Et pourtant ce festival est né d’une envie de faire de la musique, un lieu de concentration de joie et de bonne humeur ! Enfin, ça c’était avant, parce que Les Gens d’Ere jouissent aujourd’hui d’une renommée internationale et les formations qui veulent s’y produire sont légion.
Pour cette année, du ‘Belge’, évidemment, mais aussi des artistes issus de la planète dont, notamment, Obispo et Mel C. (une fille des Spice Girls, groupe de pop anglais formé en 1994, à Londres, et constitué à l'origine de cinq chanteuses et danseuses : Victoria Beckham, Melanie Chisholm, Melanie Brown, Geri Halliwell et Emma Bunton).
Au cours des dernières semaines, il a beaucoup été question des modèles économiques des festivals, notamment celui de Ronquières qui a invité Will Smith en guest, obligeant les organisateurs à ajouter 1 million d’euros à un budget déjà serré de 4,5 millions d’euros. A Ere, le modèle fonctionne à merveille, grâce notamment aux 500 bénévoles qui font office de capitaine, car, il faut bien le dire, le paquebot est de taille !
L’esprit de camaraderie, lui, n’a pas changé d’un iota depuis l’origine du festival ! Exit les trucs pompeux, la simplicité EST la règle ! Même le stand VIP fait les frais de cette culture ; il est réduit à sa plus simple expression ! Celui qui veut s’y restaurer ne trouvera ni caviar, ni champagne, mais de la bière et une bonne grasse frite ! Et celui qui n’est pas content ‘qu’il aille se faire voir !
Bref, Les Gens d’Ere est le festival par excellence où l’on s’y sent comme chez soi, entouré d’une équipe de gens, vrais, passionnés et souriants.
La configuration du site est identique aux années précédentes. Prix du ticket fortement accessible, parking gratuit et restauration pour toutes les bourses. La seule différence par rapport aux années précédentes, c’est l’existence d’une petite scène supplémentaire dispensant de la musique électronique aux plus jeunes. Sans oublier ‘Le Chapito’ et le ‘Plein Ere’ logiquement outdoor, les deux endroits principaux où les artistes se produisent, situés à une encablure l’une de l’autre, ce qui permet de s’y rendre en quelques pas seulement.
Les organisateurs ont flairé le bon filon en organisant les festivités en cette fin juillet. D’autant plus que le temps est de la partie, même si la veille quelques averses orageuses sont tombées, sans aucune conséquence directe en matière d’accessibilité et de mobilité.
Se déroulant sur quatre jours maintenant (rentabilité oblige), le jeudi fait la part belle à un groupe de covers qui sévit beaucoup dans la région : Zénith. Trop peu pour votre serviteur !
Priorité donc aux vendredi, samedi et dimanche !
Et comme mise en bouche, place à Lemon Straw. Le groupe, drivé par le charismatique Gianni Sabia, a l’honneur de se produire sur la main stage.
Le gars, longs cheveux huileux, poils sur la face, est plus en forme que jamais. Quoique les traits un peu tirés tout de même. C’est ça aussi la vie d’artiste : se produire aux quatre coins du plat pays (en Belgique) ou de la planète, le plus souvent dans un Berlingo, pour les néophytes, et un tour-bus pour les plus notoires.
L'origine du patronyme est relativement iconoclaste. Lemon Straw pourrait se traduire par une paille et un citron. Celle-là même que Gianni servait quand il vivait à New York et travaillait dans un bar pour subsister. C'est aussi là-bas qu'il a vécu ses premières expériences scéniques en chantant des reprises dans le métro ou en rue.
Ce soir, il est accompagné par Grégory Chainis (basse), Boris Lori (Steel) et Jean (batterie). L’habituel préposé de service aux fûts, Martin, est empêché pour raisons médicales.
Sabia a failli voir ses rêves se briser en 2017, à la suite du départ du claviériste Xavier Bouillon (qui avait lui-même déjà remplacé feu Renaud Lhoest). S'ensuit une période de doutes et de remises en question. L’idée d’un projet solo a même traversé l’esprit du frontman.
L'arrivée de Chanis (on a pu le voir au sein de plusieurs groupes qui sévissent dans la région) et de Martin (Minga Wash, Feel) a vraiment permis au combo de prendre un nouvel élan et d'insuffler une nouvelle énergie aux musicos.
Boris est coiffé d’une casquette. Il est assis, guitare steel sur les genoux. Parfois, il cale un harmonica entre les lèvres.
C'est par « Jump » que le band ouvre le set. Un titre issu d'un dernier LP éponyme, paru cette année. Une compo qui permettra au leader, posté derrière son clavier, d'explorer toute l'ampleur de ses vocalises chaudes et puissantes. Un outil qui représente le prolongement de son âme.
Hanté par une carrière professionnelle à l'usine dont il se sait à jamais éloigné, le Belgo-italien se déchaîne. Lorsqu’il se positionne, gratte sèche en bandoulière, il frappe ses cordes hargneusement et avec énormément de conviction. Entre folk, rock, blues et pop, sa musique reste sans doute le meilleur exutoire pour oublier les affres du passé.
Issu de « Jump », « Home » s'immisce alors dans les ‘portugaises’ des aficionados.
Lemon Straw nous réserve « Straw ». Issu de « Jump », ce single imparable constitue un virage important dans le parcours du combo. Surtout, quand on se remémore le premier essai (plutôt réussi), « See You On The Other Side ». En tout cas, une prise de risque qui n'a pas désarçonné les fans de la première heure.
« Mistery train » prend le relais. Boris tient la lap steel sur les genoux (NDR : une guitare que l’on tient à l’horizontale en utilisant un bottleneck pour former des accords sur le manche). Le versant rock et rageur de cette compo vient renforcer un peu plus encore cette atmosphère électrique.
Mais là où Lemon Straw brille le plus, c’est lorsque les compos trempent dans le spleen. A l’instar de « Home », un morceau que Gianni a composé seul dans sa chambre lorsqu’il avait 15 ans, entre la frustration de ne pas trouver d’inspiration et la générosité que lui procure la musique.
Le set touche doucement à sa fin. « Don’t Look Up », référence à la comédie dramatique américaine écrite et réalisée par Adam McKay, booste littéralement Gianni. Harmonica en bouche, il livre une démonstration haute en couleurs. Chapeau bas M’sieur.
Un set taillé dans le rock !
On regrettera l’absence de titres plus gracieux comme « See you on the other side », le titre éponyme du premier LP, qui raconte une histoire sur l’amitié. Une ballade douce-amère écrite pour l'arrangeur et multi-instrumentiste bruxellois Renaud Lhoest (Yann Tiersen, Pierre Rapsat, Dominique A), parti trop tôt (en 2014) des suites d'une longue maladie dont il souffrait depuis longtemps.
Son âme planait quand même quelque part aujourd'hui aux Gens d'Ere. De là où il est, il est peut-être fier du chemin parcouru par son pote de longue date.
Adieu l’ami !
Petit détour sous la tente pour y (re)découvrir Poulycroc. Le groupe pardi, pas l’espèce de fricadelle que l’on mange à toutes les sauces !
Il s’agit d’une belle bande franchouillards, ventres bedonnants, totalement sculptés dans l’esprit folklorique belgo-belge qui caractérise ce beau pays.
En chemin, il a déjà croisé quelques pointures ; et en particulier des noms qui font partie intégrante du folklore musical belge : Le Grand Jojo, Les Gauff’ Au Suc’, Urban Trad, Lou & The Hollywood Bananas (Lou Deprijck) ,.. ou de la scène ska et punk : La Ruda, Les Cameleons, Babylon Circus, etc.
Les joyeux lurons adaptent une série de morceaux qui trouveraient facilement leur place lors de la ducasse à Bouboule, à l’instar de « A la queuleuleu » ou « La tactique du gendarme ». C’est sympa, vivant et fun, mais ça ne vole pas très haut, il faut bien l’avouer.
Poulycroc a mis un point d’honneur à poursuivre son aventure et à propager son folklore, sa manière festive de voir la vie, son goût immodéré pour le divertissement, sans oublier les styles musicaux qu’il apprécie. Mais surtout, et c’est l’essentiel, sa bonne humeur générale.
Mais, l’absurdité n’étant pas une option chez votre serviteur, il file tout droit au stand food, pour y manger… une fricadelle sauce mayo !
Le monde s’est pressé à l’extérieur pour y voir et écouter la formation liégeoise, Ykons.
Elle est une fidèle au festival. Il s’agit de son quatrième passage.
Chaque concert a connu ses contrariétés. Le premier s’est déroulé sous une chaleur caniculaire. Le second sous des torrents d’eau. Le troisième a essuyé quelques couacs techniques au niveau des liaisons entre les tables de retour et les tables de façade. Quelle surprise nous réserve le concert de ce soir ?
Ykons promet un set impeccable en tout cas !
Alors que le batteur assure derrière les fûts durant de longues secondes, le claviériste le soutient rapidement, puis le guitariste et enfin le bassiste embraient, alors que le chanteur est perché tout en haut d’une estrade plantée au milieu du podium. « Red light » ouvre alors les hostilités ! Et tout au long de cette compo, l’idiome du groupe s’illumine… en couleur rouge, évidemment !
Le line impliquait, à l’origine, Renaud, Yann, Patrick, David et Ben. Mais, le drummer originel a quitté le bateau. Il a, depuis, été remplacé par un petit jeune d’à peine 30 berges. Un certain Louis…
Né sur les cendres de Can D, le band emprunte un chemin initiatique, dès 2019. Le succès progresse lentement. Ykons grave un premier elpee, « Reflected », qui lui permet de se forger une solide réputation et par conséquent de disposer d’un répertoire substantiel pour les festivals. La suite ? Un beau succès critique et d’estime !
Le vif et entraînant « State of mine » permet à Renaud de jauger la forme du public. Il est chaud-boulette. En effervescence il s’emballe déjà, et les muscles, jusque-là statiques, sont pris de mouvements saccadés au gré de cette rythmique pourtant un brin indolente. Et s’il s’agissait du syndrome Gille de la Tourette ?
Le combo embraie par le notoire « Sequoia Trees », un message adressé à l’être humain et à sa responsabilité à l’égard de tout ce qui l’entoure. Et de rappeler également que c’est ce titre qui a permis au band d’acquérir une véritable aura au royaume du moules/frites.
Et si « Sequoia Tree » a propulsé le combo dans les charts, cette chanson a aussi servi d’emblème au personnel hospitalier lors de la pandémie, dans une nouvelle version acoustique, accompagné d'un clip tourné au sein du CHR de Verviers.
C'est techniquement époustouflant, humainement enrichissant et musicalement céleste. Un combo qui signe le retour à de la bonne musique comme sur ce « Open eyes », nourri à l’indie pop et coloré de touches électro.
Un mouvement de foule s’organise, jeunes et moins jeunes jumpent solennellement dans une ambiance bon-enfant lorsque survient l’inévitable « Have a great crash ».
Pour « Cloud nine », debout face aux ‘floortoms’ posés sur l’estrade, le frontman et un de ses comparses prennent le pouvoir en martelant avec force et conviction les peaux, pendant que la guitare post-pop aérienne et légère s’envole et que la basse vrombit dans les frontaux en transperçant les corps plantés devant les barrières.
Et « By the storm » prouve une fois encore qu’entre show diabolique, sueur, adrénaline et surprises, qu’Ykons détient toutes les cartes pour emmener avec lui les plus fidèles, dans un tourbillon insensé. Sa seule limite étant l'imagination !
Grâce à des effets de guitare aériens, il y a chez Ykons une filiation lointaine avec Coldplay (groupe de pop/rock britannique originaire de Londres en Angleterre, formé en 1997, et drivé Chris Martin), tant en termes de compositions que de l’approche sonore.
Le set touche à sa fin. Le personnel s’affaire derrière les coulisses pour installer une estrade. Renaud s’excuse auprès du public de devoir raccourcir le set d’une chanson. Mais surprise, c’est pour y découvrir deux jeunes artistes, Bastien et Quentin, fondateurs de Calumny.
Apportant une touche pop à leurs productions, ils enchainent les singles et les festivals jusqu'en 2021. En 2023, Calumny frappe encore los de la sortie de son tout premier elpee, « Hatch ». Mais ici, ce sera pour revisiter « Sequoia Trees » vs disco et boules à facettes. Pas mal, mais ça ne casse pas la baraque, non plus…
« Run little one » clôture un set décidément explosif, entraînant et hautement humain, mais au cours duquel on n’a eu guère de répit.
La suite du menu est amplement moins intéressante. Entre Mister Cover et Mel C., le cœur de votre serviteur balance. Direction le parking, la route du retour est longue et parfois semée d’embûches…
(Organisation : Les Gens d’Ere)

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