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The Apartments

La mémoire de The Apartments

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Le huitième album de The Apartments, « That’s What the Music Is For », est paru ce 17 octobre 2025. ​ Produit par Tim Kevin, il a été enregistré par Peter Milton Walsh entre 2023 et 2025, avec une approche progressive et minutieuse. Les chansons explorent la fusion entre passé et présent, tout en rendant hommage aux personnes disparues à travers la musique. ​ L'univers musical mêle mélancolie, raffinement, cuivres et cordes. ​

The Apartments, groupe fondé à Brisbane en 1978 par Peter Milton Walsh, tire son nom du film ‘La Garçonnière’ de Billy Wilder. ​ Après des collaborations avec The Go-Betweens et des débuts pour le label Rough Trade, le groupe a sorti plusieurs elpees marquants, dont « the evening visits… and stays for years » (1985), « drift » (1992), et « A Life Full of Farewells » (1995). Après une pause prolongée, il a gravé « No Song, No Spell, No Madrigal » (2015) et « In and Out of the Light » (2021).

Un monde de fumée, de gin et de regrets, un mode de mélancolie, de cuivres et de cordes. Un monde de raffinement et de probité. La vie dans ce qu’elle peut nous offrir, avec ses barques de joies et de tristesses. Les compositions de Peter Milton Walsh sont de véritables chansons en ce sens où elles racontent des histoires, des histoires qui nous accompagnent et que l’on peut chacun terminer. Le propre d’une grande œuvre sans doute.

Le clip de « Death Would Be My Best Career Move » est disponible

 

 

The Apartments

Fête foraine (Réédition)

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Microcultures a donc eu la bonne idée de rééditer « Fête foraine », un elpee gravé par The Apartments, en 1996. En fait, il s’agissait de pistes choisies parmi les trois premiers long playings, soit « The Evening Visits… and Stays For Years » (1985), Drift (1992) et « A Life Full of Farewells » (1995), mais réinterprétées sous un format acoustique. A l’époque, le disque était paru en édition limitée, soit à 3 000 exemplaires. Ce qui explique pourquoi il est alors devenu une pièce de collection, négociable à pris d’or.

Don Bartley, qui avait assuré la mise en forme du long playing original, s’est chargé de la remasteriastion. En outre, la nouvelle édition recèle des clichés inédits, réalisés par Bleedin Butcher, longtemps photographe personnel de Nick Cave.

Peter Walsh se consacre au chant et à la sèche, Chris Abrahams au piano et Miroslav Bukovsky à la trompette ainsi qu’au bugle. Epurées, les compos atteignent une intensité dramatique rare, intensité accentuée par la voix profonde et bouleversante de Peter. Bref, si c’est une fête foraine, elle a certainement viré au drame, car on y assiste plutôt à un épanchement de spleen indicible. Et pourtant, c’est un très bel album, mais que je déconseille vivement à celles et ceux qui ont le moral dans les chaussettes… il est même préférable de les laisser traîner dans ses Apartments…

 

The Apartments

La sagesse du hibou…

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Perdre un enfant est une épreuve douloureuse. Peter en sait quelque chose, lui dont le fils est décédé en 1999, alors qu’il n’avait pas encore 4 ans. Quelque part, quand on partage de semblables épreuves, on ne tient pas trop, par pudeur ou pour ne pas trop la faire peser aux autres, à les ressasser. Mais ces souffrances ne s’effacent jamais. Elles se cicatrisent. Au bout d’un temps certain. La meilleure thérapie c’est d’essayer de se reconstruire, en se (re)créant ou en se (re)fixant des objectifs. S’immerger dans une passion, par exemple. Pas pour oublier, mais pour vivre… ou survivre. Et Peter Walsh a recommencé à faire ce qu’il affectionne le plus : écrire des chansons. Mais il lui a fallu plusieurs années pour remonter la pente. Ainsi entre le remarquable « No song, no spell, no madrigal », son dernier opus (NDR : il est paru en 2015, voir chronique ici) et « Apart », se sont écoulées 17 longues années. Entre-temps, il a bien publié un single et un Ep, mais le reste s’est limité à la sortie de compilations. Ce dernier long playing, il l’a d’ailleurs dédié à son fils disparu. Et quelques chansons reviennent sur cet épisode douloureux. Il s’agit probablement également d’une forme de thérapie. D’ailleurs l’artiste n’avait plus tellement envie de revenir à la musique. Et c’est sous l’impulsion de quelques inconditionnels issus de l’Hexagone qu’il a repris le chemin des salles de concerts, et puis surtout du studio.

The Apartments est une formation australienne née en 1978. Peter Milton Walsh en est le fondateur. Et il en est devenu le seul membre permanent. C’est son projet. Ce natif de Brisbane a cependant émigré à Londres vers la mi-eighties, passé quelque temps à New York avant de revenir vivre dans son pays natal.

Mais revenons au sujet abordé dans l’intro. Peter y est particulièrement sensible ; surtout à cause de notre vécu…

   Etre dans la fleur de l’âge, et tout particulièrement ce qu’on appelle l’ouragan des Twenties est un cadeau qui permet de connaître de nouvelles expériences. La vie et l’amour sont encore devant toi ; aussi, voir disparaître un enfant à l’âge de à 24 ans est une épreuve très difficile à vivre. Nous ne sommes pas programmés pour survivre à notre progéniture. Le grand romancier texan Cormac McCarthy a écrit dans son livre ‘All the Pretty Horses’ : ‘Gustavo m’a dit que celles ou ceux qui ont vécu une grande douleur ou la perte d’un être cher, sont unis par un lien particulier ; un principe qui a été démontré. Les liens les plus étroits que nous connaîtrons jamais sont ceux de la peine. La communauté la plus profonde de la douleur…’

Ton album « The Evening Visits… and Stays for Years » a été réédité l'année dernière. Et il inclut quelques bonus tracks. Était-ce ta volonté de les inclure ? Ou était-ce simplement une opération de marketing ?

Mike Sniper, le patron de Captured Tracks, insistait depuis près de trois ans pour que je réédite « The Evening Visits... » Je ne connaissais pas ce label, mais quand j’en ai causé à une amie, elle m’a indiqué que c’était le plus branché dans le milieu (NDR : Hippest label around) Et je lui ai rétorqué que c’était probablement les trois mots que je considérais comme les plus déprimants de la langue anglaise. Mais je ne me suis pas laissé abattre pour autant. En fait, je n’avais jamais pensé à opérer ce lifting, jusqu’à ce que cette firme me contacte. Mais si vous proposez une œuvre intemporelle au public, vous devez lui proposer le plus d’alternatives possibles. J’ai toujours adoré les démos que j’avais réalisées pour cet album ; et peu de monde connaissait les anecdotes qui se sont tramées derrière ces sessions. Ainsi, ces chansons laissées en chantier méritaient finalement de figurer sur cette réédition ; et le résultat m’a énormément plu. En outre, Robert Forster des Go-Betweens et Steven Schayer des Chills ont rédigé les notes du booklet. Et elles sont épatantes… 

Sur « Swap place » on a l’impression que tu doutes de l’existence de Dieu. Mais y crois-tu ? Y as-tu cru un jour ? Que représente Dieu pour toi ? Est-ce Dieu qui a créé l’homme ou l’homme qui a créé Dieu. La religion n’est-elle pas devenue un facteur destructeur ? Plutôt que de religion ou de foi, ne devrions-nous pas parler davantage d'amour et de lumière ? Mais crois-tu à la vie après la mort ?

Le premier titre que j'ai choisi pour « No Song, no Spell, no Madrigal » est inspiré de la vue de la chapelle que j’avais depuis la fenêtre de l’hôpital. Et dans cette chapelle, j’y ai passé de longs moments. Il y avait un cahier dans lequel les gens pouvaient écrire leurs commentaires et prières. C'était un hôpital pour enfants et plusieurs de ces implorations et prières avaient été consignées par les parents d’enfants qui étaient condamnés. Souvent, ces parents y ajoutaient leurs mots pendant des mois ; avant que les lumières de l'espoir ne s’éteignent. Les prières étaient futiles, mais elles sont devenues particulièrement bouleversantes. « Swap Places » répond à ta question et à la question qu'elle pose également.

J'ai toujours aimé insérer des questions dans mes chansons, et même utiliser ce style interrogatif dans les titres. « Could I Hide Here (A Little While) ? » (‘Est-ce que je pourrais me cacher ici, un petit moment ?’), etc. Je ne sais pas si tu connais la chanson de Blind Willie Johnson, « Soul of Man » ? Et bien elle raconte : ‘Personne ne me le dira, mais réponds si tu peux. Je veux que quelqu'un me dise simplement qu’est-ce que l'âme d'un homme ?’

J'avais écouté quelques chansons gospel qui adoptaient un style questions/réponses ; et j’ai essayé d’adopter, pour « Swap Place » et « No Song, No Spell, No Madrigal », une formule qui y ressemble. Ou comme chez les Chi-Lites. Quoi qu'il en soit, c’était simplement une aubaine d’avoir écrit le morceau maître, « No Song, No Spell, No Madrigal », un mois avant d’enregistrer l’album, parce que ce titre est bien meilleur que « A View from Hospital Windows ».

Ed Kuepper, j'ai eu l'occasion de le rencontrer à deux reprises. Un artiste que j'apprécie beaucoup, même si aujourd'hui il est devenu un membre des Bad Seeds. Penses-tu qu’il a fait le bon choix ? Financièrement, certainement. Mais artistiquement ?

J'aime les Bad Seeds. Je pense que l’association entre Warren et Nick –Nick a toujours été un partenaire idéal– constitue une combinaison classique dans l’écriture. Et à chaque fois, ses interprétations sont profondément engagées. Peu importe si vous ne comprenez pas ce qu’il raconte, il s’exprime dans une langue universelle.

The Apartments est considéré comme un groupe qui joue de la pop de chambre. Un peu comme The Divine Comedy. Cette comparaison te semble-t-elle judicieuse ?

Je ne connais pas suffisamment The Divine Comedy, comme je le devrais. J’accepte l’idée que mon œuvre soit taxée de pop de chambre. C’est assez précis. J’ai toujours aimé les cordes et les cuivres ; et je les aimerais jusque mon dernier souffle. Comme tu le sais, la musique est faite de cycles ; et il faut avouer que j’adore la manière dont Dan Bejar (NDR : Destroyer, The New Pornographers) et Cass McCombs abordent les cordes pour reconstruire leur propre identité.

Certains médias ont décrit ta voix comme le chaînon manquant entre Peter Perrett et Edwyn Collins. Est-ce que ce commentaire te fait sourire ou te flatte ?

J’aime ces deux personnages personnellement et leur œuvre aussi. Pas sûr cependant que la comparaison tienne la route…

Tu as enregistré « No Song, No Spell, No Madrigal » au sein du studio de Wayne Connolly, le studio personnel d'AC/DC. Tu n’as pas flippé en voyant un tel matos ? Les sessions se sont-elles déroulées sans accroc ? De quoi causiez-vous lorsque vous n’enregistriez pas ? 

Wayne était absolument la personne adéquate pour travailler et je dois remercier mon épouse qui m’a rappelé que Wayne m’avait aidé quand je recherchais un guitariste afin de partir en tournée à travers l’Europe, en 2012. C’est à partir de ce moment que nous avons fait plus ample connaissance. Je doute que l’album ait pu se réaliser sans lui. L’‘Alberts’, c’est juste le studio au sein duquel il bossait ; et bien que mon choix puisse choquer, je n’ai jamais eu l’intention de sonner comme AC/DC.

Tu as déclaré un jour : ‘Je crois au souvenir comme une manière d’honorer la mémoire de ceux qu’on a perdus’. Pour toi, il n’y a pas de bons souvenirs ?

Rilke a dit : ‘Peut-être que créer quelque chose n’est rien d’autre qu’un acte de souvenir profond’ ; et peut-être avait-il raison. Quand je lis mes textes, ils devraient être, par certains côtés, un fleuve de mémoire ; mais alors je les lis comme un étranger en pensant ‘Quelqu’un a écrit ces chansons… c’est quelqu’un qui me ressemblait. Où est-il maintenant ? Il est parti.’ 

Tu as aussi déclaré : le sens des chansons, c’est que les gens y perçoivent leur propre vie. Est-ce une ligne directrice dans ton écriture ?

Ce que je veux dire, c’est : peu importe qui les a écrites, même si elles comptent plus d’une centaine d’années. Les gens se reflètent dans les miennes et me confient cette impression au fil du temps. Ainsi, je disparais de la chanson.

D’après ce que j’ai pu lire, Scott Walker, Dusty Springfield et Bob Dylan constituent quelque part des références incontournables pour toi. Les as-tu rencontrés, un jour ? Ou ne souhaites-tu pas les croiser pour ne pas briser le mythe ?

Je n'ai jamais rencontré une idole. Dusty, j’aurais bien aimé ; mais franchement, je ne ressens aucun besoin de les croiser. Les connaître pour leur œuvre, me paraît plus que suffisant et parfois, il est préférable de s’arrêter là. Truffaut répétait qu'il préférait être connu par son travail que pour lui-même ; et je le comprends. Je me rappelle à quel point j’ai été déçu d’apprendre que Bob Dylan, lors du mariage de son frère, s'était entretenu avec quelques invités pour parler de son portefeuille d'actions. Et ensuite j'ai lu comment lui et Harry Dean Stanton avaient fait du jogging sur le plateau de ‘Pat Garrett et Billy the Kid’. Entre les investissements et le jogging, et bien c’était juste le TMI (NDR : TMI = Too Much Information).

Tu as également déclaré : ‘Le chaos menace quand l'amour apparaît. Tu ne crois pas à l'amour ? Même universel ?

Non, je n’ai jamais fait cette déclaration. Je n'ai rien contre le chaos, il m’a appris beaucoup. En outre, l'amour est souvent chaos et parfois c'est juste le chaos le plus beau. Quelquefois, des chanteurs plus jeunes sollicitent mon avis ; et je considère que je suis probablement la personne la moins qualifiée pour obtenir n’importe quel conseil. Je leur dis toujours : ‘Tombe amoureux, de préférence en faisant le mauvais choix. Ce sont des expériences dont on a davantage besoin’.

À une certaine époque, on a décrit les Go-Betweens comme le jour et The Apartments comme la nuit. Ne penses-tu pas qu’on pourrait écrire une fable sur la colombe et le hibou.

Mais alors, qui serait le hibou sage ?

Leur attitude au sage enseigne
Qu'il faut en ce monde qu'il craigne
Le tumulte et le mouvement.

(‘Les Hiboux’, Charles Baudelaire)

Merci à Vincent Devos et à Louise (Microcultures) pour sa persévérance.

(Photos : Anastasia Konstantelos 2015)

 

The Apartments

Un concert vraiment ‘à part’ !

Écrit par

C’est la première fois que votre serviteur se rend à la Ferme d’en Haut, de Villeneuve d’Asq, un lieu rebaptisé Maison Folie, suite à la désignation de Lille comme capitale européenne de la Culture, en 2004. Un endroit qui sert également de gîte rural, de salle d’exposition et de spectacle. Intimiste, cette dernière peut accueillir 200 personnes. L’acoustique y est excellente. En outre, les emplacements pour stationner son véhicule, sont nombreux. Et gratuits, ce qui ne gâte rien.

Bref, ce soir The Apartments y est programmé. Un combo à géométrie variable, dont le seul leader Peter Milton Walsh, est de nationalité australienne. L’an dernier, il s’était ainsi produit à la tête d’un véritable backing group, incluant notamment Antoine Chaperon, Natasha Penot (NDR : deux ex-Grisbi) ainsi que l’ex-Go Betweens, Amanda Brown, à travers la France, pour promotionner son dernier et superbe opus, « No Song, No Spell, No Madrigal » (voir chronique ici)

Aucun elpee de chansons inédites n’était paru depuis « Apart », en 1997. Une raison ? Ben oui, gravement malade, le fils de Peter est décédé en 1999. Et l’artiste a donc mis la musique entre parenthèses, ne sortant la tête de l’eau que très épisodiquement. Avant de revenir dans le parcours, sous l’impulsion du producteur Wayne Connolly, du journaliste français Emmanuel Tellier et du label Microcultures, publiant, en 2014, une œuvre belle, fragile, bouleversante, empreinte d’une grande mélancolie, qu’il dédie à son fils disparu. Ce n’est que le sixième LP studio, gravé en plus de 30 années. Faut dire que Walsh a traversé de nombreuses périodes de déprime…

Mais venons en au spectacle. Qui débute à 18 heures (NDR : excellente initiative dont devrait s’inspirer Bruxelles ; et tout particulièrement le samedi ou le dimanche). Par Udo und Brigitte. Alias Damien Zelmann et Raphaëlle Denhez. Un duo lillois fondé en 2008. Et pour la circonstance, il est soutenu par un drummer. Damien (NDR : c’est le sosie de Julien Gorius !) monte sur l’estrade et enfile un rack sur lequel il pose un harmo. Dans lequel il va souffler lors de la première compo. Il chante et joue de la sèche également. Plus tard de la guitare électrique. Raphaëlle se consacre surtout aux vocaux et parfois aux maracas. Elle s’est plantée derrière un Farfisa. Et franchement, éthérée, sa voix est remarquable. Le début de set est plus qu’encourageant, atteignant son sommet lors d’une compo interprétée dans la langue de Molière, réminiscente d’Everything But The Girl. Le big problem procède du recours à cet orgue. On se croirait parfois dans une église pendant des funérailles. Et puis, on sent Zelmann bien moins l’aise sur sa gratte électrique qu’acoustique, qu’il va d’ailleurs récupérer en fin de parcours. Le duo ne manque pas de potentiel, mais il a encore du pain sur la planche…

Tiens pendant ce show, il n’y avait qu’une cinquantaine de personnes dans la salle. Et soudain juste avant celui de The Apartments, elle est quasi-comble…

Pour sa nouvelle tournée, Peter a donc réduit son line up à un trio. Qui se produira en formule semi-acoustique. Il implique donc les deux ex-Grisbi, Antoine Chaperon à la guitare électrique et Natasha Penot (NDR : de petite taille, elle est élégante dans sa robe noire à fleurs colorées) au clavier (NDR : dont elle joue très sobrement), aux tambourins (NDR : qui de tonalités différentes, vont imprimer le tempo), au mélodica et aux backing vocaux. Sa voix est limpide, cristalline et circonstanciellement se fond parfaitement en harmonie avec celle, écorchée, ébréchée, nasillarde, de Peter. Mince, chaussé de lunettes fumées, vêtu de fringues cintrées dont une veste en jeans, ce dernier n’a pas usurpé sa réputation de personnage charismatique. Armé de sa sèche électrifiée, sa dégaine me fait même parfois penser à celle de Dylan. Et puis, parce que c’est également un poète. Il ouvre le set par « Swap places », un titre lent au cours duquel Peter pose une question existentielle : ‘Où est Dieu dans tout ça ?’ Antoine joue sur une Gretsh et dispose d’un beau tapis de pédales, mais pour en libérer des sonorités parcimonieuses, lumineuses, parfois légèrement surf, un peu à la manière de Tom Verlaine. Quand il pince ses cordes, on a l’impression que sur la réserve, il retient ses notes, pour les lâcher au moment le plus propice. Il quitte le podium avant « Mr. Somewhere », avant de revenir dès « Ribbons », un des sommets du concert. Une valse caractérisée par un duo vocal sublime échangé entre Natasha et Peter. Sur les compos les plus enlevés, ce dernier frappe du pied sur les planches. Et notamment pendant « All the time in the world », « Knowing You Were Loved » et « End of some fear », morceau au cours duquel Natasha déchire l’atmosphère sonore de son mélodica (NDR : ce ne sera pas le seul moment), alors que les deux gratteurs plaquent rageusement leurs riffs. Mais également tout au long du fougueux « On every corner ». Peter et Antoine se servent indifféremment d’un onglet ou de leurs doigts pour caresser ou égratigner leurs cordes. Selon les chansons. Peter rend hommage à Grant McLennan, membre de Go-Betweens, décédé il y a déjà 10 ans, en lui dédiant « Not Every Clown Can Be In The Circus ». Un morceau au cours duquel Antoine va s’autoriser un phrasé de cordes ‘mandoline’ si cher à de Justin Huw Jones (And Also The Trees). Autre valse, « Sunset hotel » est certainement le titre le plus contagieux. Au cours du refrain, on a même envie de reprendre ses ‘sha la la’ en chœur. Un concert vraiment ‘à part’ qui s’achève par « Everything Is Given To Be Taken Away », une composition dont l’intensité est stimulée par les deux grattes qui entrent littéralement en fusion. Et cette flamme n’est pas encore éteinte, car en rappel, le trio va nous accorder un autre brûlot aussi électrique et intense, « The Goodbye train ». Mais on espère qu’il repassera bientôt près de chez vous…

Anecdote, en fin de concert, votre serviteur récupère une set list et la photographie. Sans même approfondir son contenu. Avant de la filer à une petite tête blonde qui la réclamait. Quelle ne sera pas la surprise en découvrant sur l’écran de mon PC les termes suivants mentionnés en français : ‘Ne pas voler la setlist, c’est sauver un arbre’. Et dans le coin extérieur droit : ‘5€’. Faut croire que la feuille devait faire 500m2. A se tordre de rire !

‘Le prix modeste du papier est la raison pour laquelle les femmes commencèrent par réussir en littérature avant de le faire dans d'autres professions’ (Virginia Woolf).

(Organisation : La Ferme d’en Haut)

 

The Apartments

No song no spell no madrigal

Écrit par

The Apartments est une formation australienne fondée en 1978. Peter Milton Walsh en est le fondateur. Ce natif de Brisbane a cependant émigré à Londres vers la mi-eighties, passé quelque temps à New York avant de revenir vivre dans son pays natal. Parmi ses proches amis figurent Ed Kuepper (NDR : oui, oui, l’actuel guitariste de Nick Cave) et les membres de Go-Betweens, dont le regretté Grant McLennan ainsi que la multi-instrumentiste Amanda Brown qui a rejoint le band du chanteur/compositeur/guitariste pour y jouer du violon. Un line up qui, vous vous en doutez, a souvent changé de formule… Aucun album de chansons inédites signé par The Apartments n’était paru depuis « Apart », en 1997. Une raison ? Ben oui, gravement malade, le fils de Peter est décédé en 1999. Ce disque lui est d’ailleurs dédié. L’artiste n’avait donc plus tellement envie de revenir à la musique. Et c’est sous l’impulsion de quelques inconditionnels issus de l’Hexagone qu’il a repris le chemin des salles de concerts, et puis surtout du studio. En résulte ce « No son no spell no madrigal », son sixième opus studio, publié en 30 ans. Une œuvre remarquable habillée par une superbe pochette signée Pascal Blua et produite par Wayne Connolly…

Mais venons-en au contenu de l’elpee. Qui s’ouvre par le titre maître. Et immédiatement on est plongé dans un climat empreint d’une profonde mélancolie. Mais sans jamais tomber dans le pathos. Faut dire aussi que la voix nasillarde, particulière (NDR : Peter Perrett ? Edwyn Collins ?) et introspective de Walsh colle parfaitement à cette atmosphère. Le piano est la colonne vertébrale des compos, des compos élégantes, douces, déchirantes régulièrement enrichies de cuivres ou de cordes élégiaques. Parfois même aussi de chœurs, comme sur « Twenty one », une chanson qui évoque précisément la disparition de son fils, et dont le final est construit suivant un crescendo somptueux. Souple, bavarde, la ligne de basse peut se charger de swing, comme sur « The house that we once lived in ». Natasha Penot (Grisbi) partage un duo sur « Black Ribbons », un morceau qui était paru en single dès 2011. Deux titres plus pop. « September skies », abordé dans l’esprit des Go-Betweens, et le plus enlevé « Please, don’t say remember », morceau qui date du début des 90’s. Et le disque de s’achever par « Swap places », un titre lent au cours duquel Peter pose une question existentielle : ‘Où est Dieu dans tout ça ?’ Superbe, bouleversant et tout en retenue, cet album est assurément un des musts de l’année 2015.

 

The Apartments

Apart

Si cet ensemble australien n'avait eu la mauvaise idée de mettre ses activités entre parenthèses de 80 à 84, il aurait pu fêter ses 20 années d'existence, l'an prochain. Pourtant, au cours de cette longue période, il n'a enregistré que quelques singles, une poignée d'Eps et quatre albums. Quatre elpees absolument remarquables qui n'ont eu, malheureusement, qu'un succès trop confidentiel. D'ailleurs, la notoriété des Apartments n'a, à ce jour, touché qu'un public de connaisseurs et de mélomanes. Nouvel opus, " Apart ", inonde de mélancolie les coins les plus tourmentés de votre conscience. Un disque dont la fraîcheur et l'intensité émotionnelle rappelle encore et toujours l'âge d'or du ‘postcard’. Pas exactement celui d'Orange Juice ou d'Aztec Camera, comme sur les trois précédentes œuvres, mais plutôt de Paul Quinn. Parce que les guitares sont moins présentes. Laissant une plus grande place aux orchestrations opulentes, somptueuses. Ou, paradoxalement, se réfugient sous les accords minimalistes d'une trompette ou de quelques accords de piano spectral, jazzyfiant, permettant ainsi à la voix grêle, étrange, gémissante, de Peter Walsh, de mieux déchirer votre âme...

 

The Apartments

A life full of farewells

Depuis la gravure du sulfureux et troublant "The evening visits and stays for years", Peter Milton Walsh louche de plus en plus vers la postcard et le New Mersey sound. Postcard suite à l'arrivée de la bassiste Clare Kenny, intime d'Orange Juice. New Mersey circa Echo and The Binnymen, à cause de ce recours à la reverb pour épancher ses inflexions vocales mélancoliques, gémissantes qui suintent de malaise et de mystère. Les neuf titres de cette œuvre exhalent ainsi un romantisme désabusé mais tellement poignant. Neuf titres tout en atmosphère, où seuls trompette voilée, violoncelle fugitif, voire steel guitar sur "You became my big excuse", imprègnent les sonorités semi-acoustiques si particulières, minimalistes, mais abordées suivant l'esprit d'un Robert Foster ou d'un Grant Mac Lennon. Peter parvient même à épurer totalement son expression sur "She songs to forget you", en accompagnant uniquement son chant du piano. Une vie pleine d'adieux. Beau et triste à la fois!