Le dernier album de Limp Bizkit, « Results May Vary », est une sacrée daube. La reprise du « Behind Blue Eyes » des Who suffit pour s'en convaincre : de la soupe FM d'une laideur sans nom, reprise pourtant en chœur ce soir par 8000 gamins en folie. Ils ont 15-16 ans. C'est leur « Nothing Else Matters » à eux. L'« Hotel California » de toute une jeune génération, qui a grandi au son du nu-métal, vénère Papa Roach (repris par Janez Dted en première partie) ainsi que Linkin' Park, Sum 41, Slipknot et Avril Lavigne (pour les plus fleur bleue). Et pour qui Fred Durst est un modèle… Pour beaucoup d'autres, le leader de Limp Bizkit est un crétin fini, « l'homme le plus haï du music business », parce qu'il frime, qu'il a vendu son âme de jeune rebelle à Nike et MTV. Parce qu'il s'est fait Britney Spears. Peuh ! Mais Limp Bizkit, c'est aussi « Significant Other », un des albums fondateurs du genre néo-métal (avec « Around the Fur » des Deftones et les deux premiers Korn) : une sacrée claque, bourré de tubes essentiels (de « Nookie » à « Break Stuff »). Un mélange de grosses guitares et de flow rap, qui en 'live' casse la baraque. Parce qu'on a beau dire, Limp Bizkit en concert reste une redoutable machine de guerre : dès les premières notes de « My Generation » (presque un slogan), c'est le délire. 8000 kids pogotent. C'est moins qu'il y a trois ans au Sportpaleis : il faut dire que Wes Borland, guitariste masqué et principal compositeur, s'est entre-temps fait la malle, sans doute un peu saoulé par le comportement mégalo de son pote au micro. Et puis il y a cet album, une belle crasse quand même : heureusement Fred Durst et ses sbires n'insisteront pas, en évitant de trop se la ramener avec leurs ballades de tapettes (« Eat You Alive », rock ?). A la place, que des tubes : « My Way », « Take A Look Around », « Nookie », « Break Stuff », « Hot Dog », « Re-Arranged »,… Et même deux titres du premier album : « Counterfeit » et la reprise de George Michael, « Faith », au cours duquel Fred Durst exhorte les filles à monter sur les épaules de leur voisin mâle. C'est que Fred Durst est un entertainer né. Une fois au milieu de la foule, une fois au fond, une fois sur les escaliers : il ne reste pas en place. Parce qu'il faut bien donner aux fans du spectacle, surtout à 35€ le ticket. En rappel, l'ineffable « Behind Blue Eyes » consacre ses briquets en bonus ; et puis seul sur scène, Fred Durst chantonne à la guitare qu'« il aimerait tant vivre en Belgique, parce que c'est comme sa maison, et puis il y a tant de haine chez lui, même si parfois c'est cool de haïr », et bla bla bla. Sacré Fred : à peine démago, et plus subtil à lui tout seul que tout un club de fans de Manowar. Deuxième (ou troisième ? enfin bref) rappel : lumières allumées, et « Rollin' » achève en apothéose ce concert drôle et défoulant, malgré l'esbroufe, les ballades FM et la preuve évidente que Fred Durst est le plus fier symbole d'une Amérique impérialiste et puante. Ce n'est ni très malin ni très méchant, bref c'est de l'entertainment. Dans un monde où les puissants sont des bouffons, Limp Bizkit joue bien son rôle de punching-ball. The show must go on, isn't it ?
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