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Josh T. Pearson

Entre noir et blanc…

Écrit par

L’amer de toute dualité produit des reflets d’argent.
Contrastes délicats et subtils qui s’étendent entre les lignes, entre chaque grain de sable parcourant l’infinie étendue entre le noir et le blanc.
Noir / Blanc
Amour / Haine
Yin / Yang
Métamorphosé, Josh T Pearson incarne à présent un cow-boy blanc, du haut de son Stetson jusqu’à la pointe des Santiags ; ce qui contraste efficacement avec l’image imprimée au revers de nos mémoires.
Transformé, sauvé, exhumé de la fosse au chagrin, l’homme écorché s’est relevé, s’est révélé.
Il ne reste plus de sa longue barbe de misère qu’une élégante toison brillante et entretenue, et sous son couvre-chef, une coiffure soignée.
Revenu de l’enfer et sans guère d’actualité à défendre, l’ex-Lift To Experience a repris la route, la guitare à la main. Mais accompagné, pour la circonstance.

Dans une amusante mise en scène évangélique, le cow-boy blanc parcourt quelques salles d’Europe triées sur le volet, flanqué de son acolyte, le cow-boy noir, sorte de reflet d’un miroir discerné en léger différé.

Lui, c’est Calvin Lebaron.

Plus qu’une copie de Pearson, il en est l’héritier naturel.

Un registre vocal plus large, certes, mais coincé dans un corps chétif, qui correspond parfaitement à ses chansons.

Un troubadour, seul sur les planches, en ouverture d’une soirée qui s’annonce des plus tristounettes.

Car, craignant sans doute davantage un accès de pathos qu’un déferlement barbare, le public liégeois se montre frileux, et ne se présente pas en nombre (c’est le moins qu’on puisse dire).

Éparpillée par grappes dans un Reflektor qui n’a jamais paru aussi grand, l’assistance se fait discrète par respect, mais aussi peut-être parce qu’elle n’a pas le choix…

Calvin Lebaron égrène alors ses chansons, tel un chapelet, essayant tant bien que mal de ne pas perdre son maigre auditoire, pour qui toute tentative de fuite discrète serait de toute façon vouée à l’échec.

Du haut du balcon, grand Stetson blanc observe son ouaille en toute bienveillance.

Puis le cow-boy noir disparaît dans l’ombre, laissant la place de choix à son mentor.

Difficile de le blâmer tout de même pour ce set confinant à l’ennui.

La vraie déception viendra donc quelque part de Josh lui-même.

Même si au final, il ne sera question que de rédemption.

Car au delà de la transformation physique qui signe un renouveau mais ne masque pas toutes les cicatrices, la vérité, c’est que notre cow-boy n’a plus rien à dire depuis 2011.

La raison ?

« Last Of The Country Gentlemen », un album merveilleux de chagrin, une catharsis lumineuse et plombée de tristesse, est malheureusement appelé à ne pas avoir de lendemain.

Un opus sobre et pourtant étonnamment riche. Où tout est dit. Une somme, une bible.

Donc, depuis, plus rien, si ce n’est un live et quelques bizarreries, tels ces chants de Noël repris pour un CD bonus accompagnant cet elpee dont il est question.

Et c’est justement dans ce registre que Josh décide de planter sa croix.

Calvin Lebaron, qui semble tout aussi attiré par le répertoire pastoral, soutient Pearson, fils de pasteur, pour la petite histoire, et ensemble, ils entament en c(h)oeur un petit cantique désabusé.

Le risque est énorme, mais on pressent que le Texan désire n’en faire qu’à sa tête.

De fait, il annonce le programme de la soirée : old songs en solo et reprises en duo.

Tel sera le menu festif.

Par reprises, on espère alors avoir droit à « Enjoy The Silence » de Depeche Mode ou encore le « Rivers Of Babylon » de Boney M, titre généralement accouplé à l’une ou l’autre de ses chansons.

Las !

Vêtus de fringues évangélistes (des panneaux de carton enfonçant le clou dans la veine de cette blague spirituelle) et sous le patronyme de Two Witnesses, le duo Pearson-Lebaron s’offre les plus grands succès de la Thanksgiving.

Forcément pas passionnant.

La beauté viendra néanmoins, mais il faudra être patient.

Car si notre homme semble aller mieux, l’immersion dans le passé entraîne toujours la même émotion excavée du creux de sa gorge. Et c’est ce que votre serviteur est venu chercher.

Mais puisque le set joue la carte de la dualité lumière/obscurité, il est nécessaire de faire fi de ses appréhensions de païens.

Vient alors le moment du diptyque « Woman, When I’ve raised Hell » / « Sweetheart, I Ain’T Your Christ ». Un exercice périlleux exécuté comme un rituel, dévotement. Et qui requiert toute l’attention.

Quelques instants plus tard, Josh s’arrête au milieu d’une chanson.

Poliment d’abord, il demande à deux spectateurs de cesser leur babillage.

Pour inaudible que soit leur conversation, c’est leur attitude qu’il semble condamner.

Encouragé par les applaudissements du public, toujours prompt à se ranger derrière l’avis de l’artiste, une once d’agacement vient rapidement se glisser dans les rouages de la confiance et le cow-boy blanc de se montrer étonnamment véhément.

La vérité apparaît en filigrane sur le visage à la barbe nette, sous les traits d’une ombre qui s’abat sur les épaules de notre cow-boy.

Pour reprendre le contrôle, il tourne alors le dos à la foule. L’agacement et la nervosité se devinent, mais en s’appliquant, il revient à « Sorry With A Song », ce qui pour le coup, paraît un amusant hasard…

Le fil était à deux doigts de se rompre, il n’en sera rien.

Puis, quelques instants plus tard, vient l’instant de grâce. Celui qui fait la différence. Celui qui imprime sa marque majestueuse et subtile pour longtemps.

Une chanson exceptionnelle de tragédie, extraite, exhumée des fonds de tiroir ; et qui en elle seule, recèle la genèse de « Last of The Country Gentlemen ».

Celle qui raconte tout ou en partie ; celle qui met à nu son auteur, celle-là même, impudique, cruelle, déchirante, dévastatrice qui ne figure nulle part et dont on n’a pas de trace.

Une chanson rarement interprétée, car émotionnellement difficile à appréhender, laissant, de l’avis même de Josh, trop de sanglots dans la voix.

Et si cette fois il ne pleure pas, on sent néanmoins toute la souffrance vécue quand il évoque cet enfant perdu, cette vie dissolue.

La suite ne sera qu’anecdotique.

Encore des chants de culs bénis et des chansons de grand-mères, qui pour divertissantes, démontrent que Josh T Pearson n’écrira sans doute jamais une suite à « Last Of… »

Toute la douleur de son âme déchirée y est confinée, et c’est là que vous y trouverez l’essence de son œuvre.

La soirée s’achèvera au bar, où cow-boy blanc fera une furtive apparition, pour communier avec ceux qui le désirent.

Avant de s’en aller fêter la Thanksgiving sur la route ou dans son Texas natal. 

(Organisation : Les Ardentes)

 

 

 

Josh T. Pearson

Macadam Cowboy

Écrit par

J’avoue, je ne suis guère à l’aise dans l’exercice de l’interview. Cette discipline, c’est avant tout une rencontre, avec une grand part d’inconnu, et l’appréhension de ne pas trouver les questions judicieuses. Celles susceptibles d’éveiller l’intérêt de l’artiste, du public, et le mien au passage. Pour cette raison, je laisse le soin à d’autres de s’y risquer. Ce qu’ils font d’ailleurs bien mieux que moi. Reste l’opportunité unique de rencontrer en aparté des gens qui par la grâce de leur art réussissent à me toucher au plus profond. Si l’angoisse des obstacles cités plus haut prend alors une plus grande dimension, l’excitation de franchir la frontière ténue qui me sépare de l’âme de l’artiste sert de détonateur, et il arrive alors que je sorte de ma tanière et ose m’aventurer sur le terrain de la rencontre.

Une seule écoute de « Last of the Country Gentlemen », premier album de Josh T Pearson depuis la dissolution de Lift To Experience (1996-2001), a suffi pour me jeter à l’eau. Et grand bien m’en a pris. D'interview, au sens classique du terme, il n'y en a pas eu. Une grande conversation à cœur ouvert, sans ambages ni faux fuyants. Un moment rare. Un moment précieux. Dont je vous livre l’essentiel…

Josh T Pearson est grand, mince, et son visage est largement couvert d'une barbe hirsute. Il est voûté sous le poids de la fatigue, mais accueillant, humble et charismatique. Il se sert un grand verre d'eau. Je lui demande comment il va. Débute alors, le plus simplement du monde la conversation qui s'ensuit.

Je suis fatigué. J'ai très peu dormi et je n'arrête pas de courir depuis un certain temps. Aujourd'hui les interviews s'enchaînent. Je me suis levé à 6 heures. Sans savoir si je vais être confronté à des gens qui ont aimé mon album ou pas. Donc, j’appréhende un peu chaque rencontre. Parfois je raconte des conneries. Souvent même (NDR : il sourit et marque une pause). C'est un album difficile qui fait écho à mon âme et j'y ai mis tellement de moi-même. Mais une fois le disque terminé, et bien, voilà, le résultat est gravé et on ne peut plus rien y changer. Et c'est difficile d'en parler. Mais en même temps, c'est agréable. Quand tu t'investis autant dans ton Art, tu espères juste toucher les personnes qui partagent la même sensibilité, qui embrassent la même conception des choses, de la vie, et les autres aussi, peut-être? Je suis assez satisfait du résultat. Mais voilà, maintenant... Il faut que j’assume le service après vente

Apprécies-tu de partager ces émotions avec ton public, de rencontrer des gens qui viennent à ta rencontre pour te dire qu’ils apprécient ce que tu fais?

C'est extrêmement enrichissant de rencontrer tant de personnes différentes à travers le monde. J'adore ces moments de communion et il m'est toujours douloureux d'en repartir les mains vides, sans plus aucune trace de ces bribes de conversations. Que les souvenirs (NDR : à cet instant, une ombre passe sur son visage, puis il semble se ressaisir). Je suis quelqu'un d'assez drôle même si on ne le devine pas à premier abord (NDR : il rit). Les gens sont parfois surpris parce que je raconte des blagues pendant le concert ou que je parle beaucoup.

Parce que ce que tu chantes est singulièrement triste, peut-être ?

Oui, sans doute. Les gens doivent se dire que je suis un sinistre larron (NDR : à ce moment, il se saisit de l’album d’Agnès Obel qui traîne sur un coin de table). Est-ce que tu penses qu’on formerait un joli couple elle et moi ? Tu connais ?

Je l’ai vue dernièrement. Disons que vous partagez une certaine sensibilité mais…

Elle est grande ou petite ?

Petite.

Laisse tomber ! (NDR : il jette la tête en arrière et s’affale dans le divan et m’avoue que cet état d’épuisement est difficile à gérer… nous transgressons quelque peu avant de reprendre le fil de la conversation).

Josh, ton état d'épuisement affecte-t-il tes concerts?

Et bien... (NDR : il réfléchit, prend une grande inspiration avant de répondre). En fait, à un certain stade, tu oublies la fatigue ou en tout cas, tu t'en accommodes. Tant que tu es lancé, tu peux continuer, encore un peu plus. Le plus pénible, c’est quand tu t'arrêtes. Il devient alors beaucoup plus difficile de relancer la machine. En tout cas, j'essaie de garder un maximum d'énergie pour la scène, afin d’offrir le meilleur à ceux qui me font l'honneur d'être présents. Mais, oui, je suppose que quelque part, à la longue, cette situation affecte mes concerts d’une certaine manière. Je ralentis le rythme de mes chansons. Nous ne sommes pas des machines ; donc, ça demande pas mal d'efforts pour ne pas craquer. Ce n'est pas le pire des jobs. J'en ai fait de vraiment terribles. Mais quand je suis sur la route, je souffre de l’absence de mes amis et de ma famille. Je manque de stabilité. Mais c'est nécessaire. En tout cas, je fais tout pour ne pas le laisser transparaître cet état d'épuisement. Mais uniquement sur scène.

Il y a quelques jours, tu étais à Londres afin de donner un concert exclusif pour ton label. Tu y as interprété une série de reprises d'artistes abrités par Mute. Comment s’est déroulé l'expérience?

Elle était amusante et récréative. Tu sais, je dois distraire le public en me servant de avec ma seule voix et de ma guitare. Ce qui n'est pas toujours gagné!

Tu reprends Erasure, notamment.

Oui. Tu as entendu?

Oui, et j'aimais beaucoup. Parce que tu mettais beaucoup de toi dans cette chanson.

Merci. J'essaie toujours de donner un peu de moi. La meilleure partie en tout cas (NDR : il rit). Je reprends Moby aussi (NDR : il commence à fredonner « Natural Blues »). C'était juste pour l'occasion. Parfois, je glisse l'une ou l'autre reprise, mais en général, je développe déjà assez mes propres chansons en longueur (NDR : elles durent en moyenne 10 minutes et il lui arrive d'en enchaîner deux à la suite ou encore de se raconter tout en jouant ses morceaux). Donc en général, je suis venu à bout de la patience du public…

Parlons de ton album. Tu t'es impliqué tellement dans celui-ci, y a mis tellement de choses personnelles, t'es tellement dévoilé. Comment te sens tu après coup? Mieux?

Je ne sais pas encore. Je ne peux pas dire que je me sente mieux. C'est difficile à dire. C'était une sorte de catharsis. Mais de là à dire que je me sens mieux... Certaines personnes m'ont dit qu’ils étaient bien, après l'avoir écouté. Dans ce cas, cette réaction me rend effectivement heureux. En ce sens, oui, je me sens mieux. Il faudra peut-être encore un peu de temps pour que je puisse statuer sur cette question.

Est-ce justement le rapport avec le public qui t'a poussé à enregistrer ces chansons?

Il s’est produit un événement majeur dans ma vie, il y a quelque temps. Je jouais dans un petit club en Irlande, pour le plaisir. Après le concert, deux gars à la stature imposante se sont approchés de moi, des larmes dans les yeux, et ils m'ont demandé pourquoi je n'enregistrais pas mes chansons, pourquoi je refusais de les partager. Je me suis dit, si je suis capable de toucher des gars pareils, et crois moi, ils ressemblaient à des durs à cuire, et bien, peut-être devrais-je en effet enregistrer un album. J’aime l’idée que mon disque puisse aider d’autres personnes. Attention, je ne veux pas sauver le monde, hein. Non, mais ma contribution, aussi simple soit-elle me procure une sorte de bien-être.

Et donc, tu t’es rendu dans un studio, à Berlin ?

Le reste s'est déroulé fort naturellement. On a booké 10 jours et enregistré deux nuits, en prises directes. C’était un procédé très spontané. Mais la bonne manière de parvenir à nos objectifs.

Regrettes-tu parfois la dissolution prématurée de Lift To Experience ?

Non, je n'ai pas de regrets. Pour des jeunes comme nous étions à l'époque, c'était une magnifique expérience, traverser l'Europe et tout ça. Mais nous n'avions pas envie de frayer avec le music business. On vivait au milieu de nulle part. Dans le bled où on habitait, il n'y avait vraiment rien à faire, alors on tournait en rond. Donc, c'était amusant un temps, mais mieux valait arrêter avant de se lasser. Et puis, il nous est arrivé pas mal de merdes. Non, je ne regrette pas.

Et maintenant? Que vas-tu faire?

Dormir ! (NDR : il rit). Non, en fait, je vais continuer à courir. J'ai encore quelques dates. Amsterdam, demain, une radio session en Ecosse vendredi, et puis je joue ici à Bruxelles bientôt, non?

Oui, samedi.

Ensuite, quand j'aurai fini toute cette promo, je rentrerai quelque temps au Texas. J'ai besoin d'y retourner. Je vis à Londres en ce moment. Enfin, je ne sais plus très bien où je vis pour l’instant…

Je repars au Texas en juillet. J'irai faire des tours en moto et je prendrai un peu de repos. Avant de recommencer.

A ce stade, la conversation prend une autre tournure, et c'est Josh T Pearson qui me pose les questions, sur ma vie, sur ce que je fais. Mais cette conversation est bien moins captivante pour vous, amis lecteurs…

 

Josh T. Pearson

Last of the country Gentlemen

Écrit par

Cet album s'adresse essentiellement à ceux qui se retrouvent abandonné aux portes de leur propre enfer. Une œuvre d'une densité incroyable, pourtant épuré et lumineux, mais de cette lumière céleste qui enveloppe le chagrin des hommes.

Plus qu'un album, c'est une confession.

Il regorge de connotations bibliques, et c'est peut-être le seul point commun avec The Lift To Experience, groupe au travers duquel on avait pu découvrir cet artiste d'exception.

Alors que le groupe texan jouissait chaque jour d'une notoriété grandissante, l'ascenseur s'était arrêté avant le septième ciel.

Brisé dans son élan par une série de coups du sort, anéanti par la disparition tragique de l'épouse du bassiste, LTE ne connaîtra jamais le succès qui lui tendait les bras.

De ce succès dont manifestement, ils ne voulaient de toute façon pas.

Josh, le fils de pasteur, le leader à la voix hantée par la grâce des anges s'en est alors retourné dans son Texas natal. S'y est enfermé sous la coupole du ciel lourd et infini, a rangé sa guitare et s'est mis à se taper des boulots de misère.

Puis le Texas l'a étouffé, et il a plié bagage.

Direction Berlin dans un premier temps. Direction: une nouvelle vie.

Peu à peu, le démon l'a repris.

Traînant son chagrin et sa solitude maladive comme un vieux canasson.

Il a repris la guitare, mais a changé d'optique.

Les chansons de Pearson sont devenues de vraies chansons, composées sur une gratte acoustique à l'accordage standard. Pour être au plus près de son âme.

Dix années s'étaient écoulées depuis la fin du groupe, et l'homme avait troqué ses rouflaquettes imposantes et son éternel Stetson vissé sur la tête contre une barbe épaisse et broussailleuse.

Un mariage et une séparation plus loin, quelques errances entre son Texas et Paris où il demeure à présent, il publie « Last of the Country Gentlemen ».

C'est un album d'une beauté stupéfiante. Un album hanté par le fantôme d'une femme. Et la quête du pardon d'une autre.

En près de soixante minutes, il dresse la Passion d'un Christ qui brûle au fond de son âme.

Six titres, dont quatre excèdent les dix minutes. Car il y a matière à dire après toutes ces années de silence.

La légende dit que plus de deux cents chansons ont été écrites depuis qu'il s'est remis à composer, mais que l'ermite préférait les garder pour lui.

Enfin voici gravées quelques épines de sa monstrueuse couronne.

« Thou Art Loosed » débute comme une supplique, comme un Adieu. ‘I'm Off to save the world. At least I can hope’. Un espoir vibrant, vacillant, au bout d'une nuit d'encre.

« Sweetheart I ain't your christ » s'étire lentement dans la douleur. La voix d'ange de Joshua se fait alors poignante, et l'on devine dans chaque intonation et chaque flexion de celle-ci toute la douleur contenue au fil des ans. Tremblante, brisée et d'une émouvante véracité.

« Woman, when I've raised hell » est une prière sincère, la prière d'un homme ne demandant rien de plus que de pouvoir trouver un semblant de paix au milieu de ses tourments. Le violon de cette mauvaise graine de Warren Ellis (un autre barbu de génie) emmène la chanson vers des cieux où mille tempêtes grondent en leur sein, mais c'est dans la poussière que s'éteint cette longue complainte agonisante.

« Honeymoon's great! Wish you were her » est un aveu stupéfiant. Les paroles sont un sang impur qui coule dans un calice. Quelle terrible confession que de s'avouer en pleine lune de miel qu'on aime une autre et qu’à travers les traits de celle qu'on épouse, c'est le visage d'une autre qu'on devinera éternellement. On imagine difficilement l'impact d'une telle rédemption.

Ne peut s'ensuivre qu'un sentiment de culpabilité, mis en lumière par « Sorry with a song », ode au pardon qui ne peut être accordé, pas même à la première personne. Dans une génuflexion de la voix, les mots confessent l'impuissance et le regret des choses qui ne peuvent hélas être autrement.

En long, en large, douloureusement, cet état des choses, ce constat amer étend son ombre sur cet album confondant de vérité, et d'humanité.

« Country Dumb » n'est autre qu'un hommage aux cow-boys perdus dans le désert aride des désillusions. Aux sombres héros de l'amer comme disait l'un de ses troubadours martyrs. ‘We are failures each and every one’. Le poids des mots pèse sur cette chanson aux envolées scintillantes, comme la poussière d'étoiles tombées prématurément du ciel.

Enfin, comme le Christ expirant sur la croix, J T Pearson s'exclame « Drive her out », dernière supplique, vaine supplique, magnifique supplique. ‘God Damn, it's drivin'me blind’ souffle-t-il, repris en chœur par un cortège d'anges déchus comme lui. Déchus par la vie, déchus par l'amour.

L'album se referme mais réverbère ses échos encore longtemps après. Le silence qui suit « Last of the Country Gentlemen » fait partie de cet album sépulcral et froid comme le marbre dont les portes de l'enfer sont serties.

Chez Lift To Experience, JT Pearson conjuguait les Saintes Ecritures à la fureur des guitares. Ici, au travers de ce calvaire, il vient juste de signer l'un des plus beaux albums de tous les temps.