Ce mardi soir, l’AB Club avait donné libre cours aux décibels. C’est dans cet écrin, en effet, que les Gantois de The Germans et les Londoniens de The Big Pink avaient résolument décidé d’affoler tous les sismographes de la capitale. Deux heures de voyage noisy à vous désintégrer le tympan des oreilles.
‘Le groupe de rock le plus dangereux de Belgique’ (‘De Standaard’) bénéficiait de cinq morceaux pour convaincre et présenter son premier album « Elf Shot Lame Witch » sorti en mars 2008 et son très expérimental vinyle « Grote Meneren/Straffe Madammen », paru le 30 juillet 2009 en édition limitée (300 exemplaires). The Germans déclenchent les premières secousses sismiques vers 20 heures en attaquant « Life ? An Impeccable Machine, Exact ». Morceau habité d’une puissante Noisy et nanti d’un héritage Krautrock. Cette mixture peut d’ailleurs se lire sur « Dog » évoquant un Sonic Youth bavarois. Un set globalement instrumental bien mené par le quintet gantois qui ouvre judicieusement les routes noise à l’une des sensations britanniques du moment.
Le concert, programmé de longue date, bien avant que The Big Pink ne foule les plus grandes scènes d’Europe, a fait les délices d’une poignée de spectateurs bénéficiant de l’exorbitant privilège de planter l’espace intime de l’AB Club pour accueillir le nouveau phénomène d’outre-Manche. Excellente occasion pour souligner la qualité de programmation souvent proposée par l’Ancienne Belgique. Au sein du nid douillet du Club, l’événement offrait une occasion exceptionnelle pour découvrir le duo londonien. Binôme renforcé de deux musiciens pour les besoins de la scène : Akiko Matsuura (batterie) et Leopold Ross (basse).
« Too Young To Love » ouvre la tempête sonore sous un dense nuage de fumée. Brouillard opaque qui ne laisse filtrer qu’une lumière chétive et rend la silhouette des cinq musiciens à peine discernable. L’air devient subitement irrespirable. Les corps transpirent d’ondes basses. Dans ce paroxysme d’intensité sonore, les oreilles endolories luttent, les corps tremblants subissent l’ouragan d’un voyage électrique de près de quarante minutes.
Côté jardin, l’ombre des claviers de Milo Cordell et ses programmations assaillent l’espace à coups de crissements et de grincements électroniques. Au centre, Robbie Furze projette des envolées de guitares sur le mur de saturation. Impuissant face à ce vacarme savamment organisé, le public est tétanisé. Plongé entre rêve et cauchemar. Pas de compromis chez The Big Pink, on aime ou on part ! Les guitares et les claviers s’élèvent à saturation et expirent à la frontière du larsen. Les sonorités violentes sont prodigieusement contrôlées et ne regorgent jamais. Qualité ou défaut, le son live et studio sont presque à l’identique. Signe de maîtrise sonore que d’aucuns pourraient saisir comme une carence de créativité et d’originalité sur scène.
Un set bref de neuf morceaux tous issus de « A Brief History of Love » (NDR: excepté « These Arms ») qui marque cependant les limites du jeune groupe. Un final moins austère pour clôturer les débats : le tubesque « Dominos ». Lumières subites et pas un rappel !
Une prestation scénique froide et austère comparable à un concert new-wave qui plonge globalement l’auditeur dans un profond coma of love. Une cathédrale à l’architecture de givre qui vogue sur les vagues ascétiques de l’amour. A l’image de l’album, le concert dépeint une atmosphère neurasthénique et dessine les traits mélancoliques de l’amour.
Critique de l’album également disponible dans la rubrique ‘Chroniques CD’.
(organisation Ancienne Belgique)

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