La clef de TOPS git 6 pieds sous terre…

TOPS sortira son nouvel elpee, "Bury the Key", ce 22 août. Le quatuor propose une musique intemporelle qui allie profondeur et immédiateté. Il s’agit de son premier album complet depuis 2020, un opus qui explore des tons plus sombres tout en restant maîtres…

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L’heure personnelle de Lucie Valentine

L'artiste belge Lucie Valentine dévoile « Minuit Moins Toi », le titre phare de son nouvel Ep éponyme. Une chanson touchante, lumineuse, qui célèbre le moment de bascule : celui où la douleur laisse place à la paix après une séparation. Née d’un atelier…

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Shane Dwight

Boogie King

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Shane Dwight est un chanteur/guitariste/compositeur californien. Flanqué de son blues band, il nous propose son premier elpee. Un disque coproduit par Dave Wellhausen, un spécialiste du genre. Pour concocter ce premier album, Shane ne s'est pas contenté de favoriser une production personnelle, mais s'est lancé dans la reprise des canons du Chicago Blues.

C'est une slide assez méchante qui introduit le riff du célèbre "Sweet home Chicago". Dave Wellhausen vient souffler avec puissance sur ce fragment au cours duquel Shane montre beaucoup de cœur à l'ouvrage. Plutôt saignant le Dave ! Mr Dwight ne se débrouille pas trop mal pour reprendre le "Snatch it back & hold it" de Junior Wells. La section rythmique est assurée par la basse de Cuck Fike et les percussions de Jerome Kimsey. Une base de lancement idéale pour la six cordes, Robby Z complétant le tableau à la guitare rythmique. De sa voix nasillarde, un rien faible mais juste, Shane poursuit son périple. Mais, heureusement, sa guitare est très inspirée. A l'instar du "I need U so bad" de Magic Sam. Vous l'aurez deviné, la plage titulaire flirte avec le boogie. Pour ce titre issu de la plume du leader, Shane a battu le rappel de ses potes. : Little John Chrisley à l'harmo, Warren Davis à l'orgue et le brillant Steve Lucky au piano. Le reste de l'album aligne des reprises : "Just a little bit" et "Baby what you want me to do", tout d'abord. Le très tonique "You were young" de Freddie King, ensuite. Très Chicago Southside le "That's alright de Jimmy Rodgers ralentit la cadence. Wellhausen y participe activement. La guitare de Dwight a bien assimilé le style de Rodgers ; et en particulier dans la rythmique. Shane monte en puissance. Sur "Yonder's wall", le solo tiré de ses cordes est particulièrement réussi. Les covers se succèdent : "Gangster of love" de Johnny Guitar Watson, "Please love me" de BB King. Elles véhiculent un de ces sons ! En réalisant une sortie parfaite, ce jeune musicien prouve une nouvelle fois qu'il possède les qualités pour assimiler le style des grands. Et il le démontre à nouveau sur "Hideaway", l'impeccable "It takes time" d'Otis Rush et enfin en finale, "Backstroke" d'Albert Collins, rehaussé par la présence de Don Boraka au saxophone. Après avoir écouté cet elpee enregistré en 2001, il ne fait aucun doute que cet artiste prometteur mérite d'être suivi à la trace...

 

Shane Dwight

Ep

Écrit par

Cet Ep a été enregistré 'live' à Hayward, en Californie. Le 28 avril 2002, très exactement. Découpé en 5 fragments, il nous présente un SDBB plus proche de nous, plus personnel aussi, car il ne réunit que des compositions de Dwight. Hormis la participation de l'harmoniciste Greg "Tumbleweed" Mooney, le line up du combo n'a pas changé.

La plaque s'ouvre par "Please", une compo puissante, imprimée sur un tempo rapide et toujours aussi inspirée par le son Chicago des années 50 et 60. Sa guitare semble plus assurée. La production restitue bien le son souhaité par Shane. La section rythmique entretient ce son volontiers sale. A l'instar de "You're gonna want me". Dwight force quelque peu sa voix sur cette plage qui déménage allègrement. Elle passe ainsi beaucoup mieux la rampe. Clairement funky, "Sideman" permet à la guitare d'exulter en explorant ces champs rythmés… Le virus atteint l'harmoniciste qui fonce tête baissée dans "She's so sweet". La finale est consacrée à "Boogie king", une adaptation du titre maître de son premier album ; mais sous une version plus dépouillée, brute, sans les claviers.

 

Sharko

Sharko III

David Bartholomé est un sacré farceur. Il n'est pas rare de le voir sur scène faire des pitreries, jusqu'à bâcler ses chansons pour raconter une blague de plus. Cette nonchalance fait partie du personnage, et se ressent encore une fois sur ce nouvel album, le troisième, après " Meeuws " (et " Meeuws 2 ") il y a deux ans. Pas que ses compos ne tiennent pas la route, bien au contraire : à cet égard, Sharko fait montre d'une constance rare au niveau qualitatif, et ce depuis le début de ses aventures dans la jungle du showbiz. Le bonhomme vieillit bien, comme le bon vin. Tubes (plus ou moins) pop (" Spotlite ", " Excellent ", " President "), chansons (plus ou moins) tristes (" Bath ", " Car Was ", " YMCO "), déconnade étudiée et hommages timides (" Luv Mix ", funky comme l'était Beck), Sharko-les-mains-vertes sait (plus ou moins) tout faire, avec chance. " Plus ou moins ", c'est ça la nonchalance. Que Ben Findlay, un pote à Peter Gabriel, ait produit l'album, ne change pour nous rien à l'affaire. Sans lui, sans doute que l'album n'aurait pas sonné bien différent, parce que Sharko est un type qui n'a pas besoin de grand chose pour se mettre en valeur. Un autre compliment : ce disque s'écoute comme on boit une bonne bouteille (de vin, toujours), c'est-à-dire sans se presser, avec délectation, l'esprit parfois ailleurs. A la fin, évidemment, on est un peu saoul et on raconte des conneries, mais on a bien ri de toutes ses histoires. Plus ou moins.

Vonda Shepard

Chinatown

Écrit par

Vonda Shephard s'est fait connaître à travers le personnage qu'elle joue dans la sitcom américaine " Ally Mc Beal ". Elle y interprète le rôle d'une chanteuse/pianiste de bar que fréquentent Ally et ses collègues de bureau. Un rôle sur mesure, puisque Vonda est chanteuse et pianiste. Compositrice également. Elle a ainsi écrit des chansons pour Rickie Nelson. Si mes renseignements sont exacts, elle doit avoir commis, à ce jour, 9 albums. Le premier en 1989. Et " Chinatown " constitue son neuvième. Pour l'enregistrer, elle a notamment reçu le concours de Jerry Marotta et de Tony Levin. Deux musiciens qui ont joué avec une foule d'artistes. Le premier, parmi les plus notoires, pour Gabriel, Sylvian, Costello et Mc Cartney. Le second pour Peter Gabriel, King Crimson, Alice Cooper et Yoko Ono etc. Elle bénéficie également de la collaboration de l'ex compagnon de Suzane Vega, Mitchell Froom. Aux claviers et à la co-production. Vonda possède une jolie voix. Elle joue très bien du piano. Normal puisqu'elle a fréquenté les cours du conservatoire Mais sa musique colle tellement à la bande FM américaine, qu'elle finit par s'y engluer. Dans ces conditions, difficile d'y adhérer…

Hank Shizzoe

In concert

Écrit par

Ce chanteur guitariste suisse a signé chez Crosscut il y a une dizaine d'années. Un label pour lequel il a commis quatre albums : "Low budget" en 94, "Walk" en 96, "Plenty of time" en 97 et un éponyme en 2000. Ce nouvel opus est 'live'. Double de surcroît. Réunissant 24 titres dont la plupart figurent sur les albums précédents, sous une version studio, bien sûr.

La première partie est consacrée au trio de base : Hank au chant, à la guitare et au bouzouki, soutenu par sa section rythmique, Loose Gravel ; c'est à dire Michel Poffet à la basse et Christophe Beck à la batterie. Le disque s'ouvre par "Bedpopthang". La formule du trio permet à Hank d'occuper le devant de la scène. Et ses soli à la slide sont à la fois agressifs et surprenants. Composition lente, "Southern movements" laisse une nouvelle fois libre cours à la slide. Le bottleneck malmène les cordes. Les effets de pédale accentuent encore ces artifices, conférant un ton lugubre à l'ensemble. "Arrows through my heart" est hanté par le rythme des Stones. "Low budget", "Handmade love", "Waltz n°1" et "8000 miles to New Orleans" évoluent au sein d'un climat plus roots, relax, laidback si vous préférez. Et c'est incontestablement lorsqu'il évolue au sein de ce type d'exercice de style que Shizzoe est le plus excitant. Plage rock, "Indian girl" révèle un Shizzoe extraverti. Sa guitare est saturée d'électricité. Mais, à mon humble avis, il a un peu trop recours à la galerie des effets. Pour l'introduction de "Caught asleep", on se croirait sur scène en compagnie de Pete Townsend. Le trio démontre qu'il est capable de déménager où et quand il le veut. Lorsque Hank évolue dans le registre country/folk/rock, il étale toute sa richesse musicale. A l'instar de "The whole book". Une plage au cours de laquelle, Michel nous réserve un solo à la basse. Hank Shizzoe est un artiste aux multiples facettes. Il est capable d'incarner à la fois JJ Cale, David Lindley, Ry Cooder ou Mark Knopfler (Dire Straits). Sur les planches, jamais il ne lasse ; et puis il faut avouer qu'il bénéficie du concours d'une section rythmique assez extraordinaire.

Lors du 2ème set, le trio de base est rejoint par Sonny Landreth. Un joueur de slide louisianais. La présence des deux guitares renforce la fécondité sonore de l'ensemble. Et on peut s'en rendre compte dès les premières mesures de "Oh so near". Une ambiance feutrée qui permet aux solistes de s'évader vers des sommets. Les musiciens ne se côtoient pas au quotidien. Ce qui explique sans doute pourquoi les prouesses instrumentales sont abondantes. Chaque soliste a même toute liberté de s'exprimer suivant l'inspiration. "Don't bore me, man" et "You make it sway" en sont les exemples les plus frappants. Tout au long "Zoo", un fragment imprimé sur un tempo rapide, les prouesses des guitares brillent par leur inventivité. "Joe went to the water" est bien un des meilleurs titres issus de leur répertoire. Christophe Beck est un virtuose aux drums. Mais tout au long d'"Isbjorn", il nous en met plein la vue (NDR : les oreilles ?) En fin de concert, la formation élargie aborde des reprises : "Six blade knife" de Mark Knopfler, "She belongs to me" de Bob Dylan et "Cabin down below" de Tom Petty. L'ombre de Dire Straits plane tout au long de "Being there with you" et de "6 blade knife". Hank chante "Real tigers" à la manière d'un Lou Reed. Une nouvelle composition imprimée sur un rythme proche du Velvet Underground, pendant que les deux guitares vrombissent. Une chose est sûre, avec Hank Shizzoe on ne s'ennuie jamais !

 

Showstar

We are ready

Écrit par

Showstar nous vient de Huy. Un sextet dont l'excellent premier single, " Out of my head ", avait été largement diffusé sur les ondes de Radio 21, l'an dernier. " We are steady " constitue son premier album. Un disque particulièrement réussi qui fait la part belle aux guitares et aux voix ; même si la présence épisodique d'une trompette donne une coloration plus chaleureuse aux mélodies. Des mélodies contagieuses, parfois même hymniques, qui à première écoute font penser à Blur et à Ash. Personnellement j'ajouterai les Buzzcocks. Encore qu'au plus j'écoute cet elpee, au plus je lui trouve des nuances. La house mancunienne contamine ainsi " Carcrash " et " I'm back ". Le tempo, les claviers rognés, 'charlatanesques' et l'électricité jacassante, vivifiante, funkysante, y sont sans doute pour quelque chose. Encore que pour ce dernier fragment, la mélodie trahit quelques affinités avec " Pure morning " de Placebo. Ballade mid tempo au refrain imparable, " Little bastard " égrène ses guitares bringuebalantes, comme chez le regretté House of Love, alors que l'allègre " Baby blue eyes " est teinté de sonorités 'cornemuse', comme chez les Skids. Une électricité qui peut aussi se révéler beaucoup plus sulfureuse, plus agressive. Et je pense tout particulièrement à " I hate myself ". Un fragment plus complexe, qui s'ouvre et se referme par un cuivre latino ; mais dont la structure et les changements de tempo évoquent un certain Alice Cooper. Dans le même registre, mais en plus punk, " Piece of cake " libère un groove tribal digne de PIL. Hormis l'énigmatique " Modern way " et le final " Masquerade ", une plage 'remesque', tramée sur fond de psychédélisme ambiant, le reste de l'opus, oscille entre pop, power pop et punk rock. Balayé par un clavier new wave, et agité par une basse ronflante, " Your team (is about to play) " émarge même à l'univers post punk d'un Magazine. Tout un programme !

Sidestepper

3am-In beats we trust

Écrit par

Ancien producteur chez Real World (le label world de Peter Gabriel), le Britannique Richard Blair est tombé amoureux de la musique colombienne au cours d'un voyage effectué à Bogota, au début des années 90. Après avoir apporté sa collaboration, pendant quelques années, auprès des musiciens locaux, Blair a lancé le projet Sidestepper. En 1998. Sa méthode est simple : composer et enregistrer en compagnie de musiciens colombiens, puis triturer le résultat, lors du mixage final, en ajoutant des éléments électroniques. Après avoir commis un album et quelques singles de plus en plus tournés vers la drum'n'bass, Sidestepper semble aujourd'hui davantage contaminé par la musique d'ambiance. Tout au long de ce périlleux exercice enregistré entre Bogota, La Havane et Londres, Richard Blair a pu compter sur la présence de chanteurs talentueux (Ivan Benavides et Ronald Infante, excellents) doublés de compositeurs efficaces. Ce qui permet de sauver moitié de l'album d'une inconsistance affligeante. Un constat amer largement dû aux programmations de beats et de synthés qui éprouvent de grosses difficultés à s'intégrer aux autres instruments (violons, cuivres et percus). Les bons moments de ce disque (" Deja ", " Donde va mi soledad, " Dame tu querer ") sont imprégnés d'une étrange mélancolie. Mais ils sont trop rares pour compenser la faiblesse de certains morceaux (" In beats we trust ", " Walking ", " Me gustas "). Ils ont tellement été polis qu'ils ne peuvent plus espérer qu'une seule destination : figurer sur la dernière compile lounge à la mode afin de générer du cash facile. Dommage car la qualité de certaines chansons méritait un bien meilleur traitement.

S.A. Smash

Smashy Trashy

Vous vous souvenez de ce petit con qui vous emmerdait en gardienne ou de ce branleur qui emballa votre copine en rétho, sous les quolibets goguenards de vos camarades de classe ? Et bien ouais ! C'était Camu et Metro (aka ‘Mr. Fuck-A-Lot’), les deux types qui se cachent derrière S.A. Smash. C'est ce que dit leur label, Def Jux, et on finirait presque par le croire, même si c'est juste pour déconner, sans blague. Faut dire que les deux rappers sont de vrais fiers-à-bras, proclamant avec crétinerie qu'ils " adorent baiser " (" Love To F*ck "), et " haïr " aussi (" Love To Hate "). Pas des petites frappes, ces mecs. Plutôt du genre à traîner dans la rue tard le soir, à fumer des spliffs et reluquer les pépettes. Bizarre, on connaissait Def Jux pour ses disques précurseurs voire intellos, de RJD2 à Cannibal Ox. Comme quoi il ne faut jamais coller trop vite des étiquettes ! Parce qu'ici, on a plutôt affaire à du rap de gros couillons, efficace mais d'une fraîcheur douteuse. Avec leurs gros sabots de pseudo-gangsters nourris à South Park et au " Scarface " de De Palma, Camu et Metro balancent leur gros son un peu comme ces gosses qui, planqués derrière des buissons, jettent des pétards sur les vieilles : pour faire peur, mais surtout pour se marrer. " Ca troue le cul ", dirait Cartman, et c'est vrai que ça groove du fond du rectum : basses rondelettes, BPMs à la Timbaland (" Get Home ", très Clipse), dope r'n'b (" Weird "), cuivres boombastic (" A.A. "), P-Funk (" Love To F*ck ", avec Aesop Rock), guitares salaces,… A la fin, les deux copains (comme cochons) ralentissent pourtant la cadence, comme s'il était temps de se la jouer profil bas après toute cette bamboula pas sérieuse : sur la platine, LL Cool J s'invite (" Spot Tonight "), et les filles remettent leur T-shirt (mouillé). Mais la nuit ne fait que commencer…

The Sad Riders

Lay Your Head on the Soft Rock

Chris Wicky, leader du groupe emocore suisse Favez, a toujours aimé l'americana, et tout le toutim. Ces guitares traînantes, cette batterie pleine de rhumatismes, cette voix en sourdine : y a pas à dire, on se croirait davantage dans la Vallée de la Mort que dans un chalet près du Lac Leman. Sorte d'album solo, " Lay Your Head on the Soft Rock " a les qualités de ses défauts : pour coller au genre (l'alternative country), il faut ranger ses velléités rock'n'roll au placard, fermer sa grande gueule et se la jouer plaintif. Avec une barbe, c'est encore mieux ! A force de vouloir faire son Jayhawk, Wicky ne fait pourtant pas rire grand monde (en même temps, c'est le but)… Le pire, c'est qu'il ne s'agit ici que de country papier carbone : rien de bien neuf sous le soleil. Parfois, on dirait le Pink Floyd de l'ère bucolique (" The Radio Man "), du Tom McRae en santiags (" Ace "), voire du Francis Cabrel (" Past The Belvedere ", sorte de… ‘Je l'aime à mourir’ springsteenien !). Un bon morceau, quand même : " J-M ", l'histoire d'un dealer sur fond de country-rock bien enlevé, à la mélodie évidente. Mais c'est quand même un peu maigre pour crier au génie... Un conseil à notre ami helvète : qu'il retourne à son EMO et ne nous tanne plus avec ses histoires de cow-boy !

 

Saga

Marathon

Écrit par

Teinté de hard FM, le rock progressif pratiqué par Saga est frais, innovateur et accessible. A l'aube des années 80, il ouvrait les portes d'un univers cosmique, en parfaite adéquation avec les superbes illustrations futuristes des pochettes de leurs albums ; et je pense plus particulièrement à " Silent Knight " et " Images at Twilight ", devenus des classiques aujourd'hui. Après un passage à vide, Saga réussissait un beau tour de force en 1999 en commettant " Full Circle ", un elpee qui renouait avec les sonorités qui avaient fait son succès jadis. " House of Cards " en était la suite logique, et le nouveau né, " Marathon ", concilie lui aussi passé et présent avec brio. Faut dire que le guitariste émérite Ian Crichton drive l'entreprise d'une main de fer dans un gant de velours. Les compositions sont surprenantes de qualité et d'intensité, l'interprétation irréprochable, et la production s'avère d'une qualité bien au-dessus de la moyenne. Bondissantes et romantiques, les onze nouvelles ritournelles du groupe s'affirment conquérantes et d'une cohérence suffisante pour conserver intégrité et crédibilité. L'apport modéré de nouvelles technologies renforce l'impact de titres novateurs comme le déroutant " Rise and Shine ", tandis que la plage d'ouverture, " Marathon ", single potentiel au refrain taillé pour la scène, renvoie l'auditeur à l'époque de " World's Apart ". Mais la marque du quintette de Toronto demeure la voix unique, veloutée et caressante du charismatique Michael Sadler, l'âme de Saga. A ce titre, le combo n'a rien à envier aux nouveaux ambassadeurs du genre que sont Archive ou Spock's Beard. Les vrais fans ne se priveront pas de s'offrir le DVD Silhouette qui recèle, outre les neuf premiers vidéo clips du band, du matériel 'live' enregistré au cours de la tournée Heads or Tales, des interviews récentes des cinq musiciens et même des images bootleg capturées par un fan londonien.

Henri Salvador

Ma chère et tendre

Il y a trois ans, Henri Salvador faisait un come-back fracassant, à… 83 ans. Alors que tout le monde le donnait pour mort, le vieux crooner au rire (et au physique) simiesque explosa les hits parades avec " Chambre avec vue ", disque de la renaissance et de la reconnaissance, porté par l'écriture raffinée d'un duo de jeunes songwriters alors méconnus, Keren Ann et Benjamin Biolay. Autant dire que Salvador n'allait pas changer son fusil d'épaule (ni passer l'arme à gauche) pour ce nouvel album, en tous points semblable au précédent, mais sans l'effet de surprise. On y retrouve donc tout ce qui plaisait sur " Chambre avec vue " : cette voix douceâtre de vieux chanteur à l'esprit mal tourné, ces atmosphères délétères de cabaret bossa/jazzy, ces textes emprunts d'une poésie surannée, ces arrangements patinés, bref des " flonflons " dans lesquels Salvador, sénile dragueur d'opérette, ‘jette son cœur déchiré’ (" Quand un artiste ") avant de reprendre une dernière fois son souffle. C'est bien joli, sauf qu'on n'y croit plus trop, à toutes ses simagrées douces amères : le vieux a beau chanter des mots d'amour, on l'imagine de plus en plus mal en bourreau des cœurs. Dans un hospice, à la limite.

 

Oumou Sangare

Oumou

Oumou Sangare est considérée comme la diva du ‘wassoulou’, style musical originaire du sud du Mali caractérisé par l’emploi de la harpe à six cordes, devenu populaire dans les années 70 à Bamako puis à l’étranger. Depuis maintenant plus de 15 ans, Sangare chante la femme africaine comme personne avant elle ne l’avait fait au Mali. Son énorme succès en Afrique a tracé la voie à de nombreuses autres chanteuses, Rokia Traoré en tête. Ce disque est en fait un best of à destination du peuple occidental : on y retrouve les classiques de la belle, en plus de quelques inédits. Si le kamalengoni (la harpe) marque de son empreinte légère et suave chaque morceau de cette anthologie, la musique d’Oumou Sangare intègre aussi cuivres, cordes et synthé de manière répétée – comme une transe. Avec Amadou & Mariam, Ali Farka Touré, Afel Bocoum (le nouveau pote de Damon Albarn) et Oumou Sangare, le Mali témoigne d’une richesse musicale qui reste encore trop méconnue de par chez nous. Espérons que ce best of réparera cette injustice, parce que ces 20 chansons révèlent des trésors de mélodies et d’ambiances, loin de tout exotisme à la Club Med. Embarquement immédiat !

Savoy Brown

Strange dreams

Écrit par

Savoy Brown est une véritable institution dans l'histoire du british blues et du boogie. Il est né au beau milieu des années 60, juste à temps pour goûter au succès du blues boom. Sous la houlette du guitariste Kim Simmonds, le groupe a traversé les âges. Ce Gallois d'origine s'est même fixé, depuis belle lurette, dans l'Etat de New York. Lui et le chanteur/bassiste noir Nathaniel Peterson avaient mis fin à la dernière formule du combo en 1999.

Le nouveau line up implique donc aujourd'hui, Simmonds, Dennis Cotton aux drums (NDR : il a joué en compagnie de Duke Robillard et chez Commander Cody and his Lost Planet Airmen), David Malachowski à la guitare (NDR : également un ex Lost Planet Airman), et Gerry Sorrentino à la batterie (NDR : il a aussi joué pour Robillard). Nouveaux musiciens : nouveau style ! Enfin, pas tout à fait, puisque l'expression sonore n'est jamais très éloignée du blues. Simplement, elle opère plutôt un retour au style qui avait fait leur succès commercial au milieu des 70s. Pensez aux elpees "Street corner talking" (72) et "Hellbound train" (73), lorsque Dave Walker se réservait le chant. Première constatation, Nathaniel parti, les vocaux sont désormais assurés par Kim Simmonds. Une situation qui s'était rarement produite dans le passé. Encore que ce soit lui qui donne de la voix sur ses deux albums solo, "Solitaire" et "Blues like midnight", parus chez Blue Wave. Kim n'est pas un chanteur né. Et il est à souhaiter que dans un futur proche, il trouve un remplaçant.

"When it rains" entame ce "rêve étrange". La section rythmique marque le coup. Kim chante. Mark Nanni a été invité pour participer aux sessions d'enregistrement. Il est bien calé derrière son orgue pour donner du corps au rythme. La première étincelle se produit dès l'envol initial des cordes. Des cordes allumées par Kim ! Une flamme entretenue lors de la subtile fusion entre le blues et le rock exotique, réminiscent de Carlos Santana. L'étiquette rock blues accessible peut être collée sur cette plage. En fait, Savoy Brown semble avoir opéré un retour de trente années dans le passé. A une époque considérée comme la mieux exploitée, d'un point de vue commercial. "Can't take it with you" évolue sur le même tempo. Une composition agréable, au cours de laquelle les soli de Kim conservent une trame bien mélodique. L'orgue de Nanni se fond dans le décor, à l'instar de celui de Paul Raymond, naguère. Kim passe à la slide pour la reprise du "Meat shaking woman" de Blind Boy Fuller. Le bottleneck glisse avec douceur le long de la Gibson. Pour la circonstance la voix se fond bien dans l'ensemble et la slide ressort bien de son environnement rythmique. Une plage récréative qui me plait beaucoup. Le morceau maître possède un impact commercial indéniable. Les interventions de la guitare glissent toujours harmonieusement au creux de nos oreilles. J'ignore si ce morceau deviendra leur "Tell Mama" des années 2000, mais il passe la rampe sans difficulté. "Keep on rollin" sent bon le british blues. La guitare répond au chant. Des échanges qui me rappellent de glorieuses années passées ; et en particulier, le "It hurts me too" paru sur l'album live "Blue Matter", en 68. "Shake it all night" est un boogie pas trop furieux, que Savoy Brown a parfois dispensé dans le passé ; mais un boogie bien dans la ligne de conduite observée par le présent opus. "Pain of love" et "(Hard time) believing in you" marquent un retour au style des premières plages, un style teinté par des sonorités de guitare qui me plaisent beaucoup. Invitation à se tortiller les orteils, "Memphis last night" est une plage assez longue, un peu répétitive. Les percussions s'activent pendant que Kim peut jouer son côté Santana. Savoy Brown achève son album par "Can't you let go", une composition dont les accents dépouillés et dramatiques baignent au sein d'un climat traditionnel. Kim m'y fait un peu penser à l'un de ses anciens potes, Stan Webb, leader de Chicken Shack.

Nitin Sawhney

Human

Selon les déclarations de l'intéressé, ce sixième album serait " son plus personnel et son plus diversifié ". Il est vrai que Sawhney semble avoir élargi sa palette, jusqu'au… r'n'b (" Rainfall ") ! Peut-être s'agit-il enfin pour lui de sensibiliser les masses, plus réceptives au rap qu'à la musique indienne traditionnelle. Après les succès critiques mais pas vraiment publics de " Beyond Skin " et " Prophesy " (2001), il était donc temps pour le pionnier de l'" asian sound " (avec Talvin Singh) de revoir ses ambitions… à la baisse. " Human " n'est pas mauvais, loin de là : juste un peu lisse, çàd davantage taillé pour une écoute en surface. L'oreille glisse sur ces compositions proprettes, sans jamais trébucher sur une note de trop, une mélodie qui surprend. L'opus s'ouvre par une chansonnette hindie-pop un peu béate (" The River "), puis ça dévie vers de la lounge flamenco soyeuse mais trop polie ou du folk tranquille, à l'orientale (le triptyque " Say Hello " - " Falling Angels " - " Falling "). A force de mettre de l'eau dans son vin, Nitin Sawhney donne l'impression d'être devenu trop gentil pour être honnête : ces voix berceuses, ces flûtes extatiques, ces beats sans reliefs,… Tout ça c'est bien joli, mais niveau prise de risques, Sawhney mérite une fessée. Natacha Atlas, Jacob Golden, Kevin Matt Hayles (entendu chez Mike Skinner) et Shakespeare ont beau lui prêter mains fortes (au chant, à l'écriture), ils partagent la même galère. Il n'empêche qu'à plusieurs, on rame plus vite.

 

Scan X

How to make the unpredictable necessary ?

Dire qu'on l'attendait serait un euphémisme. C'est que depuis 1996, Stephane Dri, alias Scan X, n'avait plus sorti d'album… Si ce n'est quelques maxis et diverses collaborations aux quatre coins du globe (de remixes en bandes sonores de jeux vidéo), on était en droit d'attendre davantage de ce Français au patronyme ridicule. M'enfin : on aura eu le temps de goûter à ses sets endiablés, la meilleure manière pour lui de rester dans les esprits (et les rotules), tout en se servant de nous comme de cobayes pour tester ses nouvelles bombes dance-floor… L'album, donc : comme prévu, de la techno racée, industrielle et efficace, martiale et percutante. Avec un fameux détail tout de même : on n'est pas au Carré, genre boum-boum marteau piqueur. La techno de Scan X a beau faire péter les BPMs et nous faire suer à grosses gouttes, elle n'en est pour autant débilitante. Loin d'être cantonnés aux dance-floors de bas étage, les beats poids lourd de Scan X remportent leur mission haut-la-main : faire danser sans abrutir, grâce à des gimmicks toujours accrocheurs et une énergie infatigable.

 

Schtimm

Plays Mrakoslav Vragosh

Surtout, qu'on ne nous demande pas le nom des membres de Schtimm : tout ce qu'on sait, c'est qu'il y a un chanteur et une chanteuse, que leur identité se limite à des initiales (AE, P, B et K) et qu'ils habitent à Trondheim, en Norvège. " Plays Mrakoslav Vragosh " ( ?) est leur deuxième album, enregistré en analogique parce que les membres de Schtimm veulent privilégier la musique sur la technique. A les entendre, ça paraît normal : rien ici de bien électronique ou de tendance, mais du rock sombre et maniéré à la Barry Adamson. Sur " Flowers ", on entend même des cordes baroques, comme si Schtimm avait fui toute modernité pour se réfugier dans une vieille cathédrale. Attention : en Norvège, y a des types qui brûlent les églises. C'est parce qu'ils écoutent (ou jouent) du black metal. L'un d'entre eux, Varg Vikernes (alias Burzum), a même buté son ami Euronymous, de Mayhem, et maintenant il croupit en taule. Il y a quelques semaines, il s'est quand même évadé, mais pas pour longtemps. En Norvège, y a des types pas bien dans leur tête. Les gars de Schtimm, eux, sont bien gentils. Surtout la fille, qui hulule comme une Kate Bush en rut ou fait " pam pam " en claquant des doigts. A part ça, c'est un peu tannant comme musique : y a du synthé bien pépère, du xylophone tout mimi et même de l’ukulélé ! Dommage : avec un titre d'album pareil, ils auraient pu faire du black metal, comme leurs amis pyromanes. C'est plus drôôôle : ça se termine toujours mal, avec de gros chevelus l'air méchant qui s'entre-tuent en écoutant Emperor. Ouaiiiis, trop cooool.

 

The Sea And Cake

Glass

Quelques mois seulement après la sortie de l'excellent " One Bedroom ", les Chicagolais sont de retour avec cet EP aux inédits solides, plus trois remixes qui valent leur pesant de cacahuètes. D'abord " To The Author ", étalé en deux versions sensiblement différentes : une ligne de basse à la Peter Hook, une boîte à rythmes, des synthés, puis cette guitare aérienne qui vient renforcer la mélodie, tandis qu'un léger battement électronique en rajoute encore une couche… Enfin, la voix de Prekop, qui survole délicatement cette matière sonore : on reconnaît dans cette complexité pop tout l'intérêt (et le talent) de The Sea and Cake… Le deuxième inédit (" Traditional Wax Coin "), avec ses ruptures de rythmes et son piano délétère, fait un peu pâle figure après tant de classe… Mais " An Echo In ", une miniature pop servie dans un écrin post-rock, remet les pendules à l'heure. Puis viennent les remixes : Stéréolab rajoute des synthés à " Tea and Cake " et Broadcast des bruits et des beats vintage (" Interiors "). Leur travail, c'est du papier carbone : en apposant leur lourde empreinte sur les vignettes en apesanteur des quatre Américains, Stéréolab et Broadcast les dénaturent. Faute d'idées, de temps ou de talent ? Leur exercice de style s'avère d'une suffisance crasse. Seul Carl Craig semble avoir compris l'intérêt d'un remix : en rajoutant des BPMs aux mélodies volages de Prekop, il pousse le groupe sur le dance-floor, pas fâché pour un sou. Moralité : pour éviter l'ennui, faut pas être trop poli… Surtout que Sam en singlet sous la boule à facettes, ça vaut vachement le détour !

The Seatsniffers

Flavor Saver Live

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Spécialisé dans le black rock'n'roll et le black R&B, les Seatsniffers figurent parmi les meilleures formations belges. Fondée début 1995, autour de Walter Broes (guitare et chant), Roel Jacobs (saxophones), Luc Houben (basse) et Piet De Houwer (drums), elle compte déjà plusieurs albums et singles à son actif.

Live, leur nouvel opus inaugure leur nouveau contrat signé chez le label hollandais Sonic RendezVous. Et c'est bien sur une scène que nos quatre lascars s'expriment le mieux. Leur savoureux cocktail de rockabilly, de blues, de R&B, de country & western et de surf, libère une énergie permanente, tout en véhiculant une attitude quasi punk.

Le concert s'ouvre par les accents d'une rythmique boogie, bien huilée par le tandem De Houwer/Houben. La guitare de Walter épouse un profil rockabilly à la limite de la country. Les percussions sont denses et la machine à rythme s'emballe. Mais paradoxalement, cette agitation reflète une forme de solitude. Que brise le sax hurleur de Roel au bout d'une bonne minute. Il se défoule comme un beau diable sur ce "Shake it", devenu un titre de référence par excellence. Le public est déjà à point. Il répond aux invitations à se manifester. La tonalité surf de la guitare réverbère tout au long de ce "She's a fox" complice. Sous l'impulsion de Piet De Houwer derrière sa caisse, les Sniffers accélèrent encore le tempo et embraient par un 'Shakedown", au cours duquel Roel laisse éclater une joie d'une grande limpidité. "This must be the bottom" est sculpté dans du rockabilly pur et dur. Walter laisse glisser ses cordes huileuses tout en les secouant au service du rythme. "Taggin' along" est un blues lent sans complication, mais très efficace. Walter et Roel y chantent en duo. Insatiables, les Sniffers reviennent au boogie hypnotique pour "Don't gimme that". La guitare rythmique emprunte le riff cher à John Lee Hooker. Le son est sale, primaire. Il va droit au but recherché : celui de faire bouger. Proche d'une composition de Leiber et Stoller, "Get it" ouvre une parenthèse de calme. Et inévitablement le tempo ralentit la cadence tout au long de ce morceau né d'un savant dosage de blues et de rock ; un titre qu'aurait apprécié Little Charlie Baty ou encore les Paladins de Dave Gonzales. Cette plage est également la plus longue de l'album. Elle permet à Walter Broes de s'exprimer en développant un superbe solo. Pour aborder "Make my dream come true", le guitariste est complètement libéré. Il entretient sa furie dans une saveur tex-mex, avant de nous plonger au sein d'une ambiance futuriste (NDR : bruitages à la clé) chez l'éclatant "UFO". Pris de court, le public n'a pas le temps de reprendre son souffle que le rythme repart de plus belle, contaminant tour à tour le rocker "Assembly line", un "Since my baby left me" caractérisé par son riff découpé au couteau et l'instrumental gloussant "Run chicken run", parcouru par une guitare qui rocke et rolle. Le concert s'achève par une plage cool, baptisée "Sleep". Un tout bon album !

 

The Seesaw (Netherlands)

Violent Elegance

Nouveau line-up pour les Hollandais de Seesaw : un guitariste en renfort (Jason Langdon) et une nouvelle chanteuse (Asta Kat), en tout 3 filles et deux garçons. Pour ce troisième album, la recette est pourtant toujours la même : guitares noisy, nonchalance shoegazing, chant monocorde, influences anglo-saxonnes (My Bloody Valentine, Breeders, Magnapop, 4AD). Le tout confère à l'ensemble une patine pop-rock un peu désuète, comme si on revenait 10-15 ans en arrière… Ce n'est ni d'une violence salvatrice, ni d'une élégance tentatrice, comme semble l'indiquer le titre. Juste ennuyeux comme un disque de Salad ou de Sleeper, ce genre de groupes qu'on portait aux nues à l'époque et dont personne ne se souvient aujourd'hui. A force d'élever des murs de guitares (exemple : " This is What Happened "), Seesaw est en train de construire sa propre tombe. Il sera sans doute difficile de l'en sortir.

Tom Russell

Modern Art

Tom Russell est un musicien hors normes : déjà 17 albums à son actif, des millions de fans parmi lesquels Johnny Cash, un sacré don de conteur-prêcheur, une plume féroce qui rappelle les essais de Greil Marcus, un regard perçant d'ethnologue à la John Lomax, … A chaque album, il dépeint la condition humaine avec une profondeur apprise par cœur chez Bob Dylan, des trajectoires surréelles de grands noms de l'Histoire aux destins oubliés des laissés-pour-compte de notre société. Les mots, chez Russell, seraient donc plus importants que les notes : c'est à moitié vrai, puisque la country n'est pas en soi un genre tourné vers le futur. En tant que musique peu évolutive, ressassant à l'envi de vieilles traditions musicales dont s'est d'ailleurs inspiré le rock'n'roll, la country n'a plus, depuis bien longtemps déjà, le monopole de l'innovation… Les textes s'avèrent donc essentiels pour garder le genre en vie, ce que Russell, manifestement, a bien compris. Loin d'être un rentier de Nashville jouant au cow-boy dans les foires pour collectionneurs de stetsons, Tom Russell excelle dans la chronique populaire, racontant ses histoires comme si lui-même les avait vécues. Sur son nouvel album, " Modern Art ", il parle ainsi (entre autres) de Mickey Mantle (" The Kid From Spanivaw "), de Muhammad Ali (" Muhammad Ali "), de Charles Bukowski (" Crucifix in a Death Hand ", un poème de l'écrivain récité sur le " Carmelita " de Warren Zevon), et même de lui (" Modern Art ") ; parce que le talent d'un chroniqueur se mesure le plus souvent à sa faculté d'auto-analyse. Mais le songwriter n'est pas seul pour évoquer aussi bien ses souvenirs que ceux de poètes, de légendes du sport ou de musiciens oubliés (Stephen Forter sur " American Hotel ") : il est accompagné de musiciens talentueux et d'une vieille amie, Nanci Griffith, dont il reprend ici le " Gulf Coast Highway "… Beau disque pour qui sait l'apprécier lentement, avec attention, " Modern Art " émeut parce qu'il raconte plein d'histoires extraordinaires d'hommes et de femmes ordinaires (et vice-versa). Un tableau réaliste, fort et décent de l'Amérique des outlaws et des petites gens.

Shaun Ryder

Amateur night in the big top

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A l'issue de la fameuse tournée australienne consacrant la réunion ultime des Happy Mondays, Shaun Ryder est allé rendre visite à son cousin Pete Caroll. Ils ont commencé à écrire des chansons ensemble ; mais au bout de trois mois, Shaun a été expulsé du pays et interdit de séjour pour 3 ans. Pas étonnant lorsqu'on connaît le personnage, dont les problèmes liés à la drogue semblent récurrents. Finalement, après de très âpres négociations, il a pu retourner en Australie pour achever cet album. Un disque pour lequel il a notamment reçu le concours de Shane Norton (Ku-Ling Brothers), de Stephen Mallinder (ex Cabaret Voltaire) et du joueur de pedal steel Lucky Oceans (Asleep in the Wheel, Bob Dylan, Willie Nelson). En Angleterre, la presse insulaire a plutôt mal réagi à cet opus. Faut dire que Shaun ne fait rien pour attirer leur sympathie. En vérité, les six derniers fragments de cet elpee manquent franchement de consistance : dub inoffensif, house nightclubienne et électronique terne se partagent l'espace sonore. On a même droit sur " Nothern soul brother (shapeshifter) ", à la suite du dialogue échangé entre le vaisseau extraterrestre et le récepteur d'ondes, lors du film " Rencontre du 3ème type ". Par contre les deux premières plages sont remarquables et libèrent un groove irrésistible, comme à la belle époque des Mondays. Tout d'abord les sept minutes malveillantes, lancinantes, hypnotiques de " The story ". Ensuite, les neuf minutes ténébreuses, envoûtantes, parsemées de percus labellisés 'Madchester', de " Long legs (part 1 2 3) ". Et ici les contes tour à tour délabrés, tortueux, sarcastiques, triviaux ou décadents que récite Shaun, de sa voix si particulière, prennent leur véritable dimension. Dommage que tout l'album ne soit pas de la même veine…