Eric Bibb est né à New York. En 1951. Un musicien talentueux qui se consacre surtout au blues acoustique. Dès ses débuts, il côtoie des artistes aussi célèbres que Bob Dylan, Woody Guthrie et Joan Baez. Il a depuis acquis une notoriété internationale et est entré au panthéon des monstres sacrés, à l’instar de Taj Mahal, Ry Cooder, Keb Mo ou Richie Havens. Il s’est établi depuis plusieurs années à Stockholm, en Suède où il y joue et développe le blues d'avant-guerre.
Léon Bibb est son père. Ce chanteur/comédien/guitariste est né en 1922. A Louisville, dans le Kentucky. Sur les conseils de Paul Robeson, il suit des cours de baryton classique ; mais rapidement il marque un grand intérêt pour la folk music. Il acquiert une certaine réputation sur la scène de Greenwich Village, dans les 50s. Il est à l’affiche du premier Folk Festival de Newport et grave toute une série de 33 tours consacrés au folk, aux spirituals, chain gang songs, field hollers et même à la ballade irlandaise. Pendant plusieurs années, il se produit dans les théâtres de Broadway! Depuis 1971, il s'est établi à Vancouver. Au Canada. Admirateur de Jacques Brel, cet artiste participe au spectacle "Jacques Brel is alive and well and leaving in Paris". En 1972. Et à "Jacques Brel". Vers 86-87. Au cours des dernières années, il s’est associé à son fils Eric, pour enregistrer un album en duo : "Family affair" (NDR paru en 2002 chez Tradition & Moderne), un elpee qui recèle des titres de Pete Seeger et Leadbelly.
Père et fils se sont à nouveau réunis pour rendre un hommage à Paul Robeson (NDR : il était par ailleurs le parrain d'Eric et un ami près proche de Leon). Fils d'un esclave, Paul est né en 1898. Diplômé de l'université de Columbia, il était acteur, compositeur et activiste de la cause noire. Il a combattu pour la liberté, les droits civils des noirs, contre la ségrégation raciale. Pas étonnant qu’il était répertorié, dans les années 60, sur la liste noire du clan du sénateur McCarthy. Mais c’était également un baryton à la voix exceptionnelle.
Cet hommage à leur ami disparu s’ouvre par un bref prélude instrumental dont la mélodie n’est autre que le "Ol' man river" de Robeson. Leon interprète de son baryton clair "Joe Hill", une vieille chanson militante. Eric chante les spirituals sur son tout nouvel album "12 gates to the city". Père et fils ont composé le titre maître. Une chanson dont les lyrics évoquent les mouvements pacifiques des sixties. Ils joignent leurs vocaux, avec beaucoup de délicatesse, face au piano et l'orgue Hammond de Bill Sample. Eric se réserve "Put on your Robe", (NDR : le nom de son parrain lui inspire un jeu de mots). Il s’accompagne à l’aide d’une guitare à 12 cordes. Son pote Michael Jerome-Browne lui apporte également son concours. Empreint d’une tristesse infinie, le piano de Sample introduit la voix de Leon. Il exécute "Sometimes I feel like a motherless child", un succès de feu son ami Paul. Eric se réserve deux spirituals : "Home in that rock", une plage enrichie par un harmonica, une mandoline et un accordéon, et puis "Weepin' Mary", un acte de foi accompli face au piano de Jerry Yester. Le vieil homme de 84 ans clame les vertus de sa nation sur "The house that I live in". Il attaque ensuite "The water is wide", un fragment qui baigne au sein d’une ambiance champêtre. Eric emprunte une inflexion grave pour aborder "Deep river". Il s’y accompagne à la guitare sèche. Mais soudainement, sa voix est rejointe par celle de Paul Robeson. Quelques secondes. Et même de son piano. Un grand moment d’émotion né de la magie opérée par la technologie moderne. Ultime hommage à son cher ami disparu, Leon reprend enfin le classique de Robeson, "Ol' man river"! Empreint d’une grande sensibilité, cet opus s’achève par un dernier clin d'œil adressé par Eric à "A friend like you"…