15 mars 2012, première escale pour le sexagénaire Horace Andy, dont la petite tournée française démarre à Lille. On ne présente plus l’artiste au vibrato vocal aussi impressionnant que son parcours. Originaire de Kingston où il a enregistré plusieurs perles reggae, il décide de s’exiler aux Etats-Unis (NDR : et oui, le rêve américain). Plus tard, il prend le large vers Londres pour enfin revenir en Jamaïque. Musicalement, c’est tout aussi diversifié. En Jamaïque, les débuts sont difficiles mais après trois audits chez le grand Coxsonne Dodd, il décoche sa première production. Son aventure ne fait que commencer. Et, à aucun moment, il n’hésitera à profiter des différents producteurs qui s’arrachent son talent. Il collabore avec divers musiciens, chanteurs et dj’s dont Jah Shaka, King Tubby et bien d’autres. Dans un autre registre, il prête sa voix au groupe notoire de trip-hop anglais Massive Attack qu’il accompagne pour 2 tournées internationales.
Ce soir, le concert n’est pas sold out et Papy Andy est flanqué d’un band français qui lui apporte régulièrement son concours, le Homegrown Band. Le ton est donné dès l’intro « multi-riddim » : ce sera du reggae classique. Malheureusement, les trois premiers morceaux sont gâchés par des galères techniques qui sont à la limite de la négligence. Gros larsens, micro HF foutu et retours mal réglés. Et la voix d’Horace peine à se faire entendre... Argh ! Ça démarre fort. Heureusement pour l’assemblée (plutôt défoncée voire rastafarienne), « Skylarking » arrive afin de mettre tout le monde d’accord. Quoi que…
L’artiste présente son dernier album « Serious Times ». Il en enchaîne les morceaux qui ne sont autres que des copies-conformes des versions enregistrées. Peu d’âme dans le live band ; d’ailleurs, un cruel manque d’organisation vient jusqu’à mettre à mal la beauté du timbre que nous offre les cordes vocales du chef au sourire charmeur. Durant la prestation, Horace salue l’assemblée et ne semble oublier personne. Il est clair qu’il nous donne du bonheur à l’état pur, mais musicalement, il manque quelque chose ce soir. Chance qu’il soit capable de tenir un public (malgré quelques déserteurs) en haleine à lui seul. La seule critique qu’on pourrait lui adresser, c’est de se conformer à la tradition du Pull Up qui oblige les musicos à s’y reprendre à deux fois avant de commencer réellement un morceau. Quelle drôle d’idée ! Surtout quand on sait que c’est pour faire monter la pression à peine perceptible, jusqu’à présent.
L’Aéronef décolle enfin lors de l’incontournable « Cuss Cuss » qui fait un bien fou aux aficionados du genre. L’homme de la situation en profite pour présenter ses musiciens ; mais ils n’ont pas tous l’air enchantés à l’idée de devoir produire un solo. L’homme nous quitte et ses musiciens lui emboîtent le pas, une fois leur tâche accomplie. Et c’est à ce moment que le tromboniste (seul Anglais sur scène) vient secouer la salle en nous réservant un « Do you want some moooore ? ». Okay, l’affaire est déjà pliée, les musiciens remontent sur les planches pour une sorte d’interlude avant de proposer un dernier morceau de l’album « Serious Times » et de finir en beauté par l’excellent « Ain’t no sunshine » qui réanime la foule et adoucit l’atmosphère. Ce qui est clair, c’est qu’Horace Andy a toujours la pêche. A 61 ans, il assure un set qui dépasse l’heure et demie et sa voix est proche de la perfection. Il est parvenu à communiquer de bonnes vibrations au public, mais à mon humble avis, il manquait quelque chose. Sa représentation spirituelle n’a jamais décollé, sa prestation live était intéressante, mais ne s’est jamais révélée impressionnante. Nous en ressortons, malgré tout, ravis et enrichis en se disant que nous ne le verrons peut-être plus de si tôt.