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Eole Music Experience 2026 : dimanche 28 juin

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Un violent orage avait frappé la région la veille et laissé de nombreux dégâts derrière lui. Le domaine du Chant d’Éole semble pourtant épargné : les vignes restent intactes, tout comme le podium.

Dans ce décor préservé, la dernière journée du festival rassemble plusieurs artistes de premier plan, parmi lesquels Pia, Bastian Baker et Stephan Eicher, venu présenter son projet parallèle aux côtés de son fidèle batteur Simon Baumann, alias Osomo.

Un duo face aux machines

Peu après 20 h 30, les deux musiciens prennent place sans un mot. Devant eux, une batterie minimaliste et un impressionnant arsenal de machines : MPC, Elektron Rytm et effets analogiques soigneusement sélectionnés dans ce que Stephan Eicher qualifie volontiers de « musée personnel ».

L’ouverture surgit d’emblée par « Eisbaer », hymne intemporel de Grauzone, formation fondée par son frère Martin Eicher, à laquelle Stephan participe au début des années 1980. Plus de quarante ans après sa sortie, le morceau conserve son pouvoir de fascination et provoque aussitôt la réaction de la foule.

Un laboratoire électro

À 65 ans, Stephan Eicher multiplie encore les expériences artistiques. Tandis qu’il défend son dix-huitième opus, Poussière d’or, et poursuit la tournée de son spectacle Seul en scène, mis en scène par François Gremaud, il explore auprès d’Osomo un territoire plus inattendu : une électronique organique nourrie de racines new wave.

Né presque par hasard d’un court intermède électro conçu pour son spectacle théâtral, le projet se transforme rapidement en véritable duo après une invitation des fondateurs du mythique club lausannois Dolce Vita. Cette collaboration donne naissance à une formule pensée avant tout pour les clubs, où l’énergie du dancefloor prime sur le confort des salles traditionnelles.

Sur les planches, cette philosophie prend tout son sens. L’espace reste volontairement dépouillé, entièrement dévolu aux machines et aux textures électroniques. Les morceaux s’enchaînent, de « Noise Boys » à « Toutes les filles du Limmatquai », dans un alliage assumé d’électro, de new wave, d’italo-disco et de post-punk. Plutôt que de céder à la nostalgie, le duo revisite son héritage en le confrontant aux possibilités des technologies actuelles.

Cette approche singularise le projet. Là où de nombreuses productions contemporaines privilégient une perfection presque clinique, Eicher et Baumann revendiquent le goût du risque, de l’accident et de l’imprévu. Le concert prend ainsi des allures de laboratoire sonore : les classiques y côtoient des titres plus confidentiels du répertoire d’Eicher, comme « Combien de temps », extrait de Silence (1987), ou « Two People In A Room », issu de I Tell This Night (1985).

Retour à la chanson

La seconde moitié du concert modifie progressivement l’atmosphère. Stephan Eicher abandonne un instant les machines pour retrouver la guitare. Le climat gagne en intimité lorsque surgit « Tu ne me dois rien », extrait d’Engelberg (1991), rehaussé par les mots de Philippe Djian. L’émotion s’installe sans rompre le fil conducteur du spectacle.

Puis vient un ultime clin d’œil. Guitare électrique en main, Eicher livre un faux rappel particulièrement énergique par « Déjeuner en paix ». Ce classique de 1991, immense succès populaire, retrouve ici une vigueur nouvelle, comme si l’artiste réconciliait les deux facettes de son univers : l’expérimentation électronique de ses débuts et la chanson qui l’a imposé auprès du grand public.

Une liberté intacte

En un peu plus d’une heure, Stephan Eicher et Osomo ont démontré que revisiter son passé n’oblige pas à le figer. Leur proposition écarte le simple exercice nostalgique pour privilégier l’invention permanente. Après plus de quatre décennies de carrière, le musicien bernois conserve ainsi une liberté rare dans le paysage francophone.

Lorsque les dernières notes s’évanouissent, les spectateurs quittent progressivement le site. Les vignes du Chant d’Éole poursuivent leur œuvre, tandis que les échos du concert se dissipent dans la nuit. Il reste cette impression persistante d’avoir assisté à un moment singulier. Pour « Combien de temps » ?

Organisation : Eole Music Experience

Informations supplémentaires

  • Date: 2026-06-28
  • Festival Name: Eole Music Experience
  • Festival Place: Domaine du Chant d’Éole
  • Festival City: Quévy
  • Rating: 8
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