Il n’existe pas de ligne droite pour The Beths…

The Beths, un groupe néo-zélandais composé de la chanteuse Elizabeth Stokes, du guitariste Jonathan Pearce, du bassiste Benjamin Sinclair et du batteur Tristan Deck, annonce la sortie de son nouvel elpee "Straight Line Was A Lie", le 29 août 2025. En avril,…

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La fresque de Vincent Delerm

Six ans après « Panorama », le chanteur cinéaste au cœur battant Vincent Delerm élargit encore son travelling sentimental en gravant « La Fresque ». Un huitième album dont la chanson-titre parlée, sur un arrangement tout en palpitations électroniques et…

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Acid Mothers Temple And The Melting Paraiso Ufo / Escapade

A thousand Shades of Grey

Écrit par
Habillé d’une une jolie pochette digipack, ce CD compile les œuvres de deux groupes différents, don les origines sont géographiquement très éloignées. AMTMPU nous vient effet du Japon, et Escapade des States. Mais la cohabitation trouve son alibi dans le style de musique pratiqué par les deux formations. Escapade présente deux plages avoisinant les 15 minutes et positionnées en début et fin de CD. La carte de visite de AMTMPU tient en un unique échantillon, mais d'une durée de près d'une demi-heure. Il n'y a donc que trois morceaux en tout et pour tout. Escapade annonce d'emblée la couleur : il s'introduit par une note de synthé très longuement tenue et tardivement épaulée. Et si cette description évoque pour vous le 'Wish you were here' du Floyd, détrompez-vous : il ne se passe quasiment rien pendant près de 4 minutes avant que le morceau démarre et s'équipe d'une rythmique un peu lourdingue, contrastant avec une structure musicale électronique. Si une trace de Pink Floyd est à trouver, c'est dans le jeu de guitare électrique (cf. 'Ummagumma' et 'Pompéï') et les relents de psychédélisme sixties. Mais à vrai dire les références qui semblent les moins saugrenues évoquent un Klaus Schulze un peu fatigué, Ashra Temple ou quelque représentant de la scène Kraut des seventies. Les Japonais s'inscrivent dans la même mouvance, bien qu'on peut plus clairement les situer entre le Tangerine Dream pubère et Terry Riley, dont ils se rapprochent par une musique toute en structures rythmiques, n'évoluant que par petites retouches successives. Bien qu'un peu plus contrastée, la conclusion d'Escapade reste fidèle au genre, et se mue en une montée en puissance qui évoque à nouveau Ashra Temple. Vous l'aurez compris: ce CD s'adresse à un public averti.

Act

XL

Écrit par
La drum’n bass ne sert pas uniquement à sautiller dans des soirées. Act l’a bien compris. Comme Matt Elliott de Third Eye Foundation. Faites écouter “XL” à un joyeux fêtard et observez. Sortie des tréfonds de l’esprit d’un aventurier, la musique d’Act investit l’auditeur pour accomplir un de ces voyages tripants, fiévreux, digne de la mauvaise descente du siècle. Aux abois, les bruits de la nuit ne sonneront plus exactement pareils; à chaque coin de rue, l’innommable surgira; dans votre dos, une foule aux aguets vous observera. Pour sûr ! Définitivement une musique de paranoïaque. Créateur de la drum n’ bass urbaine la plus flippante qui soit. A la campagne, Third Eye Foundation; à la ville, Act...! No exit.

Adem

Homesongs

Avec Kieran Hebden (Four Tet), Adem forme le groupe Fridge. Vu leurs antécédents respectifs, on s’attendait donc à ce que le premier album solo d’Adem lorgne clairement du côté de l’électro-folk le plus champêtre, plein de légers clicks et de pépiements synthétiques. Il n’en est rien : « Homesongs » est une belle collection de chansons folk intimistes, proche des disques de Nick Drake et de Tom Rapp. Une voix, une guitare, parfois un xylophone, un accordéon ou une harpe (les sublimes « There Will Always Be » et « Pillow » : Björk, où es-tu ?) : il n’en faut pas plus pour que nos sens chavirent devant tant de beauté, créée avec trois fois rien mais beaucoup d’émotions. Adem a composé ces dix titres chez lui à l’aide de son PC, et pourtant on croirait que le temps n’a sur eux aucune prise. C’est beau, tout simplement. Après Four Tet et le splendide « Rounds », Adem et son superbe « Homesongs » : mais que reste-il aux autres ?

Aerosmith

Honkin On Bobo

Écrit par
Mais qu'est-ce qu'ils ont tous à concocter des albums de reprises? Depuis quelques mois ce type d'enregistrements pullule dans les bacs de nos disquaires favoris. Et ils sont signés par des combos de hard rock ‘classique’. Citons, entre autres, Michael Schenker, L.A. Guns, Rush... En cette année électorale au Pays de l'Oncle Sam, Aerosmith nous fait son coup de blues en revient à ses premières amours d'une manière classieuse. Sur les douze titres qui composent cet "Honkin on Bobo" à la production typiquement ricaine, onze adaptent des grands standards du blues et un seul relève du tandem Steven Tyler/Joe Perry. Du beau travail, léché, propre et sans faute de goût. Du traditionnel "Jesus is on the Mainline" au superbe "I'm ready" de Willie Dixon, du très puissant boogie "Baby please don't go" - déjà repris par AC/DC en 76 sur un single introuvable - à l'immortel "Stop messin Around" de Fleetwood Mac, on ne s'ennuie pas à l'écoute de cette plaque qui réconciliera Aerosmith avec ses vieux fans. Quant à savoir si les puristes du blues apprécieront la démarche, il faudrait peut-être sonder mon éminent collègue Jean-Claude Mondo qui doit avoir un avis bien pertinent sur la question.

After Forever

Invisible Circles

Écrit par
A travers le grandiloquent "Invisibles Circles", les Hollandais d'After Forever s'imposent comme le concurrent direct de leurs compatriotes de Within Temptation et des Finlandais de Nightwish. Plus aboutie, et nettement plus heavy que ses prédécesseurs, la plaque révèle un combo imaginatif, soudé et ouvert au milieu underground comme à un plus large public. Conceptuel, sans être pompeux, le disque aborde des thèmes sérieux et se veut un regard pertinent sur l'évolution de la société. L'influence des médias, la télévision, les ordinateurs et les technologies nouvelles sont au centre du concept d'"Invisible Circles". L'héroïne, une jeune fille tourmentée, souffre de l'absence de ses parents et se réfugie dans son propre monde constitué de jeux vidéo et de communication via Internet. Des titres tels que "Beautiful emptiness" ou "Victim of Choices" sont immédiatement accrocheurs, tandis qu'une bonne partie de l'album nécessite une écoute approfondie avant d'en percevoir toutes les finesses. Les orchestrations grandioses magnifient l'organe vocal lyrique de Floor Janssen, nouvelle déesse du metal gothique. Les guitares sont puissantes à souhait ; et les arrangements sont d'un niveau tel que la comparaison avec un certain Ayreon vient effleurer l'esprit. Du très bel ouvrage ! Nous vous recommanderons toutefois la version digipack limitée de cet opus incontournable, agrémentée d'un livret aux illustrations de toute beauté et d'un DVD superbement ficelé.

Air

Talkie Walkie

Après « 10.000 Hz Legend », space opera visionnaire et déjanté, Jean-Benoît Dunckel et Nicolas Godin tombent enfin le masque en misant sur la simplicité. Sur ce troisième album (on ne compte pas « Virgin Suicides », « Everybody Hertz » et « City Reading »), le duo français se montre ainsi sans fards, préférant le dépouillement instrumental aux orgies rétro futuristes d’antan. Quelques guitares, un piano, une voix (la leur, au vocoder) : il n’en faut pas plus (diront certains) pour que le charme opère. Rien de plus naturel, et pourtant : dans le cerveau du duo, telle sobriété semble presque surnaturelle… Comme si finalement on regrettait les atmosphères synthétiques qui firent sa renommée, sans doute un peu surpris par ce revirement acoustique, ces mélodies diaphanes et ces paysages folk. Tout au long de cet album, le duo prouve en tout cas qu’il sait composer de jolies chansons sans recourir au moindre artifice, jouer autant à Simon & Garfunkel qu’à « Ralf & Florian » (Kraftwerk). Pourtant, un sentiment gênant subsiste à l’écoute de ce « Talkie Walkie » : sans doute faut-il le mettre sur le compte de la surprise… Une surprise qui confirme le talent du duo à prendre tout le monde à contre-pied, mais qui s’avère au final plutôt anecdotique. Air vient de sortir un bien bel album, et dans une certaine mesure « se réinvente », mais en fin de compte nous laisse un peu las et perplexe. De la part de tels « innovateurs » on aurait préféré quelque chose de moins terne, de plus emphatique (sic) ; bref qu’ils continuent à creuser le sillon électronique dont ils sont les instigateurs (la French Touch ? Peu importe). Qui a parlé d’esprit de contradiction ?

The Album Leaf

In A Safe Place

Sûr qu’à l’écoute de l’électro-post rock de Jimmy LaValle alias The Album Leaf, on se sent bien, en toute sécurité. On n’avait plus vécu pareille sensation depuis Sigur Ros, lorsqu’on était parvenu à toucher le ciel et ses étoiles… Présents sur ce disque, comme backing band (voire au chant sur « Over The Pond ») ! Le monde est petit, et l’on en a vite fait le tour : de Mum aux méconnus White Birch, de plus en plus d’artistes déclinent le spleen à toutes les sauces, la plupart en pleine tempête arctique ou les pieds en chasse-neige sur la glace islandaise. The Album Leaf, c’est donc de jolies cordes larmoyantes, des bleeps tout doux, du Fender Rhodes de berceuse et du glockenspiel de contes enfantins. Face à cette débauche de moyens lacrymaux, difficile de rester insensible : c’est beau et ça rassure, comme quand on est amoureux. Il n’y a rien sur ce disque qu’on ne connaisse déjà : tout simplement, c’est un album qui vaut bien ceux auxquels on le compare (voir plus haut). Un enchantement pour les oreilles, qu’on verrait bien joué en boucle dans les maternités… Là où la vie prend son envol, ‘en toute sécurité’.

Alice Donut

Three Sisters

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Doté d’un nom à faire saliver Homer Simpson himself, Alice Donut pratique une pop/rock qui aurait pu voir le jour à l’époque des premiers épisodes de la série mettant en scène les frapadingues de Springfield. Très marquée par le début des 90’s (NDR : normal puisque le groupe est actif depuis 1986) et les formations phares de la scène punk/pop de l’époque (Pixies, Girls Against Boys, …) - dont Alice Donut faisait également partie -, leur musique n’a pas changé le cours de l’histoire du Rock and Roll. Et ce n’est pas celle pratiquée tout au long de « Three Sisters » qui la changera. Pourtant, la première partie de l’opus reste franchement agréable. Boosté par des morceaux aux mélodies ‘pixiesques’ fignolées – à l’instar de « She tells me Things » ou encore «Problems» - ce disque s’étiole malheureusement sur la longueur pour finir par s’empêtrer dans une capharnaüm dilaté. Pas un chef d’œuvre donc mais une sympathique petite faille temporelle qui, si elle était sortie en 1992, aurait pu faire partie de toute bonne cédéthèque bis pour jeune branché…

50 Foot Wave

50 Foot Wave

Écrit par
Kristin Hersh est de retour! Pas en solitaire, ni en compagnie de Throwing Muses, mais au sein d’un nouveau projet : « 50 Foot wave ». Mais pourquoi plus Throwing Muses, puisque l’an dernier le combo avait effectué un come-back remarqué et remarquable ponctué d’un opus éponyme ? Parce que son fidèle drummer, David Narcizo, ne supportait plus la vie en tournée. Et il a donc été remplacé par l’ex Chalk Farm, Rob Ahlers. A contrario, Bernard Georges est toujours préposé à la basse. Mais quelle est donc la différence entre les deux formations ? 50 Foot Wave est réduit à la formule du trio. Objectif : rendre la musique plus sauvage, plus féroce, plus basique, plus métallique, plus immédiate. Et hormis le complexe et intense « Dog Days », réminiscent du début des Muses, les cinq autres fragments de cet Ep traduisent parfaitement cet état d’esprit ; « Clara Bow » épousant même les intonations sarcastiques d’un Pixies. Sans quoi le timbre vocal élastique, excentrique, gémissant et versatile de Kristin alimente toujours la solution sonore avec la même passion. Le groupe a même l’intention d’accoucher ( ?!?!?) d’un Ep tous les 9 mois… Kristin est aujourd’hui âgée de 37 ans. Elle est à la tête de 5 albums solo, 11 commis pour les T.M. ainsi que de quelques Eps et singles. Et apparemment, en se lançant dans l’aventure de 50 Foot Wave, elle n’a pas envie d’en rester à ce stade...

!!!

Louden Up Now

Écrit par
Voilà donc l’album pour lequel une bonne partie de la presse se gargarise en ce moment. Pas de rock passéiste ici ; mais plutôt une mixture post-punk obsédée par le disco, l’électro et le funk. Issue de Sacramento, cette large formation, impliquant une section cuivres, est clairement contaminée par le dance-punk du début des années 80 : les fantômes de P.I.L., A Certain Ratio, ESG ou encore James Chance sont ainsi omniprésents. Des glorieux précurseurs qui sont d’ailleurs remis à l’honneur par les compiles des labels Soul Jazz et ZE. Les Chk Chk Chk proposent une série de morceaux qui ne sont pas sans rappeler le « Metal Box » de P.I.L. C’est-à-dire des longues digressions décousues aux rythmiques énormes, le tout accompagné d’un chant disloqué. Seulement, pour la circonstance, nos camarades sont quand même plus obsédés par l’efficacité que leurs professeurs britanniques. Les meilleurs exemples étant les imparables « Is This Thing On? » et "Shit Scheisse Merde Part1", de loin les meilleurs morceaux de « Louden Up Now ». Pas vraiment la claque annoncée, cette plaque génialement mixée vaut surtout pour le bluffant travail rythmique réalisé par nos gaillards, tandis que les longueurs et le manque de morceaux solides jouent en leur défaveur. On suppose que ces défauts seront largement corrigés sur leur prochaine sortie.

8NOP8

Livide

Écrit par
Sextet actif depuis 1997, 8NOP8 pratique un hardcore puissant et complexe qui n’est pas sans rappeler Botch ou Ananda. Le band joue dans la cour des grands sans l’ombre d’un complexe. Après avoir été repéré sur la sampler Rock Sound, cette formation nous propose un ep 7 titres qui devrait mettre les amateurs sur la même longueur d’ondes. 8NOP8 puise sa force dans la multitude d’influences qu’il dégage, chaque membre du groupe semblant injecter sa dose d’influence de manière saine et constructive. Pour exemple, le cinquième morceau (merci Mandaï pour les promos sans tracklist ;-)) débute de manière roots (percus tribales) et dark ambient (loops à la Tribes of Neurot), supplantées progressivement par la batterie et une gratte tendance noise. S’ensuivent alors le chant bien hurlé comme il se doit et une basse bien claquante. Et nous voilà partis pour une partie nettement plus “technique” où breaks et contre breaks se suivent; où décalages rythmiques (parties mosh core/death et hardcore old school) s’en donnent à coeur joie pour terminer en fanfare un titre commencé de manière relativement doucereuse. Le reste de cet ep est à l’avenant : des influences convergent, se condensent pour créer un conglomérat de bruit et de fureur toujours lourd, mais jamais assommant. Une réussite, inutile de le préciser.

22-20s

22-20s

Écrit par
Il n’y a pas d’âge pour réaliser ses rêves les plus fous. Les quatre galopins de 22-20s en demeurent une preuve tangible. La petite vingtaine au compteur, ces lads se targuent déjà de reprendre l’héritage des Rolling Stones à leur compte. Nos nouveaux amis maîtrisent l’art divinatoire de la guitare distordue, l’appétence d’un blues électrique fiévreux et sexy. A force d’une abnégation anachronique forgée dans les tréfonds de clubs obscurs, d’entraînements valorisant en première partie de Supergrass, les 20-20’s parviennent aujourd’hui à rendre un bel hommage au rock’n’roll. Mais alors, à quoi bon se tourner vers ces petites frappes rétrogrades ? Pourquoi ne pas s’écouter tranquillement "12x5", "Aftermath", "Beggars Banquet" et tous nos Stones favoris ? Parce que ces 22-20s sont bons, très bons. Ces garçons vivent une époque qui se conjugue au présent, une époque respectueuse de ses racines. Le décollage de larsen proposé par "Devil in me", "Such a fool" et "Baby brings bad news" atteste d’une volonté à haute teneur calorifique. Digne descendance d’un (Jon Spencer) Blues Explosion, les 22-20’s portent humblement le poids de plusieurs décennies de rock’n’roll sur leurs frêles épaules. La charge semble bien lourde mais pas insurmontable pour cette jeunesse prête à lever le poing à la moindre incartade ("I’m the one"), à dégainer un tube implacable aux premiers signes de lassitude ("Shoot your gun"). Pourtant, la route est encore très longue et seule l’obstination permettra aux 22-20’s de se tailler le rocher du mont rock’n’roll et d’un jour, peut-être, rattraper toutes ces pierres qui roulent.

27

Let the light in

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Non loin de chez nous, un drame se joue dans l’indifférence totale. 27, un numéro libre, tellement libre qu’il a décidé de se (re)poser au milieu de féroces armées d’Hydrahead et de Relapse. Parmi les Keelhaul et Today is the day, Coalesce ou Cephalic Carnage (si, si je vous jure), Mastodon ou Regurgitate (allez voir leurs pochettes sur Relapse.com...) et je ne résiste pas à un petit dernier : Sublime Cadaveric Decomposition (il doit exister des ateliers d’écriture et des séminaires pour baptiser tous ces groupes...), un drame se joue. 27 pratique du pop rock comme pourrait l’accomplir très facilement Aimee Mann (Magnolia, le film, la chanson lorsque tout le monde chante comme un seul homme, c’est elle). Le plus drôle, finalement, c’est de se rendre compte que vous ne lèverez pas le petit doigt pour éviter le carnage. La dernière fois que mon chat a chopé un oiseau, j’ai pris des photos. Et vous, dans quel camp vous situez-vous ?

The Libertines

C'est la came qui a foutu le bordel...

Ils sont magnifiques. Ils sont les coqueluches d'une presse rock à scandales qui voient en eux les nouveaux Sex Pistols. Mais au-delà des frasques pathétiques de Pete Doherty, les Libertines viennent surtout de pondre un des disques les plus flamboyants de l'année. Oubliez toutes ces histoires de came et de prison : les Libertines, c'est d'abord un groupe de rock comme on n'en fait plus, qui brille avant tout par son panache et son sens mélodique hors pair. En exclusivité pour Musiczine, le bassiste John Hassall se confesse. Et nous dévoile tout ce qu'on voulait savoir sur les Libertines… ou presque.

Après tous les problèmes que Pete et Carl ont rencontrés, pensais-tu qu'il y aurait un deuxième album des Libertines ?

C'est clair que nous avons eu de grosses difficultés pour surmonter tous les problèmes rencontrés lors de l'enregistrement de ce deuxième album… Mais après la sortie de prison de Pete, après toutes les merdes qu'on s'est tapées, la meilleure chose à faire était de retourner en studio pour donner une suite à " Up The Bracket "… C'était la meilleure solution, et pas attendre que Pete soit sevré, parce que sinon on serait toujours nulle part. (Il arrête de parler et réfléchit) Hier soir j'ai vu le clip de " Can't Stand Me Now " à la télé, c'est un live, et putain il est incroyable… On s'est vraiment bien marrés ce soir-là, c'était si cool… C'est pourquoi il fallait qu'on enregistre ce deuxième album, et même si à chaque fois qu'on terminait une chanson on avait l'impression que ce serait la dernière, eh bien… (Il s'arrête) Nous avons vécu une période difficile, pleine de doutes et de remises en question… Jusqu'à se demander si on arriverait au bout de ce disque. Mais grâce à des gens comme Alan McGee et Mick Jones, on y est parvenus. Sans eux, on n'aurait jamais eu la force ni le courage de continuer.

Ca va mieux en ce moment, maintenant que Pete a bel et bien claqué la porte ?

Non, pas du tout. Jouer au sein des Libertines s'avère toujours un plaisir, mais de là à dire qu'on est heureux de jouer sans lui… On ne peut pas faire des concerts comme celui de ce soir (l'interview a eu lieu au Botanique, l'après-midi de leur concert) et faire semblant d'être contents. Sans Pete on ne peut pas rendre justice aux chansons des Libertines.

Est-il toujours considéré comme membre du groupe ou bien n'est-ce déjà que de l'histoire ancienne ?

On a expliqué à Pete qu'on ne voulait plus jouer avec lui tant qu'il n'avait pas résolu son problème de drogue. (Un ange passe) Il est le bienvenu, évidemment… S'il se ramène maintenant en nous promettant d'avoir arrêté la drogue, on l'accueillerait à bras ouverts. On adorerait jouer à nouveau avec lui. C'est ce qu'on souhaite le plus au monde.

Est-ce si difficile pour lui de comprendre ?

Arrêter la came n'a rien de facile. Moi j'ai arrêté d'en rire, parce que je sais ce qu'il endure… Il n'y a rien de plus terrible qu'être obnubilé par la drogue. Mais il est possible de décrocher. Je l'ai fait : Pete peut le faire.

Estimez-vous dérangeant que la presse se focalise sur cette histoire, alors que finalement tout ce qui compte c'est la musique ?

Ouais… Comme maintenant, en fait ! (Il se détend) Il est clair que ce tapage masque tout le propos et l'essence des Libertines, qui est la musique, pas les drogues et les scandales. La musique devrait être la seule raison valable à évoquer lorsqu'un groupe écrit et sort un disque, non ? Il ne devrait pas y avoir d'autres raisons que la musique.

Qui est le type qui remplace Pete à la guitare ?

Anthony, un musicien que Carl a rencontré à New York. C'est un très bon guitariste, et un mec formidable… C'est le seul qui pouvait remplacer Pete. Dans notre malheur on a donc de la chance, parce qu'il assure vraiment sur scène.

Mais qui chante à la place de Pete ?

Carl se charge de toutes les voix, sauf des chœurs, que je chante moi-même. Gary et toi n'avez jamais été sous les feux de la rampe chez les Libertines : il y en a toujours eu que pour Pete et Carl… Comme si vous étiez les musiciens de l'ombre.

Alors les Libertines, aujourd'hui, c'est Carl tout seul et vous en " backing band " ?

Gary et moi nous considérons comme des membres à part entière des Libertines. On mérite d'être considérés comme tels, parce que les Libertines sont un groupe de quatre personnes. Sans nous deux, ce ne serait pas les Libertines ! Je pense que tu peux t'en rendre compte en écoutant la musique, et pas en t'arrêtant au parfum de scandale qui entoure Carl et Pete. Je pense que c'est clair !

Mais vous ne participez pas au processus de composition…

Pete et Carl sont les seuls songwriters : Gary et moi n'écrivons rien pour les Libertines… (A la fin de cette interview John nous confiera avoir fondé son propre groupe, Yeti. Infos : www.yetintelligence.com)

Il paraît que l'enregistrement de cet album s'est déroulé dans des conditions un peu… bordéliques. Est-il exact que des vigiles vous tenaient à l'œil en cas de baston générale ?

Ouais… Même si en réalité ce n'était pas si chaotique. Ces types de la sécurité nous suivent partout, même en tournée… Ils ne sont pas là aujourd'hui : sans doute qu'en Belgique on ne court pas trop de risques ! En fait ce sont des amis : faut pas tout prendre au premier degré ! Mais il est vrai qu'en studio l'ambiance était plutôt… bizarre.

Parce qu'on ne ressent pas vraiment cette tension à l'écoute de l'album.

Elle existe, c'est clair, mais elle est souvent exagérée par les médias… Dès qu'on joue ensemble, en studio ou sur scène, tout se passe plutôt bien ! On n'est pas sans cesse en train de se taper sur la gueule, même s'il y a des bagarres, comme dans tout groupe de rock. On dit tellement de conneries sur nous ! Les médias donnent de nous une image de groupe violent, et il est très difficile de s'en débarrasser. Si seulement le public pouvait ignorer ces rumeurs, on s'en porterait beaucoup mieux…

En même temps votre label, Rough Trade, profite de cette image " sex, drugs and rock'n'roll " pour promouvoir The Libertines…

C'est vrai… Rien que la photo sordide de la pochette… (Il s'interrompt). Il y a des problèmes au sein du groupe. De gros problèmes. Personne ne le nie. Quand Pete et Carl composent une chanson comme " Can't Stand Me Now ", elle parle d'elle même. Quand t'écris une chanson, tu parles de ce que tu connais, de ce que tu trouves important, authentique et honnête. C'est la raison pour laquelle ça vaut la peine d'écouter The Libertines. Quand Pete et Carl chantent " Can't Stand Me Now " ou " What Became Of The Likely Lads ", ça signifie quelque chose. Ce n'est pas de la pose.

Tu viens d'évoquer la pochette de l'album (NDR : un gros plan de Pete et Carl, l'air à moitié défoncés). Elle est différente de celle qu'ont reçue les journalistes, où l'on vous voit tous les quatre. Pourquoi n'avoir pas conservé celle-là ?

Je ne sais pas… Je suppose que celle de Pete et Carl est plus représentative de l'album… Mais je préfère l'autre, parce qu'on est tous dessus. Enfin bref (il souffle), je pense que… Je n'aime pas la nouvelle pochette.

Changeons de sujet. Il paraît que tu t'es converti au bouddhisme.

(Les yeux pétillants) Oui, c'est vrai.

Est-ce une manière pour toi de rester zen quand tout autour de toi baigne un peu dans le chaos ?

Ce n'est pas seulement la raison, même si c'est clair que ça aide… C'est avant tout personnel. Si je pratique le bouddhisme, c'est parce que c'est le bordel dans ma vie en général ! (Il se détend) Je suppose qu'il y a plein de raisons. Mais plus tu pratiques, plus tu te rends compte que tu le fais non pas par rapport à ton boulot ou à une situation précise, mais par rapport à ta vie entière… Et c'est alors que tu découvres que ta vie est sans dessus dessous. Mais grâce au bouddhisme, tu parviens à la changer, à améliorer tes relations avec les autres. C'est vraiment formidable.

Pourquoi ne tentes-tu pas de convertir Carl et Pete ? Ca leur ferait du bien !

Ouais, c'est ce que j'essaie de faire ! Il y a pas mal de groupes en Angleterre qui se sont mis au bouddhisme, comme les Eighties Matchbox B-Line Disaster… (Surprise dans l'assistance). Même s'ils ne sonnent pas très bouddhistes ! Quand je médite dans le bus, les autres se foutent toujours de ma gueule, mais maintenant je m'en fous ! (rires)

Pour beaucoup de gens les Libertines symbolisent le groupe de rock ultime : de grandes chansons, des drogues, de l'alcool et, on s'en doute, du sexe… Te plairait-il de jouer dans un groupe moins déjanté, sans tout ce décorum ?

Hmmm, ouais ! Parce que ce qui nous a rendu célèbres - les drogues, les conflits d'ego - ce n'est pas l'essentiel : ces conneries ne nous sont d'aucune aide. Tu peux toujours dire qu'elles nous font de la pub, mais toujours est-il que Pete, aujourd'hui, n'est pas parmi nous… Et ça devrait être le cas. Nous devrions connaître les plus belles années de nos vies, et tout est en train de partir en couilles à cause des drogues et de tout le reste… Nous avons toujours voulu avoir du succès, et au moment où il arrive… tout foire. Il est clair que j'aimerais changer pas mal de trucs dans les Libertines, mais ça ne dépend pas de moi.

 Que penses-tu de la présence de Pete dans d'autres groupes (NDR : Babyshambles, Wolfman) ?

Je suis content qu'il fasse toujours de la musique, et je suis sûr que c'est bien, mais… (Il se tait) Je suppose qu'il est en colère de ne plus faire partie des Libertines… Mais comme je suis persuadé qu'il est un musicien talentueux, je ne m'inquiète pas trop pour son avenir. Pourtant, ce serait mieux pour lui s'il arrêtait de se droguer.

C'est quoi, finalement, le positif dans toutes ces histoires ? Qu'est-ce qui te donne envie de continuer à jouer au sein des Libertines ?

La chose la plus incroyable à propos des Libertines, c'est que ce n'est pas du business. It's real. Ca n'a rien à voir avec le fait de gagner plein de pognon, de baiser à droite à gauche ou de sniffer de la coke. C'est une aventure humaine, avant tout. Et les chansons qu'écrivent Pete et Carl sont magnifiques.

Comment entrevois-tu le futur des Libertines, maintenant que Pete est parti ?

Je ne sais vraiment pas… Personne ne croyait qu'on ferait un deuxième album, et le voilà… Qui sait ? Tout est possible.

Main

Dry Stone Feed + Firmament

La démarche de Main hante des climats avant-gardistes plus atmosphériques, plus classiques même, redessinant des perspectives tracées par Stockhausen, John Cage et Brian Eno. Deux mini CD illustrent ce concept. "Dry Stone feed" palpite au son des guitares blêmes, redoutables, alors que "Firmament" crépite comme une lave incandescente qui se refroidit au contact de la mer. Deux œuvres pas toujours très accessibles mais fondamentales et surtout progressives...

 

Angela McCluskey

The Things We Do

La voix de Télépopmusik sur le tubesque « Breathe », c’était elle. Autant dire qu’on frémissait à l’avance d’entendre la dame en solo… Manque de pot, ce disque ne nous donne que bien rarement la chair de poule. Il débute pourtant bien par ce « It’s Been Done » primesautier, du trip hop comme on l’aime, à écouter au lever du sommier, le sourire comme un croissant bien chaud. Après, c’est un gloubiboulga de ballades FM mollement funky, comme du Macy Gray Weight Watchers… « The Things We Do » déçoit parce qu’il déroule trop ses charmes dans le sens du poil. Tant qu’à faire, mieux vaut s’écouter un bon vieux Vaya Con Dios en matant « Bagdad Café ».

The Soundtrack Of Our Lives

L intemporalité suivant Ebbot Lundberg

Écrit par

The Soundtrack Of Our Lives (TSOOL) nous vient de Suède. De Gothenberg, très exactement. Une formation responsable, à ce jour, de quatre albums remarquables, dont le dernier " The origin vol 1 ", vient juste de sortir. Un sextuor qui se produisait pour la première fois en Belgique. Au Botanique. Avant de monter sur les planches, Ebbot Lundberg, le leader/chanteur/compositeur/lyriciste s'est volontiers prêté à l'exercice de l'interview. Un personnage qui aurait pu revendiquer un rôle dans la saga du 'Seigneur des anneaux'. Vu son look. Mais surtout un artiste dont le discours ne manque pas de philosophie. Et l'entretien comme très fort…

TSSOL cherche à créer son petit univers sonore, un univers parallèle susceptible de tendre vers l'intemporalité. Mais n'y a-t-il pas risque, en visant un semblable objectif, de ne l'atteindre qu'à l'infini ? Ebbot ne craint pas cette quête de l'impossible. " Chaque concert et chaque album nous permettent d'explorer un autre monde. Et cette démarche suscite notre curiosité. Enfin, elle le devrait. C'est la raison pour laquelle, nous créons… " Oui mais, est-il possible de demeurer intemporel lorsqu'on est un produit de sa propre époque. Ebbot réagit au quart de tour : " C'est relatif ! Je considère le temps comme le temps expérimenté. Je ne crois pas au temps dans lequel on vit. Le temps appartient à nos expériences. Par exemple, lorsque tu as l'impression qu'une heure s'est écoulée en une minute, tu abordes l'expression de l'intemporalité. On entre ici dans un concept 'bergsonien'. La notion du temps vous échappe, alors que vous êtes occupés d'en faire l'expérience. Le temps est fugace, insaisissable, même si vous essayez de lui tordre le cou. Il appartient au spectateur de se placer dans cette position d'intemporalité. Mais nous faisons tout pour qu'il y parvienne. Personnellement, lorsque je suis sur la scène, la surprise d'avoir pris du bon temps me surprend parfois … "

Avant de fonder TSSOL, Ebbot avait sévi chez Union Carbide Productions, un groupe punk qui se réclamait notamment de UK Subs, de Black Flag et de tas de formations punk américaines. Des groupes réputés pour communiquer des vibrations punks meurtrières lors de leurs shows. Ebbot tempère : " Je n'ai jamais tenté de reproduire de semblables vibrations. Tu sais, lorsque tu as quelque chose à dire, c'est plutôt un problème d'expression. Et ce qui compte est plutôt l'expression ouverte de ces groupes. Ce qu'ils expriment. Une invitation à les écouter… " Pourtant, notre interlocuteur déclare que TSOOL est une extension de son groupe précédent. Ce qui méritait une explication. " Union Carbide Productions était un concept underground. Le fruit d'une attitude destructrice. Jouer dans ce groupe était la résultante de la musique. La musique n'était pas la résultante du groupe. Pour TSSOL, nous avons voulu privilégier la musique sur l'attitude. La musique est devenue un message. Elle nous a permis de nous diriger où nous le souhaitions… "

Six musiciens dont quatre compositeurs pour un même groupe est une situation qui doit inévitablement déboucher sur des conflits. Comment le groupe s'en sort-t-il ? " Lorsqu'ils composent, c'est toujours en ma compagnie. Toutes les formules sont possibles ; mais j'y suis toujours impliqué. En fait, je prends les décisions finales et les autres musiciens me font confiance. J'avoue qu'il est parfois difficile d'écarter de bonnes chansons et de les laisser sur une liste d'attente. Mais d'autre part, chacun sait qu'elle sortira un jour. Ma responsabilité consiste à rendre chaque disque homogène… " Depuis que le groupe existe (NDR : en 1995), il doit donc exister un fameux stock de chansons. Alors pourquoi ne pas les réunir sur un double ou un triple album ? Y aurait-il un problème financier ? Ebbot se défend : " Non, non, il ne s'agit pas d'une question financière. D'ailleurs nos deux premiers elpees étaient doubles (NDR : sous la forme du vinyle, pour être plus précis). Et sur le troisième nous avons ajouté 4 à 5 bonus tracks. 'The origin vol.1' est notre premier album qui affiche une durée normale. Il aurait pu être plus long, mais nous voulions que tous les morceaux appartiennent au même concept. C'est un choix ! Le prochain sortira en 2005 et s'intitulera 'The origin vol.2'… " Et le suivant volume 3 ? Ebbot réplique instantanément : " Peut-être ! Nous n'avons pas encore décidé… "

Les influences révélées sur les quatre premiers albums du groupe son claires. Essentiellement puisées dans les sixties, elles oscillent du Floyd au Who, en passant par les Stones, Love, les Doors, les Byrds et les Beatles. Que des classiques ! Et il n'est pas tabou de causer de ces influences avec Ebbot. " Ce n'est pas tabou, mais les influences sont tellement nombreuses, qu'elles sont difficiles à décrire et impossible à répertorier. Certaines sont plus évidentes (NDR : celles susvisées). D'autre moins. En fait, nous essayons de concocter l'album qui nous manque. En fonction de nos frustrations, nous créons notre musique… " Sur le dernier opus, j'avais même relevé des traces empruntées aux Pretty Things. Une influence cachée ? " Non, non, j'adore les Pretty Things. Un excellent groupe largement sous-estimé. Comme les Sonics, que peu de médias mentionnent dans leurs articles… " Du Floyd aussi, mais surtout du tout premier elpee 'The piper at the gates of dawn'. En chantant, Ebbot épouse même parfois les inflexions sinusoïdales d'un Syd Barrett. " C'et assez flatteur. Et je n'y avais jamais pensé. Mais j'avoue que j'ai commencé à écouter ce groupe vers l'âge de 10 ans. Et tout gosse je chantais du Syd Barrett. A croire que ce souvenir est resté gravé dans mon subconscient. Ce n'est pas du tout délibéré, mais c'est sans doute l'explication… " TSOOL affirme beaucoup apprécier le jazz, ajoutant même que leurs chansons véhiculent des sonorités mélancoliques jazzyfiantes. Ce qui n'est pas du tout évident à déceler, lorsqu'on écoute leur musique. " En fait, nous avons composé plusieurs morceaux du style. Nous les avons même enregistrés. Mais ils ne figurent sur aucun elpee. Nous aimons beaucoup le jazz suédois. Celui des années 50 et 60. A cette époque, il existait beaucoup de bonnes formations qui y émargeaient. Et ils nous ont influencés. Ce qui explique pourquoi, parfois, nous improvisons 'live'. Cette impro fait partie du spectacle. Rien n'est planifié. Elle coule de source. Comme la musique, comme la vie… " Est-ce la raison pour laquelle, Ebbot a un jour déclaré qu'au cours d'un concert, le groupe et le public jouaient au ping pong ? " C'est exact. Comme si on procédait à un échange d'énergie. Il est important que l'audience se sente comme faisant partie intégrante du show. Comme si nous nous produisions dans leur living-room. Nous essayons d'interagir avec lui. Le plus possible. La prestation 'live' est un événement qui embrasse, qui englobe… "

Jane Birkin et Natacha le June, vocaliste d'AS Dragon, chantent sur 'Midnight children', une des compos du dernier elpee. Etonnant, surtout pour un groupe scandinave ! " En fait, nous avions composé une chanson, comportant un refrain en français, un peu dans l'esprit de 'Je t'aime moi non plus' ; et nous avons contacté le manager de Jane pour solliciter une éventuelle collaboration. Or, le manager est un de nos fans. Il lui a demandé. Elle a écouté la chanson. Elle a aimé. Et elle a accepté. Pour Natacha, notre bassiste, le responsable du morceau, lui avait d'abord proposé. Et finalement, les deux artistes ont participé à l'enregistrement. Pour un résultat amusant, puisque Jane, qui est anglaise, chante en français ; alors que Natacha, qui est française, en anglais. "

Lundberg et les frères Gallagher se sont liés d'amitié, il y a quelques années. Lors d'une tournée commune. Une amitié dont ils ne se cachent pas et qui semble très profonde. Nonobstant ces liens, il était intéressant de savoir ce que pensait Ebbot du déclin de créativité dont souffre Oasis… " Oui, c'est exact, nous sommes très amis. Ils nous ont beaucoup soutenus, lorsque nous étions en Angleterre. Et ils nous encouragent encore, alors qu'ils ne jouent même plus. Je les connais tous personnellement. Nos relations sont excellentes. Je dois avouer que leurs relations le sont beaucoup moins. Nous faisons notre truc. Ils font le leur… pour les hooligans britanniques (rires). Comment comprendre leur baisse de crédit ? Ils ont fait de la merde et le reconnaissent. Ils ont même déclaré que nous valions mieux qu'eux. Mais ils commencent à changer et à prendre la musique au sérieux… "

En 2002, TSOOL a décroché un Grammy pour avoir commis le meilleur album alternatif de l'année, 'Behind the music'. Ils n'ont cependant pas découpé le trophée en six parts égales. D'ailleurs Ebbot ignore totalement où il se trouve. " Peut-être au studio ! Nous ne fonctionnons pas au prix. Ce type de récompense entre plutôt dans le cadre de la performance sportive. Je trouve assez bizarre de recevoir un prix pour la musique. Je pense que ce type de récompense intéresse davantage la firme de disques que le groupe… "

Merci à Vincent Devos

 

 

 

 

Festival Music In Mind : Mercury Rev - Un monde imaginaire...

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Dans le cadre du "Music In Mind", un festival qui s'inscrit dans la lignée des Nuits du Bota, De Nachten ou accessoirement du Domino, Mercury Rev clôturait l'édition 2004 au Concertgebouw de Bruges. Une salle dans laquelle je n'avais jamais mis les pieds. Mais quelle salle ! Un véritable forum à l'architecture moderne qui en dit long sur la santé financière de la Venise du Nord. Davantage destinée aux concerts de musique symphonique que de spectacles rock, elle a l'avantage (ou le désavantage) de ne disposer que de places assises. Maintenant, il est vrai qu'à l'écoute des derniers albums de la formation américaine, le choix était sans doute plus judicieux qu'on ne pouvait l'imaginer.

Grand Drive en assurait le supporting act. Un trio britannique emmené par les frère Wilson, qui puise essentiellement ses influences de l'autre côté de l'Atlantique. Depuis Simon & Gardfunkel aux Walkabouts en passant par South San Gabriel. Encore que le timbre de la voix du lead singer me rappelle celui de John Power des La's. Les La's, une formation qui a aussi certainement dû influer sur ce band. Tout comme les Turin Brakes. Mais trêve de références, sans quoi, on risque de ne plus s'y retrouver. Semi-acoustiques, leurs compostions sont caractérisées par un soin tout particulier apporté aux harmonies vocales. Paisible mais agréable, leur set manque cependant de relief ; et il faudra attendre leur dernière chanson, une remarquable adaptation du « No One Knows » des Queens of The Stone Age, pour voir enfin l'ambiance monter d'un cran. Avant que le groupe ne se retire sur la pointe des pieds…

Mercury Rev monte sur les planches. Jonathan Donahue s'excuse déjà pour les éventuelles imperfections qui pourraient survenir lors de leur set. Car ils ne sont qu'au début de leur tournée. Il n'y en aura pas. Le sourire malicieux, se frottant régulièrement les mains, il scrute le public de son regard envoûtant. Il empoigne son pied de micro torsadé d'un serpent factice, puis entame « Little rhymes ». Son backing groupe est plus qu'au point. A gauche, la section rythmique impressionne par son efficacité et son inventivité. Le drummer se mue épisodiquement en percussionniste, alors que le préposé aux quatre cordes (NDR : quel look !) se comporte parfois comme s'il était le soliste. A droite, Grasshopper martyrise sa gratte, lorsqu'il ne lui extorque pas des gémissements astraux. Certains diraient psychédéliques. Derrière, Jeff se balance derrière son clavier comme si la fluidité de ses notes le faisait chavirer. Les compositions s'enchaînent naturellement. Pour la plupart issues des albums « Deserter's song » et « All is dream » elles nous entraînent dans un monde imaginaire peuplés d'anges, de démons, de dragons et même d'araignées et de mouches (« Spiders and flies »), un moment au cours duquel, on a presque pensé que Jonathan allait s'envoler… Faut dire que son expression théâtrale a quelque chose de magique, de fascinant, d'extra-terrestre. Tel un chef d'orchestre, il dirige l'ensemble de la voix. Une voix claire, envoûtante, fragile, qu'il est impossible d'effacer de sa mémoire. Parfois, il s'assied derrière un clavier, sur lequel est posé une lampe qui change de luminosité, à une cadence de métronome (NDR : toutes les trente secondes !), pour y jouer de la guitare sèche. Une nouvelle composition a été insérée dans le track list et nous donne un avant-goût de ce que sera le « The secret migration », le prochain opus. Au beau milieu du set, Mercury Rev s'enfonce dans deux longues compos complexes, nous rappelant qu'à l'origine la formation pratiquait une musique très expérimentale. Et paradoxalement, ce seront les rares moments au cours desquels on retombera quelque peu sur terre. Ah oui, et lorsqu'il évoquera les moments difficiles inhérents à la réélection de Bush. Après une longue ovation,  le groupe revient jouer deux derniers titres : « Goddess on a highway » et un magistral « The dark is rising », reflet de la beauté pure du romantisme. Un grand moment ! Le charme de Mercury Rev avait encore opéré ; à un tel point, qu'on avait l'impression que le temps de ce spectacle, la terre s'était arrêtée de tourner…

 

Festival des Inrockuptibles : dEUS + Graham Coxon + 22-20's + Joanna Newsom

Le magazine le plus branché de la sphère parigo-cultureuse organise chaque année son festival itinérant, l'occasion pour une foule postmoderne en délire de faire la fête à la bonne musique, pour autant qu'elle allie élégance et sophistication. La preuve par Joanna Newsom, première invitée de cette soirée, qui cache mal derrière sa harpe une certaine dose de timidité tout à fait… excitante. S'agrippant à son mât cordé telle une naufragée de l'amour, l'Américaine (frusquée comme une gitane de 'La Petite Maison dans la Prairie') fît chez les spectateurs un effet bœuf. Mais quelle est cette mormone harpiste chantant comme une scie musicale ? Cette naine à l'air louche ferait-elle l'amour avec son instrument ? Le résidu de ses amygdales aurait-il servi à remplacer une corde cassée ? Toujours est-il qu'auprès du bar, la foule indifférente se bouscule, encore trop dissipée pour se préoccuper du mirage visuel et sonore qui vient d'apparaître sur scène. Coupée en deux par sa harpe géante qu'elle peine à caler entre ses jolies hanches, Joanna Newsom chante ses berceuses épurées de cette voix si espiègle et enfantine qu'il faut se frotter les oreilles pour en croire ses yeux (ou vice versa). C'est beau, même si tout le monde s'emmerde. La preuve que cette bouffée d'air régressive (jusqu'au fœtus, comme dans « 2001 ») demande du courage et de la volonté : pour apprécier ce folk de petite anorexique, il vaut mieux être psychologiquement préparé (surtout entre deux gorgées d'Heineken). La harpe, c'est le monolithe noir qui se dresse entre notre fantasme de pucelle et sa matérialisation. Tel le doigt de Dieu pointant nos péchés inassouvis, elle entrave notre envie soudaine de sauter sur la robe de sa maîtresse et de crier 'Maman !', dans un grand éclat de rire. Un rêve fœtal, donc, celui de l'éternel retour, d'une quête métaphysique, celle de la femme abstraite, telle que l'a vue Nietzsche comme pont et non comme but, comme une « corde tendue entre la bête et le surhumain, une corde sur l'abîme ».

(soupir)

'Oh Mama', chante Nick Cave sur la chanson-titre de « Lyre of Orpheus », mais Orphée s'est retournée au bar chercher une bière et a croisé le regard de Desdémone, résultat : il est resté quatre heures coincé devant le zinc, ou plutôt pétrifié comme un lamentable caillou de la carrière de Quenast. C'est qu'il fallait pas mal d'adresse et de patience pour attraper une pinte au vol, d'où cette chronique du concert de 22-20's atrophiée d'au moins 10 lignes (traduction : 25 minutes). Sous les effluves du houblon macérées de sueur masculine, l'oreille s'embue mais croit capter au loin du rock'n'roll. Tout ce qu'il y a de plus conventionnel. Un truc plutôt burné, aux relents blues du bayou, un peu comme quand on garde son slip trois jours d'affilée et qu'il reste collé à l'épiderme. Pas du blues de l'Abattoir (pour en revenir à Nick Cave), parce qu'en Angleterre les vaches ont beau être folles, elles ne jouent pas de la guitare et n'écoutent pas Skip James. Non, elles broutent de l'herbe, comme plein de types dans cette salle, sauf qu'eux ils la fument et qu'ils ont l'air vachement défoncés. Parce que le rock des 22-20's vous tanne tellement sur le cortex que même au bar, vous avez piqué deux gobelets déposés sur une table pour vous recouvrir les oreilles (et vous avez l'air con). C'est sans doute la faute au volume, plus lourd qu'un sac d'enclumes. Les pieds traînent, mais il est temps de regagner l'arène pour voir le plus mauvais chanteur ex-guitariste de Blur du monde.

(soupir)

Il chante comme une casserole, Graham Coxon (et ça rime presque). Il a de bonnes chansons, mais dès qu'il l'ouvre c'est le carnage, d'autant que le volume, lui, n'a pas lâché l'affaire. D'où cette impression d'avoir été piégé dans une sombre histoire de recyclage de tympans : un type aurait volontairement foutu les V.U. dans le rouge pour nous exploser le petit marteau dans notre tête. Maintenant il n'a plus rien sur quoi taper, même si dans la salle tombent toujours des enclumes, par les enceintes, la porte, les escaliers, partout. Dommage qu'aucune n'ait dévalée par surprise (et par derrière) sur Graham Coxon trucidant sa guitare, on aurait eu la paix. Damon, fais quelque chose.

(soupir)

Mais ce soir, c'était surtout la soirée de Barman. Celui qui chante dans dEUS, mais aussi celui qui prend trois-quarts d'heure pour servir deux cocas, à moins que ce ne soit son collègue. Quand on est une star, on boit des verres gratis : c'est là tout l'intérêt de faire de la musique en société, parce qu'au moins t'es pas tout seul à te murger. Y a plein de monde avec toi, et en plus tout le monde applaudit comme après un concours d'à-fonds pirouette. Enchaînement facile : la pirouette de ce concert, c'est évidemment la présence de Mauro au sein du groupe, en remplacement définitif de Craig Ward. Ils restent amis, puisqu'ils jouent ensemble dans The Love Substitute, en compagnie de Rudy Trouvé. Décidément, la famille dEUS a beau connaître des tensions, elle finit toujours par se réunir autour d'une dinde, de Noël par exemple. Sans doute fourrée à la cocaïne, à voir le sourire éclatant de Barman, celui qui fait fondre les filles, surtout si entre la maxillaire et l'incisive se cache un bouquet de roses, comme dans la chanson. Jouée ici à fond les ballons, comme tous les nouveaux titres, plus rock'n'roll et noisy, mais aussi plus pelants. 1h15 : pas bien long pour une soi-disant apothéose, le climax d'une soirée gâchée par des histoires d'enclumes, si encombrantes qu'elles auront fini par nous plonger dans un sommeil profond.

(long soupir)

‘Alors c'était bien hier ?’

(bruit d'acouphènes)

 

CocoRosie

Un rêve aphrodisiaque...

Après de longs et pénibles détours pour trouver la salle, toujours aussi profondément enfouie dans le fin fond du Nord de la France, quelle joie d'apprendre qu'en première partie de Cocorosie et de Devendra Banhart jouait notre vieil ami Jeffrey Lewis ! Pour rappel : l'antifolk, les comics, tout le bazar, en direct de New York, bref un bon petit apéro à cette soirée placée sous le signe du folk hybride et déjanté, tendance Incredible String Band et Linda Perhacs. Il y a du monde au bar, mais Jeffrey et son frère n'en ont cure : ils balancent la sauce et parviennent même à séduire un public pas conquis d'avance (rappel : nous sommes en France – c'est tellement vrai que ça rime, ndr). Grâce à son bagout post-pubère et sa coupe de cheveux complètement ridicule, Jeffrey le bienheureux nous aura rappelé qu'il ne faut ni savoir chanter ni savoir jouer pour donner des concerts (et des bons, en plus). Poète beatnik au verbe acidulé mais drôle (Réf. : Chester Brown, Joe Matt, loosers magnifiques de la BD nord-américaine), Jeffrey Lewis était présent ce soir par surprise, et c'était plutôt une bonne nouvelle.

Mais déjà les sœurs Sourire du revival psyché-folk débarquent avec leurs camions jouets et leur beatbox humaine, un black francophile ayant la triste tendance à parodier MC Solaar, lui-même étant déjà une belle grosse blague (même pas belge, en plus). Mais dès que les sœurs Coco et Rosie (à moins que ce ne soit le contraire ?) commencent à chanter, là c'est le bonheur. Nous sommes dans la Maison de Leur Rêve, à prendre le thé avec une jouvencelle en robe XIXe. Elle nous sourit de sa bouche féline, et entame son chant de sirène : charmés dès les premières roucoulades veloutées qui se glissent en travers de ses lèvres, nous ne pouvons que lui demander encore un peu, euh… oui…, de cet aphrodisiaque sucré. Heureux en amour, malheureux au jeu ? Il en vaut pourtant la chandelle. Et dans cette ambiance on se croirait au grenier, à fricoter sous les bougies, dans le silence interdit d'un rendez-vous coquin. Au début la belle se veut chaste, n'osant murmurer à nos oreilles qu'un souffle léger à faire frémir notre braguette, mais très vite elle se détend, tandis que l'autre, manque d'exploser sous la pression. C'est dans un râle de plaisir que cette histoire aurait dû se conclure. Des gens tapent des mains, à la porte de la Maison : notre union se consume, il est temps de rallumer.

Et d'aller chercher une bière, pour se rafraîchir les idées. Le temps qu'il faut à Coco et Rosie de remballer leur bric-à-brac, pour laisser la place au génie folk de ce siècle nouveau, « the revelation of the year », le gentil gourou du finger picking au poil pachydermique, la réincarnation en éphèbe tatoué de Vashti Bunyan, le plus beau spécimen de 'music freak' en captivité sur cette planète : Devendra Banhart. Fort de deux albums magnifiques sortis en l'espace de six mois (« Rejoicing in the Hands » - album de l'année - et « Nino Rojo »), Devendra Banhart peut se targuer aujourd'hui, chers terriens, d'être l'élu envoyé par le Saint Verbe Acoustique pour nous sauver de la perdition et de la surdité marketée. Ouvrons les yeux, et surtout les oreilles : ce type au look de bédouin white trash shooté à la lavande pourrait bien être notre salut, notre épée de Damoclès face à la médiocrité qui nous assaille tous les jours sur la bande FM. Et comme un beau Jésus, Banhart a invité ses apôtres. Des types aussi barbus que lui (du groupe Vetiver), parce que c'est dans la barbe que crèchent la force et la jeunesse (écouter « This Beard », et pleurer). Sauf que les apôtres parfois se mettent à déconner (rappelez-vous les trois cris du coq – comme chez Coco Rosie d'ailleurs), et c'est Jésus qui trinque. En bref on avait adoré Devendra Banhart en solo ('Mirage au Pukkelpop : des individus en short baggy couverts de boue affirment avoir vu le Christ'), mais entouré d'une bande de saoulards qui auraient bu tout le pinard à la messe, notre sauveur aura bien eu du mal cette fois à prêcher sa bonne parole. Imaginez La Compagnie Créole reprenant Bob Dylan entre deux culs secs au vin rouge (qui a crié 'Judas !' ?) : l'hostie, tout de suite, reste en travers de la gorge. Evidemment, quand en plus c'était - semblait-il - la dernière date de la tournée européenne de Devendra Banhart, on pouvait s'attendre comme de coutume à de longues jams entre musiciens défoncés jusqu'à l'os. A la fin, donc, c'était la fête sur Cène (avec Jeffrey, Coco, Rosie et tout le cirque), mais moins dans la salle : qui aura vraiment tenu jusqu'au bout ? Les derniers seront-ils toujours les premiers ? Qui a lancé la première pierre ? Sans doute que cette soirée restera pour beaucoup un mystère. 

 

Pukkelpop 2004 : samedi 21 août

Grande nouveauté cette année au Pukkelpop, et petite fierté communautaire : non pas un, mais deux groupes wallons à l'affiche ! A commencer par Ghinzu, dont le « twist from Brussels » aura diverti un club bondé, sans doute conquis d'avance (des francophones ?). Trente-cinq minutes, c'est juste assez pour le rock déjanté de ces cinq Bruxellois : au-delà, John Stargasm et ses sbires ont souvent tendance à lorgner dangereusement vers le progressif (riffs interminables et synthés adipeux). Set concis et parfait, plein de tubes (« Do You Read Me », « Blow ») et d'ambiance… Le meilleur de Ghinzu depuis… Depuis ?

Au Château, la nouvelle signature du label électro Warp : Gravenhurst, alias Nick Talbot… un songwriter folk entre Nick Drake, Codeine et Third Eyed Foundation (il vient de Bristol). Warp se diversifie, et c'est tant mieux… Surtout que « Flashlight Seasons », le deuxième album de ce jeune folk-singer, est une splendeur. En live, c'est plus noisy : comme si Nick Talbot voulait prouver qu'il en a aussi dans la culotte… Et parce qu'en festival il sait qu'il vaut mieux brancher les guitares plutôt qu'espérer le calme monacal. Recueillement, concentration, hypnose : même durant ces flashes shoegazing, le public est captivé. Un bon concert, et une découverte de plus !

Girls In Hawaii, par contre, on connaît. Sur le bout des doigts même, pour les avoir vus déjà dix fois en l'espace de quelques mois. Pourquoi dès lors s'obstiner à chaque fois les revoir ? Parce qu'ils s'améliorent de set en set, même si ceux-ci sont espacés de trois semaines. Encore une fois donc, ils nous ont épatés. Qu'il existe des gens qui les snobent parce qu'ils ont trop (?) de succès relève de la pure idiotie. Girls In Hawaii le méritent. Certes, ils n'étaient pas initialement au programme (ils remplacent Oi Va Voi), mais qu'importe : à l'affiche de tous les festivals d'été (de Belgique et d'ailleurs), ils sont occupés de devenir le groupe wallon le plus populaire de ces dix dernières années. Petite fierté (mais de là à huer le journaliste qui les présente en flamand…), grand concert (« The Fog » : déjà un classique). Comme d'hab', mais en mieux. Jusqu'au prochain. Mais où s'arrêteront-ils ?

Déjà présents l'année dernière, The Kills sont de retour pour notre plus grand bonheur. Un couple (VV et Hotel), une guitare (voire deux), une boîte à rythmes, et du rock'n'roll comme on l'aime : crade, puissant, féroce, sans compromis. Ca vous rappelle quelque chose ? Les White Stripes, en tête d'affiche de ce dernier jour de festival. Sauf qu'avec les Kills, c'est encore plus bestial. L'électricité entre VV et Hotel, Bonnie and Clyde du nouveau millénaire, se ressent à chaque riff décoché, et de la tête aux pieds. Pas d'esbroufe à la Jack White, ni de panoplie blanc-rouge comme label déposé : ici c'est noir de chez noir, sans aucunes afféteries. A priori c'était le même concert qu'il y a un an (un ou deux nouveaux titres en bonus), sauf que le couple semblait encore plus fusionnel, et VV moins timide, de plus en plus carnassière. On les adore : ils sont le rock d'aujourd'hui, et meilleurs en live que leurs cousins de Detroit.

Et c'est parti pour presque sept heures de rock non stop : après The Kills, les stars de 2004, Franz Ferdinand. Groupe, disque, single de l'année : quelques mois seulement après la sortie de leur premier disque, les Anglais cartonnent partout dans le monde. A Werchter, ils avaient livré le meilleur concert du festival, dans une ambiance de feu. Autant dire qu'on n'allait pas rater leur retour, ici au Pukkelpop. Las : pendant plus d'un quart d'heure, la sauce ne prend pas. En cause : le son (approximatif) et le public (mou). Il aura fallu patienter jusqu'aux premières notes libératrices de « Take Me Out » pour qu'enfin la plaine de Kiewit s'enflamme et chante à tue-tête. « Matinee », « Michael », « Darts of Pleasure » (et tout le reste, puisque ces jeunes gens ne pondent que des tubes) : grosse fiesta, mais moins qu'à Werchter. Vivement qu'ils passent en salle !

Après l'intermède Graham Coxon (l'ex-Blur chante comme un cave mais trousse de bonnes mélodies), le groupe que tout le monde attendait (au tournant) : Soulwax, dont la dernière prestation scénique sur nos terres remonte à 2000 (Werchter)… Et pour cause : depuis lors, les frères Dewaele, alias les 2 Many DJ's, sont devenus les rois du bootleg, et leurs DJ sets des classiques de festivals (encore ce soir), qui se monnaient très cher. Pas étonnant dès lors que le successeur à « Much Against Everyone's Advice » se soit tellement fait attendre… Et c'est avec un certain stress que les deux frères déboulent sur scène, suivi de leurs musiciens (Soulwax, c'est d'abord les Dewaele). « We will play mostly new songs. I hope you'll like it ». Nous voilà prévenus, d'autant que les premières critiques de leur nouvel album, « Any Minute Now », sont loin d'être dithyrambiques (« Hang the DJ's », peut-on lire dans le dernier Q, 5/10 dans le NME, 1/5 étoiles dans le Mojo,… : c'est pas gagné pour Soulwax à l'étranger, malgré le succès des 2 Many DJ's). Le set débute sur un beat : c'est « E-Talking », un trip sous acide qui prouve bien qu'à force de mixer de tout depuis quatre ans, les frères Dewaele se devaient d'offrir du neuf au sein de leur groupe… Sauf qu'à force de fréquenter James Murphy, Trevor Jackson (la pochette) et tout ce petit monde branché de l'elektroklash mondiale, ils en ont oublié d'écrire de vraies chansons. « YYY/NNN », « Dance 2 Slow », « Miserable Girl », c'est d'abord  du gros son : la forme prend le pas sur le fond. Impression confirmée au moment des vieux tubes (« Much Against… », « Conversation Intercom », « Too Many DJ's »… en final, forcément), à côté desquels ces nouveaux titres manquent cruellement de consistance. Ils avaient de quoi stresser, puisqu'ils viennent de rater leur come-back, devant un public qui tout le long se sera ennuyé, en essayant de faire paraître le contraire.

Un bon McLusky, et heureusement ça repart : « Lightsabre Cocksucking Blues » d'entrée, ça fait d'ailleurs très mal. Une heure de rock noisy explosif, sans cesse sur le fil du rasoir, d'une violence rare : aux premiers rangs c'est la folie, pogos à gogo. McLusky est sans aucun doute l'un des meilleurs groupes rock de ces dernières années. Des Pixies en plus colériques, du Shellac en plus concis et incisif. Une heure leur suffit pour balancer presque la moitié de tout leur répertoire (surtout « Do Dallas » et leur petit dernier, « The Difference Between Me And You Is That I'm Not On Fire »). Andy Falkous, au chant et à la guitare, gueule les dents serrées, tandis que derrière lui Jack Egglestone, l'air mauvais, martèle ses fûts sans ménagement. Jon Chaple, lui, a tout l'air d'un malade mental. C'était le concert le plus défoulant de tout ce festival (avec celui des Dillinger Escape Plan), et le meilleur de McLusky sur nos terres, rien que pour l'ambiance.

Après une telle claque, le gangsta rap de pacotille du copain à Eminem faisait bien pâle figure (sans jeu de mot xénophobe) : 50 Cent, c'est du show à l'américaine, sponsorisé par MTV, en play-back (le rappeur pose son flow paresseux sur la version enregistrée de ses titres !), et dont le seul but est de ramener du blé à la maison. Derrière 50 Cent, une banderole « G Unit », son label : Lloyd Banks, son petit protégé, est même de la fête, pour chanter son single et nous exhorter à l'acheter. Encore une fois le rap amerloque s'est foutu de notre gueule, et par là fait de l'ombre à de vrais artistes pour qui le hip hop n'est pas qu'une affaire de tiroir-caisse. « P.I.M.P. » ? Tu l'as dit, bouffi…

Est-ce que Wayne Kramer, l'une des légendes encore vivantes du garage rock des seventies, se la pète, lui ? Et pourtant son MC5 a changé l'histoire. Comme il y a deux ans en invitant les Stooges (sans Iggy), le Pukkelpop accueillait donc cette année d'autres rockeurs émérites : Kramer (guitare), Dennis « Machine  Gun » Thompson (batterie) et à la basse Michael Davis (Fred « Sonic » Smith et Rob Tyner étant morts). Mark Arm de Mudhoney et Johnny Walker des Soledad Brothers se chargeant de les accompagner au chant. Et à la deuxième guitare, Nick Royale des Hellacopters. Du beau monde, pour célébrer en grandes pompes les beaux restes de ce MC5 (MC3 ?), et balancer des titres comme « Shakin' Street », « Kick Out The Jams » ou « Call Me Animal ». Bien interprété, sans bavures, comme à l'époque : c'est sans doute pour ça qu'on n'osera pas trop dire du mal de ces quinquagénaires. Ils font ce qu'ils peuvent, et ils le font bien. Trop bien sans doute… Comme un juke-box.

Ce que pourrait devenir (à court, moyen, long terme ?) les White Stripes, qui en gros se voient bombardés tête d'affiche sur base d'un riff, un seul, aussi fantastique soit-il, celui de « Seven Nation Army ». Un riff tellement puissant et fédérateur qu'il est devenu l'hymne de toute une génération : le riff qui tue, et qui sans doute tuera le couple de Detroit. Parce que les dizaines de milliers de personnes amassées devant la Main Stage en cette fin de Pukkelpop n'attendaient finalement qu'une seule chose : ce riff. Le reste, elles s'en tapent. « Jolene » (Dolly Parton), « I Just Don't Know What To Do With Myself », « Hotel Yorba », « Dead Leaves and the Dirty Ground » sont en gros les seuls autres tubes que Jack et Meg auront joué pendant plus d'une heure. Une heure de soundcheck, Jack White triturant sa guitare comme un vieux bluesman possédé par le diable… Et Meg tapant nonchalamment sur ses fûts, toujours en retard ou en avance (il paraît que c'est ce qui fait son charme). Constatation : qu'ils jouent devant 300 ou 60.000 personnes, les White Stripes restent intègres. Il n'empêche que le public aura très rarement marqué son enthousiasme… Rappel : « Seven Nation Army ». Le peuple exulte. Quel meilleur tube planétaire pour clôturer un festival ? De là à dire que ça suffit, c'est une autre paire de manches. Rouges ou noires ? Peu importe : la musique, ce n'est pas qu'un riff et des couleurs binaires. Et ça, peu de gens ce soir semblaient l'avoir compris.

G.E.

 

Lors de la sortie d'« Efflorescence », premier album d'Oceansize, nous avions le sentiment profond que Manchester, berceau du baggy (NDR ; n'oublions pas les Happy Mondays !) et de la britpop (NDR : pensez à Oasis !), venait d'enfanter un quintette atypique mais à l'immense potentiel. Leur éblouissante prestation dans un club, malheureusement moins rempli qu'à l'habitude, a conforté cette impression. Exploitant à merveille la brutalité du métal, les vertiges du psychédélisme, l'intelligence de la musique progressive, la complexité du rock baroque et les caresses de la noisypop, le quintette a conquis en moins d'une heure l'esprit des inconditionnels de Muse, My Bloody Valentine et Sigur Ros. Et ceux de Jane's Addiction voire de King Crimson également. Résultat ? Un rappel dûment mérité mais difficilement accordé par les organisateurs du festival. Reste au chanteur androgyne et très charismatique Mark Vennart à convaincre ses compagnons de penser à leur look. A revoir absolument en salle !

J.D.

 

Le club était plein comme un oeuf pour accueillir le set de Blanche, une formation issue de Detroit dont tout le monde parle, mais que personne (ou presque) ne connaît. Et pourquoi faire un tel tabac, alors que leur premier album vient juste de sortir ? Parce que Jack White des White Stripes en dit le plus grand bien. Bien sûr Dan et Tracee Miller ainsi que Jack ont joué dans le même groupe, Goober & The Peas, et sont demeurés très amis. Jack a même participé à l'enregistrement de « If we can't trust the doctors ». En outre ce dernier a repris une de leurs chansons, « Whos's to say », qui figure sur la flip side du single « I don't know what to do with myself ». Enfin, les critiques des concerts accordés par la formation sont tout bonnement dithyrambiques. Bref, on allait voir ce qu'on allait voir ! Première constatation : les musiciens ont un look pas possible. Dans un style rétro qui ne manque pas d'élégance. Un peu comme s'ils étaient sortis d'un film tourné dans les années 30. Et puis Tracee, la chanteuse, est très jolie. Ses longs cheveux roux tombent sur une robe noire, corsetée de blanc, généreusement décolletée. Une taille de guêpe, un visage angélique : un régal pour les yeux ! (NDR : j'ai dit les yeux, hein !). Bon, faudrait quand même penser à parler musique. Et là, surprise ! Alors que l'album est relativement paisible, sur scène le groupe a une pêche d'enfer. Sa country alternative crache les flammes de l'enfer. Costard noir, cheveux noirs, lunettes noires, le regard sombre, le joueur de banjo assume comme un vieux briscard. Episodiquement, il troque son instrument contre une sorte de harpe portable. A la pedal steel, Feeny ne se contente pas d'étaler toute sa virtuosité, il libère un feeling qui sort littéralement de ses tripes. Parfois, il empoigne un mélodica pour donner plus de coloration aux compos. Derrière les fûts : une drummeuse. De très petite taille. Probablement une indienne. Extrêmement timide, elle se révèle d'une redoutable efficacité. Si les yeux sont souvent braqués sur Tracee, qui se charge de la basse et des backing vocals, Dan Miller incarne vraiment le personnage central du combo. Les filles le disent beau gosse. Ce n'est pas le sosie de Hugh Grant (acteur principal du film mythique « 3 mariages et un enterrement), mais presque. Doué d'une superbe voix, nasillarde, dans un registre proche de Stan Ridgway, il affiche des mimiques très théâtrales et manie l'humour corrosif avec un aplomb hors du commun. 'Faut il faire confiance aux docteurs', nous balance-t-il ? Ou invite le public à taper du pied sur la cover du Gun Club, « Jack on fire ». En fin de concert, Feeny empoigne le micro pour échanger un duo avec Dan. Les deux personnages gesticulent, déambulent dans tous les sens, sous les regards hilares des autres membres du groupe. On frise le délire. Et le public se prend au jeu, accordant une ovation phénoménale à la prestation de Blanche. Rarissime à cette heure au club, le groupe accordera un rappel, Dan et Tracee se retrouvant alors, le temps d'une chanson, dans la peau de Lee Hazlewood et de Nancy Sinatra. Epatant ! Et un grand moment du Pukkelpop 2004…

Le dernier album d'Archive ne casse pas des briques. Mais leurs dernières prestations accordées en 'live' avaient reçu d'excellents échos. Notamment, lorsqu'ils se sont produits lors des dernières Nuits du Bota. Il faut croire, qu'à cette époque, ils étaient encore sous le charme de leur presque excellent opus « You all look the same to me », parce que leur set n'a pas vraiment convaincu. Pourtant, les premiers morceaux auguraient les plus belles espérances. Leurs trois premiers titres naviguant au sein d'une trip hop cosmique particulièrement intense. Malheureusement, la suite s'est égarée dans une forme de prog pompant généreusement les clichés les plus éculés du Pink Floyd circa « The final cut », voire du Barclay James Harvest  lorsque Stewart Wolstenholme avait tiré sa révérence. Suffit pas de disposer d'un matos impressionnant pour faire la différence ! Et puis, faudrait peut-être mettre des maracas dans les mains d'un des trois claviéristes. Plutôt que de les agiter (ses mains !) inutilement, il pourrait peut-être apporter une note un peu plus percussive. Une grosse déception !

B.D.

 

On les a ratés (et c'est bien dommage) : Seelenluft, Buck 65, Luciano, Lambchop, LCD Soundsystem, The Bronx, Mike Patton & Rahzel, Felix da Housecat, Miss Kittin, Plaid, Boo !, Arsenal.  (G.E.)