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Emmy d’Arc

Intense, précis et chargé d’émotion…

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Initialement annoncé à l’AB Club, le concert d’Emmy D’Arc a finalement rejoint la Grande Salle de l’Ancienne Belgique, face à une demande de billets bien supérieure aux prévisions. Résultat : une soirée à guichets fermés, où l’artiste confirme l’élan né de son premier disque et d’une visibilité récemment accrue.

Emmy D’Arc possède-t-elle une voix remarquable ? Oui. Son premier opus, Braving Fears, paru l’an dernier, tient-il ses promesses ? Sans hésitation. Mérite-t-elle le déplacement en concert ? Certainement : forte de plus de 500 prestations, elle affiche déjà une solide expérience. Cependant, il y a pourtant fort à parier qu’une partie du grand public l’a surtout découverte après son passage dans l’émission Ik Vraag Het Aan, diffusée sur la VRT.

La soirée s’annonce dense et habitée. Ce n’est pas la première fois que votre serviteur assiste à un concert d’Emmy, et cette nouvelle rencontre confirme l’impression laissée par les précédentes.

Teun Truijen assure la première partie avec élégance : sa voix aérienne capte rapidement l’attention de l’assemblée. Cette autrice-compositrice-interprète et danseuse belgo-néerlandaise, originaire de Maastricht et installée à Anvers, poursuit une trajectoire prometteuse. Ancienne danseuse professionnelle, elle a notamment accompagné Eefje de Visser en tournée avant de se consacrer pleinement à son projet musical. Médaillée d’argent au Humo’s Rock Rally en 2024, Teun confirme les qualités déjà entrevues. Les titres de son premier EP, Home Is Growing On Me, récemment paru, dessinent un univers où une pop indie rêveuse rejoint des émotions directes. Son passé de danseuse nourrit une présence sur les planches à la fois souple, précise et naturelle. L’auditoire de l’AB se laisse gagner par ce registre personnel, partagé entre élans lumineux et mélancolie délicate. Sa musique associe profondeur soul et climat vaporeux, dans un son brut mais ouvert. Nourri par l’honnêteté et l’émotion vive, l’art de Teun s’ancre dans la narration et offre un aperçu sans filtre de ses pensées, de ses sentiments et de ses luttes (Page ‘Artistes ici). 

La tenture s’ouvre ; un spot éclaire le centre du podium. Emmy apparaît, guitare semi-acoustique en main. Chemise blanche à damiers, pantalon de cuir noir : elle occupe seule l’espace, épaulée par ses loop machines et un clavier placé à sa gauche. Aucun musicien ne l’accompagne. Elle affronte une foule déjà acquise, qui applaudit dès les premières paroles. Elle lance White Flag en acoustique, crie « Come on », et la salle reprend le refrain. L’instant fonctionne immédiatement. Le son est impeccable, comme souvent dans ce temple bruxellois de la musique. Les lumières s’éteignent ; Emmy change de guitare à chaque chanson. Elle enchaîne ensuite I’m Alright. À la fin du titre, elle remercie l’auditoire et explique qu’elle va remplir la Grande Salle en solo grâce à sa loop machine : elle capte les sons frappés sur le bord de sa guitare, puis les superpose en couches successives. Pour Hit Me, elle tapote l’instrument, enregistre la boucle et rejoint aussitôt le piano. Les ivoires résonnent, la fosse applaudit, la température grimpe au fil du set. Le jeu de lumière souligne efficacement sa présence : six puissants projecteurs l’entourent sur une estrade posée à mi-hauteur, tandis que les spots du plafond baignent tour à tour l’artiste et la salle.

La suite démontre surtout sa maîtrise : captiver une grande salle en solo ne s’improvise pas. Emmy D’Arc n’a pas besoin d’une formation imposante. Guitare acoustique, harmonica, piano, voix aérienne et loop station lui suffisent pour construire en direct des arrangements denses et mobiles. Le set trouve son équilibre entre titres appréciés du répertoire et morceaux issus de son premier opus. Words, Hit Me, The Day, Wish I’d Never Met You et le poignant Frontline sont repris en chœur par l’auditoire. Entre ces repères, Emmy dévoile aussi quelques compositions inédites. Elles révèlent un univers plus ample, des structures plus travaillées et des thèmes qui gagnent en maturité. L’un des moments forts survient lorsqu’Admiral Freebee rejoint les planches, armé d’une guitare semi-acoustique et d’un harmonica à la main. Tous deux livrent une version habitée de son classique Rag’n’Run, Emmy assurant les chœurs, tandis qu’un violoncelle ajoute une teinte mélancolique. Elle se montre également convaincante à l’harmonica, qu’elle marie aux ivoires. Votre serviteur a probablement assisté à l’un des concerts les plus marquants de son année 2026 : intense, précis et chargé d’émotion.

Setlist : « White Flag », « I’m Alright », « Ghosts », « Hit Me », « The Day », « Frontline », « November », « What’s On Your Mind ? », « Just Say ’Bye’ », « Rag’n’ Run », « The Consequence », « Words », « Back To You », « In The Shadow ».

Rappel : « Troy » (cover Sinéad O’Connor)

(Organisation : Ancienne Belgique)