CULK : entre smog et étoiles…

CULK a gravé « smogstar », son quatrième elpee ce 4 septembre 2026. Autour de Sophie Löw, également connue sous le nom de Sophia Blenda, la formation viennoise poursuit son exploration d’un présent traversé par les tensions, les élans de liberté et les zones…

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The Lemonheads rendent hommage à Townes Van Zandt

Un jour, on réalisera un film sur Townes Van Zandt – ce troubadour à part qui a inspiré tout le monde, de Bob Dylan à Willie Nelson en passant par Emmylou Harris et Evan Dando des Lemonheads. Sorti le 9 septembre, le nouveau single « Rake » est le premier…

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Naomi Punk

Yellow

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Pas facile de se plonger dans un album plus de 3 ans après sa sortie… d’autant plus que les 75 minutes et les 25 morceaux proposés par cette formation américaine (NDR : elle est issue d’Olympia, la capitale de l’Etat de Washington) ne sont pas des plus digestes. Adeptes de la déconstruction plus que de l’écriture, ces bruitistes invétérés marchent sur les traces de Wire mais en version dite ‘de niche’. Et c’est tout à fait flagrant tout au long de ce 3ème opus. Le groupe nous réserve toutefois quelques véritables morceaux le long du chemin escarpé de ses expérimentations art-punk et noise mais il faut aller les chercher… Les excellents « Tiger Pipe » ou « Gotham Brake » représentent bien ce qu’aurait pu devenir cet elpee, si Naomi Punk ne se prenait pas trop la tête…

Nao

Y a-t-il un précédent à ce qui est postérieur ?

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De son vrai nom Neo Jessica Joshua, Nao est une jolie chanteuse originaire de Nottingham. Née en décembre 1987, elle a publié deux elpees à ce jour, « For All We Know » en 2016 et « Saturn », fin 2018. Elle qualifie sa musique de ‘wonky funk’, un savant cocktail de musique électronique, de soul, pop, disco, r&b et funk (of course), un style qu’on pourrait situer dans la lignée d’Aluna George, FKA Twigs ou encore SZA. Elle avait accordé un set particulièrement enflammé, lors de son passage à Werchter, l’an dernier. Elle se produisait ce samedi 9 mars dans le Ballroom de l’AB, et la salle est presque comble.

Jamie Isaac assure le supporting act. Considéré comme un jeune prodige de l’électro/pop, outre-Manche, il a gravé son second opus, « (4:30) Idler », en juin dernier, un LP qui fait suite à « Couch Baby », paru en 2016. Entre r&b, jazz, soul et électronique, Isaac cite, comme références majeures, aussi bien l’âge d’or du jazz des années 50 et 60, que Marvin Gaye, Chet Baker, les Beach Boys, Dave Brubeck ou même Frédéric Chopin. 

Sur les planches, il est soutenu par un drummer, un bassiste et un guitariste. Jamie est installé au centre du podium, face à ses ivoires. Plutôt timide, il échange cependant parfois quelques mots avec les spectateurs, sis aux premiers rangs. Sa voix est empreinte de délicatesse. Tendre, « Wungs » oscille entre jazz et lounge. Jouant aussi bien sur des toms classiques que des pads électroniques, le batteur impressionne par l’amplitude de son drumming. La cover du « Unthinkable » d'Alicia Keys constitue un moment fort du concert. Jamie avait d’ailleurs signalé qu’il avait toujours aimé la chanson, mais qu'il souhaitait qu'elle soit un peu plus lente ; raison pour laquelle il l’adaptée. Le show s’achève par « 4:30 Idler (Sleep) », autre point culminant du spectacle, un morceau mélancolique, délicieusement languissant, au cours duquel les solos de guitare et de batterie vont laisser l’auditoire bouche bée. A revoir en tête d’affiche !

Les lumières s’éteignent à 21h00 précises. Une bande préenregistrée diffuse « When Saturn Returns », pendant que les musicos s’installent ; en l’occurrence un guitariste, un drummer (NDR : sur son estrade) et deux claviéristes dont un double à la basse. La disposition du backing group laisse un max d’espace scénique à Nao. Surprenant, les projecteurs se focalisent sur le centre de la fosse, juste devant la table de mixage. Toute de bleu vêtue, Nao a grimpé sur un tabouret, pour chanter le single « Another Lifetime ». Très soul, puissante, sa voix ressemble étrangement à celle d’Aluna Francis (AlunaGeorge) et prend immédiatement aux tripes.

Le public est déjà conquis. Dès qu’elle a achevé le morceau, elle remonte sur le podium tout en n’oubliant de saluer son public, mais aussi en distribuant quelques ballons blancs aux premiers rangs. Tout au long de « If you ever », elle ondule sensuellement et remue le popotin, au rythme des percus. 

La setlist va nous proposer de nombreux extraits de son dernier long playing. Pendant « Make It Out Live », elle vient s’asseoir juste à la gauche de votre serviteur et chante en le fixant dans les yeux pendant une grosse minute. Perturbant ! Puis elle se relève, se déplace et entame une danse africaine festive. Funky, « Fool To love » libère un fameux groove, une compo sont la rythmique rappelle celle de Nile Rodgers. D’ailleurs, les musiciens affichent tous une fameuse technique. Nao est très interactive. Ce qui déclenche parfois des fous rires aussi bien chez elle que dans la foule, sans pour autant altérer la qualité du show. Ses échanges permettent au répertoire de transiter facilement de titres plus émouvants, comme « Brown Sugar », à des morceaux dansants, tel que « Complicated ». Elle exécute encore quelques danses accroupies, en balançant son pétard face aux premiers rangs.

Le set se termine par une cover du « Firefly » de Mura Mas, longuement commentée par Nao.

Lors du rappel, elle revient seule sur le podium et nous réserve « Drive and disconnect », avant que le band ne la rejoigne, lors de la finale, pour « Bad Blood ».

Setlist : « When Saturn Returns » (intro pré-enregistrée), « Another Lifetime », « If You Ever », « Make It Out Alive », « Fool To Love », « Adore You », « Gabriel », « Orbit », « Brown Sugar, Inhale Exhale », « Complicated », « Saturn », « Girlfriend », « Yellow Of The Sun », « Firefly (Mura Masa cover)

Rappel : « Drive And Disconnect », « Bad Blood »

(Organisation : Ancienne Belgique)

Damon & Naomi

False beats and true hearts

Écrit par

Damon Krukowski et Naomi Yang constituait la section rythmique de Dean Wareham au sein de Galaxie 500. En 1991, Dean décide de fonder Luna. Le tandem décide alors de poursuive l’aventure ensemble, choisissant pour patronyme, leurs prénoms. Depuis, le duo est devenu responsable d’une musique pastorale, paisible, délicate, intimiste et mélancolique, fruit de la rencontre entre folk, dream-pop, psyché et indie rock, que l’on a qualifié de softcore, la conjugaison des harmonies vocales échangées entre le couple accentuant cette atmosphère éthérée et introspective.

Si “False beats and true hearts” constitue leur huitième opus, c’est également le quatrième auquel collabore le guitariste du groupe japonais Ghost, Michio Kurihara. Un elpee au cours duquel participent également d’autres invités, parmi lesquels figurent le leader de Ghost, Masaki Batoh, le trompettiste Greg Kelley et le multi-instrumentiste Bhob Rainey.

Sur cet elpee, Naomi Yang ne se contente pas des parties de basse, mais également des interventions au piano. Chaque instrument vient apporter sa petite touche à un ensemble empreint de grâce et d’esthétisme. Un bien bel album qui nécessite cependant des conditions bien spécifiques pour être apprécié à sa juste valeur ; à cause de l’indolence du tempo, que les rock’ rollers risquent fort de taxer de soporifique…

 

Veence Hanao

Les robots et les humains…

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Rencontre avec ce jeune emcee hyperactif dont le premier album officiel est paru après une multitude de passionnants projets underground encore téléchargeables gratuitement sur le net. Veence Hanao est passionné par les beats innovants de Madlib et du défunt Jay Dee mais aussi par des fines plumes de la chanson française comme Gainsbourg. Ce qui donne un mélange musical audacieux et prometteur qu’on vous enjoint à découvrir au plus vite !

Pour « Saint-Idesblad », tu t’es passé des beats de ton fidèle complice Noza. Qu’est-ce qui t’a amené à vouloir assurer les parties musicales et les paroles ?

J’ai bossé pendant des années en compagnie de Noza ; et il y aura certainement encore d’autres projets en commun. Ce gars est super talentueux. Simplement, sur celui-ci, j’avais besoin d’être seul dans ma bulle, de m’évader quelque temps, et d’aller au fond de mon univers. Aussi bien pour le fond que pour la forme. Je pense que cette envie se ressent à l’écoute du disque. C’est une ‘tranche de vie’, témoignage plutôt très personnel, relativement ‘fermé’ en ce qui concerne les possibilités de conception. Quant à l’aspect purement pratique, la plupart l’ignore, mais il y a des années que je produis des sons (depuis mon premier groupe SLK). Par exemple : « Midi Pile » sur Autumn I, « Photo de classe » sur Autumn II, « Anal Sex » sur le projet de Claud’French… J’ai senti qu’il était temps que je le fasse.

« Manège » me fait un peu penser à « Where’s my Mind ? » des Pixies, c’est un hommage ou le pur hasard ?

Un pur hasard ! On me l’a fait remarquer à mon retour à Bruxelles, quand l’album était bouclé. Cette allusion ne m’inquiète pas. Au contraire, cette histoire me fait marrer. Puisqu’on m’a déjà posé la question, c’est bien ma voix, et pas un sample grossier. Par contre, le hasard fait bien les choses, si l’on observe que mon premier projet solo s’ouvrait sur un sample de Tyler Durden (du film « Fight Club ») et que « Where’s my Mind » des Pixies a été utilisé pour le climax de ce même film. Etrange…

Pour le clip de « Manège », on te voit déambuler à la Foire du Midi, comment s’est passé ce tournage ?

Très bien ! Et relativement à l’arrache, comme on aime. Toute l’équipe (Florent Sauze – Eve Duchemin) était sur la même longueur d’ondes. On voulait un clip ‘cinéma/docu humain’ dont le grain sente la vraie vie plutôt qu’un clip de ‘graphiste/studio’ trop parfait, tourné sur fond vert, comme beaucoup le sont aujourd’hui. On l’a tourné au feeling, freestyle, caméra épaule, let’s go. On a arpenté la Foire comme si on filmait un docu et ils ont pris les images que la vie nous donnait, plusieurs soirs d’affilée, dont la clôture, le dernier jour, afin de capter le départ des forains. On pensait qu’on nous ferait chier davantage, mais les gens ont été cool. Notre plus gros obstacle, finalement, aura été ma réticence à monter dans certaines machines infernales. J’ai un putain de vertige.

Comme pour le projet « Autmun », le jazz est omniprésent dans « St Idesbald ». Il contribue à l’atmosphère sombre et enfumée de l’album. Dans quels disques puises-tu la matière sonore ? D’où te vient la passion pour cette musique ?

Passionné, c’est un grand mot. J’écoute autant de jazz que de chanson française, de rap ou d’électro. C'est-à-dire en petite quantité (rires). En fait, j’ai un rapport bizarre à la musique. J’ai accroché au jazz et à la soul grâce à des sons Hip Hop signés Jay Dee, Pete Rock, Mos Def, Talib Kweli, Madlib ou même Oxmo, Rocé et consorts. C’est un domaine que j’explore depuis des années. En essayant de savoir ce qu’ils avaient samplé. Puis d’écouter un peu la racine, et au-delà, les grands noms qui m’avaient déjà, c’est vrai, un peu giflés (rires) ! C’est donc un contact indirect. A la base, je suis de formation classique. A 12 ans, stop, j’ai bouffé du Hit Box, comme tout le monde. Puis du rap, comme beaucoup. Puis toujours du rap, mais plus le même. Et ça m’a fait du bien d’écouter un autre genre de Hip Hop. Le jazz et la soul m’intriguent particulièrement, c’est vrai, car ils me renvoient des images, des ambiances, des sensations. Atmosphère sombre, mouais. Enfumée, à mort. Hallucinée, un peu. En quelques notes tu te retrouves dans un film. Le jazz, j’ai l’impression qu’il permet de pleurer en souriant. Ou l’inverse, je ne sais pas. Quant aux disques dans lesquels je puise, bah je fonctionne par heureux/malheureux hasard, m’aventurant dans des vieux bacs, soldes de braderies, brocantes et vieux greniers …

Le grand absent musical du disque, c’est le rock. C’est un genre qui te passionne peu ?

Il y a des choses énormes, mais dans le rock actuel, j’ai du mal, je ne sais pas. C’est peut-être parce qu’en Belgique, l’establishment culturel rock m’a saoulé. Mais j’écoute cependant certains trucs.

« Saint-Idesbald » est un disque où tu saccages et sabotes les formats ‘chanson’. Est-ce que tu as déjà essayé de démarcher les grosses radios de la bande FM pour obtenir quelques passages ? Quelles sont les réactions ?

Et dire que j’ai fait quelques efforts (rires). « Manège » et « Force et Honneur », non (rires) ? Non, sérieusement, il est trop tôt pour que je puisse répondre à cette question. Nous sommes occupés de négocier.

On sent un certain désabusement dans ce disque. Qu’est-ce qui t’inspire ce dépit ? La précarité à laquelle est (souvent) condamné un artiste en Belgique ou la ‘robotisation’ de la société, dont tu parles dans les « Robots » ?

Tout ! Oui, la robotisation, l’abrutissement, la culture imposée, nos références prises pour vérités, nos médias, le côté ‘carotte devant l’âne’, les œillères qui en découlent, la difficulté voire l’impossibilité de se soustraire à ce régime sans passer pour un branleur, un malade ou un danger… Les émissions « Next » ou « Parental Control » diffusées en journée devant des gosses qui n’ont pas nos grilles de lecture ; de quoi devenir crétins et on le cautionne. Le mec lucide en vient à se sentir anormal de n’être pas intéressé par la même chose que les autres, de ne pas vouloir une caisse, un écran de 3 mètres, une baraque, un jardin, un i-Pod… Paraît que j’suis un con parce que je ne veux rien foutre de mes journées sinon de la musique. ‘Je n’ai envie de rien, suis-je normal ?’ Je ne comprends pas pourquoi je devrais passer ma vie à la gagner. On la vit quand alors ? Mais la peur l’emporte. La notion de sécurité est bien ancrée. Salaire, pouvoir d’achat = outils de survie modernes. La peur de tout perdre. L’individu est vraiment un tube, cette fois. Bosser/acheter, gagner/jeter. Poursuivre un idéal vendu. Bouffer, chier. ‘On ne va pas refaire le monde’ ! Et tout paraît normal. Je ne suis pas pessimiste, mais réaliste : il n’y a plus rien ! En tous cas, pas de ce côté-là. Il reste des petits plaisirs du quotidien humain. Je pense qu’une discussion de comptoir vaut toujours mieux qu’un samedi devant Arthur. Rencontrer des gens, le dialogue, les barres de rire, les regards codés, décodés, pas ceux qui fuient en rue, les moments spontanés et privilégiés, les échappées, les filles, le cul, une bonne bouffe, la peau grillée sur du poulet, une Duvel (rires). Non mais c’est sérieux… Il reste l’humain derrière les machines. Dur à trouver, mais il doit être là quelque part.

Est-ce que la multiplication de projets dans le collectif d’artistes que vous formez (Festen, Autumn, Claud’French, Carl) ne crée pas une confusion dans l’esprit des gens qui essaient de vous suivre ?

Bah, au pire ils se disent que les différents projets sont issus de la même ‘famille’ ; mais je trouve que chacun d’entre eux est assez bien identifié et identifiable. C’est la raison pour laquelle on leur a attribué un nom différent. Jusqu’ici, iles étaient underground et touchaient des gens relativement initiés. Sans quoi ils n’auraient pas eu vent de nos activités. Sinon, ouais, faut un peu creuser (rires). C’est possible qu’il y ait une confusion, mais cette situation ne nous tracasse pas. On fait ce qu’on veut et ce qu’on aime, et je pense que les gens ne sont pas cons. D’ailleurs, il aurait été pire de tout regrouper sous une même appellation. Ici, chaque projet a son nom et sa couleur. A ce propos, en faisant abstraction de mon album, un nouveau verra le jour en 2009 : DAWNZONE (Teme Tan et moi-même). On finalise, c’est une méduse, c’est pour bientôt.

Vous n’avez jamais pensé à enregistrer un disque en impliquant tout le collectif, à la manière du Wu-Tang dans les années 90 ?

Je pense que cette idée nous a traversé l’esprit… mais elle n’a pas fait long feu (rires). Plus sérieusement, on aime bosser en binôme ou en trio, mais sinon, c’est trop compliqué. Nos personnalités sont trop complexes et trop chiantes.

Tu es un des rares Mc francophones belges à toucher d’autres personnes que le public hip hop de base. Baloji a pas mal puisé dans la soul et le funk pour pondre un disque très ambitieux et James Deano a privilégié l’humour. C’est quoi ta recette ?

Je ne sais pas. Il n’y a pas de calcul. Heureusement pour l’intégrité de ma démarche. Je n’ai pas cherché à quitter le rap –j’estime d’ailleurs que ce n’est pas le cas– pour un plus grand public. Simplement, je tiens à être fidèle à ce que je suis, sans démagogie, sans me plier aux modes et pressions de mes différents environnements. Résultat, je suis au carrefour de plusieurs intentions. Je veux pleurer et rire, faire du son et du texte, gueuler et chuchoter, parler de robots ou de sexe, que ma musique me fasse du bien, ne soit pas commandée, que mes textes soient des tranches de vie et qu’il se passe un échange.

A l’inverse, comment es-tu perçu dans les sphères de ce que tu appelles le ‘rap social’ ?

Ca dépend. Il y a des mecs fermés, et d’autres pas. J’ai d’excellents rapports avec certains groupes de la scène belge. Pour d’autres, par contre, je fais du rap institutionnalisé, bourgeois, récupéré. C’est leur avis. Qu’est ce que je peux y faire ? J’ai moins d’envie et d’énergie à leur donner pour m’expliquer ou les clasher qu’auparavant... Pour moi, ce sont les rappeurs clichés que je vois à la télé qui ont été récupérés. Pas moi. Les faux clashs, les fausses cailles, le rap français qui fait des pompes et qui roule en berline, ça, pour moi, c’est du rap récupéré qui surfe sur la vague ! Mais à l’époque, quand je parlais de ‘rap social’, et que je disais qu’il me saoulait, je parlais plutôt d’une sorte de rap pseudo militant pas mûr, bidon, sans revendications réelles. Celui qui pataugeait dans un amateurisme décrédibilisant pour tous ou d’un rap d’éducation permanente, où on fait croire tout et n’importe quoi à des gars qui rappent depuis 3 mois.  

Tu es accompagné par Teme Tan sur scène. C’est une formule que tu vas développer/élargir à d’autres musiciens pour cet album ?

C’est une question qui me saute à la gueule chaque matin quand je me réveille. Pour l’instant, la formule fonctionne très bien ainsi. Et j’ai du mal à me dire que j’arriverai à faire entrer quelqu’un d’autre dans la bulle de l’album… Pour l’instant, en tous cas.

Imagine qu’on te propose 1 featuring pour un artiste français. Tu ne peux en choisir qu’un. Qui choisis-tu entre Oxmo Puccino, Abd Al Malik et Rocé ?

Sans aucune hésitation, Oxmo Puccino. Il a bercé une période-clé de ma vie.

Tu vas tenter de faire sortir cet album en France ?

On a un peu démarché, mais je suis relativement hors format et apparemment ‘pas facile’. Et la musique, en France comme partout actuellement, fonctionne par étiquettes et par images. Si ça se passe bien en Belgique, oui, on essaiera d’aller plus loin. Mais chaque chose en son temps.

Quelles sont tes ambitions/objectifs pour cet album ?

Ce n’est pas très précis, mais on va s’investir à fond : le faire tourner un maximum, gagner en visibilité, aller plus loin que pour les précédents. Essayer, effectivement, de dépasser un peu nos limites, et accorder de bons concerts… La scène, c’est un des objectifs principaux.

Sur certains titres de « St Idesblad », tu es à la limite du chant. T’as jamais pensé à chanter sur tes disques et abandonner progressivement le rap ?

Une nouvelle fois, c’était totalement involontaire. L’adaptation s’est produite super naturellement, sans calcul. Arrêter le rap, ou choisir un camp, je ne prendrai jamais une telle décision. Ca sort comme ça sort. Effectivement, je me suis surpris, sur plusieurs morceaux, à pousser la chansonnette. Ca m’a plu. Hors de question de me mettre un filtre et des barrières. Donc on verra où cette évolution mènera.

 

Veence Hanao

Saint-Idesbald

Écrit par

Veence Hanao est loin d’être un illustre inconnu. Enfin, si vous vous intéressez au hip hop bruxellois. Mais pour les néophytes, une courte présentation s’impose. En fait, ce jeune emcee/beatmaker hyperactif multiplie les expérimentations novatrices depuis quelques années. Que ce soit Festen (dans une veine proche de TTC) ou encore Autumn, les projets réalisés par Veence Hanao (en compagnie de ses compères Noza et Teme Tan) volent bien au-dessus de la mêlée. Ils ont d’ailleurs toujours téléchargeables gratuitement sur le net…

« St-Idesbald » constitue le premier disque commercialisé de Veence Hanao, une œuvre intimiste réalisée en quatre mois dans une maison de la côte belge, loin des distractions de la capitale. Pour l’occasion il s’est privé des excellents beats de son complice Noza et a composé toute les musiques du disque. « St-Idesbald » est un disque hivernal et enfumé. Les thématiques y sont surtout personnelles (rupture, remises en question). Les musiques croisent souvent des vieux samples de jazz calés sur des beats électro acides et un traitement audacieux des voix. Veence Hanao sabote allègrement les formats classiques et cherche surtout à se faire plaisir. Tout n’est certainement pas réussi, mais quelques titres sont tout bonnement excellents. On citera le mélancolique « Manège », l’interlude « Solitude », la tension de « Il(s) », l’acide « Ils écoutent du rap » ou encore ce « Force et Honneur » en forme de manifeste. Du bon boulot fait en toute sincérité et sans calcul, par un artiste qu’il faut tenir à l’œil !

 

Veence Hanao

Electron libre pour hip-hop décomplexé

Écrit par

A peine remis de sa victoire au concours ‘Musique à la française’, Veence Hanao s’est emparé de la scène pour mieux paraphraser ses mots exaltés. Nouveau chantre intello d’une culture urbaine consciente, Veence Hanao chante ses textes à qui veut les entendre. Et ils sont de plus en plus nombreux. Cet été, cet amateur de soul au cœur jazzy se laisse découvrir sur les planches des Francofolies de Spa, du Dour Festival et d’Eu’ritmix. Rencontre avec un artiste au verbe acéré et à la langue bien pendue.

L’histoire de ta carrière solo est inextricablement liée à celles de Festen et Autumn. Peux-tu nous présenter ces différents projets ?

Dès mes débuts, j’ai eu la chance de rencontrer Noza, un jeune producteur. Je suis vite revenu vers lui pour lui faire part de mes envies. A l’époque, il venait de commencer un projet en compagnie de Pixel et Barok. Ils jouaient ensemble au sein d’une formation complètement décalée, proche du néo-dadaïsme : Festen. Noza m’a aidé à enregistrer mes premiers morceaux et m’a invité à rejoindre Festen. On s’est rapidement retrouvé à la tête de deux démos finalisées : une pour Festen et l’autre pour mon projet solo. Entre temps, Barok a quitté Festen. Avec Noza, on a encore cherché à toucher à d’autres styles musicaux. On a donc lancé Autumn. On s’est détourné des sonorités électroniques pour se concentrer sur le jazz et la soul des années 60. Le hip-hop reste, bien évidemment, le ciment de ces différents projets.

Aujourd’hui, Festen n’est plus. La fin du groupe coïncide-t-elle avec une volonté de ne pas s’éparpiller, d’éviter d’embrouiller l’auditeur ?

Inévitablement, une confusion s’installait. Quand on jouait pour Festen, on présentait quelques morceaux de mon projet solo. Quand je montais sur scène, les gens disaient : ‘Ah, c’est Veence Hanao de Festen !’ Quand nous avons lancé Autumn, certains venaient télécharger les morceaux en pensant écouter Festen. Bref, c’était un peu l’anarchie. Cependant, les raisons de la séparation de Festen ne sont pas à chercher de ce côté… Nous avions des envies différentes à l’égard de Festen. Aujourd’hui, on en est arrivé à penser qu’il s’agissait davantage d’un projet conceptualisé qu’un groupe !

Ta musique évolue entre le hip-hop, le jazz, l’electro, le slam et la poésie. Comment la décrirais-tu ?

J’ai la chance de bosser en compagnie de Noza, un gars d’une grande culture, capable de produire des sons qui partent dans tous les sens. Au risque de frôler une certaine incohérence, je souhaite conserver ce côté touche-à-tout. Je veux faire des choses différentes et éviter de restreindre mon univers. Maintenant, pour décrire ma musique, on peut dire qu’il s’agit d’un croisement entre le rap et le slam avec des influences electro et jazz.

Sur scène, tu joues déjà de nouveaux morceaux. Te lasses-tu facilement de l’interprétation de tes propres morceaux ?

Oui, je me lasse facilement. J’ai besoin de mouvement. Plus j’en fais, plus je suis critique par rapport au passé. Cela me permet d’évoluer. De toute façon, je ne suis pas encore au stade où les fans viennent pour entendre un morceau particulier. Aujourd’hui, j’ouvre les concerts pour des têtes d’affiche. Dès lors, j’offre de la découverte au public.

Vas-tu commercialiser ton premier album éponyme ?

C’est davantage une carte de visite. Grâce à cet enregistrement, on a eu la chance de remporter le concours ‘Musique à la française’ et de participer aux Nuits Botanique. Mais, à mes yeux, ce premier essai discographique est bouclé depuis longtemps ! Aujourd’hui, j’ai une terrible faim créative. Dans quelques semaines, Nous allons bientôt commencer à travailler sur de nouveaux titres. Nous voulons maintenant trouver un distributeur, peut-être lancer les bases d’un nouveau label. A l’occasion de notre tournée d’été, on offrira toutes nos chansons en téléchargement gratuit ! Mais on n’éprouve aucun regret à l’égard de ce premier album : il nous a permis de gagner un concours, de toucher un public dans quelques magasins spécialisés, de jouer de chouettes dates, de participer à des festivals. En quelque sorte, il s’agissait de présentations. Maintenant, elles sont faites !

Quel regard portes-tu sur la scène hip-hop belge ?

D’une manière générale, la scène hip-hop est boycottée. Nous sommes victimes d’un certain blocage. Cependant, nous ne nous donnons pas les moyens de nos ambitions. Certains rappeurs font preuve de bonne volonté... Malheureusement, il ne suffit pas de prendre un micro dans une cave pour sortir du lot ! Nous sommes mal informés sur le système culturel… On manque d’outils. Le paradoxe en Belgique, c’est qu’au moment où la scène hip-hop se réveille et s’active, elle ne dispose même plus des moyens mis en œuvre par le passé. Pour un Starflam, par exemple… Mais je déteste entretenir le rôle de la victime. Aujourd’hui, la culture rock est installée. A une époque, le rock a dû se battre pour en arriver là. Désormais, il est aux portes de toutes les institutions culturelles du pays. Je ne vais pas dire que c’est normal. Mais dans un même temps, les rappeurs ne font rien pour améliorer la situation. Alors, chacun doit y mettre du sien. Ce n’est pas impossible ! Arrêtons de cultiver le mépris gratuit : les gens ne veulent pas de mal au hip-hop !

Quels albums conseillerais-tu à Monsieur et Madame Tout-le-Monde ?

Le « Madvillainy » de Madvillain, « Champion Sound » de Jaylib, « Opera Puccino » d’Oxmo Puccino, « The Disrupt » de Oh No et l’incontournable Ella Fitzgerald pour son « Lullabies of Birdland ».

En concert :

Le 13 juillet : Dour Festival

Le 22 juillet : Francofolies de Spa

Le 18 août : Festival Eu’ritmix

 

Damon & Naomi

The earth is blue

Écrit par
Il y a déjà 13 ans que Galaxie 500 a splitté. Et que Damon et Naomi ont décidé de poursuivre l’aventure en duo. « The earth is blue » constitue leur sixième album. Un disque pour lequel ils ont notamment reçu le concours du guitariste de Ghost, Michio Kurihara (NDR : il leur renvoie en quelque sorte l’ascenseur…) Et sa contribution aux six cordes électriques conjuguée à celles, mais acoustiques, de Damon est un véritable régal pour les oreilles. Le trompettiste Greg Kelley ainsi que le saxophoniste Bhob Rainey ont également apporté leur pierre à l’édifice. Deux musiciens qui injectent une sensibilité plus jazzyfiante aux compos. Parfois aussi prog. Dans l’esprit de « Lizard » et de « Islands ». A l’instar du ténébreux « Malibran » ainsi que du titre maître qui achève l’opus. Un titre absolument superbe, austère, luxuriant, envoûtant, de près de sept minutes, transpercé par la guitare douloureuse, gémissante de Michio. Le reste de l’opus baigne au sein d’une brume atmosphérique, semi psychédélique, un peu comme un Cowboy Junkies en moins country. Et sans la voix narcotique de Margo Timmins, remplacée par le(s) timbre(s) diaphane(s) de Damon et/ou Naomi. Le disque recèle ainsi une reprise ralentie mais très belle et mélancolique du « While my guitar gently weeps » de George Harrison. Une mélancolie qui envahit la plupart des plages de l’opus, que tapisse épisodiquement un clavier fluide (« House of glass », « Araça Azul ») ou un piano sonore (« Sometimes »). Un bien bel album !

Damon & Naomi

Song to the siren : Live in San Sebastian

Écrit par

A cours de l'an 2000, Naomi Yang et Damon Krukowski avaient collaboré avec la formation japonaise de psyché folk, Ghost. Une collaboration qui avait débouché sur la confection d'un album intitulé tout simplement " Damon and Naomi with Ghost ". A l'issue des sessions d'enregistrement, le duo est parti en tournée, emmenant pour la circonstance le guitariste du groupe nippon, Michio Kurihara. Un périple qui a transité par San Sebastian, en Espagne ; ville plébiscitée par le trio pour immortaliser cet événement. Les onze fragments de cette plaque sont issus de leurs trois premiers elpees. Une œuvre qui baigne au sein d'une solution sonore atmosphérique, mélancolique, alternant climats visionnaires, contemplatifs, lysergiques, cotonneux, fruit d'un mélange chatoyant entre cordes de guitares acoustique et électrique (NDR : torturées par de multiples effets de pédales), mélange purifié par les superbes et délicates harmonies vocales échangées entre les deux ex Galaxie 500. Des harmonies qui atteignent même parfois la magie d'un duo célèbre : Simon & Garfunkel. Un seul bémol, le ton parfois qui se plait dans la nonchalance. Une carence heureusement gommée dès que l'intensité électrique se fait plus présente. N'empêche, cet opus est largement au-dessus de la moyenne !

 

Damon & Naomi

Playback singers

Damon Krukowski et Naomi Yang constituaient, autrefois, les deux tiers du Galaxie 500. A l’issue du split de ce groupe, Dean Wareham s’en est allé fonder Luna, tandis que le couple décidait de poursuivre l’aventure en duo. Qui en est ainsi à son troisième album. Damon s’est cependant reconverti à la guitare acoustique, sans pour autant négliger les drums, alors que Naomi cumule aujourd’hui basse, six cordes électriques et un curieux instrument responsable de sonorités aussi spectrales que bourdonnantes. Enfin, ils chantent tous les deux. Surtout Damon. Toutes les compositions de ce " Playback singers " baignent au sein d’un climat indolent, mélancolique, climat qui au fil de l’écoute, vous flanque carrément le bourdon. Pas que les compositions soient mal ficelées, mais plutôt linéaire, à notre goût. Avec un peu de relief et surtout une bonne dose d’intensité électrique, cet opus décrochait, la timbale. Ce n’est malheureusement pas le cas…