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Mia Doi Todd

Un talent à l'état pur...

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Ne pas confondre Alaska et Alaska et Alaska ! Si un distrait pensait assister à un concert du combo espagnol ou à celui réputé pour sa musique progressive, il a dû déchanter. Et le set auquel il a assisté le laisser de glace. Et pourtant ! En fait, le groupe qui ouvrait la soirée est californien ; et implique deux musiciens du nouveau Folk Implosion. Soit le guitariste Imaad Wasif (ex Lowercase) et le drummer Russel Pollard (toujours Sebadoh), pour la circonstance préposé à la basse. Un line up complété pour la tournée par une drummeuse. Très jolie par ailleurs. Ce qui ne l'empêche pas de taper dur sur ses fûts, la longue chevelure noire lui cachant constamment le visage. Enfin, pour ce que j'ai pu voir de leur prestation. Une bonne vingtaine de minutes. Au cours desquelles le band s'est fendu d'un long trip électrique, psychédélique, vivifiant, dans l'esprit du 'Paisley Underground'. Imaad y prend vraiment son pied et finit par se contorsionner en se roulant sur les planches. Bonne entrée en matière, même si Alaska pourrait y gagner en faisant preuve d'un peu plus d'originalité.

Née sur la côte Ouest des States, d'un père d'origine japonaise et d'une mère irlandaise, Mia Doi Todd me fait penser à… une squaw cheyenne. Et je dois vous avouer qu'on l'inviterait bien dans son tepee (NDR : pour y prendre le thé, hein !). Pratiquement inconnue en Europe, Mia a déjà commis quelques albums, dont le dernier « The golden stat » a été produit par l'ex époux de Suzanne Vega, Mitchell Froom. Et en assistant à son set, on comprend mieux pourquoi Froom a accepté ce challenge. Mia est avant tout une ‘folk singer’. Sur les planches, elle s'accompagne tout simplement d'une guitare sèche, et s'autorise même une version a cappella de « Age ». A vous flanquer des frissons partout ! Elle possède une très jolie voix. Pure, cristalline, douce, mais très intense et profonde. Son timbre me fait d'ailleurs tantôt penser à Joni Mitchell, à Joan Baez, à Jacqui Mc Shee (NDR : pour ceux qui ont connu Pentangle !), ou encore bien sûr, à Suzanne Vega. Elle interprète des chansons qui parlent de liberté individuelle, de conflits sociaux et personnels, de la nature et de ses cycles. Franchement, il n'y manquait qu'un quatuor à cordes et on tombait de sa chaise (NDR : surtout qu'il n'y en avait pas, et qu'une partie du public était assis à même le sol). Mais que voulez-vous, chez certains majors, il faut vendre des centaines de milliers d'albums pour qu'on s'intéresse à votre cas. N'empêche, d'ici quelques mois, on risque bien de reparler de cette talentueuse Mia Doi Todd. Et en bien !

Exit John Davies, le nouveau Folk Implosion implique donc Imaad Wasif à la six cordes, Russell Pollard aux drums et bien sûr Lou Barlow, qui en est revenu à ses premières amours, en troquant sa guitare contre une basse. Il se réserve toujours le chant en se servant de deux micros aux tonalités différentes. Petite surprise, Mia Doi Todd vient apporter son concours aux samples et aux boucles, pour entamer le concert. Et elle reviendra en fin de parcours, pour assumer quelques backing vocaux. Lou est en pleine forme. Il plaisante entre chaque interprétation. Et son humour est toujours aussi subtil. Il entame son set par les compos les plus musclées de son nouvel opus. Et je dois avouer, qu'elles passent bien la rampe. Tout comme celles du Folk Implosion première mouture, d'ailleurs. Après une bonne demi-heure, Barlow et Imaad s'asseyent pour entrer dans la phase acoustique. Barlow a repris sa vieille gratte. Imaad a recours au bottleneck. L'intensité et l'émotion sont très palpables. Et atteignent une nouvelle dimension en rappel, lorsqu'il revient seul, toujours flanqué de sa sèche. Pour interpréter une nouvelle chanson. Puis égrener quelques morceaux intimistes, minimalistes, mais dont il a le secret pour les rendre magiques. Deux rappels plus tard le public était aux anges… Et moi aussi !

Todd Snider

Eastside Bulldog

Écrit par

Ce chanteur/compositeur est originaire de Portland, dans l’Oregon. Aujourd’hui âgé de 50 ans, il a pas mal bourlingué : du Texas à la Californie avant d’aboutir à Memphis, dans le Tennessee. C’est alors qu’il a tout le loisir de s’exprimer à travers sa musique, essentiellement ancrée dans le folk et la country. Cet admirateur de John Prine et de Jerry Jeff Walker publie son premier elpee en 1994, "Songs for the Daily Planet" (NDR : le Daily Planet était un club de Memphis où il se produisait souvent), sur le label MCA. Depuis, il a gravé une quinzaine d’albums. Il s’est désormais établi à Nashville ; et vient de réaliser son premier opus studio, depuis 2012. Todd a également un sobriquet : Elmo Buzz. Et tout au long de cet "Eastside Bulldog", il donne vie à ce caractère en réalisant son LP le plus rock ! Alors qu’il sort rarement de sa solitude, il a bénéficié, pour la circonstance du concours d’un véritable groupe. Et pas n’importe lequel, puisqu’il s’agit du jam band de David Schools, le notoire Widespread Panic. Une formation qui implique le saxophoniste Dennis Taylor, le pianiste/organiste Jen Gunderman et le drummer Mark Horn. Les sujets de ses compos abordent tout ce qui forme l’univers d’Elmo Buzz : les voitures, les femmes, les ‘parties’, les concerts en club et Hank Williams Jr. Bref, un ensemble de thèmes nécessaires pour passer la nuit dans East Nashville. Enfin, les chansons ont pratiquement été improvisées en studio.

Rock’n’roll énergique, "Hey pretty boy" donne le ton de cet LP. La guitare est accrocheuse. Piano et saxophone combinent. D’allègres répliques vocales ripostent au chant du leader. Dans le même style, "37206" est traversé par le saxophone hurleur de Taylor. Moins enlevé mais dansant, "The funky Tomato" est sculpté dans le funky blues. Et les interventions d’orgue me rappellent Sam the Sham and the Pharaohs (NDR : Texan, Sam est aujourd’hui âgé de 80 ans). Excellent, "Eastside Bulldog" oscille entre rock’n’roll, surf et blues. Entretenues par le Farfisa et la gratte, les sonorités sont savoureusement surannées. Le saxophone se libère sur le débridé et festif "Check it out", une piste dont l’attitude est très proche du punk. Une formule entraînante qu’on retrouve sur "Are you with me". Instrumental, "Bocephus" est vraiment remarquable. Omniprésent, le saxophone s’autorise un flirt avec l’orgue, au sein d’un climat qui évoque une musique dispensée en club, il y a un peu plus d’un demi-siècle. "Enough is enough" adopte un profil bien plus blues. "Ways and Means" rappelle étrangement le "Should I say or should I go" de Clash, un morceau qui remonte à 1981. Et il est épatant ! Trop court (NDR : 24’ seulement !), cet elpee s’achève par "Come on up", une compo dont l’ambiance à la fois blues et rock est toujours le fruit d’une belle improvisation.

 

Todd Sharpville

Porchlight

Écrit par

Todd Sharpville est un musicien anglais qui jouit d’une solide réputation aux Iles Britanniques. Sur le Vieux Continent, c’est encore un illustre inconnu ; mais vu son talent, il devrait y forger une prochaine et rapide popularité. Et la sortie de ce double cd devrait lui servir de tremplin.

Todd est issu d’une famille d’aristocrates ancestraux, outre-Manche. Il y a déjà bien longtemps qu’il a chopé le virus du blues. Et pour cause, dès 1994, il publiait son premier opus "Touch of your love", sur le label Red Lightnin’. A l’époque, flanqué de son band, il accompagne d’authentiques stars du blues, en tournée européenne, comme Hubert Sumlin, Ike Turner ou Chuck Berry. Il faut attendre 2001 pour saluer son second chapitre musical, "The meaning of life", paru chez Cathouse, un disque pour lequel il reçoit le concours de Mick Taylor, Paul Lamb et Snowy White. Il collabore également à l’enregistrement de plusieurs elpees de la chanteuse Dana Gillespie. En 2010, il traverse l’Atlantique pour se rendre du côté de Boston, afin d’y enregistrer ce nouveau long playing. Une œuvre pour laquelle il a reçu le concours de Duke Robillard à la production et au mixing et de l’ingénieur du son John Paul Gauthier. Todd signe 14 des 15 plages de ce double cd qu'il dédicace à la mémoire de son père, l'honorable Viconte de St Davids, disparu en avril 2009 : ‘Allume la lumière du porche quand il est temps pour moi de rentrer… En attendant, tu me manques!’

Les musiciens du Duke Robillard Band ont participé activement aux sessions d’enregistrement ; soit Bruce Bears aux claviers, Jessie Williams à la basse et Mark Texeira à la batterie. Le renfort des cuivres est apporté par les meilleurs souffleurs de Boston : Doug James au sax baryton, Mike Tucker au sax ténor, Scott Aruda à la trompette et Carl Querfurth au trombone.

Todd possède un sens mélodique développé. C’est également un adepte de l’esthétisme sonore. Et il le démontre dès l’intro d’"If love is a crime". Sa voix est proche, précise, musicale, chargée de feeling. Et devinez qui souffle dans son harmonica, en toile de fond ? L’illustre Kim Wilson. Une ouverture de toute bonne facture (NDR : ça rime !), caractérisée par des accords de guitare particulièrement élégants. "Lousy husband (But a real good dad)" pénètre dans le véritable blues. Bears est passé au piano tandis que Duke a glissé comme partenaire à la six cordes. Les échanges sont de haut vol. Excellent ! Todd est très convaincant au chant, tout au long du blues lent "Used", et son solo est marqué par le style spécifiquement insulaire. Et il est superbe ! Autobiographique, "Why does I train?" est une compo qu’il avait écrite à l'époque de son divorce. Sa voix sanglote. Les cuivres font bloc à l'arrière. Le genre lorgne davantage vers les States. Une coloration qui envahit la plage jusqu’en fin de parcours. Bien exécuté, ce morceau est manifestement marqué de l’empreinte du Duke. Un solide coup de turbo amorce "Can't stand the crook". Les interventions de Kim Wilson à l’harmo sont nettement plus versatiles ; et quand il se déchaîne le Kim, plus moyen de l'arrêter! Il pousse même Sharpville dans ses derniers retranchements ; et enfin, le gamin se libère, émoustillé d'avoir pris la leçon. Séduit par les racines américaines, Todd met le cap sur la Nouvelle Orléans et nous confie qu’"Everything will be allright". Pour la circonstance, Bruce a enfilé les gants de Professor Longhair. La musique emprunte alors une configuration festive. Chaque cuivre s’accorde alors son billet de sortie, à l’instar d’un Street Band au cœur de Bourbon Street. La première plaque s’achève par "Old feeling", une ballade introspective.

Le second cd démarre fort par "When the world's not enough", un rock'n'roll balisé par le piano barrelhouse de Bears. L’intervention de Joe Louis Walker à la guitare est déterminante tout au long de "When the blues come calling", un slow blues que chante passionnément notre Todd. Sculpté dans les cordes acoustiques, "Legacy of greed" est encore souligné par la voix de Sharpville, à la fois belle et empreinte de désespoir. On est alors plongé au sein de la torpeur des bayous louisianais. Les cuivres refont surface lors du solide "Whole lotta lady". Pour la dernière fois sur cet elpee, Kim Wilson revient épauler Todd à l’occasion de son meilleur blues. Intitulé "Misery" il véhicule une immense tristesse. Nous ne sommes alors ici pas loin de ses compatriotes, Paul Lamb and the Kingsnakes. Très en verve, les saxophones s’imposent lors du blues rock très offensif "Busted in pieces". D’excellente facture, cette œuvre s’achève par le bouleversant "Porchlight", un cri d'amour du fils pour son père disparu.

Todd Rundgren

Arena

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Todd Rundgren vient de fêter ses 60 balais en juin dernier. Pas n’importe qui, puisque non seulement il est multi-instrumentiste, compositeur, interprète, chanteur, ingénieur du son et producteur, mais il est surtout un expérimentateur invétéré. En 1992, il avait ainsi été le premier à proposer des œuvres interactives. Et aujourd’hui encore, il est toujours à la pointe de l’aventure et de l’innovation. Le succès, il ne l’a récolté qu’au cours des seventies. Et s’il a pu continuer à expérimenter, c’est à cause de son talent de producteur. Ce qui lui a permis d’arrondir ses fins de mois. Il a ainsi bossé pour The Band, Patti Smith, les Sparks, les New York Dolls, XTC, Psychedelic Furs, Iggy Pop, et la liste est loin d’être exhaustive. Et constitue une influence majeure pour Prince…

Il vient donc d’enregistrer un nouvel album. Chez lui à Hawaii, là où il vit aujourd’hui. Et difficile de faire plus solo, puisqu’il y joue à l’homme-orchestre. Todd y a quand même privilégié la guitare, même si les accents prog, les pastiches et les clins d’œil jalonnent l’intégralité de l’opus. Pastiche d’AC/DC sur l’hymnique « Strike », un morceau au cours duquel il hurle même comme feu Bon Scott, de Deep Purple circa « In rock » sur le pseudo boogie « Gun ». Clin d’œil à Led Zeppelin sur l’enlevé « Panic » (NDR : ce riff de guitare !), mais aussi sur le blues rock rampant « Weakness », un slow abordé dans l’esprit du tubesque « Since I’ve been loving you », malgré des variations ‘rundgreniennes’, au Floyd sur le cosmique « Afraid » et à Metallica tout au long de « Mercenary », malgré l’un ou l’autre intermède plus atmosphérique. Sans oublier l’interlude planant chanté à la manière de Sting, infiltré au beau milieu du single potentiel « Today ». Un morceau irrésistiblement dansant, dynamisé par des percus excitantes, presque latino (des boîtes à rythmes ?) et balisé par une ligne de basse grondante. Sans quoi, hormis l’autre boogie « Mountaintop » et le décapant « Mad », le reste de l’elpee nous replonge dans un style plutôt éthéré, développé en compagnie de Utopia, au cours des seventies. A l’instar de l’approche bluesy, ‘hendrixienne’ exercée sur « Bardo » ou sur le très mélodique et emphatique « Courage ». Caractéristique de l’album, ses 13 titres se résument à un seul mot. Enfin, on épinglera à nouveau la qualité de ses textes à caractère sociologique. Mais ici, il faut quand même une bonne connaissance de la langue de Shakespeare, pour pouvoir en disserter…

Todd

Comes to Your House

« Play Loud » : le genre de sacerdoce rock’n’roll qui fait toujours du bien à lire, à l’heure où la musique ne doit surtout pas déranger, surtout en plein souper (la pochette). Pourtant, écouter Todd remplace au mieux le digestif après le dessert : plus besoin de déboucler posément sa ceinture, mieux vaut tout de suite sortir de table et aller pogoter dans le jardin, en piétinant les jonquilles et bastonnant les poules. Parce qu’écouter « Comes to Your House » de Todd, c’est comme revenir à l’état primal de l’espèce humaine : celui d’avant la parole (le chant, éructé), d’avant les politesses (les textes, sombres), d’avant la contrition (on se lâche, bordel). La civilisation ? On se pose la question. L’hygiène, la pureté, la sagesse ? « Amenez-moi un homme sain d’esprit et je vous le guérirai » (C.G. Jung). Une bonne cure de « Comes to Your House » devrait largement faire l’affaire. A taaable !

Todd Wolfe

Wolfe

Écrit par

Wolfe, c'est d'abord Todd Wolfe, le leader, chanteur, guitariste, compositeur et producteur du combo qui porte son nom. Un New-yorkais qui a été le guitariste attitré de Sheryl Crow, de 1993 à 98. En 96, il avait fondé Mojoson, un groupe qui mêlait blues et rock psychédélique. Il a ensuite sévi au sein du Todd Wolfe Blues Project, en compagnie duquel il a sorti l'album "Live at Manny's Car Wash".

"Heaven" ouvre l’opus. La meilleure plage du disque. La slide est légèrement amplifiée, la voix assurée, l'inspiration puisée dans le Delta du Mississippi. "Light of day" et "Roll over" relèvent du southern rock offensif. A cause du jeu assez lourd de la section rythmique et des riffs de guitare réverbérés. "Silver blue" marque le retour de la slide. La prise de son est excellente. La slide transpire à l'avant-plan. Nous sommes à nouveau dans l'esprit du Delta. "Black night" a été écrit par Jesse Mae Robinson. Un slow blues mené à la manière d'un Jimi Hendrix assez bavard. Et dans le style, c'est plutôt bien réalisé. Toujours très ‘hendrixienne’, mais période Band of Gypsies, "Shame" est une longue épopée funky de plus de 8', au cours de laquelle la succession de notes torturées a le mérite de faire danser. "On the run" est un boogie rapide. La slide se veut menaçante. Elle sue de partout. L'harmoniciste de Blues Traveler, Jon Popper est de la partie. Il souffle une succession de notes bien musicales dont il a le secret. "Wing of dove" opère un nouveau retour au southern rock. La guitare mystérieuse se tourne vers les sphères psychédéliques. Le voyage continue au cœur de l'atmosphère pesante et suspicieuse d' "East of you". Wolfe commet alors une version très électrique du "Come in my kitchen" de Robert Johnson. L'opus recèle, en outre, un morceau caché. Un instrumental qui adopte un ton jazz!! Wolfe consacre les bénéfices de la vente de ce bon album de hard rockin' blues à la Croix Rouge et à l'association internationale des sapeurs pompiers. Le brave homme!

 

Todd Sharpville

The meaning of life

Écrit par

Ce jeune chanteur/guitariste anglais avait enregistré son 1er album en 1994. Intitulé "Touch of your love", il était paru sur Red Lightnin. Pour enregistrer ce nouvel opus, Todd s'est entouré de toute une série d'invités notoires.

L'adaptation du "I can't stop it" de Joe Liggins est un pur boogie woogie. Une ouverture caractérisée par une brillante intervention du pianiste Paddy Milner. Keith Dunn chante sur 7 titres. Un Américain, de Rhode Island très exactement, qui joua naguère chez Roomful of Blues. "Losin' this woman" bénéficie du concours d'une des meilleurs voix du blues anglais. Celle d'Earl Green, pour ne rien vous cacher. Un vocaliste qui sévit aujourd'hui au sein des Kingsnakes de Paul Lamb. "Ordinary fool" est un blues savoureux, inspiré par Guitar Slim. Brillant aux cordes, Todd libère un solo tout en sensibilité face à Eugene "Hideaway" Bridges, préposé au chant. Shuffle très entraînant, "Bird on a wire" est nourri par la présence de deux harmonicistes. On y reconnaît distinctement Paul Lamb. Il ponctue chaque phrase de petites notes qui font mouche à chaque fois. Quant au solo, il est l'œuvre du chanteur, Keith Dunn. Leo Sayer chante le R&B largement cuivré, "I think I'm blind". "Heart and soul" est un long blues lent traversé par le solo dramatique attendu. "Willow" est une plage instrumentale hantée par l'ombre de Carlos Santana. L'ambiance feutrée, latino américaine est omniprésente. Chanté par Earl Green sur un rythme soutenu, "Doghouse" atteint un autre sommet au cours duquel Todd engage un duel de cordes avec Snowy White et la slide de Mick Taylor. Hormis l'ouverture et "Look watcha done" de Magic Sam (NDR : une de ses références), Todd a composé l'intégralité de l'album. Paul Lamb démontre à nouveau toute l'étendue naturelle de son talent, lorsqu'il imprime avec force le rythme sur son harmonica. Il le démontre sur "Ball". L'album s'achève par une ballade douce et mélodique que Sharpville chante en personne. J'ai été agréablement surpris par cet opus. Un disque habillé ( !?!?) d'une superbe pochette. Faut dite que Jane, Amber et Charlotte ne manquent ni de charme, ni de sensualité…

 

Todd Snider

Songs for the daily planet

Né à Portland dans l'Oregon, mais établi à Memphis dans le Tennessee, après avoir transité par la Californie et le Texas, Todd Snider est un poète dont la muse profonde et sincère évoque instantanément Willie Nelson et Kris Kristofferson. Il aime la country. Celle de Joe Mac Donald, de Warren Zevon et surtout de Bob Dylan. La musique sudiste aussi. En particulier Creedence Clearwater Revival et Lynyrd Skynyrd. Enfin, il a enregistré ce "Songs for the daily planet" à Nashville. Un décor qui devrait vous permettre de bien cerner la démarche de cet artiste. Ses chansons, il les interprète à la manière de Zimmerman ou de Tom Petty. D'une voix légèrement poussiéreuse, en s'accompagnant d'une sèche acoustique et d'un harmonica. Et pour respecter les règles de l'art, il s'est entouré d'un groupe qui se partage instrumentation traditionnelle (violon, mandoline, etc.) et conventionnellement plus rock (guitare, basse, drums, claviers) que renforce épisodiquement des choristes. Another folk rock singer? Oui, mais qui ne manque pas de talent!

 

Todd Rundgren

No World Order

Quand on parle de Todd Rundgren, on pense immédiatement au rôle essentiel de producteur qu'il a joué pour des artistes comme les Tubes, New York Dolls, Patti Smith, Psychedelic Furs, XTC et plus récemment Pursuit Of Happiness. Et pourtant, tant au sein de Nazz, en compagnie d'Utopia ou en solitaire, il s'est illustré par toute une série d'albums avant-gardistes. Certains n'ont d'ailleurs pas hésité à proclamer que le Philadelphien était à la techno ce que Zappa était à la musique concrète. Nous n'irons pas jusque là, mais il faut admettre que sur tous ses disques, les références au regretté Zappa sont nombreuses. Début 80, il a ainsi poussé le délire en trafiquant un elpee totalement a cappella par la technologie moderne. Aujourd'hui, il s'exprime en termes d'interactivité. Pas seulement ‘live’, puisque ce "No World Order" constitue le premier opus totalement conçu en CDI. Evidemment pour pouvoir bénéficier d'une telle lecture, il est nécessaire de se procurer l'équipement adéquat. A vos portefeuilles, donc! Pour vous donner une petite idée des performances de cet appareil, l'album est enrichi d'un deuxième disque, présenté sous la forme d'un ‘medley’ du premier; tour à tour remixé par Bob Clearmountain, Don Was, Jerry Harrison et Hal Willner. Pour être plus précis, ce CDI vous permet de moduler à l'infini, suivant vos goûts et vos affinités, une matière première. Chaque instrument bien sûr, mais également la voix, le tempo, et plus surprenant encore, le climat émotionnel. Ce "No World Order" adopte un profil fondamentalement ‘dance’. Ce qui n'empêche pas Todd d'y injecter ses riffs de guitares acérés, luxuriants, et de nous envoûter de ses célèbres inflexions vocales à la fois chaudes et impérieuses. Nous finirons par croire que ce Rundgren est un extra-terrestre !

 

Todd Rundgren

Mon ordinateur est un ami

Écrit par

Personnage emblématique du rock progressif des seventies, producteur qui a bâti sa réputation au cours des eighties, Rundgren a toujours été en avance sur son époque. Sans doute un peu trop. Car hormis son expérience Utopia, ses albums n'ont jamais rencontré qu'un succès confidentiel. Aujourd'hui, il s'est transformé en porte-parole du nouveau procédé de lecture du compact disc interactif. Une nouvelle technologie qui vous accorde la liberté de moduler à l'infini (ou presque!) une même composition, suivant vos goûts ou votre humeur. C'est en tout cas ce qu'il nous a expliqué lors de la démonstration accordée à Gand et démontré à travers son album "No World Order", totalement conçu pour le nouveau procédé CDI. A l'issue de cette conférence, il nous a accordé cette interview...

Tu as un jour déclaré que dans le futur, il y aurait de plus en plus d'horizons musicaux à explorer, de plus en plus de nouvelles idées à développer. Or la plupart des artistes issus de ta génération affirment purement et simplement le contraire. Que le rock et la pop d'aujourd'hui sont atteints de revivalisme aigu. Qu'en penses-tu?

D'une certaine manière, je partage ce point de vue. Cela ne m'empêche pas de penser que nous sommes très loin d'avoir épuisé le potentiel de la connaissance humaine, et de croire fermement que la musique populaire contemporaine dispose encore et toujours d'un énorme potentiel créatif. J'admets que ceux qui se contentent de sampler leur prochain ou de piquer systématiquement des sonorités à gauche et à droite font le lit du revivalisme. Les musiciens se sont souvent rendus coupables de répétition. En voulant remettre les idées du passé au goût du jour. Le style d'écriture est devenu trop formel. Il faut l'admettre. Ce problème existe également dans les autres formes d'art. L'originalité vit hors de la norme. Il faut se donner la peine de gratter un peu la couche de vernis pour la découvrir. Depuis mes débuts, j'ai toujours essayé de trouver les moyens pour la mettre en évidence. Etancher la soif des nouvelles idées par la technologie.

Oui, mais la technologie, n'est-elle pas le fossoyeur du rock'n roll?

La commercialisation est le plus grand fossoyeur du rock'n roll. La technologie est une abstraction. L'électrification de la guitare est une innovation par rapport à son utilisation acoustique. L'important, c'est d'y maintenir le degré d'émotion. Mon computer est mon ami. Pour d'autres personnes, il est un ennemi. Il m'aide à créer. D'une certaine manière, c'est une forme de relation privilégiée. J'ai toujours essayé d'estomper la distinction entre l'aspect technologique et la forme émotionnelle de la musique. Mais la plupart des artistes ne comprennent pas le milieu au sein duquel ils travaillent. Ils s'y sentent mal à l'aise. Pourtant, il est beaucoup plus facile d'obtenir un résultat tangible, si tu tires parti au maximum du potentiel d'un studio.

Penses-tu qu'en disposant d'un CDI, monsieur 'Tout le monde' peut devenir producteur?

Je ne vends pas de la créativité. Je propose une expérience au sein de laquelle l'auditeur est impliqué. Il est dangereux de faire croire au détenteur d'un tel lecteur qu'il concocte sa propre création. Créer est beaucoup plus complexe. Je ne crois pas, d'ailleurs, que chaque utilisateur souhaite devenir un producteur. J'imagine mal que le premier venu soit capable de composer une chanson, de la jouer, de la chanter, de la sculpter. Il faut d'abord connaître son métier, et puis tenir compte de l'attitude individuelle du créateur ; une attitude qui n'est pas nécessairement la même chez tous les compositeurs, et encore moins chez l'auditeur.

Pour bénéficier des vertus du CDI, il est indispensable de se procurer un lecteur approprié. N'est-ce pas un peu pousser à la consommation?

Euh!... Il faut placer cette invention dans un contexte à plus long terme. Si j'avais été uniquement l'objet d'un projet lucratif, je n'aurais certainement pas accepté la proposition de Philipps. Mais il faut rester réaliste. D'un côté, je mène des expérimentations technologiques. De l'autre, il y a un énorme marché qui se pointe à l'horizon. Pas seulement dans le domaine de la musique, mais aussi et surtout de la vidéo. Avec ses spécificités techniques et éthiques. Quel sera le meilleur matériel? Qui emportera le marché? Personne ne peut encore le dire. Mais ce sont des choses qui ne me concernent pas. Mon rôle se limite à la création et à la recherche.

Dans cette nébuleuse interactive, que devient Todd Rundgren? Un musicien, un compositeur, un concepteur ou un producteur?

J'ai toujours voulu varier les disciplines. Malgré mon intérêt pour la technologie de pointe, je joue toujours de la guitare acoustique. Lorsque j'en ai le loisir. Et je ne pense pas que ce soit un problème pour moi de multiplier les fonctions. Pour deux raisons. La première procède de ma volonté à ne pas être pris au piège du business. La seconde? J'ai oublié... (rires)... Je déteste toujours faire la même chose. Si je ne pouvais explorer qu'une seule corde de mon arc, je me sentirais frustré...

Comme producteur, tu as travaillé avec des artistes comme les New York Dolls, Patti Smith et Psychedelic Furs. Est-ce que ce style musical te touche encore?

Pourquoi pas? Mais ces groupes appartiennent au passé. Mes goûts sont en constante évolution. Je m'intéresse à de multiples formes de musique contemporaine. J'aime Beck. Son attitude. Et puis également des ensembles obscurs dont personne n'a probablement jamais entendu parler ici. Des formations qui apportent quelque chose à la musique. Mais en vérité, je ne m'intéresse pas tellement aux musiciens, mais plutôt aux sonorités qu'ils parviennent à développer. Il existe, par exemple, un groupe qui répond au nom de Life. Je déteste son dernier album, à l'exception d'un seul fragment que j'estime remarquable. Mes goûts sont très variés et paradoxaux. Le rap me branche également. Je pense à Public Enemy. Aux messages sociaux qu'il colporte. A son débit rythmique sonique. A sa liberté de langage. J'ai beaucoup synthétisé cette forme musicale...

Tu as également produit les deux albums du groupe Pursuit of Happiness. Un très chouette groupe canadien que je crains être disparu depuis quelque temps.

Il a enregistré un troisième opus. Mais celui-ci a été produit par un grand producteur de heavy metal. L'entreprise a cependant complètement foiré. Dommage! Mais le groupe existe toujours. Il est constitué de musiciens formidables capables d'écrire de remarquables chansons et de graver de superbes disques. Il possède ce petit quelque chose qui vous fait craquer. Difficile à expliquer, d'ailleurs. J'aimerais travailler à nouveau pour eux. Qui sait? Peut-être dans le futur!...

En 1991, tu as mis fin à une longue collaboration avec Warner Music. Que s'est-il passé?

C'est un problème spécifique au business musical. Je n'étais probablement plus en odeur de sainteté. Ou alors trop vieux. Surtout, je ne vendais plus assez de disques à leurs yeux. Le label a toujours espéré que je ferais un come-back comparable au succès rencontré début des seventies. Mais cette idée n'a jamais été un but pour moi. Aussi, comme il existe de nouveaux et jeunes talents qui montent. Plus dociles, potentiellement plus rentables... Enfin, au bout de près de vingt ans chez la même firme de disques, cette solution me semblait un aboutissement normal. Et, c'était sans doute mieux ainsi. Je n'avais plus à justifier mes ambitions computarisées. Et j'ai les mains libres pour entreprendre ce que je fais aujourd'hui. Mon CDI en est la plus belle démonstration.

Version originale de l'interview parue dans le n° 28 (novembre 94) du magazine MOFO