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The Chemical Brothers

Pas toxic twins...

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C'est donc en cette fin de mois de juin que "Surrender", le nouvel album des Chemical Brothers, est supposé s'attaquer à nos petites oreilles déjà mises à mal par le mélange corrosif d'infrabasses et de psychédélisme concocté sur "Dig Your Own Hole", le prédécesseur. Annoncé par un explosif single portant le titre de "Hey Boy Hey Girl", il devrait marquer son époque. Et ça, il n'y a pas que les Anglais qui le disent...

Une fois encore, Tom Rowlands et Ed Simons ont multiplié les collaborations. Sur "Surrender", on retrouve tout d'abord Noel Gallagher d'Oasis, le temps d'un "Let Forever Be" dont le titre autant que la forme constituent une sorte de clin d'oeil aux Beatles. Sur "Dig Your Own Hole", le brother de l'irascible Liam s'était déjà fendu d'un "Setting Sun" pas piqué des hannetons. Bobby Gillespie de Primal Scream et Hope Sandoval, de Mazzy Star, sont également venus poser leur voix délicate sur l'une ou l'autre plage, comme "Asleep For A Day" pour cette dernière, une occasion, au passage, pour les deux compères de s'essayer aux nappes de violons. Après avoir remixé "Delta Sun Bottleneck" de Mercury Rev, ils peuvent désormais aussi s'enorgueillir de la présence de Jonathan Donahue. Autre collaboration originale, celle apportée par Bernard Sumner de New Order sur "Out Of Control", une collaboration qui, aux dires des lascars, "nous a fait flipper au départ parce que nous ne connaissions pas du tout Bernard"...

Le Son Des Sirènes

En quatre ans à peine, les Chemical Brothers auront donc mis pas mal de monde d'accord avec, chose curieuse, une musique essentiellement instrumentale. Producteurs, remixeurs et dj's, Tom Rowlands (tifs longs) et Ed Simons (tifs courts) se sont connus à l'Université de Manchester il y a près de dix ans de cela, sur les bancs d'un cours d'histoire. C'est leur intérêt commun pour le hip hop, la house, la techno et le rock déjanté qui va tout d'abord les pousser derrière les platines. Au passage, ils se baptisent les Dust Brothers, en hommage aux célèbres producteurs américains du même nom, et enregistrent un single, "Song To The Siren". Rien à voir avec la chanson de This Mortal Coil, il s'agit ici plutôt d'une réaction à l'absence de big beats et de... sirènes dans la musique de l'époque! Pour Tom et Ed, les choses vont alors aller très vite. Andrew Weatherall des Sabres Of Paradise s'intéresse à eux. Ils enregistrent deux ep's puis remixent successivement les Manic Street Preachers, Charlatans, Justin Warfield, Leftfield et Primal Scream. Entre-temps, les Dust Brothers les prient poliment de changer de nom après quoi, en mai 95, le duo signe avec Virgin et lance son propre label, Freestyle Dust. Un mois plus tard, après avoir percé dans les charts avec "Leave Home", ils accouchent d'un premier album, "Exit Planet Dust" qui va trouver près de 130.000 acquéreurs rien qu'en Angleterre et en un an à peine.

Par où la sortie?

"Exit Planet Dust" installe la marque de fabrique des faux frères: breakbeats crispants, son hénaurme, instruments trafiqués et une grosse louche de funk. Les Etats-Unis prennent goût à cette nouvelle dance venue d'Angleterre, et les Chemical Brothers se retrouvent dans le trio de tête des exportations en compagnie d'Orbital et d'Underworld. Décidés à ne pas s'endormir sur ces premiers lauriers, ils enregistrent alors un ep mythique, "Loops Of Fury", qui servira par ailleurs de bande-son au jeu "Wipeout 2097" sur PlayStation, puis impressionnent le public dans une série de festivals. L'année 96 est partagée entre leurs activités de dj's, trois remixes dont un nouveau Manic Street Preachers ("Everything Must Go") et les premières plages de leur second album. A l'automne, celui-ci s'annonce par un "Setting Sun" en "duo" avec Noel Gallagher. Résultat des courses: numéro 1 dans les charts brittons. Quelques mois plus tard, ils rééditent leur coup avec "Block Rockin' Beats" annonçant "Dig Your Own Hole", le second opus de leur discographie. Celui-ci se vend comme des petits pains dès sa sortie au printemps 97. Au passage, il est nominé au Mercury Prize et aux Brits en Angleterre. Quant à "Block Rockin' Beats", il décroche un Grammy aux States, catégorie... "Best Rock Instrumental". L'an dernier, c'est à nouveau aux dancefloors qu'ils se sont consacrés, enregistrant "Brothers Gonna Work It Out", un "dj mixup" balayant leurs influences, du hip hop à la techno en passant par le rock'n'roll et l'acid house. Depuis, discrétion totale, jusqu'à aujourd'hui, avec "Surrender"...

Tom est une fille...

Sous leurs airs d'olibrius, Ed Simons et Tom Rowlands viennent donc de redorer le blason de l'electronic dance music britannique. Leur carte de visite s'allonge de disques et de prestations sismiques. Depuis quelques mois, elle renseigne aussi une bien amusante anecdote... Séduit par "Private Psychedelic Reel", un titre signé par les frangins chimiques qu'il avait entendu dans un club d'Osaka, un couple de Japonais a décidé de baptiser ses deux premiers enfants en souvenir de cet émouvant moment. Les jumeaux se nomment désormais Ed Simons Yamauchi pour le garçon et... Tom Rowlands Yamauchi pour la fille! Plutôt que de s'étendre sur cette incongruité, les heureux "parrains" préfèrent expliquer leur perception de la musique: "Nous aimons tout les deux une musique, de préférence jouée à fort volume, qui nous transporte ailleurs. C'est une sorte d'expérience psychédélique qui donne un tour inattendu à notre vie de tous les jours, sans l'aide d'une quelconque substance"... Puisqu'ils vous le disent!

Version originale de l'interview parue dans le magazine Mofo n° 74 de juin 99

 

Quickspace

Un mélange de nature et de consumérisme?

Écrit par

Fondé en 1995 par le compositeur, guitariste et leader spirituel, Tom Cullinan et le bassiste, Sean Newsham, Quickspace a perdu en chemin son Supersport, puis tous les autres musiciens. Qu'ils ont remplacé assez facilement, il faut le souligner, mais sans que la musique ne souffre de ces changements de line up. Sean est, en outre, propriétaire du label Kitty Kitty Corps. Un atout supplémentaire pour ce toujours quintette londonien, qui mériterait un autre statut que celui de culte underground. Et leur dernier album, " Precious falling ", sorti l'an dernier, en est la plus belle illustration. Tom et Sean à l'interview, c'était donc plus qu'un choix, mais une nécessité…

Pourquoi Quickspace a-t-il perdu son épithète Supersport, en 1996 ?

S : Parce qu'il était grand temps de l'éliminer. De toutes manières, les journalistes l'auraient fait, un jour, à notre place. Les gens ont une tendance naturelle à raccourcir un nom dès qu'il leur semble un peu trop long…

T : Au sein du groupe, on devisait rarement de Quickspace Supersport, mais plus simplement de Quickspace. En fait, cette épithète ne servait rien. Le nom était trop élaboré. Mais ce que je n'ai jamais trop bien compris, c'est pourquoi le public ne l'a pas laissé tomber avant nous…

Qu'est-ce qui a fondamentalement évolué au sein du groupe, depuis deux ans ?

S : Notre âge. Nous avons deux ans de plus. Mais nous avons aussi enregistré le remplacement de quelques musiciens, ce qui a inévitablement entraîné une évolution de notre style musical.

T : Le premier line up a donné tout ce qu'il avait dans le ventre. Nous affichions des attitudes différentes, notamment au niveau des besoins et des ambitions. Aujourd'hui, nous sommes passés au chapitre suivant. Au départ, on a imaginé Quickspace comme un ensemble solidement défini, par une structure de base, autour de laquelle des tas d'invités pourraient se joindre, au gré des circonstances. Un peu comme un groupe à géométrie variable. Finalement, ce projet a toujours été plus solide que nous ne le pensions. Mais ces changements de line up ne sont pas toujours faciles à gérer, même s'ils se révèlent, au bout du compte, plutôt enrichissants pour permettre à une formation d'évoluer…

S : Nous avons eu de la chance, car ces perturbations ont été très bénéfiques ; surtout à l'esprit d'équipe…

The Faith'n Healers était le groupe précédent de Tom, un groupe à vocation plus métallique, plus heavy, à la limite du grunge. Avec le recul, comment évalues-tu cette période ?

T : On s'amusait beaucoup, rien qu'à brancher une guitare et à en tirer le meilleur parti possible. On faisait tout ce qu'on voulait. Enfin, presque. Le plus possible, quoi. Mais au bout d'un certain temps, on doit pouvoir s'arrêter et se remettre en question. Sans quoi on tombe dans la routine…

Comment réagissez-vous face aux fréquentes comparaisons, effectuées dans la presse, entre la musique de Quickspace et celle de Stereolab ?

S : Ce sont les élucubrations de journalistes stupides…

T : C'est vrai qu'on en a marre de toutes ces comparaisons primaires. Je suppose que c'est par fainéantise que les journalistes cultivent ce type de comparaison. Et nos copains de Stereolab partagent certainement notre avis, à ce sujet… Il s'établit souvent une certaine sympathie entre les groupes qui appartiennent au même label. Autrefois, nous les rencontrions régulièrement. Mais aujourd'hui, nous ne nous voyons presque plus. Nous sommes cependant toujours en bons termes avec eux. Mais en général, lorsqu'ils sont en studio, nous sommes en tournée, et vice versa…

Peut-on dire que la musique de Quickspace est à la fois psychédélique, cosmique et visionnaire ?

T : Ca fait beaucoup de choses à la fois ! Je ne pense pas qu'elle soit visionnaire, même si je reconnais qu'on y voit beaucoup de choses (rires)…

Lesquelles ?

S : En fait, nos observations sont plus hallucinatoires que visionnaires. Nous ne sommes pas des prophètes. C'est un exercice difficile, parce qu'il exige un travail à la limite du monde au sein duquel on vit. Visionnaire veut dire voir quelque chose, à moins que quelqu'un d'autre devine ce que vous pressentez. Je sais ce que je veux dire, mais je parviens difficilement à l'exprimer. En fait, c'est un sentiment qui vous tombe dessus sans crier gare, et lorsque vous vous en apercevez, vous en faites ce que bon vous semble. Finalement, c'est un peu l'antithèse de la perspective visionnaire. Nous avançons à tâtons, en espérant qu'une idée émerge. Et lorsqu'elle n'est pas bonne, nous l'écartons et remettons notre métier sur notre ouvrage…

Apparemment, vos textes n'ont qu'un rôle secondaire au sein de vos chansons. Une explication ?

T : C'est exact ! Pour nous, ils doivent simplement enrichir les mélodies, pas les supplanter. Si on met trop l'accent sur les paroles, ils volent la vedette à la mélodie. Ce qui est judicieux pour Bob Dylan, Léonard Cohen, et ce type de chanteur, ce n'est pas notre truc. Ce qui nous intéresse le plus, c'est le son des instruments dans leur ensemble. L'orchestration si tu préfères. Ni les paroles, ni l'instrumentation ne peuvent devenir envahissantes. Nous recherchons la complémentarité de toutes les composantes de notre musique, y compris les parties vocales…

Quelle place réservez-vous à l'improvisation dans votre musique ? Live ? Et en studio ?

T : L'improvisation est une technique merveilleuse. Mais en général, nous n'y avons recours que " live ". En fait, lorsque nous improvisons en studio, c'est pour écrire de nouvelles chansons. Mais en public, nous apportons un plus à la chanson, plutôt que de la transformer. Pour être honnêtes, nous ne sommes pas des experts dans ce domaine. Nous avons besoin de structures ; l'impro se résume à donner la répartie instrumentale. Mais en général, nos standards, sont assez figés.

S : Disons que nous improvisons endéans certains paramètres bien définis…

Pourquoi y a-t-il deux versions différentes de " Quickspace happy song ", sur votre dernier album ? Est-ce un exercice de style ?

S : Non, non, ce ne sont pas deux versions différentes d'une chanson. Ce sont deux chansons différentes !

Pourquoi le mot " mountain " revient régulièrement dans le titre de vos chansons ?

T : Parce qu'il s'agit de la même chanson interprétée différemment. Que ce soit " The precious mountain ", " The mountains wolves " ou " Goodbye mountain ". La mélodie est identique. La première composition est la version originale. Plus lente, la deuxième se déroule comme une bande son, avec des cordes superposées aux claviers. La troisième est une adaptation folk un peu loufoque, que Shaun et moi même avons agrémentée de petits gadgets insolites, et notamment des clochettes…

Est-ce que la deuxième version de " Precious mountain ", enregistrée en 1997, est un hommage à Enio Morricone ?

T : Oui, on aime beaucoup la bande sonore cinématographique, et en particulier celle d'Enio Morricone.

Pas encore eu l'idée d'en composer ?

S : Si, mais jusqu'à ce jour, nous n'avons pas eu de proposition concrète pour y être associée.

Vous avez participé à l'émission de John Peel en octobre 98. Une bonne expérience ?

T : Pour être honnête, pas vraiment ! Nous adorons John Peel, c'est quelqu'un de formidable, mais cette aventure fut loin d'être une réussite.

Pourquoi ?

S : En fait, nous souhaitions réaliser quelque chose de nouveau. Mais nous sommes beaucoup trop habitués à évoluer dans notre studio. Aussi, lorsque nous ne sommes plus dans nos meubles, nous avons d'énormes difficultés à tenir la rampe…

On ne doit donc pas espérer de " Peel session " consacrée à Quickspace ?

S : Non, le résultat était nettement insuffisant, et puis surtout le son était trop terne. Cette expérience reste pour nous un échec…

Les illustrations de la pochette de votre album sont exclusivement consacrées à des arbres. Vous avez un message écologiste à faire passer ?

T : C'est assez long à expliquer. En fait, tous les membres du groupe rêvent d'un monde plus clean. Mais paradoxalement, nous continuons à utiliser des camions, camionnettes ou empruntons des avions pour nous déplacer. On aggrave, en quelque sorte, la pollution. Nous sommes des consommateurs, et par conséquent nous serions hypocrites de nous proclamer de purs écologistes. Evidemment, nous souhaitons, au plus profond de nous même, que le monde soit moins pollué. Mais pour atteindre cet objectif, il faudrait que les gens au pouvoir se préoccupent sérieusement du problème. A notre niveau, nous n'avons aucun pouvoir. Nous aimons les arbres et la nature. Quickspace est en quelque sorte un mélange de nature et de consumérisme…

Sean tu es le propriétaire du label Kitty Kitty Corps. Tu le réserves uniquement à Quickspace ?

S : Non, non. Novak et Ligament viennent d'ailleurs d'enregistrer un nouvel album en nos studios. Des disques qui devraient sortir début 99. Tout comme celui de Penthouse, d'ailleurs, un groupe qui après avoir transité par quelques labels est finalement atterri chez Kitty Kitty Corps. Au départ, la raison d'être de ce label était de soutenir Quickspace; mais au fil du temps, nous avons changé notre fusil d'épaule, en y adjoignant d'autres formations, en leur permettant de travailler dans nos studios, en enregistrant leur création, en sortant leurs disques, en faisant leur promotion, en leur donnant des conseils, et en assurant le suivi. Tout ce que nous pouvons faire pour les aider. De manière à ce qu'ils puissent réaliser leur objectif. C'est une réelle satisfaction pour nous de pouvoir aider d'autres artistes. Parce que chaque disque a sa valeur intrinsèque, ses propres mérites. Et j'en suis très heureux.

Pas trop difficile de cumuler les fonctions de manager, de production et de musicien ?

S : Ce job est full time, et on a absolument intérêt à bien gérer son temps. Heureusement que je peux compter sur Tom. Lorsque je me consacre à un groupe qui travaille en studio, Tom vaque à d'autres occupations, comme par exemple celle de préparer la sortie de l'album. On se relaie constamment en apportant mutuellement notre propre expérience. Une anecdote ? Lors de l'enregistrement de l'album de Novak, il se tapait la cuisine…

Quelques réactions bien tranchées :

Tortoise ? Bon, jazzy.

Labradford ? Connais pas !

Mogwai ? Dynamique.

Spacemen 3 ? Une réelle source d'inspiration !

Sonic Youth ? De la merde, pardon, de l'art rock !

La new age ? De la musique pour néo hippies !

Neu, Can, Faust et le " krautrock " en général ? Germanique !

Merci à Vincent Devos

(Version originale de l'interview parue dans le n° 71- mars 1999 - de Mofo)

 

Idlewild

Une combinaison à quatre secrets...

Écrit par

Après avoir lu tout ce qu'on a pu raconter sur ses prestations scéniques, il était assez facile d'imaginer que ce quatuor écossais cultivait une image de groupe punk pur et dur. Dans l'esprit de Manic Street Preachers circa " Generation terrorists ". Après avoir écouté leur deuxième album, " Hope is important ", et surtout rencontré le guitariste, Rod Jones, puis le chanteur lyriciste, Roddy Wooble, il a fallu revoir, ce qui n'était finalement qu'une accumulation de préjugés. Rod et Roddy, pourtant méchamment grippés, se sont d'ailleurs relayés pour chasser de notre esprit, tout ce qui aurait pu encore nous permettre d'en douter…

Idlewild symbolise-t-il, quelque part, le futur du punk ?

Rod : Je ne pense pas que nous soyons un groupe punk. Mais plutôt pop. Noisy pop, pour être pus précis. Enfin, pour l'instant. Parce que nous sommes toujours aussi incapables de prédire l'avenir. Faudrait voir comment nous allons évoluer et surtout à quoi ressemblera notre prochain album…

Franchement, j'ai du mal à voir Idlewild dans la peau de My Bloody Valentine ou de Jesus & Mary Chain !

Rod : A nos débuts, nous véhiculions l'image d'un groupe dévastateur, incapable de jouer sur plus de trois cordes. Je crois que c'était un peu exagéré. Il est exact que nous ne faisions pas dans la dentelle, mais nous avons toujours accordé beaucoup d'importance au sens mélodique. La mélodie, pour nous, a toujours été primordiale, même lorsqu'elle est sculptée dans le bruit. Car il est excessivement rare de composer une bonne chanson, si au départ, on ne dispose pas d'une bonne mélodie…

Roddy est le responsable des lyrics ; mais qui s'occupe de la musique, au sein du groupe ?

Rod : Pour l'enregistrement de cet album, je me suis pointé avec les mélodies échafaudées à la guitare, et Roddy y a mis les mots. Bob a ajouté les parties de basse et Colin les drums. Chacun joue en quelque sorte sa propre partition. Ou plus exactement, nous fonctionnons comme une combinaison à quatre secrets. C'est ainsi que nous élaborons nos chansons. Faut dire que nous avons tous des sensibilités musicales différentes. A l'origine, nos influences gravitaient autour de quatre axes. Sonic Youth, dEUS, Nirvana et Pavement. Mais comme elles ont évolué, notre musique a également évolué. Parce que nous apportons tous notre propre contribution au processus d'écriture. C'est peut-être également la raison pour laquelle, nous ne sonnons pas nécessairement comme un autre groupe. Si nous écoutions tous les mêmes artistes, il est probable que nous leur ressemblerions

Pourtant, dans un magazine britannique, j'ai lu dernièrement que votre musique était très proche de celle d'un Fugazi qui aurait mangé de la viande. Je suppose que vous n'êtes pas végétariens ?

Rod : Non, pas du tout !

Que penses-tu de cette allusion ?

Rod : Rien ! Je trouve à la fois bizarre, mais en même temps flatteur d'être comparé à de bons groupes. Surtout, lorsque nous les apprécions tout particulièrement. Mais sincèrement, je ne vois pas du tout l'utilité de ce type de comparaisons.

Qui est ce 'captain', régulièrement évoqué dans vos chansons ?

Rod : Notre producteur…C'est son surnom !

Etes-vous angoissé par l'incertitude du futur, comme le sous-entend la chanson " A film for the future " ?

Rod : Nous sommes plutôt en prise avec le temps présent. Si tu es perpétuellement tracassé par tout ce qui peut t'arriver, tu risques de devenir fou. Le futur n'est pas, pour nous, une obsession. Personnellement, je me concentre sur le quotidien. A chaque jour suffit sa peine…

En intitulant votre album " Hope is important ", vous accordez quand même de l'importance à l'espérance, donc à l'avenir. Mais qu'attendez-vous réellement du futur ?

Rod : Nous souhaitons enregistrer de bons albums. Et j'espère que le prochain sera meilleur que celui-ci. Mais j'aspire surtout que nous progressions, afin que notre aventure, en tant que groupe, puisse se poursuivre le plus longtemps possible…

Et si on parlait un peu de Roddy (NDR : d'autant plus qu'il n'est pas encore arrivé, et que le stock de questions commence à s'épuiser…) En écrivant " Paint nothing ", pensait-il nostalgiquement aux copains qu'il avait fréquentés à l'école des beaux-arts ?

Rod : Oui, je le crois. Roddy a notamment composé plusieurs chansons sur cet album, consacrées à des aventures qui sont arrivées à des personnes qu'il côtoyait. Il tient cependant à rester le plus vague possible dans ce domaine, de manière à permettre à chacun de pouvoir en avoir sa propre interprétation.

Pourquoi une chanson est un mensonge magnifique (NDR : par référence à la chanson " A song is beautiful lie ") ?

Rod : Je n'en sais rien, il vaut mieux écarter cette question… (NDR : heureusement Roddy Wooble arrive. Juste le temps des présentations d'usage, de reformuler la question, et l'entretien peut se poursuivre…)

Roddy : Il s'agit simplement d'une locution, comme en trouve des tas dans nos chansons. " I am a message " en est une autre. Et tu as certainement dû également te poser le même type de question, à son sujet. En fait, chacun est libre d'en retirer sa propre signification. La plupart des lyricistes imaginent souvent que ce qu'ils disent a valeur d'évangile. Pour nous, pourvu que nous puisions faire passer un feeling, une émotion, peu importe que nos textes aient une signification différente chez l'auditeur.

Roddy, est-ce que ton journal intime est une source d'inspiration pour tes lyrics ?

Roddy : Non, il s'agit plutôt d'un aide-mémoire. Je ne m'en sers pas pour écrire les chansons. Enfin, pas directement. En fait, ce journal ne sert qu'à consigner mes observations personnelles sur tout ce qui se passe autour de moi. Tu penses qu'il serait intéressant de plaquer de telles annotations sur des accords ?

Tu es également attiré par l'art en général. La photographie et le dessin en particulier. Considères-tu la musique comme un tremplin pour ces activités artistiques ?

Roddy : Lorsque tu fais partie d'un groupe, tu as l'occasion de te frotter à tout ce qui touche à l'art. Aussi bien en dessinant une pochette qu'en prenant des photos, en réalisant une vidéo, en écrivant des lyrics ou en composant de la musique. C'est ce qui m'intéresse. Parce que lorsque tu écris un bouquin, tu ne vois pas la réaction des gens. Tandis que lorsque tu sors un disque, celle des auditeurs est immédiate…

Au cours de ta jeunesse, tu as vécu successivement en Amérique et puis en France. Est-il exact que tu refusais de fréquenter l'école ?

Roddy : En fait, à l'époque, j'étais très jeune. Et le système de scolarisation ne me convenait pas. Et c'est ma mère, qui était prof, qui s'est alors chargée de me dispenser les cours…

Ce séjour aux States explique-t-il ta passion pour la musique country ; et en particulier pour des groupes ou des artistes tels que Tom Waits, Gram Parsons, Smog ou Will Oldham ?

Roddy : Pas vraiment. Lorsque j'ai vécu aux Etats-Unis, je ne prêtais pas tellement attention à la musique. A la limite à l'une ou l'autre chanson populaire. En tout cas, cela n'a pas trop dû me marquer. J'aime la musique country parce que je la ressens au plus profond de moi-même. Plus tu écoutes cette musique, plus tu te sens capable de séparer le grain de l'ivraie ; et lorsque tu parviens à en faire le tri, tu cherches à te l'approprier…

En tant que grand fan de REM, que penses-tu de leur dernier album ?

Roddy : J'aime beaucoup REM. En plus de 20 années d'existence, il a toujours fait preuve d'une qualité constante. Le dernier album est différent, c'est vrai. Mais je l'aime autant que les autres. Parce qu'il est avant-gardiste et exige une certaine tournure d'esprit pour véritablement être apprécié. Une faculté d'adaptation pas toujours évidente à acquérir…

Merci à Vincent Devos.

(Version originale de l'interview parue dans le n°72 - avril 1999 - de Mofo)

 

 

Natacha Atlas

Transglobal Overground

Écrit par

Superstitieuse, Natacha Atlas considère que le chiffre trois lui porte bonheur. Trois, c'est également le nombre d'albums solo que cette bruxelloise de naissance et vocaliste de Transglobal Underground a enregistrés à ce jour, "Gedida" étant le petit dernier en date. Certains l'ont donc classé pile entre l'option dance et les mélopées arabisantes qui partageaient "Halim" et "Diaspora", ses deux précédents opus. 

Doit-on comprendre que tu as tourné le dos à l'esprit de tes deux précédents albums qui n'étaient pas des produits réellement commerciaux?

Non, les deux précédents n'étaient pas vraiment commerciaux. Je n'y chantais par exemple ni en français ni en anglais, mais la plupart du temps en arabe. A priori, c'est une démarche qui peut avoir l'air anti-commerciale quand on est signée comme moi sur un label basé en Europe... Sur "Gedida", j'ai enregistré une chanson en français et je chante pour la première fois en anglais, mais toujours dans mon style, avec mon attitude. Bien que le feeling soit resté oriental, le public francophone par exemple pourra y entrer de manière plus immédiate.

Trans, Plant & Page

Comment es-tu perçue par les artistes des pays du Moyen-Orient?

De manière très variée selon les endroits. J'ai ainsi eu l'occasion de me rendre au Liban et je sais donc que j'y suis appréciée. En Jordanie également, même si ma réputation y est bien moindre. En Egypte, par contre, c'est surtout des artistes que je suis connue, et certaines pop-stars comme Hakim connaissent bien mon travail. Ce dernier prépare d'ailleurs en ce moment un album qui rappelle les miens par certains égards, notamment parce qu'il aime ce que je fais. Il a aussi voulu que Tim, de Transglobal, travaille avec lui sur les arrangements des cordes... arabes! 

Arriver à se faire connaître dans un pays comme l'Egypte ou l'identité culturelle est aussi forte, c'est plutôt pas mal...

Puisqu'on parlait de Hakim, je trouve fantastique qu'il s'intéresse à de nouvelles sonorités. C'est quelqu'un qui aime l'aventure. Il sait que la musique égyptienne n'a pas évoluée depuis 20 ou 30 ans. En fait, elle est carrément devenue ennuyeuse! Sauf pour le public local qui est non seulement très difficile à convaincre, mais qui est en plus devenu conservateur et qui souffre toujours de ce complexe de supériorité hérité des années 50 et 60. A l'époque, c'est vrai, la culture musicale égyptienne signifiait réellement quelque chose et était vraiment 'en avance' sur celle des pays voisins. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas. Ce conservatisme est en partie dû au fait que la liberté d'expression n'y est pas vraiment encouragée, ce qui freine évidemment tout développement artistique.

Que penses-tu de l'intérêt marqué par certains artistes occidentaux pour la musique arabe? Jimmy Page et Robert Plant, par exemple, qui ont emmené Transglobal en tournée?

La plupart du temps, si l'intention de ces artistes est bonne, le résultat n'est pas vraiment heureux. On dirait bien souvent qu'il manque un ingrédient dans leur recette. Bien sûr, tout dépend de qui il s'agit. L'intérêt pour la musique arabe manifesté par Jimmy Page et Robert Plant est réel, bien connu et ne date pas d'hier. Ils la respectent, mais ne viennent pas de cette tradition. Pour bien la comprendre, saisir ses racines, je crois qu'il faut s'y être dévoué pendant de longues années, comme certains très bons joueurs de oud qui ne sont pas arabes. Transglobal Underground l'a fait et la meilleure preuve en est cette collaboration avec Hakim. Et tout cela, sans divorcer de la pop occidentale, ce qui est encore moins évident. Page et Plant sont des rockeurs et ne prétendent pas autre chose. Leur but n'est pas non plus d'intégrer la musique arabe. Sur un titre comme "Most High", ils utilisent des éléments marocains dans une sorte de séquence que j'ai eu l'occasion d'entendre plusieurs fois pendant leur tournée. J'avais un peu de mal à accrocher au départ, mais je m'y suis faite... Aussi parce que ça me rappelait certains titres de Led Zeppelin que ma mère écoutait à quatre heures du matin...

World Family

Tes racines sont très diverses. Tu t'es même un jour décrite comme une 'bande de Gaza humaine'...

Disons que je me sens anglo-arabe, entre l'Orient et l'Europe. Je suis née à Bruxelles, j'ai été à  l'école en Angleterre, et ma famille est originaire de Meknes, au Maroc, d'où elle a essaimé. En Palestine, en Egypte, en Europe, j'ai même un oncle qui vit au Brésil. La Seconde Guerre Mondiale et les années qui ont suivi ont poussé mon grand-père à cacher en quelque sorte ses origines juives sépharades. A l'aube du 21ème siècle, je crois qu'il n'y a plus vraiment de raison de taire ainsi ses origines. Moi, je me sens bien par rapport à elles, d'où mon 'coming out'...

Sur le plan religieux également?

L'héritage familial légué par nos ancêtres inclut trois religions: le judaïsme et l'islam, ainsi que la religion chrétienne du côté de ma mère. J'ai toujours été libre de choisir, parce que mes parents se sont continuellement intéressés à différentes philosophies religieuses. Eux-mêmes se sont essayés à diverses expériences philosophiques. Moi, j'ai choisi d'être musulmane. 

Et tes racines bruxelloises?

Même si je suis née à Bruxelles et si j'y ai passé quelques années, j'éprouve beaucoup moins d'affinités qu'il y a 8 ou 9 ans. Le Bruxelles de l'époque n'existe plus pour moi. Beaucoup d'endroits où j'allais, où je travaillais, ont disparu. Pas mal de mes connaissances sont retournées au Liban ou au Maroc. J'ai juste encore un peu de famille ici, et quelques cousins ou tantes...

Interview parue dans le n°71 du magazine Mofo de mars 1999

 

Dream City Film Club

Un éloge de la joie dans la mort?

Écrit par

Michaël John Sheehy, Andrew Park et Laurence Ash sont des personnages à la fois ouverts, cultivés et intarissables. Ils viennent, en outre, de sortir leur deuxième album, " In the cold light of morning ". Un disque fort intéressant, dont l'éclectisme peut pourtant se révéler dérangeant. Dream City Film Club ? C'était également le nom d'un cinéma pornographique de Londres, qui a brûlé, voici déjà quelques années. Mais pourquoi avoir opté pour un nom pareil ?

Michaël : Ce n'était pas à Soho, mais à Smithfield, dans le vieux Londres, près de Saint Paul et de la London City des banques. Une ancienne halle aux viandes de l'époque Henry II et de l'église St Bartholomé qui abritait un cinéma et un club porno, exclusivement réservés aux hommes. Probablement un truc gay. Il a été incendié par un type qui s'était fait jeter dehors. Et pour se venger, il est revenu balancer un cocktail Molotov sur l'immeuble. Tout a cramé, et personne n'a pu échapper au brasier… pas même ceux qui ont essayé d'éteindre les flammes… la queue en main… Cette tragédie a inspiré le choix du nom de notre groupe. D'abord, parce qu'en exerçant une sorte de fascination X, il collait bien aux chansons de notre premier album. Ensuite, parce que notre musique épouse un profil cinématographique qui pourrait convenir à la musique d'un film. Enfin, parce que Dream City Film Club est un enchaînement de mots, qui dans notre esprit, définissait le mieux la nature du groupe : les rêves, la ville, les films et les clubs.

Andrew : As-tu déjà entendu parler de l'écrivain Italo Calvino. Tu lui ressembles (NDR : ah bon !). Il est l'auteur des " Villes invisibles " (NDR : un bouquin publié en en 1972). Dream City Film Club compose des nouvelles assez brèves, qu'il aurait pu écrire

Le booklet de notre nouvel album est illustré par des photographies d'animaux morts, probablement empaillés. Y a-t-il un message symbolique derrière ces images ?

M. : Oui, celle des dinosaures du rock'n roll dont le regard mélancolique est resté figé… Le lapin, le chevreau ou le vison ont tous la même expression dans le faciès… Comme si c'était des natures mortes. Et nous pensons qu'elles sont belles.

Lawrence : C'est un peu comme s'il elles avaient rencontré la béatitude. Une célébration, une fête, un éloge de la joie dans la mort…

Le line up du combo me semble un peu élastique. Vous étiez quatre à vos débuts, trois lors de l'enregistrement d' " In the cold light of morning ", et de nouveau quatre pour accomplir cette tournée. Y a-t-il une explication à cette géométrie variable ?

A. : A l'origine, nous étions quatre, dont un deuxième guitariste. Mais il n'était pas très bon, et nous l'avons remercié. Bien que nous ayons fait appel à un violoniste, un saxophoniste et aussi à des choristes, le deuxième album de Dream City Film est à mettre au crédit du trio. Et l'excellent soliste que tu as pu voir ce soir est un musicien de studio que nous avons choisi pour accomplir cette tournée…

Votre nouvel opus est partagé entre compositions métalliques, presque punk, dans l'esprit de l'urban rock du Detroit de la fin des sixties, une ligne de conduite que vous semblez d'ailleurs privilégier " live ", et d'autres beaucoup plus atmosphériques, comme hantées par la musique country. Pourquoi une telle variété de styles pour un seul groupe ?

M. : Ces formations qui coulent invariablement leurs chansons dans un même moule à la con, me font chier. Tout comme les médias britanniques qui n'accordent pas aux groupes le droit de changer de style. Parvenir à élargir ton champ de vision, en te montrant plus éclectique, c'est quand même plus excitant, non ?

A. : Il est exact qu'on se reconnaît dans le son de Detroit. Mais ce n'est pas restrictif. Disons avec du noir et blanc dans les cheveux, qu'on secoue… (rires)

Le NME déclarait récemment que les comparaisons établies entre le DCFC et Joy Division ou Nick Cave étaient évidentes, mais pas nécessaires. Que pensez-vous de cette réflexion ?

M. : Je connais très mal Joy Division. J'ai peut-être eu l'occasion d'entendre deux ou trois de leurs chansons. Mais je ne vois vraiment pas ce qui nous rapproche de ce groupe. Par contre Nick Cave a certainement eu, quelque part, une influence sur notre musique. Il a puisé au sein de styles différents, et notamment dans la country, le gospel, le blues et le jazz, pour créer quelque chose de personnel, et surtout susceptible d'évoluer. Nous partageons cette manière de voir les choses. Iggy Pop est également quelqu'un d'important pour nous, parce que c'est un blanc qui s'est toujours exprimé à travers une musique noire. Enfin presque. Il est plus agréable d'être comparé à des artistes de cette trempe, plutôt qu'à Stereophonics, ou des groupes de cet acabit. Chez DCFC, nous voulons aller au delà de cette dimension, en y apportant notre touche personnelle. Nous avons choisi un style. Une façon de véhiculer ce style. Une façon de le concevoir. Et une manière de l'exprimer. Propre à nous trois. Parce que nous sommes nous-mêmes.

En écrivant " Stooge ", vous vouliez donc rendre un hommage à Iggy Pop, lorsqu'il était encore flanqué des frères Asheton ?

M. : Oui, c'est exact. Mais aussi parce que nous avions envie de prendre notre pied, en studio. Malheureusement, cet épisode a déclenché un flot de critiques. En fait, on nous a reproché de vouloir piller le passé d'Iggy Pop. N'importe quoi ! Nous l'avons fait pour le fun. Alors, je n'arrive pas à comprendre pourquoi on a fait un plat de toute cette affaire ?

A. : D'autant plus que d'autres avaient déjà opéré le même exercice dans le passé. Mais parce que c'était DCFC, ce n'était pas bien. Ces réactions nous ont vraiment foutu les boules…

Les rythmes tribaux d'Iggy et de ses Stooges, doivent vous toucher au plus profond de vous même, et en particulier Laurence, le drummer ?

L. : Ouais ! Notre musique flaire le sexe. La baise, quoi. En fait, copuler est un des instincts basiques de l'être humain. C'est pour cela que notre musique recèle des aspects tribaux. Elle te prend en dessous de la ceinture. Notre musique est à la fois une affaire de cul et de cœur. Et de tout ce qui se trame entre les deux. N'importe quel bon musicien ou bon artiste est déchiré par ce combat perpétuel entre le haut et le bas (NDR : traduction littéraire : entre le corps et l'esprit). Et la façon dont il l'exprime. C'est cet esprit que nous essayons de préserver. Celui qui nie cette évidence contribue à l'extinction de la race humaine. Or nous voulons qu'elle survive…

A. : Et ce n'est pas l'apogée des ordinateurs qui y changera quelque chose. Car, un jour, ils seront dépassés, à leur tour. Mieux, ils péricliteront. Tant qu'à faire, il vaut mieux empoigner une gratte sèche, s'asseoir derrière des drums et dénicher l'un ou l'autre instrument acoustique, quitte à jouer 'à l'arraché'…

L. : Nous n'avons recours aux amplis que par nécessité…

M. : Il y a des gens qui pensent que l'électronique a une âme. Nous pas. Il n'y a rien d'humain dans une machine. Ce qui ne veut pas dire que nous n'y avons pas recours. Mais avec circonspection. En fait, lorsqu'un effet technologique ne contient pas suffisamment d'âme, nous l'éliminons. Nous sommes des gens qui privilégions l'émotion. Il y a des groupes qui peuvent compter sur de très bons musiciens, mais qui travaillent en pure perte. Lorsqu'on monte sur scène, c'est pour faire passer quelque chose, un feeling au public. Je crois qu'il est surtout important de rencontrer les bonnes sensations. C'est à quoi nous voulons arriver. Avec ce deuxième album, nous sommes parvenus à atteindre de nouvelles émotions, une certaine grandeur d'âme, alors que sur le premier opus, on n'était nulle part. Et c'est en reconstruisant sur notre merde qu'on est parvenu à un résultat…

Lorsque vous avez écrit " Billy chic ", vous vouliez faire une ode à la cocaïne ?

M. : Non, pas du tout. La cocaïne n'est pas une drogue créative. Elle permet simplement aux mecs d'avoir l'illusion d'être Dieu, lorsqu'ils sont sur scène. Ce n'est pas du tout un produit que j'ai envie d'essayer. Parce que si j'atteins un jour la spiritualité ultime, ce ne sera pas avec de la came. En fait, celui qui en prend n'est pas bien dans sa peau. N'a guère confiance en lui. Estime qu'il est piètre chanteur ou mauvais musicien. J'ai un bien meilleur opinion de moi-même. Ce qui explique pourquoi je pense pouvoir arriver à cet état d'élévation de l'âme, sans avoir recours à ces artifices. " Billy chic " n'a rien à voir avec un quelconque éloge de la drogue, et de la cocaïne, en particulier. Il s'agit en fait, d'un état des lieux des médias en Angleterre. La cocaïne, est un voyage très onéreux destiné à te réduire à l'état d'épave. C'est de la merde, de toutes façons. Et une épave est incapable de créer, tombe dans la dèche, n'est plus qu'un pauvre type sans talent, dont on a même oublié l'existence. Et cela, c'est la pire des choses qui pourraient m'arriver.

Qu'est ce qui est gothique chez Dream City Film Club ?

A. : Rien ! Et si tu penses que nous sommes gothiques, alors on va se chamailler !

M. : Ce matin, nous nous sommes réveillés à Gand. Une ville dont l'architecture est gothique. Leurs architectes bâtisseurs étaient gothiques. Les artistes des années 80, qui jouaient du phaser, en ajoutant un peu de reverb derrière, n'avaient rien de gothique. Nous ne croyons que dans le gothique d'il y a 800 ans. Donc, quand tu me parles de gothique, c'est à cet art que je pense…

Pourtant, DCFC a une tendance à explorer la face la plus sombre, la plus pessimiste de la nature humaine ?

M. : Oui, mais c'était dans le passé ; et en particulier sur le premier album. Notre volonté est de se débarrasser le plus rapidement possible de cette image ténébreuse. En fait, il est plus facile d'écrire au sujet de choses tristes. C'est comme un trou noir qui vous aspire. Notre prochain album sera plus éthéré, davantage enclin à une forme d'élévation de l'âme…

Vous préférez sans doute troquer cette image noire contre de l'humour noir, je suppose ?

M. : Evidemment, parce que les gens prennent tout trop au sérieux. Ils sont horrifiés par ce qu'on raconte, car ils prennent tout au premier degré. Et cette situation nous amuse…

Merci à Vincent Devos.

(Version originale de l'interview parue dans le n° 73 - mai 1999 - de Mofo)

Skunk Anansie

Mais ce sont les brady bunch!

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Le quatuor emmené par la charmante Skin a de la chance! C'est elle qui le dit. Il se passerait, entre la demoiselle et ses trois petits camarades, cette sorte d'alchimie dont peu de groupes peuvent se vanter. De celles qui cimentent ses membres qui en deviennent alors autant des amis que des collègues. C'est peut-être pour cette raison qu'au bout de trois albums ("Post Orgasmic Chill" étant le récent et dernier en date), les Londoniens n'ont pas perdu une once de leur mordant...

Qu'est-ce que vous avez fait après votre dernière et longue tournée?

Skin : Ça faisait quatre ans que nous étions ensemble jour après jour, et qu'est-ce qu'on a fait pour les vacances? Nous sommes partis ensemble! Cass et moi sommes allés faire du snowboard, et Mark et Ace se dorer la couenne en Australie.

Ace : Pendant qu'on se brisait les bras et les jambes, ils sont allés se faire bouffer les leurs par des requins (rires).

S. : Hormis dans le groupe, nous nous sommes engagés dans quelques activités parallèles. Des trucs politiques, pour moi. Je suis partie en Namibie et au Cap. Comme nous n'avons pas trop l'occasion de voyager de la sorte, j'en ai profité. Et Mark, lui, est allé faire de la plongée...

Mark : Oui, aux Maldives où j'ai passé mon brevet d'"advanced open water". Les Maldives, c'est vraiment le paradis pour les plongeurs qui veulent voir quelque chose dans l'eau...

S. : Cass est aussi parti en Malaisie, et Ace à Milan...

A. : ... où j'ai passé mon brevet de "staying up late in clubs drinking and partying". Et j'ai réussi, en plus (rires)!

Aux Etats-Unis, où vous êtes allés enregistrer ce nouvel album près de Woodstock, vous avez également vécu quelques longues semaines ensemble; vous n'en avez jamais marre l'un de l'autre?

A. : Non, là, vraiment, tout s'est très bien passé. Nous avions chacun notre coin. En plus, en tournée, nous passons six mois ensemble dans un bus, ce qui crée une habitude. Et puis, il faut voir le bon côté des choses: au studio, nous avions la chance d'avoir un excellent cuistot!

S. : Qu'est-ce qu'il nous a fait rire, celui-là. Il me faisait penser à la nounou des Brady Bunch!

A. : Il n'y a rien de tel pour rester de bon poil que d'avoir un bon chef à portée d'estomac! Ce mec était vraiment tordant!

S. : C'est vrai! Et nous aimons bien manger!

Un texte pour maman...

Vous parlez aussi de ce genre de choses dans vos textes?

A. : Absolument! Nous ne restons pas enfermés dans un seul sujet, ou braqués sur des trucs bizarres...

S. : Si, nous sommes les soldats du mysticisme (rires)!

A. : Nos textes reflètent notre vie en général: nos personnalités, nos voyages, nos sorties, les nuits, enfin, tout quoi. Mêmes nos relations. Et tout ça est retravaillé par Skin, traduit, codé dans des sortes d'histoires. Chacun de nos albums est comme un témoignage de ce que nous étions à l'époque de son enregistrement. Au moment du premier, nous étions quatre obtus, inintéressants, qui voulions se lancer. Celui-ci nous a vus voyager, rencontrer des gens bizarres, vivre des expériences étranges, mais il témoigne d'où nous en sommes aujourd'hui.

S. : Comme une photo!

Ces textes ont déjà provoqué des réactions inattendues?

A. : Je me souviendrai toujours de celle qu'a provoquée "Charity". Quelqu'un nous a demandé pourquoi nous avions écrit une chanson à propos de Mère Theresa... Elle venait de mourir, et visiblement, cette personne ne pigeait pas pourquoi nous chantions "I don't want your charity"...

S. : Oui, je me souviens de l'anecdote. Le fait est que ce titre avait été écrit près de quatre ans auparavant. Et voilà qu'elle meurt au moment où sort notre album.

Cass : Quel timing!

S. : Ouais. Ça fiche la trouille, non?

Un album bien torché

Quel est le contenu politique de ce nouvel album, dans la mesure où les deux précédents en avaient un?

S. : Nous ne sommes pas des politiciens. Et nous ne prétendons pas non plus avoir lu tous les bouquins de la planète. Nous traitons donc de politique à notre manière. Mais de toute façon, elle nous touche presque tout le temps. Le contenu politique de nos albums serait plutôt un ensemble de points de vue sur les choses qui nous arrivent quotidiennement.

Il y a des sujets plus légers qui ne vous inspirent pas du tout? A propos desquels vous auriez du mal à écrire?

S. : Evidemment, nous pourrions très bien chanter des trucs joyeux! Mais quand un texte est terminé, il faut se rendre à l'évidence et faire preuve d'un peu de réalisme. Qu'est-ce qui détermine une bonne chanson? Le fait d'y parler du droit des animaux. Du fascisme? Ce n'est pas suffisant! Un album ne peut pas être fait que de bons sujets, surtout quand un groupe comme le notre tourne dans des pays où l'anglais n'est pas la langue la plus parlée. C'est encore et avant tout par la musique, par son contenu émotionnel qu'on y touche le public!

Interview parue dans le n° 72 (avril 99) du magazine Mofo

 


Sergent Garcia

Tombe le masque

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Physiquement, Bruno Garcia est tout le contraire de son maladroit homonyme popularisé par les aventures de Zorro. Entre la casquette vissée sur un crâne rasé de près et le cigare cubain qui jette un max', l'ex-Ludwig Von 88 a par ailleurs les idées beaucoup plus claires, poursuivant toujours les mêmes buts: l'engagement, mais aussi la fête et l'évasion momentanée hors des problèmes du quotidien. Sa recette sud-américaine tient en un mot: salsamuffin...

D'où te vient cette volonté de métissage? L'avant Sergent Garcia était pour toi un carcan?

Les Ludwig? Ouais... mais en même temps, c'était un groupe déjà un peu à part sur la scène punk alternative. Nous n'étions pas spécialement calibrés punks car nous opérions déjà des incursions dans le reggae, le ska... Personnellement, je me suis aussi impliqué dans d'autres travaux: j'ai produit deux albums de Timide & Sans Complexe, un groupe de hip hop et joué au sein d'un soundsystem, Bawawa. Sergent Garcia est un peu la résultante de tout ça.

Ce n'est donc finalement pas un projet bien neuf ?

Il compte quelques années d'existence. Je suis apparu sous le nom de Sergent Garcia au sein de Bawawa Soundsystem. J'y faisais juste du ragga en espagnol. Et un jour, je me suis dit pourquoi ne pas mixer, ne pas aller vers d'autres cultures, les musiques latines, les musiques africaines plutôt que la soul américaine? Mes origines latines me facilitaient la démarche. J'ai commencé à bidouiller, ce qui a donné lieu à un premier disque enregistré chez moi, seul, et composé à l'aide de machines. Ensuite, j'ai monté le groupe pour jouer cette musique et de fil en aiguille, nous en sommes arrivés à ce second album...

Pourquoi cet univers à la Zorro? Bien sûr, il y a ton nom...

Voilà, ça aide, hein (rires)! C'est uniquement pour ça. Quand j'ai commencé à faire du soundsystem, je cherchais un nom de personnage. C'est vrai que les raggas en Jamaïque ont toujours des noms un peu imagés: Clint Eastwood, Ninjaman, Charlie Chaplin... Sergent Garcia collait bien à l'ambiance générale de l'histoire. J'aime bien son côté anti-héros; personne ne veut être le Sergent Garcia, tout le monde a plutôt envie d'être Zorro... C'est un peu une façon d'ironiser. Et aussi de me cacher derrière un personnage.

Certains textes et certaines notes de pochette laissent penser que tu t'intéresses au mouvement zapatiste...

Par exemple... Le mouvement zapatiste m'intéresse dans le sens où c'est un peu la première fois qu'on voit un mouvement qui ne se bat pas forcément pour prendre le pouvoir mais qui se bat pour sa propre dignité. C'est une des nombreuses causes perdues de ce siècle, mais elle vaut le coup de s'y intéresser, ne fut-ce que pour la vie. C'est le combat de la vie quoi.

Tu as eu l'occasion d'aller au Chiapas?

Non, mais je me sens proche dans la mesure où le mouvement zapatiste réclame juste la reconnaissance, la dignité d'incarner un être humain et de pouvoir vivre dignement une vie d'être humain. Ça, on y a droit dans tous les pays du monde. C'est aussi le problème de l'éducation, de la misère qui n'est pas seulement propre au tiers-monde, mais aussi celui de la France, la quatrième puissance mondiale, où vivent des gosses de 15 ans qui sont à moitié analphabètes. C'est aberrant! Ce genre de problèmes prépare les futures intolérances, les futurs intégrismes et les futures guerres. C'est le sens d'un morceau comme "Acabar Mal": 'Tout ceci peut se terminer très mal si on continue à mettre une telle pression sur les gens. Un jour, la marmite explose'.

Tu revendiques donc un certain côté engagé à cet album...

Oui, bien sûr. On y trouve des chansons de fête, des chansons d'amour, des chansons de révolte. Et puis des émotions, des réactions face à des événements qui se produisent dans nos quartiers, aux problèmes sociaux qu'on connaît ou rencontrés par des gens qu'on fréquente. Je viens aussi du rock alternatif réputé, quand même, pour être un mouvement musical assez politisé. C'est de cette façon que ça ressort. Et puis j'aime bien des artistes comme Ruben Blades, des gens qui diffusaient, dans les années 70-80, un message social, sur une musique festive et très joyeuse, mais qui étaient néanmoins des acteurs dans leur époque...

D'où vient, à ton avis, l'intérêt actuel pour cette musique sud-américaine?

Je crois qu'il y a quelque chose de plus large qui se passe. Aujourd'hui, il y a tout simplement une place pour la musique métissée. Elle est une des conséquences des flux migratoires de ces 40 dernières années. Pas seulement pour la musique latine. Elle est peut-être un peu plus latine parce qu'en France, cette communauté est importante ; mais c'est un mouvement général qui se traduit par les gens de Gnawa Diffusion comme par une scène indopakistanaise en Angleterre... On assiste en gros à une espèce d'émergence des musiques du tiers-monde mais vécue dans les pays industrialisés.

Au fait, les Ludwig existent toujours?

Le groupe existe toujours, mais nous n'accordons plus de concerts et n'enregistrons plus de disques. Donc j'en parle un peu au passé. Il n'existe pas de date officielle pour la dissolution, mais nous avons encore quelques projets. Nous sommes occupés de préparer une comédie musicale en compagnie d'enfants à Paris. Des projets du style, qui n'ont pas grand-chose à voir avec les Ludwig même si le nom reste quelque part derrière. C'est quand même pratiquement fini en tant que groupe...

Version originale de l'interview parue dans le magazine Mofo n° 74 de juin 99

 

The Flaming Lips

Les rêves surréalistes des Flaming Lips...

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C'est vrai qu'il est complètement casse-cou d'aller réaliser l'interview d'un groupe sans avoir pu, préalablement, écouter leur dernier album. Mais connaissant l'histoire du groupe, ayant décortiqué les articles de presse qui lui étaient consacrés depuis ses débuts ; et puis surtout, ayant assisté à leur concert, juste avant de rencontrer leur porte-parole, nous étions en droit d'espérer ne pas nous planter. Heureusement, l'entrevue avec Steven Drozd, guitariste, batteur, claviériste, fut particulièrement riche et intéressante ; ce qui a pu nous permettre de mieux comprendre la nouvelle philosophie musicale des Flaming Lips. N'empêche, on ne nous y reprendra plus à travailler dans de telles conditions. Qu'on se le dise ! Ah oui, si vous voyez l'album, faites nous signe…

Existe-t-il un symbole derrière la marionnette articulée par Wayne, live ?

Les spectateurs essaient toujours de trouver une signification à la présence de cette marionnette qui mime le chant de Wayne. Elle n'incarne aucun symbole particulier. Elle est simplement là pour qu'on se marre. Pour passer un bon moment. Elle ne sert qu'à amuser le public. Le but est strictement visuel. Maintenant, si quelqu'un veut en tirer une signification quelconque, tant mieux pour lui.

Ce show, c'est un peu du théâtre ?

En quelque sorte. Quelque chose que le public peut voir, regarder, susceptible d'attirer son attention. Je ne sais pas si le terme théâtre est approprié, mais il existe effectivement une composante dramatique sur scène…

Un peu comme lorsque vous projetez des films vidéo sur grand écran ?

En fait, c'est Wayne qui réalise le montage de la vidéo. Et ces images ne servent que de support au son. Lorsque vous voyez la bombe atomique qui explose, vous entendez en même temps une détonation. Elle rend la musique plus poignante qu'elle ne l'est en réalité. Amplifie sa portée. Mais, il n'y a pas davantage de message à comprendre. Il faut savoir que très souvent, les gens ramènent tout à leurs propre univers. Et lorsque nous disons que la guerre, ce n'est pas bien, l'image ne sert qu'à amplifier cette réflexion. Or, les gens ont envie d'y voir un message. Mais pour nous, il n'existe pas de message profond. Nos fans sont apparemment très créatifs, puisqu'ils fabriquent eux-mêmes le message…

A propos de cette vidéo, n'est-il pas trop difficile de synchroniser l'image avec la batterie ?

Non, non, pas du tout. Cette technique est toute simple. On a capté le son et l'image en une seule prise. Il suffit donc de placer la bande dans le magnéto et de la laisser jouer. La partition va dans la table de mixage et sort pat les haut-parleurs, alors que l'image est dirigée vers le projecteur vidéo qui la reproduit sur grand écran. J'ai assuré les parties de batterie qui sont filmées, alors que Wayne s'est chargé des samples. Nous les avons enregistrées à l'aide d'un caméscope. Puis on a transféré la bande vidéo vers un programme informatique. Lorsque vous voyez l'image, vous entendez le son en même temps. C'est logique. Mais quoiqu'il y ait sur la bande ou quoique il y aura, on la joue de toutes façons en direct. Par exemple, si la batterie et le piano figurent sur la bande, la guitare, la basse et le chant sont joués 'live'. Cette technique est assez facile à appliquer. Beaucoup plus facile qu'on pourrait l'imaginer. Ai-je répondu à la question ?

Absolument !… Vote style est en évolution constante. Mais aujourd'hui, nous avons l'impression qu'il s'inspire de plus en plus de la musique symphonique. Exact ?

Effectivement, notre style a évolué. En fait, le groupe a très longtemps fonctionné avec un guitariste. Le dernier nous a quittés en 1996. Aussi, lorsqu'il est parti, nous nous sommes demandé comment nous allions nous débrouiller pour en dénicher un autre de sa valeur. Mais en même temps, nous commencions à en avoir marre de toutes ces parties de guitares. En fait, nous avions envie d'avoir recours aux sonorités symphoniques. Telles que sections de cuivres, de cordes… Et à l'époque, nous écoutions des tas de choses différentes, tout en essayant de nous extirper de la routine guitare. Et les samples nous ont aidés à créer ces sonorités symphoniques composées de cuivres, de flûtes, de cordes, de timpanis, de gongs, et j'en passe. Or, en studio, nous sommes capables de reproduire tous ces instruments à l'aide d'un clavier. Et le plus frappant, c'est qu'on croirait vraiment que nous sommes accompagnés par un grand orchestre. On s'est alors décidé de supprimer les parties de guitare. Et on a vraiment plus envie d'y revenir. Car ce que nous avons réussi à l'aide des samples est très beau. Chargé d'émotion. Dans le futur, nous allons essayer d'atteindre un niveau plus structuré, plus sophistiqué et plus simple à la fois. Cette réflexion peut vous paraître singulière. A vous et à moi. A nos épouses. Même à ma mère. Mais même ma mère apprécierait. Nous souhaiterions que notre musique passe à la radio. Ce qui explique pourquoi nous nous libérons progressivement de la guitare en la remplaçant par davantage de piano et de claviers…

Est-il exact que les Flaming Lips sont capables de sonner comme neuf groupes différents, en même temps ? Et lesquels ?

Cette idée me séduit. En fait, comme tout le monde, nous écoutons les autres, empruntons aux autres et puisons des influences tous azimuts. Ce qui explique sans doute pourquoi, parfois on sonne comme Led Zeppelin, Frank Sinatra, Pink Floyd, Sonic Youth ou quelques autres… Il y a tellement de choses qu'on a écoutées, qu'on aime, et dont on voudrait s'inspirer. Dernièrement, nous sommes tombés sur un spot publicitaire diffusé sur MTV. Il projetait des extraits de concerts de Led Zeppelin mélangés à d'autres de Frank Sinatra. Le message était clair. Leurs musiques ne collaient pas ensemble. Mais à cette époque, nous travaillions sur un morceau que nous voulions sis aux confins de Led Zeppelin et de Frank Sinatra. Couplant des batteries jouées très haut et des sections de cordes. Merde alors, s'est-on dit, c'est justement ce qu'on essaie de réaliser…

Y-a-t-il des artistes ou des groupes que tu aimes plus particulièrement ?

Il en existe tellement qu'il m'est impossible de tous les citer. J'aime un peu tous les styles. Depuis la soul au rock classique, en passant par le jazz, le classique, l'indie rock, la bande son de film… (le concert de Silverchair couvre de plus en plus nos voix, et Steven s'arrête quelques instants en tendant l'oreille…) Pas ce genre de musique par exemple…

Est-il cependant possible d'apprécier les Dead Kennedys et Diana Ross en même temps ?

Je crois que beaucoup de gens manquent d'ouverture d'esprit. Tu vois, nous concoctons des compiles pour écouter sur la route. Des chansons ou des musiques que nous aimons. Mais nous veillons à mette sur la bande Neil Diamond auprès de Chrome, les Stooges à côté de Roberta Flack. Et lorsqu'on écoute toutes ces choses, on a l'impression que les uns sont les réponses des autres. Lorsqu'on prête l'oreille à quelque chose de mélodieux, puis de plus dingue, ce qui est plus fou, te paraît encore plus cinglé qu'en réalité. Et en même temps, si tu écoutes quelque chose de cinglé avant quelque chose de doux, la douceur  te paraîtra encore plus moelleuse. C'est ce qu'on essaie de traduire à travers notre musique. On la rend jolie, puis vilaine… 

Pourquoi les meilleures chansons des Lips ont toujours dégagé une tristesse désespérée, négative ?

Parce que c'est la vérité. Un point final. Et tant pis, si c'est négatif !

Penses-tu vraiment que l'être humain peut vivre seulement dans ses rêves ?

En vérité, je ne suis pas encore mort dans un rêve. Si vous pensez mourir dans un rêve, vous mourrez. J'ai presque déjà vécu cette sensation. Tu parles probablement d'une de nos chansons qui évoque la vie après la mort. Mais existe-t-il une question plus profonde que celle de l'existence après la mort ? Vous comprenez ce que je raconte ? Mais lorsque tu atteins 120 ans, à un certain moment, tu te dis, laissez moi mourir en paix ! Cela me paraît, somme toute, sensé…   

Est-il exact que les longs titres de vos chansons émanent d'influences surréalistes puisées chez Salvatore Dali ?

C'est Wayne qui écrit les textes. Il est passionné par l'œuvre de Salvatore Dali. Nous sommes allés visiter son musée en Floride. Wayne adore toute son imagerie. Il aime également d'autres peintres et artistes. Tels que Klimt. En fait, il écrit les lyrics de ses chansons comme s'il utilisait des mots pour peindre. Dali, c'est un monument…

Peut-on affirmer que les Flaming Lips créent de la musique tridimensionnelle pour un monde unidimensionnel ?

C'est comme si tu te trouvais dans une pièce grise et que tu te demandais s'il serait judicieux de mettre un peu de couleur sur les murs. Dans la musique rock si tout le monde jouait dans la même catégorie, elle deviendrait ennuyeuse. Nous, nous voulons nous faire plaisir en tentant de communiquer ce sentiment à d'autres. Nous essayons de mettre le plus de couleurs possible sur les murs de cette pièce grise…

Que penses-tu de ce que fait aujourd'hui, votre premier guitariste, Jonathan Donahue, chez Mercury Rev ?

Ils sont devenus aujourd'hui très populaires. Je les aime bien en tant qu'êtres humains. Ils sont vraiment hyper sympas. Mais je n'ai pas tellement apprécié leur dernier album. Je trouve qu'ils font toujours la même chose. Mais ne mentionnez pas ce que je viens de dire au sujet de leur disque, dans cette interview ! Nous avons tourné deux semaines ensemble en Angleterre et en Ecosse. Nous assurions leur première partie.

Merci à Vincent Devos.

Gomez

La vision panoramique de Gomez

Écrit par

Ils sont jeunes. Très jeunes, même. Et nous viennent du Nord de Liverpool. De Southport, très exactement. Un quintette qui compte, à son actif, quatre singles, dont le remarquable " 78 stone wobble ", et puis un premier album, " Bring it on ", qui a été très bien reçu dans toute la presse spécialisée. Excellents musiciens, les membres de Gomez ne sont cependant pas très loquaces, surtout lorsqu'ils doivent assurer une interview, préférant, soit éluder les questions, soit les tourner en dérision…

La pochette.

Le graphisme du booklet interpelle immédiatement. Des gravures très réussies, mais aux coloris ténébreux et aux motifs torturés qui vous flanquent instantanément une impression troublante de claustrophobie, de désenchantement. Une impression qui pourrait facilement s'expliquer par la situation économique du Merseyside, en proie à un taux de chômage effrayant. Et puis, par l'attitude du multi-instrumentiste, Tom Gray, le moins taciturne des cinq. Il a, en effet, participé aux marches organisées en faveur des mineurs en Angleterre. Maintenant, lorsqu'on lui rappelle cet épisode, il imagine qu'on le charrie. Et si on lui demande si Billy Bragg, régulièrement impliqué dans ce type de manifestation, est pour lui un modèle, il nous rétorque être davantage sensible à l'engagement social et politique de Woodie Guthrie. Mais revenons au graphisme du booklet. En couverture, un homme se pince le nez. Pourquoi ? Paul Blackburn, le bassiste, mais également le responsable de ces fresques n'aime pas trop voir analyser son art pictural. Ses répliques cinglantes corroborent ce point de vue. " Qu'est ce qui pue ? C'est l'haleine de Tom ! "  Et Tom d'en remettre une couche : " Oui, oui, c'est vrai, elle est tout à fait toxique ! "  En ouvrant le dernier feuillet, on découvre un bâtiment lugubre, blafard, jouxtant un autre tableau aussi sinistre, illustré par un visage en détresse, qui contemple cinq traits verticaux biffés d'une ligne horizontale. Est-ce le symbole d'un camp de concentration ? Le cri de détresse d'un détenu qui compte les jours qui lui restent à passer à l'ombre. Paul se défend de véhiculer de semblables desseins. " La tronche du personnage ne transpire pas le bonheur, c'est vrai ; mais le bâtiment n'est ni une prison, ni un camp de concentration ; c'est une usine. J'ai simplement voulu faire passer un message. Celui de l'allergie au travail. C'est tout ! "  (NDR : si on veut bien !)

Le style.

Difficile de comprendre comment de si jeunes musiciens, dont la moyenne d'âge est de vingt-deux ans, ont pu assimiler des styles aussi peu contemporains que le blues, le rythm'n blues, de l'école " Stax " en particulier, le psychédélisme de la fin des sixties ou la country ; et reconnaître pour influences majeures des artistes tels qu'Isaac Hayes, Curtis Mayfield, Marvin Gaye, Canned Heat, les Doors, le Floyd, Flying Burrito Brothers, Robert Johnson et même Ornette Coleman. Leur éducation musicale a-t-elle été tracée par leurs parents ? Tom réagit instantanément. " Pas du tout ! Nos parents n'écoutaient certainement pas Marvin Gaye ou Otis Redding. Un style beaucoup trop sensuel, lubrique pour eux (rires). Ils préféraient se brancher sur une musique plus douce, plus décente. Si nous reconnaissons ces influences, c'est parce que ce sont les disques que nous écoutons depuis notre plus tendre enfance. En fait, nous fréquentions régulièrement les disquaires. De vrais accros. Et dès qu'un vinyle était à notre goût, nous l'achetions. Ce qui explique pourquoi nous possédons une vision aussi panoramique de la musique. Il y a beaucoup d'espace et de volume dans ce que nous faisons. Nous nous intéressons à tous les courants musicaux, pourvu qu'ils correspondent à notre sensibilité. Nous ne nous limitons pas à parcourir un seul style, à adopter une seule formule. Nous élargissons notre paysage sonore, en mélangeant les sonorités les plus diverses. Cela nous permet d'accomplir notre propre voyage sonique, d'affirmer notre propre identité…" Une philosophie partagée par des artistes américains et surtout contemporains tels que Fun Lovin' Criminals, Cake et surtout Beck. Ben Ottewell, chanteur ou plus exactement crooner au timbre vocal aussi rocailleux que Tom Waits concède : " Cake est un très bon groupe. Leur dernier album n'est peut être pas très consistant, mais il recèle d'excellents morceaux. Cependant, je dois admettre ne pas suffisamment connaître ce groupe, pour pouvoir me prononcer à leur sujet. " Tom revient à la charge : " Les comparaisons, on s'en fout. Il faut bien que les médias trouvent matière à disserter. M'enfin, il vaut mieux être comparé à Suede qu'à Slade ! "  (NDR : on voit pas le rapport !) " Je ne vais quand même pas en faire une maladie parce que le groupe est bombardé de références. A priori, elles ne nous dérangent pas, mais il y en a tellement, qu'il faudrait un camion pour pouvoir les transporter ". Intervention soudaine de Ian Ball, le guitariste/harmoniciste : " Je n'aimerais pas que nous soyons comparés à Barbara Streisand ou à quelque chose dans le genre… " Finalement, il est à se demander si Gomez n'incarne pas la réponse britannique au funk post moderniste yankee des Fun Lovin' Criminals, et surtout de Beck. Encore que, côté groove, Gomez semble plutôt marcher sur les plates-bandes de Primal Scream. Et c'est loin d'être une critique négative. Ce qui n'empêche pas Ben de réagir : " Primal Scream ? Ils ont presque tout piqué aux Stones. Même le feeling de 'Gimme Shelter'. Enfin, nous ne sommes pas contre, surtout lorsque c'est bien fait. Leur dernier album m'a, en tout cas, beaucoup plu… " Et nous aussi !

L'identité.

Gomez est un nom qui colle bien à la formation. Parce qu'intrinsèquement, dans sa musique, on y ressent des influences latines, comme la bossa nova. Pourtant, aucun des musiciens n'a d'ancêtre espagnol, brésilien ou mexicain. En fait, Gomez est tout simplement le nom de famille d'un de leurs potes. Jason. Asiatique de surcroît. Mais alors, pourquoi diable, cette sensibilité latino ? Ben confesse : " Il n'y a rien de secret là-dessous. En fait, le rythme a beaucoup d'importance dans la structure de nos compositions ; et lorsque nous interprétons une chanson, un feeling latin domine instinctivement, naturellement, le tempo. Ce n'est pas le fruit du hasard. Ce sont des effets que nous recherchons. Et si c'est un hasard, c'est un hasard heureux. "

Une flopée de labels souhaitait signer le combo. Mais c'est finalement Hut, dont le catalogue épingle notamment Smashing Pumpkins, Verve et Placebo, qui a coiffé tous ses concurrents sur la ligne. (NDR : avec ou sans doping ?). Tom conteste l'idée reçue que le groupe aurait choisi cette firme de disques, en fonction de la notoriété de son catalogue : " Non, non, nous n'y avions pas pensé. Nous avons simplement signé ce contrat, parce que les gens qui travaillent dans cette boîte son sympas. Tout comme le boss, Dave Boyd, d'ailleurs. Et puis, nous sommes libres d'être aussi fous que nous le souhaitons, et aussi pop que nous le désirons… "

Merci à Vincent Devos.

(Version originale de l'interview parue dans le n° 65 - Août 1998 - de Mofo)

 

Mogwai

La nature abstraite du bruit pur.

Compositeur/guitariste, mais surtout leader de Mogwai, Stuart Braithwaite parle peu. Mais lorsqu'il s'exprime, il le fait à bon escient, et avec beaucoup de bon sens. On comprend alors beaucoup mieux, pourquoi, les chansons de ce groupe écossais, de Glasgow très exactement, soient exsangues de vocaux. Pourtant, elles ne manquent ni d'attrait ni d'intérêt ; mais on a l'impression qu'elles ne savent pas toujours sur quel pied danser. Celui de la simplicité ou de la complexité…

En termes de " noisy ", des formations telles que Slint, Sonic Youth, My Bloody Valentine et Spacemen 3 ont-elles eu une influence majeure sur la musique de Mogwai ?

Nous apprécions ces groupes à leur juste valeur, mais notre principale inspiration " noise ", nous la puisons chez une formation de Philadelphie, Bardo Pond.

En peignant, à l'instar de Labradford, des paysages musicaux atmosphériques, peut-on dire que Mogwai émarge à l'école impressionniste? Avez-vous le sentiment d'avoir récupéré une partie de l'héritage abandonné par Joy Division ?

Impressionniste, oui. Mais surtout pointilliste. Un peu comme Schoenberg (NDR : compositeur américain d'origine autrichienne ; 1874-1951). De la même manière qu'un peintre cherche à traduire ses idées sur sa toile… Joy Division, constitue, à mes yeux, le meilleur groupe qui soit né au cours de ce siècle. C'est une source d'inspiration, je le concède. Et puis, être comparé à cette légende, est un véritable honneur. Cependant, je pense qu'on a encore du pain sur la planche avant de pouvoir espérer atteindre leur niveau…

Tu aimes la nature abstraite du bruit pur. Pour toi, l'explosion du bruit blanc t'apporte un état mental paisible. Pourquoi ?

C'est difficile à expliquer. Sonic Boom y parvenait. En reproduisant le bruit ultime, celui qui apporte la paix de l'âme. Pourtant, si la noise embrasse toutes les fréquences possibles et imaginables, elle a intérêt à atteindre un niveau transsonique, sans quoi, c'est de la merde…

En adoptant un tel style musical, n'as-tu pas peur d'être un jour taxé de revivaliste shoegazer ?

Pas vraiment, parce que les " shoegazers " appartiennent au mouvement pop. Nos sonorités sont beaucoup mieux définies, même si à premier abord, elles s'en rapprochent. Ce que nous interprétons, n'est pas vraiment de la pop, mais plutôt de la musique à l'état pur. En outre, à contrario des ensembles " shoegazzers, nous n'avons pas recours aux pédales de distorsion, telles que wah wah ou autres…

Penses-tu que dans la musique, la violence peur être esthétique et énergétique en même temps ?

Par définition, je suis une personne non violente. Mais il est vrai que la musique de My Bloody Valentine peut libérer une violence extrême. Un état d'esprit qui s'inspire de films comme " Rollerball " ou " Orange mécanique ". Bien qu'appréciant également ce type de long métrage, nous sommes conscients qu'ils ne sont pas réalistes…

Il existe très peu de place pour les parties vocales chez Mogwai. Est-ce parce que tu n'en vois pas la nécessité, ou tout simplement parce que tu n'as jamais déniché un chanteur à ton goût. A moins encore, qu'à l'instar de Tortoise, tu n'aies décidé de remplacer cette fonction par un xylophone ?…

En général, la musique n'a pas besoin de paroles. Elle se suffit à elle-même. Il n'est pas nécessaire d'ajouter des mots sur notre création. En fait, je pense que les parties vocales ont une fonction de remplissage mélodique. Parce que les mélodies sont plaquées sur les accords. Chez Mogwai, nous jouons la mélodie. C'est beaucoup mieux ainsi. Quant au xylophone, il a un meilleur son chez Tortoise, parce que c'est un " glockenspiel "…

Que représente la krautrock de Can et de Faust pour Mogwai ?

Un mouvement intéressant, mais qui ne nous obnubile pas particulièrement. Les rythmes répétitifs, hypnotiques de Can et de Neu ont inspiré Spacemen 3, et puis tous les autres. Nous aussi. Mais, nous ne sommes pas du tout obsédés par le krautrock…

Et les Chemical Brothers, auxquels une certaine presse vous prête une même perspective de la dynamique, une même capacité de libérer la tension optimale ?

Je n'aime pas trop les Chemical Brothers. Tout ce qu'ils arrivent à faire, c'est de la musique disco pour étudiants. Elle est trop fonctionnelle à mon goût pour vraiment m'intéresser. Ils sont certainement dynamiques, mais je déteste cette tendance " backbeat " ou " techno ". Je préfère la démarche entreprise par des formations comme Autechre, Aphex Twin ou Plastic Man…

Et la prog rock de King Crimson ? Circa " Lark's tongue in aspic ", pour être plus précis ?

Non, pas vraiment, Robert Fripp est un excellent guitariste ; mais hormis ses collaborations avec David Bowie et Brian Eno, je ne connais pas très bien l'œuvre de King Crimson…

Qui a eu l'idée de sortir l'album de remixes, " Kicking a dead pig " ?

Au départ, c'était une idée de la firme de disques. Mais comme nous avons eu la liberté de choisir ceux qui étaient intéressés par cet exercice de style, on peut dire que c'est également la nôtre… Je ne pense pas que ce soit un album incontournable, mais il donne une idée différente de notre création. Nous ne voulions pas de version house ou techno, mais plutôt une approche plus personnelle de la matière première. Et le résultat est parfois fort bon, comme celui opéré par Kevin Shields…

Que représentent les Gremlins pour Mogwai ?

Nous avons, en quelque sorte, volé l'idée du film pour choisir le nom du groupe, mais ce n'est pas notre film préféré. En fait, le nom sonnait bien, c'est tout. Nous sommes davantage attirés par des films de science fiction, de la trempe de " 2001 odyssée de l'espace " ; ils correspondent davantage à notre état d'esprit…

Merci à Vincent Devos

Version originale de l'interview parue dans le n° 68 (novembre 98) du magazine MOFO

 

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