Un Botanique noir de monde accueillait les désormais incontournables ‘Nuits belges’ ce mercredi 13 mai. Le cru 2009 nous illustre de nouveau l’étendue et la diversité des artistes de notre plat pays. Une myriade de styles musicaux s’y confond. La salle nous offre à voir des groupes de qualité dont la notoriété ne dépasse, malheureusement, que trop peu souvent nos frontières.
L’édition 2009 présentait 12 groupes belges : Sharko – Daan – K-Branding – Les Vedettes – Jeronimo – The Experimental Tropic Blues Band – Balimurphy – The Bony King of Nowhere – Major Deluxe – Balthazar – Lionel Solveigh – Lucy Lucy (anciens Vagabonds).
Trois salles et un chapiteau aux saveurs distinctes. Le confort mélodieux du grand salon (Jeronimo, Balimurphy et Lucy Lucy), l’énergie électrique et la folie douce de l’Orangerie (The Experimental Tropic Blues Band, Les Vedettes et Balthazar), la très folk et acoustique Rotonde (Lionel Solveigh, The Bony King of Nowhere et Major Deluxe) et la sulfureuse chaleur tropicale du Chapiteau (K-Branding, Daan et Sharko).
Venus nous présenter leur premier Ovni, les extraterrestres de K-Branding envahissent le chapiteau planté dans le jardin Botanique. L’explosion sonore produite par la formation bruxelloise envahit rapidement nos oreilles et imprime notre cerveau au fer rouge. Cette expérience musicale bouscule et ne laisse pas indifférent. Indus tribale ? Noise urbaine ? Art-rock brut ? Un voyage, en tout cas, entre passé et présent, entre rock primitif et musique contemporaine (expérimentations sonores et bidouillages électroniques). Globalement, les ‘noise addict’ sortent sourire aux lèvres de cette aventure.
Après avoir touché à de nombreux styles musicaux et sorti deux albums électrotrash (« Vicory » et « The Player »), Daan change de cap et nous présente son cinquième elpee (« Manhay ») aux airs plus intimistes et chaleureux. Un son moins organique et sans machine. Il renoue avec son héritage Dead Man Ray. ‘J’aurais voulu un ton plus intimiste encore, mais il se fait que la réalisation est finalement assez habillée. Le point de départ était juste piano et voix. […] Je voulais travailler de façon inverse : mettre une bonne voix devant et puis des instruments autour. Pour cela, il me fallait des morceaux qui tiennent la route mélodiquement à l’état dépouillé, sans arrangements’.
Le Daan Stuyven auteur est de retour et ressemble davantage à un film de Chabrol qu’à un Tarantino. Cette transition se ressent terriblement sur les planches. Il nous offre à entendre une setlist contrastée, brouillonne et une prestation scénique plus introvertie. ‘Le plus violent à côté du plus doux’. Un artiste en pleine mutation qui se cherche encore dans ce nouveau style proche de l’univers de Léonard Cohen, Lou Reed ou Johnny Cash.
L’ancien et le nouveau Daan s’affrontent, s’entrechoquent, alternant des morceaux pop électro puissants et des airs plus intimistes. La transition est étonnante. La bête de scène habituellement drôle et ironique s’éclipse et laisse place à un artiste plus effacé. Il s’affiche soudainement en vieux crooner blasé. Le contact avec le public s’est désormais éteint et les fans du chanteur charismatique s’en étonnent. Il reste cependant l’essentiel : sa voix. Caverneuse et chaleureuse, elle inonde le chapiteau et caresse les oreilles du spectateur.
« Radio Silence » apparaît alors telle une grenade et rompt cet aspect introspectif. Les guitares s’énervent, la voix hausse le ton et le concert monte en puissance. Douzième morceau et les musiciens disparaissent subitement. La lumière revient et met brutalement fin au concert. Aucun rappel ! Il y a des jours et des lunes. Daan Stuyven devait certainement être dans une phase lunaire ce mercredi soir à Bruxelles. Il nous avait habitués à mieux. Cette petite révolution dans le monde musical de Daan devra certainement mûrir encore pour atteindre un accord parfait avec la scène. La symbiose appartient désormais au temps.
Les Nuits belges se clôturent par le show des talentueux Bruxellois de Sharko. Après 10 ans de carrière et 5 albums, David Bartholomé, Teuk Henri et Charly De Croix (nouveau batteur) célèbrent la bête et nous invitent à découvrir leur dernier album « Dance on the Beast ».
Sharko revisite les quatre derniers elpees (« Meeuws », « Sharko III », « Molecule » et « Dance on the beat ») et nous propose un set cohérent et dynamique. Le dernier opus s’ouvre à des sonorités electro-dance et se veut plus dansant. On ne s’ennuie jamais !
D’un air décalé, désabusé, David Bartholomé, côté jardin, montre son profil au public et explore fixement et longuement le mur. Il ouvre lentement le concert par trois morceaux du dernier album (« Cinema Tech », « Mouse/Animal/Facebook/Danger » et « Rise Up »). Le décor est sobre et s’illumine de quelques lights rouge vif. Progressivement, l’animal qui incarne le chanteur se réveille. Il finira par faire face au public pour interpréter le merveilleux « Motels » (« Molecule »).
Le chapiteau suinte et s’électrise. La toile noire accrochée au plafond s’illumine et se couvre d’étoiles qui se fanent en fleurs et redeviennent étoiles. Sharko, sous un ciel artificiellement constellé, prend une dimension presque magique. L’introversion initiale s’estompe peu à peu. Il communique enfin et communie. La convivialité monte graduellement. Savamment crescendo. L’excellent « I Went Down » viendra porter le coup fatal. Les planches, sous nos pieds, se mettent à vibrer et c’est du pur bonheur !
Le trio bruxellois tient le public en haleine jusqu’à la fin, alternant anciennes et nouvelles compos. Deux perles pop suivront : « Yo heart » issu du dernier album et l’indémodable « Sweet protection » de « Molecule ». Sharko revient pour deux rappels. Assis à la batterie, David Bartholomé interprète « Spotlite » (« Sharko III »). Il s’empare ensuite du ukulélé pour clôturer cette Nuit belge en émotion.
Sharko a bel et bien joué avec nos cordes émotives. Talentueusement. Un grand moment de musique qui s’éteint sous le ciel étoilé du plus grand chapiteau du monde.
Eric Ferrante
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C’est un Jeronimo simple et chaleureux qui se produisait ce soir. La fraîcheur du Grand Salon du Botanique est parvenue à nous faire oublier la lourdeur et l’humidité ambiante de ses beaux jardins. D’une entrée théâtrale, suivi d’un ‘Bonjour mesdames et messieurs !’, Jérôme Mardaga apparaît, suivi de ses musiciens. Oublions le grand spectacle où l’on en met plein la vue, car ce soir, car on aura droit à une version ‘acoustique’ de son set, ballade sur les mers paisibles de nos océans.
C’est par « Elle s’en va tuer un homme », seul, à la guitare, que Jeronimo nous embarque dans son monde d’ironie douce-amère, teintée de vérité, parfois de tristesse et d’humour. Le Grand Salon, de ses fauteuils rouges dédiés au repos intemporel est parfait ! Le groupe nous invite à partager son envie de déconnection, de ce monde extérieur, par sa simplicité communicative. A partager également ce qu’il aime. Un bien-être vient de s’installer dans l’antre de cette salle aux lumières tamisées, rougeoyantes. Nous sommes embarqués vers un voyage que nous n’avons guère envie de quitter.
Les titres, comme « L’argent c’est bien » du dernier opus et « Moi je voudrai », égayent la salle ; qui d’ailleurs, entretemps, c’est bien remplie. Même le balcon est noir de monde et danse sous le rythme de la guitare. Jérôme n’oublie pas de nous remercier chaleureusement. Le public est réceptif. Il apprécie cette session comme si nous étions des privilégiés.
Dommage que les titres s’engagent un peu trop vite, les uns après les autres. On en voudrait plus, qu’il laisse ses sens emporter ses mélodies dans le temps, sans y prêter importance. Mais comme il nous le fera remarquer, il y a un timing à respecter… ‘Money, money !’, nous balance-t-il d’un ton ironique… « Rendez-vous dans ma loge » est suivi de « La chienne de Baikonour », présentée comme la future chanson de l’Eurovision 2010. De quoi s’esclaffer en chœur ! Ce rendez-vous s’achève, malgré les problèmes techniques, par la merveilleuse mélodie d’« Irons-nous voir Ostende ». Le son lâche soudainement. Ce qui n’empêche pas Jérôme de poursuivre son set, comme si de rien n’était ; seul, avec sa guitare, sous les applaudissements du public.
Ce concert d’une douceur printanière exhalait des senteurs parfumées de textes qui nous concernent tous, traitant d’événements que l’on côtoie chaque jour. J’aurais voulu ne plus quitter mon fauteuil qui m’absorbait. Un dernier titre n’aurait pas été de trop… accompagné, pourquoi pas, d’un bon verre de blanc. A déguster avec sagesse mais sans modération.
21h10 tapante, le trio se met en scène après les derniers réglages sonores. Le changement de la salle du Grand Salon vers celle de l’Orangerie est assez brutal. Je passe du coton au béton. Pas difficile d’imaginer que le groupe va nous en mettre plein les oreilles. Et c’est bien le cas !
A peine le temps de se mettre en place, les guitares déchirent au son du rock-boogie-blues. « Disco inferno » ouvre les festivités. Les trois gaillards se lâchent d’une traite emportant tout sur leur passage. Pas le temps de prendre du repos dans cette course. Ca bouge, ça swingue comme sur de bons vieux morceaux des sixties et seventies. Pas besoin d’une machine à remonter le temps, Woodstock est devant nous ! Si vous aviez besoin de vous recharger les batteries, c’est définitivement eux qu’il fallait voir. Cocktail détonnant tant par la batterie, martelée à merveille par Devil D'Inferno, que par les deux guitaristes, Dirty Wolf et Boogie Snake. Même la basse manquante n’est pas une nécessité, tant les interprètes nous absorbent tout au long du show.
Captivé par ce trio hors norme, le public n’a guère besoin d’en redemander. Les riffs sont puissants. Ils libèrent une telle source d’ondes que l’on ne peut rester indifférent. Incroyable ! Chaque morceau a la pêche. L’opus « Hippidy hop » est une autre grenade que The Experimental Tropic Blues Band ne tardera pas à dégoupiller. L’Orangerie explose littéralement ; et il y a des dommages collatéraux. Le rock’n’roll dans tout ses états. Et je ne parle pas des fans, au passage, criant un ‘à poils’ en chœur à Dirty Wolf. Il ne lui faudra que peu de temps avant de nous accorder un strip-tease pour le bonheur de ces dames ! Il avait pourtant, dès le début du concert, prévenu qu’il en était hors de question. ‘Trop de problèmes’, avait-il justifié. Mais c’était plus fort que lui.
Finalement, j’ai éprouvé un grand plaisir à partager ce délirium espace temps. Un groupe qui mérite d’être entendu de par le monde, par son originalité, par son culot et son rock complètement déjanté. Un melting pot d’influence de plusieurs décennies de rock-boogie-blues. The Experimental Tropic Blues Band vous laisse des stigmates à vie…
Patrizia Firrera
Les Nuits belges : Sharko + Daan + K-Branding + Les Vedettes + Jeronimo + The Experimental Tropic Blues Band + Balimurphy + The Bony King of Nowhere + Major Deluxe + Balthazar + Lionel Solveigh + Lucy Lucy
(Voir également notre section photos)

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