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1000 Mona Lisas

New disease

Cinq ans plus tôt, avec une production assurée par Butch Vig, ce "New disease" décrochait la timbale. En 1996, il ne parvient même plus à remuer ce qui nous reste de fange émotionnelle. Ce qui ne veut pas dire que le groupe manque de talent. Simplement, l'essentiel de son répertoire use et abuse de clichés seattlenesques ou de breaks qui n'ont plus de vertigineux que le nom. Heureusement, 1000 Mona Lisas s'est réservé une porte de sortie. Tout d'abord en engageant Geza X (Germs, Dead Kennedys) pour produire ce "New disease". Revenu à l'avant plan depuis sa participation au dernier opus de Magnapop, il y injecte toute sa fureur et sa ferveur dans les fragments taillés dans le punk pur et dur. Empoignant même la râpe sur deux morceaux. Mais le salut de cet opus émane de deux compositions étonnantes. Tout d'abord "Wet", sorte d'Afghan Whigs expurgé de r&b. Et puis surtout "Change & decipher" qui concrétise une rencontre fortuite, mais heureuse, entre la britpop des Whipping boys et le punk gothique de Killing Joke. Même les inflexions vocales sont de la partie. Quant au morceau caché, il a tout simplement du plomb dans l'aile. Motif: il affronte la cover des Wings intitulée "Jet"...
 

 

12 Rounds

Jitter Juice

Si vous ne connaissez pas 12 Rounds, ne vous inquiétez pas. C'est tout à fait normal, puisque ce quintette issu de Londres n'en est qu'à son tout premier album. Et puis la seule promotion médiatique digne de ce nom dont il a pu bénéficier à ce jour se limite à quelques diffusions de son unique clip sur MTV. Mais à des heures impossibles! Dommage, parce que cette formation mérite une toute autre considération. Et ce " Jitter juice " est d'ailleurs un véritable délice musical. Rencontrant les mouvements musicaux féministes les plus marquants de ces dernières années. De l'arrogance de Hole à la frénésie des Babies in Toyland, en passant par le pessimisme de Mazzy Star, la fluidité mélodique et rythmique de Tricky ainsi que le groove menaçant de PJ Harvey. Bref, de quoi ravir tous les amateurs de rock féminin...

 

60ft Dolls

The big 3

A ce jour, nous avions surtout entendu parler de ce groupe à travers ses frasques et ses déclarations incendiaires. Nous étions donc très curieux de voir ce que 60 FT Dolls allait nous réserver sur disque. Finalement, le trio gallois s'en tire plutôt bien. Evidemment, on est loin de ce que la britpop nous réserve pour l'instant. Mais, dans leur style, que la presse spécialisée a déjà baptisé ‘yob rock’ ou ‘mod grunge’, ils font preuve de beaucoup de savoir-faire. En fait, plus concrètement, cette formation est occupée de reprendre la place laissée vacante par le Manic Street Preachers originel, c'est à dire juste avant la sortie de son premier véritable album. Donc punk pop. D'ailleurs, les musiciens de la formation ne se cachent pas reconnaître pour pères spirituels MC5, les Stooges et les Sex Pistols. Dans ces conditions, comment voulez-vous que leur musique ne déborde pas de colère, d'énergie, d'enthousiasme, de sexualité et de rancœur. Punk is not dead!

 

808 State

Don solaris

808 State constitue assurément aujourd'hui ce qui se fait de mieux dans la musique technologique. Fin 89, cette formation avait d'ailleurs commis le prodigieux hymne à la gloire du ‘rave’, "Pacific state". Traçant ainsi la voie à Leftfield et à Orbital. Depuis la bande à Graham Massey cherche continuellement de nouvelles perspectives sonores. Laissant par exemple la porte ouverte aux invités les plus prestigieux. Bernard Summer et Björk avaient ainsi collaboré à l'enregistrement de "Ex: El". Louise Rhodes, vocaliste de Lamb, James Dean Bradfield (Manic Street Preachers) et Mc Doughty (Soul Coughing) ont participé à celui de "Don solaris". Paradoxalement, l'ombre de l'ex-chanteuse des Sugarcubes et du vocaliste du défunt New Order planent encore sur l'une ou l'autre composition. Par exemple lorsque la texture mélodique se laisse bercer capricieusement par les percussions electro-tribales. Ou alors lorsque cette même texture se liquéfie dans la sophistication de la pop. Mais le plus surprenant procède de cet intérêt soudain pour le recyclage de la musique intellectuelle des seventies. Tantôt le jazz cuivré de Weather Report, mais abordé avec l'esprit d'Art of Noise. Et en final, le prog rock d'Emerson Lake & Palmer. Sous sa forme la plus débridée. C'est à dire noyée sous les sonorités diluviennes du moog synthesizer. Evidemment il est toujours nécessaire de replacer cette analyse dans un contexte technologiquement contemporain...

 

Betty Goes Green

Hedonic tone

En 1994, Betty Goes Green enregistrait "Handsome blues". A New-York. Dans les célèbres studios RPM. Sous la houlette du guitariste et coproducteur de Lou Reed, Mike Rathke. Lou et Rob Wasserman avaient même accepté de jouer sur une chanson. La suite des événements allait cependant prendre une tournure tragique. Puisqu'en août de la même année Pieter De Cort perdait son combat contre le cancer... Les autres musiciens ont cependant décidé de ne pas remplacer leur pote et guitariste, mais de continuer sous la forme d'un quatuor. "Hedonic tone", plus modestement enregistré en Belgique, constitue le quatrième elpee de BGG. Si l'ombre de Reed continue à planer sur sa musique, elle partage ici sa portée avec celles de Bowie et d'Iggy Pop. Spectres symptomatiques de la plupart des compositions. Seuls "Curtains" au groove sudiste (Creedence Clearwater Revival? Tony Joe White?), le baroque, lancinant, ‘deusien’ "Don't", et surtout le titre maître - composition truffée de collages, de samplings et autres bidouillages funkysants abordés avec une forte dose d'humour - échappent à cette règle. Mais dans l'ensemble, l'album exhale un parfum velvetien, savoureux, à l'instar du single "Ring ring"...

 

Natalie Merchant

Tigerlily (réédtion)

Réédition du premier album solo de l'ex-chanteuse de 10 000 Maniacs. L'intérêt de cette deuxième sortie procède de la présence des lyrics dans le booklet, lyrics notamment traduits dans la langue de Voltaire. Et puis surtout d'un bonus track de 5 titres. Un remixe de "Jealousy" et quatre covers enregistrées "live", dont une adaptation personnalisée du célèbre "Sympathy for the devil" des Stones. Maintenant si la voix glaciale, monochrome de Natalie collait à la perfection au style des Maniacs, en solo la faiblesse de l'accompagnement musical asphyxie progressivement ce que nous considérions au départ comme d'excellentes dispositions vocales.

 

The Beatles

Anthology II

On ne peut pas dire que nous étions franchement enthousiastes à l'égard du premier volume de cette anthologie consacrée aux Fab Four. Ne la conseillant finalement qu'aux collectionneurs impénitents. Par contre, nous avons toujours estimé que le single "Free as a bird" valait son pesant d'or, nonobstant la recette technologique utilisée et surtout la vague de réprobation manifestée par les médias, particulièrement insulaires. Le deuxième single ne suscitera même pas la polémique. Puisqu'il est franchement nul (NDR : un avis que Jérémy ne partage pas). A se demander s'il n'aurait pas été plus judicieux de le laisser moisir au fond d'un tiroir. Par contre, la double compile mérite un tout autre crédit. Quarante-quatre fragments partagés entre versions inédites, souvent minimalistes, voire originales de classiques tels que "Strawberry Fields Forever", "Penny Lane", "A day in the life", et bien d'autres. Des enregistrements ‘live’ commis au Shea Stadium de New York, à Tokyo ou même immortalisés par la BBC. Une véritable boîte à surprises, même si les versions épurées de la plupart des standards risquent fort de déconcerter tout ceux et toutes celles qui ignoraient le rôle déterminant joué par la technologie dans la musique des Beatles, de laquelle nous avons flashé pour l'étonnant "You've got to hide your love away", le byrdsien "I'm looking through you" et une remarquable adaptation de "Tomorrow never knows", qui aurait tout aussi bien pu figurer en lieu et place de celle qui fut sélectionnée pour "Revolver"...

 

Jean-Louis Murat

Le public est un gros fainéant

Écrit par

Jean-Louis Murat, la langue de bois du discours de promo, c'est quelque chose qu'il ne connaît manifestement pas. Pour preuve, cette longue rencontre où une sacrée dose d'humour ne l'empêche pas de cogner sur sa maison de disques, sur les médias et, surtout, ultime sacrilège, sur son public.

J'aimerais sortir beaucoup plus de disques. Mais chaque fois, il faut attendre au moins 18 mois. Le débit est conditionné par les médias et pas par la créativité de chacun. C'est la merde des maisons de disques ! Je ne sais pas comment les artistes en sont arrivés à se laisser manipuler par ces enfoirés. En laissant de tels délais entre les sorties, les mauvais ont le temps de se préparer. S'ils devaient enregistrer un nouveau disque chaque année, les 3/4 de ceux qui nous cassent les couilles n'arriveraient pas à suivre la cadence. Et puis, si tu réalises un album par an, tu peux te permettre d'expérimenter, mais au rythme qu'on nous impose, il faut que ce soit réussi à tous les coups. Quant on voir le prix des disques, en plus... ils devraient coûter 180/240 fb (NDLR : 4,5 à 6 €), pas plus, le CD ne serait plus l'objet culturel aussi lourd et chiant qu'il peut être actuellement.

On a pourtant parlé de crise d'inspiration à ton sujet. Qu’en penses-tu?

Aucune crise d'inspiration. Si on écrit beaucoup de chansons comme moi, c'est difficile d'en sortir aussi peu. A mon sujet, on en a sans doute parlé, parce que je suis resté longtemps en studio. C'est la technologie qui a pris du temps. Quand on se retrouve à la tête de plus de 100 pistes par chanson, on finit par s'y perdre... De toute façon, je m'étais fixé pour but de rester un an sur ce nouvel album. J’estime qu’enregistrer un disque en une semaine et un autre en une année est une bonne méthode.

Un album réaliste

Qualifierais-tu ce nouvel album de ‘plus léger’ ?

Il n'y a rien d'aussi lourd que « La Fin du parcours » ou « La Momie mentalement ». L’album est plus ‘chanson’, sans doute. Les médias français, les FM, c'est tellement de la merde que tu es obligé. Moi ce que j'aime faire, c'est « Vénus » : enregistrer un album en une semaine, attaquer, en compagnie de 2, 3 musiciens, dans des conditions quasi live. Le problème c'est qu'après, personne ne suit le mouvement! Ou alors, en France, tu en vends 5 000 et tu vas pointer au chômage. Partant de là, « Dolorès » est un album... réaliste.

Pragmatique?

Le pragmatisme du mec qui n'a pas envie de redevenir chômeur. Il se dit : ces espèces de trous du cul de la FM, toute cette daube, il va s'aligner légèrement dessus, sans trop perdre son âme. En France, le public est un peu con et le marché est petit, alors on est obligé de taper un peu ‘variète’. Pourtant, j'ai quand même vendu 100 000 exemplaires de « Vénus », pas vraiment un fiasco. Surtout si on considère la manière dont je l'ai réalisé. Evidemment, « Le Manteau de pluie » s'était écoulé à 170 000... Le label regarde les ventes comme une courbe exponentielle où, à la fin, tu exploses ! (rires) De toute façon, quand on a un peu de culture rock, ce qui, j'espère, est mon cas, on sait qu'une discographie se travaille finement. Il faut être capable d’enchaîner les disques, sentir la dynamique. Neil Young, par exemple, maîtrise parfaitement ce mécanisme. Beck, j'espère qu'il parviendra à le contrôler. Son double contrat (il a signé chez Geffen mais est libre de sortir des disques sur d'autres labels) c'est extra, c'est ce qu'il me faudrait. Le rêve!

Tu sembles rencontrer beaucoup de difficultés avec ta maison de disques...

J’en ai surtout marre que les maisons de disques ou les médias pensent que la prod’ ou le producteur, c'est le plus important. Chez Virgin, ils pensaient que la prod' n'était pas mon truc. C'est vrai que je pense que quand on est mauvais, on a besoin de production. Alors je me suis dit: on va voir ce qu'on va voir. C'est quand même pas sorcier d'essayer de faire sonner un truc. Il faut simplement aimer se branler la tête pendant des jours et des jours... Donc je l'ai fait pour que la maison de disques me lâche.

Tu parlais de ‘variétés': « Vénus », c'était pour t'en éloigner?

Je ne sais pas, je ne me rends pas bien compte. Disons qu'après cet album et le duo avec Farmer, je n'étais pas très à l'aise: il fallait absolument que je reprenne les choses en mains. Virgin ne m’a jamais pardonné « Vénus ». Dingue, hein? Ils vivent cette histoire comme une trahison, comme si on était en guerre. Donc, pour « Dolorès », j'ai essayé que ça aille mieux. Je leur dois encore deux albums, je n'ai pas envie de rester en guerre tout le temps. Mais je compte beaucoup sur le prochain pour faire exploser l’affaire en plein vol. Tu devrais entendre les médias français qui me disent : ‘Enfin tu es revenu. Mais qu’est-ce que t’as foutu avec « Vénus » ? Je crois qu’en France, les gens n’aiment pas le travail brut, ils veulent qu’il soit remâché 100 000 fois. Jusqu’à obtenir une espèce de ‘Qualité France’ comme on peut voir dans les films.

L’ombre de Julien Clerc

Tu as dit que Nellee Hooper (le maître d’œuvre de « Début » de Björk) et Tim Simenon (Bomb the Bass) avaient écouté tes démos. En quelles circonstances ?

Je leur ai envoyé une cassette, ils ont écouté, elle leur a plu et ils m’ont rappelé. Ils en reçoivent des tonnes, quand même, alors j’étais super fier. Hooper m’a raconté par la suite, qu’il était en studio avec Björk et qu’ils avaient écouté toutes les chansons ensemble, à donf.

Virgin voulait absolument que tu utilises un producteur ?

Déjà, pour « Vénus », ils m’avaient fait chier pour que j’en prenne un, ce que je ne voulais absolument pas. Ils m’ont demandé avec qui je voulais bosser. Je suggère : le Crazy Horse. La cassette est envoyée et 15 jours plus tard, les Crazy Horse répondent que mon projet leur plaît beaucoup et qu’ils acceptent. Tout l’entourage de Neil Young. Ils m’invitaient même dans leur studio à L.A. Moi super emmerdé, je réponds à Virgin que ça craint, que je ne veux pas aller là-bas et que je ne parle pas anglais. Ce qui est faux ! Le lendemain, les Crazy Horse répondent : ‘Aucun problème, on vient en France. On enregistre où il veut’. J’étais pas dans la merde, quoi… Alors j’ai laissé pourrir le truc. Pour « Dolorès », Virgin réattaque, même question : avec qui je veux bosser ? Je réponds : Nellee Hooper. Il venait de finir le Björk, il allait entrer en studio pour Madonna, moi tranquille, je pensais qu’il n’allait pas être intéressé. Manque de bol, ça l’a branché. Mais il prenait 90 000 balles (NDR : 13 500€) par titre. Alors, Virgin a demandé à Hooper quelqu’un de moins cher mais qui travaille comme lui. Il a refilé la DAT à Bill Simenon, à qui ça a plu. Il voulait faire tout l’album.

Ce qui ne s'est pas concrétisé finalement…

On a bossé sur deux titres, pendant un mois à Londres. C'était pas terrible... Par contre, je me suis fait tout expliquer. Il travaillait sur les remixes de Bowie, puis les week-ends, il allait à Dublin travailler avec U2. Je le bombardais de questions et il m’expliquait tous les trucs. Le soir on allait traîner chez Goldie. Brian Eno passait, je voyais Johnny Dollar qui me parlait des prises du Nenneh Cherry. Dans le studio à coté, il y avait Bertrand Burgalat (arrangeur d’Hugo, mari de Valérie Lemercier et idole de Benjamin Lu) avec qui je suis très pote. Lui, aussi, j'allais lui poser des questions. On voulait réaliser un truc ensemble mais ça ne s'est pas arrangé. Il y avait aussi Sonya la chanteuse d'Echobelly qui a acheté tous mes disques. Elle voulait qu'on fasse quelque chose ensemble ce qui arrivera un jour. J'étais vraiment bien, à Londres, comme un poisson dans l'eau, super bien intégré. Mais quand je suis revenu, le nouveau directeur artistique de Virgin m'a envoyé une cassette ‘pour m'ouvrir les oreilles’ (sic). Il y avait Portishead, Massive Attack… Ce type, il me voit comme l’ombre de Julien Clerc!

D'où vient cette chanson déglinguée que tu as refilée pour la compile « 5 heures » ?

Au départ, c'est un morceau qui figure dans une version ‘normale’ sur la B.O. du film « Mlle Personne ». Elle accompagnait l'édition limitée du live. Il y avait un piano punaise, dans le studio. Elodie Bouchez qui participait aux sessions avait amené une copine. Pour déconner, j'ai dit à la copine : toi, on va bien te faire faire quelque chose. Elle était un peu cassée, en plus. Alors, j'ai proposé à Denis (Clavaizolle, le collaborateur de toujours) d'en réaliser une version juste piano/voix. Et dès la deuxième prise, ça roule. D'ailleurs, il y a le métro qui passe. Je l'ai mise derrière le micro et je lui ai proposé de faire vaguement la mélodie. Elle était cuite fracassée et elle a accompli ce truc incroyable. La B.O., d'ailleurs, c'est celui de mes albums que je préfère. C'était vraiment du boulot : 6 jours de prises pour un coût de 120 000 FF (NDR : 18 000€) ! Et encore, ils m'avaient filé 100 000 balles (NDR : 15 000€) et les 20 restants (NDR : 3 000€), c'est moi qui les ai mis de ma poche. C'est la moitié d'un budget de Sylvain Vanot. Chez Virgin, ils ont estimé ça tellement effrayant qu'ils ne l'ont même pas sorti, si ce n'est sur ce tirage limité à 4 ou 5 000 exemplaires.

Qu’est devenu ce film?

Bloqué dans un tiroir, pour des problèmes de contrat à la con qui me dépassent. Ca ne se débloquera sans doute jamais, mais ça ne me regarde pas : c'est un problème avec le producteur et Pascale Bailly, la réalisatrice. C'est une caractérielle. Je ne crois pas qu'elle veuille que le film sorte. Moi je voulais qu'au moins le disque soit publié normalement. Il y a quelques mois, lors d'une discussion avec le PDG de Virgin, je me suis rendu compte qu'il ne l'avait même pas écouté. Il croyait que les morceaux étaient uniquement instrumentaux.

Et ta tournée, comment a-t-elle été perçue ?

Ca n'a pas plus à Virgin. Aux médias, pas tellement. Le public, c'est un gros fainéant, super-décevant. Moi, quand j’assiste à un concert, je déteste qu'on me refasse le disque. J'adore aller voir des nouveaux groupes que je ne connais pas. Le public, il paie 150 balles (NDR : 22€50) et il veut entendre l'album. J'ai jamais compris pourquoi il me faisait la tronche parce que je chantais des inédits ou des versions différentes de chansons qu'il connaissait déjà! Le public a fait la gueule, les gens n'ont pas acheté et les critiques m'ont ‘destroyé’... J'avais pris des risques : les musiciens avaient été recrutés par petites annonces. J'en ai auditionné plus de 100. On a répété pendant 7 semaines comme un groupe, sans qu'ils entendent les versions originales des chansons. Que personne n'ait suivi, c'est une grosse déception, je ne suis pas près de remonter sur scène.

(Article paru dans le n° 47 du magazine Mofo d’octobre 1996)

 

Ash

L heure Ash?

Voici plusieurs semaines que ce trio irlandais flirte avec le faîte des charts indépendants en Angleterre. Et suivant cette même presse, il est appelé à devenir aussi célèbre qu'Oasis. D'autant plus que son premier véritable album est absolument remarquable. Les musiciens traînent cependant, déjà, une réputation aussi sulfureuse que celle de la bande aux frères Gallagher. Et pourtant! C'est un Tim Wheeler affable, détendu et finalement très sympathique qui nous a accordé cette interview exclusive. Tim n'a pas encore vingt ans et cumule à la fois les fonctions de chanteur, guitariste, compositeur et leader du groupe. Une lourde charge que semble finalement assez facilement supporter les frêles épaules de notre interlocuteur...

Votre album et la plupart de vos singles sont coproduits par Owen Morris, c'est à dire le même personnage qui est responsable de la mise en forme des disques d'Oasis. Un homme étrange, auriez-vous déclaré. Tellement étrange?

Etrange ? Non, extraordinaire ! Pas du tout étrange. Un gars très intelligent. Nous avons beaucoup de respect pour lui et entretenons d'excellentes relations de travail. Mais non, je ne me souviens pas avoir déclaré qu'il était étrange...

Dans ce contexte, que représente Oasis pour Ash? Et penses-tu que bénéficiant du soutien d'Owen Morris, Ash deviendra un jour aussi célèbre que le groupe des frères Gallagher?

Oasis est le meilleur groupe du monde. Liam et Noël son des types honnêtes, consciencieux. Ils composent de remarquables chansons. Nous les respectons. Mais je n'aime pas trop m'étendre sur ce sujet. Rien que penser que nous pourrions un jour souffrir de ces comparaisons hasardeuses m'agace. Nous avons tout le temps pour devenir célèbres. Nous ne voulons pas brûler les étapes. Nous n'avons que dix-neuf ans et essayons de garder les pieds sur terre. Les frères Gallagher sont beaucoup plus âgés que nous et sont capables d'assumer toute la pression provoquée par la célébrité. Nous ne sommes pas encore prêts pour l'aventure. Nous y verrons sans doute un peu plus clair dans quelques années, lorsque nous aurons 27 ans (rires)...

Dans la presse britannique, tu as déclaré dernièrement que tu voulais devenir Dieu. Lequel? Jahvé, Jésus, Bouddha, Mahomet? A moins qu'il ne s'agisse d'une métaphore destinée, à l'instar d' "I'm a rock'n roll star" d'Oasis ou d' "I wanna be adored" des Stones Roses, à masquer une volonté profonde de devenir célèbre. Es-tu conscient qu'en approchant le statut de star, l'artiste se cloître au sein d'une cruelle solitude?

(rires). Ce n'est pas exactement ce que j'ai voulu dire. Le journaliste m'a demandé pourquoi je souhaitais devenir une rock star. Et j'ai simplement répondu que cet objectif m'avait permis de supporter toutes ces années passées sur les bancs de l'école. Le reste n'est que de l'extrapolation.

Sur votre album, il y a un morceau caché très curieux. Qui est le coupable? Voulez-vous projeter une image de l'adolescence qui trouve un certain plaisir à se saouler la gueule?

Nous avions un peu trop abusé de la bouteille et de l'acide; et puis Mark n'a plus supporté la dose, et s'est mis à gerber. Par boutade, nous avons enregistré cette scène. Par la suite, nous ne voulions plus trop nous étaler sur cet épisode. Mais nous le trouvions tellement marrant que finalement nous avons décidé de l'ajouter sur le CD. Maintenant, avec le recul, nous n'imaginions pas qu'il allait faire un tel tabac...

Est-il exact que voici deux ans vous avez refusé de faire la première partie d'une tournée mondiale de Smashing Pumpkins? Pourquoi? Refuseriez-vous encore aujourd'hui cette opportunité?

C'est exact. Nous étions conscients de notre valeur et convaincus que d'autres occasions se présenteraient ultérieurement. Ce périple n'était donc pas indispensable pour nous. Cette aventure nous imposait d'abandonner notre vie familiale, nos études, nos habitudes. Et nous voulions encore prendre du recul pendant quelques mois avant de véritablement nous lancer dans une carrière musicale. Nous n'étions pas encore prêts ni vraiment intéressés par cette proposition. Et je suis fier de l'avoir refusée, parce que nous n'avons besoin de personne pour décider à notre place.

Que représentent des formations comme Undertones, Therapy et U2 pour un Irlandais?

Pour un Irlandais comme moi, Van Morrison est l'artiste que j'estime le plus. Et puis ce sont les Undertones. Mais nous les avons déjà dépassé leur popularité. Et c'est vraiment cool! (rires)

Votre nouveau single "Oh yeah" est enrichi de deux compositions inédites. L'une d'entre elles répond au titre de "T Rex". Vous êtes des aficionados de Marc Bolan?

Oui, j'adore l'œuvre de T Rex. Lorsque j'ai écrit cette composition, je voulais rendre un hommage à Marc Bolan. Et je suis parti sur un tempo calqué sur celui de "Hot love". Mais lorsque je l'ai terminée, je me suis rendu compte qu'elle était plutôt structurée comme une chanson des Ramones. Nous avons cependant conservé le titre, par déférence.

Sur le single "Goldfinger", on retrouve en bonus track une cover de "Get ready". Tu t'es inspiré de la version de Rare Earth ou de la composition originale écrite par Smokey Robinson?

La toute première fois que j'ai entendu cette chanson, elle était interprétée par les Supremes. Mais je préfère l'adaptation "motown", celle des Temptations, dont je me suis inspiré. Je ne connais pas la version de Rare Earth.

Dans tes lyrics, tu parles souvent d'espace, de planètes et de messages issus du fin fond de l'univers. Es-tu fasciné par les OVNI et les extra-terrestres, comme Frank Black?

En fait, vues de l'espace, mes chansons sont purgées de leur réalisme et peuvent plus facilement participer à une guerre des étoiles romantique. (NDR: Allô la terre!)

Aimes-tu vider les extincteurs?

(rires). Oui! C'est exact. En fait, lorsqu'on a bu un peu trop, il nous arrive de jouer aux pompiers de service. Pourtant, nous n'avons pas de problème avec la police, mais avec les Hells Angels (NDR: ils existent encore ceux-là ?)

Merci à Vincent Devos.

Version originale de l'interview parue dans le n° 46 (septembre 96) du magazine MOFO

 

Suede

Brett de scène ou Brett de cirque ?

Pour repérer Brett Anderson, le chanteur de Suede dans le palace bruxellois où il reçoit les journalistes, pas besoin d'une tête chercheuse. Le grand gaillard –sorte de Valentin le Désossé en quête de sa Goulue– a remplacé le chapeau déformé par une belle mèche transversale qui lui barre les sourcils. Il tranche nettement d'avec tous les autres clients. Son accoutrement d'abord, ses manières surtout, font ‘star en terrain conquis’. Tout est noir chez lui, parce que c’est une couleur qui vous investit quasi immédiatement d’une apparence d’artiste, allez savoir pourquoi… Les cheveux ? Noirs. La chemise ? Noire. La barbe d'un jour ? Noire. Le jeans ? Noir. Les chaussettes ? Noires. Les yeux ? Bleus…

Brett, chanteur-leader à la grosse boucle d'oreille en argent, est évidemment présent pour présenter ‘Coming up’, son nouvel album, le 3ème de Suede, le plus ambitieux peut-être, le plus réussi sans doute. Parce que, pour une fois, le groupe anglais a mis en sourdine son immense arrogance pour vraiment travailler un disque qui contient, dès lors, de très bons moments (‘Film star’, par exemple). "‘Coming Up’ n'est pas un album moins sophistiqué que ‘Dog Man Star’. Disons qu'il est sophistiqué différemment", avoue un Brett sans trop de sympathie, mais sans trop de prétention non plus…

Eclipse volontaire

L'album dure 43 minutes, c'est-à-dire à peu près exactement la durée d'un bon vieux vinyle... "Là, c'est un hasard. En fait, on recherchait un format plus pop, plus direct, on voulait aller à l'essentiel. Le but était de réunir une dizaine de chansons, les plus immédiates possibles, quitte à en éliminer certaines. Les CD, selon moi, sont actuellement beaucoup trop longs. Et on perd quelque chose à ainsi rallonger la sauce. L'impact est dilué. On a donc choisi de choisir, si je peux ainsi m'exprimer."

Brett ne masque pas que ce disque-ci est important. Pas parce qu’il s’agit du 3ème elpee de Suede et que traditionnellement, c'est un disque qui ‘installe’ un groupe, mais les circonstances sont telles que Suede, monté au pinacle par une presse dithyrambique et quelque peu décalée, joue gros ; ca passe ou ça casse, comme on dit... "Bien sûr qu'il y a de l’enjeu, la vie est un grand enjeu. Chaque album est un pas important, il faut se concentrer pour qu'il soit le meilleur possible. L'échec, c'est la même chose, tu dois l'envisager! Ce n’est d’ailleurs pas propre à la musique ! L'échec, dans la vie, on y est confronté tôt ou tard. Mais là, j’ai une grande confiance : l'album que nous avons réalisé est excellent, j'en suis sûr. Je n'ai donc même pas à évoquer la possibilité qu'il se plante!"

Faut dire aussi que depuis l'éclipse volontaire de Suede, un autre groupe anglais a obtenu un retentissant succès mondial qui pourrait faire de l'ombre à Brett et ses sbires. "Non, Oasis n’est pas un sujet dont tout le monde me parle, contrairement à ce que tu crois... Mais je veux bien l'aborder. Pour dire qu'il n'existe pas de parallèle à établir : notre musique n’a rien de comparable."

Mais enfin, Brett, leur succès risque quand même de ternir, juste un petit peu, l'image flamboyante de Suede, non ? "Chacun doit miser sur ses qualités propres. Je veux bien qu'il y ait entre les groupes une certaine forme de compétition. L'émulation peut être bénéfique. Mais en aucun cas, elle ne doit tourner à l'obsession, parce que ce ne serait sûrement pas bon pour la créativité de l'un ou de l’autre…"

Du charme des répétitions

Pendant les deux ans où il a n'a pas été très présent dans les médias, Suede a répété intensivement, presque jusqu'à plus soif. Après le départ du guitariste Bernard Butler –responsable des compositions de deux premiers disques, il avait claqué la porte lors de l'enregistrement de ‘Dog Man Star’– il s'agissait d'apprendre à se connaître, vu l’arrivée de deux nouveaux membres : Richard Oakes, jeune guitariste inconnu au bataillon, mais à qui Brett, seul contre tous, a toujours accordé une confiance sans limites, et Neil Codling, cousin du batteur et premier claviériste à rejoindre officiellement le groupe. "Après ces différents changements de personnel, il fallait que nous donnions l’impression d’être un vrai groupe, pas une belle construction hi-tech montée en studio. On a choisi les répètes et je crois que c'était la bonne direction à prendre. C'était de toute façon nécessaire pour devenir un groupe soudé, qu'on sente cette alchimie particulière entre nous…"

Pourtant, la chanson ‘Chemestry between us’ ne parle pas vraiment des relations à l'intérieur du groupe. "C'est plutôt une chanson sur la drogue", explique Brett. Grand défenseur de l'ecstasy, le chanteur aborde fréquemment le sujet au cours de ses interviews, particulièrement en Angleterre. Alors Brett, c'est toi qui aimes en parler ou ce sont les affreux journalistes qui t'y forcent continuellement ? "Sans doute un peu des deux. C'est vrai que j’aime causer de la dope. Mais je crois aussi que certains journalistes m'y entraînent, estimant que le sujet est vendeur".

Sur le nouveau disque, on peut être un chouia irrité par les effets de voix élaborés à l'électronique. De la réverbération au max, de l'écho en pagaille... On ne supporte plus sa voix quand elle est nature, mon bon Brett ? "Ce n’est pas la raison. Plutôt par goût personnel. Et puis, je sens que la mode va conduire à ce genre d'effets de voix. Je ne peux dire autre chose… "

Une nouvelle fois, dans ce genre de décision, Suede montre tout l'excès dont le groupe est coutumier. Pourquoi se sent-on toujours obligé d'être excessif chez Suede "C'était peut-être vrai dans le passé. J'ai peut-être montré cette tendance ; mais je n'éprouve plus ce sentiment aujourd’hui. Je suis le chanteur d'un groupe. Mon extravagance est naturelle et sincère, d'ailleurs elle ne marcherait pas si elle était feinte ! Sur scène, je n'ai jamais eu l'impression d'incarner un personnage, d'avoir un rôle à jouer. Jamais! Parce que j'y suis moi. Cela dit, je comprends que les gens se posent la question. Même après être monté des centaines de fois sur scène, je ne peux pas affirmer qu’il soit tout à fait normal de chanter devant les gens, d'être le frontman d’un groupe de rock… J’aurais pu devenir une caricature, un chanteur à la Marc Almond, mais je suis quelqu’un de nature. Je reste très spontané, même sur scène."

Questions nulles et à chier

Qu'est-ce que tu écoutes en ce moment?

Les oiseaux et le trafic essentiellement

Tu veux dire les Byrds et Traffic, c'est ça?

(rires) Non, non, le chant des oiseaux et le bruit du trafic...

Je voulais parler de musique...

J’avais compris. J'écoute beaucoup de trucs, des trucs nouveaux, et les classiques comme Bowie, les Sex Pistols.

Tu as été les voir sur scène?

Non, non, je suis beaucoup trop jeune pour les avoir vus sur scène.

Je voulais dire : récemment, suite à leur reformation...

Quelle reformation? Franchement, s'ils se sont reformés, je n'en ai rien à foutre.

C'est vrai que tu n'as jamais lu de livre?

Pas tout à fait, j'ai dû en lire l'un ou l'autre, dont ‘1984’ de George Orwell, qui est bien. Sinon, lire c'est emmerdant. Je ne lis pas.

Tu es plus heureux aujourd’hui que pendant ton adolescence?

Je crois, oui. Même si l'adolescence est une période de découvertes exaltantes. J'ai gardé de très bons souvenirs de la première fois où j'ai fait l'amour, de la première fois où j'ai pris de la drogue.

Si quelqu'un devait reprendre Suede, tu préférerais que ce soit qui?

(long silence) Frank Sinatra !

Pour l'argent que ça pourrait te rapporter?

Oui, bien sûr... Indépendamment de lui, je serais flatté si Kate Bush nous reprenait. Jacques Brel aussi, ce serait bien…

(Article paru dans le n° 46 de septembre 1996 du Magazine Mofo)

 

Placebo

Ne pas brûler les étapes

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Si Brian Molko, le leader de Placebo s’exprime dans un français quasi parfait, c’est qu’il a vécu une partie de sa jeunesse au Luxembourg, comme les deux autres membres d’un groupe qui compte un bassiste suédois. Tout cela n’empêche pas Placebo d’être une formation très anglaise, même si –et ce n’est pas un canular !– elle vient de refuser de faire la couverture du Melody Maker ! Une première question à laquelle Brian Molko, notre interlocuteur, ne pouvait échapper…

Accepter de faire la couverture d’un tel magazine à un moment inopportun, c’est risquer de raccourcir, de compromettre, l’existence d’un groupe. Il ne faut pas brûler les étapes. Cette occasion se représentera à un moment plus propice, nous en sommes persuadés. Avant de signer notre contrat avec le label, nous nous sommes accordé 6 mois de réflexion. Un laps de temps que nous estimons indispensable avant de nous engager. Nous avons rejeté des tas d’offres, parfois alléchantes. Entre-temps, nous avons même opté pour la distribution indépendante. Nous ne prenons une décision que lorsque nous estimons qu’elle nous convient parfaitement, après mûre réflexion. Disons que nous préférons prendre des risques à long terme, plutôt que d’abattre nos meilleures cartes dans la précipitation…

En entretenant une image ambiguë et androgyne, un peu comme Marc Bolan de T. Rex le faisait début des 70’s, ne cherches-tu pas à réinventer l’esprit du glam ?

Pas consciemment, en tout cas. Jouer dans un groupe permet de dissimuler certains aspects de sa personnalité et de les exagérer pour manifester une certaine ‘distorsion dramatique’. Sur scène, on a l’opportunité de faire des choses qu’on n’oserait pas ou qu’on ne pourrait pas réaliser dans la vie réelle.

Tes chanteuses préférées sont Janis Joplin et Kristin Hersh. Pourquoi ? As-tu une perspective, disons, féminine de la composition ?

D’un point de vue vocal, ces deux femmes figurent, j’imagine, sur la liste des artistes qui m’ont marqué. Il y en a d’autres comme Polly Harvey, Kim Gordon de Sonic Youth, David Surkamp de Pavlov’s Dog ou Fergal Sharkey des Undertones. Leur timbre est assez haut, et tous ceux-là ont certainement inspiré les chanteurs dont le registre évolue dans les aigus.

A l’instar du punk, la musique de Placebo semble particulièrement énergique et agressive. Pourtant, votre style est davantage américain que britannique. Explication ?

Dans le recours à la guitare, je reconnais une influence majeure américaine, mais notre mentalité reste fondamentalement britannique. En fait, le mouvement punk qui nous a frappés, n’est pas celui qui a explosé en Angleterre en 76/77, mais plutôt la vague post-punk qui a sévi à New York fin des 70’s, début des 80’s ; celle de Sonic Youth, Swans et consorts… Maintenant, tout est fonction de l’attitude adoptée par l’auditeur. En Angleterre, nous sommes assimilés à la vague retro. Le succès récolté par la britpop s’inscrit dans ce contexte. Mais nous ne calquons pas notre répertoire sur celui d’un passé, aussi illustre soit-il. Nous avons digéré nos influences pour en extraire quelque chose de personnel, de nouveau.

Tu sembles intéressé par la vulnérabilité et la fragilité de la condition humaine. Dans une chanson, tu dis que depuis ta naissance, tu as commencé à te déprécier… As-tu peur de vieillir ? De contracter le ‘sida de l’âge’ ; comme tu l’écris si bien ?

Ce sont plutôt des métaphores nostalgiques qui traduisent la perte de l’innocence de notre enfance. C’est aussi la raison pour laquelle, nous aimons recourir aux instruments d’enfants, car ils dégagent des sonorités spécifiques… et une naïveté émotionnelle prodigieuse. C’est un peu comme lorsque j’ai entendu pour la première fois PJ Harvey. J’ai senti qu’une émotion nue, pure, une sensibilité très vulnérable s’en dégageaient. Nous essayons d’éliminer l’ironie et le sarcasme par la musique

Merci à Vincent Devos

(Article paru dans le magazine Mofo n° 46 de septembre 1996).

 

Morcheeba

L’origine de Morcheeba : une intervention divine

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Dans la veine intarissable qu'on appelle, faute de mieux, trip hop, les nouveaux venus britanniques de Morcheeba ont impressionné leur monde. Leur album, « Who Can You Trust? » est une petite merveille de soul mélancolique qui caresse voluptueusement les tympans. Les trois (très) jeunes membres du groupe, hyper sympas et drôles, sont passés par Bruxelles pour assurer la promotion de leur coup d'essai.

Paul Godfrey : Nous sommes des gens simples. On ne fricote pas avec d'autres groupes, on ne passe pas notre temps dans un milieu artistique pour y rencontrer des acteurs ou des poètes. On va au pub boire des verres et on rentre à la maison regarder la télé.

Vous acceptez qu'on qualifie votre musique de ‘soul’

Ross Godfrey : La soul est une influence incontestable. Marvin Gaye, en particulier. Il a enregistré un album en Belgique, « Sexual Healing ». C’était celui de son come-back ; alors nous sommes très contents d'être ici.
PG : Nos parents écoutaient la soul d'Atlantic, Motown, du blues et du RNB. Aujourd’hui, on qualifie de ‘rhythm 'n 'blues’, cette forme de swing américain incarnée par Boyzone. Mais pour moi, ce n'est pas ça, c'est Chuck Berry...
RG : La soul music contemporaine n’a plus d'âme (soul). La vraie soul, c'était Stax, Atlantic et Motown.
PG : C'est très difficile de garder à l'esprit une définition précise d'un style de musique, parce qu’il évolue au fil du temps. On a appelé la house, ‘garage’, alors que, perso, le garage est un mouvement né au cours des 60’s qui a donné naissance à des groupes très rock 'n roll comme les Yardbirds. On colle à présent cette étiquette sur de l'acid house ; c'est bizarre.

Massive et Portishead

Pourquoi la meilleure soul émane-t-elle pour l’instant d'Angleterre? Parce que contrairement aux Américains, vous n'êtes pas prisonniers du respect des aînés?

RG : Exactement. On ne respecte rien, on fait ce qu'on veut. C'est aussi pour cette raison que le punk est né en Angleterre.
PG : En Angleterre, un jeune peut acheter un album d'Oasis, puis se rendre le week-end dans une rave et danser toute la nuit sur de la techno. Les Anglais se foutent de ce qu'ils écoutent du moment que ça leur plaît. Aux Etats-Unis, quelqu'un branché sur le hip hop n'écoutera pas du rock. Là-bas, les musiciens jouent du rock, du blues ou de la soul, mais ne s'éloignent pas de leur ligne de conduite. Encore que ça commence à changer un peu. Avant, il y avait le rock et le heavy metal; depuis le grunge, la limite est plus floue entre les deux. En tout cas, on ne veut pas qu'on nous colle une étiquette: nous sommes à la fois soul, reggae, blues, hip hop, country...

Qu'a représenté pour vous le « Blue Lines » de Massive Attack?

PG : Ce qui a marqué, sur cet album, c'est que jusque là, personne n’imaginait qu’il était possible de chanter sur du hip hop. Massive a vraiment ouvert une porte. Cela dit, « Blue Lines » n'était pas assez basé sur les chansons, à mon goût. Quand l'album de Portishead est sorti, une seule voix se réservait le chant ! Enfin, un vrai groupe innovait. Portishead, ce sont des amis.

Au début, aviez-vous une idée précise de ce que vous vouliez créer ?

Skye Edwards : Je voulais chanter avant tout. Et devenir une star (rire général).
PG : Ne te contente pas de devenir une star ; on va faire de toi un ciel (jeu de mots sur star/étoile et ciel/sky).
RG : A l'origine de Morcheeba, il y a une intervention divine. Un grand éclair de lumière.
SE : Un éclair bleu.
PG : Plus sérieusement, j'ai toujours voulu faire de la musique et en vivre.

David Byrne craque

Un quatuor à cordes a participé aux sessions d’enregistrement de votre Cd. Explication?

PG : J'ai travaillé comme ingénieur du son pendant 5 ans dans des studios d'enregistrement ; ce qui m'a permis de voir pas mal d'instruments utilisés de manière très différente. J'ai ainsi assisté à des sessions de folk, de musique classique, de blues, de rock et de hip hop. Et je me suis souvenu de ce que j'aimais dans chacun de ces styles. Voilà.

Vous avez été surpris du résultat?

PG : Nous avons passé de longues heures à bavarder en compagnie du coproducteur. Et aussi à se saouler. Il a bâti notre studio et s'occupe de son entretien. Quand on a enregistré notre première démo, « Trigger Hippie », tout le monde a immédiatement été impressionné. Pourtant, à la fin des sessions, on s'est assis, un peu abasourdis, en se demandant si on aimait ou si on détestait ce qu'on venait de faire! Nous-mêmes, nous n'y comprenions rien ; alors on se demandait comment quelqu'un d'autre allait pouvoir y entrer. On ne comprendra jamais ce qui s'est produit.

La réaction unanimement enthousiaste a dû vous surprendre, alors?

 RG : Oui et non. On savait que notre musique était bonne. Mais on ne s'attendait pas à ce qu'autant de gens y adhèrent. Une très agréable surprise pour nous mais surtout pour notre maison de disques (rires).
PG : Parmi nos fans figurent nos meilleurs amis, et... David Byrne. Il a écouté notre musique par l'intermédiaire de Warner, aux Etats-Unis. Il était tellement impressionné qu'il voudrait qu'on coproduise son nouvel album. On doit le rencontrer. Pas mal, hein? Ca encourage, que quelqu'un qui a survécu dans le monde de la musique pendant 20 ans puisse encore dire de nouveaux venus: ‘C'est excellent et je veux travailler avec eux’. Hormis David Byrne on ne va pas multiplier les collaborations (production, coécriture) pour se concentrer sur notre propre musique. Il y aura quelques remixes, mais c'est tout.

(Article paru dans le n°45 de juillet/août 1996 du magazine Mofo)

Placebo

Placebo

Placebo vient de refuser de faire la couverture du Melody Maker. Une proposition, selon eux, jugée beaucoup trop hâtive et qui risque à long terme de leur être néfaste. En fait ce trio ne veut pas devenir un autre hype, et souhaite maîtriser le plus longtemps possible le cours des évènements, en privilégiant le fond sur la forme. Ce qui ne veut pas dire que la formation ne soigne pas son image. Au contraire. A cause de Brian Molko. Leader, chanteur, guitariste, compositeur, dont les traits sont incontestablement efféminés. Et dont la voix dénote une certaine ambiguïté sexuelle. Mais une formidable voix comparable à celle de David Surkamp. Frêle, androgyne, naturelle, elle évite cependant les envolées emphatiques du vocaliste de Pavlov's Dog (NDR: A vos encyclopédies!). Musicalement, le contenu de cet album éponyme est cependant à des années lumière de ce mythe révélé au tout début des seventies. Produit par Brad Wood, drummer de Tortoise, il apporte une bouffée de fraîcheur à la britpop britannique. Mais concède trop peu de références distinctes pour pouvoir en dessiner un profil analytique. En fait, hormis le premier titre "Come home", dont le tempo new wave semble avoir été emprunté au Sound, les seules qui apparaissent vaguement appartiennent indistinctement à des formations yankees. Telles que Sonic Youth, Magnapop, Jane's Addiction et bien sûr Tortoise. Maintenant, après plus de dix écoutes, plus rien d'autre qu'une certaine fascination ne semble vouloir filtrer. Un phénomène qui, bien souvent, laisse présager certaines promesses...
 

 

Soul Coughing

Irresistible Bliss (a)

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10 ans déjà ! Et si l’on regarde de très près, on peut encore observer les traces de la claque envoyée sur la joue de quiconque aurait succombé aux joies du rock après avoir glissé cet « Irresistible Bliss » dans sa sono. Du pur génie. Un génie qui se fait sentir dès les premières notes de « Super Bon Bon » et de sa terrible ligne de basse, marque de fabrique des compos de Soul Coughing. Embrasés par la voix radiale de l’énigmatique M. Doughty et la langue déjà à terre après une bouchée seulement, on se laisse aller à déguster tour à tour « Soft Serve », « 4 Out Of 5 » et « Soundtrack To Mary » avant de se surprendre à en redemander, tel un junkie pathétique prêt à tout pour obtenir son graal. C’est que cette œuvre machiavélique pousserait presque à souhaiter que grand mal s’abatte sur tous ceux qui hésiteraient à abandonner toute once de dignité au profit de l’angoissant « Sleepless », du prodigieux « Lazybones » ou du kitsh jazz-cabaret de « Disseminated ». En guise de final, « How Many Cans ? » se dévore, des idées noires plein la tête et idéalement accompagné de quelques bouteilles de whisky ingurgitées au préalable. Intelligent, précis, terrifiant, addictif, jouissif, « Irresistible Bliss » n’aurait pas pu porter meilleur titre. L’aventure Soul Coughing, qui s'est achevée en 2000, aura duré l’espace de trois albums studio et bien que le quartet new-yorkais n’est aujourd’hui qu’une sombre et infime miette de l’histoire du rock, il aura eu le mérite de laisser derrière lui ce régal auditif qui se ressert sans fin. Aujourd’hui, après avoir récupéré les dernières lettres de son prénom et perdu le voile de mystère qui enveloppait son personnage, Mike Doughty officie tout seul comme un grand. Sans atteindre le perfectionnisme ou l'obscurantisme des travaux de son ancienne formation, son nouvel album, « Haughty Melodic », ne devrait pas déplaire aux nostalgiques en manque.

 

The Afghan Whigs

Pas un long fleuve tranquille

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ll émane de Greg Dulli, le leader d'Afghan Whigs, un impressionnant charisme. Rien à ajouter, le gaillard en impose. Il a de l’âme, de la soul... Surtout quand il est en grande forme, comme c'était le cas, il y a quelques semaines lors du concert de son groupe au Botanique. Greg –qui se présente comme un ‘accident né d'une femme de 18 ans et d'un homme à peine plus âgé’– était heureux ce soir-là. Le concert bruxellois était le dernier de la série européenne, et le chanteur allait pouvoir rentrer chez lui à Cincinnati (Ohio), avant de revenir ici, notamment pour le festival de T/W.

Paranoïa

‘Black Love’, le dernier album en date, est le sixième d'un groupe qui a mis longtemps à décoller, mais qui voit ses œuvres de jeunesse rééditées aujourd'hui. Pour ‘Black Love’, dont le titre est emprunté à une marque d'encens américain, Dulli s'est une nouvelle fois replié sur lui-même : par besoin, mais aussi sans doute un peu par obligation. "Peux pas faire autrement, dit-il. L'époque où j'ai composé les chansons de l'album est parmi les plus noires de mon existence. Je sortais d'un moment difficile, d'une période trouble. Je venais de rompre avec une copine que j'avais aimée énormément. Je suis un fataliste, mais aussi un romantique... Même si je me dis que l'amour est précaire, surtout quand on veut entretenir la passion, j'avais quand même tendance, après coup, à sombrer dans une déprime difficile à assumer!" Et puis, selon ses propres dires, Greg a souffert de ‘paranoïa’ à la suite d'une attaque en justice qu'il n'attendait pas. Une demoiselle qui avait été blessée –par un verre de bière– lors d'un concert du groupe il y a 5 ans au Texas, a tenté de faire cracher les Afghan Whigs, une fois qu'ils sont devenus célèbres. "Je ne sortais pratiquement plus de la maison, je m'y terrais, j'étais comme blessé dans ma chair. Le fait de pouvoir écrire de nouvelles chansons m'a permis de me libérer, d'expulser ces sentiments négatifs qui me démangeaient. J’étais mal dans ma peau, mais d'un autre côté, ces épreuves m’ont servi. Ce n'est pas pour rien si les chansons de ‘Black Love’ sont aussi intenses, aussi fortes, aussi poignantes. Elles sont à l'image des émotions que je ressentais à ce moment. "

Clarinettes et violoncelles

Il n'arrive donc pas à composer quand il est bien dans sa peau. Greg : « Je n'écris en tout cas jamais quand je traverse un vrai moment de bonheur. D'ailleurs, il ne sortirait probablement que des idioties. Mais quoi qu'on en pense et même si ça ne se voit pas, je suis capable de ressentir le bonheur et la joie, à très forte dose qui plus est... " S'il a fait son examen de passage, Greg a quand même réussi à concocter des chansons qui sonnent étonnamment spontanées et basiques dans un tel contexte. "C'est vrai qu'il reste au final des éléments très purs, très épidermiques qui existaient à la base de mes chansons. Mais nous avons aussi intégré des nouveautés qui amènent le disque dans de nouvelles directions. Je pense aux parties de clarinettes ou aux violoncelles de ‘Night By Candlelight’. Il y a aussi des percussions qui me semblent atypiques pour nous... ‘Black Love’ est un album tout en contrastes, ce qui m'est sans doute imputable à 100%. Je n'ai pas une vie qui est un long fleuve tranquille... Mais en tant que musicien, j'y trouve certainement une source d'inspiration."

Article paru dans le n° 44 du magazine MOFO de juin 1996.

Fun Lovin’ Criminals

Presque parfaits

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Fondé en 1993, ce trio est devenu célèbre suite à la publication du single « Scooby Snacks », une chanson incluant des samples de dialogues, extraits des films ‘Pulp Fiction’ et ‘Reservoir Dogs’ de Quentin Tarantino. Et paru il y a quelques mois, leur premier opus, ‘Come Find Yourself’, constitue un des meilleurs disques de hip-hop crossover rencontré depuis un bail! Le trio est aussi invité au prochain T/W (le vendredi à Torhout et le samedi à Werchter). L'interview était donc presque obligatoire.

C’est Steve, le batteur, qui nous a servi d'interlocuteur. Même s'il est le dernier venu du trio, son rôle ne se limite pas à la batterie: comme Fast, il s'occupe aussi de la programmation des machines. Ce Fast, lui, c'est l'homme à tout faire ou presque, il cumule les rôles de bassiste, claviériste, harmoniciste et même de trompettiste! Mais c'est Huey, le 3e homme, qui est sans doute le plus important: il est guitariste et parolier. Ses racines sont clairement puisées dans le blues-rock et c'est peut-être la raison pour laquelle les Fun Lovin'Criminals pratiquent un savant mélange de la technologie des années 90 et d’éléments qu'on trouve à l'origine du blues, du jazz et du rock'n'roll. Un peu à la façon de Beck ou des Beastie Boys...

"Nous sommes compositeurs tous les trois, dit Steve, mais il y a de grandes différences entre nous, parce que nos centres d'intérêt et nos influences sont fondamentalement disparates, même si on se retrouve sur bien des terrains."

Le terrain de prédilection des FLC, c'est la scène. "Même si nous utilisons des machines très performantes, explique Steve, nous restons prioritairement un groupe live ! Il y a tant de gens qui savent tout faire en studio, mais peu sont capables de se produire en ‘live’, en tant que formation. En fait, 80% de chaque chanson est d'abord conçue sur sampler, avant que nous décortiquions l'ensemble et que nous y ajoutions de ‘vrais’ instruments. Nous avons toujours procédé de la sorte. C'est sans doute l'héritage de nos débuts accomplis au Limelight de New York : on débarquait avec nos bandes sous le bras, mais on jouait dessus en direct, à l’aide de nos instruments. Je crois que c'est la bonne méthode."

Huey, Fast et Steve se sont réunis en 93 sous la bannière d'un nuage de fumée et d'un goût commun pour le bizarre. Ils viennent d'une petite ville située à 3h de voiture de New York. "On s'est retrouvés ensemble à New York après avoir tâté de tous les genres, au sein de différents groupes. Perso, j'ai joué dans des groupes de rock assez classiques, mais j'ai aussi tâté du funk et même de la techno! Ce n'est pas nécessairement un mal ; ça nous a en tout cas donné le goût de l'éclectisme. On mélange tout, parce que ça nous fait poiler. Bien sûr, les journalistes nous attribuent plutôt l'étiquette hip-hop, ce que je comprends parfaitement, mais c'est un peu schématique. On sonne rap, mais pas rien que ça. Il y a d'ailleurs beaucoup de vocaux ‘live’ sur notre Cd."

Comme par exemple, sur cette reprise de ‘We have ail the time in the world’, le thème d'un James Bond (‘Her Majesty's Secret Service’), composé par John Barry, mais interprété initialement par Louis Armstrong.

Autoproduit

Le premier album des FLC (1) est autoproduit. C'est plutôt rare pour un groupe débutant, non? "Oui, c'est marrant. Pendant des semaines, on a bossé chez moi, dans le studio que je me suis construit. On a réalisé des démos qu'on a envoyées à gauche et à droite. EMI a accroché tout de suite. On est donc allés les voir pour discuter le coup. Immédiatement, ils nous ont dit qu'ils voulaient qu'on enregistre et produise l'album nous-mêmes. Franchement, on était sur le cul quand on a entendu cette proposition. On a fini par accepter à la condition de pouvoir disposer d'un ingénieur du son hors-pair. On adorait le boulot que Bob Power avait accompli pour A Tribe Called Quest et De La Soul ; c'est donc tout naturellement vers lui que nous nous sommes tournés. Le plus drôle, c'est que le gaillard, lui aussi, tenait absolument à ce que nous produisions nous-mêmes l'album. A croire qu'ils s'étaient tous donné le mot! Le type dont nous adorions le boulot nous disait: ‘Eh les gars, vous n'avez pas besoin de moi, faites-le vous-mêmes, vous pouvez y arriver’. C'est donc contraints et forcés qu'on s'est tapé tout le turbin ; mais on ne le regrette pas."

Courtes et directes

On ne peut pas reprocher au trio de tourner autour du pot. Les chansons sont courtes et directes. "Ben heu, c'est vrai... Les trucs longs, on n'aime pas trop, ça nous emmerde. Moi, après 4 minutes, je cale. Il faut que ça bouge, je ne sais pas quel plaisir on peut prendre à faire traîner les choses en longueur. Notre façon de fonctionner, c'est plutôt de bosser ensemble, de pondre de bonnes mélodies, de bien les asseoir, d'en tirer un maximum et puis de passer à la chanson suivante."

Les textes –qui sont l'œuvre quasi exclusive de Huey– sont habituellement un élément primordial du hip-hop. Est-ce aussi le cas chez les FLC? "Nous n'avons pas de message particulier à délivrer, pas de prêchi-prêcha. Les textes de Huey sont simples, ce n'est pas un grand philosophe, il se borne à raconter ce qu'il ressent devant les situations qu'il vit. J'ai juste remarqué qu'il a tendance à être plutôt optimiste que pessimiste. Il n'aime pas trop déballer la merde, il préfère, même quand il parle de choses assez noires, voir le bon côté, trouver la porte de sortie, avoir la réaction qui s'impose."

On sait que les FLC sont les favoris de Quentin Tarantino qui les a d'ailleurs laissés faire joujou avec les dialogues de Pulp Fiction sur ‘Scooby Snacks’, un titre qui commence tout doucement à monopoliser les ondes radios. Pour ses samplings, le trio new-yorkais est assez imprévisible, ainsi c'est le riff du ‘Free Bird’ des Lynyrd Skynyrd qu'on retrouve sur ‘Bombin the Ln!’. "Pour les samplings, on cherche évidemment les trucs qu'on aime dans notre discothèque. On a choisi Lynyrd Skynyrd, mais on aurait pu reprendre A Tribe Called Quest qui fait partie aussi de nos favoris. Pendant tout un temps, on vivait dans un petite appart’ et on n'avait pas de blé. On n'achetait pas de Cd et on écoutait invariablement un disque d'A Tribe Called Quest! Mais bon, ils sont très proches de nous, de toute façon. "

Article paru dans le n° 44 de juin 1996 du magazine Mofo

The Presidents Of The United States Of America

L’état de grâce…

On peut vendre deux millions de disques rien qu'aux USA et ne jamais arriver à se produire en Belgique. Les Presidents ont en tout cas raté leur 2 premiers rendez-vous belges, mais ils ont une 3ème chance.

"C'est assez incroyable : les deux fois où un membre du groupe est tombé malade, c'était le jour avant de jouer en Belgique! Il doit y avoir une malédiction. La prochaine, pour être sûrs, on commencera la tournée par la Belgique." Chris Ballew et Dave Dederer sur le flanc, c'est Jason Finn, le batteur du trio qui répond à nos questions.

En dehors des Etats-Unis, c'est en France que le groupe de Seattle a recueilli le plus de lauriers. "Inexplicable, estime Jason. Dave dit toujours que c'est en France que Jerry Lewis a le plus de succès proportionnellement. Peut-être nous comportons-nous comme lui ? Enfin, plus simplement, c'est sans doute parce que les médias français nous ont acceptés tout de suite. Bizarrement, c'est en Allemagne que nous avons suscité le moins d'intérêt."

De toute façon, Jason dit avoir déjà été fort surpris que les gens aient accroché si vite, tant aux Etats-Unis, en Belgique qu’en France. "On a commencé par prendre du bon temps entre nous, et on ne s'est jamais départi de cette conduite. Maintenant le groupe est connu internationalement ; c'est comme s'il n'y avait pas eu de transition entre notre première répète et le fait de vendre des millions de disques. Je me suis dis : ‘Comment est-ce possible que ce genre de truc m'arrive ?’ C'est le genre d’aventure dont on peut rêver, mais personne ne peut s'y attendre."

L’histoire d’un nom...

Ce qui frappe immédiatement, c'est le patronyme des trois Américains. "On l’a choisi comme ça. Rien n'était calculé. Il s'est avéré que c'était un bon nom, à la fois stupide et attrayant, à la fois. Grandiloquent et simple, aussi. Exactement celui qu'il fallait pour décrire notre style de rock qui ne se prend pas au sérieux. Chris et Dave sont depuis longtemps dans les mêmes groupes et ils se sont appelés de différents noms comme les Dynamic Duos, les Pure Frosting... Perso, j'étais dans Love Battery avec qui j'ai enregistré 4 albums. Trois pour Sub Pop et un pour A&M" (NDR : le dernier "Straight Freak Ticket", paru en 95).

"Il n'y a pas la moindre connotation politique", enchaîne Jason. "Dans le contexte musical, s'appeler les Presidents, c'est particulièrement bêta, non ? Bien sûr, nous sommes plutôt démocrates que républicains, mais c'est à titre personnel, individuel. Et rien ne l'indique dans notre musique ou dans nos paroles."

En tout cas, les Presidents n'ont pas rencontré le moindre problème dans leur pays après ce choix. "Sans doute parce que c'est employé au pluriel, qu'on n’a pas choisi le ‘Président des Etats-Unis’. Là, peut-être y aurait-il eu des réactions? En Europe, on utilise l'image présidentielle, et notamment ces photos où nous sommes maquillés, moi en rouge, Chris en blanc et Dave en bleu, les couleurs du drapeau américain. Mais chez nous, on essaie d'éviter ce genre de références pour privilégier l'absurdité du nom."

Le trio provient de Seattle. Ouais, bon, on ne pouvait pas passer la ville sous silence, en rencontrant Jason... "Les projecteurs, depuis l'avènement du grunge, sont braqués sur Seattle. Des événements s’y déroulent ; l'infrastructure est présente, notamment des clubs où se produire et des fantastiques studios de répète. Il y a aussi des stations radio qui sont ouvertes plus que largement aux groupes débutants. Et il n 'y a pas, comme en Angleterre, une stupide compétition entre les formations. Les Presidents sont très Seattle, mais ce n'est pas l'avis de tout le monde. Pour certains, Seattle, c'est Soundgarden ou Nirvana et rien que ça. Je me dis que la ville n'est plus une ville, mais une sorte de concept étrange... En tout cas, à mon avis, il faut pas aller à Seattle pour trouver le prochain Nirvana."

Le côté extrêmement fun des Presidents s'inscrit-il en réaction contre la déprime manifestée par les Nirvana et consorts ? "Je ne crois pas", répond Jason. "Certains groupes grunge sont aussi très fun, très marrants. Nirvana est également responsable de textes très drôles ; ce n'est pas parce que Kurt Cobain s'est suicidé, que tout était noir chez eux. Mais bien sûr, Nirvana, Alice In Chains et Soundgarden privilégient les sons mineurs considérés comme plus tristes..."

Tout le contraire des Presidents. Il semble d’ailleurs que sur leur premier disque, il n’y ait aucun accord mineur. "C'est sujet à caution, tout dépend un peu de l'interprétation. Bref, sur certaines chansons, c'est limite, ça peut être mineur ou majeur selon la façon dont on la joue… Mais en fait, je suis le batteur, c'est le genre de question à laquelle il m’est difficile de répondre."

Jason est le plus jeune des trois, il a 28 balais tandis que Chris et Dave sont respectivement âgés de 30 et 31 ans. Tous, ils sont dans le bizness depuis plusieurs années. "Mais on découvre maintenant un côté des affaires qu'on ne connaissait pas : le côté non musical qui découle naturellement du succès... Mais je ne vais pas commencer à me plaindre, ce serait indécent! Nous avons la possibilité de toucher beaucoup plus de gens. A nous de gérer ce phénomène, de continuer à écrire de bonnes chansons et à réussir de bons concerts."

"On discute beaucoup tous les aspects du groupe. Mais on n'est plus des teenagers, on a grandi et on sait communiquer ensemble sans gueuler. Parfois, c'est dur, mais heureusement on partage les mêmes goûts, la même esthétique, les mêmes idées sur la musique. Et on est tous les trois également impliqués. "

‘Ca plane pour moi’ en Yankee-yourt

Les Presidents sont connus pour leurs reprises : celle de ‘Kick out the jams’ de MC5 notamment, qui figure sur le premier album ; mais sur scène, le groupe reprend ‘Video killed the radio stars’ et ‘Ca plane pour moi’ en version yankee-yaourt! Si, si... Pourtant, aucune de ces deux covers n’a été retenue pour le prochain opus. "On les réserve pour la scène parce que ce sont des chansons qui s'y prêtent. Cela dit, ‘Ca plane’ vient de sortir sur un single en France, mais je ne sais pas si les Francophones retrouveront les paroles originales. En fait, nous on n'y comprend rien! Quant à ‘Kick out the jams’, c'était juste une chouette respiration en forme de clin d'oeil, un classique dont on s'est dit qu'il collait parfaitement à notre répertoire…"  

Ce prochain LP est quasi terminé : 25 chansons ont été enregistrées en janvier dernier. "On attend la fin de la tournée pour les mixer, ce sera sans doute un peu après septembre. Ne t'attend à rien de très différent de ce que nous avons réalisé sur le premier disque. Il y aura un peu plus de trucs rapides parce que, pour s'adresser aux foules, c'est plus efficace (rires), mais les chansons sont comparables. Ah oui, le son sera meilleur, mais tu t’en doutes certainement ; on a mis plus de moyens à notre disposition" Le premier disque n'aurait coûté que 120 000 FB (NDLR : 3 000€), une paille. "L'album provisoirement devrait s'intituler ‘Two’. On s'arrêtera à ‘4’. C'est là que Led Zep s'est arrêté, alors que Chicago continuait... On a choisi notre camp!"

Les thèmes des chansons du prochain disque ? "Plus de chansons à propos des animaux et des bagnoles (rires). Tu sais, les paroles, on n'y accorde qu'une importance relative, le tout est de s'amuser."

Ah oui, et ‘Lump’, c'est pas une chanson sur le cancer ? C'est pas très léger ça comme thème, hein Jason? C'est aussi ‘pour s'amuser’! "Ouais, Chris l'a écrite effectivement à propos d'une tumeur. Mais on a un peu hésité, parce que le sujet est très grave, très triste. Alors on a utilisé une métaphore. On peut penser que cette chanson parle d'une femme monstrueuse. Une façon de désamorcer la ‘tension’".

Jason n'écrit pas lui-même de texte: "Je suis à peine capable d'écrire des cartes postales, alors..."

(Article paru dans le n° 44 du magazine Mofo de Juin 1996)

Hothouse Flowers

La religion ? Un prétexte pour entretenir la guerre qui sévit en Irlande du nord…

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Les Hothouse Flowers sont des lrlandais on ne peut plus ‘roots’. Il est vrai qu'en portant des noms comme O’Maonlai ou O'Braonain, vos origines deviennent vite suspectes. Puisant son inspiration dans le riche héritage de la verte Eirinn, le groupe perpétue, avec fierté et passion, la tradition gaélo-celtique.

A partir de cet instant, les clichés sont faciles : on pourrait parler de la Guinness, des jolies rousses voire du trèfle à 4 feuilles mais dans ce cas-ci, il vaut mieux les éviter. Hothouse Flowers n'est pas une formation folklorique faisant résonner les binious sur les bords du Connemara ou dans la vallée de Cork. Ses inclinations musicales passent par la soul et le rhythm'n'blues. Leurs compositions véhiculent un côté religieux voire mystique, très proche des négro-spirituals et du gospel made in Harlem.

Définitivement black. Pour en parler, avec en toile de fond le 3ème album « Songs From The Rain », le batteur Jerry Fehily et le saxophoniste Leo Barnes.

Quelqu'un a dit un jour que les Irlandais étaient les Noirs d'Europe. Votre point de vue?

Leo Barnes : Exact. Les Irlandais se rattachent toujours à leurs racines, à l'instar des Noirs américains qui n'ont jamais oublié l'Afrique. De plus, la musique irlandaise a influencé la musique américaine et vice-versa. Dès lors, ce n'est pas surprenant qu'il y ait des points communs entre les 2 cultures. Comme les Noirs, les Irlandais ont beaucoup souffert au cours de leur histoire. Aujourd'hui, c'est davantage l'Eglise que l'Angleterre qui nous opprime. Elle est intolérante. La plupart de nos concitoyens ont voté oui à Maastricht, ils espèrent ainsi que l'Europe, et non l'Angleterre, apportera une solution aux problèmes économiques, sociaux et religieux de notre pays bien que la religion, pour en parler, ne soit qu’un prétexte pour entretenir la guerre qui sévit en Irlande du nord…

D'un point de vue musical aussi, Hothouse Flowers affiche un côté black. C'est évident sur votre nouvel album.

Jerry Fehily : Hothouse Flowers n'est pas un groupe folk traditionnel, à vrai dire. Sur le nouvel album, il n'y a ni accordéon, ni violon. Nos influences musicales sont diverses : elles vont du rock pur et dur au rhythm'n'blues, en passant par la soul music. Personnellement, j’aime bien un truc comme Chick Corea... Quant aux textes, ils ne font jamais allusion à l'Irlande. Liam (O'Maonlai) s’inspire d'expériences personnelles, relatives à sa vie et non au pays. Pas de message d'ordre politique ou social.

Ce qui frappe chez vous, c'est aussi votre dimension religieuse voire mystique. L'influence du gospel et du negro-spiritual?

L.B. : Rejoins ma secte, si tu veux. Donne-moi d'abord ton argent puis tu vivras une expérience mystique... (rires) Non, religieux n'est pas le terme adéquat. Je parlerais plutôt de spiritualité. Nos concerts sont des messes où on ne célèbre qu'une chose : le rock'n'roll!
J.F. : Deux morceaux de « Songs From The Rain » ont été enregistrés à Woodstock, dans une ancienne église transformée en studio d'enregistrement. Peut-être qu'inconsciemment, le lieu nous a inspirés.

Apparemment, vous développez votre style sans tenir compte de nouveaux courants musicaux, comme le grunge.

J. F. : J’estime qu'un morceau comme « Spirit Of The Land » est un peu grungy, même s'il n'y a pas de guitares saturées. Si tu t'étais trouvé à proximité des amplis, la 1ère fois où on l'a joué, tu aurais été impressionné par sa force. Dans l'ensemble, il y a davantage de guitares sur le nouvel album que sur « Home », le précédent.

Il y a un titre sur l'album, « One Tongue », qui prône l'emploi d'un langage universel. Le gaélique, par exemple ?

J. F. : Notre langue maternelle, à Léo et à moi, c'est l'anglais, à la différence de Liam et de Fiachna (O'Braonain) qui ont été élevés dans les 2 langues irlandaises : l'anglais et le gaélique. Fiachna parle aussi le français. C'est utopique de croire, bien sûr, que tout le monde puisse un jour parler la même langue, car il y a trop d'ethnies et de cultures différentes sur terre. C'est avant tout un état d'esprit : cette chanson plaide en faveur de la tolérance, de l'acceptation des différences et de la compréhension entre les peuples.

(Article paru dans le n° 12 d’avril 1993 du Magazine Mofo)

Garbage

La voix de Garbage

Pas de tournée européenne pour Garbage. Il a préféré assurer la première partie de la tournée américaine de Smashing Pumpkins. Dommage, car la formation est occupée de devenir énorme. Et le mot est faible! Les musiciens n'ont pas pour autant attrapé la grosse tête. Evidemment, on les sent un peu dépassé par les événements. Ce qui explique sans doute pourquoi la réalisation de cette interview s'est assimilée à un véritable parcours du combattant. C'est Duke Erikson, le guitariste qui s'est pourtant prêté de bonne grâce au feu de nos questions...

Une histoire comme celle que vous êtes occupés de vivre au sein de Garbage est manifestement excitante, mais n'est-elle pas également quelque part angoissante?

Non. Nous ne sommes pas angoissés par le succès. Nous avons appris à relativiser les choses. Si nous avions peur du succès, nous n'accomplirions pas de tournées. Nous n'enregistrerions pas de disques. Nous serions, en outre, hantés par le spectre de l'échec. Ce qui, à ma connaissance, n'est pas encore à l'ordre du jour. En fait, notre expérience dans le domaine du business nous permet d'éviter ou de contourner les obstacles. Nous adaptons notre comportement aux circonstances. Nous nous comportons, en quelque sorte, comme le lézard. L'inquiétude est un phénomène qui touche surtout les jeunes groupes. Et elle est compréhensible... Actuellement, nous recueillons le fruit de notre travail. Je trouve très gratifiant d'être entouré de fans, d'être apprécié pour nos concerts et nos disques. Et j'avoue en ressentir une certaine fierté...

Ce qui peut sembler normal au vu de la dépense d'énergie exigée par l'aventure?

Oui, mais notre tâche n'est pas aussi épuisante que ce que l'on peut imaginer. Elle est exigeante, c'est vrai. Mais comparativement à celle de certains travailleurs, je ne dois pas me plaindre. Je suis pleinement satisfait de vivre cette existence. Partir en tournée, accorder des interviews toute la journée, ne me dérange pas. Il est enrichissant d'échanger des idées avec des gens qui pensent différemment. De s'extraire de son univers quotidien. De voyager. De rencontrer des gens comme vous... (NDR : merci !)

Si vous deviez recommencer votre premier album, qu'y changeriez-vous?

A l'issue des sessions d'enregistrement, nous avions décidé d'attendre trois ou quatre mois avant de le réécouter. Nous avons ainsi pu faire largement le tour du sujet. Prendre un certain recul par rapport au produit fini. Mais si nous devions à nouveau l'enregistrer, j'ignore totalement à quoi il ressemblerait. Par souci de la perfection, Steve, Butch et moi-même y apporterions des modifications sensibles. Que Shirley refuserait peut-être d'admettre. Notre vision des choses a subi une évolution naturelle...

Es-tu agacé lorsque les médias annoncent que Garbage s'inspire de Curve, Jesus & Mary Chain et de Psychedelic Furs?

Agacé? Pas réellement. Parfois très surpris. Par les comparaisons; surtout lorsqu'elles deviennent contradictoires. Certains disent blanc. D'autres noir. Curve, Psychedelic Furs et Jesus & Mary Chain s'ajoutent à une liste déjà bien fournie. J'ai même lu quelque part que nous avions certaines affinités avec des groupes nés il y a plus de vingt ans ainsi que des compositeurs classiques. En fait, tant d'influences sont cumulées chez Garbage, que nous sommes incapables de discerner quelles sont les plus importantes. Difficile de se prononcer. Même si parfois à tel ou tel moment de la chanson, on y retrouve fugitivement tout ce que tu as pu lire à notre sujet. Parfois, une idée me traverse l'esprit et si nous la trouvons bonne, je la replace instantanément dans le contexte de Garbage. C'est un peu comme en peinture. Cézanne et Picasso étaient illuminés par dix, cent, mille visions des choses. Pas toujours nécessairement personnelles. C'est une manière de voir et de penser qui caractérise la musique pop contemporaine...

Franchement, Garbage, ce n'est pas un caprice de stars ?

Steve, Butch et moi parlions de faire ce genre de truc depuis quelque temps. Ce qui nous a décidé ? Le travail de remixage que nous avions effectué pour des groupes comme U2, Nine Inch Nails et Depeche Mode. A chaque fois, nous effacions pratiquement tout. A part les textes, bien sûr. Pour reconstruire un nouveau morceau. Garbage est né de ce travail en commun.

Et puis est arrivée Shirley. Lorsque vous avez vu pour la première fois Shirley, qu'est-ce qui vous a poussé à l'engager? Sa beauté? Son attitude? Sa voix? Son sex-appeal?

(rires) (silence)... Et bien... Je pense que c'était un peu tout à la fois. Mais tout d'abord sa voix. Sa voix correspondait à ce que nous cherchions. Elle a une force de pénétration, une intensité, tout en demeurant douce, comme celle d'une petite fille. En plus, son registre est susceptible de communiquer un feeling différent à chaque chanson. C'est MTV qui nous a permis de la découvrir. Lorsqu'elle sévissait encore chez Angel Fish.

Pas chez Goodbye Mr Mc Kenzie?

Non, Angel Fish! Goodbye Mr Mc Kenzie, à ma connaissance, n'a jamais tourné de clip. En tout cas n'a jamais eu de clip diffusé sur MTV. Ils ont juste récolté un peu de succès en Europe, en Ecosse et en Grande Bretagne. C'est en regardant cette chaîne de TV que Steve l'a découverte. Il était deux heures du matin et il a enregistré le clip sur sa vidéo. Lorsqu'il l'a repassée nous avons craqué. Nous n'avons pas eu besoin de remettre la cassette. Un seul passage a suffi. Le hasard fait parfois bien les choses...

Une fille et trois mecs, c'est cool ?

Le seul inconvénient avec Shirley, c'est qu'elle est végétarienne et pas nous ; et qu'on a donc parfois du mal à trouver un resto qui convienne à tous.

Elle vit toujours en Ecosse?

Elle a gardé sa maison là-bas, mais doit aussi passer pas mal de temps à Madison où nous sommes basés. C'est devenu en quelque sorte, sa seconde résidence.

Qu'est-ce qui vous a poussés à vous enterrer dans le Wisconsin ?

Notre studio y est. C'est également ici que nos familles vivent. Madison est une belle ville. Il y a quelques groupes et un certain nombre de clubs. Le plus chouette d'entre eux vient malheureusement d'être détruit par un incendie. Mais je pense que ce genre d'isolement est positif. Nous ne sommes pas affectés par le bizness musical qui règne sur des 'Mecque' comme Los Angeles ou New York. Ce n'est pas que nous ne voulons rien savoir de ce qui se passe ; mais c'est le moyen de préserver notre autonomie.

Pourquoi avoir choisi un nom punk pas très bien connoté pour un groupe qui fait de la bonne musique ?

J'ai toujours pensé qu'il était plus fun de se tourner en dérision. Ce nom a diverses significations. Il n'a aucun rapport avec notre musique, même si certains risquent de l'utiliser pour la décrire. En fait on voulait un nom qui ait une consonance ménagère.

Le plus de votre musique, c'est son côté étrange, ses bizarreries ?

En apparence du moins. Nous ne sommes pas des gens bizarres. Mais comme tout être humain, nous avons des côtés différents qui s'expriment dans les textes ou dans la musique. De là à dire que notre album est étrange, il y a une marge. Mais nous aimons le fait qu'on puisse l'écouter à plusieurs reprises et chaque fois découvrir de nouvelles choses. C'est une partie de notre style. Notre musique est en quelque sorte faite de plusieurs couches. Et en découvrant chacune de ces couches ou de nouveaux détails, les titres peuvent prendre des significations différentes.

Est-ce que la musique de Garbage doit beaucoup aux machines ?

Tout le monde le fait. En ce qui nous concerne, le but n'est pas de faire pondre des morceaux à un ordinateur. Nous sommes plutôt du genre à récupérer les vieux instruments qui traînent à la cave et à les brancher pour voir le bruit qu'on peut en tirer.

Pourquoi cette multiplication de remixes consacrée à "Queer"? Est-ce une nouvelle mode?

Une mode? (rires). Non, je ne crois pas. Nous sommes de plus en plus intéressés par les remixes. Avant de nous lancer dans l'aventure Garbage, nous avions déjà traité les compositions de plusieurs artistes dans cet esprit. Mais aujourd'hui, nous avons inversé la situation. Nous refilons une bande son à quelqu'un de l'extérieur, en lui demandant simplement qu'il fasse preuve d'originalité. Pour le reste, qu'il se démerde. Et, c'est souvent ainsi que nous avons de bonnes surprises. A son stade ultime, le processus de déconstruction permet de créer une nouvelle chanson. C'est vraiment très intéressant...

La vidéo du nouveau single "Stupid girl" a déclenché chez la presse insulaire une effusion de qualificatifs multicolores. Une explication?

La vidéo a été confiée à Sam Bayer. Il avait déjà tourné notre premier clip. Mais pour celui-ci, il s'est vraiment creusé les méninges. Ajoutant des couleurs riches, très riches même. Il a 'scratché' le tout, manipulé le produit fini à la manière d'un photographe cubiste. Une performance, lorsqu'on sait que notre prestation n'a duré, pour ce film, qu'une seule journée.

Vous avez annoncé que le prochain album de Garbage serait constitué d'une collection de chansons obscènement heureuses. Une plaisanterie?

Effectivement! C'est une boutade que nous avons lancée à un journaliste britannique. A vrai dire, nous ignorons ce quoi sera fait notre prochain album. Nous avons bien quelques idées sur l'une ou l'autre chanson, mais certainement pas sur le traitement que nous lui réserverons. En fait ce type de déclaration nous permet de conserver une marge de manoeuvre beaucoup plus large. Parce que nos chansons sont en général assez sombres et tourmentées. Je ne parviens d'ailleurs toujours pas à écrire lorsque je suis heureux. Lorsqu'on est vraiment heureux de vivre, on n’écrit pas, on préfère simplement profiter du temps présent.

Les musiciens de Garbage sont de grands admirateurs de Roxy Music, et en particulier de Brian Eno. Et si Brian Eno venait proposer ses services?

Butch était le président du Madison Roxy Music Society. J'en étais membre également dans le Wisconsin. Nous n'avons jamais pensé à cette alternative. Mais nous savons que Brian est un fan de Garbage et qu'il aime notre album. Pour nous, il demeure toujours une idole. Et, si un jour il proposait sa collaboration, ce serait un compliment, un honneur pour nous...

Si tu devais choisir l'album de la décade, tu opterais pour l'album éponyme de Garbage, ou pour "Nevermind de Nirvana? Et pourquoi?

Je choisirai "Nevermind" de Nirvana. Parce qu'il a changé la face du rock'n roll. Parce que son impact sur la musique a été immense. Quant à savoir si c'est l'album que je préfère, c'est une autre histoire...

Intrigants les textes de Garbage ? Assurément ! Une opportunité pour en passer quelques uns en revue en compagnie de leurs auteurs :

*Supervixen : Je suis celle que tu as toujours rêvé d'avoir ou dont tu as toujours eu besoin. Alors apprends à mieux me connaître. (Shirley)
*Queer : Nous y parlons de tolérance, de la façon dont il faut laisser le gens être et ce qu'ils ont envie d'être. (Shirley)
*Only happy when it rains : Ce morceau traite de cet étrange besoin qu'on les gens de passer au travers de tragédies avant de se sentir bien dans leur peau (Duke)
*Only happy when it rains : Ce morceau traite de cet étrange besoin qu'on les gens de passer au travers de tragédies avant de se sentir bien dans leur peau (Duke)
*As heaven is wide : C'est notre chanson religieuse. Elle traite de la confiance aveugle qui mène dans un cul-de-sac (Butch)
*Stupid girl : On aurait également pu l'intituler Stupid boy. Il y est question d'une fille qui s'accommode de moins que ce qu'elle veut. (Shirley)

Version originale de l'interview parue dans le n° 43 (mai 96) du magazine MOFO

Soul Coughing

Et Tori Amos, dis, tu connais?

Écrit par

Ils sont quatre, jeunes et ‘hypeeer’ sympa comme tout. Ils ont du talent à revendre et par conséquent, soulèvent l’enthousiasme des foules, de plus en plus nombreuses... Cette intro façon magazine pour jeunes (au fait, vous ai-je dit qu'ils étaient beaux?), est destinée à saluer la sortie imminente du second album de Soul Coughing…

En publiant « Irresistible Bliss », leur 2ème opus, les New-yorkais de Soul Coughing ont réussi un nouveau coup de maître. Musique urbaine oscillant sans cesse entre jazz, hip hop, rock et ambient, truffée de samples décalés, écriture accrocheuse, titres qui tiennent l'auditeur en haleine jusqu'à la dernière seconde, c'est, le moins que l'on puisse dire, de l'excellent matériel qui, joué live, assurera sur scène et dans la salle un maximum de surprises et de plaisir. Ce dont témoignent les propos tenus par Mark, compagnon-sampleur, et Sebastian, bassiste accro aux séries B.

Toujours plus de ouaf!

Ceux qui avaient craqué sur « Ruby Vroom » ne risquent-ils pas d'être un rien désarçonnés par le côté très rentre-dedans de « Super Bon Bon », le titre d’ouverture de votre second elpee ?

Sebastian : Je crois que cet aspect plus dur existait déjà sur certains titres de « Ruby Vroom ». Ecoute « Uh Zoom Zip » ou « Bus to Belzeebub », tu verras! C'est vrai que le premier album laissait peut-être parfois une impression de légèreté, mais ici l'attitude est restée très similaire. « Super Bon Bon » n'est que l'extension naturelle d'idées plus anciennes.

Vous avez encore utilisé des samples bizarres?

Mark : Euh, il y a toujours plus d'animaux! Plus sérieusement, nous avons encore mieux cerné l'approche des samples. Nous nous sommes lancés sur la voie du développement ultime du clavier. Hormis cette nouvelle orientation, tout comme pour le premier album, une très grande star de la musique est à nouveau samplée. En fin de compte, jouer à l’aide d’un sampleur, ce n’est pas juste pour faire bizarre ; c'est pour nous une façon d'ajouter autant que possible de la couleur et de l'intérêt.

Au fait, quel est le truc le plus bizarre que tu aies jamais samplé ?

M : Ecoute... Tout ce que je peux te dire, c'est que c’était tôt le matin, et que je l'ai capté directement dans le micro.

Yngwie qui ?

Il y a toujours beaucoup de percussions dans votre musique ; est-ce parce que le rythme y est prépondérant ?

S : Il ne nous semble pas plus important qu'auparavant même si nous avons soigné le rythme de ce disque. Pour nous il a autant d'importance que les mélodies et les harmonies. Nous sommes tous des musiciens rythmiques, et la batterie est aussi mélodique que les autres instruments.

Pourtant, votre musique est composée au piano ou à la guitare, dans une chambre d'hôtel...

M : Mais si, nous l'avons déjà fait!
S :
Concrètement, chacun a le droit d’apporter une idée. Parfois, elle intéresse tout le monde, parfois pas. Si c'est le cas, même si elle est minime, elle grandit au fil des répétitions et elle devient celle du groupe. Personne n'arrive jamais en déclarant : ‘Voilà, ça c'est notre nouvelle chanson, et c'est ainsi qu'elle devra sonner’. Ça ne marcherait pas.
M :
Ce processus est également très ‘low-tech’ ; nous n’avons pas besoin de tout notre matériel pour créer...

Vous recherchez la présence de musiciens invités ?

S : Sur cet album, nous avons reçu le concours d’un certain Walter E Sears. Il possède son studio à New York. C’est un pionnier de musique électronique. Il a notamment bossé en compagnie de Bob Moog sur les premiers synthétiseurs. C'est un type très agréable à côtoyer, toujours disponible et qui raconte de bonnes blagues. C'est le genre de guest dont nous avions vraiment besoin. Nous n'avons pas envie de solliciter de grands noms, un guitariste renommé ou quelqu’un du style.

New York, USA

Au début, vous apparteniez à la scène new-yorkaise...

S : Et puis on s'est fait virer (rires). Mais je t'interromps, pose ta question!

Non vas-y, continue...

S : Eh bien nous sommes tous issus de la Knitting Factory, parce que le dub était le point de rassemblement de tous les musiciens blancs issu de l'underground new-yorkais. Mais Soul Coughing n'est pas nécessairement une partie intégrante de cette scène. Principalement parce qu'on n'y rencontre pas beaucoup de groupes ; ce sont surtout des musiciens qui se réunissent pour travailler sur différents projets.

Vous vivez toujours à New York ?

M : Les autres oui, mais moi je viens juste de déménager à San Francisco. Il y a autant de buildings et de monde, mais c'est plus coloré. Il y a du soleil, de l'air... J’ai vécu à New York pendant 11 ans et après avoir été aussi longtemps sur les routes avec le groupe, j'ai fini par cesser d'apprécier la ville. Une fois de retour, j'avais tout bonnement envie d'être ailleurs.

Vous croyez que Soul Coughing aurait réalisé une autre musique si vous n'étiez pas originaires de New York ?

M : New York a influencé nos débuts. C'est une ville où l'information est tellement présente, où il y a tellement de sons, où tu vois tout le temps tellement de choses, que cet environnement te pousse à tout intégrer et à transformer le tout en quelque chose de plaisant sous peine de devenir complètement fou! Sans quoi, je crois que la ville est moins présente sur le second album.

Groove en boîte

Que se passe-t-il quand vous êtes sur scène ?

M : Ce qui domine, je pense, est une espèce de sentiment de danger. Le public a cette impression que la suite n’est pas prévue, ne sera pas évidente.
S :
Plus particulièrement de nos jours, quand les gens entendent de la groove music, ils assument le concept qu'elle a été fabriquée en studio, à l’aide de drum-machines, de séquenceurs, etc. Quand nous sommes partis en tournée, pour défendre notre album précédent, de nombreux sceptiques ont voulu que nous leur ‘prouvions’ notre musique.

Au fait, à quoi ressemble un fan de Soul Coughing?

S : Oh, en général, il mesure 1 m87... (rires). Au début c'était surtout un public à la recherche de musique alternative qui savait que nous venions de New York. Actuellement il s'élargit, mais touche toujours essentiellement un public blanc, ce qui n'est pas forcément positif
M :
C'est en Europe que notre public est le moins spécifique.

Tiens, y a-t-il un groupe européen dont vous vous sentiriez proches, artistiquement parlant?

S : Portishead, je crois.

Et toute la vague de Bristol?

M : Non, juste eux, pour la façon dont ils détournent la musique de danse vers quelque chose de tout à fait autre. La jungle exerce aussi une grosse influence sur notre création. Au-delà, je ne pense pas que nous nous identifions à un groupe particulier. Même si en Europe, on nous a souvent comparés à Can, et aux USA, à Morphine.

Silence on joue

Quel genre de musique écoutez-vous actuellement ?

S : Pas mal de trance, Thelonious Monk, beaucoup de dub, du reggae, de la jungle, Igor Stravinski, Public Assaut... Le silence aussi, qui est très, très important à mon sens.
M :
Pour le moment j'ai la chance d'avoir accès aux collections du Smithsonian Institute, et là, ça va de la vieille musique américaine aux danses aborigènes en passant par l'Asie. En fait, les seuls trucs que je ne peux pas écouter, c'est toute cette frange de nouveau rock américain, et la Britpop.

Tantôt, vous parliez d'underground ; vous avez l'impression de toujours ‘en être’?

M : Je ne me vois pas comme un artiste. Je me suis lancé dans la musique exactement comme on entrait dans une Guilde au XIVème siècle. Je me considère plutôt comme un bâtisseur, qui aime mettre des sons ensemble, et manier ses instruments. Bien sûr, quand j'étais jeune, il y avait des gens que j'admirais, mais uniquement à cause de leur musique. C'est pour cette raison, par exemple, que je suis toujours choqué d'être interviewé par des journalistes anglais. En général, ils n'en ont vraiment rien à foutre de la musique.

Et pourtant, vous devez être de plus en plus impliqués dans tout cet aspect bizness, maintenant que le groupe commence à être connu. Vous allez faire quoi alors?

S : Fumer beaucoup d'herbe, bien sûr (rires). Non... Ce métier peut être drôle si tu ne le prends pas trop au sérieux. C'est vrai que c'est sympa de poser pour des photos, répondre à des journalistes, c'est marrant de parler de soi mais jusqu'à un certain point seulement. En ce qui nous concerne, surtout après avoir été aussi longtemps sur les routes ensemble, nous avons pris le parti de jouer avec notre image, et la façon dont nous sommes perçus. Tout en restant honnêtes à l'égard de nous-mêmes. C'est vrai que c'est parfois râlant de voir son temps se consumer pour des choses qui n'ont pas d'importance, mais en même temps, se présenter face aux gens sous divers aspects est un jeu assez cool.
M :
C'est bien d'être apprécié, surtout par d'autres musiciens. Mais il ne faut pas perdre de vue, que le public ne te connaît qu'au travers de la scène ou d'une interview. Donc, d'une image.

Tori Amos…

Mark, Soul Coughing est paraît-il ton premier groupe... Tu as eu du mal à t’intégrer ?

M : Lors de notre première rencontre, je trouvais cette situation tellement importante tout en ne sachant pas à quoi m'attendre, que je n'ai même pas apporté mon clavier. Puis, pendant notre premier concert, j'étais décidé à ne jouer que si je savais ce qu’il fallait jouer à tel moment précis. Tu sais, pour une petite différence de ton, tu peux soudain reproduire du Bruce Springsteen! Bref, pendant près de la moitié du concert, je me suis contenté d’attendre. Je devais être très prudent! Il m'a bien fallu 6 mois avant de m'intégrer.
S :
Ce qui est positif chez lui, c'est qu'il ne se sent pas ‘obligé’. Et d'autre part il est un des premiers à vraiment utiliser son sampleur selon la philosophie qui a poussé à la conception de ce genre d'engin. Cet instrument ne produit pas de son en lui-même. Il dépend totalement de son utilisateur et de ce qu’il y met. Et Mark, contrairement à d'autres –surtout des DJ avec un clavier– est attentif aux sons, aux contextes. Quand il ‘repique’ quelqu'un de très connu, ce n'est pas dans l'optique de lui décerner une note.

Vous ne direz vraiment rien de celui ou celle que vous avez samplé cette fois?

M : Lorsque nous sortirons notre prochain album! Sur le premier, nous avions choisi Tori Amos. Mais ne l'écris pas, hein! Elle figure sur deux chansons. Pour moi, c'est à la fois très abstrait et évident ; mais personne ne le sait. Je jubile. Cette énigme appartient à notre jeu. Mais là, on doit être de plus en plus prudents, puisque nous sommes de plus en plus connus.

(Article paru dans le n° 43 du magazine Mofo de mai 1996)

 

The Divine Comedy

Le ridicule du sérieux…

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Dans le jargon journalistique, il y a, en matière d’interviews, les bons et les mauvais clients. A ces derniers, il faut tirer les vers du nez, poser 15 questions pour obtenir 10 malheureuses lignes écrites. Neil Hannon, alias Divine Comedy, lui, est un des meilleurs clients! Il suffit de lui lancer quelques mots en pâture et ce sera toujours intelligent, pertinent et drôle... Car le bonhomme ne se prend jamais au sérieux et il semble toujours hésiter entre une belle formule ou un bon mot. A Paris, peu avant un excellent concert au Trianon, il a parlé de « Casanova », bien sûr, son nouvel album, mais aussi des précédents et de son désastreux concert au Botanique, accordé en septembre dernier.

Scott Walker, mon grand fan

Pour « Promenade », le précédent album, tu avais avoué avoir beaucoup écouté Philip Glass et Mychael Nyman. Qui cette fois?

Je ne prends jamais la décision consciente d'écouter quelqu’un de bien précis pour ensuite le copier : ce serait lamentable. Mais il y a toutefois des influences évidentes: Burt Bacharach, John Bany et... Scott Walker, comme toujours. C'est mon grand fan.

Vraiment?

C'est ce que tu es censé écrire (rires). Il a dit des choses assez gentilles à mon sujet. Des journalistes ont dû l'acculer dans un coin et lui demander de citer un artiste contemporain qu'il aime! Et comme il a reçu tous mes CD, il a dû citer mon nom. Il a dit ‘Divine Comedy, ils sont très bons. Je ne les ai jamais entendus, mais ils sont excellents.’

Que dirais-tu de ta vie?

Quand je réécoute « Promenade », je repense à tous ces jours passés au lit dans le flat de mon frère à Ealing. J'avais écrit toutes les musiques mais je n'avais aucune idée pour les textes. Je suis juste resté couché des semaines entières. Et j'ai rêvé le tout. L'idée que des gens écoutent ce disque et pensent la vie merveilleuse que je mène, est vraiment absurde: j'ai vécu une époque épouvantable. Parfois, les plus belles choses naissent des pires! Ce sont des expériences rêvées bien plus que vécues. D'ailleurs, il faudrait un certain culot pour affirmer avoir volé (« Tonight We Fly »). J'aurais peut-être dû me jeter par la fenêtre?

« Tonight We Fly » terminait « Promenade ». Est-ce à dire que pour toi, le dernier morceau d'un disque est très important ? Est-ce le cas encore cette fois?

Sur la dernière chanson, je tiens à finir sur une note plus positive. Il est de mon devoir de ne pas déprimer les gens. Mon problème, c'est que j'ai beaucoup de chansons pour la fin de l'album et peu pour le début! Alors, cette fois, j'ai essayé d'écrire un morceau dans le but spécifique de commencer le disque... De là, ce « Hellooo », un peu ridicule ! « Casanova » est un album sérieux, mais ridicule aussi, par certains côtés. C'est toujours marrant de voir à quel point certaines personnes peuvent se prendre au sérieux. Moi, je ne rate jamais une occasion de me rendre idiot, de me tourner en bourrique. « Theme from Casanova » en est un exemple parfait : partir du rigolo pour arriver au divin. Les deux notions sont indissociables, comme le Ying et le Yang. Tu dois être sérieux, ce qui forcément te fait marrer. Et tu dois être sérieux quand il s'agit de rigoler. Cela dit, je ne suis pas un comique: je me contente de montrer du doigt le côté ridicule de la situation. Si je veux vraiment bien rire, je n'ai qu'à me prendre pour une popstar. C'est tellement absurde. Je suis juste ce petit bonhomme, fils d'un homme d'église. Je devrais sans doute suivre les traces de mon père mais je ne suis pas sûr que ce choix soit judicieux.

Sur ce morceau, « Theme From Casanova », tu donnes les crédits de l’album. As-tu hésité avant de te décider ?

Un peu et puis je me suis dit merde, allons-y! Il vient après « Through a Long and Sleepless Night » dont la fin est énorme et pompeuse. On dirait presque la musique de « Rocky ». Il fallait quelque chose de plus léger. Il y aura sûrement des gens très sérieux qui diront ‘Tu ne peux pas t’autoriser ça sur un disque. Tu es un artiste!’ M'en fous... Une précision au passage: ce n'est pas ma voix qui énonce les crédits, mais celle de mon claviériste.

Ce morceau commence comme de la musique d'ascenseur pour ensuite prendre une autre direction…

Oui et je suis assez content de ce titre. Il y a d'abord ces deux parties très ‘easy listening’ et un peu idiotes mais je ne savais pas comment conclure. Un ami s'est occupé des arrangements de cordes de cette finale. Ceux, stupides, du début sont de moi. On a ajouté ce bruit de tonnerre, ce qui communique ce sentiment de progression, de quelque chose qui grandit, grandit, pour soudain s'évanouir. Il fallait aussi que je case ma référence à « Pet Sounds »: de là, les aboiements de chien! Après, il y a encore cette chanson enregistrée en live avec un grand orchestre. Comme je ne cesse d'y dire ‘Goodbye, goodbye’, c’était difficile de la mettre au début... Et puis, je ne pouvais quand même pas finir sur ce « Theme From Casanova », cela aurait été trop nul.

Vraiment bizarre

Le texte de « Through a Long & Sleepless Night » est vraiment bizarre. Comment est-il né?

C'est une mélodie qui existait depuis 4 ou 5 ans. J'en ai toujours beaucoup qui me trottent dans la tête et dont je ne sais pas trop quoi faire. Apparemment, celle-ci attendait cet album-ci. Cela dit, je n'arrivais pas à lui trouver un texte, alors que tous les autres titres de l'album avaient le leur. Alors, j'ai rouvert mon carnet de notes de l'année dernière et j'ai mis ensemble tous les petits bouts que je n'avais jamais utilisés. Le procédé peut sembler paresseux mais il est intéressant... Je ne sais pas ce que j'ai à être aussi satisfait de moi. Dans les autres interviews, je n'ai cessé de trouver mes idées stupides. Pour celle-ci, je suis redevenu ce mégalomane égocentrique que je suis habituellement.

En fait, « Through... », c'est comme la traversée d'une nuit blanche et…

Au petit matin, tu allumes la radio, il y a un de ces stupides ‘Breakfast Shows’ où ils passent « Theme From Casanova». Le soleil se lève, tu entends les chiens aboyer dans les jardins... c'est affreux. C'est un concept-album! En fait, non, pas du tout, c'est un album qui respecte un thème, mais pas un concept-album.

Estimes-tu important qu'un album soit cohérent ?

Oui, pour moi, ce n'est pas qu'une collection de chansons que j'aurais, par hasard, écrites pendant une certaine période. Toutes les chansons font parties d’un tout ; c'est pourquoi il m'a toujours été difficile d'en extraire des singles. Enfin, cette fois, on le fera, parce qu'on veut faire rentrer un peu d'argent (rires). Il y aura sans doute « The Frog Princess » mais je ne suis pas sûr. Il faudra attendre... Mais tu en feras une excellente critique, tiens, voilà de l'argent...

A propos de cohésion, tu ne crois pas qu'elle est automatique quand les chansons ont été écrites au cours d’une même période ?

C'est sans doute le cas pour la plupart des artistes. Et pour moi aussi, vraisemblablement. Les textes sont le reflet des sujets de préoccupation réunis à un moment précis de l’existence. Quant à moi, j'essaie que ce soit un processus plus conscient. Le seul ennui, c'est que pendant l'écriture de cet album, je ne pensais qu'à une chose: au sexe !

Et comment te sentais-tu?

J’ai vécu pas mal de bon temps, à tourner en Europe. Mais je finissais toujours par me retrouver à Londres... sans argent! J’avais, comme toujours, tout dépensé. J'ai écrit la plupart des textes dans une piaule minable à Brixton. C'était assez déprimant. Je traversais des périodes où je me trouvais génial, et d'autres où je me trouvais à chier!

Quand écris-tu?

Il semble que ce soit toujours en hiver... Mais ce sera sans doute différent la prochaine fois, parce que je voudrais sortir un disque plus vite. Je n'aime pas disparaître deux ans, les gens ont tendance à m'oublier.

En concert, tu sembles toujours vouloir désamorcer une chanson trop sérieuse par une vanne. Par pudeur?

Je ne sais que répondre à cette question. Je suppose qu'il faut préserver une part de mystère. Tu as raison... Je ne peux pas me taper une dépression nerveuse chaque soir quand ma chanson devient trop personnelle… Comment Mark Eitzl d'American Music Club parvient-il à survivre, lorsqu’il part en tournée? Il semble à chaque fois déchirer son âme. Je ne pourrais jamais faire comme lui, je finirais en épave.

Ta musique est étonnamment ambitieuse pour quelqu'un de ton âge (25 ans). Vieillir te fait peur?

Non, non, au contraire, je suis impatient. Je pense avoir le cerveau d'un vieil homme (rires). Et donc, plus j'avancerai en âge, plus je me sentirai en accord avec moi-même. Du moins, je l'espère. En tout cas, je suis persuadé que mes meilleures années sont encore à venir. A moins que ça ne marche pas. Peut-être faut-il que je sois jeune? C'est vrai que cet album est terriblement ambitieux. Parfois, je me demande ce qui a bien pu me passer par la tête. Il y a quelque chose de trop gros, de presque boursoufflé. Mais si tu places la barre très haute, tu as peut-être une chance d'accomplir au moins la moitié du chemin. Parce que les contraintes sont si grandes, de temps et d'argent, qui te tirent vers le bas. Mais tu dois essayer. Plus c'est difficile, plus c'est intéressant.

(Article paru dans le magazine MOFO n°43 du mois de mai 1996)