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Le jeu d’échecs de Vera Daisies

Margaux Jaudinaud, illustratrice multi-casquettes et binôme du groupe Ottis Cœur, se lance en solo sous le nom de Vera Daisies. Après avoir ouvert pour The Libertines, Tess Parks ou encore le band londonien Sorry, elle dévoile un premier titre incisif, "Chess…

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St Johnny

Speed Is Dreaming

St Johnny est originaire du Connecticut, petit état situé au nord est de New York appelé autrefois Nouvelle-Angleterre. Ce qui explique sans doute pourquoi la musique de ce quartet yankee affiche certaines affinités avec la pop britannique. Pourtant cette formation n'hésite pas à jeter le discrédit sur sa ville natale, Hertland, qu'elle décrit comme décadente, sans avenir, rongée par la criminalité et le chômage, une cité qu'elle compare à Londres, parce qu'elle exhale un même parfum de mort et de paranoïa. C'est en tous cas ce que Bill Whitten, leader du combo, épanche dans ses lyrics. Des textes qu'il chante d'une voix laconique, pathétique sur des mélodies chargées d'électricité cinglante, crépitante, grinçante. Des mélodies qui macèrent, tout au long de ce "Speed Is Dreaming", dans un bain acide préparé à base de noisy insulaire (Ride, Swerverdriver, Pale Saints) et de hardcore juvénile (Dinosaur Jr, Buffalo Tom). Epatant!

 

Squeeze

Some Fantastic Place

Si on ne tient pas compte de l'intermède concédé entre 82 et 84, Squeeze compte aujourd'hui vingt années d'existence. Deux décennies au cours desquelles le groupe insulaire (Deptford) s'est toujours évertué à atteindre l'impossible perfection du pop. Mais faute d'avoir pu évoluer, le groupe n'est jamais parvenu à sortir de la deuxième division. Pas de mauvaise, ni de bonne surprise donc à l'écoute de ce "Some Fantastic Place" qui contient de jolies mélodies à fleur de peau, empreintes de spleen ado aux couleurs pastels, mais dont l'essence volatile risque de s'évaporer aussi rapidement qu'elle ne s'est manifestée...

 

Swell

41

Tous les albums de Swell ont été, jusqu'à ce jour, enregistrés au 41 Turk Street de San Francisco. Et pour consacrer cet événement, le trio californien a décidé d'intituler ce troisième opus, "41". Une fidélité que le groupe justifie par les spécificités intimistes, fiévreuses, uniques, inhérentes à ce studio d'enregistrement. Le troisième elpee de Swell s'ouvre et se referme ainsi sur des bruitages piqués du premier étage de ce "41" ou au sein même de l'appartement, logeant en quelque sorte, dans un même écrin, neuf perles fragiles, intenses, sculptées dans le rock crépusculaire, malveillant, sarcastique, glacées par une symbiose étrange, profonde, de cordes de guitares acoustiques et électriques, et embuées par la voix chuchotée, chancelante de David Freel. Swans rencontre Violent Femmes!

 

Swamp Terrorists

Combat Schock

Tels des moustiques qui mènent la danse (!) au dessus des eaux troubles et stagnantes de la musique postindustrielle, les terroristes des marécages conduisent un Combat Schock à l'aide de samplings moites, de collages bourbeux et de remixes vaseux. Attention, la piqûre de ces insectes diptères est dangereuse, et pourrait vous inoculer la fièvre du paludisme cybernétique. Alors, un bon conseil, munissez vous de plaquettes ‘vapona’...

 

Supuration

Still in the sphere

Humour noir ou cocasserie morbide? La bio de cet ensemble lillois nous annonce laconiquement qu'il pratique un death metal à la croisée des chemins de Paradise Lost et de Dantzig. Et puis qu'il s'est illustré sur la scène hexagonale, en assurant la première partie des concerts de Napalm Death, de Carcass et de Suffocation. Enfin, question de macérer encore dans la même sphère d'influences, cet Ep est ponctué d'une cover de Tears For Fears consacrée à "Shout". N'en jetez plus, on est mort de rire!

 

Sunny Day Real Estate

Sunny Day Real Estate

Au bout de quelques accords, nous nous imaginions être en présence d'un autre groupe de grunge. Ce qui semblait logique, dans la mesure où Sunny Day Real Estate relève de Sub Pop. Quoique depuis quelque temps, le label de Seattle fait preuve d'un plus grand éclectisme. Dans le domaine de la musique alternative, bien entendu. Bref, nous étions sur le point de vous décrire les caractéristiques d'une copie conforme de Nirvana... En fait de copie, nous avons dû revoir la nôtre. Car au fil du sillon, cet album éponyme s'est chargé de nuances. Empruntées, vous vous en doutez, au rock yankee. Notamment à Cell, Hüsker Dü, Buffalo Tom et Smashing Pumpkins. Mais également piochées dans le rock insulaire. Celui de U2 circa "Boy", de Manic Street Preachers et même de Gene Loves Jezebel. Onze titres sculptés dans l'intensité électrique, vivifiante, alternant climats languissants, fiévreux et bouffées d'adrénaline. Comme quoi, les apparences sont souvent trompeuses...

 

Suicidal Tendencies

Suicidal for life

Groupe de trash metal par excellence, Suicidal Tendencies adore cultiver la controverse. Rien que le nom du groupe a déjà suscité et suscite encore de nombreuses réactions virulentes de la part des organisations moralistes aux States. Apparemment, cette situation amuse beaucoup Mike Muir, puisqu'il vient de remettre le couvert en intitulant son nouvel album, "Suicidal for life". Traduction : ‘Suicide pour la vie’. Mike se défend pourtant de susciter un quelconque acte de désespoir. Mais cherche à en donner une signification plus profonde. Parce qu'à son avis, la forme de suicide la plus grave, la plus dramatique, est celle que tolère aujourd'hui notre société contemporaine... Côté musical, cet opus renoue avec la formule appliquée à "Lighs... Camera... Revolution" né quatre ans plus tôt. Soit Red Hot pour numérateur et Deep Purple circa "In Rock" en dénominateur. Même les lyrics sont adaptés en ‘fuck’, à la manière de Peyo qui avait recours au langage schtroumpf...

 

Suede

Dog Man Star

Il y avait longtemps que nous n'avions plus émis des appréciations différentes sur un même sujet. Le deuxième opus de Suede nous en a pourtant donné l'occasion...

Guy : Si "Dog Man Star" n'accroche pas instantanément, c'est parce qu'il nécessite plusieurs écoutes pour être apprécié. Il recèle plusieurs perles, parmi lesquelles le single "We Are The Pigs" s'inscrit parfaitement dans la lignée des "Metal Mickey" et "Animal Nitrate". Mais ne vous attendez pas, pour le reste, à une débauche d'électricité crépitante, sournoise. Car les dix autres fragments pétillent dans un univers aux arrangements tantôt synthétiques, tantôt symphoniques, inoculant une passion rafraîchissante, suavement sophistiquée aux mélodies, que sensualise la voix ‘cockney’ de Brett...

Bernard : Désolé, mais ces orchestrations pompeuses, grandiloquentes me rappellent la décadence de l'empire du rock progressif. Pas encore à la solde d'Emerson Lake & Palmer et de Barclay James Harvest, mais avec le même esprit. Hormis ce fameux single, probablement oublié sur le premier elpee, le neo glam de ce "Dog Man Star" me semble beaucoup trop mélodramatique et poseur pour être honnête. Je comprends mieux pourquoi le guitariste Bernard Butler s'est taillé à l'issue de l'enregistrement de ce morceau de plastique...

 

Solar Quest

Orgship

Solar Quest doit certainement avoir beaucoup écouté Brian Eno et Tangerine Dream pour réaliser cet opus. Terry Riley aussi. Cette constatation n'est cependant nullement péjorative. Au contraire. Car les huit fragments de cet "Orgship" sont de toute beauté, d'un esthétisme glacé incomparable. Et des titres comme "La belle of Atlantis", "Flying Spiders", "Liquid sky" ou "Singtree" parlent d'eux mêmes. On nage ici au sein de l'"ambient" le plus pur. Encore que parfois les envolées prennent une coloration new age. Vocaux féminins exotiques (Dead Can Dance?) ou impalpables, claviers cristallins, fluides, mélodramatiques, voire symphoniques participent ici activement à cette véritable "Orgship" de sonorités savoureusement atmosphériques...

 

Smut

Blood, Smut And Tears

"De La Suie" est un quartet féminin qui émane de Minneapolis... Drôle d'idée de choisir un tel patronyme! Et tout aussi curieux d'intituler son premier album "Du sang, de la suie et des larmes". D'autant plus que le contenu n'a aucun rapport avec le jazz-rock pratiqué, fin des sixties/début des seventies, par le mythe new-yorkais Blood Sweat And tears. En fait, cet opus brûle un combustible hardcore du même calibre que L7 et Babes In Toyland. Même les textes sont tisonnés par des lyrics sociopolitiques engagés. Simplement, la voix de Germaine Niemczyk respire un timbre clair, acéré, souffle d'air frais qui protège, faute de tirage mélodique, les compositions de l'asphyxie fatale...

 

Smog

Burning Kingdom

Tout comme Sebadoh et Swell, Smog relève de la ‘lo fi’, mouvement musical yankee qui cherche l'inspiration dans une fascination morbide pour la solitude, le désespoir et la souffrance. Pas très rigolo donc. Mais très souvent efficace. Comme les trois premiers albums du brouillard émotionnel. Malheureusement ce nouveau maxi six titres s'égare un peu trop souvent dans l'expérimentation filandreuse. Et les trop rares instants d'intensité et de fièvre ne parviennent qu'à nous faire regretter les "Sewn to the sky", "Forgotten Foundation" et "Julius Caesar"...

 

The Smashing Pumpkins

Siamese Dream

Smashing Pumpkins cultive, non pas des potirons, mais l'ambiguïté avec beaucoup d'adresse. Ambiguïté des lyrics, de la musique, mais également des propos affichés par les membres du groupe. Pourtant, à l'origine, le quartet de Chicago semblait surtout inspiré par les vertus du psychédélisme insulaire. Celui de Syd Barrett en particulier. "Gish", premier elpee de cet ensemble yankee (Chicago), en était la plus belle démonstration. Produit par Butch Vig, flanqué pour la circonstance d'Alan ‘My Bloody Valentine’ Moulder, "Siamese Dream", s'est quelque peu converti aux concepts métalliques bien dans l'air du temps. Les mauvaises langues ajouteront même au ‘grunge’! "Quiet", deuxième fragment du CD y est en tout cas plongé jusqu'au cou. Cette composition pourrait d'ailleurs devenir à Smashing Pumpkins, ce que "Smell like teen spirit" était à Nirvana. Mais n'anticipons pas!...Sans quoi, tout au long de ce disque, le groupe pille en quelque sorte toute l'histoire du rock'n’roll pour en remodeler une forme plus stimulante, plus progressive. Parfois vous penserez à Suede, à T Rex, à Steve Harley, à Steppenwolf, aux Beatles et pourquoi pas à N******. Mais la mixture sonore est tellement bien agitée, qu'elle ne permet plus guère de comparaison ; certaines compositions mélangeant même une intensité sub métallique et une pureté émotionnelle nées de somptueux arrangements symphoniques...

 

Sloan

Twice removed

"Smeared", premier album de ce quatuor canadien (Halifax), croulait sous un éventail de références aussi riche qu'électrique. Depuis My Bloody Valentine à Sonic Youth, en passant par Unrest, Chapterhouse, Vaselines, Ride et Pursuit Of Happiness. Les Byrds également. A cause du soin apporté aux harmonies vocales. Des harmonies vocales toujours aussi raffinées sur "Twice removed". Mais au service de mélodies beaucoup plus léchées, feutrées même, découpées à la manière des Lemonheads. Ce qui s'explique aisément lorsqu'on sait que les douze fragments de ce CD ont été composés à la guitare acoustique avant d'être remodelées sous un format pop. Rafraîchissant !

 

Slave Master

Under The Six

Sans l'originalité de ses textes, ce groupe yankee ne serait qu'un autre combo de funk-metal. Des lyrics composés par un certain Shabazz qui filtre toutes ses visions sociales, politiques, religieuses et historiques à travers la conscience de l'islam. Pourquoi pas pourvu qu'elles ne conduisent pas à l'intégrisme ! Instrumentalement, Slave Master ne manque pourtant pas d'étoffe, puisqu'il bénéficie de la présence de Michaël Hampton (Parliament, Funkadelic), du vétéran Mackie (Bad Brains) ainsi que du chanteur Gary ‘Mudbone’ Cooper (Bootsy's Rubber Band). Mais Allah seul sait pourquoi la solution manque cruellement de relief et ne parvient que trop rarement à faire passer le coran (!)

 

Six Was Nine

Let It Come Your Way

Déjà que le simple "Drop Dead Beautiful" nous pompe l'air ; alors vous pensez, douze compositions pour un total de près d'une heure dans le même style a de quoi déclencher une crise d'apoplexie. Ce qui n'empêchera pas cet album de rencontrer un énorme succès... sur la bande FM. Pensez-donc, de la soul pop des seventies diluée dans le funk délavé n'intéresse plus aujourd'hui que les admirateurs de Michael Jackson. Achim Degen et Maxkus Tiederman auraient quand même pu utiliser un autre patronyme. "Six Was Nine" ! Jimi Hendrix doit se retourner dans sa tombe. Encore que dans une traduction très libre, il est possible d'entendre : ‘si c'était neuf ?’...

 

Mano Solo

La Marmaille Nue

Après avoir touché à la poésie, au dessin et à la peinture, ce Châlonnais a décidé d'embrasser une carrière musicale. En fait, Mano a beaucoup de choses à raconter. Toxico à quinze ans, séropositif à vingt-quatre, il n'a plus beaucoup de temps à perdre. Tout au long de "La Marmaille Nue", il nous parle de déprime, de solitude, d'absence d'idéal, et bien sûr de SIDA sur un ton brumeux, écorché, imprégné d'un drôle de trémolo. Entouré d'une formation qui limite sa participation à la clarinette, au violon, à la guitare et à l'accordéon, son expression flotte entre guinguette, jazz et flamenco, un style qui malgré quelques affinités avec Les Négresses Vertes ou Pigalle s'inscrit plutôt dans la tradition de la bonne chanson française...

 

Solid Gold Hell (New Zealand)

Swingin´Hot Murder

Bien que relevant du label néo-zélandais Flying Nun, Solid Gold Hell n'a aucun point commun avec les JPS Experience, Bats, Bailterspace, Clean, Chills, Verlaines et consorts. Son style est beaucoup plus expérimental, ténébreux, voire même angoissant. Ecrasé même, sous le joug de ses propres références empruntées à Sonic Youth, Birthday Party et les Melvins. Les drums sont arides, impitoyables, tribaux, la basse accablante, le vocal caverneux, sinistre ; alors que les cordes de guitare s'infiltrent maladivement à travers les fibres de la mélodie; puis tuméfiées, purulentes, éclatent en de multiples plaies, que vient cruellement, cycliquement, envenimer des cuivres oxydés...

 

Sister Psychic

Surrender,You Freak

En moins de trois mois, le label yankee Restless vient de nous faire découvrir trois ensembles très intéressants. A Minutemen, les Buckpets et aujourd'hui Sister Psychic. Ces groupes ne sont pourtant pas néophytes, mais ils bénéficient probablement de l'engouement réservé aux formations chargées de rock électrique, et puis certainement d'une promo plus judicieuse... Sister Psychic nous vient de Seattle. Le trio est même né dans la capitale du grunge. Mais n'y patauge pas. Ou si peu. "Surrender, You Freak" dispense treize fragments à la mélodie sombre, torturée. Treize chansons trempées successivement dans le metal de Screaming Trees et le Paisley Underground de Dream Syndicate, le timbre vocal d'Andy Davenhall épousant même les inflexions très yankee de Chris Cacavas. Excellent!

 

The Silos

Diablo

Tout comme Green On Red, Steve Wynn et Chris Cacavas flanqué de ses Junkyards, les Silos appartiennent à une même famille de céréales yankees cultivées dans les champs californiens du Paisley Underground. Ensemencé par l'intensité électrique des guitares, "Diablo" constitue la cinquième récolte du combo. Malheureusement, malgré l'omniprésence du violon, l'utilisation judicieuse de la steel guitar, et le sens contagieux de la mélodie, toute la moisson n'offre pas la saveur et la richesse du gluten sonore. Il semble en effet que la moitié des épis aient été abîmés par des averses de Rain Parade. Il est donc bien indispensable d'en séparer le grain dur du grain tendre...

 

Silkworm

Libertine

Trois chanteurs pour un même groupe, ce n'est pas monnaie courante. Surtout lorsqu'ils s'exécutent à tour de rôle. Le hic procède de leurs capacités vocales. Car hormis la voix vibrante, claire de Joel R.C. Phelps, nous déplorons les inflexions très limite de Tim Midgett et d'Andrew Cohen. Mais comme ces organes (NDR : vocaux !) naviguent bien en deçà de la trame instrumentale, on n'y prête guère attention. Une musique claustrophobe, sombre, secrétant des mélodies ébréchées par les cordes de guitares plaintives, languissantes, figées par des accords de basse glacés et drainées par les drums austères. A classer dans le même fichier que Swell, Sebadoh et Smog !

 

Sponge

Rotting Pinata

Curieuse éponge capable d'absorber une multitude de références métalliques. Empruntées tant à Alice In Chains, Nirvana, Stone Temple Pilots, Pearl Jam qu'aux Stooges et à MC5. Faut dire que le quintet est issu de Detroit et fier de l'être. Mais paradoxalement, alors que fin des sixties début des seventies les groupes y dénonçaient les ravages causés par l'industrie automobile de leur Motor City, aujourd'hui ils germent pour échapper à la crise économique. Et c'est un peu un message d'espoir au sein d'un monde au bord du désespoir que Sponge colporte à travers les lyrics de ce "Rotting Pinata". Malheureusement, nonobstant la combinaison de mélodies et de contre mélodies, ainsi que le vocal tourmenté, fiévreux de Vinnie, l'intensité volcanique des guitares souffre trop souvent d'accès de narcissisme...