Les idoles de Yungblud…

Sur « Idols », Yungblud franchit un cap et affirme son identité musicale avec force. Toujours porté par une énergie brute et une notoriété en pleine ascension, le chanteur britannique livre un troisième album studio aussi puissant que varié. Dès « Hello,…

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El-P

Fantastic Damage

Pour son premier album solo, l'ex-Company Flow s'est entouré de la crème de l'avant-hop, celle-là même qu'il produit sur son excellent label Def Jux. Aesop Rock, Vast Aire de Cannibal Ox, Mr Lif et bien d'autres représentent en effet cette nouvelle mouvance de hip-hop, avant-gardiste et difficile, à l'origine de secousses telluriques sans précédent dans le monde aseptisé du rap américain. De déflagrations soniques en concassages industriels de beats salaces, le rap savant d'El-P n'est donc pas fait pour les douillets d'oreilles : l'écouter, c'est craindre de voir ses repères chamboulés, son confort auditif mis à mal… Mais au bout de ce fantastique voyage en eaux troubles surgit un nouveau sentiment, celui d'avoir participé à une révolution, celle du on, du flow, du rap, de la musique. Bien des efforts sont à accomplir avant d'apprécier ce disque à sa juste valeur, mais une fois ses secrets dévoilés, c'est avec certitude qu'on se dit tenir là une nouvelle pierre angulaire du hip hop, rien que çà. " Fantastic Damage "… Jamais titre n'avait été si révélateur.

 

Missy Elliott

Under Construction

L'année passée déjà, Missy Elliott avait cassé la baraque avec un album grandiose, " So Addictive " : 2002, Missy enfonce le clou. Avec Timbaland (toujours) aux manettes, Missy confirme son statut de reine du hip hop en continuant son défrichage tout terrain. Sans cesse en avance sur son temps, elle n'en oublie pas pour autant de nous faire danser : après l'énorme " Get Ur Freak On ", voilà " Work It ", et bien d'autres … Mais comment fait-elle ?

 

 

The Electric Soft Parade

Holes in the wall

Écrit par

J'ignore où la presse spécialisée ( ?!?!?) a pu comptabiliser cinq albums au crédit de ce tout jeune groupe de Brighton (NDR : le plus âgé doit aujourd'hui avoir 21 ans !) ; car ce " Holes in the wall " constitue son premier opus. A ce jour, la formation a donc commis trois doubles singles, deux singles et un elpee. Point. Drivé par les frères White (Tom, le drummer responsable de la composition de la plupart des chansons et Alex, le guitariste/chanteur), The Electric Soft Parade a bénéficié de la collaboration de Chris Hughes et de Mark Frith (Gay Dad, Tom Mc Ray), à la coproduction de cet opus. Un disque dont les chansons trempent dans la britpop. Et le plus souvent dans l'esprit des Boo Radleys ou d'Ash. Douze fragments qui oscillent du plus pétillant, juvénile, électrique, au plus tendre, mélancolique. Le tout subrepticement teinté d'un léger voile de psychédélisme. Le seul hic, c'est que parfois on a l'impression que les mélodies sont calquées dans le même moule. Il y a bien quelques exceptions. Et en particulier le fulgurant " Start again ", célébrant une hypothétique rencontre entre Air et Weezer, le récréatif " Empty at the end " (Supergrass ?), l'énergique " There's a silent ", sorte de Blur ayant opté pur un tempo new wave, le vindicatif, rageur, " Why do you try so hard to hate me " et le final 'lennonesque' " Red balloon for me ". Sans quoi, ce morceau de plastique devrait plaire à celles et ceux qui attendent impatiemment le retour de Marion, Mansun, Geneva et consorts…

 

EC

Ici (Ep)

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Eric Thomas a écrit ses premières chansons dans une grange avec une guitare, un sampler et un walkman. Son bricolage minimaliste lui a quand même permis d'adapter des musiques de film, des bandes-sons pour le théâtre… Il a rencontré le batteur Nicolas Courret. Ensemble, ils ont affronté des festivals de rock, des premières parties (Noir Désir), etc. Textes surréalistes et rock minimaliste ont dû surprendre quelques audiences. Y a-t-il là une voie à suivre ? Je reste en tout cas dubitatif face à l'univers très étrange d'EC. Ce qui ne m'empêche pas de saluer l'audace du choix de la formule du duo guitare-batterie et d'espérer que des innovations captivantes en sortiront.

 

The Damnations (USA)

Where it lands

Écrit par

Fondé en 1997 par les deux sœurs (!?!?!) Amy Boone et Deborah Kelly, ce duo texan (Austin) est passé à un trio depuis l'arrivée du guitariste Rob Bernard. " Where it lands " constitue leur troisième album. Un disque découpé en 11 morceaux qui marque une nette évolution par rapport aux précédents opus. Bien qu'observant les règles fondamentales de la country, le combo adopte un certain profil pop et même parfois rock (" New Hope Cemetery "). Le temps d'un fragment, The Damnations peuvent même nous rappeler Belly ; mais l'instant suivant ils me font penser à Babes in Toyland. Allez donc vous y retrouver ! Leur rock particulièrement éclectique et versatile reste relativement agréable à écouter grâce, justement, aux différences de rythme imposées à chacune de leurs chansons. Les Damnations composent et interprètent toutes leurs chansons. Ce sont des artistes et non pas des adolescents pré-pubères en mal d'alphabétisation (NDR : pensez aux marionnettes de Star Academy, pour ne citer qu'eux). Le trio fait preuve d'un goût musical certain. La créativité est omniprésente. Enfin, l'échange opéré entre la voix d'Amy Boone et de Rob Bernard est un atout supplémentaire, qui confère à l'opus une touche particulièrement joyeuse...

Damon & Naomi

Song to the siren : Live in San Sebastian

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A cours de l'an 2000, Naomi Yang et Damon Krukowski avaient collaboré avec la formation japonaise de psyché folk, Ghost. Une collaboration qui avait débouché sur la confection d'un album intitulé tout simplement " Damon and Naomi with Ghost ". A l'issue des sessions d'enregistrement, le duo est parti en tournée, emmenant pour la circonstance le guitariste du groupe nippon, Michio Kurihara. Un périple qui a transité par San Sebastian, en Espagne ; ville plébiscitée par le trio pour immortaliser cet événement. Les onze fragments de cette plaque sont issus de leurs trois premiers elpees. Une œuvre qui baigne au sein d'une solution sonore atmosphérique, mélancolique, alternant climats visionnaires, contemplatifs, lysergiques, cotonneux, fruit d'un mélange chatoyant entre cordes de guitares acoustique et électrique (NDR : torturées par de multiples effets de pédales), mélange purifié par les superbes et délicates harmonies vocales échangées entre les deux ex Galaxie 500. Des harmonies qui atteignent même parfois la magie d'un duo célèbre : Simon & Garfunkel. Un seul bémol, le ton parfois qui se plait dans la nonchalance. Une carence heureusement gommée dès que l'intensité électrique se fait plus présente. N'empêche, cet opus est largement au-dessus de la moyenne !

 

The Datsuns

The Datsuns

Ca démarre en trombe : " Sittin' Pretty " et sa horde de riffs seventies, plus proche des délires à trois accords d'Angus Young et des Flaming Groovies que des fanfaronnades glam/prog de Yes, Sweet et consorts. " Like A Motherfucker From Hell ", hurle Dolf sur le titre suivant, un tempo méchant placardé à du 100 à l'heure sur sa voix de jeune fou aux dents longues. Les Datsuns nous viennent de Nouvelle-Zélande, comme leurs collègues de D4, auteurs eux-mêmes d'un " Rocknroll Motherfucker " d'anthologie sur leur premier album, " 6Twenty ". Le ton, chez nos amis Kiwis, est donc à la franche déconnade, aux poses " air guitar ", aux jappements sexy sous la lune, au volant d'une grosse cylindrée filant à toute allure avec du bon vieux rock à fond sur l'auto-radio (de Deep Purple au Pixies). Sans doute que les Datsuns ne sont pas frères, comme les Ramones, au contraire d'AC/DC : pourtant, l'ombre du groupe australien plane avec insistance sur ce premier album (" Sittin' Pretty ", " What Would I Know "), comme quoi c'est dans les vielles casseroles qu'on fait les meilleures soupes. Parfois, le gang burné des Datsuns se la joue plus en douceur, lorgnant dès lors du côté d'un rock garage plus sautillant (" Harmonic Generator " et " In Love ", sortes de L7 avec plus de phéromones mâles, et " Lady ", plutôt JSBX). Retour vers le futur, donc… Encore une fois. Mais que restera-t-il de ces Kiwis pressés comme des citrons une fois l'orage rock'n'roll passé et que tout sera rentré dans l'ordre ? Pas grand chose, sans doute, mais comme disaient les Who (et les Datsuns doivent le savoir mieux que personne) : " I hope I die before I get old ".

 

Michael de Jong

Last Chance Romance…

Surtout ne pas se fier à la pochette : il ne s'agit pas d'un énième volume des compiles pépères " Rock'mantique ", mais bien d'un album de country-folk-blues de haute volée. De fait, Michael De Jong n'est pas un manchot à la guitare acoustique : aux côtés de John Lee Hooker, d'Albert King ou de Jimmy Reed, il a fait des merveilles. Le voilà cette fois-ci en pleine lumière, avec un nouvel album solo (son septième), découpé en ballades miraculeuses, qu'on pourrait imaginer nées d'une rencontre entre Bruce Springsteen et Bob Dylan. Et la lumière fût, donc… A en croire ce que raconte le guitariste-chanteur (et les photos du livret), c'est une femme qui nous vaut tant de douceur dans les mélodies, d'apaisement dans les accords, égrenés calmement comme une caresse, un premier flirt. Michael De Jong serait-il tombé amoureux de cette jeune fille qui lui tient la main sur la pochette ? Sans doute, comme il l'explique au dos : cette femme, ce visage d'ange (" Angel Face Revisited "), incarne sa nouvelle muse… A l'entendre chanter, la voix plein d'amour et de tendresse, des morceaux comme " Imaginary Conversation " ou " Secret Place ", on ne peut que le féliciter d'avoir trouvé l'âme sœur. Puisse ces deux-là filer une parfaite (Last Chance) romance, pour que De Jong continue, encore longtemps, à nous livrer des albums de cette qualité.

 

Chris de Luca and Peabird

Deadly Wiz Da Disko

‘Ladies and gentlemen, this is 100 % pure disko shit’… mais du disco malade, réactif, plongé dans un bain d'acid(e) et ressorti la chair en lambeaux, la colonne vertébrale à peine épargnée. Rien d'étonnant quand on connaît l'instigateur de ce projet : Chris de Luca, du duo électro Funkstörung, accompagné du rappeur Peabird. A eux deux, ils refont le portrait au hip hop trop bagout, tabassent les beats réchauffés du rap le plus mainstream (l'infâme Puff) à coups de laptop destructeur (l'album de Funkstörung ne portait-il pas d'ailleurs le joli titre d'" Appetite For Disctruction " ?). En faisant se caramboler beats syncopés et flows revanchards, Chris de Luca développe une formule qu'il avait déjà expérimentée en remixant le Wu-Tang Clan sur " Additional Productions ", l'album de remixes de Funkstörung. Rien n'est donc laissé au hasard, comme ce duo avec Beans d'Anti-Pop Consortium, groupe hip hop dont la marque de fabrique, justement, est de mélanger BPMs warpiens et rap décomplexé. De l'avant-hop, comme on dit, dont les fers de lance sont les labels Def Jux, Anticon, Big Dada (sous-label de Ninje Tune) et Lex (sous-label de Warp). Fans d'électro, de rap ? Ecoutez ce disque, brillant. Parce que le rap est de la musique électronique (ou inversement). Parce que jamais les frontières entre les deux genres n'ont été aussi floues. Parce que c'est aux volants des Rolls pleines de pépettes qu'on retrouve les défricheurs d'aujourd'hui et de demain, à la fois populaires et innovateurs (Dr Dre, Timbaland, les Neptunes). Parce que " c'est d'la bombe, bébé ". Certes, Chris de Luca ne fait pas tout à fait partie du même monde que ces joyeux drilles, mais quand même : tous ensemble, ils participent finalement au déclenchement d'une nouvelle secousse sismique au sein des musiques populaires, entre avant-garde et populisme. " Pure Disko Shit ", qu'on vous dit !

 

Jan De Vos

La clef du mystère

Écrit par

Le bon vieux rythm'n'blues, ça ne s'accorde pas au français, dit-on. Et pourtant, le Flamand Jan De Vos a choisi notre langue pour assouvir sa passion musicale. Pourquoi cette idée saugrenue ? Parce que le groupe Bijou, dont il est un indécrottable fan, lui a démontré il y a vingt-cinq ans maintenant que cette méthode pouvait être redoutablement efficace. Pour être à la hauteur de son modèle, le chanteur brugeois a confié l'écriture et la réalisation de son album à Jean-William Thoury, autrefois parolier et producteur de Bijou. Ce qui explique les quelques références aux Kinks, à Marcel Proust ou à Sœur sourire. Jan De Vos, qui s'était déjà illustré chez les groupes flamands The Machines et Derek and the Dirt, reste fidèle au rock carré, bien ficelé et jamais méchant qui atteint son sommet chez le très accrocheur " Adulte et consentant ". Cela dit, en dépit de ces belles lignes d'orgue hammond qui soulignent la plupart des chansons, l'ensemble ne décolle pas vraiment. Si " La clef du mystère " fait parfois penser à Nino Ferrer, cela reste nettement moins drôle et moins surprenant que chez le père des " Cornichons ". La musique de Jan De Vos s'apprécie sans doute mieux en live dans un bistrot, avec une petite mousse à la main, que confortablement assis dans son salon.

 

Dead Man Ray

Cago

Après " Berchem " et " Trap ", deux albums de rock malin aux ambiances crépusculaires, Dead Man Ray enfonce le clou à travers ce " Cago " tout en finesse, travaillé au corps par des guitares revêches mais jamais plombantes. Les décharges électriques canalisées par les doigts experts du grand Steve Albini (Pixies, Nirvana, McLusky, JSBX,…), c'est vers de sombres (et somptueux) paysages américains, blues et beatnik, que nous emmène le groupe. Direction : Chicago, terre d'accueil de ces Géo Trouve(é)tout du rock belge, avec dans les bagages cette constante envie de détourner les genres, de dévergonder les refrains, de maltraiter les stéréotypes qu'on colle si facilement à nos artistes maison, ambassadeurs forcés de cette belgitude chic qui se doit sans cesse d'allier surréalisme et humilité, désinvolture et ténacité. Résultat : " Cago " quitte les vastes plaines de notre plat pays pour s'envoler vers les cimes, où se côtoient Captain Beefheart et le Velvet Underground, Bukowski et Johnny Cash. Avec " Landslide " en ouverture de ce rodéo électrique au pays de l'Oncle Sam, c'est déjà la plénitude, le dépaysement, le choc des grandes étendues : splendide chanson de voyage, comme l'étaient déjà " Beegee " et " Brenner ", " Landslide " nous conduit plein tube " Sur la route " qui traverse l'Amérique, pays de fantasme de nos dignitaires anversois. Tout comme ce " Blue Volkswagen 10.10 AM ", encore une chanson de bitume, au cours de laquelle le poète beatnik Ken Nordine récite des litanies sur un fond free-jazz-rock déliquescent. Le reste brille lui aussi de mille feux (de brouillard) : " les excellents " Need " et " A Single Thing ", le lancinant " Short Terms Investments " (ce titre !), etc. En 10 escales sur les terres blues-rock de l'Amérique de General Motors, du cowboy Marlboro (Bobbejaan Schoepen n'est pas loin…) et des films de Hal Hartley, Dead Man Ray nous en met plein la vue et les oreilles. Excellent !

 

Death In Vegas

Scorpio Rising

Le dard tournoyant au milieu d'une tempête de riffs et de beats féroces, ce " Scorpio Rising " terrasse l'auditeur dès les premières notes, avec un diptyque sans repentir : " Leather " et " Girls ", cène SM avec Jésus en perfecto et les 12 Apôtres en Chevaliers de l'Apocalypse. A la suite, une complainte electroklash qui étouffe nos tympans et tourmente nos béquilles, " Hands Around My Throat ", chanté d'une gorge profonde et glacée par une Nicola Kuperus (du groupe Adult) en pilotage érotico-automatique. Tapi dans l'ombre du rock le plus tourmenté et de l'électro la plus crade, Death In Vegas sonne une fois pour toutes le glas du big beat festif et de la pop inoffensive, joue avec nos nerfs et nos zones érogènes. D'autres renforts, Liam Gallagher et Paul Weller, rock-stars échappées du business circus, se la jouent sans fards et sans pétards, l'arrogance en berne et la voix enfin révélée. " Scorpio Rising " érigée meilleure chanson d'Oasis, et " So You Say You Lost Your Baby " meilleure reprise mod d'un standard de Gene Clark (The Byrds), c'est l'Union Jack qui claque avec panache dans le ciel maussade du rock anglais. Reste Hope Sandoval pour calmer les ardeurs de ces " Easy Riders " à califourchon sur les BPMs, avec deux slows à la gloire de Ravi Shankar, " Killing Smile " (banjo et violons sur fond Bollywood) et " Help Yourself " (ou " Private Psychedelic Reel " corrigé à l'encens hindou et aux effluves stoogiennes). Avec " Scorpio Rising ", Tim Holmes et Richard Fearless planent au-dessus de la mêlée. Et de leur position en apesanteur, c'est le futur du rock qu'on aperçoit à l'horizon.

 

Vincent Delerm

Vincent Delerm

Écrit par

Voilà la révélation de l'année. Vincent Delerm nous balance 10 chansons, d'écriture et d'orchestration très classiques, mais qui sont autant d'étonnants exercices de style. Des exercices pratiquement toujours réussis avec la grande distinction, ça va de soi. Delerm possède un fameux réservoir d'idées saugrenues pour écrire un texte. Et le tour de force, c'est de tenir de telles idées sans essoufflement sur la longueur d'une chanson. La plus géniale, pour moi, est " La vipère du Gabon ", une irrésistible visite au zoo pendant laquelle une jeune fille annonce qu'elle attend des jumeaux. Mais il peut aussi raconter une rupture tout en lisant Cosmopolitan. Vincent Delerm, chéri des auditeurs de France Inter et des fans de Thomas Fersen (les deux catégories se recoupent sans doute), n'a pas son pareil pour décrire des personnages avec des références de la vie de tous les jours, aussi pertinentes que savoureuses. Ah, ces gens bien qui " regardent les soirées spéciales Joe Dassin en se disant, la vaisselle on la fera demain " (" Tes parents "). Delerm ne cache pas ses références culturelles : ce sera " Fanny Ardant et moi ", " Deauville sans Trintignant " et cet incroyable récit des pièces et des soirées les moins réussies du festival d'Avignon (" Le monologue shakespearien ").

 

The Delgados

Hate

Écrit par

Après avoir commis trois elpees taillés dans le folk pop visionnaire, les Delgados ont été invités à réaliser la bande sonore d'un film documentaire consacré à l'œuvre de l'artiste iconoclaste Joe Coleman. Un travail, au départ, assez décousu, que Dave Fridman (Flaming Lips, Mercury Rev) est parvenu à refondre par une mise en forme splendide. Un mélange de beauté et de mélancolie qui s'est concrétisé sur l'album " The great eastern ". C'est dans le même esprit que le quatuor a décidé d'enregistrer " Hate ". Mais en faisant, tout d'abord, appel à l'ingénieur du son Tony Doogan, considéré aujourd'hui un peu comme le cinquième membre du groupe. Et pour mettre la touche finale, les bandes ont été judicieusement retouchées par… maître Fridman en personne ; qui en assure, en outre, la production. Résultat des courses, l'univers sonore imaginé par les Delgados, tout au long de " Hate ", n'a jamais été aussi proche de celui des Lips ou du Rev. L'instrumentation basique se fond ainsi à merveille dans les arrangements et les orchestrations de cordes, parfois enrichies de chœurs. Somptueuse, cinématique, la musique glisse comme une rivière qui charrie des sentiments de douleur, d'esthétisme et de mélancolie, des sentiments alimentés par les contes ténébreux et bouleversants d'Emma Pollock et d'Alun Woodward, des contes qu'ils chantent de leurs timbres tellement fragiles et vaporeux ! Un bien bel album !

 

Delta Jukes

Working for the blues

Écrit par

Direction le Delta du Mississippi, pour y retrouver trois musiciens. Sam Carr, tout d'abord. Fils du légendaire Robert Nighthawk, ce batteur a joué durant quarante ans auprès du regretté Frank Frost ; et principalement chez les Jelly Roll Kings. John Weston, ensuite. Originaire de l'Arkansas, ce compositeur/harmoniciste a enregistré pour Fat Possum. Dave Riley, enfin. Le 3ème maillon des Delta Jukes. Un guitariste qui partage son temps entre Helena et Chicago où il fut le bassiste régulier de Byther Smith.

Fred James a donc réuni nos trois compères au sein d'un studio d'Helena, en Arkansas. En compagnie de tels musiciens, on ne peut que vivre au cœur du blues. Celui du Mississippi et de ses multiples juke joints. Cela s'entend dès les premiers accords concédés par la guitare de Dave Riley et la rythmique de Fred James, l'homme de Nashville. Sur ce riff, si chaud au cœur de Muddy Waters, la voix de Riley est autoritaire. Simple mais tellement efficace "I'm overdue" est une excellente entrée en matière. Le tempo s'accélère dès "Shopping for my baby". John Weston chante de sa voix de ténor. L'harmonica se détache du fond sonore. Sam Carr martèle ses peaux comme un possédé. Riley vient chanter son "Play the game" ; et sa guitare, en l'espace de quelques notes, situe bien le blues à ras de terre qu'il pratique. Riley et Weston ont décidé d'intervenir au micro à tour de rôle. C'est donc à ce dernier qu'il revient de chanter son "Just once more". Il le chante avec retenue, dans un style fort proche de Charlie Musselwhite. Ce timbre de voix, il y revient plus tard sur le rythmé "A trade was made". Une compo particulièrement inspirée par Jimmy Reed. Ecrit par Reed, "Come here baby" évolue sur un tempo plus lent. Riley le chante très puissamment. Du vécu ! Pour polir le son, Fred James se partage différents instruments, et notamment la basse et le piano. Ce qui n'est pas forcément une bonne idée ; car chez ce trio de musiciens du Mississippi, les percussions de Carr ne demandent pas d'être adoucies. Le trip de ces gars, c'est le blues. Celui qu'on appelle le downhome blues. Comme lorsque Weston chante "To love is blues". Ou le blues sale et primaire dans l'approche. A l'instar de Riley sur "Voodoo woman, voodoo man". Cet opus n'est sans doute pas de première nécessité, mais il demeure agréable à l'écoute ; et puis, il faut avouer que Weston et Riley sont aussi de bien redoutables vocalistes...

 

Delta Roux

Only a fool

Écrit par

Formation de Texas roots & blues, Delta Roux commence tout doucement à se forger une solide réputation en Europe. Le line up est constitué d'Harry Bodine aux guitares et de Michael Milligan au chant. Un duo qui peut compter sur une section rythmique composée de John Main à la basse, et de Matt Ryan aux drums. "Bad wind blowin", leur premier elpee, est sorti en 2000. Leur musique est essentiellement le fruit de la rencontre entre le guitariste blanc, qui nous vient de New York City et qui reconnaît pour influence majeure Duane Allman, et du chanteur noir, natif du Texas.

"Before I go" ouvre l'opus. Le son sent bon le Sud. Il est riche et dense. Bodine se partage la National steel et la slide. La voix de Mulligan s'exprime parfaitement dans ce style trempé. Une voix naturellement puissante qui se fond naturellement dans l'atmosphère développée par ses collègues musiciens et tout particulièrement, bien entendu, par la batterie de cordes employées par Harry. "Only a fool" s'enfonce dans le Delta. L'amplification refléte la force rythmique de l'ensemble. Cette musique relaxante aime volontiers flemmarder. A l'instar de "Walk with the devil". Harry nous rappelle alors au passage des artistes tels que Sonny Landreth et John Mooney. Lorsqu'elle turbine à plein rendement, l'alchimie du quartet peut atteindre un niveau très élevé. Evoquant même ce superbe band qui répondait au nom de Little Feat. Le funk naturel et électrique se dégage tout en lorgnant vers le grand Lowell George. C'est tout à fait évident chez "The answer". L'apport d'une section rythmique permanente peut se mesurer dans la profondeur du son. Comme sur "No one can forgive me but my baby". La seule reprise de l'album, signée par un certain Tom Waits! Au détour du riff de base du funky "Can't keep comin' back", nous avons le bonheur et le ravissement de retrouver le talentueux harmoniciste local Gary Primich. Il se montre ici à la hauteur de sa réputation. "Three wishes" est une toute bonne composition. La puissance rythmique permet de nouveau à une slide largement amplifiée de décoller au sein d'un climat sourd et dramatique. Du bel ouvrage! "Where did you get your love" nous entraîne dans les rues de la Nouvelle Orleans. Le chant joyeux est renforcé par la slide, toujours aussi proche de celle de Lowell George. "Without love" est une jolie ballade bien relaxante. La participation de Bodine aux cordes est déterminante. Il nous réserve encore une excellente intervention, digne d'Albert King, sur le funky "Lucinda blues". Un bon album qui s'achève par le cool et atmosphérique "Walk a mile".

 

Desaparecidos

Read music / Speak spanish

Écrit par

Au sein de ce projet, on retrouve Conor Oberst, l'homme à tout faire de Bright Eyes et Denver Dalley, le leader d'Omaha. Un quintette au sein duquel les deux personnages ont conjugué leurs efforts pour assurer la composition des dix fragments. Des compositions aux lyrics très engagés, posant des réflexions sur la société américaine. Leur mode de vie, les méfaits du capitalisme, la destruction de la nature, le consumérisme et même les institutions du mariage. " The happiest place on earth " a même alimenté la controverse. Prémonitoire, puisque écrite avant le 11 septembre 2001, cette composition fait un constat effrayant des conséquences de la guerre moderne (" Il y avait ici une ville, et aujourd'hui, il n'y a plus rien… ") Côté musical, l'opus débute sur un mode intimiste, confessionnel, avant de prendre progressivement du corps. La voix sinueuse, désillusionnée, frustrée d'Oberst zigzague alors entre les mélodies, un peu à la manière de Stephen Malkmus, lorsqu'il sévissait encore chez Pavement. Pas question de lo-fi, cependant. La texture instrumentale est beaucoup trop riche. Alimentée par des riffs de guitare crépitants, malsains, plombée par la ligne de basse implacable, infiltrée de claviers vaporeux et pourchassée de drums prémédités, elle libère une intensité à la fois ténébreuse et tumultueuse, tout en contribuant à la mise en place d'un sens mélodique savoureusement décalé. Du grand art !

 

Desert Hearts

Let´s get worse

Écrit par

Le spectre de Ian Curtis plane tout au long de cet elpee, ou plus exactement celui de Joy Division. Ce qui revient au même puisque feu Curtis était le chanteur de cette formation mythique. Pourtant Desert Hearts ne nous vient pas de Manchester, mais de Belfast. Un trio qui peut compter sur deux vocalistes. Qui ne possèdent pas de voix exceptionnelles, mais dont les timbres languissants sont très complémentaires. " Let's get worse " est donc hanté par la cold wave. Et les drums lugubres, légèrement reverb ainsi que la basse entêtante, lourde, alimentent cette atmosphère claustrophobe. Mais cette cold wave est syncopée, découpée dans les riffs de guitare torturés, angulaires, fiévreux, parfois même velvetiens voire mybloodyvalentinesques. Et ce n'est pas la présence ponctuelle d'un piano ou d'un dobro qui y change quelque chose. Pourtant, lorsque la musique prend une forme plus lo fi, c'est plutôt aux Palace Brothers qu'on se met à penser. Pas tout à fait étonnant, lorsqu'on sait que Will Oldham est un type aussi marrant que ne l'était Curtis. En moins suicidaire, il est vrai. En fin de parcours, le groupe nous propose une dimension quelque peu différente de son horizon sonore. Plus prog. A l'instar de " No more art ". Toujours aussi ténébreux, mais davantage contemporain, proche de Placebo, chez " A new end ". Bref, si on ne rigole pas souvent, à l'écoute de cette œuvre, elle a le mérite de libérer une dose d'émotion et d'intensité suffisantes pour nous flanquer le spleen…

 

Diamond Dogs

Too much is always better than not enough

Écrit par

Auteur d'un mini album six titres l'an dernier, cet ensemble suédois nous revient avec un nouvel opus. Un disque toujours aussi marqué par le rock boogie généreux et débraillé pratiqué par les Faces et les Stones, à la fin de sixties et au début des seventies. Mais également par le rythm'n blues des Animals. Surtout lorsque la formation embrasse ( !?!?!) deS slows langoureux, trempés dans les claviers spumeux. Le disque concède également du rock'n roll échevelé. Deux fragments caractérisés par ce piano qui roule et ce rythme qui rocke. A l'instar du cuivré " Charity song " et de l'irrésistible " Bound to ravage ", qui aurait pu naître d'une rencontre hypothétique entre Chuck Bery et Status Quo. Mais la meilleure surprise de l'opus nous vient de " The one's to my lady ", une compo de heavy folk, abordée dans l'esprit du volume III de Led Zeppelin. Dommage que les Diamond Dogs ne se montrent pas plus souvent inspirés que sur ce titre. Car le reste manque singulièrement de pêche et de groove. Un peu comme lorsque Rod Stewart s'était mis à exploiter un peu trop commercialement la veine soul. L'histoire est un éternel recommencement…

 

Digger

Keystone

Écrit par

Digger, épisode III : la menace des clones. Il y a bien longtemps, l'occasion m'a été offerte de dire tout l'émoi suscité à l'écoute d'une plaque de Digger (" Casino Royal "). Et de poursuivre sur cette note d'espoir : l'E.P suivant, " Train wreck ", se clôturait par un morceau acoustique qui augurait, je l'espérais à l'époque, l'abandon de ce punk rock de bas étage. Las, notre quatuor remet les couverts avec la même soupe, se distinguant tout autant de cette pléiade de groupe qu'un carré blanc sur fond blanc. Pire, ils enfoncent le clou, basculant ici du côté obscur de la faiblesse, en tentant d'attraper le train en marche pour tenir ainsi compagnie aux pires exemples de la catégorie, Blink 182 et Sum 41 en tête. La déconnade en moins.

 

The Dillinger Escape Plan and Mike Patton

Irony is a dead scene

Écrit par

Une telle collaboration mérite-t-elle de figurer dans les annales ? A ma gauche, le groupe de ‘néo-hardcore-trash-métal’ le plus brutal et technique de sa catégorie, démolissant tous leurs plus proches prétendants ; à ma droite, l'Homme aux mille visages himself, Patton, le maître de l'ubiquité, semant avec une déconcertante facilité d'impeccables et alléchants projets (NDR : Fantômas, Tomahawk, Mister Bungle, Maldoror et j'en passe…), tandis que d'autres peinent à boucler un minuscule petit maxi. Bref, la dream team, l'équipe de choc. Verdict : il faut que jeunesse se passe. Autrement dit, Patton tire un peu la couverture, laissant le soin à DEP de porter sa voix aux nues (NDR : mais quelle voix quand même !) en abandonnant ainsi toute présence réellement significative, pour transcender cette somme de talents. Double ko, mais des dents de perdues pour nos musiciens. Et sûrement avec le sourire.