Sparks dans la lune

Sparks, éternel laboratoire de la pop, poursuit son exploration de territoires inédits. Après plus de cinq décennies passées à bousculer les codes musicaux, Ron et Russell Mael ajoutent un nouveau chapitre singulier à leur parcours en publiant Live On The…

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Le fossé à franchir par Snake Mountain Revival

« The Divide », le nouvel album du trio psychédélique indépendant américain Snake Mountain Revival, sortira le 23 octobre prochain. Formé sur la côte de Virginie à l’été 2017, Snake Mountain Revival est né de la rencontre entre des univers musicaux très…

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Tuxedomoon

Tuxedomoon orphelin de son bassiste : Peter Principle est décédé

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Peter Principle Dachert est décédé ce 17 juillet, à l’âge de 63 ans. A Bruxelles. Probablement des suites d’un infarctus. Il avait rejoint Tuxedomoon en 1977, soit un an après les balbutiements du groupe alors fondé par Steven Brown et Blaine L. Reinginger (NDR : ces deux derniers avaient d’ailleurs accordé un interview à votre serviteur, à lire ici).

Tuxedomoon est une formation culte considérée comme pionnière de la scène no wave. Tout en fusionnant pop, rock, new wave, punk, classique, jazz et électro, elle se servait de visuels, d’innovations technologiques ainsi que d’expression corporelle lors de ses shows. Elle avait publié son premier elpee chez Half Mute, en 1980, le label des Residents. Une fameuse référence ! En 1981, les musiciens s’étaient exilés en Belgique, suite à l’élection de Ronald Reagan, à la présidence des States. C’est ainsi que le combo avait signé chez Crammed Discs. Début des 90’s, le groupe a pris une pause de 8 années, avant de recommencer l’aventure, mais sans le chanteur Winston Tong.

Outre Tuxedomoon, Peter Principle a également milité au sein de Soft Verdict, le band de Wim Mertens. Il avait également enregistré trois opus en solo, « Sedimental Journey, Tone Poems » (1988), « Conjunction » (1990) et « Idyllatry » (2005). Il avait également produit des artistes belges, dont le groupe tournaisien Rank Z’Heroes, en 1984, pour son maxi 6 titres "Heartbit". Baptisée ‘Update’, une nouvelle tournée du groupe avait commencé le 7 juillet et devait traverser l’Europe tout au long des mois de juillet et août.

L'an dernier, le musicien, metteur en scène et artiste visuel Bruce Geduldig, est également décédé à l’âge de 63 ans. Mais à Sacramento, en Californie.

RIP

 

Tuxedomoon

La lune dans le caniveau

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C’est une nuit chaude. C’est une nuit moite et oppressante. Une de ces nuits zébrées d’éclairs silencieux qui s’étendent frénétiquement au dessus de la tête des hommes.

Une foule dense se presse aux portes du Magasin 4.

C’est une de ces nuits d’où émane le parfum des souvenirs d’une autre époque. Une nuit où la lune se révèle mystérieuse et chargée de sens. Une nuit hors du temps mais qui s’en imprègne. Une nuit qui suspend son envol, retenant le bruissement de ses ailes pour écouter cette douce mélodie flottant dans l’air. Et ce soir, à l’intérieur, l’air devient sensiblement de plus en plus lourd, étouffant, au fur et à mesure que la salle se remplit.

Sur scène, le Liégeois Phil Maggi (actif notamment au sein d’Ultraphallus) commence patiemment la construction d’une architecture alambiquée qui bientôt envahit totalement l’espace sonore.

Si l’on peut légitimement s’interroger sur la pertinence de ce genre de performances somme toute passablement inerte, où il n’est guère aisé de s’extasier devant un savant qui accomplit minutieusement son expérience, complètement absorbé par son propre univers, au grand dam d’un auditoire pas toujours convaincu, reste à saluer l’inébranlable foi de l’artiste accouchant d’une montagne.

Décrire l’ensemble tient de la gageure, que seul un fou comme moi s’autoriserait à relever.

Voici donc un aperçu bancal d’une prestation pyramidale ayant connu son apogée dans un malstrom bruitiste : BBBrrrrrrrrkkkksssssssstikfiiiiiiiirrrrrrrrrggghhmmmmtttfff-blip-crrrrrrrrrrrrrrrrrvvvvvvoomoomoomoOMMMMOOOMMMFFFFFFFFFFTTTTTTTSSSSSSSSSSRZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZ

La relative efficacité de ce pâle descriptif ne devant pas vous distraire de l’essentiel. A savoir, pour hypnotique et transcendantale que puisse être ce type de composition bruitiste, le peu d’apport visuel crée immanquablement un vide difficile pour l’esprit à combler.

De fait, Phil Maggi envisagerait d’après certains échos glanés ce soir de s’adjoindre la complicité de danseuses lors de ces prochaines prestations. A bon entendeur…

Quelques bouffées d’air frais volées au dehors par l’entremise d’une porte de secours entrouverte, permettent aux plus téméraires des non-fumeurs d’attendre sagement l’arrivée du groupe pendant que votre serviteur préfère, lui, s’échapper par la porte principale et sacrifier quelques fibreuses muqueuses pulmonaires au Dieu tabac.

Le ciel rougeoyait et se déchirait par endroits. Dans les volutes bleutées, se dessinait le retour au sein de l’enfer.

Les musiciens, forcément plus très jeunes de Tuxedomoon pénètrent alors sur la pointe des pieds. Cueillis par les applaudissements enthousiastes, aussi bien que par la pesante atmosphère, les membres du groupe entament leur set sur un mode cinématographique.

Ambiances feutrées qui se découpent avec grâce sur les immenses tentures pourpres avant de doucement prendre une orientation plus électro, une fois quelques problèmes techniques entre la boîte à rythme et les retours résolus.

Entre expérimentations jazzy et intégrité Rock, le plus belge des combos américains n’ayant jamais tranché (pour le meilleur d’une discographie irréprochable) ils nous offrent ce soir un bouquet éclatant épinglant une majeure partie de titres plus anciens, à l’intention des fans de la première heure, mais avant toute chose, pour se faire plaisir.

Allant jusqu’à oublier l’insoutenable fournaise et faire oublier à la majorité d’un public conquis les improbables caprices d’une météo tropicale, échouée aux abords de Bruxelles.

Après The Ex, autres dinosaures toujours éclatants de vitalité, le Magasin 4 nous offrait à nouveau une bien belle nuit, placée sous l’égide d’une lune ronde et goguenarde.

Dehors, le Sirocco soulève les premières feuilles mortes se love autour de nos âmes...

Organisation : Magasin 4.

 

Tuxedomoon

77o7 tm - The Tuxedomoon 30th Anniversary Box

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Collectivement ou séparément, les membres de Tuxedomoon sont aujourd’hui responsables d’au moins cent albums. Et on ne compte plus leurs multiples collaborations dans le monde du théâtre, du film, de la danse et de la littérature. Bref, pour fêter leur 30ème anniversaire d’existence, le groupe devait frapper fort. Et il y est parvenu. En décidant de sortir un box en même temps que leur nouvel opus, « Vapour trails ». En édition limitée, cependant. Sous-titré "77o7 tm", il contient 4 disques dont trois audio et un Dvd. C'est-à-dire, leur elpee flambant neuf, un cd contenant des archives non reproduites sur support à ce jour, un cd live enregistré début 2007 et un Dvd de 160 minutes.

« Unearthed: Found Films » est un Dvd découpé en sections distinctes, parmi lesquelles on épinglera « Ghost Sonata », une musique destinée à un opéra sans paroles qui n’a jamais été joué et traduit ici en court-métrage. Toute une série de vidéos ("A Thousand Lives By Pictures"), un documentaire immortalisé en tournée ("Mythical Puzzle") et des expérimentations vidéo live commises fin des seventies, début des eighties ("Jet Wave" and "Colorado Suite") complètent le tableau. Des documents exceptionnels qui démontrent le cheminement incroyable opéré par cette formation mythique. A cet égard, si vous souhaitez un guide pour suivre le fil de leur histoire, je vous invite à lire ou à relire l’interview que Musiczine leur avait consacrée en 2003 (http://www.musiczine.net/fr/index.php?option=com_alphacontent&section=2&cat=12106&task=view&id=1327&Itemid=36).

« Unearthed: Lost Cords » réunit 15 titres jamais enregistrés à ce jour, dont une majorité de versions démo. Des morceaux commis entre 1977 et 1997, parmi lesquels j’épinglerai le superbe « Atlantis » (NDR : une flip side datant de 85) ainsi que l’insolite et exotique « Brad's Loop ». Mais le reste vaut son pesant de surprises.

« 162o7 (39°N 7°W) » est donc le ‘live’ immortalisé début de cette année. Douze fragments parmi lesquels, on éprouve un immense plaisir à écouter « Luther blisset » et ses cuivres conjugués à la perfection, l’énigmatique « Still small voice », le semi-cabaret « Baron Brown », un « Triptych » plongé dans la musique de chambre contemporaine, le latino, intimiste et douloureux « Muchos colores », le classique « A home away » et en final le punk cérébral « The beast », finalement tellement proche du Wire des débuts.

Mais venons-en enfin au  nouvel opus, « Vapour Trails ». Partagé en huit plages, je dois avouer qu’il n’est pas facile à digérer. L’expérimentation y est encore une fois très présente, et plusieurs écoutes sont indispensables avant de commencer à pouvoir s’en imprégner. D’ailleurs, je dois humblement avouer, ne pas encore être parvenu à me familiariser complètement avec la solution sonore de deux ou trois titres. Et en particulier « Dark temple », sorte de mélange improbable entre lounge jazzyfiante et électro-acoustique ténébreuse. « Waddin in to love », également. Presque soul, mais dans l’esprit de Tuxedomoon. Et enfin « Big olive », sorte de fusion jazz/funk/punk. Hanté par les accords sinistres d’un piano bar, il aurait pu relever du répertoire de Pere Ubu. Les cinq autres fragments adoptent un profil plus ‘classique’ tout en demeurant, bien sûr, avant-gardistes. Depuis le filmique et de mauvaise augure « Muchos colores », chanté dans la langue de Cervantes par Blaine Reininger à l’insolite « Epso meth lama », au cours duquel chœurs soviétiques ( ?!?!?) et electro ambient hypnotique (Tangerine Dream ?) baignent dans un climat arabisant enrichi d’un piano bar (NDR : rien que ça !) « Still small voices » épouse cependant un format plus rock, et lorgne manifestement vers le notoire « Heroes » de Bowie, alors que cuivré à la manière de Miles Davis, « Kubrick » trempe dans une sorte de post rock contemplatif et cauchemardesque. Reste donc « Dizzy » dont la boîte à rythmes torrentueux tapisse un univers sonore né d’une fusion entre le jazz, le rock et le psychédélisme. Toute une analyse qu’il est nécessaire de placer dans un contexte propre à Tuxedomoon. C'est-à-dire de musique intemporelle.

Bref, pour tout aficionado de Tuxedomoon, ce box est indispensable à sa collection. 

Tuxedomoon

Bardo Hotel Soundtrack

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Tuxedo Moon a donc composé la bande originale de ce film réalisé par George Kakanaki, un hommage aux techniques de cut-up expérimentées dans un hôtel parisien par William Burroughs, mais aussi par Brion Gysin, deux poètes de la radicalité, et dont Gysin a tiré son fameux roman, The Bardo Hotel. Malheureusement, le long métrage n’est pas joint au cd audio. Grosse surprise, les sessions d’enregistrement ont été opérées à San Francisco, alors que le groupe avait annoncé mordicus qu’ils n’y mettraient plus les pieds. Bref, revenons-en à la musique. Exclusivement instrumentale (NDR : il y a bien quelques chœurs, mais intégrés à la solution sonore), cette œuvre nous conduit de chambre en chambre (NDR : celle de l’hôtel), au sein desquelles vous avez parfois envie de vous attarder, de vous y installer ou d’y transiter à la vitesse éclair. Certaines sont bruyantes, car on y fait la fête ou tout simplement parce que les vrombissements des avions qui atterrissent ou décollent (à moins que ce ne soit tout simplement à cause du tumulte de la rue), d’autres propices à la méditation. Tuxedo Moon peint en quelque sorte des impressions avec des sons. Nous ne sommes parfois pas très loin de l’univers de Miles Davies ou de Charlie Mingus, même si l’électronique y est plus présente. Maître de l’avant-gardisme, Tuxedo Moon s’est même autorisé quelques fantaisies, en parsemant, au beau milieu de ses compos, quelques mesures de « Baron Brown » (« Cabin in the sky »), « Loneliness (« Half mute ») et même de l’incontournable « Jinx », morceau phare de « Desire ». On comprend mieux pourquoi, cet opus porte l’empreinte de Made to Measure, collection qui avait disparu de la circulation depuis belle lurette…

 

Tuxedomoon

Seismic riffs Dvd

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En 2004, Tuxedomoonenregistrait un album qui consacrait la réunion du groupe : « Cabin in the sky ». Un come-back réussi qui vient de trouver un prolongement à travers la sortie de ce Dvd. En fait, les sessions d’enregistrement on été filmées par Merrill Aldighieri. Sous un angle très personnel, incluant séquences studio (composition des morceaux, scènes de la vie quotidienne, répètes, discussions) et bien sûr prises ‘live’ (soit cinq fragments du nouvel elpee et les incontournables « Desire », « Loneliness », « Litebulb overkill », « Volo vivace » et « The waltz ». Le tout bénéficiant d’un graphisme artistique new wave. Le disque recèle – et c’est là son plus grand intérêt – une multitude de bonnes surprises. Deux remixes inédits opérés par Tarwater et John Mc Entire de Tortoise ainsi que deux vidéos inédites : « Nur al-Hajj » (remodelé par les soins de Tuxedo Moon) impliquant les musiciens de Taraf de Haïdouks et « Incubus/Blue suit » immortalisé en 1981, au club Hurrah’s à Milan. Et si vous avez manqué les dernières apparitions du groupe en Belgique, pas de panique, ils se produiront le 26 janvier au Nijdrop d’Opwijk et le 29 au 4AD de Diksmuide ; et pour la France le 28 au Casino de Paris.

Tuxedomoon

Cabin in the sky

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“Cabin in the sky” est donc l’album de la reformation pour Tuxedomoon. Nous avions déjà eu l’occasion d’apprécier l’un ou l’autre titre lors de leur prestation accordée dans le cadre des Nuits du Bota, en septembre dernier. Mais vu le perfectionnisme affiché par le groupe en studio, il était assez difficile de se faire une idée exacte du produit fini. Et comme Steven et Blaine nous le confiaient à cette époque (voir interview), il est beaucoup plus instrumental. L’absence de Winston Tong n’explique pas tout, puisque les musiciens ont décidé de consacrer le ventre mou de cet opus à l’expérimentation. Au sein de laquelle l’électronique a une place de choix. Un disque pour lequel ils ont reçu le concours de John McEntire (le leader de Tortoise), des post rockers allemands Tarwater, Aksak Maboul, Marc Collin, Juryman et Dj Hell. Bref des artistes contemporains qui tirent largement parti de la technologie moderne. Au cours de cette phase torturée, plus complexe, on navigue allègrement du jazz (Miles Davies ?) au classique (Debussy ?) en passant par la prog (King Crimson circa « Islands » ?), l’ambient (Eno ?) et l’électro-atmosphérique (NDR : bien évidemment !). Et la liste n’est pas exhaustive. Après avoir traité du cœur de l’opus, venons-en au corps. La tête tout d’abord. « A home away » et « Baron Brown », deux fragments énigmatiques, mystérieux, qui s’inscrivent parfaitement dans la lignée de « Desire » : basse pulsante, cuivres reptiliens, boîte à rythmes capricieux, voix caverneuse… Tout y est ! Dans un univers qui baigne au sein d’un climat hypnotique, envoûtant. Chanté en italien par Reininger sur un ton cabaret, « Diario di un egoista » constitue le parfait pastiche de Paolo Conte. Toute l’œuvre véhicule d’ailleurs un feeling cinématographique, projetant même des images de films noirs ou romantiques. Quoique instrumental, le remarquable « Annucialto » est tramé sur un piano sonore. Légèrement tapissé de bruitages psychédéliques, il me rappelle le célèbre « How much are they ? » de Holger Czukey, Jaki Libezeit et Jah Wobble, mais en moins rythmé. Une composition reproduite en final de l’elpee, mais sous une version différente. Et puisqu’on en vient aux jambes de « Cabin in the sky », Blaine emprunte un timbre de crooner ( Neil Diamond ?) pour interpréter le fragment le plus accessible, « Misty blue » ; alors que le festif, très orienté dance « Luther Blisset » réalise un cocktail plutôt réussi entre cuivres et percussions tribales. En commettant un tel opus, Tuxedomoon déjà réussi son come-back…

Tuxedomoon

La vie, ce n est pas traverser la rivière deux fois au même endroit...

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Ce 20 septembre dernier, Tuxedomoon se produisait dans le cadre des Nuits Botanique. Consacrant le dernier jour du festival d'une prestation 3 étoiles. Deux bonnes heures avant ce set, Blaine Reininger et Steven Brown ont accepté de nous parler. De leur vision de la musique d'abord. Qui est toujours demeurée alternative ! De leur reformation aussi, bien sûr. Qui ne nous laissera pas sur notre faim, comme en 1987. A cette époque, le groupe s'était simplement réuni pour fêter le dixième anniversaire de sa naissance; se contentant alors de sortir une compile. Bonne nouvelle donc, ce come-back est assorti d'un nouvel album…

Blaine précise : " Sa sortie est prévue pour avril 2004. Nous y avons privilégié la sensibilité moderne. Post moderne. Enfin pas trop moderne quand même (rires). Aujourd'hui, nous sommes plus âgés. Nous avons tous la cinquantaine, et notre création est plus mûre… C'est un disque beaucoup plus instrumental. On y a inclus de l'électronique, mais pas au point de dériver dans la ‘trance’ et ses boîtes à rythmes 'tchack tchack boum'. En fait, il s'inscrit dans la lignée de ce que nous pratiquons depuis longtemps et que nous avons pratiqué avant les autres ". La musique électronique, Blaine et Steven l'avaient expérimentée fin des seventies, lorsque étudiants, ils fréquentaient le City College de San Francisco. Des recherches particulièrement poussées qui leur permettent aujourd'hui d'avoir un regard critique sur ce qui se pratique aujourd'hui, dans ce domaine. Qu'ils qualifient, le plus souvent, de recyclage. Et Steven de faire une comparaison très pertinente : " Qu'est ce que la techno, si ce n'est du disco ? En plus rapide. Mais avec plus de moyens. "

Un quart de siècle plus tôt, Blaine et Steven s'étaient également essayé à l'art-rock. Plus de l'art que du rock, d'ailleurs. Afin d'atteindre l'expression la plus noble de leurs sentiments, pendant près de deux ans, ils vont monter des shows qui ressemblaient davantage à des attractions de cabaret ou de théâtre. Et de recyclage, on en revient forcément, lorsqu'on leur parle de culture. Blaine en particulier : " Nous sommes aujourd'hui à l'âge du pastiche, du bricolage. C'est la décadence ! Moi-même je bricole, je pastiche, je fais des montages. Avec des images, avec des idées. Mais je suis un peu triste, parce que le sentiment de classicisme a pratiquement disparu. Peut-être qu'à l'avenir on retrouvera une nouvelle forme de classicisme. Une innocence créative." Faut dire que si Steven aime écouter Eno et Stockhausen, Blaine apprécie plus particulièrement Vivaldi, Bach et accessoirement le rock'n roll. Steven constate amèrement : " Il y a trop de musique. Tout le monde et n'importe qui peut faire de la musique. Chez lui, sur son petit computer, il peut y créer tous les effets technologiques souhaités en les téléchargeant gratuitement sur internet. C'est ça aussi la décadence. Mais elle va mûrir pour préparer le terrain à quelque chose de nouveau, c'est évident. En attendant, pour des gens comme nous, cette situation est assez difficile à vivre. " Blaine pousse la conversation encore plus loin : " On est toujours à la recherche de nouvelles tonalités, de nouvelles idées. Mais ce n'est pas toujours possible. Et uniquement se concentrer sur l'expérimentation est de la folie pure. Dans l'histoire de l'art, cette recherche permanente n'a pas toujours existé. Car le souffle créateur de la musique, de la poésie, de la littérature, etc., n'est pas infini. Pour écrire une bonne symphonie, il n'est pas toujours nécessaire de créer un nouveau système de composition, de nouvelles sonorités. Je pense que l'aspect humain, la communication avec les autres et le sens de l'existence sont beaucoup plus importants. Dans l'histoire de l'art, on a vécu de grandes époques. La période baroque a sans doute été une des plus riches. Cette époque a enfanté de nombreux compositeurs. Puis elle s'est essoufflée. Mais elle n'a pas fait immédiatement place au néobaroque. On ne peut pas prévoir à l'avance si on va vivre une période créative ou pas. Dans le domaine de la pop et du rock, les années soixante sont considérées comme un âge d'or. Pourtant, il y a eu des choses intéressantes dans les 70's et les 80's. Mais tout le monde rêve de revivre ce phénomène sixties. C'est comme lorsque tu fais l'amour et que tu as un orgasme merveilleux. Ce n'est pas prévisible ! "

Tuxedomoon est donc né de la rencontre entre Blaine et Steven. En 1977. Après avoir commis quelques singles, la formation se retrouve, tout comme les Residents, MX80 Sound et Chrome, sur un elpee intitulé 'Subterranean Modern'. Une initiative du label Ralph Records destinée à mettre en vitrine la scène électro-intellectuelle de San Francisco. TM y interprète 'I left my heart in San Francisco'. Prémonition ? Intuition? Trois ans plus tard, le combo quittera définitivement la cité californienne… Mais une partie de leur cœur est resté à San Francisco. Pourtant, ni Blaine, ni Steven ne veulent y retourner. Steven se justifie : " Ce n'est pas possible, ce n'est plus le San Francisco que j'ai connu. Tout a changé. Le monde change. Mais là-bas, il a encore changé plus vite. Pourtant, j'en garde de bons souvenirs ". Et Blaine d'enchaîner : " J'y ai vécu, mais non, cette idée ne me traverse même pas l'esprit. Tu ne rentres jamais à la maison. La vie, ce n'est pas traverser deux fois la rivière au même endroit. Mais si une partie de mon cœur est restée à SF, c'est seulement une partie. C'est un peu comme Chopin, qui a laissé une partie de son cœur en Pologne et son corps à Paris… "

Michael Belfer rejoint le duo début 1978. Puis Peter Dachert (alias Peter Principle), automne de la même année. Sous ce line-up, ils commettent 'Scream with a view', un EP qui paraît l'année suivante. A l'issue de cet enregistrement, Michael n'est apparemment plus membre du groupe. (NDR: pourtant, il va encore accompagner la formation quelque temps en Europe, enregistrer ‘Night air’ en compagnie de Blaine, tourner avec lui; avant de rentrer aux Etats-Unis, ne partageant manifestement pas la même motivation que les autres à vivre en Europe). Par contre, Peter devient alors une des pièces incontournables de TM. A la basse, bien sûr. Le trio concocte alors son tout premier elpee : 'Half Mute'. A l'instar de la vie, la musique est répétitive, lancinante. Un perpétuel recommencement représentatif d'une prise de position bien particulière : celle de devoir évoluer dans un monde trouble, paradoxal. C'est à cette époque que le groupe cherche à associer musique, films et action dramatique, un projet ambitieux pour lequel il fait appel à Winston Tong, un chanteur, mime, danseur qui insuffle au groupe une forme théâtrale plus poussée. En fait, dès 1977, Winston collaborait déjà au projet du duo BR/SB; mais il ne participait pas systématiquement aux concerts. Pour la bonne raison qu'il a toujours voulu poursuivre une carrière théâtrale en parallèle. Et enfin Bruce Geduldig qui se charge alors de projeter des films lors des concerts. Ce type de spectacle est mal reçu outre-Atlantique, et le groupe décide de s'exiler en Europe. Tout d'abord à Rotterdam. En mars 81. Ils y vivront au sein d'une communauté d'artistes baptisée 'Utopia', dont ils seront expulsés quelques mois plus tard. Finalement, ils se fixent à Bruxelles. Vers septembre 1981. En investissant d'abord des appartements laissés libres par la troupe du plan K. Mais avant d'élire domicile dans la capitale de l'Europe, le groupe avait pris soin d'enregistrer son deuxième album : 'Desire'. A Londres. En novembre 80. Un disque plus vocal, mélancolique, épicé d'une pointe d'humeur dadaïste, sur lequel TM parvient à rendre la douleur étrangement belle. Il paraît en 1981. Dès son arrivée à Bruxelles, TM est invité par Maurice Béjart à participer à la bande sonore du ballet inspiré de Greta Garbo : 'Divine'. Mais l'elpee qui témoigne de cette rencontre s'éloigne du style pratiqué par le groupe jusqu'alors, s'orientant visiblement vers la musique classique. Entre 82 et 83, le combo commet coup sur coup quatre Eps dont un 'No tears' qui leur vaut d'être comparés, dans la presse, au Vandergraaf Generator de l'époque. Steven y va de sa propre explication : " C'est sans doute à cause de l'atmosphère mystérieuse qui en émane. Et puis parce que ce style musical touche davantage la sensibilité européenne ". Dans la foulée, à partir de ce moment, sans pour autant parler de séparation, les musiciens se lancent chacun dans des aventures individuelles ; celle de Blaine se révélant la fructueuse. Pas étonnant d'ailleurs qu'en 1984, il quitte le navire pour embrasser une carrière solo. Il est alors remplacé par un trompettiste hollandais : Luc Van Lieshout. De cette nouvelle formule naît le remarquable opus 'Holy wars' (NDR : première sortie sur leur propre label, Cramboy), une œuvre au cours de laquelle TM converse avec la tristesse, un être indésirable, capable de provoquer la perte totale de la personnalité. Mais il y a 'Soma', la drogue miraculeuse qui ouvre au meilleur des mondes, une référence au roman d'Aldous Huxley. TM serait-il entré en guerre contre la drogue? Ou alors contre l'opium du peuple? Une chose est sûre, ils ont choisi d'en parler à travers une parabole. Une parabole qui existait déjà depuis 1979 et avait même donné lieu à un show accordé sous ce titre en janvier 80, à San Francisco. En 86, à l'issue d'une tournée mondiale qui incorpore de plus en plus d'éléments visuels, sous la houlette de Geduldig (danse, projection de films et d'images diverses, performances), et des éclairages sophistiqués conçus par Nina Shaw, le groupe commet un mini album qui explore deux faces diamétralement opposées de son art : intense et électrique ou acoustique et introspectif. Winston Tong est aux abonnés absents depuis deux ans et a été remplacé par le jeune multi-instrumentiste Ivan Georgiev pour la confection du dernier album officiel du combo : 'You'. Cette œuvre étrange et torturée annonce la fin du groupe. Il paraît en 1987.

Winston Tong semble depuis avoir tiré un trait définitif sur TM. Il a décliné l'invitation de revenir au sein du nouveau line up. Blaine explique : " Il a refusé pour des raisons familiales, personnelles. On en a discuté avec lui, mais il n'était plus motivé. Et puis, pour lui, ce n'était plus possible " Oui, mais qui va donc se charger des vocaux alors ? Blaine réplique : " Steven et moi, comme au début ". Maintenant, il faut reconnaître que leur reformation n'est pas évidente à gérer. Pourquoi ? Blaine vit aujourd'hui à Athènes, Steven à Mexico et Peter à New York. Seuls Bruce et Luc vivent encore à Bruxelles. Faut croire qu'ils passent le plus clair de leur temps dans les avions… Mais qu'est ce qui a poussé le groupe à recommencer l'aventure ? Steven explique : " Nous avions été invités à Tel Aviv pour participer à un festival. " Blaine précise : " En 97 ! ". Steven reprend le crachoir : " Et apparemment, le spectacle a plu, puisque nous avons été invités pour quelques dates, notamment en Italie. On s'est alors rendu compte qu'il existait toujours un public pour notre musique. Et on s'est dit que c'était peut-être de bon moment de recommencer l'aventure ".

Fin 1990, Steven Brown, Blaine Reininger et Peter Principle s'étaient encore réunis pour réenregistrer 'The ghost Sonata', un elpee paru l'année suivante sur le label les Temps Modernes, mais en édition limitée. En fait, il s'agissait d'un opus inspiré d'un opéra sans paroles, accordé par le groupe en 1982, au festival de théâtre de Polverigi, en Italie, et remixé pour la circonstance. Un opus dont le titre maître est sujet à controverses, puisqu'il met en scène leurs propres suicides. La philosophie de Tuxedo Moon aurait-elle des accents nihilistes ? La question méritait d'être posée. Steven intervient le premier : " Blaine est nihiliste, mais surtout cynique ! " Blaine répond : " Je suis un idéaliste (rires). Comme tous les cyniques et les nihilistes ! J'étais un romantique, parce que ma vision du monde était personnelle. Mais lorsqu'un idéaliste s'aperçoit que le monde n'est pas le reflet de sa réalité, il est désappointé. Le nihilisme prend alors une forme gothique. " Et Steven de clamer : " Nous avons été le premier groupe gothique. Avant Sisters Of Mercy ! ". Blaine se confesse : " J'ai vu la mort en direct. Ma femme (NDR: JJ Larue, une icône du mouvement punk) est morte devant mes yeux après 18 ans de vie commune (NDR: elle est décédée le 15 juillet 1998 et apparaît en couverture du bouquin de Jim Jocoy : ‘We're Desperate : The Punk rock Photography of Jim Jocoy, SF/LA 1978-1980, powerHouse Books, 2002’. Voir http://www.mundoblaineo.com/snapshots.htm). Et j'en ai conclu que la mort n'était pas romantique. A 20 ans tu imagines que tu ne mourras jamais. C'est un mensonge ! Et la mort par le suicide ne conduit jamais à la vérité… Tous les grands systèmes de philosophie qui ont animé le XXème siècle ont foiré. Le marxisme, le Christianisme, le capitalisme. C'est la raison pour laquelle notre époque est devenue cynique. Et par conséquent, je suis devenu un homme moderne, un homme cynique… " Pourtant, lorsque le groupe a commencé, ses motivations étaient très politiques ? La réponse de Steven cingle : " Tout est politique ! ". Blaine enchaîne : " Nous ne parlions ni de droite, ni de gauche, mais d'une idéologie surréaliste. Notre message était sans doute trop intellectuel pour l'époque… " Steven concède : " Notre musique n'est pas toujours facile à digérer, je l'admets. Elle exige un effort du public et s'adresse à un public attentif, averti ou plus exactement ouvert… " Alors la musique de Tuxedo Moon est-elle un support pour faire passer des idées ? Si Blaine acquiesce, Steven préfère plutôt parler d'émotions. Les émotions, Blaine les trouve plutôt dans la science et la philosophie. " Ecouter de la musique ? C'est comme savourer un bon dessert. J'apprécie aujourd'hui un Radiohead, comme dans le passé je prenais mon pied en écoutant les Beatles ou Bowie. C'est un bon moment, mais ce n'est pas ce que j'estime le plus important… "

A l'issue de leur set accordé à Bruxelles, le groupe devait encore se produire à Paris et à Amsterdam. Puis, en attendant de repartir en tournée à l'issue de la sortie de leur nouvel album, tous les musiciens rentraient chez eux. Et Blaine, pour y jouer dans une pièce de théâtre…

 

 

Tuxedomoon

The ghost sonata

" The ghost sonata " constitue l'album ultime du groupe culte californien Tuxedomoon. Paru à l'origine en édition limitée, sur le label " Les temps modernes ", ce disque s'inspire d'un opéra sans paroles, accordé par le groupe en 1982 au festival de Polverigi, en Italie. Une œuvre ambitieuse, qui n'avait jamais été publiée auparavant dans son intégralité. Steve Brown, Blaine Reiniger et Peter Principle ont entièrement réenregistré tous les fragments de la bande son fin 90, tandis que les enchaînements narratifs et les bruitages procèdent des bandes originales de 1982. Attention, cet opus est essentiellement instrumental, et ne s'adresse, par conséquence qu'aux inconditionnels...

 

Tuxedomoon

Solve Et Coagula (The Best Of)

En 1977, la scène avant-gardiste de San Francisco est en pleine ébullition. Des formations comme Residents, Snakefinger, Indoor Life, Chrome et MX 80 contaminent toute la baie de leurs élucubrations alternatives. La plupart d'entre elles relèvent du label Ralph Record, un label que rejoint quelques mois plus tard un certain Tuxedomoon. Son créneau? Réaliser la fusion parfaite entre les musiques électronique, classique, tzigane, orientale, jazz, contemporaine, punk, tout en laissant la porte ouverte à d'autres cultures. Un objectif qu'il atteindra en 1981 lors de l'enregistrement de l'indispensable "Desire". Et puis également réunir plusieurs disciplines en un même acte associant musique, films et action dramatique. Or, l'Amérique ne semble pas tellement séduite par ces expérimentations artistiques. Le groupe décide donc de s'exiler en Europe. Au Pays-Bas d'abord. Puis en Belgique, élisant même domicile à Bruxelles. Bien que victime de plusieurs changements de line-up au cours de son existence, Tuxedomoon parviendra à aligner toute une série d'œuvres aussi fascinantes que différentes, signant même sur "Divine" la musique d'un ballet de Maurice Béjart... En quatorze fragments, Crammed Disc a voulu rendre hommage à ce mythe underground disparu en 1988. Septante minutes pour un groupe à géométrie variable dont les principaux acteurs ont été choisis parmi Blaine Reininger, Steven Brown, Peter Principle et Winston Tong. Sans oublier le metteur en scène Bruce Geduldig, dont l'âme plane encore sur chacune des compositions, ainsi que de l'ingénieur du son Gilles Martin, devenu au fil du temps le relais technologique indispensable à l'équilibre de Tuxedo. Splendide!