Le rire de Will Paquin

Will Paquin sortira son premier elpee, « Hahaha », ce 12 septembre. Orienté guitare, psychédélique et garage-rock, il est décrit comme un chaos créatif à haute tension et imprégné d'humour, un élément souvent oublié dans le rock. En attendant, il a partagé…

Winter adults only ?

Winter, une artiste issue de la nouvelle génération de shoegaze, a annoncé la sortie de…

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Le jeu d’échecs de Vera Daisies

Margaux Jaudinaud, illustratrice multi-casquettes et binôme du groupe Ottis Cœur, se lance en solo sous le nom de Vera Daisies. Après avoir ouvert pour The Libertines, Tess Parks ou encore le band londonien Sorry, elle dévoile un premier titre incisif, "Chess…

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Stereophonics

You gotta go there to come back

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Si vous vous fiez à la première chanson de ce disque, votre jugement risque fort d'être faussé. En effet, la voix rauque de Kelly Jones, plaquée sur des guitares légèrement métal, vous donnera l'impression d'être en présence d'un groupe issu des années 80, proche des Scorpions. Cette petite touche nostalgique et désuète n'a d'ailleurs rien de désagréable. Cependant, il faut attendre le tube "Maybe tomorrow", pour voir le dernier opus des Sterephonics prendre toute son ampleur. Car ces ballades tantôt teintées de blues, frôlant parfois un rythme country à peine mis en valeur (notamment sur "You stole my money honey"), s'écoutent vraiment facilement. En fait, tout l'intérêt de "You gotta go there to come back" procède d'une grande variété musicale. On oscille ainsi d'une pop rappelant presque les Beatles à des slows très prononcés ("Rainbows and pots of gold"), en passant par des intros à la guitare plus acérées, mais aussi des claviers très mélodieux. Cet ensemble de ballades et de très bons morceaux sculptés dans le rock plaira plus que probablement à un peu tout le monde. D'ailleurs, s'il existe un seul reproche à adresser au groupe, c'est sans doute le côté un peu simpliste de leur musique ! M'enfin, "Rainbows and pots of gold" vous aidera sûrement à conquérir la voisine du dessous. Elle ne résistera pas à venir vous demander qui chante cette superbe chanson dont vous aurez pris soin d'augmenter le volume ! Un disque très agréable, aux intonations parfois quelque peu désuètes, mais que l'on aura plaisir à accompagner d'un repas entre amis !

 

Strix

Balançoire

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Les quatre musiciens de Strix ont reçu une formation professionnelle en jazz ou en classique, dans des institutions aussi réputées que l'Arpej, le CNSM de Paris ou encore le MAI à Nancy. Et cela s'entend. Tout en essayant de développer leur propre style, ils reconnaissent avoir été influencés par les Pixies, Gainsbourg, Tool et Radiohead. C'est beaucoup moins évident. Radiohead, peut-être. Ou plus exactement Muse. A cause des flambées d'électricité dévastatrices. Non pas permanentes, mais dispensées judicieusement. A l'instar de l'excellent titre maître et de l'énigmatique " Eclat ". Et puis des inflexions de la voix de Blaise. Fort proches d'un Matthew Bellamy. Fort proches, mais dont le timbre éprouve les pires difficultés à monter d'un registre. Heureusement, sur les deux meilleurs titres de cet Ep, il a la bonne idée de passer en falsetto. Et lorsqu'il est soutenu par les chœurs des autres musiciens, le résultat est encore plus probant. Malheureusement, sur les trois autres fragments son exercice de style passe mal la rampe. Et en particulier sur " Mon être explore ". Il y tutoie même feu Daniel Balavoine (NDR : décidément on est en pleine nécrologie…) Et nonobstant les sonorités cristallines de la guitare dispensées tout au long d'" Attention ", ainsi que ce funk blanc fort bien balancé chez " Solution 2 ", le constat est identique. Pourtant, la solution coule de source…

Stupeflip

Stupeflip

Ce disque doit être écouté : 1) soit avec toute la circonspection que provoque ce genre de pochades à la Billy Ze Kick, 2) soit avec les oreilles (d'âne) de quelqu'un qui aime le millième degré, l'humour potache et les hymnes bière-beu-branlette. Stupeflip est composé de King Ju, Mc Salo et Stef Cadillac, trois zigotos fans de hip hop vicieux, de punk attardé et de chanson française détournée.

A voir leur tronche (c'est Mardi Gras) : 1) soit il faut prier pour le salut de leur âme, 2) soit on en rit, en trinquant à la santé des Residents et des Bérus, vieux briscards déjantés de la cause carnavalesque, et sans doute modèles de ces Stupeflip farceurs. Les paroles, elles, sont aussi très cocasses : ode à la fumette (" Je fume pu d'shit ", tordant) ou son contraire (" J'refume du shit "), pastiche des Enfoirés (" Comme les zot' ", ou comment singer toutes les stars variet' avec drôlerie), dégommage bureaucratique (" A bas la hiérarchie ", à faire écouter à son boss), sans parler de ces intermèdes bien barrés sur l'histoire du Crou (= du groupe). D'accord…

Mais : 1) c'est ridicule et poussif, stop eject, ou alors : 2) on le prend à la légère, de quoi passer un bon moment à délirer sur des textes certes très lourds, mais inventifs. Justement, Stupeflip aime à répéter qu'il fait de la zique " pour terroriser la population, et par là même instaurer une nouvelle ère, l'ère du Stup "…

Conclusion : 1) ces mecs se la pètent, avec leur musique de gaudriole pour attardés mentaux. 2) En 62 minutes, Stupeflip s'invente un univers déconnant, mais en fin de compte pas si crétin : ces personnages (le Crou, Mangu, Pop Hip, etc), cet espace-temps (l'ère du Stup, la Région Sud) révèlent de véritables esprits tourmentés, qui niquent bien le système.

Bémol : Stupeflip est chez BMG, major omnipotente : 1) toute cette histoire grotesque n'est que marketing bien huilé. 2) C'est en infiltrant le système qu'on peut mieux le pourrir, de l'intérieur : loin d'eux l'idée de canular (explications données avec " L.E.C.R.O.U. ").

Bref, vous l'aurez compris : Stupeflip, keskecèkcetruc ? 1) Une daube à oublier au plus vite. 2) " Un truc stupéfiant, qui t'prend aux tripes et t'bousille l'estomac " !

 

Stuurbaard Bakkebaard

Mercedes

" Chuck ! ", le premier album de ce trio hollandais (guitare-contrebasse-batterie), nous avait bluffés lors de sa sortie il y a un an. Pour ce " Mercedes " à la carrosserie bien lustrée et au moteur rutilant, Stuurbaard Bakkebaard a troqué son baril de super contre de l'essence sans plomb : plus calme mais aussi plus abouti, " Mercedes " émeut davantage à défaut d'encore surprendre. Les influences, de Tom Waits (" Clutch ") à Captain Beefhaert (" Earl's Room "), sont toujours au programme, mais sans imposer cette fois trop leur empreinte. Stuurbaard Bakkebaard n'est plus tellement le " groupe comme ", et c'est tant mieux : on n'est jamais mieux servi que par soi-même. Entre ambiances de cabaret à la Fassbinder (" Fabrique ") et ténèbres étouffantes (" Brown " et ses riffs hard seventies), ce " Mercedes " de luxe devrait permettre au trio de rouler plein tube(s) sur les autoroutes musicales de Flandres, de Zélande et d'ailleurs.

Subsonics

A lot to forget

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La pochette affichée sur la page de présentation n'est pas celle de l'album paru en Europe, mais bien aux States. Tout simplement parce qu'elle a été censurée. Faut pas vous expliquer pourquoi. " A lot to forget " constitue le cinquième album de ce quatuor issu d'Atlanta ; et leur dernier, remonte quand même à 1998. Depuis le boom de la scène garage aux States (NDR : pensez aux Strokes, aux White Stripes et à Radio 4), les Subsonics sont dans l'air du temps. Sans l'avoir fait exprès, puisqu'ils pratiquent ce style depuis plus de dix ans. Ils s'inspirent manifestement des Voivoids, du Velvet Underground et des Modern Lovers (NDR : les Modern Lovers auquel le chanteur, Clay Reed, emprunte régulièrement les inflexions chevrotantes). Et accessoirement de Television, Buddy Holly, Bo Diddley, Wilson Picket, Ike & Tina Turner et Little Richard. Ce qui devrait vous permettre de vous faire une idée du style pratiqué par la formation. Un style tonique, âpre, obstiné, sensuel, nonchalant et déconcertant entretenu par des guitares enivrantes et claudicantes. Et alimenté par des lyrics qui charrient des histoires glauques sur les amours cruelles, les trahisons, la vengeance et la solitude. Sombre et réjouissant, quoi !

Jim Suhler

Starvation box

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Ce talentueux guitariste vit aujourd'hui au Texas. A Dallas, très exactement. Découvert voici quelques années par George Thorogood, il jouit d'une excellente réputation aussi bien dans l'univers du rock que du blues. Avant de driver ses Monkey Beat, il a sévi chez les Destroyers de l'homme du Delaware. Flanqué de son nouveau groupe, il a déjà commis trois albums pour le label Lucky 7 : "Radio Mojo" en 1993, "Shake" en 95, et "Bad Juju" en 2001. Enfin, il s'est également réservé un album de roots acoustique, "Dirt road", paru fin d'année dernière. Pour enregistrer " Starvation box " il a pu compter sur la participation de Carlton Powell à la basse et de Paul Hollis à la batterie. Sous-titré "The best of Jim Suhler & Monkey Beat", cette œuvre réunit onze plages déjà parues et six inédits datant de 1993 à 2001.

Le recueil s'ouvre par "When were you when the lights went out?". Un rocker âpre issu du premier elpee, "Radio Mojo". "Ain't comin' home tonight" et la plage titulaire émargent à la même enseigne. Issu de "Shake", on retrouve tout d'abord "Snake hips". Une plage funky, partagée entre un accordéon et une slide, réminiscente de Lowell George ( Little Feat). "Little boy blues", ensuite. Un bon slow blues électrique composé par Robert Johnson. "Snake bit" également. Tramé sur un riff électrique, ce fragment rappelle tantôt Free, tantôt les Rolling Stones. Et bien sûr, le morceau qui donne le nom à l'opus. "Bad Juju" concède "Deja Blue", un track qui baigne dans une ambiance tex mex. "Prayin' for rain", ensuite. Très lente et émouvante, cette composition nous replonge dans l'univers du "Sticky fingers" des Stones. Et de cet opus, on a encore droit à "Shotgun shack" et à "Chupacabra", une compo qui transpire une ambiance funky mexicaine. Passons aux plages inédites. "Blame it on love". Ce blues rock et chanté d'une voix calme. Pourtant, la guitare parvient encore à y décoller, mais sans le moindre excès. La reprise du "U gotta move" d'Elmore James. Une cover découpée par une slide au caractère métallique. Le titre maître. Imprimé sur un tempo basique, ce blues lent véhicule des accents volontiers dramatiques ; une impression accentuée par la slide réverbérée. "Love ain't enough". Une ballade douce caressée par une guitare acoustique. Le rock'n roll "Don't stand still". Et enfin pour se faire plaisir, une adaptation impeccable du "Lonesome dog blues de "Lightnin' Hopkins. Une version qui démontre que non seulement Jim Suhler demeure un excellent bluesman, mais qu'il est aussi capable d'exacerber sa sensibilité. Pour votre information sachez que les parties de claviers et d'accordéon ont été accomplies par Tim Alexander. Si vous souhaitez pénétrer dans le monde de Jim Suhler sans trop de difficulté, et que vous ne possédez pas les elpees de Monkey Beat, " Starvation box " est un tremplin idéal. Par contre, si vous êtres un fan inconditionnel, vous devrez vous payer cette collection. A cause des inédits, bien sûr. Et si vous l'ignoriez encore, Jim Suhler vient de tourner en Europe…

 

Jim Suhler

Dirt road

Écrit par

Basé à Dallas, Jim Suhler est surtout connu pour son jeu de slide furieux. Un chanteur guitariste texan qui fut découvert naguère par George Thorogood. Il l'entraîna d'ailleurs, à une certaine époque, au sein de ses Destroyers. Jim est aujourd'hui le leader d'un trio bien électrique : Monkey Beat. Pourtant, cet opus évolue à des années-lumière du style pratiqué par son groupe. Il s'agit même d'un album essentiellement acoustique qui nous permet de découvrir une autre facette de cet artiste!

L'album s'ouvre par "Swamp call". Tourné en direct des swamps, la bande sonore de ce court-métrage implique croassements de grenouilles et autres crapauds ! "Holly ridge" est une courte plage instrumentale. Très douce, elle est partagée entre la guitare de Suhler, qui adopte ici le son métallique d'un banjo, et le piano de Carlton Powell. "Country girl" est une bien jolie ballade. Particulièrement country, vous vous en doutez, elle respire la joie et le bonheur de vivre en Louisiane. Jim joue de la National steel. Tim Alexander de l'accordéon. Et Tom Morrell la steel guitar. Cette même saveur country, alimentée par la guitare acoustique, la national et la mandoline, est reproduite tout au long de "Walking on the water". La joie de jouer et de partager sa musique est communicative. A l'instar de "Texas Easy street". Une plage écrite par Henry Thomas, la mandoline en bandoulière. "Church bell blues" est issue de la plume de Leroy Carr. Le piano de Tim Alexander est donc de rigueur. Très proche des vieux 78 tours de Leroy Carr et Scrapper Blackwell, le son du duo est très authentique. Particulièrement roots, cet opus nous offre une autre tranche de bonheur : "Shake hands with the blues". L'interprétation partagée entre Jim, Carlton Powell (qui est aussi le bassiste de Monkey Beat) et le vieil harmoniciste noir Sam Myers, et belle à pleurer. Jim Suhler démontre régulièrement son talent de musicien. Il joue de la slide pour accompagner son chant sur le fameux "Dallas" de Johnny Winter. En solitaire, sur sa national steel. Signé Mance Lipscomb et traversé par l'accordéon d'Alexander, "Spanish Flagdang" concède des accents hispaniques et celtiques. Plage instrumentale, "My morning prayer" constitue un parcours au cœur de l'Amérique profonde. La guitare acoustique se détache de l'environnement créé par l'orgue Hammond B3. Le tour du monde peut commencer. "Out on the western plain" nous transporte, tout d'abord, vers les grandes dunes des déserts d'Arabie. Buddy Mohmed y joue de la double basse et Jamal Mohammed du doumbek. Retour dans le Delta pour chanter "High cotton". Limpide ! "Tryin' to get back home" est épaulé par le washboard de Powell. "Lauri", par la steel guitare de Morrell. Une courte plage paisible. Ce superbe album se termine par "Dust devil", une composition hyper speedée, rehaussée par une voix rockabilly. Un album à ne pas manquer !

Suicide

American Supreme

Écrit par

Fondé en 1970, Suicide pratiquait à l'origine un rock largement avant-gardiste inspiré à la fois par les Stooges et le Velvet Underground. Progressivement, le groupe va se débarrasser de toute l'instrumentation basique, congédiant même le guitariste, pour se résumer à un duo chant-synthétiseur : soit Alan Vega et Martin Rev, dont la formule délibérément monotone et répétitive va devenir une marque de fabrique. Le tout entretenu par des concerts dévastateurs, émaillé de multiples affrontements, se soldant parfois par un véritable carnage. A un tel point qu'à une certaine époque, plus aucun organisateur ne voulait les engager. Face à un tel mélange de malaise, de stupeur, d'hostilité et de révolte, on ne peut que penser à l'esprit punk qui a hanté les Sex Pistols, quelques années plus tard. A force de traîner une réputation aussi sulfureuse, le groupe a fini par se séparer. Pour réapparaître sporadiquement. Le temps d'enregistrer l'un ou l'autre album ou d'accorder l'un ou l'autre concert (NDR : davantage tempérés, vous vous en doutez). Curieusement, c'est en solitaire qu'Alan Vega va décrocher son plus gros succès : " Jukebox baby ". En 1980/81. Il commettra également quelques albums, souvent très proches du rockabilly. Tout comme Martin, mais dans un registre beaucoup plus expérimental. En 1997, sur l'initiative du label Blast First, le duo s'est à nouveau réuni. Pour se produire à Londres et à collaborer avec Pan Sonic. Une tournée aux States et en Europe plus tard, de nouvelles chansons avaient été composées et le groupe a alors manifesté le désir d'enregistrer ce nouvel album. Il concrétisera ce souhait en 2001, sous la houlette de Perkin Barnes. A New-York Là où ils sont considérés comme les pères de l'electroclash. La voix d'Alan Vega n'a jamais été aussi proche de celle de Kevin Coyne. Monologuant sur de longues plages qui oscillent du funk à la techno, en passant par le post-industriel et la house. De très longues plages, qui au fil de l'écoute, finissent par lasser. Et vous poussent à zapper. Dommage, car cette solution sonore qui se veut urbaine, pose des réflexions sur les States et ses valeurs, dénonçant les dérives du succès, du néo-libéralisme et de la société de consommation. L'éternelle remise en question du rêve américain, quoi. L'édition limitée comprend un second disque. Un 'live' immortalisé au 'Garage' de Londres en 1988, à l'occasion du 20ème anniversaire de Suicide. On y retrouve les classiques du tandem, dont une version décalée du fameux " Juke Box Baby " et un inédit (" White man ") ; mais rien de vraiment transcendant…

Summer Factory

A Bad Workman Blames His Tools

Formé à Lille en 1995 et depuis émigré à Bordeaux, Summer Factory sort un nouvel EP frais et tapageur, après un premier album remarqué (" Put Yours Clothes Back On ! ") il y a presque deux ans. Toujours dans une lignée psyché-pop sans complexes, entre Beck, Lou Reed (la voix) et Harpers Bizarre, les cinq Français de Summer Factory confirment leurs talents de (garçons de plage) mélomanes, qui auraient troqué leurs matelas pneumatiques contre le " Sunflower " des Beach Boys " et le dernier Super Furry Animals. En faisant la part belle aux guitares surf et aux " bonnes vibrations " d'un theremin bavard, ce mini-album huit titres s'avère parfait comme compagnon de vacances. Sous le soleil, exactement.

Thee Silver Mt. Zion Memorial Orchestra & Tra-La-La Band

This Is Our Punk-Rock, Thee Rusted Satellites Gather + Sing

Thee Silver Mt. Zion, c'est Godspeed You ! Black Emperor en comité restreint, genre musique de chambre : un trio (piano, basse, violon), qui pour son deuxième album s'était déjà adjoint les services de deux batteurs et de guitaristes (le Tra-La-La Band), et qui cette fois se paie le luxe d'une vraie chorale, le Thee Rusted Satellite Choir. Au menu, toujours cet équilibre savamment orchestré entre montées d'adrénalines et baisse de tension, les voix opératiques en plus. Pour le fan de la nébuleuse Constellation, ces crescendo/diminuendo donneront toujours autant la chair de poule, surtout écoutés à plein tube les bras en l'air, tel Moïse ouvrant la Mer Rouge. En quatre pièces de facture presque wagnérienne, les Canadiens nous refont donc le coup du truc cyclothymique, rythmé par d'innombrables coups de tonnerre (les batteries), de théâtre et de sang, et striés d'éclairs acoustiques (les pluies de cordes). La chorale s'en donne à cœur joie, du registre médiéval (le morceau d'ouverture) aux canons, même si l'effet se retrouve souvent noyé dans le déluge sonore qu'Efrim et ses potes affectionnent. Mais combien de temps encore GY !BE (et affiliés) parviendront-ils à nous surprendre ? A force d'user la formule jusqu'à la… corde, nos Canadiens risquent un jour de tourner en rond, et de se voir traités de pompiers. Pas cool pour des types habitués à souffler sur les braises du post-rock le plus… incandescent.

 

Simply Red

Home

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Le plus difficile pour un artiste ou un groupe est peut-être de varier les plaisirs et le style. Mais sans demander à Marilyn Manson de faire du Bob Marley, on peut aimer être surpris par des musiques qui ne ressemblent pas, à-priori, aux habitudes musicales de l'artiste, et qui font toute la richesse d'un CD. N'en faites donc pas la demande à Simply Red, qui, franchement, n'arrive pas à se renouveler. Au tout début de l'histoire de Simply Red, il était une voix un peu originale qui promettait un bel avenir. Certes, la formation a du talent... mais ce n'est pas nouveau ; les mélodies sont belles …mais ce n'est pas nouveau ; Mick Hucknall a toujours une voix à couper le souffle…mais ce n'est pas nouveau, non plus. Alors que penser de "Home" ? A première écoute, vraiment pas grand chose ; d'autant que le bât blesse dès qu'on se rend compte que les titres les plus percutants n'ont pas été écrits par Mick Hucknall. Et je pense tout particulièrement à la reprise de Bob Dylan " Positively 4th street " ou encore à " You make me feel brand new ", une chanson plutôt jolie, signée Thom Bell et Linda Creed, dans laquelle la voix d'Hucknall est pure, sonore. Pour le reste, ne boudons pas notre plaisir : l'opus est agréable à écouter et recèle quelques bons morceaux comme "Home" et "Sunrise". En fait, les fans ne seront ni vraiment déçus ni vraiment surpris, car cet elpee s'inscrit dans la lignée des autres. Vous y trouverez les tons parfois jazzy, parfois sexy, groove aussi… mais ce n'est pas nouveau ! Si vous ne connaissez que très peu Simply Red, procurez-vous plutôt les "Greatest hits" ; ils suffiront amplement à votre culture musicale. Pour conclure, à ne pas se renouveler, on finit par trouver que Simply Red pourrait devenir très vite kitsch ou servir comme fonds sonore pour "Les feux de l'amour". A croire que cette formule les rend sympathiques et leur permet de durer !

Simpulife

Keep in touch

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C'est au cours de son séjour à Paris que Matt Richelson a eu l'envie de monter un groupe. Faut dire que ce New-Yorkais y a vécu six bons mois ; une période au cours de laquelle il s'est fort intéressé au jazz, à la world, à la musique classique (NDR : et au prog rock !). De retour aux States, il s'est mis en tête de concrétiser son projet, en privilégiant la simplicité, la mélodie et les grooves, à travers une nouvelle prise de conscience de la musique du monde… Mais ce n'est qu'après avoir rencontré Aaron Nevezie que son projet a commencé à prendre forme. L'engagement d'un bassiste claviériste (Jon Davis) et d'un drummer (Dave Mason) y a, bien évidemment, largement contribué…

" Keep in touch " constitue le résultat de leurs expérimentations. Un disque assez surprenant pour un groupe new-yorkais. En fait, si Simpulife était né à Chicago, il aurait fatalement atterri sur le label 'Thrill Jockey'. A l'instar de Sea & Cake, avec lesquels il partagent de nombreuses affinités. Volontairement ou involontairement, le débat reste ouvert. Une chose est sûre, la musique de Simpulife revisite la 'Canterbury School' des Caravan, Hatfield & The North et Robert Wyatt, avec un œil très contemporain. Harmonies vocales épousant les arpèges instrumentaux, claviers frémissants, rythmes syncopés ou hypnotiques (NDR : pour ne pas dire obsessionnels) alimentent l'essence même de la solution sonore. Mais c'est lorsque le quatuor s'évade dans le psychédélisme, qu'il se révèle le plus performant. A l'instar du final de l'elpee. Une compo remarquable dont la structure minimaliste, acoustique, brumeuse, évoque les grands excentriques que sont ou étaient, Nick Drake, Syd Barrett ou encore Kevin Ayers.

Sin Ropas

Trickboxes on the pony line

Écrit par

Chez cet ensemble chicagolais, on retrouve un membre du défunt et mésestimé Red Red Meat, Tim Hurley ainsi que sa compagne Danni Iosello. Un couple qui partage, en outre, la destinée de Califone. " Tick boxes on the pony line " constitue le deuxième album de Sin Ropas. Un disque découpé en 8 fragments. Huit plages que nous pourrions qualifier de psychédéliques dans le sens le plus large du terme. A cause de ce curieux cocktail sonore extatique, malsain, ombrageux, au sein duquel cohabitent des machines insolites responsables de bruitages, crachotements ou autres bourdonnements, des guitares acoustiques et électriques, de la basse, des percussions, des chœurs, et puis des synthés, boîtes à rythmes ou encore gadgets technologiques. Le tout ponctuellement traversé d'un violon, d'un dobro, d'un harmonium ou d'un banjo. Et cette mixture pose les jalons de mélodies versatiles, grinçantes, déchiquetées, languissantes, douloureuses, sur lesquelles navigue la voix gémissante, ravagée de Tim, dont le timbre oscille quelque part entre celui de Mark Lanegan, Will Johnson (Centro Matic, South San Gabriel) et de Kevin Weatherall (Immaculate Fools). Neil Young rencontre Wilco !

 

Sinner

There will be execution

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Sinner, groupe issu de la vague allemande des années 80, n'a pas inventé la poudre. Influencé par Accept et Judas Priest, il pratique un heavy métal des plus basiques, mais il le fait bien! Rappelons avant toute chose que Matt Sinner n'est autre que le fondateur de Primal Fear, autre représentant du metal teuton sans fioritures. On ne s'étonnera donc guère de ne pas trouver en "There will be execution" le moindre élément de finesse ou des plages interminables parsemées de breaks façon Dream Theater, mais bien des titres courts, carrés et tranchants. Pas moderne pour un sou, mais bourré de riffs cinglants, l'opus constitue un joli témoignage de ce qui se faisait de mieux en Allemagne à l'époque d'Helloween, Grave Digger et autre Running Wild. Le problème, c'est que cela ne passionne plus grand monde...

Sioen

See you naked

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L'an dernier, je vous avais chroniqué la démo de ce jeune auteur/compositeur/interprète gantois. Une démo qui laissait augurer un futur chargé de promesses. " See you naked " constitue son premier véritable album. Un disque pour lequel il a reçu, tout d'abord, le concours de Pieter-Jan De Smet à la production. Et puis de toute une série de musiciens de studio (guitariste, bassiste, drummer, etc.) ; sans oublier son fidèle violoniste Renaud Ghilbert. Ce qui est un profond changement, puisque sur cette fameuse démo, Sioen s'était limité au chant et au piano. Sur les 10 fragments de cet opus, seule la dernière plage, " Summertime ", opte pour le format minimaliste. Un peu comme pour rappeler que la structure de base de ses compositions repose sur ces deux principes. Et puis peut être également, et dans une moindre mesure, " Too good to be true " et " Souvenir ". Parce que la présence du violon est vraiment discrète. Ce sont d'ailleurs les chansons les plus mélancoliques de l'elpee. A la limite dramatiques. Des émotions très fortes qu'il parvient toujours à communiquer de son timbre légèrement rocailleux. Le reste de l'elpee se révèle beaucoup plus éclectique et même parfois surprenant. Mais toujours aussi mélodique. Depuis le titre maître, qui mêle habilement groove et chœurs, à l'excellent " Boom ! ", sur lequel une basse pulsante, un zeste de guitare torturée et le piano électrique de Sioen swinguent à la manière de chez Tortoise (NDR : mais avec le chant en plus), en passant par " Motorboat ", souligné d'arrangements 'motown', " Cruisin' ", fruit de la rencontre entre la rumba, le classique et le rythm'n blues, le 'dEusien' " Wild wild west ", " Shy ", valse conduite par un accordéon musette et une contrebasse, et le léger et allègre " Another ballad ". Et s'il manque encore un petit quelque chose à Sioen, il faut admettre qu'il est sur la bonne voie pour devenir une valeur sûre de la scène pop/rock belge (et pourquoi pas internationale). Suffit de lui laisser encore un peu le temps de mûrir…

Skin

Fleshwounds

Si certains regrettent toujours la fin prématurée de Skunk Anansie, qu'ils se rabattent sur le premier album solo de Skin. Posé et sincère, ce " Fleshwounds " n'a pourtant rien à voir avec le metal FM de " Selling Jesus ". Finies, donc, les hymnes féroces et les poses un peu fourbes : Skin est désormais plus chatte ronronnante que panthère rugissante. Ses griffes rétractées, la belle ne montre plus maintenant que des pattes de velours : sur " Fleshwounds ", on n'entend d'ailleurs presque plus de guitares. Sans doute se sentent-elles un peu gênées de troubler notre quiétude. La colère d'autrefois semble avoir disparu au profit d'une sérénité presque douteuse, tant la féline s'est assagie : à part sur " Listen to Yourself " et " Trashed ", plus aucune trace de ce passé houleux, de ces refrains gueulards qui montraient les dents. Il faudra donc se faire une raison, et jouer ce disque pendant les slows, non plus pendant les pogos. Désormais, Skin n'aura plus à crier pour se faire entendre : il lui suffit de murmurer (le très beau " 'Til Morning ")… David Kosten (alias Faultline) et Ben Christophers font (presque) tout le reste. Ces ornements délicats - un piano en sourdine, des beats feutrés, tout en subtilité - sont le point fort de " Fleshwounds "… Et bien sûr cette voix, toujours aussi puissante, mais cette fois davantage en nuances. Skin chante des histoires d'amour qui tournent mal, mais on pâtit. Grâce aux talents d'arrangeurs de Kosten et Christophers, la dame de pique du rock anglais s'est transformée en dame de cœur (" Faithfulness ", " You've Made Your Bed "). On n'en demandait pas tant.

 

Smith And Mighty

Life Is…

‘Visitez Bristol, sa plage, ses restos jamaïcains, ses sound-systems’. L'enseigne lumineuse clignote à l'entrée du port, où s'entassent des échoppes à la gloire du trip-hop : le " Blue Lines " de Massive Attack joue à fond sur un vieux pick-up relié à d'énormes enceintes, pendant que le vendeur tente de nous refiler ses T-shirts de Smith and Mighty, soldés depuis trois ans. C'est que les deux musiciens locaux, grands manitous d'un dub côtier qui fleure bon la ganja, n'ont jamais eu le succès qu'on leur prédisait : alors qu'ils étaient là avant tous les autres gamins du bled (Massive, Tricky, Roni Size), les deux compères experts en infusion ragga-électro-soul se sont fait damer le pion comme deux gros pigeons. Résultat des courses : ceux qui sont sans doute les vrais tutélaires d'un genre devenu jingle planétaire (le trip-hop) se sont retrouvés dans les bacs à ristourne du GB de Tamines. " Y a pas de justice dans ce monde ", scande le vendeur du vieux port, essayant vainement de vendre ses T-shirts du groupe à 2 euros pièce (" trois pour le prix de deux, avec un sticker du Wild Bunch en prime "). Heureusement pour lui (et pour nous), Smith and Mighty ne sont pas du genre à se laisser abattre : voilà-t-y-pas qu'ils nous sortent un album bien torché, plein de perles à (surtout) ne pas jeter aux pourceaux (entendez les compileurs de lounge à deux balles). Soul, house, drum'n'bass, ragga,… Smith and Mighty ont braqué le coffre à idées de leurs amis de Bristol (Tricky, Roni et companie) pour nous concocter un petit bijou de sensualité et de douce torpeur. " Rise " étonne par ses breakbeats béats et sa texture house, " I Saw You " rappelle que Bristol, c'est juste à côté de Portishead, et " 1,2 Mic Check " invite à se dérouiller les guiboles sur le dance-floor. Avec Massive Attack qui joue aux dominos (seul survivant : 3D) et Tricky qui batifole en compagnie d'Alanis Morrisette et de Cindy Lauper sur son dernier album (Blowback), Smith and Mighty apparaissent comme les ultimes sauveurs d'un genre à l'agonie. " Deux euros le T-shirt, vous m'avez dit ? Mettez m'en dix ! ".

Dick Heckstall-Smith

Blues and beyond

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Dick Heckstall Smith demeure un des piliers des scènes blues et jazz britanniques. Il a ainsi trempé, dès le départ, dans toutes les expériences blues, et sévi au sein de multiples formations légendaires. Et en particulier chez Alexis Korner Blues Incorporated, Graham Bond Organization et les Blues Breakers de John Mayall. Flanqué des Blues Breakers, qui avaient commis l'elpee "Barewires", il fonda Colosseum, une formation épatante responsable d'une musique, fruit d'un subtil cocktail de jazz, de blues et de rock. Lorsque Dick soufflait dans deux saxophones à la fois, l'alto et le ténor ou le soprano et l'alto, on assistait à un des grands moments de scène du Colosseum. Dick a joué en compagnie d'une multitude de musiciens. Et il jouit toujours d'un énorme capital sympathie. Il n'est donc guère surprenant de le voir aboutir à ce projet baptisé DHS and Friends.

Dick est épaulé par un quartet de base, au sein duquel figure notamment Eddie Martin à guitare steel. Mais au fil des plages, les invités de prestige se succèdent. Le répertoire est assez éclectique. Pourtant, en choisissant comme plage d'ouverture, "Rollin' and tumblin", Dick m'a fait un peu peur. Heureusement, Paul Jones (NDR : au chant et à l'harmonica) et John Hiseman (NDR : aux drums) sont de la partie. John était le leader de Colosseum. Tout au long de cette version, le sax, l'harmonica et la National guitare d'Eddie Martin font bon ménage. Dick a écrit "Millenium blues" en hommage à Muddy Waters et Ray Charles. Un blues à l'anglaise. Il n'y a pas photo ! La rythmique est implacable, assez lourde. Rab McCullough est au chant pendant que l'excellent Clem Clempson tire son épingle du jeu aux guitares, un peu comme à la grande époque du Colosseum. La pureté des saxophones de DHS est un véritable bonheur. Il ne résiste même pas au plaisir de souffler dans le ténor et l'alto. McCullough est irlandais. Ses vocaux sont impeccables sur le rythmé "Watching your every move". Il attaque son phrasé à la manière d'un Rory Gallagher. Surprenant! Ce fragment avait été écrit par Dick pour Colosseum. Autre guitariste, Rab s'acquitte fort bien de sa tâche. Il est assez agressif sur les cordes. Mais Dick prend le relais pour nous nous réserver un excellent moment. Peter Green chante, joue de la guitare et de l'harmo sur le blues lent saturé d'émotion, "Cruel contradictions". Peter me semble fort bien inspiré et c'est tant mieux! Abordée dans l'esprit de Colosseum, voire d'Alexis Corner, "Angie baby" est sculpté dans le son funky. Le sax de Dick délire un peu dans le free. Ex-Piblokto, ex Battered Ornaments, le poète/musicien Pete Brown assure la production de l'album. Il chante l'étrange "Grind, glitch and snit". Dick a sévi chez le Blues Incorporated. Un groupe qui possédait, à l'époque, deux leaders : Alexis Korner et le regretté Cyril Davies. En hommage à ce grand musicien, Dick reprend l'instrumental "Spooky but nice", les deux saxes à la bouche. Mick Taylor est à la slide. Le tempo reste lent et la voix de Jack Bruce envahit l'espace sonore. Jack a souvent été le compagnon musical de DHS. Il attaque "Hidden agenda", mais la plage est un peu trop longue à mon goût. Excellent chanteur anglais, Paul Williams a travaillé en compagnie de John Mayall. Très brièvement, il faut le reconnaître. Il a également sévi chez Juicy Lucy. De sa vois graveleuse, il assume les parties vocales de "Twilight shuffle". Clem Clempson sort de sa réserve en dispensant des notes de guitare très travaillée. Dick exécute un superbe travail au sax sur l'instrumental "Swamp". L'album s'achève par un autre instrumental. Un blues lent qu'on croirait issu de sessions d'enregistrement des Blues Breakers, commises à la fin des 60s. Et c'est bien John Mayall qui donne la réplique sur ce "If you know you don't love me why in the world don't you leave me be?".

Smog

Supper

Depuis quelques albums (" Knock Knock ", " Dongs of Sevotion "), Bill Callahan semble s'être ouvert au monde et aux autres. Parce qu'avant, c'était presque la croix et la bannière pour écouter jusqu'au bout ses disques malades et bricolés. Sur ce dixième album, Callahan pourrait même passer pour sympathique et détendu, tant ses mélodies se sont aérées. L'arrivée au chant de Sarabeth Tucek l'a sans doute décoincé, lui qui avait l'habitude de marmonner des trucs pas clairs sur CD, et de dos en concert… " Supper " pourrait donc bien passer pour l'album le plus accessible de (Smog), en tout cas le plus enjoué. Certes, ce n'est pas encore la franche déconnade, mais on sent le bonhomme désormais à l'aise dans ses baskets. Les morceaux les plus lumineux sont clairement ceux interprétés en duo : " Feather by Feather " en ouverture avec sa guitare slide, " Butterflies Drowned In Wine ", sorte de version tronquée et délétère du " Caterpillar " de Cure, et surtout " Truth Serum ", splendide tentative de dialogue à la Hazlewood/Sinatra, mais sur une vieille platine qui tournerait au ralenti. S'ensuit une autre merveille, " Our Anniversary ", dont les accords ouateux pourraient servir de bande-son pépère pour chaque anniversaire, si possible au mois d'août, sous un soleil tétanisant et à l'abri du vent. Imaginez Callahan en clown McDonald, chantant de sa voix monocorde " Happy Birthday " à des gosses apeurés : une belle vision de l'Amérique. A la fin, Bill se prend même pour George Harrison, avec un " Driving " un peu mystique qu'on croirait sorti d'un " Yellow Submarine " plein de fuites. Malgré quelques vieux défauts tenaces (ce côté fielleux sous la couche de vernis), Bill Callahan semble avoir trouvé la lumière au bout du tunnel (" A Guiding Light " en conclusion sereine). Tant mieux : ça nous fera des vacances.

 

Pontus Snibb

Snibb

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Avant d'emprunter le patronyme de leur leader, cette formation suédoise (NDR : de Malmö, très exactement) répondait au nom de Mescaleros. Chanteur/guitariste, Pontus Snibb est épaulé ici par Pelle Jernryd à la guitare et à la slide, Magnus Nörrenberg aux claviers, Nikke Ström à la basse et Hakan Nyberg aux drums (NDR : le paternel de Pontus). Aujourd'hui âgé de 27 ans, Pontus a apparemment joué en compagnie de Jason and the Scorchers. Les Mescaleros comptaient deux albums à leur actif : "Family business" (en 99) et "Doin' time" (en 2000).

La musique de Snibb n'est pas tout à fait blues, mais plutôt rock, un rock subtilement teinté de blues. La voix de Pontus est assez remarquable dans son registre ravagé. Elle me rappelle même celle de Joe Cocker. Et dès les premières notes de "Yourself to blame", on en a immédiatement la démonstration. Erika Nordhal lui donne la réplique au féminin, sous forme de chœur. L'orgue Hammond de Magnus confère une certaine étoffe à l'environnement sonore, pendant que Pelle intervient à la fois sur une slide et une lapsteel. "Love letter" évolue sur un riff échafaudé par la conjugaison des guitares rythmiques de Pontus et de Pelle Jernryd ; mais après quelques mesures un harmonica au son plaintif et accrocheur intervient : celui d'un invité de marque, le grand Charlie Musselwhite. Il accorde pour la circonstance un petit mais élégant solo sur son instrument chromatique. Au sein de la musique de Snibb, l'orgue Hammond occupe un rôle important. Un peu comme chez le Grease Band de Joe Cocker. Balayée par une guitare acoustique et un piano électrique, "Make me whole again" est une ballade douce et agréable. J'apprécie beaucoup le chorus d'entrée de "Lucky man". Une manière de chanter qui ne laissera pas indifférents les fans de Lynyrd Skynyrd. A l'instar de "Simple man", les ballades lentes sont modelées de la même manière. Abstraction faite des guitares southern rock, bien entendu. Face à l'orgue, la voix de Pontus impressionne tout au long de cette plage très agréable. Les compositions de Snibb tiennent parfaitement la route. L'interprétation confère une homogénéité au groupe qui dégage un style indéniable ; mais l'élément qui ressort de l'ensemble reste toujours la voix du leader. Nonobstant, la qualité incontestable des musiciens, les sorties instrumentales sont rares et à chaque fois très courtes. "The reason I'm here" brille par son équilibre. Le nerveux "Stone cold" met en exergue un fort bon solo, un rien fuzz, de Pontus, et une nouvelle brillante intervention de Nörrenberg. Pour la ballade lente et très douce, "It isn't fair", Magnus est au piano acoustique, Pelle au dobro, et les vocaux sont partagés entre Pontus et un certain Eric Bibb que vous connaissez déjà. Tout au long de ce fragment extrêmement dépouillé, cette collaboration Snibb/Bibb est superbe. Au rayon des ballades qui vont à ravir au timbre de la voix nasillarde de Pontus, le joyeux "Join in hands" est soutenu par un accordéon joué par Magnus. "Still be there" réalise une savante fusion des guitares, acoustique et électrique. Assez semblable dans la démarche, "Harm's already on" irradie de mille éclats. L'intensité est volontiers dramatique. L'instrumentation y est sans doute pour quelque chose ; et en particulier l'orgue et les cordes de Pontus. D'excellente facture, cet elpee éponyme trahit un délice parfois pop, mais dans le bon sens du terme. Le disque recèle un morceau caché "One romance". Davantage blues, et imprimé sur un mid tempo, il libère un solo de guitare très excitant.

Solbakken

Klonapet

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Toujours fidèles à eux-mêmes, ces Bataves sont à nouveau responsables d'un opus impeccable. 10 titres qui évoluent à la croisée des chemins d'une pop limpide et d'une noise parfaitement maîtrisée. Chaque plage se développe et s'amplifie au fur et à mesure des écoutes. Etincelantes dans leurs constructions, les chansons ne se livrent pas à la première oreille venue. A l'instar de son prédécesseur (" Zure Botoa " chroniqué par votre serviteur sur ce même site), d'ailleurs. Si vous aimez les comparaisons, il serait peut être judicieux de (re)citer les classiques : Pavement, Sonic Youth, Wedding Present et pour la nouvelle vague Interpol. Je n'ai pas grand chose à ajouter à cet inventaire de références. Cette nouvelle plaque se passe donc de commentaires. Ce qui ne veut pas dire qu'elle soit sans intérêt. Que du contraire ! Pour votre info, sachez que Solbakken apportera, cet été, une nouvelle pierre à l'édifice " In the fishtank " de leur label Konkurrent (différents volumes, chroniqués sur ce site). Ils seront accompagnés, pour la circonstance, des très élégamment so(m)bres Black Heart Procession. Y a pas de hasard !