique joyeuse, les propos aigres-doux donnent le sourire. Mais à la moitié de l’album, on se rend compte qu’on s’est fait avoir. L’homme au coeur de boeuf dans un corps de nouille a pris soin de nous pour mieux nous faire angoisser. L’électronique prend place et ‘Pan’ dans ta gueule ! On parle de rapports affectifs, on passe du général au particulier, le ton et la musique se font grinçants, inhumains, comme si les sentiments étaient ingérables. Et, du début à la fin, c’est une réussite !

Ikara Colt

Modern apprentice

Écrit par
Tout au long des 12 pistes de cette plaque bien sympathique, le rythme soutenu, les mélodies partagées filles/garçons et les sonorités 80’s - somme toute discrètes - font d’Ikara Colt un groupe à personnalité, à mille lieues d’un revival trop prononcé. Et si influences il faut chercher, nous les dénicherons du côté de Wire ou de Sonic Youth plus que chez Culture Club. Le choix d’Alex Newport à la production n’est certainement pas étranger à cette volonté de sonner différemment. Issu du background indus-sludge-métal, Newport s’est illustré en son temps chez Fudge Tunnel, furieux compresseur auditif, avant d’aller former Nailbomb en compagnie du sieur Cavalera de Sepultura. Il est aujourd’hui associé à Icarus Line, groupe atypique s’il en est. D’où cette production qui ferait parfois pousser Ikara Colt vers la scène hardcore (le groupe Tree sur “Rewind” par exemple). Bref, une plaque d’éclate et de sautillements effrénés à vivre dans le salon ou dans une salle de concert.

Ill Ease

The Exorcist

Elizabeth Sharp ne devait pas avoir la pêche lors de l’enregistrement de cet album : à l’entendre ruminer des « Junkie Go Home » d’un ton nonchalant sur fond de guitares crapoteuses, on l’imagine bien la tignasse en bataille, la bouche pâteuse et les ongles noirs de crasse, à se moucher le pif entre deux prises, avec l’ingé son comme souffre-douleur. C’est bien indie tout ça, même si ce son bien crade ne donne pas envie d’aller plus loin dans l’écoute. Désolé pour les fans de Scout Niblett, les nostalgiques du grunge voire les révisionnistes no-wave : Ill Ease, c’est plutôt bof. Et même pas sale et méchant, en fin de compte. Juste bon pour choquer le bourgeois, celui pour qui Sonic Youth c’est du bruit et le rock, de toute manière, de la musique de dépravés. Tant qu’à se prendre une vraie claque, mieux vaut écouter Peaches… Les ceintures-godemichets, c’est quand même plus marrant que d’écouter une harpie chanter des trucs sur l’enfer, la drogue, la haine et l’Exorciste. M’en vais te lâcher une grosse quiche en pleine poire, moi !