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Les Solidarités 2026 : dimanche 6 septembre

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Les organisateurs des Solidarités peuvent se réjouir de la clémence de la météo. Hormis le vendredi où quelques fines pluies éparses ont joué les touble-fête, les journées de samedi et dimanche baignent dans un soleil radieux, idéal pour attirer la foule. Il se murmure d'ores et déjà que cette édition s'avère exceptionnelle sur le plan des ventes.

Du côté de la programmation, l'événement propose une belle affiche. Si le premier volet se centre davantage sur le rock et le second s'oriente vers les familles, ce troisième et dernier chapitre offre un compromis équilibré entre les deux.

Il est un peu moins de 17 heures lorsque la Place des Arts accueille Ben Mazué. C’est l’heure à laquelle votre serviteur arrive à bon port également. Promis à une carrière de médecin, Benjamin Mazuet à l'état-civil opte pour la musique alors qu'il n'a que 25 ans.

Pour ce concert, plusieurs multi-instrumentistes l'entourent. Installés sur des éléments surélevés à des niveaux différents, les musiciens se trouvent ainsi pleinement mis en valeur. L'estrade, elle, est jonchée de fougères ; un décor original qui rapproche l'auditoire de la nature. L'artiste saisit sa guitare sèche sur certains titres, mais une constante demeure : il sautille et parcourt les planches d’un bout à l’autre tel un athlète. Un écran blanc géant domine le podium pour habiller le spectacle en images.

Dès le premier morceau, le leader s'émancipe en descendant au cœur de la fosse. D'emblée, cet amoureux des mots et de l'émotion se dévoile à travers ses compositions. Ses joies, ses peines et ses états d'âme retentissent au gré de ses maux. Auteur-compositeur-interprète, Benji couche ses sentiments sur le papier pour bâtir des mélodies porteuses de sens, pour lui comme pour les autres. Ses récits se révèlent familiers et sincères.

Très loquace, il ressent le besoin d'expliquer la genèse de quasiment chacune de ses chansons. Ainsi, « Quand Je Marche » à peine achevée, il confie l'avoir écrite en s'interrogeant sur la vie et le temps qui passe. Ce titre, couronné par le prix Charles Cros à sa sortie, reste l'un des plus emblématiques de son répertoire, et les spectateurs namurois ne s'y trompent pas en reprenant le refrain en chœur.

L'artiste vient défendre les couleurs de son dernier opus, « Famille ». De son propre aveu, sa tournée aurait dû s'arrêter deux mois plus tôt, mais le succès rencontré a permis d'ajouter plusieurs dates. Les Solidarités en bénéficient, pour le plus grand bonheur des festivaliers. Aujourd'hui marque précisément l'ultime concert de sa tournée. Un élan nostalgique traverse le chanteur et insuffle à sa prestation une intensité particulière.

La famille occupe le centre des débats ce soir-là : celle que l'on construit, celle que l'on regarde grandir et celle qui nous a conçus. Très communicatif, il rappelle que « 10 Ans De Nous » est une composition adressée à la femme qui l'a poussé à embrasser la carrière musicale ; celle-là même qu'il a épousée, qui lui a donné des enfants, et dont il a ensuite divorcé. Les histoires d'amour finissent parfois mal. Il balaie alors l'auditoire du regard où des couples s'enlacent. Il les observe, les envie presque, et confie à haute voix qu'il aurait aimé, lui aussi, prolonger cette union.

Lorsque résonnent les premières notes de « J'attends », sur cette plaine particulièrement dense, une femme apparaît sur l'écran géant dressé derrière le podium. Ben Mazué engage alors par écrans interposés une discussion virtuelle sous la forme de SMS projetés en direct. Ce dispositif, aussi simple qu'efficace, happe instantanément l'assistance. La famille reste chez lui une notion qui le plonge dans un profond spleen et l'interroge sur son envie d'en fonder une nouvelle.

« Nous Deux Contre Le Reste Du Monde » et « Famille », morceau-titre de l'opus, prolongent cette veine intimiste. L'artiste y décrit le foyer tel un cœur autour duquel gravitent les énergies, évoquant une photo aimantée sur le frigo qui formerait une seule et même entité.

« Gaffe Aux Autres », duo enregistré à l'origine sous la forme d'un partage avec Jérémy Frérot, vient ensuite prêcher la bienveillance et l'empathie, valeurs cardinales chez le chanteur. « C'est L'heure » raconte le vertige d'un père devant le temps qui file sur ses enfants. Selon ses propres mots, mieux vaut une belle histoire écourtée qu'une existence médiocre ; une philosophie qui insuffle à « Tailler La Route » une tonalité lucide et apaisée.

« Cette Guerre », qui ouvre habituellement le elpee, résonne ce soir comme un hommage aux combats secrets de chacun. Sur « Rupture », il règle ses comptes par des formules percutantes, déclenchant les rires complices d'une fosse conquise. « Crush » adoucit le propos en narrant l'histoire d'Émilie, qui n'ose avouer ses sentiments à celui qu'elle observe de loin — un récit de courage amoureux que Benji dépeint à merveille.

Intellectuellement torturé, Mazué redonne à la chanson française ses lettres de noblesse. À 45 ans, en pleine maturité, l'homme continue de se chercher et de se réinventer. Il s'épanouit dans ces chroniques du quotidien. Fondamentalement curieux, la nature humaine le questionne, et ses interrogations fusent sans forcément trouver de réponse. Au terme d'un tour de chant d'une heure, il se livre pleinement à travers ses thèmes de prédilection : l'amour perdu, espéré, ou simplement observé chez les autres depuis les planches.

Cap ensuite sur la scène PV, où Imany s'apprête à monter sur l'estrade. Sur le grand écran posé en arrière-plan, un mot s'affiche en lettres capitales : « WOMEN DESERVE RAGE ». L'auditoire s'interroge et cherche la nuance derrière la formule. La chanteuse la lui offre rapidement : les femmes possèdent le droit d'être en colère. Un avis tranché. Si on ne lui connaissait qu'une soul feutrée et un grain de voix mélancolique, l'artiste surprend par son engagement.

La Franco-Comorienne présente « Women Deserve Rage » (2025), son long playing le plus personnel et direct, mêlant pouvoir féminin, réinvention et libération. Après des années de retenue soul, elle revendique ici une parole forte sur l'affirmation de soi. L'artiste a pourtant beaucoup voyagé avant ce tournant. Repérée en 2010 par l'EP « Acoustic Sessions », elle enchaîne avec «The Shape of a Broken Heart » (2011), « The Wrong Kind of War » (2016), puis l'expérience de « Voodoo Cello » (2021) où sa voix s'unissait aux harmonies de huit violoncelles. Une trajectoire qui évoque une Tracy Chapman contemporaine, tant la leader partage cette gravité et cette manière d'habiter un texte.

Fidèle à son nom, qui signifie la foi ou l'espoir en swahili, Imany construit son set comme une traversée. Sur « Your Funeral », elle sollicite directement les aficionados, les invitant à songer aux personnes toxiques de leur entourage. Ce rituel thérapeutique prend un tour inattendu : après un bref échange improvisé, le gouvernement et ses mesures d'austérité s'imposent comme cible collective. Une réponse payante qui rappelle que sa colère trouve un écho concret chez ses fans.

Outre sa formation habituelle, la chanteuse s'entoure d'instruments à vent qui teintent le combo de couleurs soul, en parfaite adéquation avec sa voix éraillée caractéristique. Le sommet émotionnel survient tout au long de « Why Don't You », jolie ballade écrite pour ses enfants, où elle explique que chaque problème finit par trouver sa solution. Une œuvre intime qui touche une large frange du public namurois.

Viennent ensuite les premières notes de « Don't Be So Shy », son titre le plus populaire. Sortie en 2014 pour le cinéma, la chanson décolle l'année suivante grâce au remix des DJ Filatov & Karas, qui la hisse au sommet des classements européens. Des milliers de festivaliers reprennent le refrain en chœur, prouvant que ce tube dépasse le simple succès éphémère.

Le concert touche à sa fin. « I Am Who I Am » permet d'explorer des sonorités plus brutes, véritable manifeste d'émancipation totale dans l'esprit de son dernier disque. Ce morceau referme la prestation sur la note d'affirmation qui l'a traversée de bout en bout. Aux Solidarités, Imany a livré un moment authentique et passionné, révélant une artiste sincère. Rupture, réinvention, renaissance : un triptyque gagnant pour une musicienne à vif.

Retour à la Place des Arts pour retrouver un Christophe Maé fidèle à lui-même.

Si un nom résume deux décennies de chanson française consensuelle, c'est bien celui de Christophe Maé. Né Christophe Martichon à Carpentras en 1975, repéré par le producteur Dove Attia pour incarner Monsieur dans la comédie musicale Le Roi Soleil, l'homme ne se destinait pas à ce genre de carrière. Il interprétait alors du Bob Marley et du Ben Harper dans les pianos-bars du sud de la France, loin des paillettes.

Le succès arrive en 2007 grâce à « Mon Paradis» et son titre fétiche « On s'attache ». S'ensuivent « On trace la route » (2010), « Je veux du bonheur » (2013), « L'Attrape-rêves » (2016) — emmené par « Il est où le bonheur » —, « La Vie d'artiste » (2019) puis « C'est drôle la vie » (2023). Vingt ans de carrière et une bonne cinquantaine de titres débouchent sur un anniversaire célébré en 2025 avec « 50 ans déjà », avant l'ultime opus, « Fête foraine » (2026), qui donne son nom à la tournée.

Sur le papier, la promesse s'avère belle : deux décennies de tubes, un auditoire conquis et des concerts à guichets fermés. Dans les faits, la soirée peine à convaincre. À l'instar de nombreux artistes de variété qui misent sur une sincérité affichée, comme Vianney ou Kendji Girac, Christophe Maé privilégie la proximité et le sourire. Mais l'écriture reste désespérément sage : des refrains taillés pour une mémorisation immédiate, des mélodies solaires qui filent sans surprendre et un univers figé entre la fête foraine et la kermesse de quartier. Les mêmes accords tournent en boucle d'une chanson à l'autre.

Le set défile pourtant à un rythme soutenu. De « Fête foraine » à « La lune », extrait récent écrit en hommage à sa mère, en passant par « Ça va mal », « Une star » ou « J'ai laissé », la formule varie peu : bonne humeur de façade, textes lisses et voix chaude comme unique atout. « Il est où le bonheur », son titre le plus identifiable, tente d'apporter du relief sans y parvenir totalement, car l'ensemble manque de cohérence.

Malgré l'énergie déployée par l'artiste, la plaine commence sensiblement à se vider. Les allées se dégarnissent, les familles amorcent un repli discret vers les sorties. Difficile de trancher : est-ce la faute d'un tour de chant qui peine à retenir l'attention passé le cap de l'heure ou celle du calendrier, un dimanche soir précédant une rentrée matinale ? Un peu des deux, sans doute. Finalement, Maé ne convainc que les plus indulgents. Une prestation qui s'essouffle avant l'heure. Dommage.

Gaëtan Roussel propose l'ultime concert de cette édition hétérogène. Le décor s'avère plutôt minimaliste. Des dizaines d'écrans posés en arrière-plan captent l'attention ; ils servent à projeter des images au gré des compositions. À l'heure dite, après une brève introduction, le chanteur grimpe sur l'estrade et s'installe en position centrale. Une armada de musiciens l'accompagne, ce qui rassure ceux qui craignaient un exercice trop solitaire. Il prévient les spectateurs : la soirée accorde une place de choix à « Marjolaine », son nouveau long playing solo, sans pour autant bouder les incontournables de Louise Attaque. C'est un concert taillé sur mesure pour les fans de la première heure, qui réserve son lot de titres inédits et de surprises.

« Marjolaine » ouvre logiquement les hostilités. Le morceau-titre du nouveau disque donne le ton : une écriture plus mûre, toujours nerveuse, portée par des arrangements rock pleins d'allant. Enchaîne aussitôt « Les Nuits Parisiennes », premier vrai pic d'émotion de la soirée, qui rappelle le talent de compositeur de Roussel. « Passe la vie » et « La frousse » confirment que le nouveau répertoire dépasse le simple exercice de style. La plume reste incisive, la mélodie accrocheuse, et la foule rechante déjà certains refrains. « Amours » ralentit ensuite le tempo, offrant une parenthèse intime, avant que « Je reste là », premier extrait dévoilé de « Marjolaine », ne vienne rappeler pourquoi cet elpee a suscité une telle attente.

Roussel possède une voix remarquable, éraillée, qui touche les tympans sans les heurter : une richesse absolue pour susciter l'émotion. Sa plume se révèle unique, incisive, touchante et légère, ce qui procure à l'ensemble des chansons une beauté simple et sincère. Vient alors l'un des moments les plus inattendus du set : une reprise de « Je vous trouve un charme fou », signée Hoshi, à laquelle Roussel offre une lecture plus rugueuse, presque rock, sans trahir la fragilité du texte original. Une manière habile de tendre la main à une génération d'auteurs sous son influence. « Léa » et « Ton invitation » raniment ensuite la ferveur des premières minutes, deux pépites issues du répertoire de Louise Attaque que la fosse reprend en chœur, avant que « Nos blessures », plus sombre et âpre, ne vienne rappeler que l'écriture de Roussel sait aussi se faire grave, sans jamais sombrer dans le pathos.

Embraient deux reprises supplémentaires comme un clin d'œil appuyé à ses propres influences : « Il y a » de Vanessa Paradis, servie sous une pudeur touchante, puis « Résidents de la République » d'Alain Bashung, dont Roussel reprend l'écriture ciselée avec un respect évident. Le chanteur apparaît alors en gros plan sur les dizaines d'écrans, rappelant l'étendue de son talent. Trois générations de chanson française se croisent en l'espace de quelques minutes, de Hoshi à Bashung en passant par Paradis : la preuve que Roussel évolue naturellement à la lisière de plusieurs époques.

Tout y est : l'émotion, les textes, l'instrumentation, sans oublier le charisme du leader qui communique sans cesse avec un auditoire décidément très réceptif. « Si l'on marchait jusqu'à demain » relance la dynamique sur un tempo plus enlevé, avant que « J'entends des voix » ne confirme la solidité de la formation instrumentale qui l'accompagne ce soir. « Help Myself (Nous ne faisons que passer) », plus habité encore, referme cette section du set sur une note suspendue où sa voix se fait plus fragile.

Influencé par la musique anglo-saxonne, c'est dans la langue de Voltaire qu'il dispense ses incantations. Gaëtan Roussel est parvenu à transformer le succès engendré par Louise Attaque ou Tarmac en une quête de liberté artistique, parfait exutoire pour raconter le quotidien, ses joies et ses travers. Chez lui, tout réside dans la nuance, la subtilité et l'intensité. L'artiste aux multiples facettes fédère simplement, en injectant cette dose d'humanité qui lui est propre. Les écrans disposés intelligemment confèrent à l'ensemble une dimension quasi-cinématographique ; un support visuel qui mène la danse. « Encore » et « Lovés » profitent pleinement de ce dispositif, les images défilant en cadence avec le tempo.

Après avoir invité les milliers de festivaliers à allumer la lampe de leur portable, le chanteur convie la foule à s'envoler lors du tube « J't'emmène au vent », repris en clôture comme un écho à ses années Louise Attaque. L'artiste propose avec conviction un florilège de chansons destinées à procurer un grand plaisir, et l'objectif s'avère pleinement réussi.

Trois jours, autant de visages différents : le rock du vendredi, la marée familiale du samedi, et la chanson plus intimiste dominant les dernières heures, de Ben Mazué à Gaëtan Roussel en passant par Imany. Cette hétérogénéité constitue finalement la vraie signature de cette édition, entre franches réussites (Youssef Swatt's, Ben Mazué, Imany, Roussel) et rendez-vous plus mitigés (Louane, Christophe Maé, Suzane). Les Solidarités confirment leur vocation de festival intergénérationnel ouvert à tous les publics, quitte à y perdre parfois en identité. Rendez-vous est pris pour l'an prochain, avec la curiosité intacte de découvrir le visage de la prochaine cuvée.

(Organisation : Les Solidarités)

Informations supplémentaires

  • Date: 2026-09-06
  • Festival Name: Les Solidarités
  • Festival Place: Ecolys
  • Festival City: Namur
  • Rating: 8
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