La clef de TOPS git 6 pieds sous terre…

TOPS sortira son nouvel elpee, "Bury the Key", ce 22 août. Le quatuor propose une musique intemporelle qui allie profondeur et immédiateté. Il s’agit de son premier album complet depuis 2020, un opus qui explore des tons plus sombres tout en restant maîtres…

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La Divine Comédie de Lora Gabriel

Lora Gabriel a trouvé sa voie en oscillant constamment entre les polarités pour mieux les réconcilier. Cette quête débute dès son enfance, lorsqu'un professeur de flûte traversière, au conservatoire, lui propose de chanter les notes qu'elle joue. Son premier…

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Teddy Morgan

Freight

Ce cinquième album du Texan aux rouflaquettes s'écoute avec plaisir, même si les 13 chansons qui le composent n'apportent aucune nouveauté au genre, depuis longtemps en panne d'inspiration ou plutôt d'un leader qui mettrait un peu de carburant dans cette machine qui ronfle (l'Americana de Bruce Springsteen et de Tom Petty). C'est quand Morgan s'essaie aux ballades hivernales qu'il surprend le plus (" Waiting ", " Middle of the Night "), voire quand il imite avec brio un Johnny Dowd rouillé (" Round Every Bend ") ou un G-Love à la sauce tex mex (" Train "). A noter également deux reprises plutôt convenues (" She Belongs to Me " de Bob Dylan avec Johnny Hickman de Cracker et " No Such Pain As Love " de Willy Deville) et quelques invités de marque venus taper le bœuf (Joey Burns et John Convertino de Calexico, Ken Coomer de Wilco,…), comme quoi le Morgan sait s'entourer de la crème de l'alternative country quand on lui dit qu'il faut savoir plaire aux jeunes. Au final, tous ces ingrédients font de " Freight " un disque agréable mais loin d'être sensationnel… En gros, le genre de galette qu'on écoute deux/trois en faisant la vaisselle, puis qu'on range dans sa collec' pour ne plus jamais l'en sortir.

Nick Moss

Count your blessings

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Originaire d'un patelin proche de Chicago, Nick Moss se met à gratter la basse de son frère aîné Joe, dès son plus jeune âge. Il vient alors de contracter le virus du blues. Il fréquente alors tous les clubs mythiques de la Cité des Vents. Et est repéré par Jimmy Dawkins qui l'intègre dans son band. Il passe ensuite 4 années en compagnie de Willie "Big Eyes" Smith ; puis trois années avec Jimmy Rodgers. Et fonde enfin ses Flip Tops avec lesquels il enregistre successivement "First offense" et "Got a new plan".

Au sein du line up de cette formation, on retrouve son épouse Kate Hodinott. Préposée à la seconde guitare sur ce nouvel album. Mais aussi Andy Lester à la basse et Greg Campbell aux drums. "Count your blessings" est officiellement découpé en treize plages, dont les dix premières sont signées par Nick. Mais l'opus épingle cinq bonus tracks. Et toutes des reprises. Quel festin!

L'album s'ouvre par "Heavy on my mind". Evoluant sur un mid tempo, il est imprégné des sons du Chicago blues mythique. Les Flip Tops inspirent immédiatement le respect. Nick se réserve un premier solo déjà déterminant. Deux invités de marque y font déjà leur apparition : Mr Curtis Salgado ( jadis membre de Roomful of Blues) à l'harmonica, et Barrelhouse Chuck à l'orgue. Chuck passe au piano, Bob Stroger à la basse et Willie "Big Eyes" Smith à la batterie, pour aborder le titre maître. Curtis se met à souffler comme Jr Wells ou Jimmy Cotton. On a l'impression d'être en présence d'un super groupe local. Du bonheur à l'état pur ! Les plages suivantes confirment les premières impressions. Dans la démarche, elles me font penser à Mississippi Heat. En écoutant Salgado souffler dans les aigus sur "Gold digger", on en conclut qu'elles sont propices à la rencontre de générations différentes. Et on n'est pas au bout de nos surprises, car quatre fragments, dont deux bonus tracks, ont été enregistrés à Dallas en compagnie d'Anson Funderburgh. Les deux guitaristes s'en donnent à cœur joie. L'orgue Farfisa de Barrelhouse Chuck sonne très Booker T & the MGs. Epaulé par Chuck, Stroger et Smith, Nick recrée l'une des ambiances chères à Chess sur "Porchlight". Celle d'Elmore James en particulier. Enrichi par l'harmonica de Richard Duran, alias Lynwood Slim, "So tired" est le slow blues Chess par excellence. Slim partage d'ailleurs la production de cet elpee avec Moss. Et Chuck joue son Otis Spann!! En opérant la synthèse de ce qui se fait le mieux à Chicago, Nick Moss, le guitariste, nous illumine de son talent sur "Panic Attack". On distingue clairement l'emprunte laissée par Jimmy Rodgers sur le jeune Nick, tout au long du sobre "Breal bad". Que c'est bon! Et ce n'est pas tout ! Il se fait même Jimmy Reed sur "W.A.S.T.E.D". Faut dire qu'il possède une bonne voix le Moss. Pas un baryton, mais un timbre proche de nombreux bluesmen du Chicago d'époque. A partir de cet instant, il met ses Flip Tops (et lui-même) à la disposition de ses invités. Barrelhouse Chuck chante "Barrelhouse woman" de Leroy Carr, avec Funderburgh aux cordes, puis le lent et sublime "Ain't times hard" de Floyd Jones, au cours duquel Moss et Salgado accordent des soli émouvants. Venons-en enfin aux bonus tracks. Deux plages sont chantées par le vieux Sam Myers. "Hey hey", tout d'abord. Il libère un de ces sons pourris et met en exergue une intervention impérissable de Moss. "She brought life back to the dead" de Sonny Boy, ensuite. Qui sent bon le Texas. De son timbre graveleux, très proche d'un certain Magic Slim Curtis, Salgado interprète "This little voice, alors que Lynwood Slim se réserve "I chose to sing the blues", soutenu par Chuck au curieux orgue Vox Jaguar. Hommage appuyé à James Cotton, le bouquet final offre un beau duel échangé par les harmonicistes Salgado et Lynwood Slim. Je conseille vivement l'opus de ce jeune artiste, aux amateurs du blues de Chicago.

 

Mostly Autumn

Passengers

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Mostly Autumn appartient à cette poignée de jeunes groupes 'prog' qui montent. S'il doit autant à Pink Floyd qu'à la musique celtique, il dispose comme atouts d'un guitariste surdoué (il cumule, avec talent, le rôle de compositeur), d'une bonne chanteuse (par ailleurs assez mignonne) et d'une multi-flûtiste fort efficace. En quatre ans, le groupe a commis autant d'elpees tout à fait charmants (NDR : dont un projet alternatif destiné à concocter sa propre version du 'Lord of the Rings'). De concerts en festivals, il s'est ainsi taillé une solide réputation sur scène. C'est dire si le nouveau CD de cet 'espoir' était attendu. Même si on est d'emblée impressionné par la qualité de la production, l'album commence de façon inquiétante, par des plages formatées FM : la première lorgne très fort vers Fleetwood Mac, la deuxième présente peu d'intérêt et la troisième, tout en restituant un peu de l'univers du groupe, est plutôt sirupeuse. Elle introduit pourtant Heather nouvelle façon. Mais si la chanteuse paraît très assurée, elle est surtout ici standardisée. La suite s'avère heureusement beaucoup plus intéressante: dès la quatrième plage, 'Bitterness Burnt', une belle ballade acoustique, on retrouve tout le charme de Mostly Autumn (flûte, violon, influence celtique), tandis que 'Caught in a Fold', un brin ambitieux, évoque à la fois Jethro Tull et Curved Air. A l'instar de 'Simple Ways', la deuxième moitié du CD renoue avec l'esprit des albums précédents, nous réservant son lot de soli de guitare assassins, jolies harmonies vocales, mélodies plaisantes, refrains imparables et finals qui décoiffent. Mention spéciale pour les dix minutes de bonheur que constituent la plage titulaire et l'instrumental 'Distant Train' qui lui succède. Le groupe a donc diversifié son propos. Il oscille parfois entre ses héritages floydien et celtique et une certaine variété anglo-saxonne. Les claviers sont quant à eux plus présents. Globalement, 'Passengers' est un bon album qui devrait plaire aux fans. Espérons qu'il permettra au groupe d'élargir son audience. Il le mérite assurément !

Mother Tongue

Ghost note

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L'histoire de Mother Tongue débute en 1990 à Austin. Mais dès l'année suivante, le quatuor texan déménage à Los Angeles, parce qu'il estime que sa musique correspond beaucoup mieux à la scène de cette cité californienne. L'idée semble plutôt judicieuse, car signée par Epic, la formation sort son premier elpee. Malheureusement, en proie à des conflits internes et à de multiples changements de line up (dont celui du guitariste Jesse Tobias, qui va transiter par le Red Hot avant de rejoindre le backing band d'Alanis Morisette), le combo se sépare juste avant de commencer l'enregistrement de son deuxième opus. Il faudra attendre 1999, pour que le groupe décide de recommencer l'aventure. Nonobstant le départ de leur drummer originel, Geoff Habba, l'année suivante, M.T. commet l'excellent " Streetlight ". Produit par Mario Caldato Jr (Beastie Boys) il allie le meilleur des Red Hot avec le son roots du blues, voire de la soul. Curieusement, c'est en Allemagne que ce disque remporte un franc succès. Et " Ghost note ", qui bénéficie de la mise en forme de Robert Carranza (Beck, Folk Implosion, Supergrass, Jane's Addicition) semble épouser la même trajectoire. Probablement à cause de leur style qui semble profondément ancré dans les seventies. Depuis les Doors à Led Zeppelin, en passant par le Free, le Cream, Hawkwind et Fleetwood Mac. Pas mal de connotations blues et psychédéliques, donc. Mais le tout revisité tantôt par le funk blanc d'un Red Hot Chili Peppers, le métal fusion de Rage Against The Machine ou le punk menaçant de Jane's Addiction. Les lyrics ont, en outre, le bon goût de véhiculer des messages sociopolitiques aussi pertinents que chez Fugazi Pas trop difficile, donc, d'imaginer l'énergie que peut libérer le musique de ce Mother Tongue, tout au long de cet elpee. Excellent !

Motorpsycho + Jaga Jazzist Horns

In The Fishtank n°10

On vous parle régulièrement de la série « In The Fishtank » : des compilations imaginées par le label hollandais Konkurrent, dont l’objectif est de réunir deux groupes dans un studio pendant quelques jours et les laisser délirer comme bon leur semble, aux frais de la Reine Beatrix. Cette fois (le n°11 a déjà été chroniqué en ces pages), ce sont les Norvégiens de Motorpsycho et de Jaga Jazzist qui s’y collent. Le résultat est détonnant, avoisinant sur certains titres le psychédélisme jazz d’allumés notoires comme Pharoah Sanders et Steve Coleman, voire le prog et le krautrock seventies chers à Weather Report, Can et Blue Oyster Cult (un bien beau mélange !). Encore une fois, la confrontation de deux univers plus ou moins différents (l’électro-jazz-post-rock de Jaga Jazzist, dont on retrouve seulement ici la section des cuivres, et le rock dégénérescent de Motorpsycho) fonctionne à merveille, même sur la cover de « Theme de Yoyo », pourtant du funk blanc aussi subtil qu’un album de Bowie (justement) période Tin Machine. Le dernier des cinq titres ici proposés, « Tristano », lorgne lui du côté du jazz rock le plus famélique : 21 minutes de délire free au compteur, qui passe comme une lettre à la poste. A condition bien sûr d’être un amateur de ce genre de jams un peu démonstratifs, gratinés de cuivres infatigables et de soli homériques. Qui a dit pouet pouet ?

The Mountain Goats

Tallahassee

Depuis plus de dix ans, John Darnielle publie ses chansons cafardeuses sous le nom de The Mountain Goats, que ce soit en solo, en duo avec Peter Hughes (comme ici) ou avec d'autres musiciens, le plus souvent sans l'intermédiaire d'un studio d'enregistrement. " Tallahassee " change un peu la donne : cette fois-ci, peu de titres en 4-pistes captés dans la cuisine entre deux crises de nerfs, puisque Darnielle s'est adjoint les services de Tony Doogan (Mogwai, Belle & Sebastian, The Delgados,…) et compte bien conquérir le petit monde de la country lo-fi et de l'antifolk le plus chétif avec un son plus costaud et une production qui va avec. Un seul morceau en témoigne : cet " Oceanographer's Choice " de premier choix, plus exotique et travaillé que l'intégrale des Guided By Voices. Le reste, même accouché en studio, reste quand même encore fort primaire et désossé, comme si Darnielle refusait toute enjolivure - un gros mot dans sa bouche, lui qui chante seulement les brisures et les désillusions de couples, les divorces du cœur et de l'âme, les drames familiaux et conjugaux. En privilégiant l'émotion la plus intacte (ç'est à dire sans esbroufe) à l'orchestration putassière, Darnielle ne fait donc qu'enfoncer le clou d'une discographie bâtie sur le folk le plus âpre et la sincérité la plus touchante. C'est, comme on dit, à prendre ou à laisser. Nous, on prend.

The Movement

Move !

Écrit par

Pour trouver une bonne raison de sympathiser avec les Danois de Movement, il faudrait au moins adhérer à un certain engagement politique. En effet, parmi les antifascistes et antiracistes nordiques, ils semblent figurer en tête des activistes du circuit. Concerts, meetings, festivals, le groupe tourne et s'investit beaucoup dans ce type de réseau. Cet engagement s'accompagne ainsi du style musical généralement adéquat : du mod rock punk ska. A franchement parler, le style m'ennuie. Ici tout particulièrement. Même si, en matière de références, il y a de quoi légèrement s'exciter (les Who, les Jam, mais surtout le Clash...), l'émotion ne passe pas réellement et je regrette que cet engagement politique et social ne transparaisse pas d'avantage tout au long de cette plaque. Bref, pas de quoi casser trois pattes à un skanard...

Jean-Louis Murat

Lilith

A peine un an après " Le Moujik et sa femme ", Jean-Louis Murat récidive avec un double album (23 chansons), enregistré en compagnie de ses deux comparses Fred Jimenez (ex-bassiste d'AS Dragon) et Stéphane Reynaud (suite au départ de Jean-Marc Butty chez Venus). En quatre jours ! C'est sous cette formule simple mais cohérente que Murat fait le plus d'étincelles. L'Auvergnat voudrait enregistrer deux disques par an, comme au temps des Beatles, tant ses tiroirs débordent de chansons et sa tête d'idées en tous genres. Pourtant, Murat parle toujours de la même chose : en gros d'amour, zébré d'éclairs (le morceau titre), et parfois illuminé d'une lumière inconnue. Si la plupart des titres (surtout ceux du deuxième disque) restent dépouillés et frappés d'une langueur redoutable, d'autres sont traversés de riffs rougeoyants ; et on pense à Neil Young, à Muddy Waters, à tous ces bluesmen qui enregistraient des disques intemporels en se limitant à une guitare et un vieux quatre-pistes. C'est un peu le rêve de Murat : ne plus devoir se coltiner les maisons de disques pour publier sa musique. Il n'empêche que le Français s'essaie aussi au tube FM (" Le cri du papillon " et ses charmants chœurs féminins) et convie David Boulter et Dickon Hinchcliffe des Tindersticks pour enrober sa musique ténébreuse de cordes batifolantes et d'orgues magiques. Mais Murat reste quand même Murat, c'est-à-dire qu'il ne laissera jamais personne lui dicter sa conduite. IL en résulte une œuvre à la noirceur inquiétante, malgré les fioritures et l'apparente délicatesse des mélodies. Bref, un grand album de Murat, double de surcroît, qui décidément se pose en France comme un des songwriters les plus talentueux et les plus atypiques de ces vingt dernières années.

Elliott Murphy

Strings of the storm

Écrit par

En 1973, Elliott Murphy commettait son premier elpee, " Aquashow ". Trois décennies plus tard, il nous propose son 26ème ! Double de surcroît. Mais pourquoi double ? Simplement parce qu'il a toujours été fasciné par " Blonde on blonde" de Dylan, " Exile on main street " des Stones et le double blanc des Beatles. Si au cours des dernières années, le chanteur/compositeur avait surtout privilégié l'aspect acoustique et intimiste de ses chansons, " Strange of the storm " (NDR : le titre est inspiré d'un poème d'André Breton) laisse davantage de place aux arrangements complexes ; et puis recèle surtout l'un ou l'autre titre plus rock. A l'instar du savoureux " Green river ", dont l'intensité électrique semble née du fruit de la rencontre entre le Paisley Underground cher à Steve Wynn et le lyrisme hymnique et tribal d'un Neil Young. Un Neil Young auquel Elliott emprunte une des deux covers, " Birds ". L'autre, " The banks of Ohio ", constituant une adaptation d'un morceau folk traditionnel yankee. Sur les 21 autres plages, 15 sont signées Murphy, et 6 ont été coécrites en compagnie de son fidèle guitariste Olivier Durand. Un Olivier Durand dont la guitare baryton donne une texture unique aux fragments. Et si Ernie Brooks à la basse et Danny Montgomery sont encore et toujours de la partie, il faut souligner la présence de Cindy Bullens à la seconde voix et surtout de Kenny Margolis à l'accordéon. Ses interventions ponctuelles apportent ainsi une couleur tex mex aux titres folk ou aux ballades enracinées dans la country. A un tel point que lorsque la voix d'Elliott épouse un timbre de crooner, on ne peut s'empêcher de penser à… Willy Deville. Personnellement les titres qui m'ont fait le plus flasher demeurent cependant ce fameux "Green river", l'échevelé et dylanesque " The poet and the priest " et l'énigmatique " La belle dame sans merci ", chanson hantée par des sonorités de guitare bringuebalantes…

Murs

The End of the Beginning

Murs n'est pas connu du grand public, mais bien des fans de rap intransigeant : avant de se lancer en solo, ce rappeur de la West Coast faisait partie des Living Legends, un posse, comme son nom l'indique, légendaire. Cela fait plus de quinze ans que ça dure, mais c'est seulement maintenant que Murs sort de l'underground, grâce aux efforts de son nouveau label, Definitive Jux, la maison-mère de Mr. Lif, Cannibal Ox, Aesop Rock, et bien sûr El-P. Au programme : du gros son old-school, dans le respect des traditions (KRS-One pour le côté revanchard et chroniqueur, De La Soul pour le côté plus festif), au service de quelques tueries bien senties. " You & I " met le feu direct, en exhortant l'auditeur à sortir de sa léthargie : " My job is to talk about your thoughts ". En nouveau porte-parole de la cause hip hop, Murs appuie là où ça fait mal, sans pour autant jouer de la gâchette : on n'est pas chez 50 Cent. Au contraire, son rap se veut divertissant, tout en étant ancré dans le quotidien le plus " normal " (bref pas celui de Suge Knight). Selon lui, c'est du " sitcom rap " : le type a de la répartie… Ne manque plus que nos applaudissements préenregistrés ! Sans rire : " The End of the Beginning " mérite tous les honneurs. D'abord avec l'excellent " What Do You Know ? ", puis avec cet " Happy Pillz " (feat. Aesop Rock) rigolard, qu'on croirait narguer le " Purple Hills " de D12… Plus loin, " The Dance ", avec El-P, pourrait de fait figurer sur l'album de l'ex-Company Flow (" Fantastic Damage "), et " Don't Deal " lorgne joliment du côté des Roots… " The End of the Beginning " porte bien son titre, parce qu'avec cet album, Murs devrait enfin sortir de l'ombre. ‘Because Muthaf*@ka's are bored…’, nous dit le slogan de Def Jux. On est bien d'accord !

 

Muse

Absolution

Écrit par

Si à l'origine, Muse était considéré comme un clone de Radiohead, au fil des albums il est parvenu à se forger sa propre identité, son propre style. Oui, bien sûr, les voix de Matthew Bellamy et de Thom Yorke possèdent toujours d'évidents points communs. Notamment dans le registre falsetto. Hérité en ligne droite des regrettés Tim et Jeff Buckley. Mais la musique du trio de Teignmouth a pris, nonobstant le recours à l'un ou l'autre artifice technologique, une forme plus symphonique ; un peu comme si elle était le fruit de la rencontre entre néo classique et métal. Seule la ligne mélodique est demeurée pop. Et leur troisième opus en est la plus belle démonstration. Co-produit par Rick Costey (Rage Against The Machine, Mars Volta, Philip Glass), " Absolution " devrait même séduire le public prog. Et en particulier, trois fragments. " Black out ", tout d'abord. Une valse lente, tourmentée, qui flotte sur des vagues de cordes somptueuses au gré d'une bise soufflant comme une balalaïka. On se croirait presque dans l'univers de Docteur Jivago. " Ruled by secrecy ", ensuite. Une prière ténébreuse, intense, qui se développe au sein d'un climat de type 'classique', entretenu par le piano solennel de Matthew. L'influence exercée par Rachmaninov n'a jamais été aussi flagrante. Tout au long de l'opus, d'ailleurs. Toujours enrichi d'arrangements de cordes, " Butterflies and hurricanes " recèle même en son cœur, un mini récital. Seuls deux fragments retournent encore aux racines du groupe : " Apocalypse please " et le contagieux " Time is running out ". Davantage de piano donc. De chœurs opératiques aussi. Mais également des guitares tempétueuses, déchiquetées, une ligne de basse puissante, bourdonnante et des drums frénétiques, implacables. A l'instar du premier single " Stockholm syndrome " et du remarquable " Hysteria ", deux plages qui auraient pu figurer dans le répertoire d'un Tool. Et enfin de l'allègre et rigoureux " The small print ", sorte de croisement improbable entre Therapy ? et Metallica. J'accorderai cependant une mention spéciale à " Falling away from you ", un titre languissant, cosmique, qui s'ouvre et s'achève par des accords de guitare sèche 'durutticolumnesques'. Un bien bel album !

 

Arman Méliès

Le Long Train Lent et les Beaux Imbéciles

Arman Meliès porte bien son nom : sa musique, raffinée et délicate, fait penser à ces vieux films nitrate aux couleurs passées, réalisés il y a presque cent ans par des prestidigitateurs en haut de forme. Avec peu de moyens mais beaucoup d'imagination, ces types vous faisaient voyager jusqu'à la lune, les yeux pleins d'étoiles. Ici, il suffit d'une guitare fluette et d'une voix timide pour être aussi transporté, dans des paysages bucoliques d'une autre époque, où on verrait jouer ensemble, sous un arbre, John Fahey et Nick Drake. Comme tous ces gens (rajoutons David Kitt, Matt Ward, Mark Hollis), Arman Meliès parle d'amour, mais d'amour écorné, comme une vieille carte postale. Sa musique, malgré le poids des ans qui semble peser sur elle, n'est pourtant pas désuète. Juste en suspens, comme une plume charriée par les vents. Lors de sa descente, on la suit du regard avec attention, pour l'attraper et ne plus la lâcher.

Metallica

St.Anger

Écrit par

A l’instar du nouvel opus d’Iron Maiden, « St Anger » est sans nul doute l'album métal le plus médiatisé de l'année. Pourtant, cet elpee est loin de faire l'unanimité au sein de la communauté des metalheads. Après cinq années d'absence, la cure de désintox de James Hetfield, le départ de Jason Newsted et l'arrivée de Robert Trujillo, après avoir commis le très faiblard Reload, qui faillit entraîner le split du groupe, comment les Four Horsemen allaient-ils réussir une résurrection qu'on annonçait miraculeuse? Quelques semaines avant sa sortie, les magazines spécialisés annonçaient St.Anger comme un retour aux sources, événement justifié par une brochette de titres comme on n'en avait plus entendu depuis la période dorée du milieu des années 80. Certes la plaque a dix fois plus de pêche que tout ce que la bande à Lars Ulrich a pu pondre depuis le black album ; certes aucun titre n'est diffusible en radio aux heures de grande écoute ; certes l'album "avec le poing sur la pochette" renoue avec un Metallica furieux et agressif. Néanmoins, ceux qui espéraient un « Masters of Puppets II » estimeront « St.Anger » indigne de Metallica, parce qu'il ne recèle aucun solo, parce que le son de batterie et surtout de la caisse claire surprend par son côté très brut, parce qu'on ne retrouve plus cette combinaison magique de superbes mélodies et de puissance. Mais si « St.Anger » n'est pas facile à digérer en une seule écoute, c'est aussi peut-être le signe que le combo possède toujours cette capacité de se renouveler et de retrouver l'inspiration après un long passage à vide. Les morceaux sont très longs, et la voix de James s'est légèrement éraillée. On retrouve quelques influences stoner, voire même garage, des plans syncopés à la System of a Down, des riffs simples, mais aussi de nombreuses longueurs et répétitions qui ne manqueront pas de saouler les fans de la première heure. Pari artistique ou suicide commercial ? Toujours est-il que la nouvelle galette de Metallica s'est retrouvée dès sa sortie n°1 des ventes un peu partout dans le monde. Une foule de qualificatifs peut définir le titre « St.Anger », sauf celui de commercial. Mi-figue, mi-raisin, semble être la métaphore la plus adaptée. Pourtant, il serait profondément injuste de douter de la sincérité de Metallica qui a prouvé, lors du dernier festival de Werchter, qu'il demeure d'une redoutable efficacité sur scène. Il est indéniable qu’aujourd'hui ; le groupe aspire à rassembler ses anciens disciples et de plus jeunes fans, admirateurs de Slipknot et de Korn. Metallica se retrouve en quelque sorte coincé le cul entre deux chaises. Le succès de sa nouvelle orientation se mesurera aux ventes de la galette qui a déjà fait couler beaucoup d'encre.

 

Metha Mean

Unloved

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Groupe quebecquois formé en 1999 et concédant déjà une première production exclusive pour nos amis des grands froids, Metha Mean articule son discours musical à partir de rythmes industriels, de loops, samples, de chants scandés, militaires, proférés au milieu de nulle part. Pré mâchant le travail journalistique, ils vont même jusqu’à citer clairement leurs influences, que se soit sur leur bio ou à l’écoute leur cd : Skinny Puppy, NIN, Godflesh, mais aussi et c’est plus intriguant, Peter Gabriel. Pour ne pas me sentir absolument dispensable, j’ajouterai Rob Zombie, les Young Gods Treponem Pal ou Jailbird (chronique sur le site). Et toc ! S’il reste des amateurs de ce type de musique robotique, mais ô combien humaine, je ne saurai que leur conseiller cet “Unloved”. Tant que les vétérans ne donnent pas signe de vie. Quel conservatisme quand même...

Miam Monster Miam

Forgotten Ladies

Benjamin Schoos ne nous avait pas habitués à la mélancolie, voire au noir de chez noir : ses deux premiers albums (" Cum At The Liquid Fancy Fair " et " Hey Tank ") lorgnaient davantage du côté de la pop, à l'image de son fameux " When I Was A Ninja " de triste mémoire (plus Jackie Chan que Jet Li). D'où le bide, et la déprime, heureusement source d'inspiration d'un " Forgotten Ladies " beaucoup plus abouti que ses prédécesseurs. Il faut dire que les musiciens qui l'accompagnent sont loin d'être des manches : Jacques Stotzem (guitare), André Klenes (contrebasse, entendu chez Sheller, Bashung et Renaud), Christine Ott (spécialiste des Ondes Martenot, chez qui Jonny Greenwood de Radiohead a pris des cours), sans oublier, pour assembler le tout, Renaud Lhoest (arrangeur de Venus et violoniste de Yann Tiersen) et Henri Graetz (les cordes chez Katerine, Autour de Lucie et Czerkinsky)… Bref la crème des musiciens belges, au service d'un Benjamin transformé, plus Maxime Le Forestier (voire Perry Blake) que Karate Kid (voire Tortue Ninja). Et plus Monster que Miam : ambiances tristes et paroles pleines de reproches (" Tell me mother, why don't you love me ? ", ce genre), sur fonds de country crépusculaire et de piano à queue… mais la queue entre les jambes. Benjamin Schoos ne rigole plus, et ça s'entend. Tant mieux : c'est mieux. Restent quand même ce mauvais accent anglais et un vocabulaire Harrap's d'à peine 100 mots, qui prêtent parfois à sourire. Qu'à cela ne tienne, ce " Forgotten Ladies " déborde quand même d'émotion et de bon goût : on est loin des hommages d'antan aux héros du Club Dorothée. Force noire ! Si Benjamin Schoos avait vendu plus d'exemplaires de ses deux premiers albums, il en serait peut-être toujours à sa pop trop gentille pour être honnête. Les voies du music business sont parfois impénétrables… Un conseil pour tous les apprentis musiciens : mieux vaut se lamenter sur son sort que vanter les mérites de l'uppercut de Bruce Lee. Au moins ça paie cash, et ça permet d'avoir les médias, le public et la maison de disques dans sa poche.

 

Chris Mills

The Silver Line

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La première chanson passe plutôt mal la rampe. La mélodie se veut rock, elle est mièvre. On pense même être en présence d'un accompagnement pour séries américaines de type "Ally Mac Beal" ! Certes, ce n'est pas désagréable à l'oreille ; juste un peu…"facile" à écouter. Par contre, la voix de Chris Mills est absolument remarquable et se détache vraiment de l'ensemble…quelque peu raté. Hormis de très belles balades - et je pense tout particulièrement à "I could not stand to see you", dont l'intro me rappelle étrangement "Imagine" de John Lennon -, Chris Mills parvient trop rarement à nous séduire. Des cuivres interviennent là où il n'en fallait pas. Les fragments enlevés tiennent plus de la country moderne que du rock pur et dur. Et lorsque c'est le cas, on imagine davantage le rock acrobatique des années 60 que les écoutes individualisées des années 2000. Bien sûr, le cinquième album de l'Américain reste agréable et parvient à alterner compos enjouées et titres paisibles. Chris Mills emprunte même des inflexions vocales rauques sur le très joli "Lullaby", aux accords de guitare plutôt réussis. En finale, "Don't be crushed" affiche la nostalgie des slows de Georges Michael. Les arrangements synthétiques y sont même signés David Nagler ; mais malheureusement la chanson s'achève par des envolées de violons et de cuivres qui me font un peu grimacer. Nonobstant ses très jolies balades, "The Silver Line" n'est donc pas le meilleur album de Chris Mills. Un disque d'honnête facture qui n'accorde, qu'à de trop rares moments, l'occasion de vibrer...

Paddy Milner

21st Century boogie

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Paddy Milner est un jeune prodige au piano. Il n’a guère plus de 21 ans et affiche une santé spectaculaire tout au long de son premier album. Cet Anglais est un spécialiste du blues et du boogie woogie, mais il est capable d’embrasser un spectre bien plus large, puisant allègrement aussi bien dans le jazz que dans la musique classique.

Il débute en force par le titre maître. Epaulé par trois cuivres discrets, ce boogie évolue sur un tempo élevé. Le célèbre "I’m ready" de Willie Dixon est un classique du blues. Paddy nous en propose une version swing particulièrement éloquente. Ex Otis Grand et vocaliste actuel chez les Kingsnakes de Paul Lamb, Mr Earl Green le chante. Son timbre est immédiatement reconnaissable. Le piano ne tient pas en place, mais Paddy s’évade rapidement, avec beaucoup d’assurance et de compétence, dans le registre jazz. Ex Pretenders et Paul McCartney Band, Robbie McIntosh signe une belle sortie à la guitare acoustique. Paddy est responsable des arrangements sur le classique de Stephen Foster, rebaptisé pour la circonstance "Swannee river samba", et sur "Caravan" de Duke Ellington, qu’il prélude d’accents classiques très personnels. Mené sur un rythme très élevé et adoptant plusieurs variations de style, ce travail sur "Caravan" est superbe. Une assez extraordinaire prestation de boogie woogie impliquant Adam Skinner aux drums et Rodney Teague à la basse. Les huit autres plages de l’album sont issues de la plume de Milner. Tout d’abord le superbe blues lent, "The days, the nights". Il double au piano, largement teinté de jazz, et à l’orgue Hammond pour accompagner la voix d’Earl Green. Une voix qui se réserve encore le plus R&B "Highway of sound". "Late nights playing the blues" est un autre excellent blues. Il bénéficie du concours du chanteur/guitariste anglais (au crâne complètement dégarni) bien connu chez nous, Eddie Martin. Nick Gomer s’y réserve l’harmonica. Seul derrière le grand piano, Paddy se libère. Il laisse courir ses fins doigts le long des ivoires. Un court prélude avant d’atteindre "The Bumble Fumble". Pour conserver l’esprit boogie, il maintient un rythme élevé. Les dernières plages marquent un retour au chant. Hamish Maxwell empoigne le micro sur "Boogie-woogie time of year". Les cuivres sont à l’avant-plan ; et Patsy Gamble, Steve Trigg et Andy Gilliams se réservent successivement leur billet de sortie avant que Paddy n’oriente les débats vers New Orleans. Cet elpee de bonne facture s’achève par "The world is getting smaller everyday". Chanté de très belle manière par Eddie Martin, l’univers y est plus acoustique, proche du Delta blues. Le piano peut s’y libérer une dernière fois en compagnie de l’harmonica et de la guitare acoustique de Robbie McIntosh. Paddy Milner soigne les derniers détails de son nouvel album, qui sera produit par Pete Brown. J’attends cet opus avec impatience !

 

Mama´s Boys

Chicken & Waffles

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Le nouvel opus de ce quartet issu de Long Beach, à Los Angeles, était très attendu. Il s'agit déjà du troisième ! De son véritable nom Mastrogiovanni, le chanteur/harmoniciste Johnny Mastro en est le leader. Il est épaulé par Dave Melton à la guitare et à la slide, Jeff ‘Slick Daddy’ Henry à la basse, Jim Godall aux drums et, en renfort, par le redoutable Kirk Fletcher à la guitare rythmique. Noir de peau, ce musicien est un grand spécialiste du style West Coast jump.

Les Mamas démarrent en force par "You'd better be sure". Nous sommes déjà sous l'emprise du guitariste Dave Melton. Omniprésent derrière la voix de Johnny Mastro, il prend d'entrée un solo redoutable. Le son des cordes est excellent. La complicité entre les deux solistes est de tous les instants. "Don't cry mama" reste dans le tempo. La voix nasillarde et persuasive de Mastro dirige une machine à rythme redoutable. L'étau n'est pas prêt à se desserrer. Melton empoigne sa slide et découpe le riff bien connu d'Elmore James pour exécuter "Coming home" (du même Elmore), un exercice au cours duquel la section rythmique tient bien le cap. Lorsque les Mamas décident d'enterrer la hache de guerre, c'est pour s'enfoncer dans les swamps louisianais. A l'instar de "Too tight". Mais l'interlude est de courte durée, car le tempo reprend vigueur dès "Shake 'em on down". L'atmosphère se fait proche de Lester Butler. Un des grands favoris de Johnny, il faut le souligner. Mastro joue de l'instrument chromatique sur l'instrumental "Chicken & waffles". Assez doux, ce fragment est abordé dans l'esprit purement West Coast, tout en adressant un clin d'œil à William Clarke. Les échanges opérés avec Melton sont très réussis. Signé Guitar Slim, "Something to remember you by" nous replonge dans la quiétude de la Louisiane. Les Mamas attaquent ensuite le classique de Little Walter, "Come back baby". Mastro y démontre que son influence majeure est bien l'enfant surdoué du Chicago blues des 50s, Walter Jacobs. Il n'est pas le seul à le reconnaître, il faut l'avouer. Nerveuse, teigneuse à souhait, "Drink" évolue toujours dans l'esprit du même Little Walter. Une des meilleures plages de l'elpee, c'est une certitude ! "One day" persiste dans un style très Chicago, proche du grand Howlin' Wolf. L'harmo continue d'y cracher des flammes. Les "fils à Maman" sont idéalement parés pour la pratique du boogie. Leur "Baby boy's boogie" correspond parfaitement à ce profil. Le chant de Mastro vit sa musique intensément, mais Melton ne peut attendre pour sortir du rang. En écoutant ce fragment le plus fort possible, vous avez l'impression de faire face au groupe! "Blues for the late summer" est un très long blues lent, réminiscent de George Smith. Johnny est préposé au chromatique. Kirk Fletcher est passé à l'avant-plan pour délivrer le dernier solo de cordes sur cet opus. Un travail remarquable, tout en sensibilité, ponctué par une montée en puissance impressionnante. Bonus track, l'excellent "Howl all night" permet une dernière fois aux deux solistes de briller. Bien que légèrement moins percutant que "Pinch that snake", son précédent elpee, "Chicken & Waffles" reste au-dessus de la norme…

Mandragora Scream

A Whisper of Dew

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Les groupes italiens de goth metal ne sont pas légion ! Dans un registre proche d’All About Eve, l'esprit Cradle of Filth en bonus, Mandragora Scream balade l'auditeur dans un monde peuplé de vampires, de déesses, d'elfes et de fées. Dark, mélancolique et romantique sont les adjectifs qui correspondent le mieux à l'atmosphère dégagée par cet album déconseillé aux fans de Napalm Death ou de Morbid Angel. Idéale pour faire la sieste dans une chambre d'hôtel aménagée dans un manoir écossais, l'œuvre séduira les amateurs de roses noires et de crucifix. Les vocalises de Morgan Lacroix (NDR : cela ne s'invente pas) glaceront le sang de ceux qui ont craqué sur les délires de Diamanda Galas ou sur les mélodies éthérées de Flowing Tears, et inviteront les autres à appuyer sur la touche "stop" du lecteur CD. Uniquement pour public averti !

Mangala Vallis

The Book of Dreams

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A première écoute, on a l'impression de participer à un jeu de piste. En effet, après une courte plage d'ouverture purement atmosphérique, l'intro du second morceau évoque furieusement Yes pour la structure musicale et la basse Rickenbaker, et Spock's Beard pour le chant. Le troisième morceau plagie sans complexe la rythmique d''I know what I like' de Genesis; tandis que le chanteur qui intervient à partir de la quatrième plage nous fait son Fish/Peter Gabriel. La cinquième plage n'est pas sans parenté avec 'Icarus Ascending', chanté par Richie Havens en finale du second album de Steve Hackett ( Please don't touch !). Et la suite est à l'avenant : tour à tour, 'The Book of Dreams' rappelle l'un ou l'autre 'Prog Heroe', essentiellement de la première génération. L'incroyable, en fait, c'est que, même si on est un peu allergique aux groupes-clones ( c'est mon cas ), on se prend très vite à vraiment aimer ce CD. Les raisons sont multiples. D'abord, ses prestigieuses références, souvent sources de malaise pour l'auditeur dans le cas de jeunes groupes, sont tellement évidentes, voire revendiquées, qu'elles font figure ici de clins d'œil. Ensuite, elles sont très bien intégrées dans une musique globalement assez personnalisée (bien que sentant bon les seventies ) et inspirée. Enfin, elles sont très bien servies par des musiciens chevronnés, enthousiastes, très nettement amoureux de leur sujet et capables de pondre des mélodies à la fois complexes et immédiatement mémorisables. Ainsi, on est plus tenté de parler d ' hommage ( surtout à Genesis , en définitive ) que de pillage. Avec en prime une fluidité exemplaire et ce petit je ne sais quoi d'irrésistible qui caractérise souvent les groupes italiens. Le CD est sensé évoquer l'œuvre de Jules Vernes; mais musicalement, cela ne saute pas vraiment aux oreilles. Si on arrive à surmonter ses réserves initiales, ce CD s'avère finalement être une des révélations les plus intéressantes de l'année. Il nous reste à espérer que pour leur seconde réalisation, ces messieurs auront coupé le cordon ombilical et nous livreront une œuvre totalement personnelle. S'ils y arrivent, cela risque d 'être géant.

Manitoba

Up In Flames

Dan Snaith aurait-il pété un câble ? Alors qu'on croyait le jeune Canadien féru d'électronica coriace (" Start Breaking My Heart ", son premier album), le voilà qu'il nous revient déguisé en vieux beatnik post-Summer of Love, avec 10 nouveaux morceaux au psychédélisme tranquille. D'entrée, ces percussions, ces guitares, cette voix éthérée à la Jason Pierce : nous voilà bien de retour en pleines années soixante, à l'époque ou Syd Barrett avait encore toute sa tête et Robert Wyatt ses deux jambes. " Skunks " et " Hendrix With KO " (déjà les titres…) continuent d'ailleurs sur cette lancée hippie : trompettes, harpe, flûte, chœurs chabadabada,… Avec quand même une touche de synthé et de breakbeats, parce que Snaith travaille avant tout sur laptop (tant pis pour les puristes). Un peu comme si Love avait découvert l'ecstasy en 1969 et s'était mis à faire du Can avant l'heure. La suite nous plonge encore dans le passé, mais toujours avec ces touches d'électronique qui font la différence. Batterie, violon, tromblon, harmonium, bruits d'oiseaux et de verre qui se brise, voix en canons,… Manitoba revisite avec bonheur ces belles années de franche défonce, en compagnie des fantômes de Sun Ra et des Grateful Dead. Pareil voyage à travers les Portes de la Perception ne nous était plus arrivé depuis le " Ladies and Gentleman … " de Spiritualized… Bienvenue, avec " Up In Flames ", dans la quatrième dimension.