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Echolalia

Echolalia

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L’écholalie (NDR : en anglais Echolalia) est une tendance spontanée à répéter systématiquement tout ou une partie des phrases, habituellement de l'interlocuteur, en guise de réponse verbale.

Echolalia, c’est aussi un quatuor texan, originaire de Nashville, qui a enregistré son album éponyme dans une ancienne abbaye datant de 1160, située sur l'île de Wight. Cette abbaye restaurée, est aujourd'hui transformée en studio d'enregistrement.

L'album d'Echolalia est une œuvre unique, à la fois pastorale, psychédélique, confortable, progressive, familière et inattendue.

Hormis les ballades, les morceaux de l'album tirent un peu dans toutes les directions. Caractérisé par sa mélodie doucement douloureuse et sa steel guitare gémissante, "Dreams Of You" ouvre l'elpee. Paru en single, "Odd Energy" se distingue par sa rythmique lyrique et propulsive avant de s’enfoncer dans le psychédélisme. Les lignes mélodiques de "Little Bird" sont hantées par Paul McCartney. Romantique, "Blood Moon" est tramé sur des accords de piano martelés. Si "Rainbow Road" rappelle le style vaudeville des Tiger Lillies (les sticks de drums à balais jazzyfiants), "The fox and the grapes" lorgne vers une forme de folk prog qui invite paradoxalement un moog.

L'album s’achève par "In The Pub", une plage qui sort vraiment de l’ordinaire. Dans l’esprit de Beck et sur un ton hip hop, elle recrée l’atmosphère particulière qui règne dans un pub.

Podcast # 74 émission Inaudible (cliquez sur le logo ci-dessous)

Lala Lala

The Lamb

Écrit par

Derrière Lala Lala se cache une songwritrice de 24 ans, Lilie West. Née à Londres, elle a suivi ses parents à Los Angeles avant de s’embarquer à Chicago pour entreprendre des études d’art. C’est à cette époque qu’elle se lance dans son aventure musicale sous le pseudonyme Lala Lala. Elle sort un premier album intitulé “Sleephead”, en 2016. Elle est rapidement repérée par le label Hardly Art (Protomartyr, La Luz, ...) qui publie ce deuxième opus, “The Lamb”.

Malgré son jeune âge, le parcours de cette jeune adulte (ou de vieille adolescente) est plutôt chaotique, mais il constitue le substrat de ses morceaux qui ont été écrits durant une période difficile de sa courte existence. Ainsi, elle raconte ses problèmes d’addiction à l’alcool sur “Water over Sex”. Après avoir dû affronter le traumatisme de la mort d’un proche, elle s’est également interrogée sur la solitude face à la grande faucheuse. Il en résulte des morceaux bouleversants qui trahissent quand même une certaine naïveté. Sur cet elpee, l’Américaine d’adoption se réserve la guitare et lors des sessions, elle a reçu le concours de quelques collaborateurs, dont un drummer et un bassiste. Mais aussi, au fil des plages qui évoluent entre post-punk et dream-pop, d’une seconde gratteuse, également préposée au synthé, ainsi que d’un saxophoniste.

“The Lamb” est un album mélancolique sur lequel on peut saisir la vulnérabilité d’une jeune femme qui nous laisse pénétrer dans son intimité.

Lala Lala se produira sur les planches du Botanique, le dimanche 24 février. 

Lali Puna

En apesanteur...

Pendant tout un week-end, les Allemands de Notwist ont pris d'assaut l'AB avec tous leurs copains, pour deux soirées spéciales autour du groupe : films, clips, merchandising, DJ-sets, et surtout des concerts, de Notwist (en apothéose) et de leurs side projects (Console, Lali Puna, Ms John Soda, Tied & Tickled Trio, Couch). The Notwist, c'est donc une nébuleuse, une constellation : autour du groupe gravitent plusieurs formations qui ont toutes en commun cette propension à mixer indie pop et électro (de l'indietronica), émotion et technologie, impro et refrains chantés. En cela, The Notwist est une petite entreprise qui fonctionne plutôt bien : la « scène » dont le groupe s'est retrouvé fer de lance connaît un beau succès d'estime, en témoigne ce soir une AB bien remplie, alors qu'au début l'événement était prévu dans l'ABBOX.

 

C'est Couch qui ouvre les festivités, un trio rappelant Add (N) to X (une femme, aussi, aux claviers) et ces groupes de post-rock qui malmènent leurs guitares sans dire un mot. Les riffs sont répétitifs et la batterie reste calée sur le même rythme, provoquant chez leurs géniteurs une transe solitaire qui n'emporte que très peu de spectateurs. Une heure de concert, ce fût long, malgré quelques bons moments.

Arrive alors Lali Puna, qu'on a rarement le plaisir de voir en concert. Valerie Trebeljahr chante timidement, tandis que Markus Acher (chanteur-guitariste des Notwist) reste courbé sur sa guitare, l'air concentré ou l'esprit ailleurs. Des nouveaux morceaux, et quelques perles de « Scary World Theory », leur dernier album en date, un véritable petit joyau. En rappel, une reprise de « 40 Days » de Slowdive, qu'on retrouve sur la compile « Blue Skied An' Clear » du label Morr Music.

Vers 22h30, les Notwist entrent en scène. Il y a plus d'un an qu'on ne les a plus vus, depuis ce passage raté à Werchter, avec Arne Van Petegem en remplacement de Micha Acher et son plantage sur « Pick up the phone » (un grand moment). Cette fois, le groupe est au complet. Les hits y passent, surtout ceux de « Neon Golden » (à part un « Chemicals » un peu fade), plus quelques morceaux plus noisy, traces un peu crasses de leur passé d'ados tourmentés (les premiers albums). C'était là qu'en effet, le bât blessait : peut-être à cause d'un manque de répétition, d'une cuite à la bière belge ou d'un gros rhume chopé pendant le voyage, les quatre Allemands semblaient à côté de leurs pompes quand il s'agissait de jouer ensemble et de jongler avec les crescendo. Pendant ces morceaux rock, de longues plages de silence, avant l'explosion, cassaient tout rythme, et toute ambiance (n'est pas Mogwai qui veut). Un peu comme si on avait coupé le courant pendant quelques secondes (« Mais qui a éteint la musique ? », était la réaction la plus fréquente), avant de rebrancher les prises et de laisser les quatre Allemands faire leur boucan en totale discordance. Bizarre qu'après un an de tournée, deux albums excellents, The Notwist soit encore victime de telles imprécisions. A tel point qu'après trois-quarts d'heure de concert, l'attention du public n'était plus que polie (il était tard aussi), et l'ambiance de partir en couilles comme un vulgaire plat de nouilles. Pas glop.

Lal & Mike Waterson

Bright Phoebus

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Lal et Mike Waterson étaient frère et sœur. Responsable d’une musique folk, le duo a sévi il y a un peu plus de quatre décennies. Il avait choisi d’abord, pour patronyme, The Watersons et pratiquaient un folk plutôt traditionnel. Lal et Mike avaient enregistré un elpee, intitulé "Bright Phoebus", paru à l’origine en 1972. Des artistes notoires britanniques, comme Martin Carthy, Richard Thompson, Ashley Hutchings, Tim Hart et Maddy Pryor avaient participé aux sessions. La plupart des collaborateurs militaient alors chez Fairport Convention et Steeleye Span ! Pressé à 2 000 exemplaires, le long playing sera rapidement épuisé. Il vient donc d’être réédité, en version remasterisée.

Pour l'histoire, Lal Waterson est décédée d'un cancer du poumon en 1998, et Mike est également disparu, mais en 2011. Ils n'ont donc pas eu la chance de connaître cette deuxième vie, accordée à leur « Bright Phoebus »… 

"Rubber Band" et "Magical man"empruntent certaines saveurs au "Sgt Pepper" et "Magical Mystery Tour" des Beatles. Des compos empreintes de bonne humeur qu’alimentent les voix multiples et certains instruments, comme les percussions ou la clarinette. Le reste de l’opus propose un folk classique, le plus souvent non amplifié. Si la voix de Mike se révèle fragile, celle de Lal est autrement limpide. Et des plages comme "Fine horseman", traversée par une clarinette ou "Never the same", soulignée par un violoncelle, en sont les plus belles illustrations. "Shady lady" et "Bright Phoebus" constituent les meilleurs titres du long playing. Le premier se distingue par ses voix féminines polyphoniques et des cordes électriques aussi discrètes qu’efficaces. Le second est également le titre maître. Un morceau de folk/rock au cours duquel, elles ces cordes sont à la fois parcimonieuses et élégantes…

 

Aube Lalvée

Time For The Happiness

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On nous a donc menti ?

Depuis le temps qu’on est persuadé que le bonheur, c’est chiant.

Non, pas pour ceux qui le vivent.

Non.

Plutôt pour nous qui sommes parfois forcés d’écouter ces heureux qui n’ont plus rien à dire.

On pensait que le bonheur tuait toute créativité, on le devinait sans pitié pour l’imagination, tel un grand anesthésiant du génie de l’artiste.

En plus, on avait plein d’exemples qui corroboraient nos appréhensions sur le bonheur.

Et puis, d’album en album, Aube Lalvée nous prouve le contraire.

D’album en album, elle découvre le bonheur.

D’album en album, en se découvrant, elle nous couvre de bonheur.

Pas le truc guimauve et dégoulinant qui colle aux dents.

Non. Plutôt ce truc vivifiant et qui fait chaud dedans.

Une chaleur graduelle.

Parce que forcément, le bonheur, ça ne vient pas comme ça.

Il faut d’ailleurs souffrir un minimum pour y goûter à ce fameux bonheur.

Ça s’appelle le chemin.

Et du chemin, Aube en a parcouru avant d’arriver à cet état extatique.

Alors, forcément, quand elle partage ce bonheur, non seulement, il est communicatif, mais en plus, on en perçoit encore toute sa fragilité, toute sa beauté délicate.

On devine ses veines sous la peau laiteuse, et on les imagine courir jusqu’à cet immense cœur, qui se gonfle, nourri par l’amour.

« Time For The Happiness ». Notez bien l’importance du déterminant.

Ce ‘THE’, il est important. Parce qu’il ne s’agit pas de n’importe quel bonheur.

Tout comme dans la discographie d’Aube, ce sixième opus est donc déterminant.

Parce qu’il ne s’agit pas de n’importe quel album.

C’est celui de l’éclosion, de la révélation.

Non pas au monde (lui, il attendra), mais à elle-même.

Des disques qu’elle enchaîne toujours aussi rapidement.

Une collection généreuse mais pas prolixe.

Chacun des œuvres précédentes révélant le chemin.

Jusqu’à nous mener ici.

En sa compagnie, en haut de cet escalier en colimaçon, dont les marches se dessinent au fur et mesure sous les pieds.

Mélange d’électronique et d’organique, cet album dépeint ce point frontière entre réel et irréel, ce point tangible où l’ivresse devient satiété.

Ou la peur s’estompe et devient moins effrayante.

Où le doute qui s’immisce en tout, qui s’immisce en nous, se laisse apprivoiser.

Cet instant propice où l’abandon nous fait lâcher prise.

Invitation à passer cette limite, le premier titre s’intitule fort justement « Cross The Line ».

C’est un instrumental vaporeux, empreint de magie.

S’ensuit alors le thème principal de ce long playing, développé dans ce titre-phare, car lumineux dans la nuit : « Time For The Happiness ».

‘Happiness’not an easy way’. Non. Point de facilité, ici.

La voix, qui joue à travers différents registres, s’élève et nous surplombe.

Car la vue est plus dégagée là haut, et permet de voir venir.

Et on se rend compte très rapidement du tour de force extraordinaire de cet essai.

Celui de marier dans les mêmes harmonies joie et tristesse, comme un soleil éblouissant au creux de nuages que peu à peu le vent viendrait à chasser.

Car il émane une mélancolie de chaque titre, légère et impalpable.

Selon l’humeur, on percevra donc ces huit morceaux, ces huit éclats de vie, de manière différente.

Écoutes après écoutes, on se surprendra à le découvrir et on découvrira combien il peut encore nous surprendre.

Enregistré et produit par Aube elle-même dans son propre studio, niché entre ses murs parisiens, il marque donc une transition dans le travail d’Aube.

Une évolution qui ressemble à une mue.

Certaines sonorités ne sont pas sans rappeler The XX, certains climats aussi.

C’est sans doute le seul lien tangible que je puisse établir avec une quelconque scène.

Quant à la scène, c’est sans doute la seule chose qu’Aube ne partage pas.

Assumant tous les rôles, cette délicieuse femme orchestre son univers autour de ses instruments.

Prenez donc, puisque c’est offert !

Goûtez-y à ce bonheur, il ne se refuse pas.

Découvrez la, elle n’attend que ça.

Le succès, lui, peut se refuser à elle.

Mais pas vous !

Non, car personne ne devrait se refuser à Aube L.

 

Aube Lalvée

Wake Up The Joy

Écrit par

Un rayon de chaleur descend et vient caresser une peau ornée de roseaux tatoués. Un sourire s'étire généreusement en travers d'un visage baigné d'une douce lumière comme un lever de soleil sur une nouvelle Aube.

Si la joie s'invite sur ce cinquième album, comme jamais auparavant, elle revêt des atours scintillants mais n'oublie à aucun moment qu'elle est le fruit de noces ténébreuses entre  blessures d'hier et délicieuses promesses de demain.

Mise à nu dans une perception pleine du bonheur, Aube L continue son chemin, loin de toute balise, libre comme l'air et reconnaissante envers la vie.

Un chemin intérieur qui à la croisée des doutes, se fait fort d'appeler en renfort l'Amour.

Universel tant que personnel, celui-ci est le soleil qui guide les notes, les intonations de l'extraordinaire voix de cette artiste en tout point différente et d'une générosité hors du commun.

Pas de sensiblerie de pacotille, mais autant de témoignages sincères que de chansons formidables ici.

Aux 8 titres s'ajoute la production gourmande d'une jeune femme qui au travers de sa musique transcrit parfaitement le cheminement intérieur la conduisant aujourd'hui à cette sérénité.

Chaque plage est un hymne à la joie, une ode au bonheur, comme une leçon tirée au suc de la vie. Un suc parfois amer, mais qui mûrit en des fûts de scènes, celles que parcourt cette artiste aujourd'hui comme hier elle arpentait les allées du métro parisien.

Au fil de ses albums Aube acquiert de l’expérience et cette confiance se traduit par une production sobre mais en exacte harmonie avec ses chansons.

Et quand retentit les intonations graves et les envolées déchirantes de « Hold Me », à la fin de l’opus, on reste encore un long moment étreint dans une douce félicité.

 

Bilal

A Love Surreal

Écrit par

Bilal Oliver, originaire de New-York, est l’un de ces chanteurs R&B qui préfère la retenue aux grandes effusions médiatiques. C’est donc en toute discrétion que le chanteur publie « A Love Surreal », son troisième LP en douze ans. Bilal privilégie les complaintes chaudes et sobres, du genre néo-soul, qui l’inscrit dans la même lignée que des artistes comme Erykah Badù ou The Roots, la notoriété en moins.

Si les mélodies sont parfois ultra-efficaces (« Back To Love », « Climbing », « Never Be The Same »), il en est moins pour le phrasé du chanteur qui s’enlise dans une suavité lassante au bout de quelques morceaux. D’autant plus lorsqu’il force les intonations ou les maniérismes pour les rapprocher de celles de Prince. Des défauts aussi manifestes qu’une vache au milieu d’un pré sur des morceaux comme « Longing and Waiting » ou « Slipping Away ».

« A Love Surreal » perd de sa consistance au fur et à mesure que les minutes défilent tant Bilal Sayeed Oliver s’attarde sur des ballades qui se suivent et se ressemblent beaucoup trop. Un disque plutôt anecdotique, donc.

 

Aube Lalvée

Stars in your scars

Écrit par

Ses chansons, Aube L les a (e)ancrées dans la peau, à l’in(star) de ses bribes de vies tatouées à la surface de son épiderme.

Son chant serpente et s’enroule tout autour du mélomane prêt à lui ouvrir les portes de ses perceptions. L’étranglant dans une douce caresse, relâchant son étreinte charnelle pour mieux se glisser et onduler au gré de ces mots tantôt susurrés, tantôt criés, pleurés ou pouffés, par un organe vocal à la tessiture troublante.

Choisissant l’‘Amour’ comme fil conducteur au milieu des dédales de nos tourments d’humains. Un ‘Amour’ immense, généreux, VRAI. Offert avec tant de simplicité qu’il en devient bouleversant.

Aucune chanson au monde n’aura jamais le pouvoir de guérir les blessures de la vie. Mais combien d’entre elles ont contribué à colmater les brèches dans les cœurs meurtris ?

Il est de ces albums qui aident à traverser les tourments, de ces artistes qui vous prennent par la main et vous emmènent au-delà de la souffrance et vous guident l’espace d’un instant là où la douleur s’estompe jusqu’à se muer en apaisement.

Jeux de miroirs qui reflètent nos vies, pans entiers de nos joies et peines ainsi dévoilés par la grâce de chansons intemporelles. Comme un recueil secret de nos cicatrices enfouies où l’on revient souvent pour se faire du bien. Ne pas oublier que nous ne sommes pas seuls (« We Never Walk Alone »). Combien nous sommes tous fragiles, malgré nos carapaces (« I Promise To Myself »). Et qu’au-delà du voile sombre de toute tristesse, la lueur de l’espoir éclaire les plus sombres ténèbres (« Stars In Your Scars »).

Aube est une artiste magnifique, rare, précieuse, et une personne d’exception.

Libre de toutes contraintes commerciales, sa musique est à l’image de cette fille brillante. Un astre dans nos nuits chagrines.

Et quand bien même tout semble fini, il reste encore la traînée lumineuse d’une étoile filante (morceau caché).

En filigrane, résonnent ces mots : ‘Rien n’est grave’.

 

Geneviève Laloy

Bleue

Écrit par

Son job, c’est prof ! Mais à ses heures perdues, elle se transforme en chanteuse. Privilégiant pour style, le jazz. Ah oui, c’est vrai, les profs ont plein de temps à perdre, c’est bien connu…

« Bleue » constitue son troisième opus. Enregistré et mixé fin 2001, le disque vient d’atterrir dans les bacs, il y a un tout petit mois.

Responsable de quasi tous les textes et toutes les partitions, hormis quelques notes qu’elle doit à son cousin Philippe, notre prof a correctement fait ses devoirs. Et elle a pu compter sur la complicité d’une fameuse ‘classe’ peuplée d’élèves qui ont, pour les quinze premiers, joué d’un instrument ou d’un autre, et pour le reste, une autre petite quinzaine également, pris part aux chœurs pour ces beaux mots agréablement mis en musique.

Thème central de ses nouvelles chansons, le ‘bleu’ est omniprésent. Partout, tout le temps.

Mais ce bleu peut prendre plusieurs sens… Il y a la grande bleue dans laquelle la jeune Geneviève se baignait enfant (oui c’est elle sur la photo allongée dans les vagues) ; mais lorsqu’il est utilisé comme adjectif, bleu peut également signifier amateur ou amoureux (être bleu de…) Et enfin la couleur peut symboliser un thème en soi sans faire référence aux deux sens précités.

Si donc dans certaines histoires, car il s’agit bien d’histoires que nous raconte Geneviève, c’est l’eau qui est au centre des préoccupations, celle-ci passe parfois la main aux histoires d’amour ou aux petits épisodes d’une vie. Bref, tout ce qu’il y a de plus banal.

A l’écoute des 15 titres, on a tendance à retomber soi-même en enfance et ceci n’est pas un hasard. Geneviève Laloy a sans hésitation aucune, destiné ce troisième opus à une catégorie d’auditeurs à la limite de l’enfance et de l’adolescence, auditeurs qu’elle connaît très bien puisqu’elle les fréquente continuellement vu son orientation professionnelle. Les thèmes développés conviennent parfaitement à ce jeune public.  

Musicalement, le piano opère son apparition dans l’orchestre aux accents volontairement acoustiques. Violons, violoncelles, contrebasse, harmonica et autres cuivres évoluent en eaux jazz mêlées de latino et folk. De quoi communiquer une consonance joyeuse, sensible et fraîche à cet elpee.

Deux titres sortent du lot pour leur ton et leur musicalité : « Pôle Nord » et « Théophile et Anabelle ». Deux chansons qui devraient se traduire en succès radiophoniques (faudra choisir la bonne station…).

Malgré ces deux perles, ce disque reste malgré tout destiné à la ‘classe biberon’, dont hélas je ne fais plus partie depuis longtemps…

 

Milann & Laloy

Rozz

Écrit par

Décidément, il ne se passe pas une semaine sans l’apparition d’une nouvelle formation ou d’un nouveau projet musical belge. Milann & Laloy, comme son nom semble pourtant l’indiquer, n’est pas un duo ! Non, non, ils sont même quatre, étonnant, non ?

A tout seigneur tout honneur, commençons donc par les deux figures de proue : Didier Laloy et Milann Lafontaine. Ce sont véritablement les deux moteurs de ce ‘quatre places’ ; le premier se consacre à l’accordéon, où il est quasi-omniprésent et le second à la guitare ainsi qu’au chant. Ils se partagent également le travail d’écriture et de composition des quinze titres réunis sur leur (déjà) second album. Efficacement mais discrètement secondés par Didier Fontaine aux drums et Thierry Rombaux à la basse, ils  reçoivent également un coup de pouce d’un certain Philippe Lafontaine (parent lointain ?), responsable de quatre textes mais également partie prenante en ce qui concerne la partie vocale sur « Tu me danses 2.0 ». On épinglera encore deux autres collaborations, Séverine Crayon qui prête également ses cordes vocales sur « Quand mère nature se fâche » et Luc De Vos qui interprète… en néerlandais « Waar is het zwembad ». Drôle, non ?

Une autre particularité de cet album, c’est que bien que répertorié en pop/rock, il recèle cinq plages interprétées dans notre seconde langue nationale, deux dans le dialecte issu du nord de notre pays et sept en anglais. La quinzième, une seconde version de « Tu me danses », est totalement anecdotique…

Le fils du papa de « Cœur de loup » a vraiment hérité des gênes de son père : même facilité de composition de ballades, musicalité et mélodies entraînantes. Sur cet héritage viennent se greffer de façon efficace et pointue les partitions d’accordéon qui font plus que participer à l’accompagnement musical. Elles régulent véritablement la partie musicale des titres qui sont habillées de ces sonorités si particulières du piano à bretelles.

Voguant allègrement entre plusieurs eaux, le ‘quatre places’ surfe sur toutes les crêtes qui se présentent : rock, folk, pop, tango, tout en gardant toujours le cap.

Dans l’ensemble, l’opus est assez convaincant, quelques titres sortant toutefois du lot. Et, serait-ce un effet du hasard, les plages issues de la plume de papa sont diablement plus rythmées et accrocheuses (« Reste d’ivre », « Dès que je te vois »et le déjà cité « Tu me danses »).

Ah, les papas ont toujours quelque chose à transmettre à leurs rejetons, toujours, tout le temps, partout !

Faudrait pas s’en priver, même si un jour, va vraiment falloir voler de ses propres ailes… En attendant, savourez ce beau disque rafraîchissant et original, résultat d’une rencontre étonnante entre un songwriter talentueux et un accordéoniste au potentiel surprenant !

 

Aube Lalvée

I Am

Écrit par

Echouées sur les rives d’un fleuve tortueux et agité que l’on nomme la vie, les chansons d’Aube Lalvée ravivent à elles seules un concert d’émotions diverses auxquelles il est impossible de rester insensible.

Tombé dans le creux de mon oreille une froide journée de mars, l’album « Souls to the wind » avait éveillé en moi un émerveillement que je me suis empressé de vous faire partager (voir chronique découvertes).

Aujourd’hui paraît la suite. « I Am », tel un manifeste, le titre de cet elpee inscrit ses trois lettres au firmament des albums à la grâce intemporelle.

C’est que pris à la gorge dès les premières envolées de « Something simple », escaladant la ligne de basse sombre qui nous emmène vers des cimes majestueuses, il paraît évident que nous tenons là un album de très grande facture, intemporel, somme toute un classique.

Rythmiques et mélodies portent la voix sublime de cette artiste que l’on rêverait de voir éclater au grand jour et que pourtant, paradoxalement, on souhaiterait garder jalousement comme un trésor au fond de son jardin secret.

Poignantes mais non grandiloquentes, avec justesse et sensibilité, les chansons d’Aube L dépeignent un univers à la fois sombre et lumineux, à la fois triste et empli d’espoir.

Le frisson parcourant mon épine dorsale à chaque nouvelle écoute, je goûte pleinement ce fruit suave et m’enivre de ces atmosphères tourbillonnantes avec un plaisir sans cesse renouvelé.

Les racines de cet album poussent dans une terre nourrie de larmes, s’entrelacent dans une étreinte venimeuse et s’étendent à l’infini.

« We never walk alone » et son piano paradant au devant d’un beat martial indique un chemin vers les étoiles, qu’emprunteront seulement dans un premier temps les plus hardis d’entre vous, ceux avides de belles découvertes.

Les mots ne sauraient décrire pareil univers, seule sa musique le peut.

Donc je me tais…

A voir absolument le 03 décembre au Windows, à Bruxelles.

 

Aube Lalvée

Souls to the wind

Écrit par

Improbable perle d'infinie mélancolie nichée dans un écrin de velours (cette voix magnifique à la texture grave qui enveloppe dès les prémices de cet album), la musique de Aube L est un aqueduc qui draine les larmes salées allant droit au cœur.

« Souls to the wind » s'érige dans la lumière d'une Aube nouvelle. En treize titres qui subjuguent par leur beauté. Quatrième opus de cette artiste dont les performances vocales font immanquablement penser au regretté Jeff Buckley, cet album est en soi la somme de milliers d'essais non concrétisés dans la constellation Rock. Rarement musique et chant ne se sont mariés avec autant de grâce dans ce style inclassable qu'on appelle communément Post-Rock.

« Black moon » et ses accents New-Wave, le titre phare « Souls to the wind » dressé dans l'obscurité et guidant les sens dans des travers mystérieux (accentués par l'écho lointain de guitares éplorées) ou encore le Dub languissant de « Life planner » dressent la cartographie de ces paysages brumeux. Au loin, se détachent dans le ciel les veines d'une montagne en deuil (« A song for your love »)

L'histoire de cet album est tristement connue. Peu accéderont à sa grâce intemporelle et en nombre relativement restreint, nous nous abreuverons en secret de son nectar venimeux.

Mais prenez garde, si vous y goûtez.

 

Lali Puna

Our Inventions

Écrit par

Si la maison Morr a bonne presse, c’est parce qu’elle offre un espace de liberté à ses artistes, dans le domaine de la créativité. A contrario des labels qui se repaissent de grosses vibrations électro, l’écurie allemande privilégie les sonorités léchées, subtiles et sensuelles. Et Lali Puna en est probablement la plus belle illustration. Derrière un sentiment de fausse mélancolie, Valerie Trebeljahr et ses sbires n’en ont rien à cirer de faire transpirer le peuple sur le dance-floor. A l’instar des opus précédent, Lali Puna préfère muscler le cœur et le cerveau plutôt que les mollets. Pas pour rien que les mauvaises langues reprochent à ces ‘snobinards des claviers’ de se complaire dans une certaine forme de masturbation intellectuelle.

Il aura fallu quand même attendre six ans avant que le combo ne décide de refaire surface. Pour reprendre leur périple, là où il l’avait abandonné. Pourtant, si les compos de cet elpee sont à la fois émouvantes et belles, elles semblent un peu datées. Elles baignent même au sein d’un climat terriblement electro-vintage. Comme si le groupe n’était pas sorti de son studio depuis 10 ans, et qu’il était soudainement confronté à la dure réalité de l’évolution. Bref, nonobstant son titre, « Our Inventions » n’invente rien. Une bonne raison pour inviter les cerveaux troués à se focaliser sur des artistes davantage dans l’air du temps. Les autres resteront assis, les jambes en tailleur à s’inoculer, par grosse intraveineuse, cette solution sonore tout en douceur, esthétisme, charme, délicatesse et effervescence…

Geneviève Laloy

Hirondelles

Écrit par

Initialement répertoriée comme ‘chanteuse pour enfants’, Geneviève Laloy décide de ‘vieillir’, de franchir un palier en nous proposant, à tous cette fois, adultes et enfants, douze nouvelles chansons qui en font un très très joli moment de plaisir.

Virevoltant autour de sa belle voix : des ‘hirondelles’. Drôles d’oiseaux en réalité qui se prénomment Philippe (flûte traversière, saxo et deuxième voix sur certains morceaux), Didier (accordéon), Vincent (contrebasse et chœurs), Paul (guitares et chœurs), Kathy (violoncelle), Stéphane (percussions) et Thierry (harmonica).

Dans un style épuré et chaud, l’ensemble nous invite à voyager au sein de différents ‘courants’ : du folk au jazz surtout, le tout traversé de relents de musique médiévale. Quant aux mélodies, elles me font un peu penser à la belle époque de Beau Dommage, groupe mythique des 70’s...

Jamais on ne s’ennuie tant chaque plage est originale, chaque nouvelle chanson est entraînante et se retient facilement, apportant joie et fraîcheur. C’est en écoutant pareil disque que notre âme d’enfant (« Cachez-vous ») encore si présente mais hélas bien enfouie sous des tonnes de ‘tracas de la vie’ revient à la surface. L’objectif n’est pas de nous faire réfléchir, de nous attrister ou de nous mettre en garde contre des problèmes de société. Non, les choses simples sont également très jolies à chanter : la nature (« La campagne »), le plaisir de la vie (« Poisson doré », « La luge »). Bref, inutile de se ‘prendre la tête’ !

Merci donc à Geneviève et à ses ‘hirondelles’ de signer de leur(s) plus belles(s) plume(s) des textes et des musiques qui dégagent un petit coin de ciel bleu dans l’univers de nos vies. La grisaille qui nous entoure est pour certains l’environnement quotidien.  Envolez-vous !

Un petit moment de plaisir à partager…

 

Maher Shalal Hash Baz

Blues du Jour

Tori Kudo est un des artistes les plus prolifiques de l’underground japonais, mais c’est sous ce pseudonyme hébraïque qu’il est le plus connu. Huit ans séparent cet album de son prédécesseur, un triple CD de… 83 chansons psyché-folk. Cette fois, il y en a 41 au compteur, pour la plupart ne dépassant pas deux minutes, voire à peine quelques secondes. Enregistré en deux jours aux studios de Stephen Pastel (grand fan et boss du label Geographic), « Blues du Jour » mêle joliment petites comptines folk aux ambiances de catéchisme et vignettes instrumentales (des haïkus ?) pleines de charmes lo-fi (antifolk ?). Chantés dans un anglais trébuchant et enrobés le plus souvent de cuivres, ces 41 titres qui s’enchaînent comme autant de pièces d’un puzzle (chinois) laissent quand même circonspects. Tori Kudo donne l’impression de s’être arrêté à l’ébauche d’une œuvre qui portait en elle pourtant bien des promesses. Comme si ces morceaux n’étaient présents ici qu’à l’état d’embryons, tués dans l’œuf avant d’avoir pu révéler toute leur splendeur. C’est parfois réussi (« Open Field », entre Pascal Comelade et Papas Fritas, « Good Morning », « What’s Your Business Here Elijah ? », « Blues du Jour » et son riff à la… « Purple Haze ») et c’est encore plus dommage : si Tori Kudo n’avait pas dilué son talent dans autant de chansons à moitié développées, « Blues du Jour » aurait pu être un grand disque.

Boris & His Bolshie Balalaika

Psychic Revolution

Début des années soixante, ce fils de diplomate russe passe à l'ouest. Il accompagne sa famille qui se fixe alors en Suède, pour fuir le régime soviétique. Dès 1967, Boris assiste aux prestations légendaires de Jimi Hendrix, à Stockholm. Ce sera le déclic. Il quitte son domicile en emportant la balalaïka de son père. Expérimente le théâtre rural, lorsqu'il n'accorde pas d'aubades aux passants. Cette situation le pousse à militer en faveur des opprimés. Et notamment des victimes du totalitarisme. Quoi de plus normal. Si bien qu'en 1985, il se retrouve en Hongrie aux côtés des étudiants qui se battent pour être libérés du joug de l'Est. Vu ses antécédents, Boris se retrouve au goulag. Jusqu'en 1978. Il retrouve alors sa famille en Angleterre pour y mener une vie plus conventionnelle. Mais en 1983, le virus de la musique le reprend. Il participe au festival de Stonehenge l'année suivante où il fait un véritable tabac. Bien que multipliant les prestations scéniques, Boris n'accepte d'enregistrer son premier album qu'en 1992, "Psychic Revolution". Un disque qui vient enfin d'être distribué chez nous. Pendant plus d'une décennie, il s'est évertué à fignoler son mélange de folk song traditionnel russe et de space rock improvisé. Et cet opus est le résultat de son travail. On y retrouve, bien sûr, deux covers d'Hendrix, "Purple Haze" et "Voodoo Chile", et puis sept fragments néo psychédéliques du meilleur acabit.