Scott Herren aime brouiller les pistes : après ses projets post-rock et purement électro (Savath + Savalas et Delarosa + Asora), voilà qu'il nous revient avec un deuxième album de Prefuse 73, son patronyme hip hop. Mais du hip hop hautement radioactif, qui aurait été victime de la maladie de Parkinson : à peine y décèle-t-on les marques de fabrique du rap telle qu'on le connaît aujourd'hui, écrasées sous une chape de bleeps pervertis et de samples foldingues. Du hip-hop, Scott Herren n'a en fait retenu que l'idée : ces boîtes à rythme qu'on entendait chez Afrika Bambataa, ces déconstructions inventives, bref les origines du mouvement, pas cette soupe infâme qu'MTV nous sert en boucle toute la journée. En ce sens, la musique mutante de cet Américain n'est pas si éloignée de celle d'Anti-Pop Consortium, de Tes et des compagnons d'Anticon : toujours innovante et jamais ennuyeuse, elle prend parti pour l'expérimentation et choisit son camp, celui de l'avant. Chez Scott Herren, tout peut arriver, et ce d'un morceau à l'autre, voire d'une seconde à l'autre : des chip tunes rentrent en collision avec la soul la plus délirante (" The Color of Tempo "), un piano magique joue tout seul LFO et Jimi Tenor (" Uprock and Invigorate "), Mr. Lif se prend un mur de beats concassés en pleine tronche (" Huevos with Jeff and Roni "), des voix se retrouvent hachées par une lame rythmique super aiguisée (" The End of Biters - International ", " Why I Love You "), Boards of Canada et DJ Shadow flirtent comme des cochons sur une plage de Miami (" One Word Extinguisher ", " Invigorate "), Tommy Guerrero se plante en skate et casse sa guitare (" Storm Returns "). C'est chouette : Scott Herren a tellement d'amis (à la production : Dabrye et Daedelus) ; et puis ses morceaux sont tellement différents qu'on n'a aucune peine à les écouter dix ou cinquante fois. Dans sa mission pas si impossible (redéfinir un genre qui tourne en rond), Scott s'amuse, et nous avec. Allez, on y retourne !