En me rendant au Botanique ce jeudi 14 mai, j’espérais passer une autre soirée que celle –en demi-teinte– vécue lors des Nuits québécoises. La déception provoquée par la prestation de Malajube me trottant encore en tête. Mais malgré le temps exécrable, je n’ai pas regretté mon déplacement. En effet, l’affiche proposée s’est révélée plaisante, riche en découvertes et agréable en surprises.
20h30, la programmation s’ouvre par le set de A Hawk & A Hacksaw, devant une assemblée déjà bien fournie. Drivé par Jeremy Barnes, l’ex-batteur des fantastiques Neutral Milk Hotel, le groupe du Nouveau-Mexique dispense une courte prestation inspirée du folklore de l’Europe de l’Est. Le look ‘farmer’ des musiciens colle d’ailleurs parfaitement à leur musique pastorale. L’esprit de Beirut, en compagnie desquels ils ont d’ailleurs tourné, n’est jamais loin ; même si leurs influences plongent encore plus profondément dans les racines slaves. Les cinq musiciens, apparemment ravis d’être présents sur les planches, nous emmènent sur les terres chères à Kusturica, pour un dépaysement garanti. Un violon, un banjo, un cor, une trompette et un accordéon suffisent. Pas besoin d’un orchestre au grand complet pour concocter cette délicieuse musique ; mais tout simplement d’une fanfare presque balkanique, même si la trompette était, à mon goût, un peu trop mise en avant. N’empêche, on peut affirmer qu’ils ont accordé un show de toute bonne facture. Dommage que Jeremy Barnes ne chante pas plus souvent. Car il a une superbe voix. Et lorsqu’il la pose, le résultat est magnifique. Leur nouvel album, « Delivrance » est à découvrir d’urgence.
Petite surprise de programmation ensuite. Alors que je l’imaginais en tête d’affiche, Troy Von Balthazar monte sur les planches d’une Orangerie toujours honorablement peuplée. Notre ami hawaïen est seul. Ce qui explique pourquoi, tout au long de son concert, il va tirer le maximum de ses pédales. Parfois, il s’investit tellement dans l’interprétation de ses compos (NDR : ce n’est pas inhabituel, c’est vrai, dans son chef) qu’il a tendance à en remettre une couche. Ses lyrics sont douloureux. Sa musique reflète également cette souffrance. Ce qui ne l’empêche pas, lors de ses pauses de manifester une décontraction et une bonne humeur paradoxales. Son timbre est toujours aussi expressif et torturé qu’à l’époque de Chokebore, ensemble dont il a été le leader pendant de nombreuses années. D’ailleurs au beau milieu du tracklisting, il nous réserve deux compos issues de cette époque. En fin de show, l’intensité monte encore d’un cran. Notamment, lors de l’interprétation du magnifique « Heroïn Little Sister » et d’une nouvelle chanson. Intitulée « Wings », elle accroche instantanément l’oreille. Sans cesse en équilibre instable entre le ridicule et le superbe, Troy Von Balthazar est parvenu à conquérir une grande partie de l’assistance, alors présente.
Troisième groupe au menu, les Wild Beasts sont britanniques. Honnêtement, je ne les connais que de nom. Et pourtant, ils vont constituer une autre bonne surprise de cette soirée, malgré les problèmes techniques rencontrés. Cette formation est promise à un bel avenir, tant leurs compos sont autant de tubes potentiels et irrésistibles. Ces jeunes gens sont probablement occupés de suivre la piste tracée par Vampire Weekend, l’année dernière. Et s’ils n’y parvenaient pas, ce serait une énorme injustice ! Les musiciens communiquent constamment avec le public. Le falsetto surprenant du chanteur apporte une dimension lyrique à leur musique. Il y a même quelque chose de Queen dans leur solution sonore. Leur pop mélodique est tellement convaincante, que dès lundi je me procure leur dernier elpee, « Limbo, Panto ».
Il revenait à la formation suédoise, Nervous Nellie, de clôturer cet excellent programme. Et le combo s’est mis au diapason des autres artistes. Peu connu chez nous, le groupe est drivé par les frères Johnson, deux personnages qui ont longtemps vécu aux States. Ce qui explique sans doute pourquoi leur musique s’inspire autant du rock yankee. Celui des seventies, pour être plus précis. Un style fort classique, mais qui a le bon goût de ne pas sombrer dans le revivalisme. En extrapolant, on pourrait imaginer une rencontre entre Wilco voire Uncle Tupelo et Neil Young, légèrement pimentée de punk. Bref, leur prestation a été franchement éloquente. Pourtant, la salle était à moitié déserte (NDR : ou à moitié pleine, si vous préférez) ; mais le public a beaucoup apprécié le set accordé par les frangins Johnson et de leurs acolytes. L’estimant même trop court ! Responsable d’un nouvel opus intitulé « Ego and the id », paru il y a peu, Nervous Nellie est à suivre de très près. Le combo ne manque pas de talent et mériterait de sortir de l’anonymat au sein duquel il est confiné pour l’instant.
Retour au bercail vers 1h du matin. Un peu crevé mais heureux d’avoir passé une très bonne soirée ! Vivement l’année prochaine…
A Hawk & A Hacksaw + Troy Von Balthazar + Wild Beasts + Nervous Nellie + Nervous Nellie
Organisation Botanique

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