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Steve Hackett

Steve Hackett Lies Down... on Brussels...

Parmi les membres originels de Genesis, Steven Richard Hackett est le seul qui maintient vivant le souvenir de la période dorée, de 1970 à 1977, au cours de laquelle le groupe légendaire a sorti 8 albums considérés comme des chefs d'œuvre. Au fil de son impressionnante carrière, le Londonien –aujourd’hui âgé de 74 ans– s’est forgé un style fluide, éthéré et hyper-mélodique, reconnaissable entre mille. Ce soir, il établit ses quartiers à l'Ancienne Belgique, à Bruxelles, pour présenter un nouveau spectacle solo, imaginé d’après l'album culte de Genesis : “The Lamb Lies Down on Broadway”...

C'est le deuxième concert de cette tournée. Il fait suite au coup d'envoi donné hier, au Grand Rex, à Paris. Vêtu très simplement de noir, il n'arbore pas, pour une fois, son inséparable écharpe en velours rouge. Il est, comme d’habitude, d'un abord très discret, voire timide. On le sait, Steve Hackett ne porte pas de masque de renard ni de costumes à motifs fleuris ; ce n'est pas Peter Gabriel ! Toute l'émotion est concentrée sur la musique et sa sublime Les Paul, dont il tire des sons cristallins, d'une beauté quasi-mystique.

La première partie du show constitue, en quelque sorte, un ‘panaché’, au cours duquel il aligne une sélection de titres de son répertoire solo. Après un faux départ, causé par une erreur de branchement de sa guitare, commentée avec humour par Steve Hackett (‘false start !), le band ouvre le bal en interprétant trois morceaux de son nouvel LP, “The Circus and The Nightwhale”. “People of The Smoke”, “Circo Inferno” et “The Passing Clouds” confirment le spectre musical, très large, embrassé par ce ‘concept album’ semi-autobiographique. Première surprise, Steve assure, en personne, les parties vocales, alors que les paroles sont signées par son épouse (NDR : depuis 2011), Joanna Lehmann-Hackett. Sur “The Passing Clouds”, on est emporté, pour la première fois, par ces longues envolées de guitare qui portent la griffe du ‘génésien’.

Au moment de “The Devil's Cathedral”, solennel et sombre à souhait, on découvre les musiciens du groupe, ses fidèles ‘acolytes... de voyage’ (hum...) Au chant principal, l'Américain Nad Sylvan (Agent of Mercy) ; à la basse, le Suédois Ronald Reingold ; à la flûte, au saxophone et à la clarinette, Rob Townsend ; aux claviers, Roger King et à la batterie, Craig Blundell, qui milite également au sein du backing group de Steven Wilson.

Grâce à ces musicos d'exception, on se délecte de petites perles comme “Every Day”, extrait du meilleur opus d'Hackett, “Spectral Mornings”, paru en 1979. En même temps, Hackett adresse un clin d'œil musical à Beethoven (La 9e “An Die Freude”) dans le thème principal du morceau et on s'envole à nouveau sur les ailes de la Les Paul lors du solo final.

“Spectral Mornings” traite de la vie après la mort et il ne faut pas oublier que ce thème traverse l'œuvre de l'Anglais. ‘A l'époque, en parler revenait à être traité de hippie’, ironise Hackett ; ajoutant ‘Aujourd'hui, la science s'est emparée du sujet et parle de phénomènes quantiques...’ Tiens, tiens, Sir Hackett serait-il également intéressé par les thématiques liées à l'élévation de conscience ?

“Camino Royale” embraie. Remontant à 1983, cette compo –précédée par un époustouflant solo de basse, au cours duquel Jonas Reingold glisse des références à Bach (la Suite N° 1 en sol majeur pour violoncelle) et à Jimi Hendrix' ("Voodoo Child”)– est rehaussée ici par une étonnante ‘jam session’ carrément jazzy. La séquence se termine par la dernière partie, instrumentale, de “Shadow of the Hierophant”, la plage titulaire du premier opus solo de l'artiste, sorti en 1975. Comme à chaque fois que l'on assiste à l'interprétation de l’hypnotique “Shadow...”, on est scotché par la beauté de la ligne mélodique et par l'incroyable montée en puissance, culminant dans une apothéose assourdissante. Un grand moment !

Après une courte pause, place au plat de résistance du spectacle et à ‘la nostalgie’, comme le précise Hackett dans un français presque parfait. Focus sur “The Lamb Lies Down on Broadway”, l'album ‘new-yorkais’ de Genesis. Paru en 1974, il constitue un des plus grands succès critiques, artistiques et commerciaux de la formation de rock progressif, mais sera le dernier réalisé en compagnie de Peter Gabriel.

En redécouvrant l'elpee en live, on est frappé par l'incroyable richesse de ce disque, tant au niveau des mélodies que dans les harmonies et les textures sonores. L'ambiance est plus sombre que sur les œuvres précédentes du groupe ; certainement à cause des dissensions régnant entre les musiciens et de leurs problèmes familiaux. Mais, par-dessus tout, cette musique est d'une incroyable force. Ce soir, Steve a troqué sa Les Paul Gold pour une autre Les Paul, noire celle-ci, au son plus brillant, plus tranchant. Et Craig Blundell propose un jeu de batterie qui, dans les moments les plus intenses, casse littéralement la baraque.

Ce “Best of The Lamb” recèle clairement les meilleures plages du double-album. D'abord, la plage titulaire, suivie de “Fly on a Windshield”, “Broadway Melody of 1974” et “Hairless Heart” ; mais le point culminant est atteint par “Carpet Crawlers”, une sublime chanson qui donne, encore aujourd'hui, la chair de poule. “The Chamber of 32 Doors”, “Lilywhite Lilith”, “The Lamia” et “it” complètent cette convaincante évocation. Seul regret : l'absence des diapositives qui magnifiaient ‘le show’ lors de la tournée de 1974-75 et que certaines formations de covers utilisent lors de leurs concerts. Dommage mais, comme déjà souligné auparavant, pour Steve Hackett, seule la musique compte.

Au moment où l'on croit le set terminé, le combo nous gratifie de 3 extraits de “Selling England by The Pound”, le long playing qui précède “The Lamb”. Au début de "Dancing With The Moonlit Knight", les fans entonnent la mélodie hyper connue : ‘Can You Tell Me Where My Country Lies...’ Pendant le break instrumental, on redécouvre l'exceptionnelle technique de Hackett, qui est un des inventeurs du 'finger tapping'. Popularisée par Eddie Van Halen, elle consiste à venir frapper le manche à l’aide des doigts, en hammer-on/pull-off pour dispenser des séquences très rapides de notes. Hackett a élaboré cette méthode en regardant des jazzmen (surtout Emmett Chapman, le créateur du 'Stick'). Le tout premier 'finger-tap' figure probablement dans l'intro de "The Return Of The Giant Hogweed", paru sur "Nursery Cryme", en 1971 !! A noter que feu Eddie Van Halen confesse avoir également été inspiré par la technique de Jimmy Page. Sur ce même morceau, décidément légendaire, Steve Hackett utilise aussi le ‘sweep picking’, qui consiste à faire glisser très rapidement l'onglet au travers de plusieurs cordes de haut en bas et de bas en haut, une technique popularisée par Yngwie Malmsteen...

Mais refermons cette parenthèse musicologique car, “The Cinema Show” nous attend. Un morceau époustouflant grâce aux arpèges de guitare à 12 cordes et, surtout, au long solo de claviers créé par Tony Banks, qui constitue le moment de gloire de la soirée pour Roger King. A l'issue de “Aisle of Plenty”, les musiciens viennent tous à l'avant du podium pour remercier le public et... pour souhaiter un joyeux anniversaire à Rob Townshend.

Comme il fallait s’y attendre, “Firth of Fifth” amorce la partie rappel du concert. Un moment vraiment magique ! Ce tour de force musical est illuminé par un solo d'anthologie à la gratte, d'une beauté déchirante. Au moment de la célèbre note qui reste perchée sur un long 'sustain', le spectre de Carlos Santana se met à planer.

La partie finale du set rayonne autour de “Los Endos”, le brûlot extrait de “A Trick of The Tail”. Craig Blundell nous réserve un extraordinaire solo de drums en intro, et un passage de “Slogans” (1980) est inséré dans le morceau, à mi-parcours. Quand le rappel prend fin, l'ambiance est indescriptible. On a l'impression que l'AB va exploser. Le public réclame un second ‘encore’, mais en vain, car les lumières se rallument.

On quitte l'AB la tête remplie d'une musique magnifique et on remercie Steve Hackett d’avoir donné une seconde vie à la période la plus inspirée de Genesis. Ce soir, on aura tous chanté ‘And The Band... Lies Down... On Bru-u-ussels...’

Setlist :

People of the Smoke

Circo Inferno

These Passing Clouds

The Devil's Cathedral

Every Day

A Tower Struck Down

Basic Instincts

Camino Royale

Shadow of the Hierophant (closing section only)

Set 2 :

The Lamb Lies Down on Broadway

Fly on a Windshield

Broadway Melody of 1974

Hairless Heart

Carpet Crawlers

The Chamber of 32 Doors

Lilywhite Lilith

The Lamia

it

Dancing With the Moonlit Knight

The Cinema Show

Aisle of Plenty

Encore :

Firth of Fifth

Los Endos (1st half; introduced first by a drum solo)

Slogans

Los Endos (2nd half)

(Organisation : Ancienne Belgique + Live Nation)

 

Steve Hackett

Taking Belgium by the Sound...

Dans la liste des guitaristes les plus influents de l'histoire du rock, Steven Richard Hackett occupe une place toute particulière. Membre essentiel de Genesis pendant la période emblématique du combo (de 1971 à 1977), ce Londonien s’est forgé un style fluide, éthéré et hyper-mélodique, reconnaissable entre mille. Ce soir, il établit ses quartiers dans le Kursaal, à Ostende, pour présenter un nouveau spectacle solo, articulé autour de l'album culte de son groupe d'origine, « Selling England By The Pound »...

‘C'est le premier concert de la tournée ‘Genesis Revisited 2019’, annonce d'emblée le musicien après le premier titre. Vêtu très simplement de noir et arborant son inséparable écharpe en velours rouge, il est, suivant son habitude, d'un abord très discret, voire timide. On le sait, Steve Hackett ne porte pas de masque de renard ni de costume à motifs fleuris ; ce n'est pas Peter Gabriel ! Toute l'émotion est concentrée sur la musique et la sublime Les Paul dorée, dont il tire des sons cristallins, d'une beauté quasi-mystique.

La première partie du show est en quelque sorte un ‘panaché’, au cours duquel il interprète trois morceaux de son tout nouvel opus, « At The Edge of Light » : « Under the Eye of the Sun », « Peace » et « Fallen Walls and Pedestals » ; mais surtout six pistes de « Spectral Mornings », son chef-d'œuvre, qui fête ses 40 ans cette année. On se délecte ainsi de petites perles comme « Every Day », jouée en lever de rideau, « Tigermoth » en version instrumentale, « The Virgin and The Gypsy », taquiné à la douze cordes, suivies de « Clocks - The Angel of Mons », une évocation de l'ange qui, selon la légende, a protégé l'Armée anglaise lors de la bataille de Mons en 1914 et, enfin, la sublissime plage titulaire, fantomatique à souhait, probablement sa plus belle composition enregistrée en solo.

Fait étonnant, tant son dernier LP que « Spectral Mornings » traitent tous les deux de la vie après la mort. ‘A l'époque, en parler revenait à être traité de hippie’, ironise l'artiste ; ajoutant, ‘Aujourd'hui, la science s'est emparée du sujet et parle de phénomènes quantiques...’ Tiens, tiens, Sir Hackett serait-il également intéressé par les thèmes liés à l'élévation de conscience ?

Après une courte pause, place au plat de résistance du spectacle et ce n'est pas encore l’heure du souper (« Supper's Ready »), mais l'interprétation intégrale de « Selling England By The Pound », l'œuvre mythique de Genesis. Paru en 1973, « Selling... » constitue un des plus grands succès critiques, artistiques et commerciaux (numéro 3 en Angleterre) de la formation de rock progressif. Entre parenthèses : son titre revêt aujourd’hui une résonance particulière, à l'heure du Brexit...

En redécouvrant « Selling... » en live, on est frappé par l'incroyable richesse de cet elpee, tant au niveau des mélodies que dans les harmonies et les textures sonores. Mais, par-dessus tout, cette musique est d'une incroyable puissance. Elle vient, entre autres, de l'intensité du chant de Peter Gabriel, reproduit ce soir à la perfection par l'Américain Nad Sylvan (Agent of Mercy). Ce n'est plus Nicky Beggs, parti rejoindre Steven Wilson, qui se charge de la basse, mais bien le Suédois Ronald Reingold. Rob Townsend (flûte, saxophone et clarinette) et Roger King (claviers) sont, eux, de fidèles acolytes.... de voyage (hum...) pour Steve H. Par contre, pour Craig Blundell, qui milite également au sein du backing group de Steven Wilson, il s’agit d’une première car il vient juste de rejoindre le band afin de remplacer Gary O'Toole. Hackett se fendra d'ailleurs d'une petite remarque admirative pour l'efficacité manifestée par le musicien qui est parvenu à maîtriser le nouveau répertoire en si peu de temps.

Comme il fallait s’y attendre, « Firth of Fifth » constitue un des moments les plus magiques du concert. Un tour de force musical illuminé par un solo d'anthologie à la gratte. Pourtant, alors que déchirante, la mélodie suit son cours, soudain, le Maître oublie une note au passage ; ce qui n'a pas échappé aux oreilles de votre serviteur. Mais il se rattrape bien vite, entraînant le public dans un univers onirique, hallucinant de beauté. Au moment de la célèbre note qui reste perchée sur un long 'sustain', le spectre de Carlos Santana se met à planer. De quoi soutenir la thèse selon laquelle ce dernier a exercé une influence sur le jeune Steve, au début de sa carrière. Mais les guitaristes que Steve a, à son tour, influencés sont légion. Parmi ceux-ci figure Eddie Van Halen, qui a déclaré avoir développé sa technique de 'tapping' sur le manche après avoir vu Hackett en concert avec Genesis.

La partie finale du show nous permettra de découvrir un titre inédit de ce groupe légendaire, « Dejà Vu », une démo qui n'avait pas été retenue pour le tracklisting de « Selling... » mais que Hackett est parvenu à finaliser de nombreuses années plus tard, en 1996 très exactement, après avoir, précise-t-il, reçu ‘la bénédiction de Peter Gabriel’, qui avait composé l'ébauche originale. 

Avant que le rideau ne tombe, le public prend en pleine face « Dance On A Volcano », un brûlot extrait de « A Trick of The Tail ». Quant au rappel, il s'ouvre sur le très rythmé « Myopia », suivi du bien nommé « Los Endos », un instrumental idéal pour servir d’outro au concert... Le point d'orgue idéal pour une prestation en tous points exceptionnelle. No doubt, tonight, Steve Hackett has been 'taking Belgium by the Sound'....

Setlist

Set 1:

Every Day
Under the Eye of the Sun
Fallen Walls and Pedestals
Beasts in Our Time
The Virgin and the Gypsy
Tigermoth
Spectral Mornings
The Red Flower of Tachai Blooms Everywhere
Clocks - The Angel of Mons

Set 2 (Selling England by the Pound):

Dancing With the Moonlit Knight*
I Know What I Like (In Your Wardrobe)*
Firth of Fifth*
More Fool Me*
The Battle of Epping Forest*
After the Ordeal*
The Cinema Show*
Aisle of Plenty*
Déjà vu
Dance on a Volcano*

Encore:

Myopia / Los Endos / Slogans

Organisation: Live Nation

Steve Hackett

Hanté par le spectre de Peter Gabriel…

Écrit par

Agé de 65 balais, Steve Hackett est en tournée, périple qu’il a baptisé ‘Acolyte To Wolflight With Genesis Revisited '. Pas de supporting act. La salle est sold out. Normal, puisqu’il s’agit de l’ex-sixcordiste de Genesis, venu notamment défendre son dernier opus, « Wolflight », paru cette année. Il s’agit du premier album studio original de Steve. Le précédent, « Beyond The Shrouded Horizon », remontait à 2011. Enfin, depuis 2013, il revient se produire tous les ans à l’AB, comme s’il accomplissait un pèlerinage. Et pourtant, chaque concert est différent.

Un peu d'histoire. En 1971, Steve Hackett rejoint Genesis. Il devient le cinquième membre du band. Guitariste, il est recruté pour sa maîtrise de l’instrument et surtout son aptitude à innover. Outre son concours à la gratte, il participe à l’écriture et aux arrangements des compos. Ce qui va contribuer au succès de la formation et tout particulièrement celui récolté en Belgique. Il participe à l’enregistrement de 8 albums. Malheureusement, des divergences musicales le poussent à quitter le combo. Il embrasse alors une carrière solo, amorcée par la confection d’un elpee personnel en 1975, « Voyage of the Acolyte ». Pionnier dans l’art du ‘tapping’, son talent est également reconnu dans le jeu de guitare dite ‘classique’. Mais il est surtout notoire pour ses expérimentations éthérées. Sans verser dans la démonstration technique, il y privilégie constamment le sens de l'harmonie tout en entretenant un univers sonore poétique, décalé et onirique.

Votre serviteur débarque vers 18h00. Il y croise ses habituels potes et surtout les fans de la première heure. Surprise de taille pour l’Ancienne Belgique : les tickets sont numérotés et le placement est contrôlé. Donc, pas question de vivre le spectacle en compagnie de ses amis. Pas trop heureux de la situation, je me retrouve dans la fosse, à l’extrême gauche. Pas mal casé, quand même, il faut le reconnaître. Juste en face de Ron Townsend. Il va se charger des instruments à vents. Depuis les clarinettes à la flûte, qu’elle soit droite, simple, piccolo ou traversière. Il participe également au chant et aux claviers. Juste derrière lui, sur une estrade, s’est installé le préposé au piano et aux synthé Roger King. C’est l’instrumentiste qui fédère toute l’expression sonore. Son vis-à-vis campe également sur un podium surélevé. Il s’agit du drummer Gary O’Toole. Coiffé d’un chapeau melon –mais pas chaussé de bottes de cuir– sa double batterie est impressionnante. Devant lui, se plante Roine Stolt, qui alterne gratte et basse. Et il s’y révèle aussi discret qu’efficace. Il est chevelu et porte des lunettes. Steve Hackett s’installe à l’avant-plan. Il se réserve la guitare –électrique ou acoustique– et assure le chant. Par rapport aux shows précédents, il va d’ailleurs davantage se consacrer aux parties vocales. Pourtant, il y a un vocaliste supplémentaire. Nad Sylan. Il a un look androgyne. Et apporte son concours, circonstanciellement, aux vocaux. Son timbre est, en outre, très particulier (NDR : serait-il hanté par Peter Gabriel ?) Enfin, le spectacle bénéficiera d’un light show aussi sobre qu’efficient.

En montant sur les planches, Steve se saupoudre les mains et le manche de sa guitare de talc, puis salue l’auditoire, en affichant un large sourire. 

Une intro symphonique prélude « Corycian Fire » (« Wolflight »). Le son émane de deux haut-parleurs disposés au balcon, à mi fosse. Cette compo est superbe et me fait penser au Robert Plant post Led Zep. Un cocktail subtil entre musique issue du Nord de l’Afrique, classique, prog, rock et psychédélisme.

Les musicos débarquent pour attaquer la deuxième compo. Il s’agit du titre maître de « Spectral Mornings » (NDR paru en 1973, il s’agit du troisième long playing). Steve arrache des sonorités singulières et merveilleuses de son manche, en se servant également de ses pédales. Il focalise tous les regards. Un peu comme Steve Vai ou Joe Satriani. Il présente certains morceaux. Mais aussi ses musiciens. Dans la langue de Molière.

Après « Every Day » (« Spectral Mornings »), il troque sa gratte électrique contre une semi-acoustique. Il aligne alors « Love Song to a Vampire », « The Wheel's Turning » et « Loving Sea ». Les interventions de Ron à la clarinette ou aux flûtes sont magistrales. Dignes de Ian Anderson (Jethro Tull). Et le premier volet du spectacle de s’achever par l’instrumental classieux « Shadow of the Hierophant ». Steve est assis et se sert d’une sèche. Une belle démonstration de son talent de sixcordiste.

La seconde partie va survoler les 40 années de carrière de Steve. Et tout particulièrement celles vécues chez Genesis. « Foxtrot » (« Get 'Em Out By Friday », « Can-Utility And The Coastliners » et « Watcher of Skies », malheureusement sans son intro au mellotron), « Selling England By The Pound » (« After The Ordeal », caractérisé par ses claviers emphatiques et au cours duquel Ron va esquisser un petit pas de danse, le lumineux « The Cinema Show », dont l’histoire de Roméo et Juliette est revisitée et « Aisle of Plenty ») ainsi que le titre maître de l’oeuvre majeure « The Lamb Lies Down on Broadway » figurent ainsi au sein du tracklisting. Ce dernier morceau est vraiment un des sommets du show. Théâtral, il constitue la cerise sur le gâteau. Enfin une des cerises, car la dernière chanson, « The Musical Box » (NDR : issu de « The nursery crime », cet opus recèle des comptines sordides, faussement infantiles, qui mêlent magie, sexualité, cruauté et meurtre) en est une autre. A cet instant, votre serviteur jubile… 

Cette période de concert baigne bien évidemment dans la prog. Nad participe davantage aux vocaux. Son timbre est alors très proche de celui de l’Archange ; ce qui permet plus facilement de replonger dans le passé de Genesis. 

En guise de rappel, la troupe va nous accorder deux morceaux. Tout d’abord « Clocks - The Angel of Mons » (« Spectral Mornings ») et le prodigieux « Firth of Fifth » (« Selling England By The Pound »), au cours duquel chaque musicien va s’autoriser un petit solo.  

Malgré l’excellence du set, il faut avouer que le spectre de Peter Gabriel a plané tout au long de la soirée…

(Organisation : Ancienne Belgique et Live Nation)

Steve Hackett

En perpétuelle quête de perfection…

Est-il vraiment utile de présenter Steve Hackett ? Car il est tout simplement un des meilleurs guitaristes de l'histoire du rock. Il a d’abord milité chez Genesis, le légendaire groupe de rock progressif, entre 1971 et 1977, et a contribué à la confection d'albums qui sont autant de chefs-d’œuvre, depuis "Nursery Cryme" jusqu'à "Wind And Wuthering". Sa carrière solo a été très prolifique, mais ne lui a pas permis de renouer avec le succès de masse.

Il y a quelques mois, il publiait le second volume de son "Genesis Revisited". Un ambitieux quadruple LP (2xCD) enregistré en compagnie de pointures comme Steven Wilson, Michael Åkerfeld, John Wetton, etc. Au cours d'une interview, Hackett a déclaré qu'il estimait intéressant de ‘réinterpréter des morceaux comme "Can-Utility And The Coastliners" ("Foxtrot") 40 ans plus tard, en utilisant les techniques actuelles et en tirant parti de son expérience acquise comme musicien et producteur’.

J'attendais donc, très impatiemment, la transposition ‘live’ de cet opus. Et je n'étais pas le seul ; l'Ancienne Belgique affichait, en effet, ‘sold out’! Etonnant mais, en même temps, révélateur de l'extraordinaire aura dont bénéficie toujours Genesis aujourd'hui. La nostalgie est un refuge bien utile dans cette période de vide créatif abyssal…

Soudain retentissent les premiers accords de "Watcher Of The Skies" et une intense clameur monte de la foule. On va probablement assister à un événement d'unique. Et en effet, il sera unique. Plus de 2 heures de musique. Et des compos exclusivement issues du répertoire de Genesis. Soit un florilège de véritables joyaux, à l’instar de "The Chamber Of 32 Doors", tiré de "The Lamb Lies Down On Broadway", un titre qui montre bien toute l'étendue du spectre musical de Genesis. C'est orchestral, puissant et d'inspiration classique mais également jazzy, burlesque, entrecoupé de passages carrément folk. ‘C'est juste une petite chanson que j'ai composée en venant ici’, ironise Hackett.

Sur les planches, Hackett est flanqué de Roger King, le claviériste américain qui est à ses côtés depuis les années 90, Rob Townshend à la flûte et au saxophone soprano, Gary O'Toole, son fidèle batteur ainsi que Lee Pomeroy (The English Rock Ensemble, Archive) à la basse. Mais le grand point d'interrogation, c'est bien entendu le micro. Qui Hackett a-t-il choisi pour interpréter les parties vocales, exceptionnelles, de Peter Gabriel et de Phil Collins? L'heureux élu est un certain Nad Sylvan, le chanteur du groupe prog anglais Agents de Mercy (ex-Unifaun). Au niveau technique, il se débrouille pas mal ; il a une voix assez proche de celle de Gabriel, mais un peu trop nasillarde à mon goût. Le maquillage noir autour des yeux, les longs cheveux blonds et la longue redingote : son look est plutôt gothique, mais son attitude est un peu trop théâtrale. Il a tendance à sur-jouer, se permettant même un geste déplacé sur "The Musical Box". Dans l'ensemble, le show est dépouillé. Pas de décors ni de déguisements, juste un superbe lightshow et quelques vidéos discrètes.

Un des grands moments du concert est sans nul doute "Dancing With The Moonlit Knight", au cours duquel public entonne la mélodie hyper connue : ‘Can You Tell Me Where My Country Lies...’ Pendant le break instrumental, on découvre l'exceptionnelle technique de Hackett, qui est un des inventeurs du 'finger tapping'. Popularisée par Eddie Van Halen, elle consiste à venir frapper le manche à l’aide des doigts (NDR : de la main droite pour Steve), en hammer-on/pull-off pour dispenser des séquences très rapides de notes. Hackett a élaboré cette méthode en regardant certains bluesmen et de jazzmen (surtout Emmett Chapman, le créateur du 'Stick'). Le tout premier 'finger-tap' figure probablement dans l'intro de "The Return Of The Giant Hogweed", paru sur "Nursery Cryme", en 1971!!

Refermons cette parenthèse musicologique... Après "Fly On A Windshield", sur lequel Gary O'Toole prend en charge des parties vocales, place à un autre moment très attendu: "Firth Of Fifth". Au milieu du morceau, le très célèbre passage instrumental n’est pas joué à la flûte traversière, mais au saxophone soprano par l'excellent Rob Townshend. Ensuite, Steve Hackett prend le relais pour accorder un solo exceptionnel, dans un style inimitable, puissant et très fluide, tout en 'sustain', qui se répand dans la salle comme la plainte d'une mélancolie insondable. On a la gorge serrée en assistant à ce moment exceptionnel…

L'introduction de "Blood On The Rooftops" (extrait de "Wind And Wuthering") nous donne l'occasion d'écouter le virtuose à la guitare classique, un instrument qu'il maîtrise également à la perfection. C'est Gary O'Toole qui reprend ici les parties vocales de Phil Collins. Ensuite, le groupe s’accorde une petite pause afin de résoudre un petit problème technique. De claviers, très exactement. Mais il est bien vite de retour pour interpréter trois titres supplémentaires de "Wind And Wuthering", dont le très beau et lancinant "Afterglow". Embrayant par l’hypnotique et particulièrement jazz-rock "Dance On A Volcano", suivi du bouleversant "Entangled".

Pour clôturer le concert, Steve Hackett nous propose ensuite le plat de résistance: "The Musical Box" et "Supper's Ready", deux chefs-d’œuvre ultimes de Genesis. Ici, à nouveau, on frise la perfection musicale. Pendant l'instrumental joué à la flûte, au cœur de "Supper's Ready", Hackett et Sylvan constatent, étonnés et admiratifs, que la mélodie est reprise en chœur par des voix masculines venues du public : on en a la chair de poule...

Lors du rappel, la formation revient pour un "Los Endos" très jazz-rock et très puissant! A la fin du morceau, l'ambiance est indescriptible. On a l'impression que l'AB va exploser. Le public réclame un second ‘encore’, mais en vain, car les lumières se rallument. On quitte l'AB la tête remplie d'une musique magnifique et on remercie Steve Hackett d’avoir donné une seconde vie à la période la plus inspirée de Genesis, même si quelques aspects du spectacle, comme le choix du vocaliste, sont sujets à discussion. Maintenant, imprégné de ces vibrants moments, je pars vite me replonger dans les versions originales de ces compositions d'anthologie, pour m’en délecter ! Si tout le monde en fait autant, Steve Hackett aura parfaitement rempli sa mission...

Setlist

        Watcher of the Skies

        The Chamber of 32 Doors

        Dancing With the Moonlit Knight

        Fly on a Windshield

        Firth of Fifth

        Blood on the Rooftops

        'Unquiet Slumbers for the Sleepers...

        ...In That Quiet Earth

        Afterglow

        Dance on a Volcano

        Entangled

        The Musical Box

        Supper's Ready

        Rappel:

        Los Endos

(Organisation : AB + Live Nation)

 

Steve Hackett

Out Of The Tunnel’s Mouth

Écrit par

La carrière de Steve Hackett force le respect. Né à Londres en 1950, cet Anglais jouit d’une solide réputation dans l’univers du rock progressif. Il a d’ailleurs été un des piliers du line-up classique de Genesis. De 1972 à 1977, il a ainsi enregistré huit albums en compagnie de Peter Gabriel, Phil Collins, Mike Rutherford and Co. Il a  également participé à l’aventure de l’excellent combo GTR. Fondé en 1986, il impliquait également Steve Howe (ex- Yes et Asia). Un projet qui s’est trop rapidement évaporé, après un unique essai discographique. Depuis 1987, le guitariste poursuit une carrière solo plutôt fructueuse.

En matière de guitare, Steve Hackett est un touche-à-tout. De l’électrique à l’acoustique, du  rock au jazz en passant par la world, le classique, le progressif ; rien ne l’effraie. L’énorme patchwork musical que constitue « Out Of The Tunnel’s Mouth » ne démentira pas cette affirmation.

L’album démarre, un peu mollement, il faut bien l’avouer, par un « Fire On The Moon »  planant et assez ‘pinkfloydien’. « Nomads » nous invite à vivre une ballade espagnole, dont les accents flamenco sont malheureusement alourdis de cordes de guitare électriques. « Emerald and Ash » passe, en huit minutes, du rock planant et progressif au guitar-rock percutant. « Tube Head » verse enfin dans le style attendu d’un album solo concocté par un guitariste. Une basse au son énorme et une batterie speedée soutiennent une guitare dégoulinante de feeling pour un titre instrumental rappelant quelque peu Joe Satriani. « Sleepers » est découpé comme un titre à tiroirs. Une guitare acoustique et un orchestre classique se promènent au fil d’un rock progressif atmosphérique. La montée en puissance électrique est inévitable et le petit duel ‘guitare solo/orchestre’ assez bluffant. « Ghost In The Glass » campe une ballade instrumentale au feeling très jazz-rock. Comme tous les six-cordistes, Hackett aime le blues et le démontre lors d’un « Still Waters » rutilant, gorgé de chœurs féminins. L’album s’achève, en apothéose, par le voyage exotique d’un « Last Train To Istambul », truffé d’instruments orientaux traditionnels et de percussions ethniques.

D’une manière générale, « Out Of The Tunnel’s Mouth » n’est pas l’album à écouter si on espère se procurer une bonne décharge d’adrénaline. Par contre, si vous êtes à la recherche de quiétude, de relaxation ou si vous souhaitez vous plonger au sein d’une ambiance feutrée consécutive à la dextérité instrumentale, ce nouvel album du virtuose anglais fera très bien l’affaire. En outre, les fans se délecteront de l’édition spéciale double digipack recelant 5 titres live et un enregistrement studio inédit.

 

Steve Hackett

Wild Orchids

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Guitariste et co-compositeur des meilleurs albums de Genesis, de « Nursery Cryme » (71) à « Wind and Wuthering » (76), Steve Hackett est le seul membre de ce groupe encore fidèle au Prog, au point d'en être parfois considéré comme une icône. Et force est de reconnaître qu'après 20 albums solos, sa soif d'expérimentations sonores et culturelles, de découvertes et de subtils métissages reste d'une très respectable vivacité.

Sa musique en liberté associe classique et rock (« She moves in Memories »), sonorités orientales (« Waters of the Wild ») et folk écossais (« Set your Compass »), harmonies vocales éthérées et narration psychotique (« Down Street »), ambiance de recueillement quasi-religieux (« To a Close ») et puissantes éruptions (« Ego and Id »), piano jazz et rythmique plombée, dissonance (« Howl ») et esthétique tantôt sophistiquée (« The Fundamentals of Brainwashing »), tantôt majestueuse (« She moves in Memories »). La moindre de ses prouesses n'est sûrement pas de parvenir à intégrer toutes ces tendances en un CD fort cohérent, son inimitable jeu de guitare (électrique et classique) en guise de fil rouge. Certaines compositions pourront sembler peu à leur place aux oreilles des puristes (« A girl called Linda »), mais elles ne les dérangeront plus après deux ou trois écoutes. Si personnellement je déplore souvent que Steve assume le chant lui-même au lieu d'apporter à son travail la plus-value d'un solide chanteur attitré, il faut reconnaître que le travail sur les voix et les harmonies vocales est à nouveau impressionnant (« Set your Compass », « To a Close »). De plus, il convient d'épingler « Man in the long Black Coat », une belle reprise de Dylan, où le chant de notre homme, évoquant à la fois Nick Cave, Johnny Cash et Léonard Cohen, fait merveille. A son band dévoué et efficace, Steve associe un quintette classique pour plusieurs plages. Pour le reste, il conserve quelques bonnes habitudes, comme cette belle peinture signée Kim Poor sur la pochette.

En conclusion, un album très réussi, riche en climats et ambiances contrastées, maintenant sans faiblir l'intérêt de l'auditeur par ses compositions solides, et réservant de savoureuses trouvailles sur la plupart de ses treize plages. Malgré des échappées guitaristiques moins ambitieuses, un travail dans la lignée de ses prédécesseurs, à l'authentique parfum des orchidées sauvages. Merci, Monsieur Hackett, de nous procurer notre prog quotidien.