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Un diptyque pour Then Comes Silence

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Broken Social Scene

Démocratie à géométrie variable...

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La scène canadienne est en pleine ébullition : The Dears, The Stars, Metric, New Pornographers, Arcade Fire, Treble Charger, A Silver Mt Zion, Mascott, Hot Hot Heat ainsi que Broken Social Scene (NDR : et la liste n'est pas exhaustive) apportent, depuis deux ou trois ans, un véritable vent de fraîcheur à la scène musicale pop rock internationale. Le plus étonnant, c'est que la plupart des musiciens de tous ces groupes se connaissent, se respectent, s'apprécient et parfois même participent aux projets des autres formations. A l'instar d'Arcade Fire, Broken Social Scene est un des fers de lance de ce mouvement. Plus d'une dizaine de musiciens participent à ce collectif à géométrie variable, au sein duquel Brendan Canning, Jason Colett, Andrew Whiteman, Justin Peroff et Kevin Drew forment l'ossature. Kevin (NDR : chanteur/guitariste/claviériste) s'est fait le porte-parole de l'ensemble pour nous accorder cet entretien. Un personnage extrêmement sympathique, profond, humain et très lucide. Jugez vous-mêmes…

Pour Kevin, cette prolifération de groupes n'est pas tout à fait une coïncidence. Il s'explique : " Je pense qu'il souhaitaient tous cette ouverture. Nous n'avons jamais eu la volonté de vivre en vase clos. Hormis Hot Hot Heat - il pratique de la 'dance' et fait un peu bande à part - tous les musiciens se connaissent. Et forment presque une communauté. Depuis la côte est à la côte ouest. Parce que nous avons la volonté de créer quelque chose de bien, d'honnête, de grandiose. La plupart des line up comptent de nombreux membres : Arcade Fire 9 ou 10, les Dears 6 ou 7, les Stars 6, et nous plus d'une dizaine. Qui se défient et se respectent. Le but étant de se surpasser. Et de surpasser les autres. D'être compétitif. On apprécie énormément ce que réalisent les autres. Et on aime assister à leurs concerts. Entrer en communion avec eux. Et quelque part on se soutient. Pour une fois que notre pays décroche cette forme de reconnaissance on ne va pas s'en plaindre… " Curieusement, il n'existe aucune corrélation entre la scène anglophone et francophone au Canada. Kevin se justifie : " Ce sont deux mondes différents. Je ne connais aucun groupe francophone au Québec. Je pense que la sensibilité musicale y est plus proche de celle des Européens. Je n'y ai jamais prêté attention. D'ailleurs, je ne comprends pas la langue française… "

Chez Broken Social Scene, le nombre de musiciens est très variable. Un collectif à géométrie variable ! Kevin n'avait jamais entendu une formule pareille, mais il acquiesce : " C'est la première fois qu'on me fait une semblable réflexion. Il est vrai que le groupe change constamment. Et que l'absence ou la présence d'un musicien influe sur les compositions. Particulièrement en 'live'. " Un collectif au sein duquel règne une véritable démocratie. La patience, la tolérance et le compromis sont d'ailleurs des valeurs cultivées chez B.S.S. Pas tout à fait comme en politique. Kevin s'explique : " Nous essayons de faire en sorte que tout le monde puisse exprimer son opinion. La présence de chaque membre est indispensable. Beaucoup de formations dépendent d'un leader. Nous en comptons plusieurs. Il n'existe pas de dictature chez B.S.S. Le départ ou l'arrivée de musiciens ne pose aucun problème. Parce que tout le monde contribue de manière égale. Et la rétribution financière est partagée de manière équitable. Un équilibre qu'on essaie de préserver par respect mutuel. Ce n'est pas toujours facile, mais tout le monde met de l'eau dans son vin. Ce n'est pas comme en politique… " Un véritable challenge, lorsqu'on sait que tous les membres du groupe participent à la composition. On se demande d'ailleurs comment ils parviennent à composer une chanson, sans sombrer dans l'anarchie. Kevin éclaircit la situation : " Ce travail s'effectue le plus souvent lors de l'enregistrement. Certains arrivent avec des accords, d'autres avec des chansons. Et l'élaboration des compositions germe en studio lorsqu'on est ensemble. Pour l'album ‘You forgot it in people’, on a véritablement squatté le studio. Un jour un des musiciens se pointe. Et on travaille avec lui. Le lendemain, c'est un autre. Et on remet le couvert. Une chanson est un cadeau. Quelque chose qui nous grandit. Elle est le fruit d'un partage… " Cet opus a été produit par un certain David Newfeld. Un type complètement fêlé, suivant les déclarations des membres de B.S.S. Ce qui méritait une explication. " En fait, c'est parce qu'il a un grand cœur. Il est incapable de s'arrêter de travailler. Il bosse comme un malade. Il ne prend même pas le temps de manger. Il recommence 100 fois la prise avant de choisir celle qui lui semble la plus potable. Il n'est jamais satisfait. Un gars intelligent. Un cerveau ! Intelligent mais sensible. Un type adorable ! "

Pour Kevin, la musique contemporaine ne propose plus rien d'original ou de différent. Pour lui, tout a déjà été fait. Seule la présentation change. Mais à ses yeux (NDR : et à ses oreilles) cette situation n'est guère importante : " La scène contemporaine est en perpétuel mouvement. Des nouveaux groupes se forment tous les jours. Il existe plein de Led Zeppelin et de Beatles en herbe actuellement. Mais aussi plein de belles choses. Il ne faut pas constamment regarder dans le passé. Et si tout à été fait des milliers de fois, il y a toujours moyen de découvrir quelque chose de bon et il y a toujours quelqu'un de prêt à s'y consacrer. Maintenant, il faut être fou pour affirmer que les influences n'existent pas. Quoiqu'il arrive tout est influence… " Kevin a des goûts très éclectiques. Il apprécie aussi bien Dinosaur Jr, Tortoise, Modest Mouse que Polyphonic Spree. Mais un musicien a exercé une fascination particulière chez Drew : Jeff Buckley. " Je l'ai découvert à la radio. J'ai alors appris que son album était sorti depuis plus d'un an. J'ai rencontré son groupe. De braves gars ! J'appréciais tout particulièrement l'aspect dramatique de sa voix. J'ai assisté à ses concerts à 4 reprises. Trois fois à Toronto et une fois à Londres. Lorsque j'ai appris la nouvelle de sa disparition, j'ai été bouleversé… Eddie Vedder a également influencé un grand nombre de formations sur cette planète. Sa voix est juste et empreinte de passion. Ce sont des artistes qui comptent dans l'univers de la musique… " Notre interlocuteur est, par contre, agacé par la musique consensuelle : " Je n'aime pas citer de noms, parce qu'en général, ce sont des personnes sympathiques qui jouent cette musique de merde. Je ne comprends pas comment on peut écouter des trucs pareils. Je la déteste parce qu'elle reproduit toujours les mêmes paroles, les mêmes rythmes, les mêmes clichés. Maintenant, il est vrai que si elle n'existait pas nous ne serions peut-être pas aussi bons… "

Kevin a également une vision très sagace sur les questions sociales et politiques. Et lorsqu'on lui reparle des dernières élections présidentielles américaines, c'est un peu comme si on retournait le couteau dans la plaie. " On assiste au retour des principes établis au cours des années 50 : noir/blanc, bon/mauvais, gauche/droite. C'est manifestement un recul de la société. J'ai l'impression que le gouvernement en place cherche asseoir ses idées. A fixer des interdits. A te forcer la main. Pas qu'on veuille te voler tes opinions, mais on te les impose sous une forme légale. L'étiquette de l'écolier blanc hante à nouveau les esprits. Elle vous dicte la façon dont vous devez regarder les événements, la manière dont vous devez les vivre (NDR : le WASP !) Un phénomène qui s'est immiscé dans les foyers, les familles. Sans qu'ils ne s'en rendent compte. A la limite, on te menace de l'enfer si tu n'obéis pas à ces principes. Et chez les personnes crédules, ça marche ! Le message de Broken Social Scene va à contre-courant. Dénonce ce diktat. De quel droit peut-on décréter que telle ou telle chose est bien ou mal. Cherche à éveiller les consciences. Même si ce travail de sensibilisation n'est pas facile. Lorsqu'on monte sur scène, notre discours interpelle. Nous voulons être les gardiens de la conscience éveillée. Nous ne voulons pas dicter cette prise de conscience. Notre musique est très politisée. Qu'est ce qui est bien, qu'est ce qui est mal ? Aux States, le système répond à votre place. Au Canada, la pensée est moins conservatrice, plus libérale. Nous essayons de secouer les gens. Réagir face à la pensée unique. Combattre la pensée discriminatoire. Régénérer, réoxygéner le cerveau des jeunes au bord de l'asphyxie. Leur injecter du nouveau sang. C'est la raison pour laquelle nous faisons de la musique. On y met du sens. Le lendemain d'un concert, ils ne vont peut-être plus le ressentir, mais ils ne vont pas l'oublier… "

Depuis la fin de la guerre en Irak, les Américains doivent se poser des questions. Il y a eu plus de morts de soldats yankees suite aux attaques terroristes que lors du conflit. L'Amérique profonde devrait quand même réagir. Ne plus nécessairement partager les opinions de Bush. Craindre le spectre d'un nouveau Vietnam. Kevin réagit : " Je m'attendais à la question ! En Irak, c'est un bordel inimaginable. Il faut savoir que tout le monde ne partage pas l'opinion de Bush. Mais Bush parle tellement fort, qu'on n'entend que lui. Malheureusement, il est occupé de détruire son pays. Un beau pays comme les Etats-Unis. Je ne crois pas qu'il faille blâmer les Américains. Il y a des tas de gens qui veulent faire entendre leur voix aux States, mais ils sont battus par ceux qui ont plus d'argent qu'eux. En outre, les médias font le jeu de la politique en place. Les Européens ont une vision très stéréotypée des Etats-Unis. Il faut s'y rendre pour mieux comprendre sa population. Cependant, je ne vois pas comment on pourrait inverser le cours les choses ; car il existe deux systèmes de pensée qui cohabitent. Tu choisis ton camp : soit tu optes pour le diable, soit tu crèves. Que choisir ? Personne ne sait ! Tout ce que je peux dire c'est qu'il y a des tas de gens qui boivent les paroles de ces barjots… Plus personne n'a d'opinion. Notamment les jeunes. Tout va trop vite. Il y a le SIDA, Internet, etc. Plus rien ne dure. La sécurité n'est même plus assurée. On en arrive même à donner de l'argent aux pays en voie de développement - et ce n'est même pas sûr que ta participation arrive à destination - tout en buvant du coca-cola et en consommant du porno. Cela n'a pas de sens. C'est comme dans le domaine de l'éducation. Comment éduquer tes enfants lorsqu'il n'existe plus de repères ? J'en reviens à ton allusion au Vietnam. En parler à nos parents. Pas la peine d'y penser. Aborder le sujet de la deuxième guerre mondiale en compagnie de nos grands-parents ? C'est toujours aussi tabou ! Et en Europe, c'est pareil. C'est même offensant ! Faut faire gaffe à ce qu'on dit. Maintenant, les Européens ont beau jeu de critiquer la politique menée par les Américains, ils traînent également leurs casseroles. Si je viens en Belgique pour parler du génocide au Rwanda, je vais être bien reçu. Et en Allemagne pour soulever la question de l'Holocauste, tu peux imaginer le tableau. Tous les pays concèdent un lourd héritage au passé, et je ne me permettrai jamais de hiérarchiser les tranches de l'histoire. Je ne suis pas ici pour cette raison, mais pour vivre et exister. Pas refaire le monde… "

Broken Social Scene vient d'enregistrer deux nouveaux albums. Mais pas moyen d'en savoir davantage. C'est top secret ! Par contre, Kevin confirme que tous les musiciens du groupe bossent sur leurs projets personnels : Apostle of Hustle, Do Make Say Think, etc. Il a même l'intention de concocter un album solo. Et de conclure " On n'arrête jamais. C'est infernal ! On a tellement de boulot qu'on a même plus le temps d'accorder ces putains d'interviews au cours desquelles on peut parler de nos aïeux ou des Beatles. D'essayer de vivre, d'exister. De se donner du bon temps… "

Merci à Vincent Devos

 

Maxïmo Park

Le bonheur est dans le (Maxïmo) Park...

Écrit par

Depuis quelques mois, le label anglais Warp, considéré comme un des pionniers de l'électronique anglaise, s'intéresse de plus en plus à des groupes (ou artistes) musicalement étrangers à ses racines. Après Vincent Gallo, Gravenhurst et !!!, Maxïmo Park est venu grossir l'écurie. Son premier elpee fait suite à deux excellents singles qui nous avaient donné l'eau à la bouche. Son titre ? " A certain trigger ". Un disque très britannique, mais fort différent de ce que l'Albion nous réserve habituellement. Tom English (le drummer) et Paul Smith (le chanteur) ont donc accepté de passer sur le grill de Musiczine…

Mais pourquoi un label comme Warp, aussi branché sur la musique électronique, a-t-il décidé de signer Maxïmo Park ? Paul prend la parole : " Je pense que le label s'est intéressé à nous parce que nous étions différents. Aussi bien dans l'utilisation de la guitare qu'à travers le message que nous essayons de transmettre. Des émotions directes véhiculées que du dynamisme affiché par nos chansons… "

M.P. vient du nord-est de l'Angleterre ; de Newcastle très exactement. Une région dont la mentalité est tout à fait indépendante du reste de l'Albion. Tom s'explique : " Un état d'esprit qu'on retrouve, par exemple, à Middlesbrough. Par contre, si on descend un peu plus vers le nord-ouest, alors on atterrit dans des villes comme Manchester ou Liverpool ; des cités auxquelles on associe instantanément des figures de proue comme les Beatles, La's, Echo & the Bunnymen, les Stone Roses, les Smiths ou encore Joy Division. Newcastle n'a jamais eu cette aura. Il y est même difficile de s'y faire un nom. Ce qui explique pourquoi cette région a acquis une mentalité indépendante. Vous n'existez qu'en dehors de ce qui est labellisé musique pop. Ou alors vous vous laissez rattraper par le système. Et vous partez à Londres pour y épouser ses aspects les plus mercantiles. Nous voulons rester comme nous sommes. Nous ne cherchons pas d'autre influence que nous-mêmes. Il est indispensable de faire preuve d'introspection, sans quoi non n'arrive qu'à imiter les autres artistes… " Tom confirme : " A l'instar de Sheffield, Newcastle est vraiment indépendante. Parce qu'on y place la musique d'abord. C'est aussi ce qu'on fait. A l'origine, nous nous efforçons de composer de la bonne musique. Et ensuite on essaie de la vendre. Si nous avions opté pour la formule inverse, nous nous ennuierions très vite et notre objectif de départ serait faussé… " Paul reprend le crachoir : " Tu sais, tout le monde peut vendre de la daube ; mais au bout du compte ce sera le public qui aura le dernier mot. Notre ambition, notre volonté, est de parvenir à convaincre les auditeurs de regarder, d'écouter deux fois un groupe. Que son opinion ne soit pas arrêtée, définie. Parce que la musique mérite un second regard, une seconde écoute. Nous avons opté pour ce cheminement…"

Newcastle est également une ville où est enracinée une très forte tradition de réalisme social britannique. Il ne faut pas oublier que c'est au cours des années 80, que Margaret Thatcher y a procédé à la fermeture des mines de charbon. Paul acquiesce : " Nous ne pouvons cacher nos origines. Parler de la vie au quotidien dans nos lyrics est une des caractéristiques du groupe. Ce qui ne veut pas dire que nos textes soient chiants. En fait, nous transcendons le quotidien pour montrer qu'il recèle une certaine beauté. Et ce que tu appelles 'réalisme social britannique' transpire dans nos chansons. J'écris à propos d'événements, de lieux que je connais. De l'endroit où j'ai grandi. Du partage de notre origine particulière. Bien sûr, notre musique répond également à des critères plus universels ; parce qu'on y retrouve de la colère, de la frustration. Vous savez, cette sorte de colère humaine née au cours des années 50 et 60. Mais au-delà de ces aspects, on y décèle beaucoup de joie et d'attention… " Un peu de pathos, également… Paul réagit : " On ne peut pas ignorer l'aspect tragique de l'existence. Mais on ne peut pas, non plus, se lamenter sur le sujet. Pour sortir de ce pathos, il est également nécessaire de cultiver le sens de l'humour et parvenir à une combinaison judicieuse entre ces deux expressions. A travers des lyrics auto dérisoires. Des changements de ton, d'atmosphère. Et pour maintenir l'attention de l'auditeur, nous travaillons sur la ligne mélodique… " La colère est donc bien une force qui anime les chansons de M.P. Paul admet : " Les gens expérimentent la colère dans la vie de tous les jours. Mais il faut rester attentif, car la colère peut vous bouffer ; et alors on n'est plus qu'une boule de nerfs. Ce mode de vie est très dangereux, parce que vous ne serez jamais satisfait. Ces pulsions négatives, vous devez essayer de les canaliser. Après avoir écouté une chanson, vous pouvez être en état d'ivresse. Etre littéralement transporté. Surtout lorsque la musique est de bonne facture. La colère est bien présente dans nos chansons, mais la chanson dépasse la colère (NDR : le tout dépasse les parties !), parce que nous la transformons en énergie positive… " Des chansons qui vibrent donc positivement avec une énergie contenue. Tom ajoute : " Les compositions sont compactes, très denses. Elles ne comportent pas de solo de guitare ou de passage instrumental qui tire en longueur. Il n'y a guère de moment pour souffler. Nous ne voulons pas gaspiller le moment présent. L'album ne compte que 45'. Mais chaque instant est important… " Et Paul de paraphraser : " Nous avons beaucoup à donner. L'énergie est notre carburant. La musique exprime la vie. La vie est elle-même une énergie ; et sans énergie, il n'y a pas de vie… "

 La scène britannique refait surface. Surtout depuis que la guitare est remise à l'avant-plan. Et il faut reconnaître que pour Maxïmo Park, cette situation est plutôt favorable. Mais après avoir écouté leur premier elpee, il faut quand même se demander si le groupe n'aurait pas eu intérêt à naître soit au début des eighties, en rejoignant une scène emmenée par des groupes comme les Smiths ou les Chameleons ; ou encore mieux à la fin des seventies, lorsque des formations comme House Of Love, Modern English, Sad Lovers & Giants ou encore Kitchens of Distinction faisaient les beaux jours de la scène indie insulaire. Paul met les choses au point : " Nous sommes des fans de tous ces groupes. Ils appartiennent à notre patrimoine musical. Mais nous ne voulons pas nous attarder sur le passé. Nous avons besoin de nous tourner vers le présent et le futur. J'écoute des tas de styles musicaux ; même du rap. Cette musique est très créative et m'inspire. Surtout pour l'utilisation de mots dans la rime. Si nous avons des influences, elles sont avant tout fusionnelles… " Et Tom d'embrayer : " Ta réflexion n'est pas dénuée d'intérêt. Parce que ce qui se passe sur la scène britannique aujourd'hui peut être comparé à une époque ou la musique était aussi forte : la new wave et la cold wave… "

Au sein du quintette, les goûts musicaux oscillent de Roxy Music aux Smiths, en passant par Joy Division, Fugazi, XTC, Will Oldham, Underworld et Interpol. Un point commun, tous les membres du combo apprécient particulièrement un certain Life Without Buildings, dont nous n'avons guère entendu parler à ce jour. Tom s'explique : " Nous respectons ces groupes ou ces artistes pour le style musical qu'ils pratiquent. Mais ils représentent une inspiration plutôt qu'une influence. Nous ne voulons pas sonner comme eux. Nous voulons être reconnus pour notre originalité, que tous ces groupes étaient parvenus à atteindre à leur époque. Nous sommes à la recherche constante de nouveaux sons. Nous voulons être sur la même longueur d'onde que le public et entrer en communion avec lui. Et si nous sommes un groupe pop, nous le sommes de manière différente. "

Pour M.P., le monde est trop obsédé par des catégorisations et des règles secrètes. Pour eux, il n'existe que de la bonne et de la mauvaise musique. Ne s'agirait-il pas plutôt d'une question de sensibilité ou de goût ? Et n'est-ce pas la raison pour laquelle les auditeurs on besoin de ces catégorisations et de ces règles ? Paul concède : " Le public a besoin de catégories pour pouvoir décrire ; mais lorsqu'on commence à catégoriser, l'attrait est limité. C'est la raison pour laquelle nous nous sommes simplement appelés groupe pop. " Tom commente : " Nous essayons de défier les barrières de la catégorisation. Tout simplement parce que je ne ressens pas Maxïmo Park comme un groupe de rock ou une formation indie. Nous pratiquons de la musique contemporaine, avant tout. Si on nous attribuait une étiquette punk, métal ou rock, le public conclurait que cette musique ne leur est pas adressée. Nous croyons en notre étoile. Nous avons nos goûts. Nous pensons que notre musique ressemble à celle du monde ; immortalisée quelque part sur la planète à un moment précis. Le fait de transcender ces catégories permet aux fans de punk ou de métal d'avoir une porte ouverte sur notre musique. La pop est finalement un terme très vague… "

Mais que pensent nos deux interlocuteurs de deux formations très contemporaines comme Futureheads et Franz Ferdinand, auxquelles les médias les associent régulièrement. Pour Franz Ferdinand, les avis sont assez divergents. Tom apprécie plus qu'il ne savoure. " Ils ont encore un beat disco à la Blondie et un bon riff derrière. Qui vous font bouger. Franz Ferdinand est plus attaché aux lyrics et on ressent qu'ils prennent du bon temps. Ce que je vois chez F.F., je ne le vois pas chez Futureheads. Ils ne sont pas sur scène pour passer du bon temps, mais pour bosser. " Paul donne son opinion : " Ce sont de bons amis. Nous sommes fans de Futureheads. Ils n'habitent pas loin de chez nous. Ils travaillent très dur. Je suis content de voir où ils sont arrivés. C'est un excellent groupe de scène. Il n'existe pas de compromis chez eux. Ni de complaisance. Simplement de l'intransigeance. Leurs harmonies vocales et les mélodies sont très originales. Mais sur scène, j'apprécie autant les deux formations… "

'The night I lost my head', 'Once a glimpse' et 'Kiss you better' sont apparemment des contes de rencontres romantico-sexuelles manquées. Mais paradoxalement, ce sont également les plages de l'album… les plus glamoureuses. Pour la circonstance, partageraient-ils cette sensibilité 'glamour' avec Roxy Music ? Paul clarifie : " 'Kiss you better' parle de séduction. Mais j'accentue l'aspect de la tentative que celui de l'échec. Dans la vie, il faut prendre des initiatives. Il existe toujours une alternative. Le message va au-delà des paroles. Chacun a droit à ce choix. Il est trop facile de se sentir frustré parce qu'on n'a pas pris de décision. Le danger c'est d'aboutir à des choses qu'on n’a pas envie de faire. Sur un air guilleret, 'The night I lost my head' véhicule un message plus profond. Une déception. Qui laisse encore l'opportunité de choisir. Le message est de ne pas être passif. Aller de l'avant. Il y a une sorte de vibration qui te pousse à opter pour ce qui se présente à ce moment là. 'Once a glimpse' est la chanson la moins glamoureuse. Elle évoque des souvenirs. Quelqu'un qui construit sa vie en la berçant de souvenirs… tout comme chez Roxy Music, il ne faut jamais s'arrêter à la connotation sexuelle du texte de base, mais aller au-delà… "

Sur 'Graffiti' Paul chante 'Je ferai des graffiti, si tu chantes en français pour moi ; que faisons-nous ici si la romance n'est pas morte'. L'intéressé s'explique : " Cette chanson parle de la vie d'une petite ville. Au sein de laquelle un type se demande comment il doit faire pour en sortir. Comme s'il voulait s'extraire du monde. Or la ville la plus proche est également la plus éloignée. Donc tu conçois la vie dans une perspective romantique. Et la culture française recèle cette dimension romantique. Pour les Anglais du nord-est, elle possède quelque chose d'exotique. Mai 68. Ses bagarres. Dans cette chanson, ce type veut que ça change et observe cette période de changement. Il se dit que s'ils ont été capables de le faire, pourquoi pas lui. Il éprouve de la nostalgie, car il ne se passe rien dans sa ville. Et il a conscience que dans son patelin, ces événements ne se produiront jamais. C'est une vision romantique. Une échappatoire. Je suis alors dans un autre monde. En fait, il s'agit de regarder ce qu'il y a de beau au coin de la rue ; alors que jamais personne ne le fait. Pour dire aux gens que le bonheur est près de chez lui. L'esthétisation du quotidien ! " Il en ressort une idée de libéralisme : je vais m'en sortir seul ! Paul continue : " Personnellement, c'est un appel aux armes. Cette chanson évoque pour moi mon séjour à Paris. Mon premier séjour à Paris. J'étais malade. Et je voulais en profiter. J'avais 21 ans. Une expérience inoubliable ! Ce dépaysement avait valeur de vision romantique. (NDR : par référence à George Byron dans ‘The world is mine’). "

'Acrobat' est une compo très étrange. On y retrouve à la fois le débit oratoire de Jarvis Cocker de Pulp et un sens théâtral inspiré par Peter Gabriel. Paul se défend : " Je vois ce que tu veux dire. Mais ce que tu ressens n'a rien à voir avec le message que j'ai voulu faire passer. 'Sheffield sex city' de Pulp est une chanson qui libère une charge émotionnelle très importante. Elle est très proche de mon cœur. Je connais très mal Peter Gabriel. Mais je suis conscient qu'en 'live', il a souvent accentué l'aspect théâtral, emphatique, de ses chansons. Personnellement, j'ai surtout voulu injecter dans 'Acrobat' une dose maximale de sensibilité. Etre plus proche de l'auditeur. Aller droit au but. Et je suis assez content du résultat… "

Sur 'Postcard of a painting' figure un passage de claviers rognés qui évoque manifestement le jeu de Ray Manzarek des Doors. Tom réplique : " C'est Luke (NDR : le claviériste !) qui a voulu l'intégrer lors de l'enregistrement. Et on sait que ce moment précis est différent de la chanson. Beaucoup plus swing. Et ça l'amuse. Mais il ne s'agit pas d'une référence aux Doors (NDR : mon œil !) ".

Un certain Paul Epworth produit leur premier elpee. Pourquoi ce choix ? Tom s'explique : " Il est jeune et enthousiaste. Dans le domaine de la production, il est vraiment doué. Son approche de la mise en forme n'est pas figée. Il n'en est pas à son coup d'essai. Il est à l'écoute des artistes. Il veille à ce qu'il y ait une distribution d'énergie en faveur d'une production équitable. Il met en avant tous les moments d'inspiration. Encore une fois, la musique est ainsi mise en avant. Il capture les bonnes vibrations. Lorsqu'on enregistre, on a besoin de confiance. Et on injecte énormément d'énergie dans l'enregistrement. On la retrouve d'ailleurs également sur scène. Il est d'ailleurs essentiel de bien la canaliser sous ses deux formes. Lors des sessions d'enregistrement, la plupart des producteurs veulent capturer l'instant 'live' pour donner l'aspect le plus dynamique à la chanson. Ces ingénieurs du son veulent la perfection. Tandis que Paul Epworth travaille sur une relation de confiance. Et on a cette vision de faire les choses comme on pense qu'elles doivent être faites. On a accepté immédiatement la collaboration. A cause de sa façon de travailler et de placer d'abord la musique à l'avant-plan. "

Merci à Vincent Devos.

 

 

CocoRosie

Le mythe du paradis perdu

Telles deux rescapées d'un monde où l'amour serait roi et l'inconscient une valeur politique, les sœurs Casady croient encore que notre civilisation peut être sauvée, par l'imagination. Un fantasme, une aberration, peu importe : leur musique est là pour panser nos plaies, laissées béantes à force d'être seulement soignées par notre vaine certitude. De qui, de quoi ? L'homme est trop sûr de lui-même, et c'est ce qui l'oblige, un jour, à ravaler sa fierté de travers et mourir, seul. Aucune rédemption possible ? Pour prévenir l'agonie on écoutera « Noah's Ark » et « La Maison de Mon Rêve » en boucle : c'est comme du yoga, en version 'folk hip(pie)-hop'. Hip hip hip hourra ?!? Et advienne que pourra. Mais qu'en pense Sierra Casasy, une des deux CocoRosie ?

En l'espace d'un an vous êtes devenues des stars de l'Internationale folk. Qu'est-ce qui explique selon vous cet intérêt soudain pour CocoRosie ?

Eh bien… La réalisation de notre premier disque (NDR : « La Maison de Mon Rêve ») a été  pour nous une surprise totale. Même en plein enregistrement, on avait du mal à imaginer sa concrétisation : qu'il atterrisse dans les mains du public, et même qu'il existe, tout simplement ! Il est arrivé si vite et de manière si spontanée que même une fois l'album terminé on se sentait… Comment dire… C'est comme s'il menait sa propre existence, sans l'aide de personne, comme s'il avait une âme. Et bien que je l'adore, j'étais très surprise que tant de gens y trouvent leur compte et s'y reconnaissent. C'est quelque chose que je peux très bien comprendre, mais pas expliquer ! Peut-être est-ce dû au fait qu'en ce moment l'humanité connaît une mauvaise passe et ressent le besoin de revenir à quelque chose de plus primal, d'originel, qui touche au plus profond de son être et de son cœur. C'est palpable en ce moment au niveau artistique. Ce retour aux sources, à l'état primitif. Peut-être peut-on même parler de spiritualité. En fin de compte on espère que notre musique est un acte d'amour, qui libère l'imagination.

C'est vrai que votre musique dégage beaucoup de spiritualité, et touche en cela notre conscience collective. Tous ces bruits du quotidien qu'on y décèle renvoient à la nature et aussi à l'enfance. C'est comme un retour aux origines, d'avant les remords et les désillusions de l'âge adulte.

Je pense que les enfants sont très innocents, et qu'à travers cette innocence ils s'avèrent capables d'embrasser le monde de manière quasi mystique. Quand ils racontent une histoire ils parviennent ainsi à révéler la vérité qui la sous-tend, sans tomber dans les préjugés et les préceptes sur lesquels bute l'adulte. Nous avons tellement de bagages, d'a priori et de frustrations… Je pense que les adultes ont peur, et c'est la raison pour laquelle on raconte nos histoires comme si nous étions restées des gosses, dans le but de révéler en même temps la lumière et les ténèbres.

Quand on écoute la musique CocoRosie, on se sent réconforté. Elle nous rappelle l'utérus, la quiétude amniotique, quand l'être humain s'avère encore intact, sans peurs et sans reproches.

(NDR : belle comme un soleil, elle sourit encore) Oui… Je ne sais pas… Il est difficile d'être objective tout le temps ! (NDR : elle rit) Mais je vois très bien ce que tu veux dire. L'important pour nous, en tant qu'artistes, c'est d'évoluer dans un espace qui déborde d'humanité. Nos histoires abordent ce sujet, sans trop d'arrière-pensées… L'humain, c'est l'essentiel.

Sur la pochette de « Noah's Ark » on peut voir des licornes, qui durant le Moyen-âge étaient le symbole de la pureté et de la virginité… Tout se tient !

(NDR : grand sourire.) Exactement ! On accorde beaucoup d'importance aux créatures mythologiques, et on adore les animaux ! Pour nous la mythologie s'apparente à une manière de vivre, à une sorte de médium qui permet la remise en question, la transformation, la recréation. C'est comme une renaissance.

Pourquoi l'une d'entre elles saigne ?

Elle pleure. Des larmes sacrées de tristesse. 

Mmm, quelles jolies bêtes ! Et les oiseaux, les chats, les chevaux,… On en entend plein sur vos deux disques ! Pourquoi donc ?

On aime les sons qu'ils produisent, c'est tout !

Avez-vous bossé différemment sur ce disque ?

Non, notre démarche s'est révélée plutôt similaire : on a pas mal improvisé, et fait confiance à notre troisième œil… La seule grande différence, c'est qu'au lieu d'avoir tout concentré dans une petite pièce, on a bossé partout, à tout instant. Comme on a beaucoup tourné ces derniers mois, on y réfléchissait aussi bien sur la route que backstage, quand on sentait que c'était le moment. C'est ça l'inspiration : elle peut aussi bien jaillir pendant la nuit dans une chambre d'hôtel qu'avant un concert, peu importe où l'on se trouve… Un peu comme les escargots, tu vois ? Qui portent leur maison sur leur dos ?

Euh… Oui, bien sûr ! Mais tous ces lieux de passage n'ont pas l'air de vous avoir tellement influencées : « Noah's Ark » ressemble fort à « La Maison de Mon Rêve », non ?

Oui, l'expérience reste avant tout très intime, et c'est ce qui est étrange : peu importe le fait qu'on voyageait tout le temps, on arrivait toujours à réinventer ces mondes de créativité et de musique dans lesquels on se sent si à l'aise… Même si partir en tournée s'avère un véritable challenge. Parce que c'est fatigant et qu'à un moment t'as envie de tuer tout le monde ! Nous avons vite réalisé qu'il était tout à fait possible de préserver notre propre univers… Grâce à notre imagination.

Cela signifie-t-il que rien ne peut vous émouvoir en-dehors de votre propre psyché ? Que la musique vous sert avant tout d'échappatoire ? Que vous ne ressentez aucune volonté de confrontation avec la société qui vous entoure ? 

Oui, définitivement. Quand nous sommes en plein processus de création, nous évitons d'être en contact avec notre environnement immédiat. Je pense que notre musique se suffit à elle-même mais qu'au final elle exprime quand même bien la façon dont on appréhende le monde, et comment celui-ci nous affecte. L'environnement qui nous entoure, on ne s'y intéresse pas de manière littérale : c'est bien plus profond, bien plus fort et authentique…. On parle ici de connexion avec nous-mêmes, avec les gens qui nous entourent, d'une façon plus imaginative, quasi surréelle. C'est comme si on était en contact avec notre propre subconscient, et peu importe s'il nous échappe, si on ne comprend pas ! Parce que même pour nous c'est un mystère… Mais c'est après, une fois que le travail est fini, qu'on peut tenter d'interpréter les histoires qu'on raconte, les sentiments qu'on ressent, à travers la musique, les mélodies et les paroles. Et par là y déceler nos opinions sur la politique ou le monde actuel… Tu saisis ? 

Il y aurait donc chez CocoRosie une grande part laissée à l'inconscient, d'où le titre de votre premier disque, « La Maison de Mon Rêve » ?

Absolument ! Et je pense que cette perspective n'a rien à voir avec une quelconque notion d'échappatoire. Pour moi c'est comme si au contraire nous étions en osmose avec le monde qui nous entoure, avec l'humanité, son histoire et ses cicatrices ; et ce quelle que soit l'importance accordée à nos rêves et à notre inconscient dans le processus créatif. 

Dans le livret du cd promo on peut lire que votre musique est 'connectée au passé, et vague à propos du futur'. Donc quoi ? Vous avez peur du futur ? La maison de vos rêves ne ressemble-t-elle pas, en fin de compte, à une prison dorée ?

(NDR : interloquée) Ce n'est pas ce qu'on a voulu dire ! Je n'étais même pas au courant ! Il est difficile de superviser tout ce qu'on écrit sur nous, il y a tellement de gens qui bossent pour CocoRosie… 

Tu n'es donc pas d'accord avec cette assertion ?

Je pense qu'il y a intégration de l'histoire dans notre musique, pour autant qu'elle nous affecte émotionnellement… Mais il est certain qu'on ne peut imaginer l'avenir, c'est quelque chose qui reste pour nous un mystère… Et c'est justement ce que nous chérissons ! 

Et que penses-tu de cette soi-disant nouvelle scène folk à laquelle on vous affilie, en compagnie de Devendra Banhart, d'Antony, de Vetiver, de Joanna Newsom, de Ben Chasny et j'en passe ?

A vrai dire on s'en fiche ! Elle ne nous dérange pas. On s'y est fait. Mais quand on lisait les premières reviews de « La Maison de Mon Rêve » on se sentait quand même offensées… En quoi notre art, dans tout ce qu'il symbolise de personnel, a-t-il à voir avec un 'genre' ? Ca n'a aucun sens ! Mais on s'y est habitué, et finalement c'est bien d'être comparées à des artistes qui sont avant tout des amis… »

Vous les connaissiez avant que le succès et la médiatisation n'arrivent ?

Devendra, c'est un vieux pote. Quant à Antony, nous sommes d'abord tombées amoureuses de sa musique avant de le connaître… 

C'est lui qui chante sur « Bisounours » ?

Non…

Ah bon, on dirait que c'est lui ! Il chante même en français.

Tu veux parler de Spleen ? (NDR : rappeur et 'human beatbox' français qui les accompagne sur disque et en tournée).

Ah, euh, c'est-à-dire non, je… Tu en es sûre ?

C'est moi !

Soit. Vous aimez donc la culture française ?

Cette culture est si poétique ! Et romantique, même si c'est cliché de le dire… On aime beaucoup Rimbaud, Jean Genet : leurs œuvres nous parlent, de façon spirituelle. 

Peux-tu m'en dire plus sur le titre de l'album, « Noah's Ark » ?

(NDR : soudainement, elle s'émeut et sa voix se fragilise) On tente de trouver le chemin qui nous mènera vers un monde nouveau… Vers une nouvelle vie. Notre monde touche à sa fin, tu ne crois pas ? 

Mmmm ?

Oui. Notre monde. Les gens.

Pourquoi poses-tu cette réflexion ?

Ne penses-tu pas que l'humanité agonise ? 

Yep, mais ce n'est pas nouveau. C'est ainsi depuis la nuit des temps, non ?

Oui, mais je pense qu'en ce moment c'est de pire en pire… 

L'humanité est en danger !

Oui… (NDR : de plus en plus émue, pensive). Il vrai que ce n'est pas nouveau. Le profit, le matérialisme, la corruption, l'obscurantisme,… Ces notions existent depuis toujours, elles vivent au cœur de notre humanité et sont très destructrices... Enfin bref… La mort est inhérente à l'humanité, et sur « Noah's Ark » on essaie de comprendre comment on en est arrivé là… L'Apocalypse approche ! C'est la raison pour laquelle il faut prendre le large, vers le nouveau monde…  (NDR : un ange passe)

L'arche du titre, c'est la passerelle qui relie l'ancien monde et le nouveau ?

Oui, c'est comme un pont entre ce monde-ci et celui de notre imagination. 

Tu penses donc qu'il est plus facile de capitaliser sur notre imagination, sur nos mondes intérieurs, plutôt que sur le monde dans lequel on vit ? Si on suit ton avis, on n'est pas dans la merde !

Bon, je suis sûre que les gens peuvent changer… Et je pense qu'il est très important de croire en ses rêves et en ses idéaux, parce qu'ils révèlent ton identité. C'est le mythe auquel il est nécessaire de croire, et il se passe ici, maintenant ! Il n'a donc rien à voir avec le fait de fuir notre monde : il faut juste parvenir à vivre à fond son propre mythe personnel, tant qu'il est encore temps !

The National

Nous sommes tombés amoureux de New York

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Le line up de The National est tout à fait singulier, puisqu'à l'instar des débuts du défunt Immaculate Fools, il implique une paire de frères (les frangins Dessner et Devendorf). Et un chanteur et lyriciste qui réponde au nom de Matt Berninger. Responsable de trois albums à ce jour - dont l'excellent " Alligator ", paru voici quelques semaines - le quintet est issu de Cincinnati, mais vit à New York. C'est d'ailleurs dans la métropole d'adoption que l'histoire de cette formation a commencé. Ce qui méritait une explication. A l'issue de leur set remarquable accordé dans le cadre du festival Pukkelpop ; Matt et Bryan Devendorf (NDR : le drummer) ont bien voulu éclaircir la situation…

Tout comme AfghanWhigs (NDR : que Greg Dulli vient de remonter), les membres de The National sont donc originaires de Cincinnati, dans l'Ohio. Mais si la bande à Dulli s'est installée à Los Angeles, celle de Berninger a plutôt opté pour la côte est des Etats-Unis. Matt s'explique : " Nous ne sommes pas partis à New York pour fonder un groupe. Ni pour aller à la rencontre du succès. L'idée de ce collectif est née plus tard. Maintenant, il est vrai que si nous étions demeurés à Cincinnati, j'ai du mal à imaginer qu'un tel projet aurait pu naître. Vivre à New York est extrêmement motivant. Il y a tant de choses à faire dans cette ville. On peut y réaliser ses rêves. Projeter de belles perspectives de carrière. Parce qu'il existe des tas de clubs qui permettent de se produire en concert… " Et Bryan d'ajouter : " Les gens y sont beaucoup plus ambitieux " Matt reprend le crachoir : " Cette métropole vous inspire. Dulli a émigré à L.A. Et je ne sais pas dans quelle mesure Cincinnati a pu lui apporter une quelconque créativité. D'ailleurs, je pense qu'il s'est barré de là assez rapidement. " Apparemment, ils ne sont pas près d'y revenir. Matt confirme : " Je doute que nous y remettions un jour les pieds. Nous sommes tombés amoureux de New York. Il est difficile de retourner dans ton bled, lorsque tu y as vécu. Si nous devions le quitter, ce serait pour une autre grande ville ; comme Paris, par exemple… " Il est vrai que la France est le premier pays européen à s'être enflammé pour The National. Sur le vieux continent, ils ont d'ailleurs d'abord été signés par le label indépendant bordelais Talitres, chez qui les deux premiers albums sont sortis (NDR : depuis, ils sont passés chez Beggars Banquet et distribués par V2 dans le Benelux !). Matt acquiesce : " Nous comptons beaucoup de fans en France. J'ai eu une petite amie française à New York. Nos premiers concerts en Europe ont été accordés à Paris… Nous avons, en quelque sorte, une french connection. On peut même dire que Bryce est francophile, puisque sa copine est issue de Paris. " Faut aussi croire que la sensibilité de leur musique plaît à ce public. Et Matt d'ajouter : " C'est peut être également la raison pour laquelle Paris nous plaît. En fait le public français est réceptif à la musique confessionnelle. A cette forme de sincérité. " Et d'élégance…

Hormis lors du premier album, le violoniste/claviériste Padma Newsome a participé aux sessions d'enregistrement de tous les autres disques. En outre, il lui arrive régulièrement (NDR : pas à l'occasion de ce Pukkelpop, cependant) de tourner en compagnie du groupe. Est-il pour autant considéré comme membre à part entière de la formation ou tout simplement collaborateur régulier ? Bryan éclaircit la situation : " Il nous accompagne généralement en tournée. Mais il vit en Australie. Chaque fois qu'il a la possibilité de nous rejoindre, il débarque. Disons que les ¾ du temps, il est présent. Mais parfois, ce n'est pas possible. Pourtant, tu peux le considérer comme un membre effectif de The National. Il est même devenu un des éléments majeurs du groupe Voire son pilier central… " Ce qui explique, sans doute pourquoi 'live' son absence oblige le combo à proposer un set totalement différent. " Oui, absolument !" confirme Matt. "Tu as pu t'en rendre compte aujourd'hui. Lorsqu'il est présent, il ajoute ses parties de violon et de claviers. La musique est alors plus atmosphérique. Sans lui, on essaie de produire des shows distincts. Plus intenses, plus électriques, pour maintenir l'intérêt. " Peter Katis (Interpol, Mercury Rev, etc.) a assuré la production d''Alligator'. Pas étonnant lorsqu'on sait qu'il vit également à New York. Et puis ils sont devenus des amis. Bryan en profite pour balancer une vanne : " On l'a choisi parce qu'il danse remarquablement bien (rires). Sérieusement, ce type a bien les pieds sur terre. Il est très calme. Il cherche avant tout à rendre le son cohérent. En fait, il joue le rôle de l'ingénieur du son. Et c'est ce dont nous avons besoin. " Parce que les musiciens du groupe sont d'éternels insatisfaits. Il leur arrive même de retravailler une chanson, parce qu'ils estiment qu'elle est trop accessible. Matt confirme : " Nous sommes dubitatifs lorsqu'une chanson nous plaît instantanément. En général on l'apprécie pendant quelques jours, puis on la trouve banale. Si elle est trop accessible, c'est parce qu'elle est trop familière. Et nous craignons cette réaction. Parce qu'elle suscite rapidement l'ennui. "

De nombreux critiques rock comparent la musique de The National à celle de Tindersticks. Et puis le baryton de Matt à celui de Stuart A. Staples. Il est à supposer que depuis le temps que ce type d'articles se multiplie, les musiciens se sont décidés à écouter les disques du groupe britannique. Bryan donne son avis : " Stuart est un beau mec doué d'une belle voix. Mais je suis surtout sensible au talent du drummer (NDR : fallait s'en douter !) Il a un toucher, un feeling, exceptionnels. Pour ma part, c'est un des meilleurs au monde ! " Matt, de son côté confesse : " Nous n'étions pas spécialement des fans. Nous étions simplement au courant de leur production. Mais après avoir lu les critiques qui relevaient des similitudes entre les deux groupes, on s'est quand même décidés à les écouter. En fait, nous partageons les mêmes goûts. Et en particulier pour Nick Cave. Dont la façon d'écrire des chansons, des mélodies, m'a toujours impressionnée. En ce qui concerne la voix, j'essaie de faire du mieux que je peux. Il existe sans soute une influence quelque part, mais vous devez comprendre que ce timbre est inhérent à ma tessiture. Celle d'un baryton. C'est à la fois mental et physiologique… "

Dans les chansons de The National, on retrouve des contes mélancoliques alimentés par le sexe, l'alcoolisme, la rupture, la paranoïa et la solitude. De la tendresse aussi. Des observations finement détaillées de la vie et de l'amour, la comédie humaine peinte avec de l'humour noir ; et plus que probablement un exorcisme des propres angoisses de Berninger. Mais en utilisant la narration, Matt cherche-t-il à créer une distance entre lui et son sujet ? (NDR : silence), Matt semble médusé : " … Il y a des parties autobiographiques et d'autres narratives. De la fantaisie, aussi. De l'imaginaire et des choses toutes construites. Si les chansons reposaient uniquement sur la biographie de l'être humain, ce serait moins riche. Il faut donc romancer. Donc on imagine des gens face à certaines situations. On crée des personnages en partie autobiographiques et partiellement fictifs. Le but n'est pas de se cacher derrière un quelconque paravent, mais plutôt de construire une atmosphère, susciter de l'émotion… " Ce qui explique sans doute pourquoi le cinéma est également une source d'inspiration pour les chansons de The National. Matt confirme : " On aime beaucoup le cinéma. Almodovar notamment. Et en particulier les longs métrages 'Parle avec elle' et 'Tout sur ma mère'. On est allé voir récemment 'Eternal sunshine of the spotless mind', et ce film nous a beaucoup plu. Et puis, nous vouons un culte aux classiques comme 'Ghostbusters' ou 'The graduate'. Ce dernier met en scène des personnes maladroites plongées dans des situations inconfortables. Des individus faibles occupés de se dégrader. Nos chansons sont écrites comme des scénarios de films… "

Tout au long d''Alligator', on ressent une forme de désenchantement vis-à-vis de la vie et du monde contemporain. Seraient-ils fatalistes ? Bryan hoche la tête d'un air affirmatif. Matt réfute cette analyse : " On peut considérer qu'il existe, dans notre écriture, un mélange de cynisme, de mélancolie, de pessimisme, de désenchantement, de dégoût par rapport au monde. Mais aussi d'humour et d'optimisme. L'être humain veut être heureux, et c'est normal. Mais il doit se battre pour y parvenir. Je ne pense pas qu'on puisse considérer notre démarche comme négative ; simplement elle est le résultat d'une observation des gens dans leurs moments faibles et leurs moments forts… " Pourtant dans la chanson 'Looking for Astronauts', on ressent une volonté de fuir la société. Un type d'évasion qui pourrait conduire au suicide… Bryan et Matt ne semblent toujours pas sur la même longueur d'ondes. Mais ce dernier finit par trancher : " L'herbe est toujours plus verte chez ton voisin. C'est dans ce sens là que j'ai écrit cette chanson. En pensant aux gens qui sont disparus, qui disparaissent, qui sont perdus. Je n'imaginais pas qu'elle aurait pu prendre une signification aussi destructrice… "

 
Merci à Vincent Devos

V.O.

Délivrance non sous-titrée

Écrit par

Collectif fragile articulé autour de l'âme sensible de Boris Gronemberger, V.O. offre " Pictures " au monde. Ce premier album insuffle à la Belgique une autre vision de son univers musical, une autre façon de vivre la pop. Les éloges ne seront jamais suffisants pour acclamer le travail de ces artisans stakhanovistes de la belle musique. Indomptables et incompréhensibles, les mélodies se construisent ici pièce par pièce comme la plus somptueuse des mosaïques. Petit entretien en compagnie de Boris Gronemberger, l'architecte de ce fameux projet.

Boris, peux-tu me retracer brièvement l'histoire de V.O. ?

Notre histoire remonte à l'année 2000. A l'époque, nous jouions au sein de Grinberg, un projet instrumental. Mais je ressentais le besoin et l'envie d'écrire des chansons. Nous nous sommes produites pour la première fois dans le cadre d'un festival organisé à Louvain-La-Neuve : le 'First Steps and false alarm'. Cet événement met en exergue le travail de musiciens qui prennent l'habitude de jouer dans leur chambre ou dans leur cave. Un des organisateurs qui connaissait Grinberg m'a alors proposé d'y participer. J'ai profité de cette opportunité pour mettre V.O. sur pied. Au début, le projet se réduisait à une simple échappée en solitaire. Mais peu à peu, il devenait très difficile d'assurer toutes les compositions seul sur scène. J'ai donc décidé de me tourner vers les autres membres de Grinberg pour m'accompagner. Actuellement, nous sommes cinq : mon frère Dimitri aux claviers, Cédric Castus (Grinberg) à la guitare, Frédéric Renaux (Grinberg) à la basse et Julien Paschal (Sharko) à la batterie

A côté de V.O., tu collabores également à d'autres projets. Tu es notamment le guitariste attitré de la belle Françoiz Breut. Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Je l'accompagne effectivement depuis près de quatre ans… C'est vraiment une artiste formidable. Là, nous venons d'achever l'enregistrement de son troisième album (NDR : " Une saison volée ") et nous partirons bientôt en tournée pour le défendre…

Comment perçois-tu V.O. dans notre paysage musical ?

Nous sommes une sorte de formation à part. Notre musique ne passe pas en radio, contrairement à la plupart des formations pop-rock actuelles. Nous nous intégrons dans une communauté d'artiste bien implantée en Belgique mais dont personne ne parle ! En Belgique, il y a une foule de labels intéressants et défricheurs dont on ne souligne pas suffisamment le boulot : c'est une certitude ! Une scène belge alternative évolue aujourd'hui dans l'ombre. Même si notre musique demeure indissociable de la pop, nous faisons partie intégrante de cette scène alternative ! Dans notre Royaume, on ne compte plus les groupes géniaux ! Pour moi, c'est une chose très positive de retourner les projecteurs pour s'apercevoir de la qualité des projets qui se trament en coulisses !

" Pictures ", votre nouvel album, vient de paraître. Qu'attendez-vous de sa sortie ?

Pour être honnête : pas grand-chose ! J'espère quand même que les gens pourront écouter notre musique et qu'elle sera accessible dans le commerce. Et il ne faut pas penser que cette étape soit évidente dans une petite structure comme la nôtre ! Il est difficile de se faire une place dans la jungle des sorties discographique hebdomadaires… Mais nous n'escomptons pas un énorme succès. Tout simplement parce que cette hypothèse n'entre pas vraiment dans notre éthique. Quand j'ai commencé à jouer de la musique au sein d'un groupe, j'étais idéaliste, voire utopiste par rapport à la réussite dans le monde de la musique. C'est en commençant à collaborer avec d'autres artistes que je me suis rendu à l'évidence…

Qui s'est chargé du visuel de la pochette du disque ?

Ce travail revient à Maxime, un des grands artisans de chez Matamore Recordings … et un peu à moi aussi ! A l'intérieur du disque, on peut découvrir une magnifique tête de taureau… (NDR : une expérience visuelle à vivre). C'est une photo prise durant l'enregistrement du dernier album de 'Françoiz Breut'. Nous filmions toutes les prises de sons et par hasard, nous sommes tombés sur ce masque étrange. Inutile de préciser que c'est parti en cacahouète… Cette image est assez cocasse et biscornue. Je trouvais cette photo suffisamment originale pour illustrer la partie intérieure de notre disque !

Le 17 juin, ouvrira la Fête de la musique en grande pompe. Que penses-tu d'une initiative comme la Fête de la Musique ?

D'année en année, l'affiche ne cesse d'évoluer et offre un aperçu de plus en plus large des musiques émergentes. De plus, la promotion associée à l'évènement connaît également un essor considérable. Par contre, il serait très intéressant de faire évoluer le concept de la Fête de la Musique vers d'autres disciplines artistiques !

Pour toi, un concert accordé à cette occasion est-il un concert comme un autre ou a-t-il une saveur particulière ?

Pour les spectateurs qui n'assistent pas souvent à un concert, il est certain que les représentations offertes à l'occasion de la Fête de la Musique doivent avoir une signification particulière. Mais pour nous, un concert reste un concert et se doit d'être joué avec la même envie de partager notre musique !

Quel est le prochain concert auquel tu assisteras ?

En tant que spectateur ? Certainement une des nombreuses premières parties de Françoiz Breut ! On va jouer en même temps que Sonic Youth en France. Ce sera peut-être l'occasion de les voir ! Et puis, notre tournée passe par Barcelone et son fabuleux Festival Primavera (NDR : à l'affiche, on retrouvera notamment The Arcade Fire, Maxïmo Park, New Order, The Wedding Present, Vitalic, Gang of Four, The Stooges, Nouvelle Vague, Mercury Rev…) De quoi passer d'excellentes vacances !

Quel est le disque que tu offrirais à ton pire ennemi ?

Sans hésiter, je crois que ce serait " Smile " des Beach Boys. Simplement parce que j'adore cet album. C'est une manière comme une autre de sourire à son pire ennemi, non ?

Quel est l'album préféré de V.O ?

Difficile de répondre à une question commune. Surtout lorsque les autres ne sont pas présents… Nous avons des goûts tellement différents… Néanmoins, je pencherai pour l'album " Camoufleur " de Gastr Del Sol ! Chez V.O., tout le monde sera d'accord pour célébrer ce disque…

Quel est pour vous le meilleur album de tous les temps ?

J'opte sans conteste pour le " double blanc " des Beatles !

Dans ta collection, y a-t-il un disque que tu as aujourd'hui honte d'écouter ?

Un disque que j'ai honte d'écouter ? Bon, je dois passer aux aveux : je possède un exemplaire du dernier album des Destiny's Child…

Bacon Caravan Creek

Le syndrome du perfectionnisme

Écrit par

Auteur d'un premier album fort intéressant et surtout original (" Behind a wish "), paru à la fin de l'année dernière, Bacon Caravan Creek nous vient de la région de Huy. Et pour enregistrer ce premier opus, le quatuor a reçu le concours de Rudy Coclet à la mise en forme, personnage incontournable en Belgique dont la carte de visite mentionne notamment Sharko, Arno et Mud Flow (NDR : ça rime !). Avant d'accorder leur prestation dans le cadre de l'édition 2005 du " D'Hiver Rock ", Nicolas (le chanteur) et Vincent (le bassiste) nous ont accordé une interview. Un entretien qui devrait permettre de mieux cerner le phénomène B.C.C.

La genèse de B.C.C. remonte à 1999. Julien Dacos et Xavier Schmitz se connaissaient depuis l'école. Ils avaient toujours rêvé de fonder un groupe, mais ils ne trouvaient pas de bassiste. Et puis Julien a rencontré Nicolas Perat dans un Supermarché d'Amay. Ils y travaillaient tous les deux comme jobistes. Ont sympathisé. Et comme Nicolas jouait de la basse, leur premier groupe est né. Ils l'ont alors baptisé Explosion. Parce qu'à l'époque, ils étaient tous fans de John Spencer Blues Explosion. Mais rapidement, ils se sont rendu compte que la corrélation était un peu trop évidente. C'est ainsi qu'ils ont opté pour le patronyme Bacon Caravan Creek. Sans raison apparente. Parce que mis en ensemble, ces trois mots sonnaient bien. En réalité, il s'agirait d'une expression qu'ils ont retenue de l'école, du cours d'anglais. Un cliché relatif aux familles américaines qui se nourrissent aux hamburgers et aux sitcoms. A moins qu'il ne s'agisse de la marque d'une caravane. Ou encore d'une référence aux Simpson. Une chose est sûre, les musiciens du groupe prennent un malin plaisir à laisser planer un doute sur l'origine exacte du patronyme. Nicolas raconte : " En fait, nous l'avions surtout choisi, parce qu'il laissait transparaître des connotations blues et rock. Nous interprétions alors de longs morceaux que Julien agrémentait de soli. Progressivement, nous avons voulu apporter à l'ensemble une touche électronique, parce que nous en éprouvions le besoin. A un tel point, qu'à un certain moment, nous écoutions de moins en moins de blues ou de rock et de plus en plus de musique électronique. J'ai donc décidé de m'acheter une petite machine et de me consacrer aussi au chant. Puis on fait appel à Vincent, qui était guitariste à la base ; mais capable de toucher un peu à tout, il est devenu notre bassiste. Mais Julien ne voyait pas l'évolution du groupe d'un bon œil. Et il se rendait compte que sa vision des choses collait de moins en moins à celle des autres membres du groupe. Et il a préféré s'éclipser. C'est alors que nous avons fait appel à John (NDR : Nederlants, ça ne s'invente pas !), qui jouissait d'une réputation de guitariste assez flatteuse, dans la région de Huy. " Et c'est sous cette forme que le combo va entamer la tournée des festivals d'été (Bear Rock, Nandrin, etc.) Vu les échos favorables recueillis lors de leurs prestations, ils décident de s'inscrire au concours organisé par l'asbl Court-circuit. Et de sélection en sélection, ils atteignent la finale, où ils obtiennent la troisième place, le prix du public et le prix Roland récompensant la meilleure démo. Des résultats qui vont leur permettre de décrocher de plus en plus de concerts (dont le festival de Dour) et de se retrouver sur l'une ou l'autre compilation. Bref, fin 2003 le groupe est tout à fait prêt à attaquer l'enregistrement de leur premier opus. D'autant plus que les quatre étudiants bissent leur année d'étude. Une coïncidence ou une fatalité (NDR : biffer la mention inutile) qui semble les avoir beaucoup aidé dans leur entreprise. Même que si l'un d'entre eux avait réussi, il y aurait eu comme un problème.

Mais venons en donc à la confection de cet opus enregistré chez Rudy Coclet, au studio Rising Sun. Le groupe voulait enregistrer un album depuis longtemps, mais cette envie s'est amplifiée à l'issue du Concours-circuit. Nicolas s'explique : " Notre entourage, le public et même des professionnels nous ont aussi poussé à réaliser ce projet. Mais sur un support bien travaillé. Une manière de montrer notre savoir-faire. Pas seulement sur une démo. Sans budget et dans un studio techniquement limité, nous n'aurions jamais pu y parvenir. Heureusement, grâce au prix, nous avons pu disposer d'un budget, minime mais suffisant, pour le concrétiser. " Mais pourquoi Rudy Coclet ? Vincent justifie la décision : " C'est arrivé un peu par chance. Nous connaissions sa carte de visite. Ce qu'il était parvenu à réaliser pour des artistes belges. Et puis c'est le premier à qui on a demandé. Un peu utopiquement. " Nicolas reprend la parole : " Nous avions vraiment flashé sur le deuxième album de Sharko, 'Meeuws2'. L'univers qu'il y développe est exceptionnel. Et on s'est rendu compte que Rudy Coclet ne s'était pas contenté de l'aspect technique, mais qu'il avait aussi mis la main à la pâte. Donc en arrivant en studio, nous savions ce qu'il était capable de faire. Que nous ne nous trouverions pas face à un type qui se contente d'accomplir son job. Point barre. " Vincent confirme : " Nous avions besoin d'un guide et en même temps de quelqu'un qui s'implique ". Et le résultat de ces sessions porte le nom de 'Behind a wish'. Encore que la formation a dû retourner en studio une seconde fois. Parce qu'au départ elle avait l'intention de se limiter à sept morceaux. Et en accord avec l'ingénieur du son, elle y est revenue, un mois plus tard, pour en concocter un supplémentaire. Mais pour le manager, ce format est inhabituel. Ce n'est ni un maxi, ni un album. Aussi, au lieu d'en retirer quatre, ils en ont ajouté deux. (NDR : bonjour la prise de tête !). Dix titres qui baignent au sein d'une certaine ambiance. Et d'ambiance à 'ambient', il n'y a qu'un pas qui méritait d'être franchi. Un avis partagé par Nicolas : " C'est une bonne remarque. Nous voulions que les auditeurs puissent écouter l'album d'une traite. Qu'ils n'aient pas l'envie de privilégier une plage en particulier, parce qu'elle sortirait du lot. " Cependant, pas au point d'épouser une forme conceptuelle. Nicolas confirme : " Absolument ! C'est ce que nous voulions. " Et Vincent en remet une couche : " Il est possible d'écouter chaque chanson individuellement, mais aucune d'entre elle ne se démarque. C'est un ensemble. On n'achète pas le CD pour une seule chanson. " Nicolas embraie : " Le temps passé en studio, nous l'avons consacré à la recherche d'ambiance, plutôt qu'à mettre en exergue une compo qui claque bien ! " Et comme le groupe est perfectionniste, on imagine facilement le somme de boulot qu'il a fallu déployer. Vincent admet : " Nous passons beaucoup trop de temps pour les détails, dont la plupart n'aboutissent jamais à rien. Mais pour cet album, on a réalisé un énorme travail de recherche. Avant et pendant l'enregistrement. Nous avons utilisé de nombreuses pistes. Parfois 50 ! Même si cette quête du détail n'apparaît que par bribes. On ne s'est pas limité à la chanson telle quelle. " On comprend mieux pourquoi les musiciens se remettent constamment en question. Toujours ce syndrome du perfectionnisme ! Nicolas avoue : " Chez nous cette remise en question est permanente. Lors de chaque répétition. Avant un concert, nous exprimons ainsi nos craintes. Après un concert, on fait l'analyse de notre prestation. Et si un set a foiré, nous rectifions le tir de fond en comble. Donc tous les morceaux. Et encore une fois cette méthode rejoint notre besoin de recherche d'ambiance plutôt que de mettre le paquet sur un morceau bien calé. Parce que chez nous, la vision d'une chanson change constamment. Donc à la limite, celle qui véhicule le plus d'émotion est produite sur l'album. Tandis que sur scène, nous fonctionnons à l'émotion du moment, de la semaine, etc. " Et pas facile d'exprimer ses émotions lorsqu'on est introvertis. Nicolas confesse : " Oui, nous le sommes. Tous les quatre. Personnellement, sur scène, je m'accroche à ma planche et j'ai dû mal à la lâcher pour montrer que j'adore jouer en concert. Nous aimons tous nous produire en 'live'. Mais hors de la scène, nous somme très introvertis. " Vincent insiste : " Timides même. Nous éprouvons certaines difficultés à nouer des contacts avec les autres groupes. Et lors d'un set, nous ne sommes pas enclins à inviter les spectateurs à chanter ou à frapper des mains. " Ce qui explique sans doute pourquoi on ressent une certaine angoisse à travers leur musique. Une inquiétude face à l'évolution du monde contemporain. Nicolas précise : " Inconsciemment certainement. Mais ici ce n'est pas voulu. On n'a pas insisté pour que les morceaux soient mélancoliques ou lents. Ils sont nés tout naturellement. Ils sont tout simplement le reflet de notre génération. " Une angoisse que le groupe a en quelque sorte exorcisé en entrant en studio. Nicolas confirme : " Nous avions conscience que c'était la première et la dernière chance de faire un album. Et qu'il ne fallait pas la laisser passer. Que c'était le bon moment pour investir le budget dont on disposait. Donc on y a mis toute la gomme " Un moment d'autant plus idéal que le rock wallon est en plein boom aujourd'hui. On peut même affirmer que des formations comme Girls In Hawaii et Ghinzu ont tracé la voie à suivre. Vincent partage ce point de vue : " Je ne crois pas que nous aurions pu sortir cet album, il y a 5 ou 6 ans. Le contexte est aujourd'hui beaucoup plus favorable, c'est vrai ! "

Mais qu'est ce souhaite vraiment le groupe (NDR : par référence au titre de l'elpee " Behind a wish ") ? Nicolas réagit : " Je suis content qu'on me pose cette question. Parce qu'on ne la pose jamais. Or, nous craignons que le public pense que le titre se résume simplement au souhait de sortir un album. Qu'il ne se rende pas compte de son sens véritable. Que la plupart des lyrics de notre disque traitent de l'hypocrisie en général. C'est dans ce sens là qu'il faut le comprendre. Que se cache-t-il derrière la tête de quelqu'un qui vous souhaite de bonnes choses ? De gens qui vous tendent la main ou refusent de vous la tendre ? Des faux amis ? Des réflexions qui entraînent beaucoup de stéréotypes. Et sont également le fruit d'expériences personnelles. Mais je pense que finalement elles reflètent une espèce de vision du monde… " A contrario, en choisissant d'être bookés par l'agence 'Progress in Booking', le groupe pense avoir fait le bon choix. Nicolas s'explique : " Nous avions fait écouter notre musique à beaucoup de monde. C'est un des premiers retours positifs que nous avons reçu. Bernard est venu nous voir et nous parler plusieurs fois, à l'issue de quelques concerts. En disant ce qu'il pensait vraiment. Et puis au fur et à mesure, le courant est passé de mieux en mieux. Nous partagions la même vision des choses. Et puis nous avions peur de recevoir des propositions malhonnêtes… "

Au rayon influences, la plupart des médias citent Notwist et Radiohead. Une question qui méritait bien sûr d'être posée. Vincent prend la parole : " Les 3 ou quatre dernières critiques de l'album parlent de Notwist et d'Elbow. Un de ces articles mentionne même que notre disque a été recopié sur un des premiers elpees de Notwist. " Nicolas se défend : " Nous n'avons rien recopié, nous ne connaissions même pas Notwist. Et lorsque nous l'avons écouté, nous en avons conclu que la coïncidence était vraiment extraordinaire. Le même phénomène s'et produit pour Arab Strap. Lorsqu'on écrit qu'un groupe nous ressemble, nous avons envie de l'écouter, pour en avoir le cœur net. En ce qui concerne Radiohead, c'est tout à fait différent, puisque nous apprécions tous leur culture. " Et Vincent d'ajouter : " Je crois que ce groupe a influencé tellement de monde. Et en influencera encore pendant un certain temps. Il est devenu en quelque sorte intemporel. Maintenant, nous écoutons tous des choses différentes. Et John des musiques plus complexes que nous. Comme Mars Volta, par exemple " La musique de B.C.C. s'est également vue taxée de noisy. Ce qui a bien fait rire les musiciens. Nicolas reprend le crachoir : " Nous ignorons d'où viennent ces bruits ( ?!?!?), mais on n'a pas cherché non plus. On a même repris l'info quelque temps sur notre site, histoire de marcher dans le jeu. Parce qu'on trouvait que cela faisait bien d'être étiquetés 'noisy'. Lorsqu'on fait le bilan, on ne compte plus le nombre de comparaisons dont on a fait l'objet. C'est inimaginable ! Mais c'est bien ainsi. Cela signifie que nous touchons le public de manière différente. " Comme celle qui les a rapprochés de dEUS, par exemple. Pourtant, on ne peut pas dire que la musique du quatuor soit baroque. Nicolas a son avis sur le sujet : " Probablement plus au niveau de la démarche et du concept que de la musique. Plutôt que de faire constamment écouter le résultat de nos expérimentations à d'autres personnes ou à d'autres groupes, nous préférons nous cloîtrer tous les quatre. Nous ne faisons pas partie d'un collectif. D'une maison, d'une ville, d'une région où il existe une scène rock. Nous avons toujours préféré travailler en circuit fermé plutôt que de se fondre dans un ensemble. Et à ce niveau, je comprends mieux la comparaison à dEUS. Mais il est vrai que pour la musique, on est loin du compte… "

(Photo : Olivia Londot)

Gravenhurst

There's a magic in everything !

Il y a deux ans paraissait le fabuleux « Flashlight Seasons », d'un dénommé Nick Talbot, alias Gravenhurst : du folk mélancolique aux couleurs mortifères, chanté d'une voix hantée sur une guitare en berne. Quel pied : on n'était désormais plus tout seul à déprimer les jours de grisaille, et la biture existentielle de devenir notre sport quotidien. Qu'elle se pare d'oripeaux électriques ne changera pas la donne : « Fire in Distant Buildings », troisième album de Gravenhurst, sonne dès lors comme le témoignage pressant d'un homme qui n'a plus rien à perdre. L'esprit échaudé par la tournure maligne que prend notre société, Nick Talbot fait péter les guitares et cite My Bloody Valentine. Rencontre.

Ce troisième album révèle de nouvelles directions, moins acoustiques que prévues...

Oui, il n'y a plus autant d'éléments acoustiques qu'auparavant, même s'il en subsiste... Je n'avais pas envie de reproduire le même schéma que sur mes deux premiers albums. On va peut-être perdre quelques fans à cause de ce changement, mais on espère en gagner d'autres ! En fait il s'agit pour moi d'une sorte de retour aux sources, puisque avant de fonder Gravenhurst j'avais un groupe rock, Assembly, et d'ailleurs « Down River » date de cette époque : j'ai écrit cette chanson en 1998. Le fait d'avoir gagné un peu d'argent avec Warp m'a permis d'entrer dans un vrai studio et d'enregistrer le disque rock que je voulais faire... S'il m'avait fallu rester coincé dans ma chambre à composer à l'aide d'un micro et un 4-pistes, j'aurais sans doute encore sorti un album folk… Tout dépend des circonstances, en fin de compte ! En fait mes racines musicales sont à chercher du côté de l'indie rock : Joy Division, The Cure, Sonic Youth, ce genre de trucs. Je me suis mis au folk bien plus tard, à l'instar de Nick Drake, Bert Jansch,... Les seuls trucs folk que j'écoutais petit, c'était les Simon & Garfunkel de mes parents ! J'ai vraiment découvert le folk après My Bloody Valentine...

Il y a deux ans au Pukkelpop ton concert était de fait très noisy, et puis tu es revenu à l'AB Club, seul à la guitare. Ca n'avait rien à voir !

Pendant tout un temps je ne pouvais pas me permettre financièrement d'emmener avec moi tout un groupe, mais quand c'était possible, forcément j'avais envie de faire péter la sauce ! Ta réflexion est marrante, parce que l'autre jour on jouait à Londres en première partie de John Parish, et il y avait cette fille au premier rang qui n'arrêtait pas de gueuler : 'J'ai écouté ta musique sur Internet, c'était vraiment joli et calme, pourquoi tu ne joues plus ça ?!?'... C'est d'autant plus amusant que la même semaine sortait dans les bacs ce documentaire sur Bob Dylan (« No Direction Home »), où tu vois tous ces folkeux réac' qui le traitent de Judas parce qu'il se met à jouer électrique... Bordel ! Rien n'a changé depuis les sixties ! C'est comme s'il n'y avait jamais eu le Velvet Underground, c'est n'importe quoi !

Tu évoques ton premier groupe, Assembly... Existe-t-il des enregistrements ?

Non, nous n'avons jamais réussi à choper un contrat avec une maison de disques... Il y a juste un live qui circule sur le net. A l'époque on a donné quelques showcases à Liverpool. On a même eu une review dans le NME... Mais au moment où on a commencé à prêter un peu plus attention à notre sort, Luke, notre bassiste, est décédé dans un accident de voiture... C'était pas de bol, et comme j'avais pas de blé je me suis mis à jouer de la musique plus calme, seul dans mon coin.

Qui sont les autres membres de Gravenhurst à l'heure actuelle ? Des potes ?

Dave (Collingwood), le batteur, joue avec moi depuis des années. Je le connais depuis 7-8 ans. Pour le reste le line-up a souvent changé, mais ce qui est sûr, c'est que Gravenhurst est aujourd'hui un vrai groupe : c'est d'ailleurs la raison pour laquelle il ne s'appelle pas Nick Talbot ! Parce que j'ai toujours voulu chanter dans un groupe, avoir cette dynamique. De ce point de vue, le jeu de Dave est phénoménal, et son influence est énorme sur la manière dont sont écrits les arrangements. Il bénéficie même d'une partie des royalties, c'est dire...

Ce qui frappe à l'écoute de cet album, c'est son énergie, sa puissance. S'agit-il d'un enregistrement live ?

Oui, nous avons enregistré toutes les guitares et la batterie ensemble, dans la même pièce, au studio Toybox de Bristol. Ce studio est incroyable. Il appartient en partie à John Parish. Il n'empêche qu'il coûte cher d'y bosser. C'est pouquoi j'ai dû continuer à chipoter à la maison, notamment pour les lignes de basse. Mais un morceau comme « See My Friends » n'aurait pas pu être enregistré autrement qu'en live : il suffit d'écouter Dave, qui pète un câble à la fin, c'est démentiel !

Et l'on décèle également un peu plus d'éléments électroniques aux détours de certains titres... Etait-ce une volonté de ta part d'offrir à tes fans quelque chose de nouveau ?

Absolument ! Quand j'ai signé chez Warp pour mon deuxième album « Flashlight Seasons », Steve Beckett voulait savoir comment je voyais l'avenir, et j'étais bien forcé de lui répondre que je n'avais pas envie de m'enfermer dans un seul style. Que ce soit de l'acid folk, du rock à la Sonics, à la Velvet, à la Spaceman 3 ou des trucs à la Stereolab, peu importe ! Et c'est ce qui est formidable chez Warp : ce label te laisse le champ libre à l'expérimentation. C'est pourquoi j'ai signé chez eux.

Et le fait que la réputation du label prenne souvent le pas sur le reste, ça te gêne ?

En fin de compte, tout le monde chez Warp s'en tape : il semblerait qu'il n'y ait que le public et les médias qui y accordent tant d'importance... Les gens s'avèrent, ma foi, fort conservateurs ! C'est la dictature de la génération IDM, qui pense qu'Autechre est le fin du fin… J'ai lu des réactions assez comiques sur certains forums, quand Warp venait de me signer. Un songwriter folk, et puis quoi encore ?!? Les mecs qui me cassaient n'avaient même pas encore écouté ma musique (rires). Brillant !

N'empêche que c'est plutôt nouveau chez Warp, cette tendance au crossover... On sent dans ta musique l'influence du post-rock et du krautrock, par exemple.

Oui, c'est vrai qu'il y a un lien avec toutes ces musiques noisy, basées sur le drone... Ca n'a rien à voir avec « Flashlight » en tout cas, mais il y avait déjà ce genre d'influences sur « Black Holes in the Sun » (le EP 6 titres sorti en 2004) : ce mélange d'idiomes folk et noisy. C'est pareil pour ce disque.

A cet égard, peut-on considérer « Black Holes in the Sun » comme un disque de transition ?

Oui, c'est un disque qui montre une certaine progression, mais j'ai toujours écouté une grande variété de styles. Dans ma discothèque il y a autant du Sandy Denny que du Whitehouse ! Je ne fais pas de distinction : c'est de la musique, point barre !

Parlons de l'album : sur « Down River », le morceau d'ouverture, on dirait qu'il y a de la reverb sur ta voix. Pourquoi cet effet ?

J'avais envie d'un gros son bien spatial à la Talk Talk, de bosser à fond là-dessus, que ça dégage de la puissance. Pareil pour « See My Friends », où je voulais qu'il y ait de la distorsion sur ma voix. Que ça soit bien dantesque ! Il y a pas mal de conservatisme dans le music business, mais ce n'est pas toujours la faute des musiciens eux-mêmes... Le problème, c'est qu'une fois qu'un groupe signe un contrat avec une maison de disques et que son premier album rencontre un certain succès, il subit pas mal de pression pour le suivant. Les fans veulent réentendre le même truc, la maison de disques aussi, et il devient difficile de se remettre en question et d'oser faire quelque chose de différent... Une fois que cette activité devient vraiment ton gagne-pain, tu finis donc par te faire entuber, et c'est le bordel. Mais moi ça ne m'a pas affecté outre mesure, parce que de toutes façons je ne vends pas de disques ! (il se marre) Pour des artistes qui vendent plus, cette situation doit par contre être pénible... A part peut-être pour Jack White, qui peut sortir ce qu'il veut sans s'inquiéter, puisque depuis le début il se fait passer pour un non-conformiste...

Ce qu'il fait sonne pas mal, mais son discours sur la musique est par contre assez regrettable. Quand il déclare fièrement qu'« Elephant » a été enregistré sans l'aide d'aucun ordinateur, c'est un peu pathétique, non ?

Ouais, tout le monde s'en fout ! Son discours conservateur, réac', technophobique, c'est n'importe quoi ! Il s'enlise dans une espèce de théorie mystique sur les bienfaits du rock à l'ancienne, tsss... Tu crois que mon disque, je l'ai enregistré sur un 4-pistes ou un ordinateur ?

…

C'est absolument impossible de le savoir. Ca ne s'entend pas ! En fait on l'a enregistré sur bandes, puis on a musclé le tout sur ordi. Si tu me fais écouter n'importe quel disque, je ne pourrais pas te dire s'il a été enregistré sur bandes ou sur ordinateur. Ce fétichisme du tout-analogique, c'est une vaste connerie ! Prends le « Blue Lines » de Massive Attack, un putain de classique : il a été enregistré de manière analogique, et franchement qui l'eût cru ? Il sonne pourtant comme un disque super sophistiqué ! J'ai du mal à piger des types comme Jack White, ça me fait bien marrer...

De quoi parle « The Velvet Cell » ? Tu chantes que 'pour comprendre un tueur, il faut le devenir'... C'est une référence au « Dragon Rouge » de Thomas Harris, à « Element of Crime », le film de Lars von Trier ?

Oui, c'est dans le même ordre d'idées. Si tu veux comprendre quelque chose, c'est mieux de te l'approprier, et quand c'est le cas ça commence à t'affecter, à t'influencer... Il y a par exemple cette histoire d'un flic qui s'est fait passer pour un sympathisant du British National Party, le parti extrémiste, et qui devait rendre des comptes au gouvernement. A force de jouer le jeu, inconsciemment il s'est senti influencé par l'idéologie raciste qui sous-tend la politique du BNP... C'est pareil pour ces types qui écrivent des bouquins sur les criminels et les psychopathes. Ce qui est incroyable, c'est que ça te met dans une position où tu n'es plus capable d'avoir un regard critique. Or il s'avère essentiel d'avoir du recul pour émettre un jugement moral. La chanson parle de cette tension palpable.

Pourquoi y a-t-il une reprise instrumentale, plus loin dans le disque, de cette même chanson ?

Parce qu'elle déchire ! Tu l'as écouté au casque ? Fume un pétard, mets le volume à fond, et tu comprendras ta douleur ! Stereolab a fait la même chose, et j'aimais bien l'idée. Les Beatles aussi, sur « Sgt Pepper's »... En fait, pour être honnête, j'avais envie de pousser Dave dans ses derniers retranchements. La version initiale durait plus de 10 minutes : mon but, c'était de le torturer !

On a l'impression que la plupart des plages de l'album pourraient subir ce genre de traitement...

Oui, d'autant qu'il y a pas mal de ruptures de rythme dans des titres comme « Song From Under The Arches » ou « See My Friends », qui laissent la place à ce genre de délire. Ca peut alors durer des plombes, mais tout dépend de l'état mental de Dave... J'adore ça ! Parce qu'il n'y a rien de pire que voir des groupes qui jouent sur scène leur musique comme sur leurs disques... J'aime quand t'as l'impression que les musiciens vont se planter, qu'ils sont au bord de l'implosion, de l'évanouissement : tu n'es pas sûr qu'ils vont s'en sortir, et c'est ce genre de tension que je recherche. Parfois ça fonctionne et c'est terrible, parfois c'est pompeux à mort et vaut mieux en finir. Ca dépend des jours, en fait.

Comme l'écrivait Salinger, 'la plus courte distance entre deux points est un cercle parfait' !

C'est intéressant, tiens, sauf que ça veut rien dire du tout ! La plus courte distance entre deux points, c'est une ligne droite, mmm ? Je ne vois pas trop ce que Salinger a voulu dire par là, mais c'est sûr que ça sonne bien !(rires)

Peux-tu nous en dire plus sur le titre de l'album, « Fire in Distant Buildings » ?

Il vient d'un article que j'ai lu sur Brian Wilson. En pleine paranoïa et tandis qu'il composait une chanson sur son piano, il alluma sa télé et contempla stupéfait qu'un immeuble près de chez lui était en train d'être détruit par les flammes. Comme il était un peu loin dans sa tête, il arriva à la conclusion que c'était sa chanson qui avait provoqué l'incendie... J'y ai vu une belle métaphore de notre société moderne, où tout le monde se sent un peu responsable des merdes qui pourrissent notre civilisation. C'est comme si l'humanité se rendait compte qu'elle avait foiré, mais qu'en même temps elle savait bien qu'elle ne pouvait rien y faire. D'où ce thème de la paranoïa qu'on retrouve sur le disque : on culpabilise, mais en fin de compte c'est de notre faute.

Dans ce contexte, quel est le rôle de la musique ? Peut-elle changer, selon toi, les mentalités ?

Je n'en sais foutre rien, vraiment ! Pour moi la musique, c'est comme un truc transcendantal, parce que de toute façon je suis athée... Je lis énormément d'essais politiques, c'est très stimulant intellectuellement, mais au final ça ne m'apporte aucune paix intérieure – et c'est là qu'intervient la musique. J'ai eu une éducation très rationaliste, ce qui m'empêche de croire en une quelconque religion, et la musique, même si elle n'explique rien, me permet d'accéder à une sorte de stade primal que je ne connais pas via la religion ou que sais-je... En fin de compte, le monde, pour moi, reste un mystère, et j'aime bien cette idée. C'est la raison pour laquelle j'essaie d'écrire mes paroles de manière la plus ambiguë possible, pour laisser place à ce mystère, qui symbolise pour moi une espèce de puissance ancestrale. C'est ce qui donne un sens à ma vie...

On retrouve en effet cette thématique dans les titres et les paroles de tes chansons : ce sentiment de perte, d'abandon, d'ensevelissement...

Oui, prends « Cities Beneath The Sea » par exemple : il s'agit sans doute du morceau le plus optimiste de l'album, qui traite du fait que les pires choses peuvent nous arriver, il y a toujours cette espèce de mystère qui nous sauvera du marasme. Je ne pense pas que l'humanité soit en soi importante : même si la race humaine était rayée de la terre, le monde aurait toujours un sens. Je pense qu'il existe un sens intrinsèque au monde, même sans êtres humains. Il n'y a certes pas de preuves tangibles à cet argument, c'est juste une idée transcendantale... 'No matter how bad the world seems, there's a magic in everything !' 

Flexa Lyndo

Trioscopie

Écrit par

Tout doucement, à petits pas, nous pénétrons dans l'antre du " Slow Club ", nouvel album des Namurois de Flexa Lyndo. Ce disque emporte la somme des frustrations accumulées par les fans : des mois d'attentes pour les uns, des années pour les autres. Retour sans cesse reporté, absence continuellement prolongée : le cycle prend fin. Pourtant, ça a chauffé dans le bloc opératoire ! L'amputation d'un membre (Rodolphe Coster) n'a pu être évitée et la rééducation semblait inévitable : réparation des traumatismes, traitement des infections,… Aujourd'hui, Flexa Lyndo repose fièrement sur ses trois membres et s'affiche plutôt confiant avant d'ouvrir les portes de son " Slow Club " au public… Petite discussion en compagnie de Loïc et Gaël, les compères 'trématiques' de la formation.

Pouvez-vous revenir sur les épisodes qui ont jalonné l'histoire de Flexa Lyndo entre votre album précédent, " Little Everyday Masterplan " et la sortie de " Slow Club "?

Loïc : A la sortie de " Little Everyday Masterplan ", les concerts se sont enchaînés en Belgique et à l'étranger. Durant ces représentations, nous n'avons intégré aucun nouveau morceau dans le set, contrairement à nos habitudes. Nous connaissions une sorte de panne sèche d'inspiration…. Jusqu'alors, le groupe fonctionnait toujours de la même façon : nous réalimentions sans cesse un stock de nouvelles chansons. Après le deuxième album, nous avons eu l'impression d'avoir épuisé ce stock, d'avoir fait le tour de notre univers… Nous avons donc décidé d'arrêter de tourner pour nous concentrer uniquement sur la composition du nouvel album…

Comment ne pas évoquer le départ de Rodolphe Coster (guitare, claviers, chants) ?

Gaël : C'était en septembre dernier… Il a participé à l'élaboration de toutes les chansons du nouvel album et a enregistré de nombreuses parties de guitares. Mais il avait tellement de projets... Notamment, ses rêves les plus fous, tournés vers le théâtre. Il s'est très vite aperçu qu'il ne disposait plus vraiment du temps nécessaire pour assumer tous ses projets. Plus les jours passaient et moins il venait au local de répétition. En fait, c'est Rodolphe, lui-même, qui nous a proposé de prendre un peu de distance…

L. : …par la force des choses, il ne jouera pas sur scène à nos côtés. Mais nous sommes conscients qu'il a mis toute son énergie dans les chansons de " Slow Club ". Quand Rodolphe nous a quittés, nous nous sommes demandé ce que nous allions faire. Finalement, nous avons décidé de 'solder les comptes' et de ne plus rien modifier !

Que pensez-vous de Baum, le nouveau groupe de Rodolphe Coster ?

L. : Nous reconnaissons immédiatement la personnalité de Rodolphe dans ce projet. Il a toujours été captivé par la chanson française, par les mots de la langue française. Nous sommes un peu désolés qu'il ne soit plus des nôtres au sein de Flexa Lyndo mais il ne faut pas s'alarmer : la situation n'est nullement conflictuelle !

Comment expliquez-vous l'envol de votre musique vers des contrées plus électroniques ?

L. : Mon inspiration à la guitare touchait à sa fin… J'étais plus heureux de chipoter sur un clavier que de gratter des cordes ! Et nous avons découvert de nouveaux instruments, des outils formidables qui nous permettaient de créer de la musique autrement…

G. : …les choses ont évolué très naturellement. Pendant la réalisation de notre nouvel album, nous avions enregistré quelques sons sur un ordinateur. Cela nous a donné des idées et offert l'opportunité d'expérimenter de nouvelles sonorités…

L. : …de toutes façons, nous n'avions pas envie de faire du sur-place. Nous avons changé notre fusil d'épaule parce que nos goûts musicaux évoluaient en ce sens ! Mais il est toujours très difficile d'évaluer son travail de l'intérieur ! Car nous sommes profondément immergés dans l'objet même de notre musique.

Une de vos chansons s'intitule " Love The Bomb ". C'est très belliqueux comme titre ! Pouvez-vous nous expliquer cet amour irraisonnable pour les bombes ?

L. : Ce titre trouve une part de son explication dans " Docteur Folamour ", un des grands (NDR : mais en existent-t-ils de petits ?) films de Stanley Kubrick. Le sous-titre de la version originale indiquait " How I Learn to Love The Bomb ". En chantant, j'avais ce " Love The Bomb " qui ne cessait de revenir sur la mélodie. Aujourd'hui, c'est la guerre en Irak. Mais à l'origine, ce n'est pas du tout le thème phare de cette chanson. " Love The Bomb " parle d'une obsession permanente pour une personne, quelqu'un dont on est amoureux, par exemple. Le plus amusant, c'est que derrière cette chanson, les gens identifient directement une logique guerrière, même nos proches ! Ainsi, sur scène, nous sommes accompagnés d'un V-jay. Il a interprété " Love The Bomb " à partir de son sens littéral… C'est très marrant car le thème initial de ce titre réside dans un profond sentiment obsessif.

Sur l'elpee, tu chantes 'The Thing You Wanna Have (But You Don't Have It)'. Est-ce que l'auditeur peut retrouver des traces autobiographiques du groupe dans le thème de cette chanson ?

L. : Cette chanson résume le sentiment frustrant de vouloir à tout prix trouver la perle mélodique sans y parvenir. Ce genre de sensation peut engendrer une réelle remise en question au sein d'un groupe. Parfois, tu peux enregistrer trente prises de voix sans qu'une ne soit meilleure que l'autre... Pour nous, c'est le sens de cette chanson. Mais une fois encore, l'interprétation de ce titre appartient avant tout au public !

Vous êtes dans le circuit depuis de nombreuses années. Quand vous découvrez dans la presse qu'il existe une nouvelle vague de rock en Belgique francophone, quelle est votre réaction ?

L. : Nous ne sommes pas conscients de ce statut. Pourtant, lorsque nous avons annoncé la sortie de ce nouvel album, la presse s'est largement manifestée. Nous ne nous y attendions vraiment pas… Mais que penser de cette 'nouvelle vague' ? Quand les gars du label sont venus nous voir en nous présentant Girls in Hawaïï, leur nouvelle signature, nous avons directement accroché. Antoine et Lionel (NDR : les têtes pensantes de G.I.H.) sont parvenus à séduire facilement le public. Il a quelque chose de très limpide et d'immédiat dans leur musique... De notre côté, nous ne sommes pas du tout frustrés ou jaloux par rapport au succès d'autres groupes belges. En musique, il n'y a pas de mystère : pour réussir à creuser son trou, il faut toujours compter sur la chance et sur un sérieux coup de poker ! Personnellement, je connais trop de groupes qui enregistrent d'excellents morceaux dans l'anonymat… A mon avis, un groupe comme Austin Lace est largement mésestimé ! Je ne cherche pas à comparer l'œuvre de Girls in Hawaïï à celle d'Austin Lace mais quand j'écoute le dernier album d'Austin Lace, je ne comprends toujours pas pourquoi ils ne sont pas encore en haut de l'affiche !

 

 

 

 

The Fuzztones

C est dans les vieilles marmites qu on fait la meilleure soupe...

Écrit par

Vétéran de la scène garage, Rudi Protrudi a fondé son premier groupe, King Arthur's Quart, en 1966. Entre 1976 et 1983, il a sévi chez le très obscur Tina Peel, avant de fonder les Fuzztones. Une formation devenue aujourd'hui légendaire. Bien sûr l'aventure a vécu quelques pauses ; mais elle a eu le mérite de refaire régulièrement surface. Albums et tournées à la clef. A l'issue du set accordé à l'Aéronef de Lille, ce 2 avril, Rudi nous a accordé cette très longue interview. Faut dire que vu son parcours, il a de quoi raconter…

Les Strokes, le Hives, Mando Diao, les Von Bondies ou encore les Detroit Cobras, n'ont rien inventé. Les Fuzztones non plus, d'ailleurs. Mais Rudi ne s'en cache pas, et ne s'en est d'ailleurs jamais caché. Cherchant à perpétuer ce qu'il considère comme le véritable héritage du rock'n roll : Les Animals, Them, les Doors et les Stones d'avant 1969 en tête. A un tel point que parfois, on imagine que les compilations 'Nuggets' et 'Peebles' sont devenues sa Bible ou son Coran. Rudi s'en défend : " J'apprécie ces anthologies. Elles sont importantes. Et donnent l'opportunité au public novice de découvrir ces groupes. Mais aussi à ceux qui n'ont pas les moyens de se procurer les singles de cette époque qui se négocient à des prix exorbitants, de compléter leur compactothèque. Bien sûr, les Fuzztones sont influencés par ce type de musique ; mais également par le rock'n roll des 50's. Même par les New York Dolls. Notre répertoire d'influence est très ample. Nous ne nous contentons pas d'explorer un créneau musical unique. Nous ratissons large. J'ai fondé mon premier groupe dans les 60's. J'ai découvert les 'Pebbles' au Top 40 au cours de mon adolescence. Dès 1966 ! Et en particulier les Seeds, The Blues Magoos et Music Machine. Difficile de croire que ces formations atteignaient le top 10 à cette époque. On n'appelait pas cette musique garage, mais le top 40. Je suis très heureux que cette musique refasse surface. Qu'on la rende accessible. Et de toutes façons, on l'aurait fait nous-mêmes. Nous n'avons pas attendu… "

Rudi a joué en compagnie d'une multitude de musiciens. Et en particulier de ses idoles. Mais il rêve encore de se produire en compagnie de Bo Diddley et surtout de Jerry Lee Lewis. Il a aussi côtoyé une multitude d'artistes dont le Chocolate Watch Band, Vinnie Martell (le guitariste de Vanilla Fudge), Sean Bonniwell, Sylvain Sylvain des New York Dolls, Craig Moore et surtout feu le célèbre Screamin' Jay Hawkins. Rudi lui rend d'ailleurs hommage sur son dernier elpee, 'Salt for Zombies', en utilisant des enregistrements de sa voix entre plusieurs plages. Un peu comme s'il se manifestait outre-tombe. Rudi se confie : " C'était un ami. On s'entraidait beaucoup. Et bien qu'il soit disparu, il parvient encore à se manifester dans ma vie, de temps à autre. La nuit au cours de laquelle il est décédé, il m'avait appelé. Il vivait à Paris. Il n'était plus très jeune et perdait un peu la mémoire. J'avais beau lui répéter que je ne disposais pas de fax, c'était toujours ce numéro qu'il composait d'abord. Il m'appelait le plus souvent au beau milieu de la nuit, quand je dormais (NDR : ce qui peut se comprendre vu le décalage horaire !) Et lorsque je décrochais l'appareil, j'entendais le signal d'émission d'un fax. La nuit qui a précédé sa mort, il a de nouveau essayé de me contacter. Sans succès. Vous devinez facilement pourquoi. Le lendemain, j'ai appris la triste nouvelle. J'étais la dernière personne à qui il voulait parler. Et je ne saurai jamais ce qu'il avait voulu me dire. Note dernière conversation par téléphone s'était déroulée une semaine avant qu'il ne nous quitte. Et la dernière chose qu'il m'a dite est 'Rudi je ne vais pas mourir !' Et c'est dans cet esprit que j'ai enregistré ce nouvel opus. Pour honorer sa mémoire. Afin qu'il reste une trace. Personnellement, j'ai l'impression qu'il est toujours bien présent auprès de moi. Chaque soir, son esprit monte sur scène pour nous inspirer… Il adorait faire de farces. Peu de temps après sa disparition, il m'est arrivé une drôle d'aventure. Je traversais un pont au beau milieu de la nuit. Et il a éteint les phares de ma voiture. La nuit suivante, sur le même pont, il a recommencé la plaisanterie. J'aurais pu me tuer, mais je pense qu'il veillait. En fait c'est son sens de l'humour. Et les phares se sont rallumés après avoir franchi le pont… "

Pour concocter 'Salt for Zombies', Rudi a invité James Lowe des Electric Prunes et Sky Saxon des Seeds. Une manière de rendre hommage à ses héros. Protrudi confirme : " En fait, c'est assez facile pour moi. Je me lie facilement d'amitié avec mes héros. D'abord je les invite à bosser avec nous. Puis je les encourage à remonter sur scène. Et la plupart d'entre eux me remercient par après. James Lowe est probablement un des personnages issu des sixties avec lequel je m'entends le mieux. Un gars très intelligent, très terre à terre ; mais surtout très sympa. Sa célébrité ne lui a pas monté à la tête. Et puis, il m'a autorisé à reprendre certaines chansons des Electric Prunes, gratos. M'enfin, ces reprises étaient la moindre des choses que je pouvais faire pour lui… " Au cours de sa dernière tournée en Grèce, Mark Lindsay, le chanteur de Paul Revere & The Raiders, a rejoint les Fuzztones sur les planches. Pour deux shows. Rudi précise : " The Raiders étaient le premier groupe que j'ai vu en 'live'. En 1966 ! C'était une des meilleures formations sur scène. Mais la roue tourne. Et 38 ans plus tard, j'ai eu l'occasion de les remercier à ma manière… " Arthur Lee de Love appartient également au cercle des amis de Rudi. " Il y a quelques semaines, nous avons participé au festival 'The Deat' à Londres. Un festival qui s'étalait sur 3 jours. A l'affiche, les Yardbirds se produisaient le premier jour. Le lendemain, le Chocolate Watch Band. Et le surlendemain, Love. Nous avons rejoint Arthur backstage, à l'issue du set. On se débrouille toujours pour être sur la guest list. Notamment lorsque nous avons assisté au set 'live' des Pretty Things. C'était incroyable. Une conjugaison de musiciens talentueux au sein d'un des groupes majeurs de l'histoire du rock'n roll. En outre, ils ont encore capables d'écrire de bonnes chansons. Comme sur leur dernier album 'Rage before beauty'. Des gars très sympas, en plus. Nous nous sommes également liés d'amitié… Lors de l'enregistrement de notre dernier opus, Sky Saxon et James Lowe nous avaient rejoints. Pour le prochain, nous inviterons deux autres musiciens issus des années 60. J'ignore de qui il s'agira, mais j'ai déjà ma petite idée. Je connais beaucoup de monde issu de cette époque. Beaucoup d'entre eux jouent encore, même si certains ont abandonné depuis des lustres. Mais ils demeurent d'excellents musiciens. Et je compte en inviter régulièrement, lors de l'enregistrement de mes prochains disques… Mais mon rêve serait de jouer en compagnie de Bo Diddley et surtout de Jerry Lee Lewis… " Et Rudi a oublié de mentionner Syd Barrett auquel il voue une grande admiration, un profond respect. Evidemment, vu l'état de santé de l'ex Pink Floyd, ce serait une utopie. Et d'ajouter " Personne ne pourra jamais atteindre le génie de Syd. Il est la classe à lui seul… "

Rudi n'est apparemment guère branché sur la musique contemporaine. Même psychédélique. Les Warlocks, Spiritualized ou Madrugada : il n'en a jamais entendu parler. Il se justifie : " Je n'écoute pas la musique actuelle. Pas que je refuse de l'écouter, mais je ne tiens pas à dépenser mon fric pour des groupes dont je n'ai jamais entendu la moindre note. Les radios ne diffusent que ce que les compagnies majors souhaitent qu'elles diffusent. Elles imposent leur playlist. Je suis conscient de passer à côté de plein de choses que je ne peux écouter. Et par conséquent, pas acheter. Tu sais, les States constituent un big business. Et ce big business contrôle le monde de la musique. Ce qui explique pourquoi on ne nous balance que des conneries. Je suis complètement hors de ce circuit. Je ne comprends pas et je n'ai pas envie de le comprendre. Mais il est vrai qu'il faudrait que j'essaie d'écouter de la musique moderne. Si j'ai le temps… et l'opportunité… "

En 1983, les Fuzztones accomplissaient une tournée mémorable en première partie des Damned, sur le sol britannique. Rudi s'en souvient très bien : " Mémorable ? Tu parles ! Oui, oui, je m'en souviens très bien. Inimaginable ! Difficile de décrire les conditions dans lesquelles le périple s'est déroulé. Nous nous étions déplacés à 7 ou 8 personnes, le staff compris. Et tout ce petit monde était véhiculé dans un camion/caravane très inconfortable. Il n'y avait même pas de fenêtre et nous ne savions même pas où nous allions. Les Damned nous laissaient la moitié de l'éclairage et la moitié de la scène. Ils nous accordaient sept minutes de soundcheck. Et toutes les nuits, lorsqu'on se produisait, les fans nous crachaient dessus, nous jetaient des cigarettes allumées et des bouteilles. A cette époque, les fans purs et durs suivaient le groupe de concert en concert. Damned venait de sortir 'Phantasmagoria' et l'interprétait 'live'. Un album qui trahissait l'envie du groupe de prendre une nouvelle direction. Et je dois avouer qu'ils avaient fait le bon choix. Mais son public voulait du punk. Et il n'aimait pas cet album. C'est alors qu'il a réalisé que nous étions plus punk que les Damned ! Il a alors commencé à nous suivre. Nous avions, en quelque sorte, volé le public de Damned. Mais je pense que nous avions largement payé nos dettes. Après avoir vécu une telle aventure pendant trois mois, au cours desquels nous voyagions 8 à 12 heures par jour ou par nuit dans des conditions épouvantables, nous méritions vraiment cette reconnaissance. Mais avec le recul, il faut admettre que cette expérience a été salutaire… "

'Salt for Zombies', le dernier album des Fuzztones est partagé entre covers et compos personnelles. Enfin pas tout à fait, puisque ces dernières ont été écrites par son épouse. Qui décrit les expériences personnelles de Rudi. Une sorte d'autobiographie par personne interposée. " Je m'y dévoile. Je m'y livre. C'est la même chose pour les covers. Nous n'effectuons jamais de reprises qui ne veulent rien dire pour nous. Tout au moins les lyrics. Je choisis ces morceaux parce qu'ils me parlent et parce que j'estime l'adaptation possible. Si vous ne vous identifiez pas à la chanson, comment voulez-vous faire pour la communiquer à l'auditeur ? Aussi, je l'adapte en fonction de mon existence, de mes pensées et de mes expériences. A ce qu'on ressent et à la façon dont on regarde la vie… " Dans le passé ces textes lui ont valu des critiques acerbes. Un journaliste a même un jour pondu que les Fuzztones étaient à la misogynie ce que Tom et Jerry étaient à la violence écervelée. De quoi faire bondir Rudi : " Cette réflexion émane d'un critique ringard et ignare. Un type qui n'a jamais baisé. Et s'il l'a fait un jour, sa partenaire avait gardé sa petite culotte. Je ne suis pas un personnage de dessin animé. Ces journalistes sont incapables d'imaginer que quelqu'un puisse vivre différemment tellement ils sont formatés par le discours unique du politiquement correct. Je ne suis ni un misogyne efféminé ni un pédé ! Toute ma vie, j'ai dit aux femmes ce qu'elles devaient faire. Et elles l'ont fait. Les femmes aiment bien les mecs qui sont un peu machos. Ai-je raison ? (NDR : une fille dans le fond de la pièce répond par l'affirmative) C'est ce que je suis pour le meilleur et pour le pire. Car je suis le chef dans mes relations… " Pour en revenir à l'autobiographie, Rudi est occupé d'écrire la sienne dans un livre. Et il a déjà choisi le titre de son bouquin : 'Pissing in the wind' (trad : en pissant dans le vent). Mais est-il sûr de pisser dans la bonne direction ? " C'est ce que j'ai fait toute ma vie : pisser dans la bonne direction ! C'est sans doute la raison pour laquelle j'ai eu du succès… et des échecs. Mais au moins je les ai vécus avec panache… " A l'origine, les Fuzztones véhiculaient une imagerie de la jeunesse typiquement américaine : les motos, les filles, le sexe, l'infidélité, l'alcool et la délinquance qui en découlait. Vingt ans plus tard, le message est-il identique ? Surtout lorsqu'on sait que le puritanisme a fait son chemin aux States. Rudi réagit : " Ben oui. Merde alors ! Nous n'avons plus rien à voir avec ce qui se passe aux Etats-Unis aujourd'hui. En fait, lorsque nous étions jeunes, nous symbolisions ce qui alimentait nos fantasmes. Des fantasmes, oui des fantasmes… Que nous n'avons concrétisés qu'à l'âge de 25 ans… "

A l'instar de la plupart des formations 'psyché/garage', la culture du Moyen-Orient a eu une influence majeure sur la musique des Fuzztones. Même indirectement. Rudi acquiesce : " Le psychédélisme des 60's était directement inspiré du Moyen-Orient. Cette musique est vraiment capable de vous transporter ailleurs. Et je m'adresse ici aux journalistes qui me traitent de pédé : j'aimerais savoir combien d'entre eux ont déjà consommé du LSD ? Je suis certain qu'ils n'ont pas la moindre idée des effets qu'il produit. J'ai pris cette substance depuis 1968, et je sais combien elle affecte la musique. Lorsqu'on ne sait pas de quoi on parle, on la ferme. Comment peut-on critiquer ce qu'on ne connaît pas ? Si vous affichez une appréciation saine pour les drogues psychédéliques, alors la musique orientale est un excellent moyen de transport. Elles agissent sur le système de perception auditive…. "

La plupart des médias considèrent 'Lysergic emanations' comme l'album de référence pour les Fuzztones. Evidemment, notre interlocuteur ne partage pas cet avis. " Personnellement je pense qu'il s'agit de 'Songs we taught the Fuzztones'. Pourquoi ? Parce qu'à l'époque, il n'existait que 2 ou 3 groupes de garage revival qui avaient sorti des disques avant nous. En fait leurs projets se sont concrétisés avant le nôtre, parce que des labels leur avaient montré de l'intérêt. L'elpee a été enregistré en 1984 ; mais nous nous consacrions à ce type de musique depuis 1980. Or, à cette époque, personne ne s'intéressait à nous. Je pense que c'est un album remarquable. Pourtant, ce n'est pas celui que le public a surtout retenu de nous. Question de goût. Ou d'opinion ! Et une opinion, c'est comme un trou du cul ; tout le monde en a un… "

Sin Records est le propre label des Fuzztones. Mais apparemment, Rudi ne souhaite pas signer d'autres groupes. " Non. Quoique. Je m'explique. En fait, l'affaire tourne autour d'une même personne. Et je n'ai pas d'argent. J'ai produit une formation que j'ai toujours adorée, parce que j'étais sûr de récolter les royalties. Et puis je vais sortir en même temps un double CD et un double vinyle. Une histoire qui va me coûter la peau des fesses. Mais ce sera un album d'hommage. A ce jour, j'ai reçu beaucoup de réponses. Il sortira fin de cette année. Des artistes et des groupes issus des quatre coins de la planète viendront interpréter notre répertoire à leur manière. Et il y aura quelques grosses pointures : Ian Ashbury, Plasticland, Mash Mallow, Jane County, Nikki Sudden et des tas de gens dont vous n'avez jamais entendu parler et que vous apprécierez parce qu'ils ont vraiment bourrés de talent. Et dans la foulée, nous sortirons un disque qui a déjà choqué du monde à Los Angeles. D'autres ont souri. C'est tout ce que je puis dévoiler. Top secret ! J'ai encore une multitude d'autres projets. Je n'arrête jamais… "

Rudi a également fait du cinéma. Il a notamment joué dans un film de vampire intitulé 'Night turn'. Pas étonnant qu'il partage la même passion que les Cramps pour les films de série B. Rudi confirme : " C'est parce que nous avons grandi à la même époque et que nous partageons les mêmes influences : le rock'n roll, les films de série B, les voitures et les guitares des années 60, la culture trash. Nous n'avons jamais laissé les rêves mourir. Et c'est la façon dont nous vivons également. On a un jour assumé le supporting act des Cramps. Mais ils n'ont plus voulu nous inviter, parce que nous étions meilleurs qu'eux (rires). En réalité nous nous apprécions beaucoup. Poison a participé à l'enregistrement d'un de mes disques et elle a remplacé notre bassiste, au pied levé, lors d'une tournée… "

Hormis pour son dernier opus 'Salt for Zombies', Rudi est l'auteur du graphisme des pochettes des Fuzztones. Mais n'a-t-il jamais rêvé un jour de devenir dessinateur de BD ? Rudi s'épanche : " Lorsque vous jouez de la musique, vous avez une réponse immédiate. Quand vous vous investissez dans l'art, il faut attendre des mois avant de voir un retour. Et j'ai besoin de ce feedback immédiat pour savoir si ce que je fais est valable. J'ai cependant confiance en moi. J'estime que ce que je fais est bien ; mais si je n'ai pas la réaction du public, j'éprouve d'énormes difficultés à le supporter. Un artiste qui expose doit tabler sur la fréquentation du public. L'attente est donc plus longue pour y parvenir. Je ne pense pas qu'il existe beaucoup d'artistes susceptibles d'exprimer ce qu'ils ressentent aussi instantanément qu'à travers la musique. Il y a des exceptions, mais elles ne courent pas les rues… J'adore le travail de Bolek Budzyn. Il y a quelques années que je suis attentif à son œuvre. Et je la comprends très bien. Avant cet elpee, j'avais confectionné toutes les couvertures. C'est lui qui a dessiné la dernière. Il peut t'aider. Je peux l'aider. J'estime qu'il est utile de s'aider, de s'entraider. Notre audience n'a pas spécialement besoin de cette collaboration, mais elle constitue un plus. En outre, elle exprime une forme de reconnaissance vis-à-vis de son travail…"

Merci à Vincent Devos et à Emilie (Aéronef)

 

Machiavel

On a enterré la hache de guerre...

Écrit par

Si Machiavel a été marqué en 2004 par la disparition d'Albert Letecheur, c'est également l'année au cours de laquelle la formation s'est consacrée à l'écriture et à l'enregistrement d'un nouvel album. Un disque qui vient juste de sortir. Son titre ? " 2005 ". Marc Ysaye, André Borbé, Roland De Greef et Thierry Plas sont toujours de la partie. Et puis surtout Mario Guccio, autour duquel le line up s'est recentré. Thierry, le guitariste, commente le nouvel album d'un groupe qui reste un phénomène en Belgique francophone...

L'album s'appelle " 2005 "? Pour bien dire qu'il est actuel?

Oui, Ces derniers temps, à chaque fois que nous avons sorti un nouvel album, notre firme précédente en a profité pour sortir un best of ou un coffret... Donc, on a choisi " 2005 ", d'autant que ce disque marque un certain tournant dans notre carrière, dans nos vies, dans nos affaires personnelles.

Ah oui, ça veut dire quoi, ça?

Que certaines 'guerres' sont passées. On a tous entre 40 et 50 ans. On n'essaie plus de faire passer l'ego en premier. On a retrouvé une unité. On n'a pas fait une thérapie de groupe, mais on s'est en quelque sorte assis par terre et fait un pow-pow.

Pour décider quoi?

De faire un album fort basé sur les mélodies. Et pour y arriver on a écouté Mario, le chanteur. C'est normal que ce soit lui qui s'occupe vocalement du bazar! On s'est concentrés autour de son travail.

Ce n'était pas le cas avant?

Disons qu'on a chacun nos vieux démons. Mario est sicilien. Pour une raison ou une autre. Moi, par exemple, j'ai toujours été réfractaire aux mélodies disons napolitaines. Mon démon à moi, c'était peut-être assouvir mon trip 'Etre Jimmy Page à la place de Jimmy Page'...

Vous parliez aussi de tournant dans vos affaires personnelles. Vous parliez aussi de votre vie privée?

En ce qui me concerne, je ne suis plus avec Dani (NDR : Dani Klein, la chanteuse de Vaya Con Dios). On s'est quittés en excellents termes. Elle reste dans mon cœur et dans ma tête. J'ai d'ailleurs participé à la confection de son dernier album.

Combien de nouveaux CD Machiavel parvient-il à écouler?

Un peu moins de 10.000 pour le précédent. Nous ne sommes pas un groupe à la mode qu'il faut absolument acheter... Ce qui n'est pas vraiment grave. Même si notre public est plus âgé, nous ne sommes pas à l'abri du phénomène des CD gravés... C'est sur scène que nous devons convaincre les gens de ne pas graver mais d'acheter nos disques.

Le DVD, c'est pour quand?

On n'en est pas encore tout à fait là. D'autant qu'on n'a jamais été le genre de groupe qui fonctionne avec des subsides culturels. On a toujours tout financé de nos propres deniers...

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