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The Rhythm Junks

Pas de cuivres ni de guitare, mais pas mal d’impro…

The Rhythm Junks réunit des vieux briscards issus de la scène blues, roots et jazz du Nord de la Belgique. A l’origine, le line up impliquait le jeune harmoniciste Steven De Bruyn, le drummer Tony Gyselinck et le vétéran Roland Van Campenhout. Depuis, ce dernier a cédé sa place à l’ex-Admiral Freebee, Jasper Hautekiet. Après 11 années d’existence, la formation vient de publier son quatrième elpee, « It Takes A While ». Steven et Jasper ont accepté d’accorder un entretien à Musiczine, ce 20 janvier, dans un petit bistrot, sis à quelques pas de la Bourse. On vous en relate les moments forts…

Roland a définitivement abandonné The Rhythm Junks ?

Steven : Il a participé aux sessions d’enregistrement du premier album, « Fortune Cookie ». Il y a 22 ans que je connais Roland. Tout a commencé à Bruxelles, lors du Jazz Marathon. J’étais venu en compagnie d’un ami qui s’est chargé de nous présenter. A l’issue de notre rencontre, on a joué trois morceaux ensemble. Ensuite il m’a demandé quel était mon emploi du temps, le lendemain. Je lui ai répondu que je ne savais pas encore. Il m’a alors invité à Louvain-La-Neuve, dans le cadre du Boogie Town Festival. Il devait remplacer Big Sugar, un groupe canadien. Il m’a dit que je pouvais jouer avec lui. Donc le lendemain, je me suis rendu là-bas, et on a joué ensemble. On n’avait jamais collaboré et là on se produisait dans un festival. Nous sommes restés amis. De temps à autre, on coopère encore. Après 20 ans d’existence, on n’avait toujours rien enregistré. J’avais seulement participé à l’enregistrement de quelques morceaux sur des disques de Roland. Et on en avait conclu qu’il fallait remédier à cette carence. Ce qui explique pourquoi on a réalisé « Fortune cookie ». De temps à autre, quand The Rhythm Junks se produit, comme au Japon, Roland vient nous rejoindre...

Collaboration atypique, celle entre Steven à l’harmo, Roland et Helmut Lotti, à l'AB, en compagnie d’une belle brochette d’invités. Tu t’en rappelles ? C’était en 2013.

Steven : Les personnalités de Roland et Helmut Lotti sont totalement opposées. Je me souviens, lorsqu’on a attaqué les sessions, Helmut voulait déjà savoir quand on aurait terminé. Je lui ai répondu qu’on n’avait même pas encore commencé. Et qu’on verrait bien quand ce serait fini. Parce que pour Roland, c’est toujours le moment et on joue l’instant présent. Helmut Lotti est un perfectionniste. Il veut savoir où il va… Roland et moi étions très fatigués. On répétait quotidiennement. Un jour il a joué un morceau, et une demi-heure plus tard, il l’a rejoué, mais de manière complètement différente. Ça c’est Roland ! Il joue à chaque fois différemment. Tout dépend de son feeling du moment.

The Rhythm Junks vient de graver son quatrième elpee. Qu’est-ce qui a changé en 11 années d’existence, chez ce groupe, hormis le départ de Roland ?

Jasper : Pour le premier et le deuxième album, on avait reçu le concours de cuivres. Un contexte qui nécessite une structure, notamment pour les arrangements. Puis on s’est limité au trio batterie, basse et harmonica. Ce qui nous accorde davantage de liberté pour improviser. « It Takes a While », c’est la suite logique de « Beaten Borders ».
Steven : On a enregistré ‘live’ lors des sessions. Quand on avait recours aux cuivres, il était indispensable de se fixer une ligne de conduite avant d’entrer en studio. Mais pour ce disque, je cherchais à entretenir une tension comme dans le « Kind Of Blue » de Miles Davis, où il y a de l’impro. On disposait déjà d’une charpente pour les morceaux, mais on a décidé de les interpréter suivant le feeling du moment, pas comme si on devait suivre une partition. Et ça a bien marché.

Pourtant, les compos de l’elpee semblent plus radiophoniques, accessibles, universelles aussi. Une explication ?

Jasper : C’est l’album qu’on avait le moins préparé avant d’entrer en studio. Sans réfléchir. On y a joui d’une plus grande liberté. C’est chouette de penser qu’elles puissent être universelles. Et pourtant, on n’a jamais déterminé à l’avance si elles seraient destinées aux radios.
Steven : En fait, on a voulu mettre en forme des versions élémentaires. Les plus longues sont destinées au ‘live’…

« It Takes A While » c’est le titre du long playing. Mais il faut un certain temps pour quoi ?

Steven : Quand il t’arrive un drame ou un événement de très grave dans la vie, il te faut du temps pour l’encaisser. Mais apprendre des vertus profondes, prend aussi du temps.

« Headphone City » me fait penser à dEUS. Même la voix évoque celle de Tom Barman. Une coïncidence ?

Jasper : les influences de dEUS sont également multiples. Ce qui fatalement nous rapproche. Mais on ne copie personne ; simplement certaines références sont probablement similaires.

« Calling Massala » est certainement le titre le plus coriace. A cause de sonorités de guitare, ma foi, particulièrement métalliques. C’est un créneau que vous comptez explorer, dans le futur ?

Steven : Il n’y a pas de guitare. Mais de la basse. Il y a même un solo de cet instrument. En fait, on se sert d’un omnichord (auto-harpe), dont les tonalités sont spécifiquement métalliques. Mais cette compo a une histoire. Massala est une fille qui vit à Nairobi. On s’est produit là-bas, il y a deux ans, dans le cadre du premier festival de jazz du Kenya. Et nous avons visité un projet mis en place dans un bidonville, à Korogocho, qui nous a beaucoup touchés. Il est destiné à permettre aux enfants à jouer de la musique classique ; ce qui permet d’améliorer leurs résultats scolaires, car leur capacité de concentration est plus longue. On voulait participer à ce projet. On a donc fait parvenir 150 harmonicas là-bas. Et sur Skype, je donne des cours à Massala, qui les répercute auprès des enfants.


Vous partez bientôt en tournée, à travers le monde, en compagnie de Balthazar et Triggerfinger?

Jasper : On a assuré la première partie des deux groupes en Suisse et en Allemagne, il y a deux ans. En Allemagne, il se racontait que The Rhythm Junks était le lien manquant entre Triggerfinger et Balthazar. Nous avons les mêmes racines que Triggerfinger, et une base assez simple comme celle de Balthazar. Sans grande guitare. C’est sans doute la raison pour laquelle on a décrit notre musique, sous cet angle. Et assurer la première partie de ces deux groupes, c’était super chouette.
Steven : Le public de Balthazar est plus jeune que le public de Triggerfinger. Chez nous, il y a beaucoup de solos. Et quand tu en réalises un devant les fans de Balthazar, ils commencent à tripoter leur écran de téléphone. Ils n’y sont pas habitués. Les aficionados de Triggerfinger nous comprennent mieux. Mais les deux publics ont été sympas à notre égard. Une bonne expérience.

En mai, vous vous rendrez au Japon dans le cadre de la fête de la bière. Arsenal et Intergalactic Lovers ont été invités avant vous. Un passage obligé ou une opportunité ?

Steven : Nous aimons le Japon car c’est un pays très intéressant et très différent de la Belgique. C’est une opportunité de pouvoir jouer là-bas. Certaines personnes prennent même l’avion d’une ville à l’autre pour venir nous voir parce qu’ils aiment beaucoup notre musique. De temps en temps, ils nous rejoignent sur scène. C’est très chouette. Et complètement fou! Le photographe qui a réalisé la pochette de l’album est japonais.
Jasper : On l’a rencontré à Kyoto et on a fait un photoshoot.

Steven tu es originaire de Heusden-Zolder. Tu as tourné 8 courts-métrages sur ta région. Une raison ?

Steven : Mon beau-père était mineur. Il était d’origine italienne. Il a commencé à bosser dès l’âge de 14 ans. Il s’était expatrié pour avoir du boulot dans les charbonnages. Lors de mes 12 ans, un de mes amis d'école a perdu son père, dans un accident. Un événement qui a secoué le village. J’ai pensé qu’il était judicieux de ne pas rester les bras croisés et de rencontrer les habitants. C’est un très chouette petit village, près de Genk. J’y retourne toutes les 3 ou 4 semaines. Mais aujourd’hui, la crise économique l’a plongé dans la désolation.

Bowie vient de s’éteindre, des suites d’un cancer. Steven, tu as collaboré à l'écriture d'une chanson pour financer la lutte contre le cancer. Es-tu particulièrement touché par cette maladie ?

Steven : Bien sûr, je suis encore jeune et j’ai déjà perdu des amis à cause de cette maladie aveugle. Les meilleurs sont parfois touchés en premier lieu…
Jasper : Bowie était en fin de vie. Son album est une forme de testament. Il avait peut-être tout programmé. Il savait que tel jour, c’était fini et que son disque allait sortir.
Steven : C’était un perfectionniste, un freak control. Je ne suis pas sûr que dans sa situation, j’aurais enregistré un album. J’aurais sans doute préféré rester auprès de ma famille.
Jasper : C’est peut-être le choix qu’il avait fait, car l’œuvre ne comporte que 6 ou 7 morceaux, dont certains étaient déjà sortis, il y a un ou deux ans…
Steven : Un clip comme « Lazarus », ne se réalise pas en une heure. Et quand tu vis dans de telles conditions, il est très difficile de tourner une vidéo pareille. Je l’ai regardée avant sa mort, et j’ai immédiatement conclu qu’il vivait ses derniers jours. C’est émouvant…

 

 

The Rhythm Junks

Les nouvelles roots du blues…

Écrit par

The Rhythm Junks réunit des vieux briscards issus de la scène blues, roots et jazz du Nord de la Belgique. A l’origine, le line up impliquait Steven De Bruyn, Tony Gyselinck (Toots Thielemans) et le vétéran Roland Van Campenhout. Le trio s’était ainsi produit à l’AB en 2010, dans le cadre de la sortie de l’album « Fortune Cookie ». Et votre serviteur avait eu l’opportunité de rencontrer les deux premiers cités. Depuis Roland a cédé sa place à Jasper Hautekiet (Amiral Freebee).

Célébrant ses 11 années d’existence, la formation vient de publier son quatrième elpee, « It Takes A While ». Et a donc décidé de repartir en tournée pour le défendre. Elle va même assurer le supporting act de Balthazar et de Triggerfinger.

Si la salle n’est pas sold out, elle est copieusement garnie. Posée devant lui, la valise de Steven recèle des tas d’instruments : une panoplie d’harmonicas, des machines pour amplifier le son, un sequencer (qu’il a baptisé synthé graphique) et un looper. Il dispose même d’un ‘omnichord’. Egalement baptisé auto-harpe, cet instrument électronique de construction japonaise ressemble à une gratte sans manche, et il libère des sonorités métalliques analogues.

Dès « How Long », Steven improvise. Il jongle entre ses différents harmos et exploite déjà son micro américain ainsi que de sa loop station, alors que la section rythmique adopte un profil, ma foi discret. L’impro terminée, il adresse un regard à Jasper, dont la basse se met à vrombir. Un peu fort, quand même. Steven est en grande forme. Il sautille ou danse en soufflant dans sa musique à bouche. Coiffé d’un chapeau mou de paille, Tony martèle ses peaux et ses cymbales. Et il est plus que convainquant derrière ses fûts. Le morceau ne dure que 180 secondes sur l’elpee, cette version ‘live’ dépasse les 8 minutes.

« Calling Massala » rend hommage à Massala, une artiste que Steven a rencontré lors d’un festival de jazz à Nairobi (Kenya). Elle apprend la musique à des enfants. Séduit par le projet, il lui a envoyé 150 harmonicas. Et a aussi accordé des cours via Skype à l’éducatrice.

Steven abandonne son harmonica pour empoigner le fameux omnichord, dont il extrait des sonorités vraiment singulières. Tout en donnant parfois de la voix. Et le public d’applaudir sa prestation, à plusieurs reprises.

Place ensuite à « Why Would I Worry », le premier single du long playing. Steven triture les boutons des machines placées devant lui. Il passe de nouveau d’un harmo à l’autre, dont deux imposants qui communiquent une touche blues/roots au morceau, nonobstant le recours à l’électronique. Enfin, pas à travers des beats electro, mais simplement pour servir d’amplification à son instrument de prédilection. Précision quand même, sa voix reste naturelle. Elle n’est ni triturée par un vocodeur ou un quelconque filtre.

« The Game Is Up » atteint sa pleine puissance ; faut dire que la frappe de Tony est particulièrement énergique. Il se réserve son petit solo lors de « Shopping Again ». Pour deux plus anciennes compos, « Hunters » et surtout « Some People » (« Pop Off »), Steven utilise son fameux synthé graphique. Des compos qui font mouche.

« Checking In » lorgne manifestement vers le r&b des Stones. Celui de leurs débuts. Un titre au cours duquel l’harmo libère une belle dose d’agressivité.

Pas de cuivres, comme sur l’album « Pop Off », pour « Join Da Bus » ; mais la version parvient quand même à mettre le souk dans l’auditoire. D’ailleurs, à ce moment précis, l’expression sonore voyage entre la Jamaïque, l’Afrique et la Louisiane…

Steven manipule ses machines pour alimenter « Winter Bones ». Et notamment cet omnichord. Enfin, « Trying To Listen » semble déchiré entre électro et blues/roots, plongeant le mélomane dans une atmosphère empreinte de mystère. Ce qui n’empêche pas les trois musicos de briller sur leurs différents instrus.  

Plus étrange encore, « Headphone City » évoque… dEUS….

Deux titres seront accordés lors du rappel. D’abord le paisible « Ofline Land », compo qui opère un retour aux années 70 voire 80. Puis « Best Kept Secret », un blues fangeux mais sans gratte. Une invitation à naviguer dans le Delta, pour sillonner le bayou, en barque, sous le regard sournois des alligators, qui rêvent sans doute de croquer ces Rhythm Junks

(Organisation : Ancienne Belgique)