Le marathon des Ardentes 2008, c'est parti ! Et Musiczine est bien présent pour en extraire la quintessence. Cette année, la manifestation a franchi un cap d'importance. Elle peut se targuer d'avoir atteint la taille critique d'un poids lourd dans le paysage festivalier wallon et belge. En seulement trois ans d'existence, c'est une gageure de taille. Plus de 50 000 personnes étaient attendues sur le site du Parc Astrid pour assister à plus de 80 concerts. Malgré une très courte nuit –la programmation du vendredi s'achevant à 6 heure du matin–, les spectateurs ne montraient pas de signe tangible de fatigue à notre arrivée sur le site. Ce samedi était une toute grosse journée. Assurément la plus conséquente en nombre de représentations, elle apporta son lot de bonnes surprises et de grosses déceptions. Le compte-rendu sera donc émaillé de contrastes…
A notre arrivée, Tim Vanhamel et sa clique viennent d’investir l'‘Open air’. Loin d'être un jeune premier, le chanteur/guitariste de cet ancien dEUS et surtout Millionaire nous a réservé quelques petits caprices de star. Pourtant placés aux premiers rangs, nous n'avons pas trop bien compris pourquoi il a quitté la scène après avoir accordé un très bon concert. Visiblement contrarié, Tim n’était apparemment pas satisfait de la qualité du son. Pour nous, cependant, tout semblait parfait. Malgré le concours d’un nombre important de musiciens (deux guitaristes, un bassiste, un batteur et un claviériste) pour soutenir la 'star', la musique était sobre et claire. Finalement, si Tim avait une bonne raison de se fâcher, c’était sur son jeu de scène. L'artiste et sa bande se sont montrés relativement austères... voire statiques. On avait un peu le sentiment qu'ils étaient venus faire leur job et pas davantage.
Les dernières notes du rock de Tim évaporées, nous courrons vers l'‘HF6’ pour assister au set de Hollywood P$$$ Stars. Anthony, Redboy, Ben et Eric sont chez eux à Liège. On le ressent rien qu’en observant la complicité établie entre le combo et l’assemblée venue les applaudir. Maintenant, il est vrai qu’HPS est un habitué des Ardentes, auquel il avait déjà participé lors de sa première édition, en 2006. Généreux et de bonne humeur, le quatuor affiche une attitude totalement opposée à celle de Tim Vanhamel. Leur rock a mûri au fil de l'expérience acquise. Sur les planches, notamment. Et les mélodies qu'ils nous servent sont imparables. Il n'est que 14h30, mais Hollywood P$$$ Stars a déjà réussi à nous chauffer à bloc.
Si vous ne connaissez pas encore Devotchka, retenez bien ce nom ! Sans aucun doute la meilleure surprise de la journée et peut-être du festival. L’univers de ce groupe américain est atypique et burlesque. Sa musique est inclassable mais particulièrement solide. Sise quelque part entre pop/rock et folk manouche, elle intègre notamment des rythmes cubains. Les musiciens sont excellents, mais ont un tempérament bien trempé. Rien qu’en observant Jeanie Schroder dont le sousaphone en impose ou le violoniste Tom Hagerman, qui aurait pu débarquer d’un orchestre philarmonique, on en a la certitude. Et comme la voix de Nick Urata ne manque pas, non plus, de caractère, vous imaginez la puissance susceptible d’être libérée par un spectacle de Devotchka. Des instruments ? Il en sort de partout. Pas une chanson ne commence sans que les intervenants changent de rôle : trompette, percussions, maracas, etc. Le show virevolte. On est étonné, ébloui. Bref, on a adoré !
Il est cruel de programmer The Bellrays après les joyeux trublions de Devotchka. Sans doute l'organisation du festival avait-elle des comptes à régler. Nous ne le saurons jamais avec certitude ; mais une chose est sûre, nous ne nous sommes pas attardés devant la sympathique Lisa Kekaula. La diva est vêtue d'une robe de satin noire qui accentue son petit ventre bedonnant. Elle est chaussée de bottes à talons de couleur rouge. Sa coupe de cheveux afro est particulièrement imposante. Elle s'époumone à la manière d’une Tina Turner qui aurait connu une fin de carrière tragique... Objectivement, il faut reconnaitre que The Bellrays dispose d’arguments à faire valoir. Le guitariste Bob Vennum et le bassiste Justin Andres sont irréprochables. Ils entretiennent l’aspect rock des compos, parfois sous une forme assez dure. La voix de Lisa est puissante. Elle a du coffre, c’est le moins que l’on puisse dire. En outre, c’est elle qui donne la coloration soul aux chansons. Mais l’approche un peu trop conventionnelle de l’expression sonore semble constituer un obstacle au déclenchement d’une éventuelle étincelle. Surtout quand le public est plutôt mou.
Si une journée aussi riche nous contraint à se consacrer à l’essentiel, on ne peut passer sous silence la prestation de Nneka. Pourtant, nous ne l’avons qu’entraperçue ; mais elle a fait impression. Après un départ en catimini, elle s’est lancée dans un parcours sonore mêlant soul, funk et trip hop. Elle a du charme, possède une belle voix et ses lyrics sont marqués par un militantisme courageux. On ne peut donc rester insensible face à de tels arguments.
Bent Van Looy, le chanteur de Das Pop est probablement devenu la terreur des accessoiristes. Ils sont mis à rude contribution par ce chanteur hyperactif et déchaîné. Il bondit à gauche et à droite, perdant au passage ses baguettes, renverse le siège de son piano ou encore laisse tomber son micro. En voilà au moins un qui ne tire pas la gueule, parce qu’une vis mal serrée a provoqué la chute d’un micro sur le plancher des vaches (NDR : et nous ne visons personne...) Chez les Gantois, difficile de se prendre au sérieux. Ils vont ainsi parvenir à nous faire danser ainsi que chanter durant une petite heure, et s’excuseront même de ne pas avoir pu nous nous divertir plus longtemps. Mais on leur pardonnera facilement, car ils ont livré un des shows les plus récréatifs de ce samedi.
A l’instar de la vie de tous les jours, un festival ne ressemble pas nécessairement à l’univers dégoulinant de guimauve des ‘Bisounours’. On y est même parfois bien loin. Les langues de vipères y font aussi parfois leur nid. Et Liars en est un exemple flagrant. Son mépris est-il sincère ou est-ce un genre que le groupe se donne ? Une chose est sûre, difficile d’être plus mesquin qu’Angus Andrew, lorsqu’il prend le public à témoin pour déverser sa rancœur à l’égard des Kills. C'est qu'il les accuserait bien de lui voler la vedette. Ce sont finalement les spectateurs qui vont écoper de cette attitude détestable. Le set est hermétique. Pas un regard n’est adressé au public. Il y a des cris, de la gesticulation, du bruit. Heureusement aussi des mélodies qui accrochent l’oreille et puis surtout de la créativité dans leur musique. Mais vu la tension entretenue par le combo, on préfère changer d’air et on décide de s’accorder une pause gastronomique dans l'allée des saveurs.
The Kills, nous en parlions justement. Et c’est une petite déception. Nous attendions beaucoup de ‘VV’ et ‘Hotel’, mais ils sont passés à côté de leur sujet. Musicalement, on n’a cependant pas le droit de se plaindre ; mais dès l’entrée en scène du couple, il y a comme une chape de plomb qui est tombée sur l'‘HF6’. A cause des accords bruts et rugueux produits par la guitare de Jamie Hince. Mais aussi de la voix d’Alison. La sensualité de son timbre s’évaporant à cause d’un dosage inadapté du volume. Le duo est habitué de pratiquer le dialogue intimiste sur scène. Mais on ne perçoit pas cette passion commune. Les échanges semblent s’opérer en vase clos et le public a l’impression d’en être exclu. Après avoir communié en compagnie de Hollywood P$$$ Stars et partagé la complicité de Das Pop, nous espérions davantage de chaleur de la part de ces grosses pointures. Et ce ne sont ni les poses artificielles de l'Américaine, ni la prestation du crooner/guitariste anglais qui permettront de changer la donne.
Alors que The Kills contemplait son nombril sur la plus grande scène des halles, Puppetmastaz nous en mettait plein la vue dans l'‘Aquarium’, l'autre salle, mais de taille plus modeste, des ‘Halles des foires’. Quelle ambiance ! La foule manifeste son enthousiasme face aux petites marionnettes directement inspirées du ‘Muppetshow’ qui déblatèrent un rap bourré d'humour et complètement taré. Nous sommes bien loin de l'écoute religieuse imposée au public de l'‘HF6’. Le spectacle visuel de la formation hip hop séduit par son originalité et fait mouche.
Pas grand chose à dire de la prestation de The Mars Volta, autre déception de ce festival. La musique dispensée par les huit protagonistes du groupe ressemble à une préparation instantanée, façon ‘Royco Minute Soup’. Techniquement les musiciens affichent une rigueur irréprochable. Chacun d’entre eux exerce un rôle précis dans la partition, même si on ne distingue pas grand chose entre la saturation des lignes de basse et le vrombissement généralisé des instruments. Il y a probablement une signification à trouver dans ce type d’expression ; mais il faut être un aficionado averti pour pouvoir la comprendre. Si bien que le reste de l’assistance semble pétrifié et se mure dans un silence d’incompréhension. Et le chanteur, Cedric Bixler-Zavala a beau crier très fort et gesticuler pour ne pas se noyer dans cette soupe sonore, c’est peine perdue…
Au bout d’heure de set, nous quittons le navire pour nous réfugier dans l'‘Aquarium’, pour un avant-goût de cette nuit. Calvin Harris, le ‘roi du disco’ comme il se plaît à le proclamer lui-même, agite les corps des festivaliers de ses rythmes electro entrainants.
Après nous être quelque peu oubliés dans l'ambiance disco de l'‘Aquarium,’ nous retournons à l'extérieur pour être le plus proche possible du podium de l'‘Open air’. Il est 21h30 lorsque The Streets débarque sous les acclamations de la foule. Une prestation du rappeur Mike Skinner ne peut laisser indifférent. A premier abord, elle fait penser à celle du duo Cool Kids. Mais le trip hip hop de l'Anglais a une dimension plus humaine. Sans doute à cause de son ironie voire de son humour parfois féroce. Le public est mis à rude contribution durant le show de Mike qui accepte volontiers de participer aux jeux proposés par le chanteur. On demande notamment aux spectateurs de ‘fucker the mud’. Tout un programme ! En fin de parcours, Mike Skinner ôte son t-shirt. Il n’a pas froid aux yeux, c’est une certitude, car il se lance dans la foule qui le porte de bonne grâce, avant de le ramener sagement vers la scène.
Groove Armada est le dernier set auquel nous avons assisté. Normal, nous sommes un peu fatigués. Mais son électro branchée va nous requinquer. Si Booka Shade était parvenu, la veille, à nous plonger au sein d’une ambiance électrique soutenue par un joli jeu de lumière, les effets visuels dont bénéficie Groove Armada sont tout simplement grandioses. De puissants faisceaux lasers balaient les pelouses du Parc Astrid, nous entraînant au cœur d’une atmosphère sidérale bien étrange.
Sur le coup d'une heure du matin, l'‘Open air’ s'éteint enfin. Nous sommes cuits ! Il est temps de rejoindre la sortie et de respecter la promesse faite aux bras de Morphée. En passant à côté des Halles, le battement des drums nous rappelle que la fête continue pour les plus acharnés et surtout résistants. Comme la veille, la nuit sera courte, la programmation s'achevant à 6 heures du matin.

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