Situé dans la région de Saint-Ghislain et plus précisément à Baudour, le Park Rock a fêté, comme il se doit, un vingtième anniversaire qui restera, foi de festivalier, dans les annales !
Si la première journée était consacrée principalement aux déjantés de Poulycrock, la seconde à une pléiade de covers bands tentant de réincarner au mieux Rammstein, Marylin Manson ou encore System of a Down, la dernière journée du samedi misait plus largement vers des artistes pluralistes émergents ou confirmés. C’est vers ce jour précis que votre serviteur s’est tourné.
Loin des grosses machines industrielles, le Park Rock se veut proche des gens. Ici, une seule scène trône au milieu du site, laquelle est entournée de nombreux bars, stand food ou encore d’artisans locaux.
L’endroit possède ce petit côté ‘lounge’ avec ses aires de repos herbées dispersées ci et là. Sais oublier ces grands arbres centenaires aux ombrages salutaires. Si le soleil s’est montré généreux en début de festival, il sera plus discret lors de cette journée de clôture. Mais pas de quoi décourager les défenseurs de la cause culturelle.
Au programme, sept formations aux styles divers, oscillant du garage-rock au blues, en passant par le bon vieux punk. Et à voir l’engouement suscité pour les vieux briscards de Tagada Jones, on peut affirmer que l’expression ‘Punk is not dead’ n’a jamais été autant d’actualité.
Il est aux environs de 13 heures 30 lorsque le power trio The Rackers monte sur le podium. Fondée en 2016, cette formation réunit des amis de longue date : Allan Tombeur (basse), Yohan Pisella (batterie) et Jimmy Morais Rosa (guitare, chant).
The Rackers, c’est la tradition du bon vieux rock des 90’s aux influences UK puisées chez Royal Blood, The Strokes, The Rapture, Franz Ferdinand, Arctic Monkeys, Blur, The Libertines et bien d'autres...
Le groupe rôde ses compos en concert, remporte plusieurs concours et se produit sur de belles scènes, comme au Bota ou dans le cadre du Ronquières Festival. Le succès prenant de l’ampleur et l’envie de partager un univers bien à eux l’incite à enregistrer un premier album. Prometteur, il s’intitule « Lovaria », un nom emblématique dans la Cité des loups. Pas étonnant donc que les lascars arborent des vestes en jeans sur lesquelles est reproduite l’effigie distincte d’un grand loup.
Le combo attaque immédiatement « Melany ». Une compo énergique nourrie aux riffs de guitare, et dont les coups sur la caisse claire déchirent littéralement. Le son punchy pousse le public à se presser en masse pour découvrir ce band à la vitalité débordante.
Le power trio ne déçoit pas ; il s’en donne à cœur joie tout au long d’un « Doctor » au sonorités post-industrielles mancuniennes voire liverpuldiennes.
Les chansons s’enchaînent à grande vitesse. Les références britanniques sautent aux oreilles tout au long de « Fabulous », « You think » ou encore « Quiet drink ».
Le public danse frénétiquement et dans une communion folle, « Hey Honey » provoque l’exaltation des grands jours.
Les portugaises en ont pris un sacré coup ! Et le sautillant « You can drive » a de quoi ravir les amateurs de ce cocktail vivifiant sonorités de guitare électrique, de batterie et de basse.
Le morceau qui aura l’honneur de clôturer le set de quarante-cinq minutes, « Good morning », mettra tout le monde d’accord. Les crocs de ces louveteaux risquent à coup sûr de laisser des traces indélébiles sur la planète rock !
Autre style, autre ambiance, en compagnie de Fervents. Les musicos doivent accuser à peine la vingtaine et ont déjà acquis une solide expérience.
Le guitariste Ben Baillieux-Beynon, le batteur Sébastien Beaumont et le bassiste Nicolas Berwart pratiquent un garage punk aux influences multiples.
Formé à Liège en pleine pandémie, le trio sort un premier Ep propulsé par le single entêtant « Billy », en 2022. Très vite (début 2023), le groupe retourne en studio pour enregistrer un second Ep réunissant cinq morceaux abrupts aux sonorités poisseuses.
Même si le style est aux confins des goûts musicaux de votre serviteur, force est de constater que brutale et intense, l’expression sonore de la jeune formation semble détenir tous les ingrédients d'une vraie réussite dans un style largement sous représenté dans l'Hexagone.
Grâce à des titres incendiaires proches du grunge, du punk et du hardcore, Fervents parvient à capter l’attention du public. Et ce n’était pas gagné d’avance.
Dans l’univers du metal, Komah est considéré comme une valeur sûre. Un metal qu’il mêle à du hardcore. Il s’est formé en 2007 autour de deux anciens membres de Do Or Die.
Sauvage et implacable, sa musique libère un fameux groove. Ne vous attendez pas à du chant lyrique. Ici, le gars qui se cache derrière le micro vocifère une dialectique qui s’approche davantage du hurlement que du chant. Il sera d’ailleurs soutenu du début à la fin par un drumming féroce et des riffs tempétueux et incendiaires. Mais au cœur des déflagrations électriques, on remarque un penchant pour les prouesses techniques.
Le set est tellement violent et aux antipodes de ce qu’écoute votre serviteur qu’il préfère prendre la fuite afin de se rincer le gosier.
Heureusement, le blues-rock de Sasha & The Lunatics vient apporter un peu de douceur dans ce monde de brutes ! Un quatuor fondé en 2022.
Sous ces airs de Sainte Nitouche, la bien nommée Sasha déborde d’une énergie folle. Dès la plage d’ouverture, « Wacky Lane », la voix de la jeune femme étonne. Elle est, sans conteste, la clé de voûte de cette formation, jeune, certes, mais pleine d’assurance. Mais résumer Sacha and the Lunatics a un grain de voix serait inévitablement réducteur, car la musique de ce combo est susceptible de vous flanquer des frissons, à l’instar de « Cruise Contro », caractérisé par ses riffs saturés. Ou alors lorsque les compos se frottent au psychédélisme, entre énergie brute et grooves sexy.
Sur « Mona » ou encore « Legacy », les influences semblent puisées chez Led Zeppelin, Dorothy et encore Kaleo.
Empreint d’une fausse candeur, la performance scénique de la demoiselle est remarquable, comme sur cette reprise légère et osée de « Human », le titre phare de Rag'n'Bone Man.
Ce soir, Sacha a brillé de mille feux en compagnie de ses fidèles musiciens follement lunatiques.
Place ensuite à Black Mirrors, un quatuor issu du Brabant wallon, drivé par Marcella Di Troia.
Le patronyme du band est tiré de la série anglaise ‘Black Mirror’, dont la trame dénonce les dérives du superflu actuel.
L’influence individuelle de chacun des membres est relativement marquée. Une musique hybride entre le stoner des Queens Of The Stone Age, le garage/blues/rock ‘old school’ pratiquée par Led Zeppelin ou Jimi Hendrix et la coloration psyché/pop de Jefferson Airplane.
Une évidence, l’organe vocal de Di Troia sert de charpente aux compos ! Elle possède une maîtrise parfaite et se sent très à l’aise sur différentes tonalités que ce soit sur « Soap », la plage d’ouverture, « Gunther Kimmich » ou encore « The Mess ». C’est elle qui va capter l’attention du public, bien plus que l’instrumentation. Et ce même si le jeu de guitare de Pierre Lateur apporte une dimension structurelle aux morceaux. Il s’agit d’un musicien qui détient une maîtrise parfaite de son manche. Les accords les plus complexes n’ont aucun secret pour lui.
Marcella s’investit corporellement en ‘live’, ses membres exultant sur chacune des notes. Son corps manifeste des soubresauts à l’entame de « Lost In Desert » ou encore pendant « Tears To Share ». Ses compagnons de route, quant à eux, sont plus réservés et se contentent de laisser vaguer leurs six cordes électriques, laissant entrevoir les portes de l’onirisme.
Le combo s’autorise une reprise du « The Memory Remains » de Metallica que le band américain avait interprété, en 1997, en compagnie de Marianne Faithfull. Crasseux et percutant, le son dispensé dans les frontaux gronde et crache ses décibels.
Au bout d’une heure, au cours duquel le groupe a livré son excellent blues/rock/garage, Black Mirror prend congé d’un auditoire ravi et un peu sonné de cette prestation éblouissante.
La lune a établi ses quartiers au-dessus de la plaine de Baudour, de quoi illuminer le concert du trio anglais The Subways. Un groupe de rock alternatif britannique, originaire de Welwyn Garden City, dans la banlieue de Londres, en Angleterre.
Formé en 2003, le combo compte quatre albums studio, à son actif. A l’origine, le line up impliquait les frères Billy Lunn et Josh Morgan, auquel s’était ajouté l'ex-fiancée de Billy, Charlotte Cooper. Ce n'est pas parce qu’il craignait d’être confondu avec Billy Corgan (chanteur des Smashing Pumpkins) mais bien en hommage à son grand-père, qui lui a acheté sa première guitare, que Billy a décidé de choisir Lunn comme patronyme. Aujourd’hui, c’est Camille Phillips qui siège derrière les fûts.
Dès les premiers accords de « Oh Yeah », une constatation s’impose : le combo n’a rien perdu de son énergie. Et puis, il nous permet de revivre ce rock sauvage, à travers les riffs glorieux, qui a marqué les nineties, si bien incarné par Nirvana, Smashing Pumpkin, Sonic Youth et même Oasis.
« Holiday », « Black Wax » ou encore « We Don't Need Money to Have a Good Time » s’enchaînent à la vitesse de l’éclair.
Mais celle qui focalise l’attention est la bassiste qui s’investit pleinement dans l’explosion des titres.
Très complices, les voix de Lunn et Cooper se complètent à merveille, comme sur ce « Taking All the Blame », caractérisé par cette fausse candeur.
Véritable machine à produire des titres punk-rock aussi réjouissants que nerveux, The Subways s’attise la sympathie du public, d’autant plus que le singer baragouine dans un français approximatif, mais qui produit son petit effet ‘kiss cool’.
Les titres révélateurs parsèment une setlist copieuse, mais bien équilibrée, au sein de laquelle Lunn partage continuellement des anecdotes amusantes avec son public.
L’incontournable « Rock’n’Roll Queen » vient conclure cette prestation épatante au cours de laquelle Billy manifeste une simplicité inattendue en se tapant l’‘incruste’ dans le public.
Une fraîcheur automnale s’abat soudainement sur le site lorsque Tagada Jones débarque sur l’estrade. Il est alors 22 heures 30.
Après l’intro, très vite le combo fait saigner guitares, basse et batterie afin de balancer « Le dernier baril » plein de poudre.
Ces vieux briscards semblent dans une forme olympique. Ça déménage même d’enfer.
La plaine est… pleine à craquer. Même ceux pour qui le punk est mort depuis belle lurette se sont donné rendez-vous à Baudour, afin de revivre des moments vécus au cours de leur jeunesse en s’adonnant aux joies de la danse débridée.
Malgré plus de 30 ans de carrière, cette formation française est toujours aussi contestataire et nous le rappelle bien dès « Je suis démocratie » qui fédère, comme un paquet de frites sauce mayo.
Les assauts électriques fusent sur une rythmique complètement psychédélique. Les titres s’enchaînent (« Nous avons la rage », « Zéro de conduite », « Cargo ») et les remous de la foule, un peu timides au début, se transforment vite en pogos complètement fous.
Le son puissant et métallique de ces sales Jones pousse les plus téméraires à se livrer aux joyeusetés du slam et à se laisser porter par la foule, en étant allongé, jusqu’aux barrières crash, elles-mêmes postées en front stage.
Les propos sont rudes, mais font figure de punchlines, à l’instar de cet excellent « Vendredi 13 » (NDR : il relate les attentats du 13 novembre 2015, qui ont causé 131 morts, 413 blessés, et des milliers de victimes collatérales dans les familles), et dont le refrain est repris par le peuple dans son entièreté, excédé par autant d’ignominie et de bestialité. Comme quoi, la musique a des vertus qu’aucun autre art ne possède.
Les échanges entre Niko (au chant et à la guitare) et le public sont peu nombreux. Peu importe, l’essentiel est porté par Waner préposé à la basse, Stef à la guitare, et Job à la batterie qui repoussent les limites du possible pour pouvoir délivrer le meilleur d’eux-mêmes.
Alors que le set tire à sa fin, « Mort aux cons » met littéralement « Le feu aux poudres ». Un hymne qui traite de l’injustice sociale et dont le refrain entêtant à hurler sans vergogne, provoque un séisme narratif au sein d’une foule pourtant surchauffée.
Tagada Jones se produit déjà depuis une heure trente, le visage de chacun des membres ruisselle de sueur, démontrant que leur investissement n’est pas feint.
La reprise de « Cayenne » de Parabellum sonne le clap de fin, avant qu’une bande préenregistrée diffuse en boucle, durant de longues minutes, le titre-slogan des Berruriers Noirs : ‘La jeunesse emmerde le Front National’. Un groupe que les jeunes de moins de vingt ans ne peuvent évidemment pas connaître.
Une fois de plus, le Park Rock a tenu toutes ses promesses. Un anniversaire fêté comme il se doit, entre simplicité, efficacité et pugnacité, car il en faut de la volonté et du courage pour survivre aujourd’hui dans la jungle des festivals…
(Organisation : Rock Nation + Park Rock)

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