Réédition de l’album Elyria de Faith & The Muse

Référence majeure du rock gothique, Faith and the Muse réunit Monica Richards (Strange Boutique) et William Faith, musicien ayant œuvré pour Christian Death, Mephisto Waltz, Sex Gang Children ou encore Shadow Project. Paru en 1994, leur premier opus, Elyria,…

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Jerry Lee Lewis

Décès de Jerry Lee Lewis, une des dernières légendes du rock’n’roll…

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L'un des derniers grands pionniers du rock and roll, Jerry Lee Lewis, est mort à l'âge de 87 ans, ce vendredi 28 octobre 2022. Devenu notoire pour ses talents de showman et son style explosif au piano, il est décédé de causes naturelles.

Il a influencé toute une génération de musiciens, dont Bruce Springsteen, qui avait déclaré à son propos, en 1995 : ‘Il ne joue pas du rock'n’roll, il est le rock'n’roll.’

Ses plus grands hits ? « Great Balls of Fire », « Whole lotta shakin' goin' on », « Crazy arms », « High school confidential » ou encore « Breathless ».

Cependant, des drames et scandales ont marqué son existence.

Né le 29 septembre 1935 dans une famille pauvre et croyante à Ferriday, en Louisiane, il chante le gospel à l’église puis découvre le piano à 9 ans. C’est Carl McVoy qui lui apprend les rudiments du boogie-woogie. A l’âge de 15 ans, il est envoyé dans une école baptiste fondamentaliste, au Texas. Mais il est exclu pour avoir interprété, selon la légende, un cantique gospel en boogie-woogie.

En 1956, il part pour Memphis (Tennessee), où il est l’un des premiers à signer sur le célèbre label Sun.

La même année, il réalise, en compagnie d’Elvis Presley, de Johnny Cash et de Carl Perkins, une séance d’enregistrement qui deviendra mythique : « Million Dollar Quartet ».

C’est à partir de 1957, qu’il enchaîne ses tubes et se forge une notoriété de showman sauvage et exubérant. Il sera même surnommé ‘The killer’. Alors que le rock est encore à ses débuts, le public se presse pour le voir marteler frénétiquement les ivoires de ses doigts, coudes ou pieds…

Son existence sera, néanmoins, loin d’un long fleuve tranquille. Il aura maille à partir avec la police et la justice, à cause de sa consommation d’alcool et de drogues. Et puis, il va connaître une vie sentimentale tumultueuse. Il aura 7 épouses, dont la troisième n’avait que 13 ans, et l’une d’entre elles décèdera dans des circonstances douteuses. Les radios américaines vont alors boycotter son répertoire, sur les ondes, pendant de nombreuses années. Son fils, devenu drummer dans son groupe, qui connaît une existence aussi dissolue que son père, meurt à l’issue d’un accident de circulation, en 1973.

Il a pourtant été un des premiers musiciens à avoir été intronisés au « Rock and Roll Hall of Fame » (musée et panthéon du rock, à Cleveland, Ohio), à sa création, en 1986.

Il a passé une partie de ses dernières années dans son ranch de Nesbit (Mississippi), auprès de sa septième épouse, et se produisait encore sur les planches, début 2019. Mais, victime d’un AVC mineur, en mai dernier, il avait annulé sa tournée

RIP

Lewis Evans

Le Rayon Vert

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Liverpuldien de naissance mais Normand d’adoption (ses parents ont en effet déménagé à Saint-Lo, au cours de son adolescence), Lewis Evans est mieux connu pour être le leader de The Lanskies. Il mène cependant aussi une discrète mais élégante carrière solo en parallèle…

Son nouvel Ep, « Le Rayon Vert » (un bar de Saint-Pair-sur-Mer), qui succède à ses 2 premiers albums, devrait –dans un monde idéal– lui ouvrir les portes de la consécration, tant son écriture fait mouche… mais on peut toujours rêver. Réalisés en compagnie de David-Ivar Herman Dune pendant le confinement, ces 4 titres composés depuis Grainville constituent autant de réussites autobiographiques (NDR : ils abordent pour thèmes ses amours et ses addictions). Sertis dans leur écrin folk, ils sont impeccablement interprétés…

Jeffrey Lewis

Une bonne surprise...

Après de longs et pénibles détours pour trouver la salle, toujours aussi profondément enfouie dans le fin fond du Nord de la France, quelle joie d'apprendre qu'en première partie de Cocorosie et de Devendra Banhart jouait notre vieil ami Jeffrey Lewis ! Pour rappel : l'antifolk, les comics, tout le bazar, en direct de New York, bref un bon petit apéro à cette soirée placée sous le signe du folk hybride et déjanté, tendance Incredible String Band et Linda Perhacs. Il y a du monde au bar, mais Jeffrey et son frère n'en ont cure : ils balancent la sauce et parviennent même à séduire un public pas conquis d'avance (rappel : nous sommes en France – c'est tellement vrai que ça rime, ndr). Grâce à son bagout post-pubère et sa coupe de cheveux complètement ridicule, Jeffrey le bienheureux nous aura rappelé qu'il ne faut ni savoir chanter ni savoir jouer pour donner des concerts (et des bons, en plus). Poète beatnik au verbe acidulé mais drôle (Réf. : Chester Brown, Joe Matt, loosers magnifiques de la BD nord-américaine), Jeffrey Lewis était présent ce soir par surprise, et c'était plutôt une bonne nouvelle.

Mais déjà les sœurs Sourire du revival psyché-folk débarquent avec leurs camions jouets et leur beatbox humaine, un black francophile ayant la triste tendance à parodier MC Solaar, lui-même étant déjà une belle grosse blague (même pas belge, en plus). Mais dès que les sœurs Coco et Rosie (à moins que ce ne soit le contraire ?) commencent à chanter, là c'est le bonheur. Nous sommes dans la Maison de Leur Rêve, à prendre le thé avec une jouvencelle en robe XIXe. Elle nous sourit de sa bouche féline, et entame son chant de sirène : charmés dès les premières roucoulades veloutées qui se glissent en travers de ses lèvres, nous ne pouvons que lui demander encore un peu, euh… oui…, de cet aphrodisiaque sucré. Heureux en amour, malheureux au jeu ? Il en vaut pourtant la chandelle. Et dans cette ambiance on se croirait au grenier, à fricoter sous les bougies, dans le silence interdit d'un rendez-vous coquin. Au début la belle se veut chaste, n'osant murmurer à nos oreilles qu'un souffle léger à faire frémir notre braguette, mais très vite elle se détend, tandis que l'autre, manque d'exploser sous la pression. C'est dans un râle de plaisir que cette histoire aurait dû se conclure. Des gens tapent des mains, à la porte de la Maison : notre union se consume, il est temps de rallumer.

Et d'aller chercher une bière, pour se rafraîchir les idées. Le temps qu'il faut à Coco et Rosie de remballer leur bric-à-brac, pour laisser la place au génie folk de ce siècle nouveau, « the revelation of the year », le gentil gourou du finger picking au poil pachydermique, la réincarnation en éphèbe tatoué de Vashti Bunyan, le plus beau spécimen de 'music freak' en captivité sur cette planète : Devendra Banhart. Fort de deux albums magnifiques sortis en l'espace de six mois (« Rejoicing in the Hands » - album de l'année - et « Nino Rojo »), Devendra Banhart peut se targuer aujourd'hui, chers terriens, d'être l'élu envoyé par le Saint Verbe Acoustique pour nous sauver de la perdition et de la surdité marketée. Ouvrons les yeux, et surtout les oreilles : ce type au look de bédouin white trash shooté à la lavande pourrait bien être notre salut, notre épée de Damoclès face à la médiocrité qui nous assaille tous les jours sur la bande FM. Et comme un beau Jésus, Banhart a invité ses apôtres. Des types aussi barbus que lui (du groupe Vetiver), parce que c'est dans la barbe que crèchent la force et la jeunesse (écouter « This Beard », et pleurer). Sauf que les apôtres parfois se mettent à déconner (rappelez-vous les trois cris du coq – comme chez Coco Rosie d'ailleurs), et c'est Jésus qui trinque. En bref on avait adoré Devendra Banhart en solo ('Mirage au Pukkelpop : des individus en short baggy couverts de boue affirment avoir vu le Christ'), mais entouré d'une bande de saoulards qui auraient bu tout le pinard à la messe, notre sauveur aura bien eu du mal cette fois à prêcher sa bonne parole. Imaginez La Compagnie Créole reprenant Bob Dylan entre deux culs secs au vin rouge (qui a crié 'Judas !' ?) : l'hostie, tout de suite, reste en travers de la gorge. Evidemment, quand en plus c'était - semblait-il - la dernière date de la tournée européenne de Devendra Banhart, on pouvait s'attendre comme de coutume à de longues jams entre musiciens défoncés jusqu'à l'os. A la fin, donc, c'était la fête sur Cène (avec Jeffrey, Coco, Rosie et tout le cirque), mais moins dans la salle : qui aura vraiment tenu jusqu'au bout ? Les derniers seront-ils toujours les premiers ? Qui a lancé la première pierre ? Sans doute que cette soirée restera pour beaucoup un mystère. 

 

Jeffrey Lewis

A Turn in the Dream Songs

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Entre ses nombreuses réalisations de ‘Comics’, Jeffrey Lewis, le petit prince de l’anti-folk new-yorkais, a trouvé le temps de concocter un nouvel album, « A Turn in the Dream Songs », 2 ans après nous avoir concédé sa dernière et réjouissante livraison en compagnie de ses Junkyards. Sans son backing-band de circonstance, l’Américain adoucit le ton sur un opus d’apparence bien plus sage et moins potache que les précédents (hormis « Mosquito Rap », un rap rigolo en titre caché…)

Dès le morceau d’ouverture, « To Go and Return », plage au cours de laquelle, Franic Rozycki de Wave Pictures est venu apporter son concours à la mandoline, le ton est donné : l’instrumentation sera plus riche. Si les textes font toujours intelligemment le grand écart entre l’humour et la profondeur (il aborde une série de sujets pas franchement réjouissants tels que la vieillesse, la perte de ses amis, la solitude ou même le suicide, tout en manifestant une bonne humeur surprenante…), l’expression sonore est bien plus soignée que par le passé. Et la participation de guests n’y est certainement pas étrangère, à l’instar de membres de Dr. Dog (« How Can it Be ») ou d’Au Revoir Simone (« Reaching »). Bien sûr, certaines pistes pêchent par facilité, mais la plupart sont vraiment de bonne facture, deux se détachant même du lot : le délicat « I Got Lost » et le plus allègre « Try it Again ».

Maintenant, si vous le préférez dans son ancien registre, caractérisé par son humour féroce de geek cultivé, il faudra probablement attendre la sortie d’un nouvel elpee en compagnie de ses Junkyards…

 

Kitty, Daisy & Lewis

Oh Happy Day

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Un petit tour dans le passé. Ce jeudi 15 septembre, l’AB reconstituait involontairement un épisode de la série culte ‘Happy Days’. Chemises à pois rouges et Stilettos pour ces dames, bananes gominées et blousons en cuir pour ces messieurs. Ce soir c’est Rockabilly et look fifties à tous les étages. Normal, la salle bruxelloise accueille la fratrie la plus anachronique du moment : Kitty, Daisy & Lewis.

Il y a quelques mois, l’AB annonçait le passage en ses murs des frangins Durham. Le tout en configuration salle. On imaginait bien les trois Britons remplir une ABBox mais demeurait quelque peu sceptique sur leur capacité à combler la grande salle. Finalement, au jour J, Kitty, Daisy & Lewis n’ont pas vraiment eu de quoi rougir de honte. Devant eux se dressait un parterre plein à craquer. Et la fermeture des balcons du second étage portait presque préjudice au public, qui s’est retrouvé aussi à l’étroit que dans une boîte à sardines.

Sur scène, les trois musicos au talent incomparable réservent une surprise de taille à leur public. Jusqu’ici la petite Kitty, la grande Daisy et le charmant Lewis nous avaient habitués à un set à trois, en rangs serrés. Cette fois, la famille Durham est au grand complet ; et pour cause, la progéniture a emmené papa et maman sur les routes d’Europe et au-delà ! Daddy Durham se fait discret sur le côté gauche de la scène, armé de sa guitare. Mama Weiss, elle, se cale derrière une contrebasse à l’autre extrémité de l’estrade. Au milieu, leur enfants se placent tour à tour derrière des instruments et des micros qu’ils vont s’échanger tout au long de la soirée. « Smoking In Heaven ». Le ton est donné. Swing, Rockabilly, Blues et quelques notes de Ska vont se relayer durant près d’1h20. Remarquable pour son jeune âge, la formation affiche de plus en plus d’assurance sur les planches. Entre les morceaux, la petite famille reste concentrée et switche les positions en silence. Ce qui révèle une AB distraite et bruyante, un trait qui devient de plus en plus caractéristique du public de la salle bruxelloise. Pas le temps de râler, « Don’t Make A Fool Out Of Me », interprété par Lewis, chauffe l’auditoire en trois coups de gratte.

En milieu de parcours, le trio invite un certain Eddie Thorton rejoindre la troupe. Le gugusse débarque sur le podium, trompette à la main, prêt à en découdre avec le public belge. Le Jamaïcan donne le ‘La’ du petit quart d’heure Ska. Une discipline qui opère son apparition au sein de trois morceaux de « Smoking In Heaven », le deuxième LP de Kitty, Daisy & Lewis, publié quelques mois plus tôt. « Tomorrow », « I’m So Sorry » et « Hold Me Tight » s’enchaînent ; et le gars, surnommé ‘Tan Tan’ ne s’essouffle pas une seconde. Les jeunes musicos ferment la danse sur deux moments forts, « Messing With My Life » au groove puissant et un « Say You Will Be Mine » épique. Près de 10 minutes-marathon durant lesquels chaque membre du clan Durham se relaiera le temps d’un solo.

Deux morceaux en guise de rappel et le tour est joué. Pour Kitty, Daisy & Lewis l’heure de gloire à manifestement sonné. D’aucuns ne douteront plus jamais de leur capacité à remplir et secouer une assemblée de la taille de l’AB.

Organisation : AB + Live Nation

Kitty, Daisy & Lewis

Smoking In Heaven

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Différent, mais pas trop. Telle est la démarche entreprise par les frangins Durham au sein de « Smoking In Heaven », leur second LP. En 2008, la fratrie surdouée avait pris tout le monde de revers en concoctant un premier album entre roots, blues et revival rockabilly. Kitty était alors âgée d’à peine 15 ans, Daisy de 17 et Lewis, 19. Entre reprises de classiques et morceaux originaux, le trio était tout simplement surprenant de maturité. Le son vintage de « Kitty, Daisy & Lewis », le même que l’on retrouve ici, est de ceux qui laissent bouche bée tant il est fidèle à celui de l’époque retranscrite. Sur « Smoking In Heaven », les Britons parviennent encore, trois ans plus tard, à nous faire croire qu’ils sont originaires d’un patelin du Sud des Etats-Unis et qu’ils ont traversé au moins six à sept décennies pour nous délivrer le meilleur de l’époque. 

« Smoking In Heaven » est donc ‘différent, mais pas trop’ car les trois jeunes adultes lancent l’auditeur sur une fausse piste en ouvrant leur nouvel ouvrage par « Tomorrow », une plage résolument Ska et, plus loin, en introduisant quelques éléments de rock steady (« I’m So Sorry »). Et ce, avant de revenir à leurs bonnes vieilles mélodies bluesy et rockabilly qui refusent tout compromis et fantaisies contemporaines. Kitty, Daisy & Lewis, qui travaillent essentiellement à l’aide de matériel datant des années 50, sont de vrais petits ovnis dans le paysage musical actuel. Nul doute qu’ils donneront des idées à de nombreux artistes en manque d’inspiration. « Smoking In Heaven » est un voyage temporel à effectuer les yeux fermés et les oreilles grandes ouvertes.

Live : 17 juillet au festival Blues Peer (Peer).

 

Harriet Lewis

Soulful stew

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Miss Lewis est originaire de Philadelphie. Au cours de sa jeunesse, elle a beaucoup chanté au sein des églises baptistes. Comme choriste. Chanteuse au caractère bien trempé, elle s’est ainsi forgé progressivement un style emprunté au blues et au jazz, mais en le teintant de nuances gospel et soul.

Gregor Hilden est guitariste. De nationalité allemande, il est aujourd’hui établi à Munster. Il fait partie intégrante de la scène blues teutonne, depuis déjà plus de vingt ans. Il compte déjà une dizaine d'albums à son actif. Mais aussi un excellent Dvd live. Intitulé "Live at the Luna Bar", il mettait en exergue un band talentueux, rehaussé par la présence de toute une série d’invités, parmi lesquels figuraient Wilson B, Jimmy Rogers, Keith Dunn et… Harriet Lewis qui chantait avec bonheur "In the heart of the city".

"Wade in the water" est un traditionnel bien familier. Harriet entame doucement les premiers couplets de cette compo, avant de puiser quelque peu dans ses réserves, par ailleurs fort bien alimentées. Pendant qu’Horst Bergmeyer (NDR : un invité) se charge de l'orgue Hammond B3, Gregor Hilden communique de l'effet au son de ses cordes en appuyant sur une pédale de distorsion. Notre chanteuse libère ses cordes vocales pour attaquer "Hard drivin' mama", un blues imprimé sur un tempo bien enlevé. Gregor prend le large lors d’un solo bien calibré, montant progressivement en puissance. Harriet est tout à fait bouleversante lorsqu’elle se fait proche, intime. Elle articule alors parfaitement, lentement, ses mots. Et "Reverend Lee" en est une belle illustration. Un morceau qu’elle interprète face à un accompagnement minimaliste. C’est-à-dire réduit à quelques notes parcimonieuses concédées par Gregor, le piano de Thomas Hufschmidt et l'orgue Hammond. De quoi nous communiquer un fameux frisson. Miss Lewis aime effleurer son micro de ses lèvres pulpeuses, largement colorées. Pas besoin de s'exciter davantage, on est presque dans la confidence. A l’instar de "Love sneaking up on you", imprimé sur un tempo délicatement R&B. Volker Winck en profite pour souffler dans son saxophone ténor tout en rivalisant avec les cordes du virtuose aux cordes, Mr Hilden. "Since I fell for you" est un blues indolent issu de la plume de Buddy Johnson, une plage notoire très appréciée en fin de soirée. Et en particulier par les couples qui s’enlacent tendrement en restant sur le même carreau. Ce que le timbre suave de l'artiste qui se sert de sa voix comme d'un instrument, entretient avec complaisance. Signée Leiber et Stoller, "On Broadway" est une autre cover ayant fait l’objet d’une multitude de versions. Celle-ci est parcourue de subtils changements de rythme et baigne au sein d’un climat subtilement jazz. Les quatre acteurs du GH Band sont au fourneau : Gregor aux cordes, Thomas au piano acoustique, Sascha Oeing à la basse et Jochen Welle aux drums. Harriet interprète ensuite remarquablement le "Dr Feelgood" d’Aretha Franklin. Un excellent blues lent qu’elle chante en y injectant toute sa passion. Gregor s’y réserve un formidable solo, en se servant d’un minimum de notes. Et les silences traduisent manifestement sa sensibilité exacerbée. Une seule plage instrumentale : "Soulful stew". Ecrite par Hilden, cette plage macère dans les sonorités d’un orgue Hammond, joué dans l’esprit de Jimmy Smith. Au sein de cet opus, blues et jazz rivalisent de raffinement ; et pourtant, en fin de parcours, il épingle un superbe blues bien rythmé : "Running and hiding". Enrichi par la présence du très bon harmoniciste allemand Thomas Felmann, ce titre est issu de la plume de Steve Booker ; cependant, il ressemble étrangement au classique de Jimmy Reed, "What you want me to do". D’excellente facture, cet album s’achève par une adaptation chantée, à la fois longue mais particulièrement originale, du traditionnel "Amazing Grace".

 

Jeffrey Lewis

Em Are I

Écrit par

Lors des ‘Feeërieën’, organisées l’an dernier par l’AB, au Parc Royal à Bruxelles, j’avais eu l’occasion de découvrir Jeffrey Lewis. Et puis je l’avais revu en première partie d’Adam Green. Aussi, je peux vous assurer que Jeffrey Lewis est un chanteur cool. Comment ne pas l’être, lorsqu’on parvient à transformer un album entier du groupe punk Crass en reprises folk ? 

Pourtant, on ne peut pas dire que sa discographie soit digne de ses prestations live. Une raison pour laquelle j’étais particulièrement inquiet avant de me farcir « Em Are I », sa nouvelle livraison. Son cinquième opus depuis 2000, si on ne tient pas compte de ses collaborations opérées en compagnie de Kimya Dawson. Première constatation, le degré d’humour pratiqué y est moins présent que sur « It's the Ones Who've Cracked That the Light Shines Through », un elpee paru en 2003. Néanmoins, les morceaux sont beaucoup mieux maîtrisés que par le passé.

Si à l’origine, Jeffrey émargeait à la scène antifolk newyorkaise (NDR : un mélange de punk et de folk célébré notamment par The Moldy Peaches, Lach ou encore Ani Di Franco), au fil du temps, il s’en est écarté. A cause du recours à une production de plus en plus soignée et à des arrangements particulièrement léchés. Seuls les lyrics (NDR : souvent complexes et littéraires) et l’esprit bricolo-anarchiste rappellent cette philosophie sonore. Car finalement, Lewis joue du folk, lo-fi peut-être, mais bien du folk. Les mélodies sont toujours aussi directes et fragiles. Herman Düne n’est pas très loin. Adam Green non plus. La conscience politique aiguisée en plus. De la parfaite musique ‘intelligente’ pour geek. Une certaine amplitude dans son inspiration lui permet de varier parfois son style. Et je pense tout particulièrement au morceau quasi psyché intitulé « The Upside-Down Cross ». Et puis aux plus country/rock « Broken Broken Broken Heart » et « Whistle Past The Graveyard » (NDR : les titres que je préfère !) ou encore au bouleversant « Roll Bus Roll », digne des Moldy Peaches.

« Em Are I » est donc découpé en onze plages fort agréables, variées et aux textes profonds. Je regrette d’ailleurs de ne pas être parfait bilingue pour mieux cerner sa prose. Notez que Jeffrey est un artiste complet car il également auteur de comics. Il a décroché un diplôme à l’Université de New-York en littérature. Anecdotique, mais à souligner quand même, la lecture de sa thèse à l’Université de Louvain en 2000, sur le comicbook ‘Watchmen’, récemment adapté au cinéma.

 

Jenny Lewis

Acid Tongue

Écrit par

Actrice (NDR : et star !) au cours de son enfance, Jenny Lewis s’est reconvertie dans la musique country alternative en 1998. Mais avant d’entendre sa jolie voix, vous avez peut-être eu l’occasion d’admirer ses talents de comédienne dans le très beau film « Pleasantville » ou les séries « Roseanne » et « Alerte à Malibu ». Pourtant, « Acid Tongue » ne constitue que son deuxième elpee solo. En fait, parallèlement à son projet en solitaire, elle milite au sein de Rilo Kiley ; un groupe déjà responsable de cinq elpees à ce jour.

« Acid Tongue » fait suite au très convaincant « Rabbit Fur Coat », paru en 2006. Toujours d’inspiration country alternative, il s’avère néanmoins bien moins réussi que le précédent opus. Trop conventionnel, il suscite rapidement l’ennui. En fait, tout au long de cet elpee, elle marche constamment sur les traces de ses sources d’inspiration principales : Loretta Lynn et Dolly Parton. Chacune des compos a beau nous transporter au cœur des grands espaces américains, on a beaucoup de difficultés à accrocher aux mélodies. Et ce n’est pas la présence d’invités prestigieux dont Elvis Costello (sur l’affreux « Carpetbaggers »), M. Ward ou encore Chris Robinson (des Black Crowes) qui y change quelque chose. Jamais les compos ne parviennent à s’extraire de leur académisme. Tout n’est cependant pas médiocre (Jenny possède une très belle voix et peut s’appuyer sur d’excellent musiciens) ; en outre, j’insiste pour sauver du naufrage le très beau et énergique « See Fernando » du reste de l’album…

 

Jeffrey Lewis

It´s The One Who´ve Cracked That The Light Shines Through

Au sein de la famille antifolk new-yorkaise, Jeffrey Lewis tient un peu le rôle du petit frère déjanté, les doigts pleins de taches de marqueurs et les cheveux en bataille. Son premier album sorti l'année dernière, " The Last Time I Did Acid I Was Insane And Other Favorites ", méritait déjà son pesant de cacahuètes : en gueulant d'une voix cassée des histoires décalées à la Ghost World sur un fond musical 100% lo-fi, Jeffrey Lewis fut très vite catalogué bête de foire du grand cirque rock'n'roll, voire foireux tout court. Avec ce second album sous le bras, notre troubadour à la masse continue de brosser avec nonchalance de joyeux portraits en total décalage, comme si son crayon de songwriter (et de dessinateur) tremblait ou ne craignait pas les ratures. Il s'agit toujours d'antifolk, bref de textes délirants, tendance " ligne claire ", sur fond d'Amérique " nerd " et " white trash " (" Back When I Was 4 " : du Lewis régressif, de 124 à 4 ans ; " No LSD Tonight " : du Lewis désintox ; " I Saw A Hippie Girl On 8th Avenue " : du Lewis amoureux ; " Dont't Let The Record Label Take You Out To Lunch " : du Lewis pigeon, qui paie l'addition). La nouveauté, c'est cette étincelle punk qui fait varier nos plaisirs, et qui nous rappelle Violent Femmes et The Thermals, en plus squelettique. La guitare, quand elle se fâche (" No LSD Tonight ", " Arrow ", " If You Shoot The Head You Kill The Ghoul ",…), crache ses riffs comme dans un dernier râle. Sans doute que le vrai punk, celui qui fait peur et sait de quoi il parle, se trouve chez ces artistes aux nerfs à vif, seuls avec leur guitare (on n'entend presque rien d'autre) et leur conscience. Mais Jeffrey Lewis aime aussi les ballades douce-amères, l'ampli débranché et la rage consommée (le très beau " Sea Song "). Dans ces moments de piété acoustique, on se félicite d'avoir trouvé en Lewis un nouveau compagnon de jeu, en même temps qu'un confident. C'est drôle, comme on s'attache…

Huey Lewis

Four Chords & Several Years Ago

Bien qu'ayant vendu plus de quinze millions d'albums et décroché une dizaine de tubes au cours des douze dernières années, on ne peut pas dire qu'Huey Lewis ait toujours fait preuve d'une grande créativité. Avouons même qu'il s'est essentiellement borné à convertir son amalgame de jazz, de reggae, de ska et de rhythm’n’blues en une solution pop exclusivement destinée à la bande FM. A notre plus grande stupéfaction, le groupe vient de casser le moule. Simplement en déracinant dix-sept classiques du rock'n'roll ("Shake, Rattle & Roll", "Blue Monday", "Some Kind Of Wonderful"...) pour les repiquer sur ce "Four Chords & Several Years Ago". Produit par Stewart Levine (Simply Red), l'enregistrement de cet opus a même bénéficié de conditions techniques et des instruments d'époque. Résultat des courses, Huey Lewis & The News vient de réaliser l'album le plus intéressant de sa carrière