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Steven Wilson

Une odyssée cosmique et introspective…

Ce soir, Bruxelles s’illumine sous l’éclat d’une étoile rare : Steven Wilson, souverain incontesté du rock progressif, est de retour au Cirque Royal pour dévoiler “The Overview”, son dernier opus solo, une œuvre aussi ambitieuse qu’astrale. Six ans se sont écoulés depuis sa dernière apparition en Belgique, une absence que la tournée 2023 de Porcupine Tree, cruellement dépourvue de halte belge, n’a fait qu’amplifier. L’attente, presque palpable, des aficionados a transformé ce concert en une célébration à guichets fermés.

Par sa voûte circulaire évoquant un dôme céleste, le Cirque Royal se prête à merveille à l’univers de Wilson. “The Overview”, concept-album inspiré par l’’effet de vue d'ensemble’ – cette sidération contemplative éprouvée par les astronautes face à la Terre vue de l’espace – métamorphose la salle en un planétarium. Les projections stellaires, cascades d’étoiles et de nébuleuses, enveloppent les spectateurs, tandis que la musique, aux accents floydiens, tisse une toile sonore où s’entrelacent méditation et voyage interstellaire. Les deux suites épiques, de 23 et 18 minutes, divisées en mouvements comme autant de constellations (huit pour la première, six pour la seconde), imposent un silence quasi sacré. Ce ne sont pas de simples chansons, mais des fresques mouvantes, des spirales de notes qui oscillent entre introspection et infini.

Un film d’animation de Miles Skarin accompagne cette odyssée : un extraterrestre gris émerge d’un marais primordial, des nébuleuses annulaires palpitent à des années-lumière, des visions cosmiques dansent sous les yeux ébahis. L’effet est envoûtant, une immersion totale où le spectateur, suspendu entre la Terre et l’éther, se perd dans l’immensité.

Vêtu de noir, pieds nus et arborant un look d'éternel étudiant, Steven Wilson orchestre ce voyage avec aisance. Passant de la guitare aux claviers, il guide une formation d’exception : Adam Holzman, sorcier des synthétiseurs, Randy McStine, prodige des six cordes, Nick Beggs, ancre rythmique à la basse, et Craig Blundell, maître des percussions. McStine, benjamin de la troupe, brille malgré une entrée légèrement ternie par un réglage maladroit. Ses solos, échos vibrants de David Gilmour, s’élèvent en arabesques stratosphériques, mêlant virtuosité et émotion. Blundell, en revanche, pèche par excès de puissance : son jeu, parfois trop massif, écrase la délicatesse des autres instruments. N'est pas Gavin Harrison qui veut...

Dans "Objects Outlive Us", un riff hypnotique de 19 notes, porté par une rythmique asynchrone, évoque les spirales envoûtantes de Happy The Man (“Carousel”). Pas étonnant, quand on sait qu'Adam Holzman est un grand fan du groupe américain, comme il nous l'avait confié dans les coulisses du Trix, à Anvers, il y a quelques années.  Mais Wilson ne se contente pas de rendre hommage au passé. "No Monkey’s Paw" s’ouvre sur des textures 'ambient' dignes de Brian Eno, avant que "The Cicerones" n’ose des dissonances électroniques aux accents d’Aphex Twin. Cette fusion audacieuse entre progressif et avant-garde atteint ici une cohérence rare, un équilibre entre héritage et exploration.

La seconde pièce, "The Overview", invite à la contemplation. "Perspective" s’élève comme une aube fragile, portée par des synthétiseurs éthérés, avant que "Borrowed Atoms" ne déploie une mélancolie toute romantique. Le final, "Permanence", s’évanouit dans un murmure ambient, un écho suspendu qui semble flotter dans l’infini, abandonnant l’auditeur à la solitude majestueuse de l’univers.

Après une pause, le groupe revient pour un second acte, une plongée dans le très riche répertoire solo de Wilson. Par son aspect cosmique, “The Harmony Codex” permet de faire le lien avec la première partie mais dès les premières notes de “Luminol”, le contraste est total : fini les bidouillages électroniques et retour au bon vieux rock progressif. Les musiciens semblent apprécier ce moment, et interagissent comme s'ils étaient en pleine répétition. Le riff de basse, parfaitement interprété par un Nicky Beggs au sommet de son art, fait exploser de bonheur l'auditoire, qui manifeste son enthousiasme en tapant dans les mains. “What Life Brings” prouve, comme le dit Steven en introduction, que ses morceaux ne sont pas tous des épopées de 9 minutes et qu'il est capable d'écrire des chansons 'indie-pop' courtes et simples. Un défi largement réussi et dans le solo qui clôture la composition, Wilson prouve à tout un chacun qu'il est aussi un remarquable guitariste. Et sa PRS Singlecut Trem dorée produit un son d'une pureté hallucinante. Un grand moment.

Comme on pouvait s'y attendre, c'est la reprise de Porcupine Tree, “Dislocated Day”, qui remporte le plus franc succès. Son côté plus ‘metal’ envoie le public au 7ème ciel, la majorité des fans ondulant doucement dans un lent mouvement de 'headbanging’.

‘La prochaine chanson est la plus difficile’, annonce d'emblée Wilson... ‘So, guys, don't f*ck up!’ C'est en effet une ‘impossible corde raide’ (“Impossible Tightrope”) que les musiciens franchissent avec maestria. On aurait peut-être préféré un autre titre que celui-là, vu qu'il présente des redites par rapport à “The Overview” (la vidéo) et qu'il manque de véritables mélodies. Heureusement, Wilson se rattrape, et de merveilleuse façon, grâce à “Harmony Korine”, une composition issue de son premier opus solo, “Insurgentes”: ‘Un album très important pour moi’, précise l'artiste. Le concert s’achève par "Vermillioncore", un instrumental jubilatoire, une apothéose incandescente.

Au moment du rappel, Wilson souligne qu'il ne possède pas de véritables hits, mais introduit quand même “Pariah” comme une chanson qui ‘aurait pu devenir un hit dans un univers parallèle’. Il faut dire que tout prédisposait la compo à faire mouche dans les charts. Car elle est basée sur la même série d'accords que “Purple Rain” et lorgne efficacement sur le “Don't Give Up” de Peter Gabriel, la chanteuse israélienne Ninet Tayeb apparaissant sur l'écran pour le 'contre-chant'. "Ancestral" clôture la soirée, bien que certains auraient préféré l’éclat tragique de "The Raven That Refused to Sing", que Wilson lui-même considère comme sa plus belle composition.

Finalement, ce qui frappe dans ce concert, c’est la capacité de Wilson à condenser les différentes périodes de la carrière en une encyclopédie sonore. On y retrouve les crescendos dramatiques de Porcupine Tree, des échos spatiaux, une touche d’indie-pop, mais jamais l’ombre du passéisme. Wilson ne regarde pas en arrière ; il projette sa musique vers un futur incertain, où le rock progressif devient un miroir de notre place dans l’univers, un chant fragile face à l’immensité cosmique…

Setlist :

Set 1 - The Overview :

Objects Outlive Us

The Overview

Set 2 :

The Harmony Codex

King Ghost

Luminol

What Life Brings

No Part of Me

Dislocated Day (Porcupine Tree song)

Impossible Tightrope

Harmony Korine

Vermillioncore

Encore :

Pariah

Ancestral

(Organisation : Live Nation - Accréditation: Cirque Royal)

Steven Wilson

The Overview

Une odyssée progressive au bord de l’infini…

Steven Wilson n’est pas un musicien qui se repose sur ses lauriers. À 57 ans, le maître britannique de la musique progressive, cerveau de Porcupine Tree et architecte sonore hors normes, livre ici son huitième album solo, et peut-être son opus le plus audacieux à ce jour. Sorti ce 14 mars 2025 sur Fiction Records, cet album de quarante-deux minutes, partagé en deux longues pièces, n’est pas une simple addition à sa discographie prolifique : c’est une somme, un manifeste rétrofuturiste qui explose les frontières du genre qu’il a contribué à réinventer depuis trois décennies.

Une genèse introspective et cosmique

Écrit, produit et mixé dans son home-studio entre décembre 2023 et août 2024, "The Overview" s’inspire de ‘l’effet de vue d’ensemble’ (‘the overview effect’), ce vertige existentiel ressenti par les astronautes face à la Terre vue de l’espace.

Dans un ‘Questions-Réponses’ réservé aux fans, Wilson a commenté la genèse de “The Overview” : ‘L'année dernière, j'ai vu un très bon ami à moi, Alex Milas, qui dirige une organisation appelée Space Rocks, et je lui ai parlé de la possibilité de faire une sorte de collaboration. Son organisation a pour objectif de réunir le monde de la science et de l'astronomie par le biais de la musique. Je me suis dit que je pourrais peut-être créer une bande-son pour un de ses événements. Et il a commencé à me parler du ‘Overview Effect’. C'est le phénomène que vivent les astronautes lorsqu'ils vont, pour la première fois, dans l'espace et qu'ils regardent la Terre depuis l'espace. Ils ont cette prise de conscience où ils comprennent à quel point la Terre est insignifiante et donc, par extension, à quel point les êtres humains sont insignifiants par rapport au cosmos. Il m'a expliqué que certaines personnes ont une réaction positive à cela, mais que d'autres ont une réaction très négative. J'ai immédiatement imaginé, dans ma tête, la possibilité d’enregistrer un album conceptuel sur ce thème. J'ai en quelque sorte entendu tout le disque dans ma tête, en tant qu'ébauche. J'ai su, à ce moment-là, qu'il fallait que ce soit quelque chose de long. Que ce soit un seul morceau de musique ininterrompu. Je suis donc rentré chez moi et en six à huit semaines, j'ai esquissé les compositions et élaboré la plupart des morceaux de base que l'on entend sur l'album final. Donc, oui, ça s'est mis en place facilement. J'aimerais que ce soit toujours aussi simple.’

Wilson, habitué à explorer les tréfonds de l’âme humaine, traduit cette sensation en deux pistes : "Objects Outlive Us" (23:17) et "The Overview" (18:27). Ces titres ne sont pas de simples chansons, mais des suites fragmentées en mouvements (huit pour la première, six pour la seconde), qui oscillent entre méditation philosophique et voyage interstellaire.

Accompagné de musiciens exceptionnels, Craig Blundell à la batterie, Adam Holzman aux claviers, Randy McStine aux guitares, Wilson s’entoure aussi d’une plume prestigieuse : Andy Partridge de XTC, qui signe les paroles de “Objects : Meanwhile”. Ce clin d’œil adressé à l’un de ses héros personnels ajoute une couche d’élégance pop à une œuvre par ailleurs dense et ambitieuse.

Une anthologie sonore rétrofuturiste

Dès les premières notes de "Objects Outlive Us", on reconnaît la patte de Wilson : un classicisme progressif à la "Dark Side of the Moon", construit autour de guitares stratosphériques et de claviers évoquant les grandes heures de Porcupine Tree ("In Absentia", "Fear of a Blank Planet"). Le ‘riff’ de base aux claviers comporte 19 notes qui se déroulent sur une signature rythmique asynchrone rappelant le style hypnotique de Happy The Man (“Carousel”).

Wilson explique : ‘Sur la première face, presque tout le matériel musical est dérivé de la même mélodie de 19 notes, qui est accompagnée d'une ligne de basse. Et même si vous n'en êtes pas conscient lorsque vous écoutez le morceau, tout émane de cet unique thème. J'ai décidé de regarder ce motif thématique depuis différentes perspectives, différentes signatures rythmiques et différentes tonalités. C'est ce qu'“Objects Outlive Us” est devenu : un morceau de 23 minutes, essentiellement dérivé d'une seule idée musicale. Même si j'espère que cela ne donne pas cette impression lorsque vous l'écoutez.’

Mais là où certains pourraient se contenter de recycler les recettes de la musique ‘prog’, Wilson les développe. “No Monkey’s Paw” ouvre sur une texture ambient digne de Brian Eno, avant que “The Cicerones” n’introduise des dissonances électroniques rappelant Aphex Twin. Cette fusion entre ‘prog’ et expérimentation moderne n’est pas nouvelle chez lui ("The Future Bites" en témoignait déjà), mais elle atteint ici une cohérence rare.

La seconde pièce, "The Overview", est plus contemplative. “Perspective” démarre comme une lente ascension, articulée autour de synthés éthérés et d'une batterie feutrée, avant que “Borrowed Atoms” ne déploie une mélancolie familière aux fans de "The Raven That Refused to Sing". Le final, “Permanence”, s’achève sur une note suspendue : un fade-out qui semble miroiter dans l’infini, comme si Wilson nous laissait seuls face à l’immensité cosmique qu’il décrit.

Références et réinvention

Ce qui frappe dans "The Overview", c’est sa capacité à condenser les différentes périodes de sa carrière en une encyclopédie sonore. On y décèle des échos de Porcupine Tree dans les crescendos dramatiques (“Cosmic Sons of Toil”), des réminiscences de "The Harmony Codex" au sein des thèmes spatiaux, et même une touche indie-pop (Blackfield, XTC). Pourtant, l’œuvre ne sent jamais le réchauffé. Wilson ne se contente pas de regarder dans le rétroviseur : il projette ces influences dans un futur incertain, où la musique progressive devient un miroir de notre place dans l’univers.

La nécessité d'avancer, au risque de déplaire, est un thème central chez Wilson. Il déclare : ‘Un des principes qu’il faut connaître, c'est que je n'aime pas l'idée de toujours faire la même chose. Certains fans aimeraient que je continue dans la veine de Porcupine Tree ; mais, pour moi, il est important de toujours essayer d’explorer des domaines différents, d'avancer. Je ne sais donc pas vraiment ce que je vais proposer après "The Overview", mais pour l'instant, la priorité, c'est la tournée. J'espère que le show sera aussi époustouflant que l'album et le film qui l'accompagne.’

Revenons à l'album. Les textes, souvent abstraits, renforcent la dimension cosmique de la musique. Andy Partridge apporte une poésie grinçante à “Objects : Meanwhile” (“We’re just borrowed atoms / In a cosmic pawn shop”), tandis que Wilson explore la finitude humaine face à l’éternité (“Heat Death of the Universe”). C’est une réflexion qui rappelle les méditations de “Hand. Cannot. Erase.” sur la solitude, mais portée à une échelle galactique.

Une production au sommet

Côté son, "The Overview" est un régal. Le mixage révèle une précision chirurgicale. N'oublions pas que Wilson est aussi ingénieur du son et producteur. L’album brille par sa clarté et sa spatialité. Les claviers d’Holzman planent comme des nébuleuses, les guitares de McStine oscillent entre délicatesse et fureur contenue, et la batterie de Blundell ponctue chaque mouvement grâce à une dynamique parfaitement contrôlée. Le mix Dolby Atmos, disponible en édition Deluxe, permet une immersion totale.

Un chef-d’œuvre, mais pas pour tous

Alors, chef-d’œuvre ? Oui, si l'on accepte l’exigence de Wilson. "The Overview" n’est pas un album facile. Ses longues plages instrumentales et ses transitions abruptes demandent une écoute attentive. Ici, pas de single accrocheur à la “Lazarus”. Les néophytes pourraient s’y perdre, mais les fans de longue date, habitués aux labyrinthes sonores, y verront une apothéose. C’est une œuvre qui se dévoile au fil du temps.

Le 7 mai prochain, Wilson présentera "The Overview" au Cirque Royal, à Bruxelles. A guichets fermés, preuve que son aura ne faiblit pas. À l’heure où la musique progressive peut parfois sembler tourner en rond, Steven Wilson rappelle pourquoi il reste le “King Wilson” : il ne suit pas les tendances, il les redéfinit.

"The Overview" est disponible ici ou via la page ‘Artistes’.

Pour écouter (et regarder) "Objects Outlive Us : Objects : Meanwhile", c'est .

 

 

Steven Wilson

Chef d'œuvre en vue: Steven Wilson dévoile son nouvel album en avant-première

C'est un événement qui fait grand bruit dans le petit monde de la musique progressive. Steven Wilson, le musicien culte, auteur-compositeur et producteur, leader de Porcupine Tree, se prépare à sortir son huitième album, “The Overview” et le moins que l'on puisse dire, c'est que c'est une production ambitieuse.

Cet album de quarante-deux minutes est l'œuvre la plus audacieuse de Wilson à ce jour - ce qui n'est pas peu dire, car toute son œuvre est innovante. Dans cet album écrit, produit et mixé dans son home-studio entre décembre 2023 et août 2024, Wilson élargit une fois de plus les paramètres de la musique progressive, un genre qu'il a longtemps contribué à redéfinir à travers sa carrière solo et son travail au sein de Porcupine Tree.

“The Overview” se compose de deux chansons : “Objects Outlive Us” et “The Overview”, inspirées par « l'effet de vue d'ensemble » que ressentent les astronautes lorsqu'ils regardent la Terre depuis l'espace. Dans cette œuvre unique, Wilson va puiser dans les différentes périodes de la musique moderne, du classicisme 'prog' (“Dark Side of The Moon”) aux expérimentations électroniques (ambient music, Aphex Twin), en passant par la pop 'indie'. On y retrouve donc des clins d'œil aux disques de Porcupine Tree, mais aussi au scénario de l'album The Raven That Refused To Sing, à l'électronique progressive de The Future Bites et aux références spatiales de son précédent album The Harmony Codex. Après avoir expérimenté avec différents styles au cours de sa carrière, il fait exploser les frontières et s'autorise une sorte d'anthologie sonore, une encyclopédie rétro-futuriste ouverte sur le “tout”, sur l'immensité cosmique.

Wilson est accompagné par ses musiciens habituels: Craig Blundell (batterie), Adam Holzman (claviers) et Randy McStine (guitares). Andy Partridge, de XTC, un des artistes que Steven admire le plus, a contribué aux paroles.

L'album sort le 14 mars 2025 sur Fiction Records. Pour le pré-commander, c'est ici. Pour l'album teaser, c'est

Steven Wilson se produira au Cirque Royal le mercredi 7 mai à guichets fermés.

 

Steven Wilson

Accueil royal pour le 'Wilson-King'...

Moins d'un an après sa dernière visite, accordée à l'Ancienne Belgique, et quelques mois après son passage, très remarqué, à Werchter, Steven Wilson est de retour en Belgique, et pour la circonstance, au Cirque Royal. Le Britannique est auréolé du succès, aussi imprévu que colossal, de son dernier opus : « To The Bone », qui a largement dépassé les ventes de toutes ses autres plaques, y compris celles réalisées par son précédent groupe, Porcupine Tree. Tenez-vous bien : « To The Bone » a même atteint la deuxième place dans les charts outre-Manche ! Un exploit pour un artiste plutôt 'alternatif'. Il faut dire que le simple « Permanating », aux sonorités très pop, est destiné à attirer un nouveau public.

On mesure le chemin parcouru par le 'King of Prog' et on doit reconnaître qu’il a réussi son pari : faire évoluer sa musique et gagner de nouveaux aficionados. Par contre, il a malheureusement perdu beaucoup de fans originels de Porcupine Tree, déçus par le côté nettement moins prog/metal des nouvelles productions.

Ce soir, le Cirque Royal affiche néanmoins complet et on ne peut que féliciter l'équipe de gestion qui a repris les rênes de la salle sous la houlette de Denis Gerardy :  le Cirque rénové est un joyau qui brille de mille feux et l'organisation y est impeccable.

Le concert commence par la projection d'un court-métrage, « Truth », qui met en scène les concepts développés dans l'album « To The Bone ». Le contraste entre les images et les mots affichés souligne tout le danger des nouveaux médias, au sein desquels le 'fake' et la désinformation prennent de plus en plus le pas sur la 'vérité'. La musique de fond devient progressivement plus sombre et une acclamation accueille les artistes au moment où ces derniers prennent place sur le podium.

Wilson est accompagné de son fidèle bassiste, Nicky Beggs (ex-Kajagoogoo, Steve Hackett) et du claviériste Adam Holzman, qui, excusez du peu, a côtoyé Miles Davis. Ils sont épaulés par le batteur Craig Blundell, un musicien de sessions et, à la guitare, Alex Hutchings, qui a remplacé Dave Kiliminster, occupé comme on le sait, par la tournée de Roger Waters.

 « Nowhere Now » ouvre le set et d'emblée, le ton est donné. Les riffs de guitare, inspirés par Rush, s'intègrent dans un cadre harmonique rappelant le Pink Floyd de « Learning To Fly », mais l'ensemble porte l'empreinte, indélébile, de Steven Wilson. On le constatera tout au long de ce concert, l'artiste est passé maître dans l'art de s'approprier un éventail extrêmement large d'inspirations musicales, de les digérer et de fournir, au final, une signature unique, reconnaissable entre mille. La marque des grands artistes.

Pour la chanson suivante, « Pariah », la vocaliste israélienne Ninet Tayeb, absente, apparaît en vidéo sur le voile transparent dressé entre le podium et le public. Ce titre, très pop dans sa structure, révèle le côté foncièrement sociologique des thèmes abordés par Wilson dans les paroles de ses chansons.

Sur la scène, l'artiste évolue pieds nus, suivant son habitude. A plus de 50 ans, il a toujours son éternel look d'étudiant de fac. Planté au centre de l’estrade, il joue au chef d’orchestre au sein de son supergroupe. Il passe de la guitare électrique à la sèche, stimule en permanence ses musiciens ; et parfois, sans instrument, souligne les impulsions majeures de l’expression sonore.

Après « Pariah », Wilson salue le public et l'invite à se manifester davantage : ‘Nous avons besoin de sentir votre enthousiasme !’ Poursuivant sur un ton très 'tongue in cheek', il explique que vu le couvre-feu imposé à 22h30, le show sera un peu raccourci et donc, pour une fois, il sera obligé de parler moins !

 « Home Invasion / Regret #9 », extrait de l'album « Hand. Cannot. Erase » permet au groupe de passer aux choses sérieuses. Après les compositions plus 'accessibles', place à un tour de force de plus de 10 minutes, où foisonnent les éléments metal, jazz-rock, voire même free-jazz, sans oublier les envolées prog/psyché. Un véritable patchwork évoquant King Crimson, Pink Floyd, Camel, Yes, Rush, Todd Rundgren (Utopia) et autre Van der Graaf Generator. Adam Holzman est ici parfaitement dans son élément et il s'offre un solo au mini-Moog complètement ahurissant. On pense à Happy The Man, ce groupe américain de la fin des seventies injustement sous-estimé, auquel Holzman voue, nous a-t-il confié en coulisse, une énorme admiration. Alex Hutchings prend le relais pour un solo 'gilmouresque' plus orienté rock mais tout aussi impressionnant. On en a des frissons dans le dos ! C'est enfin Wilson lui-même qui clôture la composition tout en douceur sur les cordes de sa guitare signée Paul Reed Smith.

 « Don't Hate Me » constitue la première incursion dans le répertoire de Porcupine Tree et la réaction d'une partie du public est, on s'y attendait, délirante. Le riff de guitare s'installe tout en douceur, lové dans les volutes atmosphériques créées à l'époque par le grand Richard Barbieri (ex-Japan). On ne va pas revenir sur la polémique 'Porcupine Tree versus Wilson en solo' mais on ne peut à nouveau que regretter la dissolution de ce groupe légendaire. Même si Wilson apportait la base des compositions, PT était le fruit d’un travail de groupe. Les musiciens étaient tous impliqués dans la composition et participaient également aux arrangements, ce qui expliquait leur richesse. Ecartant toute pensée négative, nous nous concentrons sur le spectacle, qui nous plonge dans un moment de pur bonheur, et notre gorge est serrée pendant le refrain : ‘Don't Hate me, I'm not special like you...’

Après ce moment magique, on revient sur terre. ‘Ce soir, j'ai envie d'être une rock star', confie Wilson, un sourire en coin. 'Mes deux nièces sont présentes dans la salle et je veux leur montrer que leur oncle est une star !' Et l'Anglais de supplier le public de lui faire un triomphe au cours de la prochaine chanson, surtout pendant le solo de guitare, qu'il interprétera, promet-il, sans regarder son manche ! 'Comme les Jimmy Page et autre Jimmy Hendrix !' C'est « The Same Asylum as Before » et pendant le solo, interprété sur une Telecaster vintage que Wilson a acquise récemment, le public sur-joue à la perfection, réservant un triomphe au chanteur-guitariste en plein ego-trip. Funny !

La partie suivante du spectacle est, sans doute, la plus faible, car ni « Get All You Deserve » ni « Ancestral » ne parviennent à nous faire décoller. L'interlude prévu normalement à ce moment-là est remplacé par deux solos, réalisés à la batterie et à la basse, le temps que les autres musiciens se rafraîchissent et reviennent pour « No Twilight... » mais surtout pour « Index ». Ce titre, extrait du second LP solo de Wilson, « Grace For Drowning », est un pur chef-d'œuvre. Le thème est on ne peut plus 'dark' :  un tueur en série raconte qu'il est juste un collectionneur incompris. La musique est à tomber... raide mort. C'est un crossover glaçant entre dark ambient, post-metal et trip-wave, un voyage menaçant et hypnotique qui creuse dans les tréfonds de l'âme humaine.

Contraste ô combien violent, le moment suivant est le plus 'commercial' de tout le spectacle. Certes, le single « Permanating » représente le plus large succès de Wilson à ce jour, mais on ne sait que penser de ce titre bâtard, constitué d'un collage maladroit de phrases musicales empruntées aux années '80. Le refrain s’inspire un peu trop d'Abba, et notamment de « Mama Mia », le couplet de Flash and The Pan et le bridge d'Electric Light Orchestra. Et le résultat pourrait figurer sur la face B d'un mauvais single de Coldplay. Wilson a beau le présenter comme un moment 'pop' qui, loin de la morosité dépressive de ses autres compos, évoque une 'célébration de la vie', on attend juste que le moment passe… et le plus vite possible.

Dans la foulée, « Song of I » prolonge l'ambiance 'Années 80' en réanimant ouvertement l’esprit de Prince. Ici, à nouveau, la voix féminine est diffusée en playback et l'attention du public se focalise surtout sur la superbe vidéo, mettant en scène une danseuse, dont la silhouette est projetée sur le voile au-devant de la scène. A partir du milieu du morceau, le son vire au 'dark trip-hop' façon Massive Attack, le tout rehaussé par des cordes kashmiresque : une totale réussite !

Après « Lazarus », nouvel emprunt à PT, l’instrumental « Vermillioncore » permet aux fans de metal de pratiquer un peu de 'headbanging', lors des passages plus 'heavy'. « Sleep Together » clôt le set, un morceau qui figure sur « Fear of a Blank Planet », sans doute le meilleur opus du défunt et mythique combo. L'intro, très dark électro, lorgne vers Nine Inch Nails et le refrain provoque une véritable explosion : ‘Let's sleep together... Right now’. Difficile de ne pas discerner une analogie entre ce refrain et celui de « Sweet Harmony » de The Beloved... La progression finale de la composition est irrésistible et mène inexorablement vers un orgasme sonore final...

En rappel, Steven Wilson offre un petit set acoustique, accompagné du seul Adam Holzman au piano. Au programme, deux compositions qui, aux dires même du musicien, tiennent parfaitement la route sous cette formule minimaliste. Une preuve que ce sont des bonnes compos ! Et on confirme. Tant « Blackfield », la chanson qui a donné son nom au projet d'Aviv Geffen, que « Sentimental », de Porcupine Tree, font parfaitement mouche. Pour clôturer le spectacle, on a droit à une tout dernière reprise de PT : « The Sound of Muzak » et, en point d'orgue idéal, « The Raven that Refused to Sing », probablement la plus belle composition de Steven Wilson. Assis sur un tabouret, il chante cette mélodie déchirante, rehaussée par la superbe vidéo d'animation de Jess Cope. On n’entend pas une mouche voler tout au long de cette chanson qui vous flanque la chair de poule. Le son quadriphonique renvoie des effets provenant des quatre coins de la salle, pour une expérience musicale totale. ‘I'm afraid to wake... I'm afraid to love...’

Un concert parfait à tous points de vue : son, lumières, vidéos, contact et bien sûr... les chansons. Steven Wilson appartient incontestablement à cette catégorie de génies polyvalents, au même titre que les Bowie, Reznor et autre Yorke, qui ont marqué d'une empreinte indélébile la musique 'indie' contemporaine. On est impatient de découvrir ce que le 'Wilson King' nous réserve dans le futur. Une reformation de Porcupine Tree pour un album et une tournée ? Faut pas rêver...

Setlist :

Intro - ("Truth" Short film)
Nowhere Now
Pariah
Home Invasion
Regret #9
Don't Hate Me (Porcupine Tree song)
The Same Asylum as Before
Get All You Deserve
Ancestral
Solos drums & bass
No Twilight Within the Courts of the Sun
Index
Permanating
Song of I
Lazarus (Porcupine Tree song)
Vermillioncore
Sleep Together (Porcupine Tree song)

Encore:

Blackfield (Blackfield song) (acoustic SW and Adam Holzman only)
Sentimental (Porcupine Tree song) (acoustic SW and Adam only)
The Sound of Muzak (Porcupine Tree song)
The Raven That Refused to Sing

(Organisation : Cirque Royal + Live Nation)

Photo : Nath Alie Héméra

Steven Wilson

Le sacre du Roi Wilson

A peine un an après sa dernière visite, Steven Wilson est de retour chez nous ; et pour la circonstance à l'Ancienne Belgique de Bruxelles. Le Britannique revient auréolé du succès de son dernier opus : « Hand. Cannot. Erase », qui a dépassé les ventes de toutes ses autres plaques, y compris celles réalisées par son précédent groupe, le légendaire Porcupine Tree. Dans ses bagages, il nous apporte un tout nouvel Ep : « 4 1/2 ». Ce disque réunit des compositions qui n'avaient pas trouvé grâce sur les deux elpees précédents, ainsi qu’une reprise d'un titre de Porcupine Tree.

Il y a quatre ans, Steven Wilson s’était produit dans une Ancienne Belgique en configuration 'Box', soit sans gradins ni balcons. Ce soir, par contre, la salle est en configuration maximale et le concert est sold out. On mesure le chemin parcouru par le 'King of Prog' ; et on doit reconnaître qu’il a réussi son pari : faire évoluer sa musique, gagner de nouveaux aficionados, sans perdre trop de fans originels de Porcupine Tree, déçus par le côté nettement moins prog/metal des nouvelles productions.

Avant le début du concert, une playlist très orientée 'dark ambient' installe une atmosphère sombre et recueillie. On reconnaît le célèbre instrumental « Warzawa », de David Bowie, dont la mort a profondément affecté Wilson. Le concert commence par la projection du court-métrage qui met en scène le thème de « Hand. Cannot. Erase. » : la solitude dans les grandes cités. Les artistes prennent place sur le podium et attaquent l'interprétation complète de ce brillant concept album. Wilson est accompagné de son fidèle bassiste, Nicky Beggs (ex-Kajagoogoo, Steve Hackett) et du claviériste Adam Holzman (NDR : il a côtoyé Miles Davis). A leurs côtés, deux nouveaux venus : le guitariste Dave Kiliminster (NDR : il a participé à la tournée 'The Wall' de Roger Waters) et le batteur Craig Blundell (NDR : un musicien de sessions).

« First Regret » ouvre le set tout en douceur. Adam Holzman dessine de savantes arabesques sur ses claviers ; de quoi nous transporter au cœur d’un univers onirique. Le riff de guitare de « 3 Years Older », très inspiré par Rush, tranche dans le vif. S'en suit un tour de force de 10 minutes, où alternent moments doux, jazzy, voire même folk, et envolées endiablées de prog/rock. Un véritable patchwork d'influences évoquant King Crimson, Pink Floyd, Camel, Yes, Rush, Todd Rundgren (Utopia) et autre Van der Graaf Generator. Steven Wilson est pieds nus, suivant son habitude. Il a toujours son éternel look d'étudiant de fac. Planté au centre de l’estrade, il joue au chef d’orchestre au sein de son supergroupe. Il passe de la guitare électrique à la sèche, stimule en permanence ses musiciens ; et parfois, sans instrument, souligne les impulsions majeures de l’expression sonore.

Après « 3 Years Older », Wilson salue la foule et précise qu'il apprécie son enthousiasme. ‘Je ne suis pas fâché d'en avoir fini ma tournée allemande’, confie-t-il. ‘Le public y est, disons, très réservé...’ Poursuivant sur un ton très 'tongue in cheek', il explique que la première partie du concert privilégiera son dernier LP ; et que, dans la seconde partie, il y réservera, ... ‘ces autres choses...’ On devine qu'il se réfère aux titres de Porcupine Tree, que ses plus anciens fans réclament avec insistance, à chacun de ses concerts.

Mais place, d'abord, à la plage titulaire de « Hand. Cannot. Erase », qui évoque à nouveau Rush, période « Hold Your Fire ». Changement de style ensuite : la batterie très ‘trip-hop’ sert de toile de fond à la voix féminine (en play-back), qui cite Dead Can Dance et de This Mortal Coil, avant que Wilson ne prenne le relais en interprétant cette mélodie toute simple et émouvante à souhait : ‘We have got, We have got a Perfect Life’. Et les harmonies vocales tissées par Nicky Beggs sont étonnantes.

‘Etes vous prêts à descendre dans les profondeurs de la misère et du désespoir ?’, demande Wilson, un sourire en coin. Avant d’aborder « Routine », sans doute la chanson la plus noire du musicien. Malheureusement, la vocaliste israélienne Ninet Tayeb est absente (shabbat oblige). C'est donc une bande qui répond à Wilson : dommage, car on se réjouissait de vivre leur duo sur scène. Le superbe clip d'animation réalisé par Jess Cope est diffusé sur l’écran vidéo. Et il est superbe. Un grand moment !

« Home Invasion » marque un retour au rock orienté jazz/prog, pour le plus grand bonheur des inconditionnels de la première heure. « Regret #9 » permet à Adam Holzman d’étaler toute sa virtuosité sur son clavier Moog. Pensez à Happy The Man, ce groupe américain injustement sous-estimé, auquel Holzman voue une grande admiration. Dave Kiliminster prend le relais pour un solo plus orienté rock mais tout aussi impressionnant. C'est enfin Wilson lui-même qui clôture la composition tout en douceur sur les cordes de sa Paul Reed Smith.

Après avoir présenté ses musiciens, en manifestant, à nouveau, un humour très espiègle, Wilson introduit « Transience », un titre qui aurait mérité sa place sur un des premiers elpees de Genesis. Tant les arpèges à la guitare acoustique que les mélodies vocales rappellent clairement « Selling England By The Pound ». Pendant l'excellent « Ancestral », le public scande des ‘hey’, pour répondre aux musicos, un peu à la manière des Espagnols, quand ils crient ‘Olé’, lors des corridas. Funny ! Enfin, « Happy Returns / Ascendant Here On… » reprend le thème musical initial du concept album et referme la première partie du spectacle de façon très solennelle. Et c'est Adam Holzman qui clôture en solo, au piano. Superbe !

Après une courte pause, le band est de retour ; et, très bonne surprise, c'est pour exécuter un titre de Storm Corrosion, « Drag Ropes ». Wilson s'acquitte brillamment des parties vocales dévolues sur disque à Mikael Åkerfeldt (Opeth). Et on n’est pas au bout des bonnes surprises. A l’instar d’« Open Car », un des meilleurs titres de Porcupine Tree. Les réactions démontrent à nouveau l'attachement exceptionnel du plublic à cette formation qui a si profondément marqué. En interview, Steven Wilson a d'ailleurs précisé qu'il est toujours possible que le groupe se reforme le temps d’un album ; mais ce ne sera qu'une parenthèse, car c'est à sa carrière solo qu'il accorde désormais sa priorité.

Place ensuite au premier extrait de « 4 1/2 ». Wilson précise, en le présentant, qu'il a estimé utile de sortir ce mini album pour donner une chance à ces compositions 'orphélines' et, également, afin d'ajouter de nouveaux titres au répertoire de la tournée. Il ajoute : ‘Je fais comme les groupes des années '70-'80, qui publiaient un album par an. Aujourd'hui, certains, comme Tool, n’en sortent qu’un tous les 10 ans’. Rires dans la salle. Et ce « My Book of Regrets » tient parfaitement la route dans la discographie, déjà très riche, du musicien anglais.

Un claquement de doigts, imprimé en cadence, amorce « Index », un des titres de Steven préférés de votre serviteur. Tiré de « Grace For Drowning », il illustre une période plus 'dark', hantée par les serial killers et balayant un spectre musical plus obscur, davantage hypnotique. « Lazarus », une autre reprise de Porcupine Tree, procure une excellente occasion à Wilson de rendre hommage à David Bowie : en effet, une plage s’intitule également « Lazarus » sur « Black Star », l'oeuvre testamentaire de Bowie ; et ce qui est étonnant, remarque Wilson, c'est que le personnage de 'sa' chanson « Lazarus » s'appelle... David ! Il y a de ces (L)hasards... (hum...)

Lorsqu’un voile transparent est tendu entre le podium et l’auditoire, c'est pour mettre en scène « Vermillioncore », un nouvel extrait de « 4 1/2 ». Cet instrumental se distingue surtout par les passages plus 'heavy', qui permettent aux 'metal heads' de pratiquer un peu de 'headbanging'. Le dernier morceau du concert est particulièrement bien choisi : « Sleep Together », un autre chef d'oeuvre de Porcupine Tree, issu de « Fear of a Blank Planet », sans doute le meilleur opus du défunt combo. L'intro, très dark électro, lorgne vers Nine Inch Nails et le refrain provoque une véritable explosion : ‘Let's sleep together... Right now’. Difficile de ne pas faire d’analogie entre ce refrain et celui de « Sweet Harmony » de The Beloved... Sans doute une coïncidence. La progression finale de la compo est irrésistible et mène inexorablement vers un orgasme sonore final aux accents 'kashmiresques', le tout ponctué par l'effondrement, très théâtral, du voile transparent. Un final époustouflant...

En rappel, Steven Wilson ne joue pas la reprise de « Space Oddity », à nouveau en raison de l'absence de Ninet Tayeb. Par contre, on a droit à une tout dernière reprise de Porcupine Tree : « The Sound of Muzak » ; et, en point d'orgue idéal, « The Raven that Refused to Sing », probablement la plus belle composition de Steven Wilson. Assis sur un tabouret, il chante cette mélodie déchirante, rehaussée par la superbe vidéo d'animation de Jess Cope. On n’entend pas une mouche voler tout au long de cette chanson qui vous flanque la chair de poule. Le son quadriphonique renvoie des effets provenant des quatre coins de la salle, pour une expérience musicale totale. ‘I'm afraid to wake... I'm afraid to love...’

En conclusion : un superbe concert, parfait à tous points de vue : son, lumières, vidéos, contact et bien sûr... les chansons. Steven Wilson appartient incontestablement à cette catégorie de génies polyvalents, au même titre que les Bowie, Reznor et autre Yorke, qui ont marqué d'une empreinte indélébile la musique 'indie' contemporaine. On est impatient de découvrir ce que le 'Wilson King' nous réserve dans le futur... En tout cas, ce soir, on a bel et bien assisté à son sacre...

Setlist :

Set 1 : album Hand. Cannot. Erase.

First Regret
3 Years Older
Hand Cannot Erase
Perfect Life
Routine
Home Invasion
Regret #9
Transience
Ancestral
Happy Returns
Ascendant Here On...

Set 2

Drag Ropes (Storm Corrosion cover)
Open car (Porcupine Tree cover)
My Book of Regrets
Index
Lazarus (Porcupine Tree cover) (Dedicated to David Bowie)
Don't Hate Me (Porcupine Tree song)
Vermillioncore
Sleep Together (Porcupine Tree cover)

Encore

The Sound of Muzak (Porcupine Tree cover)
The Raven That refused to sing

(Organisation : AB + Live Nation)

 

 

 

 

Steven Wilson

Ce n'est pas seulement une musique progressive, c'est aussi une musique qui progresse...

Il y a quatre ans, Steven Wilson, le fondateur et cerveau de la formation anglaise de métal prog Porcupine Tree, s'est lancé dans un projet en solo pour donner libre cours à sa boulimie créatrice et étendre son horizon à d'autres styles musicaux comme le jazz-rock, le trip-hop, l'industriel, le dark ambient mais surtout la musique progressive des années 70 ; et en particulier l’univers de King Crimson, dont il a remixé les albums. Le premier opus de Wilson, "Insurgentes", constituait un effort à 100% solo. Après avoir publié la deuxième plaque, "Grace For Drowning", il décide de former un nouveau groupe et accomplit une première tournée en 2012, au cours de laquelle il accorde un concert exceptionnel à l'AB de Bruxelles. Lors de l’enregistrement de son troisième long playing, "The Raven Who Refused To Sing (And Other Stories)", il reçoit le concours de Monsieur Alan Parsons en personne. Il s’agit donc de la première production solo de Wilson créée pour un groupe et avec un groupe. Et franchement, c'est un vrai succès !

C'est donc avec une grande curiosité que nous attendons le début de ce concert, donné dans la magnifique salle Arenberg à Anvers. Après une introduction 'ambient' et la projection d'une vidéo inspirée du visuel lunaire de la pochette du dernier opus, qui contribuent déjà à créer une atmosphère sombre et mystérieuse, le combo monte sur les planches. Il réunit le batteur allemand Marco Minnemann, le bassiste Nick Beggs (NDR : il a joué pour Steve Hackett et... chez Kajagoogoo, le claviériste Adam Holzman (NDR : il a côtoyé Miles Davis), le flûtiste/saxophoniste/clarinettiste Theo Travis et un nouveau guitariste, Guthrie Govan. Dès la première chanson, "Luminol", les sons sont carrément jazz-prog et nous sommes replongés 30 ou 40 ans en arrière, à l'époque de King Crimson, Pink Floyd, Yes, Rush, Todd Rundgren (Utopia) et autres Van der Graaf Generator. Pieds nus suivant son habitude, Steven Wilson se plante au centre de son nouveau super-groupe tel un chef d'orchestre, soulignant les impulsions majeures et stimulant en permanence les musiciens. Ce premier morceau est un véritable tour de force qui mélange différents styles et ambiances avec une maîtrise étonnante.

Avant la deuxième chanson, Wilson salue le public et confie qu'il a eu peur de jouer dans une salle vide à cause de la neige! Il s'assied armé de sa guitare acoustique. Une ovation s’élève de l’auditoire, lorsqu’il attaque "Drive Home", un extrait de "The Raven ..." Cette douce ballade, caractérisée par son intro à la Camel, rappelle aussi Genesis ; mais à l’issue du break, la guitare jazzy et la clarinette lorgnent carrément vers Sting et Branford Marsalis. S'en suit un fantastique solo de guitare dispensé par Guthrie Govan. Son style est très fluide, un peu comme celui d'Alan Holdsworth, le légendaire guitariste du groupe insulaire.

Après "The Pin Drop", abordé dans l’esprit d’Anathema, et "Postcard", ‘une preuve que je peux aussi composer des chansons conventionnelles de moins de 5 minutes’, place au premier point culminant de la soirée: "Holy Drinker", une autre nouvelle compo accueillie par les acclamations du public. Et pour cause, ce chef-d'œuvre progressif est nourri de guitares puissantes et de séquences complexes qui évoluent vers un refrain psychédélique en accords mineurs joués au mellotron ; et son final tragique est soutenu par de sonorités de 'drones' ténébreuses et des riffs de guitare hypnotiques. Un grand moment. Ensuite, Adam Holzman entame au piano la magnifique intro de "Deform To Form A Star", tiré de "Grace For Drowning": des frissons nous parcourent l’échine durant cette superbe composition digne d’une perle oubliée sur un vinyle de King Crimson.

A ce moment, un voile transparent descend entre la scène et le public et une vidéo, reproduisant le visage d'un vieil homme, est projetée. La mise en scène est destinée à "Watchmaker". De beaux arpèges joués à la sèche, comme à l’époque du Genesis de l’Archange Gabriel, ouvrent cette chanson mélancolique. Ils se transforment en improvisation jazzy et s’achèvent dans une frénésie prog à la Yes. Le rideau ne disparaîtra d'ailleurs qu'après la chanson suivante, "Index". Le set embraie par deux compos relativement calmes du premier long playing. Tout d’abord "Insurgentes" et surtout "Harmony Korine", qui met en cause un metteur en scène américain que Wilson décrit comme ‘tordu’... L'enthousiasme du public est grand et non sans raison car il s'agit d'une chanson parfaite, presque ‘mainstream’. Malgré l’intro de guitare à la U2 et une mélodie réminiscente d’"Exit Music For A Film" de Radiohead, elle porte la marque indélébile de Wilson. Ici, comme c'est souvent le cas, l’adaptation live a beaucoup plus de punch que la version studio.

Après le bouleversant "No Part Of Me", Wilson exhorte ses musiciens à ‘explorer tout l'espace de la salle en se servant de leurs improvisations jazzy, mais pas trop jazzy’... Cette déclaration précède "Raider II", probablement le morceau le plus ambitieux écrit par Wilson. Un kaléidoscope musical consacré au tueur en série américain Dennis Rader Lynn (BTK pour "Bind Torture Kill"). Quelques notes très graves au piano, des bruits de film d'horreur joués en quadriphonie envahissent l’espace : l'atmosphère est sombre comme l'enfer et on entend les mouches voler. Puis, la chanson se développe pendant 20 minutes dans une succession d'ambiances oscillant du jazz au heavy metal en passant par le prog, le doom et le dark ambient. A nouveau, le final provoque une véritable explosion. Sur scène d'abord et, juste après, dans le public.

Changement total d'ambiance lors du dernier morceau. Une chanson douce. En l’occurrence le titre maître du dernier opus, "The Raven..." Wilson a révélé dans une interview que c'était probablement le plus beau morceau qu'il ait jamais composé ; et je suis tenté de lui donner raison. Lors de l'interprétation, un très beau film d'animation montre l'histoire déchirante d'un vieil homme qui a perdu sa petite sœur quand ils étaient jeunes (voir la vidéo ici ). L'ambiance dans la salle est tout simplement magique et pendant les dernières notes de piano, tout le monde se lève pour une ‘standing ovation’ qui va durer plus de 10 minutes.

Pendant le rappel, le groupe ne reprendra pas l’ancien morceau de Porcupine Tree, "Radioactive Toy", à l’instar des précédents spectacles de la tournée, mais jouera un très joli medley de deux chansons signées Wilson: "Remainder Of The Dog" et "No Twilight Within The Court Of The Sun". Ici encore, tous les avatars du prog-rock sont revisités de main de maître. L'intro hypnotique au piano évoque "Carousel" de Happy The Man et les guitares, "Voyage Of The Acolyte" de Steve Hackett, qui joue d'ailleurs sur l'enregistrement studio de "Remainder...".

Au sortir de ce véritable spectacle audiovisuel, il est clair que Wilson a formé autour de lui une équipe de grands virtuoses et que l'alchimie fonctionne à merveille. Wilson a confié dans une interview que deux ans au moins seront nécessaires avant qu'il n'envisage de reformer Porcupine Tree ; mais cette projection n'a plus guère d'importance pour votre serviteur. Cette nouvelle formation, très à l’aise pour interpréter les magnifiques compositions de Wilson, marque une évolution très positive tant sur disque qu'en concert. Ce n'est pas seulement une musique progressive, c'est aussi une musique qui progresse... Le "Roi Wilson" continuera d'être l'un des artistes les plus influents sur la scène rock et c'est ce qui compte après tout ... ‘Je gagnerai cette difficile bataille: chacun doit comprendre que ce n'est pas un 'side project', c'est la chose la plus importante que j'aie jamais faite.’ On ne peut être plus clair...

Setlist:

Luminol
Drive Home
The Pin Drop
Postcard
The Holy Drinker
Deform to Form a Star
The Watchmaker
Index
Insurgentes
Harmony Korine
No Part of Me
Raider II
The Raven That Refused to Sing

Rappel

Medley avec Remainder of The Black Dog et No Twilight Within The Court Of The Sun

Organisation: Arenberg (en collaboration avec Live Nation)

Voir aussi notre section photos ici

Steven Wilson

Dans la Cour du Roi Wilson

Leader de Porcupine Tree, Steven Wilson a développé un projet solo afin de pouvoir donner libre cours à sa boulimie créatrice, mais aussi pour pouvoir toucher à des styles de musique qui ne s’inscrivent pas dans la lignée de son groupe progressif emblématique (jazz-rock, trip-hop, indus, drone, ...) En 2008, cette démarche a débouché sur un album très personnel et éclectique à souhait : "Insurgentes". Récemment, Wilson a poussé la logique plus loin. Il a réuni une équipe de virtuoses issus du milieu jazz-prog afin de concrétiser ce concept dans le cadre d'un nouvel opus, "Grace For Drowning", et d'une tournée complète sous son propre nom.

C'est donc avec grande curiosité que nous attendions ce concert, accordé dans la salle de l'Ancienne Belgique en configuration ‘AB Box’ (sans les gradins et sans les balcons). Beaucoup ont sans doute été surpris par l’accueil opéré sous la forme d’un fond musical de Bass Communion, encore un autre projet, ambient/drone celui-là, de ce diable de Wilson. Un voile presque transparent sépare le public de la scène et les images de Lasse Hoile projetées sur ce voile contribuent déjà à créer une atmosphère sombre et mystérieuse.

Lorsque les lumières s'éteignent, c'est le batteur, l'Allemand Marco Minnemann, qui entame seul les premières mesures de "No Twilight Within the Courts of the Sun". Il est vite rejoint par l'ex-bassiste de Kajagoogoo Nick Beggs, le guitariste Aziz Abrahim, le claviériste Adam Holzman et le flûtiste/saxophoniste/clarinettiste Theo Travis. D'emblée, les sonorités sont carrément jazz-prog et on se trouve plongés 40 ans en arrière, à l'époque des King Crimson, Yes et autre Van der Graaf Generator. Steven Wilson apparaît enfin au milieu de son nouveau super-groupe et grâce à son jeu de guitare et à sa voix trafiquée, le morceau acquiert une modernité évoquant Nine Inch Nails (époque « Fragile ») et Rush, avant de s'éteindre dans une sarabande d'harmonies que ne renieraient ni Happy The Man, ni le Genesis de la période Gabriel.

Notons qu'à ce moment, le voile entre la scène et le public est toujours présent (il le restera pendant 4 morceaux) mais on peut voir les musiciens au travers des projections. Une voix de vocodeur très grave introduit ensuite le morceau suivant: "Good evening, welcome to the concert. I am a collector", avant de céder le relais à "Index", une chanson du dernier elpee, consacrée à un collectionneur. Fidèle à son habitude, Steven Wilson évolue pieds nus sur l’estrade. Vêtu de façon très simple (t-shirt et pantalon) il porte une barbe de quelques jours. Par rapport aux concerts de Porcupine Tree, il joue beaucoup moins de ses instruments. Il se comporte plus comme un chef d'orchestre, soulignant les impulsions majeures et stimulant les musiciens. Sur "Deform to Form a Star", les nappes de mellotron évoquent à nouveau King Crimson et Genesis. Le band embraie par "Sectarian", un instrumental au cours duquel on se retrouve dans des rythmes syncopés à la Rush ("YYZ") ; et vers la fin du morceau, au moment le plus 'dramatique', le voile tombe soudain en une fois, provoquant une jolie clameur dans la foule.

Wilson impose ensuite une pause en abordant le très calme "Postcard" ; mais c'est un interlude de courte durée car la setlist a prévu ensuite "Remainder the Black Dog", un tour de force de neuf minutes au cours duquel tous les avatars du prog-rock sont revisités par la patte du maître. L'intro hypnotique au piano rappelle "Carousel" du groupe injustement inconnu Happy The Man et la suite est une claire évocation du "Voyage of The Acolyte" de Steve Hackett, lequel joue d'ailleurs sur l'enregistrement studio du morceau.

Aux premières notes de "Harmony Korine", le public manifeste son enthousiasme, et non sans raison. Il s'agit de la chanson la plus aboutie, la plus abordable aussi que Wilson ait composée depuis longtemps. Une intro à la guitare façon U2 et une mélodie digne d’"Exit Music For A Film" de Radiohead : il n'en faut pas plus pour déclencher cet engouement ! C'est clairement un des moments forts du concert.

Après "Abandoner" et ses accents trip-hop, et "Insurgentes", la douce plage titulaire du premier elpee, Wilson annonce ensuite une chanson inédite: "Luminol". Un nouveau tour de force musical qui nous emmène en voyage dans les univers de Yes, Utopia, UK et Rush ; mais le meilleur reste à venir. Wilson explique ensuite le thème de sa chanson suivante. En fait, elle reflète la fascination qui le ronge pour les tueurs en série. Il demande s'il existe des tueurs en série célèbres en Belgique. Lorsqu'un fan crie ‘Dutroux!’, Wilson confie ne jamais avoir entendu parler de lui : étonnant! Après avoir imposé le silence total (particulièrement à deux fans très bruyants), Wilson entame le chef d'œuvre "Raider II", dédié au tueur américain Dennis Lynn Rader (BTK pour "Bind Torture Kill"). Quelques notes très basses au piano, des bruits inquiétants diffusés en quadriphonie dans la salle, l'ambiance est terrifiante et on entend les mouches voler... Un grand moment ! Ensuite, le morceau se déploie pendant 20 minutes en une succession d'ambiances jazz, heavy metal, prog, drone, voire doom, pour finir en une explosion bruitiste ahurissante. Les musiciens quittent ensuite un à un la scène sous les acclamations d'un public réellement conquis.

Au cours du rappel, nous aurons droit à un excellent "Get All You Deserve". Le début est très calme, mais quand Wilson disparaît pour revenir affublé d'un inquiétant masque à gaz, on imagine une suite encore plus ‘dark’ que "Raider II". Et en effet, les guitares saturées ainsi qu’un Minnemann déchaîné sur ses fûts conduisent à un final apocalyptique.

Au moment de tirer les conclusions, force est de constater que Wilson a formé autour de lui un nouveau groupe très soudé et d'une virtuosité extrême. On est en droit de se poser des questions sur l'avenir de Porcupine Tree, d'autant que le prochain elpee de Wilson devrait être enregistré à nouveau en compagnie de la formation du projet ‘solo’.

Pour paraphraser King Crimson, un des groupes référence de Wilson (dont il vient de remasteriser les premiers albums), il vaut mieux être ‘In the Court of the Crimson King’ ou, dans ce cas-ci, ‘In The Court of the Wilson King’! (Merci à Bruno pour ce trait d'esprit)...

Organisation : AB