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Pour Gurriers, rien n’arrive deux fois

Originaire de Dublin, Gurriers vient de partager son nouveau single, « Nothing Happens Twice », troisième titre extrait de son prochain album, « Nobody’s Coming To Save You », dont la sortie est prévue le 25 septembre 2026 chez leur nouveau label, Play It…

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Stéphane Reignier

Stéphane Reignier

samedi, 05 septembre 2026 15:56

Les Solidarités 2026 : samedi 5 septembre

Changement de décor et changement de ton sur le site d'Ecolys.

Après une première journée résolument tournée vers les amateurs de rock, place à une affiche bien plus grand public, où se bousculent quelques-uns des noms les plus populaires de la chanson française actuelle.

Le contraste par rapport à la veille saute d'ailleurs aux yeux avant même le premier accord : là où votre serviteur slalomait, hier, entre quelques poignées de festivaliers déjà trempés jusqu'aux os, c'est une véritable marée humaine qui envahit ce samedi le site namurois.

Les familles, en particulier, ont répondu présentes en nombre, landaus et enfants juchés sur les épaules formant désormais l'essentiel du paysage, entre les stands de restauration et les premiers rangs des podiums. Les Solidarités, décidément, savent aussi se montrer festival pour toutes les générations.

Autre différence, et non des moindres : le ciel, hier si prompt à se montrer capricieux, a cette fois choisi son camp. Un soleil radieux a définitivement chassé la pluie battante de la veille, comme pour mieux accompagner une programmation résolument tournée vers la fête et le partage.

De quoi promettre une journée à l'image de ce nouveau climat : chaleureuse, populaire, et résolument tournée vers le grand nombre.

Originaire de Belgique, la chanteuse Mentissa s'est installée en France afin d'y développer sa carrière. Le contraste par rapport aux prestations de la veille saute aux oreilles. Là où le rock régnait en maître sur la plaine, Mentissa propose une pop chaleureuse, élégante et immédiatement accessible. C'est aussi l'intérêt d'un festival : passer d'un univers à l'autre, multiplier les découvertes et varier les plaisirs.

La chanteuse s'est entourée de musiciens aguerris pour parfaire son set.

Un auditoire plutôt jeune lui réserve un accueil enthousiaste. Mentissa reste liée à son parcours remarqué dans la dixième saison de The Voice France, où elle révèle toute l'étendue de son talent. Ironie du destin, elle devient ensuite coach de l'émission dans sa version belge, une belle étape dans son parcours.

Mentissa ne se cache pas derrière un personnage. Elle évoque ses doutes, ses complexes et ses aspirations. Sa voix claire sert notamment « Balance », où elle revient sur son rapport au corps, les injonctions esthétiques et les sacrifices consentis pour répondre à certains standards de beauté.

Revenue jouer sur ses terres, elle défend logiquement son nouvel opus, « Enfants Difficiles », paru en juin dernier. Le précédent, « La Vingtaine », lui avait permis de collaborer auprès de plusieurs auteurs reconnus, Vianney en tête, fidèle complice depuis ses débuts télévisuels.

Entre pop contemporaine et chanson française, Mentissa livre une prestation solide et maîtrisée. Une mélancolie discrète traverse le concert, nourrie par des arrangements soignés qui apportent profondeur et émotion à l'ensemble.

« Attendez-moi » et « Mamma Mia », deux titres-phares de « La Vingtaine », confirment la belle popularité de la chanteuse auprès de la foule, visiblement conquise dès les premières mesures.

Lorsque résonnent les premières notes d'« Et Bam », chanson écrite et composée par Vianney, Mentissa touche une foule déjà largement acquise à sa cause. Sa voix, capable de nuances délicates, confirme la maturité artistique d'une chanteuse encore jeune.

« Désolée », titre grâce auquel elle avait défendu les couleurs de la Belgique lors de la sélection Eurosong 2025, clôture un concert assez classique dans sa construction, mais très agréable.

Peu à peu, les festivaliers jusque-là statiques se laissent gagner par le refrain et accompagnent l'artiste dans une ambiance chaleureuse.

Un set sans artifices, mais taillé pour rassembler : Mentissa confirme, aux Solidarités, qu'elle a bel et bien pris sa place parmi les valeurs sûres de la pop francophone actuelle.

Miki arrive sur le site d'Ecolys, côté scène PV, visiblement grippée, la voix un peu voilée, le teint pâle des mauvais jours.

Rien n'y change pourtant : dès les premières notes, la Franco-Coréenne retrouve une énergie insoupçonnée, comme si les planches agissaient chez elle en guise de remède le plus fiable qui soit. Preuve, s'il en fallait, que certains maux ne résistent pas à une bonne dose d'adrénaline scénique.

Autre particularité de cette date namuroise : il s'agit ni plus ni moins de la toute dernière étape de sa tournée. Un symbole qui n'échappe à personne, et qui confère à cette prestation une intensité particulière, comme un dernier tour de piste avant la page blanche.

« Yes » n'a, paradoxalement, jamais été sa préférence en matière d'écriture amoureuse, mais il claque comme une évidence en ouverture de concert et cerne complètement l'univers artistique de la jeune dame.

« Ça Pik Un Peu Quand Même », l'un de ses plus grands succès, confirme d'emblée cette mélancolie dansante qui caractérise toute l'œuvre de la frontwoman. Le titre suivant déploie ensuite un groove plus organique, presque western, où la chanteuse démontre une belle aisance scénique malgré la fatigue du corps.

Vient alors « Jtm Encore », lettre adressée à un amour passé, jamais tout à fait refermée. Miki en profite pour interroger une spectatrice au premier rang sur les raisons qui l'ont poussée à quitter son ancien compagnon. Un vrai dialogue se noue entre les deux femmes, la spectatrice se prêtant volontiers au jeu sous les rires complices de la fosse. Pour un peu, on se serait cru autour d'une table de bistrot, entre deux copines refaisant le monde, et les histoires de cœur, un verre à la main.

Deux morceaux plus mordants relancent ensuite la machine, avant qu'un autre titre ne vienne confirmer l'écriture ciselée et volontiers autobiographique de la chanteuse. L'artiste, visiblement soutenue par l'envie malgré la lassitude du corps, continue de créer et d'avancer.

Puis résonnent les premières notes de « Particule ». La fosse, hystérique, connaît les paroles presque aussi bien que l'artiste elle-même, scandant en chœur ce refrain devenu hymne générationnel.

Pour Miki, la chanson prend, ce soir-là, un sens tout particulier : dernière date d'une tournée qui s'achève, elle qui chante « j'suis qu'une particule qui orbite autour de toi » semble, l'espace d'un instant, s'adresser directement à son auditoire, dont elle s'apprête à s'éloigner après des mois de route commune, avant que « Échec et Mat » ne serve de prétexte à un moment de mise en scène particulièrement bien orchestré.

Miki se plante ensuite au centre d'une estrade dédiée à l'occasion à un jeu bien particulier : c'est au tour du public de circuler tout autour d'elle, obéissant au doigt et à l'œil aux consignes de l'artiste, comme suspendue à son geste. Une manière habile, et redoutablement efficace, de mettre en mouvement toute une foule sans qu'un seul mot d'ordre ne soit vraiment nécessaire. Une touche artistique qui referme les débats sur une note à la fois mordante et intense, fidèle à l'esprit de toute une soirée placée sous le signe de la fièvre, au sens propre comme au figuré.

Malgré la maladie, malgré la fatigue d'une tournée qui touche à sa fin, Miki referme son passage aux Solidarités sur une prestation habitée, généreuse, et visiblement soutenue par l'émotion du dernier soir.

Louane débarque Place des Arts. La majorité de l'auditoire réunit des familles : parents, enfants, souvent très jeunes, et même grands-parents. L'artiste ratisse large. Mais la fosse est pleine.

Elle a été révélée lors de la seconde saison de « The Voice ». Actrice à ses heures perdues, c'est surtout son rôle dans « La Famille Bélier », pour lequel elle a remporté un César, qui lui a valu cette reconnaissance médiatique. Depuis, la demoiselle a multiplié les casquettes : représentante de la France à l'Eurovision l'an passé grâce à « Maman » (7e place, tout de même), et plus récemment initiatrice d'un projet baptisé « Solo », dans lequel elle affirmait vouloir s'éloigner de ses complexes d'adolescence pour mieux expérimenter. Sur le papier, la promesse était belle.

Alors que son tour de chant est déjà bien entamé sur des compositions qui sentent le bonbon, « Solo », cri de détresse chargé d'émotion, du moins sur le papier, fait une apparition remarquée.

Mais en alignant des morceaux comme « Avenir » ou encore « La Pluie », l'un de ses plus gros succès, le répertoire devient rapidement gnangnan et pompeux. Il attise toutefois l'éveil chez les plus jeunes. Les Solidarités est un festival intergénérationnel, ne l'oublions pas !

Hormis la fan base qui voit en Louane la déesse de la nouvelle chanson française, ses chansonnettes à deux balles ne prennent qu'un essor tout relatif dans les « portugaises » de votre serviteur. C'est niais et ennuyeux à s'en décrocher la mâchoire.

Mais, pour que la critique soit objective, il est nécessaire qu'il suive le concert jusqu'à son terme, ou presque. C'est donc en manifestant un enthousiasme refréné qu'il se mue en parfait spectateur.

Même si artistiquement la jeune dame peine à convaincre les plus exigeants, sa prestation reste dans la moyenne, les efforts consentis commencent à produire leurs effets auprès de la fan base.

La reprise de « Where Is My Mind ? » des Pixies crée une véritable surprise. L'exercice, plus habité, tranche nettement sur le reste du répertoire et offre, l'espace de deux minutes, un vrai moment de grâce. Comme quoi, quand elle sort de sa zone de confort, la demoiselle sait aussi surprendre.

Grâce à des compositions dans l'air du temps, Louane prend du plaisir et entraîne la fosse dans son show infantile. « Tout Pour Toi », dont le refrain est repris par une bonne partie de la foule, confirme cette règle immuable.

Votre serviteur file tout droit vers la scène PV, Youssef Swatt's va y entamer son set.

Originaire de Tournai, c'est un rappeur dans l'âme, auteur et manager d'artistes belgo-algériens, connu pour son style introspectif, poétique, ancré dans le hip-hop à l'ancienne, tant il reste digne dans ses propos en semant ici et là des messages remplis de bon sens.

Si le Tournaisien n'en est pas à sa première visite sur ce site, il se souvient y avoir posé ses valises en 2015, jamais son retour n'aura semblé aussi habité. Mieux : cette date referme sa tournée. Une manière d'ériger les Solidarités en véritable charnière, comme si la plupart des artistes présents aujourd'hui y avaient, chacun à sa façon, tourné une page de leur carrière.

Il a déjà bien bourlingué. Il compte plusieurs albums à son actif, des collaborations auprès d'artistes belges et français notoires tels qu'Oxmo Puccino (« Le poids des mots ») ou Demi Portion (« Maintenant ou jamais »), et a assuré le supporting act des concerts d'IAM en 2022, mais aussi de Bigflo et Oli en 2023.

Swatt's s'est très vite popularisé lorsqu'il a remporté le concours organisé par l'émission française de rap, Nouvelle École, d'autant plus qu'en apothéose, la finale a été diffusée sur Netflix.

L'histoire de cet artiste s'apparente à un véritable conte de fées. Âgé de seulement 14 ans, il sort un premier EP, « L'Amorce », qui lui permettra d'être repéré par le phénomène belge Scylla. Prolifique, il a déjà gravé « Vers l'infini et au-delà » (2017), « Poussières d'espoir » (2020), « Pour que les étoiles brillent » (2022) et enfin « Chute libre », son petit dernier.

La plaine, ce soir, est loin d'être clairsemée. Preuve, s'il en fallait, que la cote du jeune homme grimpe de jour en jour, et que le conte de fées continue de s'écrire.

Fidèle à son patronyme, Swatt's frappe d'une précision chirurgicale, chaque texte assené comme un coup pesé, jamais gratuit. Et sur les planches, l'homme se révèle aussi joueur que précis : il livre une composition encore inédite, pas même enregistrée en studio, et invite la fosse à sortir les smartphones pour la filmer, laissant aux réseaux sociaux le soin d'écrire la suite de son histoire.

Lorsque le gaillard livre sa version de « L'ordre des choses », extrait de son dernier elpee, ce sera dans une mouture qui n'existe qu'ici, en live : guitare-voix d'abord, presque à nu, avant que ses comparses ne viennent progressivement étoffer le morceau. Un régal !

La complicité qui l'unit à Joseph, son claviériste, saute aux yeux. Logique : les deux hommes se sont rencontrés dans une cour d'école, alors qu'ils n'avaient que sept ans.

Le frontman prévient : celui qui se trouve derrière les ivoires, prêt à en découdre, s'apprête à jouer un titre connu. Lorsque les premières notes de « Personne » résonnent, un morceau interprété notamment lors de la saison 3 de Nouvelle École, Youssef Swatt's glisse, explicitement, un clin d'œil au chanteur dans ses propres paroles.

Le gimmick mélodique de ce titre n'est pas sans rappeler l'esprit des refrains populaires et entraînants, à l'instar de ceux que Renaud a burinés dans le patrimoine de la chanson française. Une filiation reconnue, amplifiée par les liens étroits qui unissent le rappeur à cet univers : il a déjà assuré les premières parties de Renaud, avant de le rejoindre sur les planches.

Couronné de succès d'estime et critique, Swatt's est devenu une figure de proue dans le paysage noir-jaune-rouge.

Précision, complicité, filiation : ce soir, aux Solidarités, la boucle semble bouclée. Une tournée s'achève. Une étoile, elle, continue de grimper.

Si un nom incarne à lui seul la traversée du rap vers la grande chanson populaire française, c'est bien celui de Soprano.

Né à Marseille en 1979, Saïd M'Roumbaba forge ses premières armes dès le milieu des années 90 au sein des Psy 4 de la Rime, repérés par Akhenaton en personne, une filiation qui en dit long sur sa légitimité dans le paysage hip-hop hexagonal.

C'est en 2007, sur « Puisqu'il faut vivre », que l'aventure solo démarre, boostée par le tube « À la bien ». S'ensuivent « La Colombe » (2010), « Le Corbeau » (2011), puis « Cosmopolitanie » (2014), qui amorce un virage pop-rap. Mais c'est surtout à partir de « L'Everest » (2016) que Soprano bascule dans une autre dimension, enchaînant les certifications diamant, à l'instar de « Phœnix » (2018) ou « Chasseur d'étoiles » (2021).

Sincérité, gravité et refrains fédérateurs : la formule Soprano tient en ces trois mots. L'homme n'élude jamais les sujets qui fâchent, harcèlement, deuil, mémoire familiale, sans jamais renoncer à la lumière qui a fait de lui l'un des artistes les plus rassembleurs de sa génération, et le premier rappeur français à avoir rempli un stade.

Malheureusement, votre serviteur n'a pu assister au concert du jeune homme, le moment ayant été plutôt consacré à se rassasier.

Dernière prestation pour cette seconde soirée, celle de Suzane. Autant le dire clairement, l'univers de cette artiste est à mille lieues de celui de votre serviteur.

Si Suzane a bâti sa notoriété sur un discours engagé et une gestuelle insaisissable, son passage aux Solidarités aura confirmé un déséquilibre déjà pressenti à Ronquières : impossible de nier la force visuelle du spectacle, tout aussi impossible d'ignorer sa fadeur musicale. Mais le costume, ici, lui va mieux.

Là où Ronquières donnait le sentiment d'une proposition en décalage par rapport à son public, les Solidarités, et cette journée en particulier, taillée pour un auditoire plus jeune, offrent à l'artiste un écrin qui lui correspond enfin. Suzane n'est plus l'invitée qui détonne ; elle est, ce jour-là, chez elle.

De son vrai nom Océane Colom, l'Avignonnaise se révèle dès 2019, avant même la sortie de son premier elpee. « Toï Toï » paraît l'année suivante et lui vaut la Victoire de la révélation scène. « Caméo » (2022) confirme ensuite une écriture consacrée aux violences sexistes et sexuelles, à l'homophobie ordinaire et aux assignations de genre.

Comme Angèle ou Hoshi, elle appartient à une génération de chanteuses pop qui transforme les planches en espace de témoignage autant qu'en plateau de variétés. Sa récente collaboration auprès de Grand Corps Malade, où elle adopte le point de vue d'un homme le temps d'un slam à deux voix, élargit encore sa notoriété.

Le décor, aux Solidarités, affiche également de l'ambition : une estrade à deux niveaux facilite les déplacements de la chanteuse, sous des rampes LED. Suzane se produit en compagnie d'une armada de danseuses, toutes coiffées d'une perruque rousse. Des bandes assurent l'accompagnement musical et laissent la première place à la chorégraphie.

Et de chorégraphie, il en sera question tout au long du set. Sur « Mouvement », « Dégaine » ou « Virile », les corps oscillent entre brusquerie et retenue, comme pris dans des contraintes invisibles ; sur « Champagne », c'est une table installée au centre du podium que Suzane escalade, entourée de ses choristes, pour un moment de satire sociale mordante.

Difficile de contester que la mise en scène, sur le plan strictement visuel, tienne la route ; c'est même là que le spectacle trouve sa vraie cohérence.

Mais le presque sans-faute chorégraphique ne suffit pas à sauver la prestation musicale, restée en net retrait. Le set, sur « Marche ou rêve », « Un sens à tout ça » ou « Au grand jour », peine à convaincre au-delà de l'électro-pop de circonstance ; et si « Je t'accuse », titre frontal sur les violences sexuelles, ou « T'as raté » cherchent à électrifier le propos, l'ensemble reste froid, sans relief, parfois même soporifique à s'en décrocher la mâchoire.

Alors que « Millénium » esquisse le portrait d'une génération fatiguée et lucide, « Humanoïde » s'en prend au monde algorithmique, « Lendemain de fête » referme le concert sur un appel à vivre avant qu'il ne soit trop tard : les intentions sont là, l'exécution beaucoup moins.

Reste qu'ici, contrairement à Ronquières, Suzane ne s'adresse pas à un public de circonstance mais à celui, naturel, des Solidarités : plus jeune, davantage happé par le geste et le symbole que par l'exigence de l'écriture ou de l'interprétation.

Et c'est précisément là que la proposition cesse de sonner comme un malentendu pour devenir une évidence : cet auditoire-là n'attend pas la même rigueur qu'ailleurs, parce que ce n'est tout simplement pas ce qu'on vient chercher ici.

Le geste politique, la gestuelle habitée, le symbole avant le propos : la grammaire de Suzane et celle des Solidarités parlent, ce jour-là, la même langue.

Gestuelle, générosité et geste politique : Suzane aura eu ce triptyque pour elle aux Solidarités. La musique, en revanche, restera à quai.

Une seconde journée de demi-teinte, allant du bon au très médiocre ! Que nous réserve la suite ?

(Organisation : Les Solidarités)

vendredi, 04 septembre 2026 18:14

Les Solidarités 2026 : vendredi 4 septembre

Si le festival des Solidarités se déroulait jusqu'alors à la Citadelle, il a pris ses quartiers sur le site d'Ecolys depuis 2023, à quelques minutes du centre-ville de Namur, en raison des travaux nécessaires à la restauration complète du Stade des Jeux et du Théâtre de Verdure.

Ce nouvel emplacement est certes moins bucolique, mais il présente l'avantage d'être plat, plus facile d'accès et plus étendu, ce qui permet une meilleure fluidité dans les déplacements. Une aubaine, donc, pour les festivaliers.

Mais que les esprits les plus critiques se rassurent : il se murmure que le festival pourrait retrouver son emplacement d'origine dans quelques années.

En attendant, le festival devra déménager une fois encore, certaines entreprises souhaitant s'implanter dans le zoning. Des réunions de travail devraient d'ailleurs débuter prochainement à cet effet. Wait and see donc...

Le festival des Solidarités est singulier et ne ressemble à aucun autre : il fédère le vivre-ensemble, la justice sociale et la lutte contre les inégalités.

Durant trois jours, il propose une programmation musicale particulièrement qualitative. Mais l'offre ne se limite pas à la musique, puisqu'une kyrielle d'activités gravitent autour de ces thématiques : conférences, spectacles pour enfants, activités ludiques, découverte de la culture hip-hop, programmation off des associations, etc. L'offre est telle qu'elle en donne le tournis !

Depuis ses débuts, les Solidarités soutiennent des artistes émergents ou des découvertes coup de cœur. On pense à Clara Luciani, Aya Nakamura, Hoshi, Juliette Armanet, 47ter, Gauvain Sers, Rori ou Suzane, invités lors de leurs débuts scéniques et dont on connaît aujourd'hui le formidable parcours.

Point de cristallisation dans de nombreuses manifestations, la mobilité demeure, comme les années précédentes, au centre des préoccupations. Des navettes relient le site à la gare ferroviaire et à l'aérodrome, deux endroits capables à eux seuls d'accueillir plusieurs milliers de véhicules.

Côté musique, deux podiums principaux de taille quasi identique se côtoient, la Place des Arts et la Scène PV, tandis que deux estrades plus modestes accueillent des artistes émergents. Il est loin le temps où les planches iconoclastes baptisées Magic Mirrors, empreintes de magie et de mystère, valaient à elles seules le coup d'œil. L'adage « On ne peut pas être et avoir été » prend ici un sens tout particulier !

Il est de tradition que cette première journée soit réservée à un auditoire davantage enraciné dans la culture rock. Ce sera on ne peut plus vrai aujourd'hui !

Lorsque votre serviteur foule enfin le sol namurois, il se presse vers la scène PV pour y découvrir les vétérans de Pony Pony Run Run.

Confidence pour confidence, votre serviteur guettait d'une impatience à peine dissimulée le retour sur les planches du trio nantais, disparu des radars depuis une dizaine d'années.

« Intro » à peine amorcée, le ciel namurois s'invite à son tour dans l'équation : les premières gouttes tombent sur le site d'Ecolys au moment précis où le trio attaque son set. Le chanteur, pince-sans-rire, ne laisse pas passer l'aubaine et lâche, sourire en coin, que le timing est « relativement bien choisi ». La formule fait mouche et donne d'emblée le ton d'une soirée où l'autodérision servira de parapluie.

Sur les planches, difficile d'ignorer que les frangins Réchin Lê Ky-Huong et leur acolyte Antonin Pierre ont quelques années de plus dans le coco depuis leurs premiers pas médiatisés. Le temps a œuvré, mais l'énergie, elle, n'a visiblement pas pris une ride.

Vêtu d'une espèce de robe et de grandes chaussettes rayées, le guitariste arbore un look aussi improbable qu'assumé, à mi-chemin entre l'excentricité pop et le défi vestimentaire pur et simple.

Si dix années d'absence suffisent parfois à essouffler une monture, elles n'auront visé, chez Pony Pony Run Run, qu'à affûter le trot.

Sur les planches des Solidarités, ces vieux briscards ont prouvé, le temps d'un set aussi dense que direct, que l'on ne dresse pas si facilement un cheval fougueux : celui-là galope encore comme au premier jour.

Le ciel, lui, avait pourtant décidé de jouer les trouble-fête : une pluie battante s'est abattue sur le site au moment où le trio est monté sur les planches. Il n'en aura pourtant rien été. Malgré l'averse, c'est bien le feu qui a pris dans la fosse : ambiance électrique, chaleur immédiate, comme si Pony Pony Run Run avait pour vocation de sécher les nuages à coups de riffs.

L'entrée en matière file tout droit au but : « Intro » sert d'écurie de départ, puis « Can't Get Enough » lance immédiatement la charge, presto. « 1997 (She Said It's Alright) » et « Out Of Control » enchaînent sans reprendre souffle, le trio imposant d'emblée son évidence : synthés eighties acérés, guitares en lame de rasoir.

Les riffs, précisément, cisèlent chaque titre d'une précision chirurgicale, tandis que la basse, elle, martèle chaque note comme on frappe un métal encore chaud : section rythmique en forge, guitare en lame.

« Boom » et « Belong » creusent le sillon dans cette même veine incisive, avant que « Show Me » ne vienne rappeler à quel point l'écriture du trio a toujours su marier l'électro et la power pop sans jamais sacrifier l'un à l'autre.

Puis vient « Never Give Up », et le titre, ce soir-là, sonne moins comme une chanson que comme une profession de foi. Car s'il y a une chose que votre serviteur retiendra de cette prestation, c'est bien celle-ci : l'absence totale de lassitude chez des musiciens qui pourraient, à l'instar de tant d'autres formations revenues sur le devant des planches après une décennie de silence, se contenter de jouer les nostalgiques de service.

Rien de tel ici. Pony Pony Run Run n'est pas revenu pour ressasser, mais bien pour courir !

Et puis vient l'attendu et le nécessaire « Hey You », hymne générationnel s'il en est, dont les premières notes suffisent à ébranler la fosse. Et c'est là, précisément, que la foule offre au concert sa touche la plus inattendue : point d'adolescents en émoi, mais des rangs de vieux rockers aux cheveux gris, chantant chaque syllabe d'une ferveur intacte, comme on retrouve un serment d'adolescence qu'on croyait pourtant enterré. Le temps, décidément, ne mord pas sur tout le monde de la même façon, pas plus que la pluie, ce soir-là, n'aura mordu sur l'ardeur de la fosse.

En toute fin de prestation, quelques quidams sont conviés à rejoindre les planches pour un moment de danse collective, refermant ainsi la course sur une note tout aussi vive que l'ouverture, sans temps mort ni complaisance. Et franchement, à les voir se trémousser d'un enthousiasme plus débridé que chorégraphié (K-way passé par-dessus le manteau, pluie oblige), on pense davantage à une bonne blague partagée qu'à une démonstration de professionnels des parquets.

En tout cas, pluie battante, look décalé et tubes intacts, Pony Pony Run Run aura prouvé, sous l'averse, que son retour n'a rien d'un feu de paille.

Skip The Use compte parmi ces rendez-vous que votre serviteur ne pouvait manquer en cette après-midi namuroise.

Certains festivaliers, dans la fosse, semblent pourtant ignorer la formation qui va monter sur les planches dans quelques instants. Lorsqu'on leur rappelle qu'il s'agit du combo lillois porté par Mat Bastard, les regards changent et deviennent complètement médusés.

Normal : cette formation a atteint des sommets rarement approchés par un band rock hexagonal. Né en 2008 sur les cendres du groupe punk Carving, le quintette a publié un premier elpee éponyme en 2009, avant que « Can Be Late » (2012) ne lui vaille, l'année suivante, la Victoire de la musique de l'album rock. Séparé en 2016, le combo s'est reformé quelques années plus tard et livre aujourd'hui « Love & Anxiety », son tout dernier disque. Après les frasques solo de son frontman, le voilà de retour au complet, visiblement animé d'une envie intacte d'en découdre.

En fond de podium trône un grand cœur blanc : signe que la troupe est venue pour donner et recevoir de l'amour. Ce sera aussi le fil conducteur d'une prestation qui va marquer les esprits.

Les premières notes se perdent à l'horizon ; ça décoiffe sec ! Le son est bien rock. Malsain même. Et l'attitude, plutôt punk.

Dès « Anxiety », qui ouvre le bal, la mécanique impressionne : ce n'est plus une simple bande de potes surexcités, mais bien une machine de guerre rodée, où chaque musicien connaît sa place au millimètre près. Le batteur, en particulier, frappe ses fûts d'une vigueur qui confine à la démonstration de force, un jeu musclé, sec, qui cravache littéralement le tempo et tient la salle en respiration.

« Good Old Days » et « Say That You Love Me » confirment cette impression : le quintette, professionnel jusqu'au bout des doigts, ne laisse rien au hasard, ni les transitions, ni les silences calculés, ni les montées en tension.

Les riffs, eux, restent entraînants, irrésistibles. « Second Love » puis « Silence » font sautiller, déhancher, pogoter toute une fosse déjà acquise. Un noyau réunissant plusieurs dizaines de personnes s'agite, corps contre corps, telle une offrande servie au grand sioux qui la leur avait demandée.

Sur les planches, la mise en scène distille son propre mystère. L'un des guitaristes porte une cagoule cloutée, lui conférant un côté bourreau : jamais son visage ne sera dévoilé. Le secret reste total ! Le préposé aux synthés, lui, arbore une cagoule plus sobre, rouge, laissant deviner ses yeux.

Par intermittence, des images défilent en fond de podium, mettant en scène des personnages eux aussi cagoulés. Décidément, la cagoule est maîtresse des lieux.

« We Are Good » et « Ghost » relancent la machine, avant que le frontman n'égrène quelques tubes qui ont marqué les vingt ans de tout un pan de la fosse, à une époque où la radio nationale belge s'appelait encore PureFM, devenue depuis Tipik, selon ses dires, sous les rires du public belge, qui, lui, ne reste jamais insensible aux joutes verbales du gaillard.

À un moment parfaitement inattendu, un gamin tranquille, accompagnant ses parents, est gentiment pris pour cible par Mister Bastard. Hissé sur les planches, il devient l'espace de quelques minutes un véritable compagnon de route. Pour le remercier de cette collaboration brève mais intense, le généreux chanteur lui offrira, ainsi qu'à ses parents, une place pour le concert que le combo donnera prochainement au Cirque Royal de Bruxelles.

Celui dont les frasques sont connues et reconnues invite ensuite les quidams à scanner un énorme QR code projeté sur les planches : « une place achetée, une place gratuite », lance-t-il, au grand désarroi des membres de son équipe. Mais personne ne parvient à effectuer la manœuvre, le réseau internet étant totalement indisponible à ce moment précis. Du grand n'importe quoi, assumé et savouré.

« Cup Of Coffee », « PIL » et « People In The Shadow » referment la partie la plus incisive du set, toujours portée par cette même rigueur d'exécution qui distingue les grands rodés des planches des simples entertainers.

Un pogo plus tard, les musiciens s'offrent, en guise de dessert, un moment de pur bonheur : plongés dans la fosse, ils livrent une reprise punk et furieuse de « Boys Don't Cry » du mythique The Cure. Osée, mais magistrale.

L'équipe s'éclipse alors, tandis que retentit « Porcherie » et son fameux refrain « La jeunesse emmerde le Front national » du band Bérurier Noir.

Amour, mystère et anarchie : Skip The Use n'a, décidément, rien perdu de son insolence.

Changement radical d'ambiance sur la scène PV : après les vieux briscards, place à la nouvelle génération, celle de Sam Sauvage, jeune auteur-compositeur-interprète venu du Boulonnais et révélé au grand public par ses clips postés sur Instagram.

Il affiche un air de dandy, un peu à la manière de Pierre De Maere, que les Solidarités ont eu le plaisir d'accueillir lors d'une précédente édition.

Il grimpe sur les planches, l'air hagard et complètement désarticulé, engoncé dans un costume mal ajusté. Ses musiciens sont habillés tout de blanc, la panoplie assumée des gars qui n'ont jamais vraiment su comment se tenir en société, mais qui en ont tiré une signature.

Auteur-compositeur-interprète, Sam Sauvage jongle aisément entre chanson et pop française, un équilibre qu'il confirme d'entrée dès « Les Gens Qui Dansent (J'Adore) », ouverture idéale où l'on perçoit, çà et là, des intonations à la Stromae, mâtinées d'une écriture bien plus corrosive. Les cheveux hirsutes à l'instar d'un savant fou, le jeune homme emmène immédiatement son auditoire dans son univers déluré et instable.

« Le Chant Des Sirènes » ouvre ensuite une parenthèse plus feutrée, presque envoûtante, où la voix grave et suave du chanteur, déjà reconnaissable entre mille, prend toute sa dimension. La comparaison à l'énergie de l'ouverture n'en est que plus saisissante.

Épaulé par ses comparses, Sam évoque, sur « J'Suis Pas Bo », des moments de malaise liés à son apparence et une quête d'identité artistique à travers son style. Aujourd'hui, à le voir sur les planches, force est de constater qu'il semble avoir largement surmonté cette période difficile, l'autodérision ayant visiblement pris le pas sur la gêne.

Entre liberté, désamour et jeunesse désinvolte, le garçon solitaire s'épanche encore un peu plus sur « Ne T'en Fais Pas Pour Elle », avant qu'un clin d'œil appuyé à ses propres origines ne vienne ponctuer le set : sur « Boulogne », référence directe à sa ville natale, la fosse découvre un Sam Sauvage plus ancré, presque nostalgique, loin de l'image de dandy parisien qu'on voudrait parfois lui coller.

« Hypocrisie » et « Je Ne T'aime Plus » enchaînent, incisifs, enrichis par des textes délicats à la fausse candeur, grâce auxquels l'artiste est parvenu, en très peu de temps, à s'attirer la sympathie d'un auditoire pourtant pas nécessairement acquis à sa cause.

Puis vient « Un Cri Dans Le Métro », récit urbain et poétique où l'on retrouve toute la plume ciselée et romantique d'Hugo Brebion, à l'état civil. « Avis De Tempête » relance ensuite la machine sur un tempo plus mordant, avant que « Garder Le Sourire » ne vienne, l'espace d'un refrain, jouer les contrepoints lumineux dans un répertoire pourtant volontiers désabusé.

Malgré ses apparences, sa dégaine et ses pas hésitants, le bonhomme promet qu'il n'est « Pas Bourré », sous les cris hilares d'une fosse déjà largement conquise.

« La Fin Du Monde » referme les débats sur une note à la fois grinçante et tendre, fidèle à l'esprit d'un artiste qui n'a jamais cherché à choisir entre gravité et légèreté.

Après une prestation d'à peine une heure, Sam Sauvage a gagné son pari : dévoiler son univers, et gagner la sympathie d'un auditoire qui, pour une bonne partie, n'était pas nécessairement venu pour lui.

Il fait nuit noire lorsque les vétérans d'Orchestral Manoeuvres In The Dark (plus connus sous l'acronyme OMD) montent sur les planches.

La pop et le rock, en général, ont connu un nouvel essor dès le début des années 80, et notamment sous une forme plus électronique. Les synthés et les boîtes à rythmes se sont donc intégrés à la solution sonore, quand ils ne se sont pas substitués à l'instrumentation organique. Un choix qu'a opéré, dès l'origine, ce duo anglais.

Le light show discret se mêle à l'obscurité, alors qu'on entend les premières notes d'« Atomic Ranch », suivies de celles d'« Isotype ». Deux morceaux au son très contemporain, davantage instrumentaux qu'à vocation de tube, qui constituent une entrée en matière atmosphérique typique du duo. De l'électronique, de l'intelligence dans la composition, et cette dose d'on-ne-sait-quoi qui creuse la différence.

La fan base namuroise est peuplée de sexagénaires assumés, cheveux gris fièrement portés, ventre nostalgique et peau burinée par les décennies. L'âge et la sagesse font bon ménage !

Faut dire que la formation fondée par Andy McCluskey (chant, basse, guitare) et Paul Humphreys (chant, claviers) en 1978 a enregistré son premier single, « Electricity », en 1979, et son premier album, éponyme, début 1980.

Contrairement à ce que d'aucuns pourraient croire, cette étape belge ne s'inscrit pas dans une tournée d'adieu : la « Summer of Hits Tour » qui les mène cette année à travers l'Europe se veut avant tout une célébration de leur répertoire, quarante-huit ans après leurs débuts.

Les deux amis semblent impressionnés par l'accueil très chaleureux que leur réserve la fosse noire/jaune/rouge.

Le décor est minimaliste. Un écran géant est dressé en toile de fond. Paul Humphreys est planté à droite devant son synthé. Un autre préposé au clavier est posté à gauche du podium. Le batteur s'installe légèrement en retrait, son kit recélant des fûts en tout genre. Vêtus de noir, ils affichent tous la soixantaine bien sonnée. Ils sont perchés sur des estrades, ce qui permet de les distinguer très distinctement.

« Electricity » embrase véritablement le set. La communion s'opère rapidement entre les musiciens et la fosse. Andy devient complètement hystérique. Sans doute peu doué pour la danse, son corps est tout à coup pris de saccades violentes, ses bras ne cessent de rouler, tandis qu'il arpente la scène de long en large. Une attitude qui va perdurer l'intégralité du set. Son visage dégouline de sueur.

Parfaitement à l'aise tant à la guitare qu'à la basse, il reste proche de son public, venant régulièrement taper ses paluches dans celles de ceux qui ont la chance d'assister au show, près des barrières.

« Messages » puis « History Of Modern (Part I) » creusent ensuite un sillon plus nostalgique, rappelant de bons vieux souvenirs à celles et ceux qui les ont connus à l'époque. Une période que les moins de vingt ans ne peuvent, eux, pas connaître.

À 67 ans, la voix d'Andy McCluskey reste quasiment intacte, un exploit au regard de tant d'autres artistes de sa génération.

Pour « (Forever) Live And Die », Andy se consacre au clavier, tandis que Paul se charge des vocaux. Contrairement à son comparse, sa voix souffre, épisodiquement, de quelques petites faiblesses. « If You Leave » et « Souvenir » enchaînent, imparables.

« Joan of Arc (Maid of Orleans) » constitue le point d'orgue. La jouissance onirique est alors à son comble, la fosse au bord du malaise, l'ambiance à son paroxysme. Andy invite l'auditoire à frapper dans les mains pour accompagner cette fameuse rythmique syncopée dont le duo a le secret.

« The Rock Drill » et « Veruschka », tous deux issus de leur dernier opus en date, « Bauhaus Staircase », prouvent que le tandem n'est pas venu uniquement pour ressasser le passé.

Retour ensuite aux classiques : « So In Love » ne manque pas d'attrait.

Le duo aime la Belgique. Pour le lui rappeler, il se lance dans une « Locomotion » qui n'a pas pris une ride, un des plus gros succès du groupe dans le pays, à l'époque de sa sortie.

« Sailing On The Seven Seas » relance une dernière fois la machine, avant que « Enola Gay », caractérisé par ses beats froids et synthétiques, ne signe le clap de fin d'un concert qui restera ancré dans les mémoires. Une chanson aux relents particuliers, puisqu'elle narre l'histoire de l'avion qui a largué la bombe atomique sur Hiroshima. Une tragédie de l'histoire de l'humanité, transformée et embellie ici par la seule puissance de la musique.

Sous l'effet de l'émotion, Paul et Andy viennent saluer chaleureusement une fosse décidément très réceptive, alors que le sample continue de produire, durant de longues minutes, cette rythmique devenue un véritable hymne.

Ne leur faites pas l'injure de les traiter de vieux ringards. Non ! Durant plus d'une heure, ils ont accompli un travail éblouissant, extraordinaire, bien loin des archétypes du genre.

Résistance, résilience, résurgence : Andy et Paul sont peut-être des papys, mais des papys qui n'ont manifestement pas fini de faire de la résistance.

Girls In Hawaii ne s'était plus produit depuis plusieurs années, à l'exception de la tournée célébrant les vingt ans de son premier opus, « From Here To There », en 2023, qui avait rempli l'Ancienne Belgique quatre soirs durant.

Né au début des années 2000, le quintette s'est imposé au fil du temps parmi les repères de l'indie rock européen. De « From Here To There » (2003) à « Nocturne » (2017), en passant par « Plan Your Escape » (2008) et « Everest » (2013), la formation a bâti, disque après disque, un univers musical qui accompagne toute une génération d'auditeurs, celle qui a grandi à ses côtés, et qui se retrouve ce soir sur la plaine namuroise.

Cette étape des Solidarités s'inscrit dans la tournée européenne relancée cet été, amorcée par une semaine de résidence et de répétitions au Manège de Mons. Elle accompagne la sortie annoncée d'« Eldorado », cinquième album du quintette et premier chez Capitane Records, attendu pour ce mois de septembre, soit quelques semaines à peine après ce passage namurois. Une manière, pour la formation, de rôder son nouveau répertoire directement devant l’auditroire, avant même que le disque ne soit dans les bacs.

Sur les planches, cinq silhouettes bien connues du public belge s'installent sans effet inutile. Pas de mise en scène tapageuse, pas de superflu : Girls In Hawaii a toujours préféré laisser parler la musique plutôt que l'esbroufe visuelle, et cette philosophie se confirme d'entrée. La foule s'est déplacée surtout pour entendre, moins pour voir !

Le combo ouvre le bal par « Is It Happening Right Now? », titre extrait du disque à paraître et premier à avoir été porté aux oreilles des auditeurs radiophoniques. Le morceau oppose matières organiques et textures synthétiques, invite à lever les yeux vers le ciel et à savourer l'instant présent : un choix d'ouverture qui sonne presque comme un manifeste, celui d'une formation qui refuse de se contenter d'un simple exercice de nostalgie.

L'accueil se révèle chaleureux, la fosse accompagnant déjà les premiers refrains d'un titre qu'elle découvre pourtant à peine. Très vite, « Eldorado », lui aussi inédit, dévoile une écriture plus rythmée, plus brute, presque conceptuelle, qui déroute agréablement une partie de l'auditoire, davantage habitué aux mélodies plus feutrées du quintette.

Le souvenir de Denis Wielemans, ancien batteur du combo disparu dans un accident de la route en 2010, demeure présent lors des concerts de Girls In Hawaii. « Misses », extrait d'« Everest », lui adresse un hommage sobre et sensible, nourri d'une retenue qui en dit plus long que n'importe quelle emphase. Ce disque, né dans un contexte de deuil et de reconstruction, reste sans doute l'un des plus accomplis de leur parcours, et son empreinte continue, plus de dix ans après, de planer discrètement sur chacune de leurs prestations.

L'atmosphère gagne peu à peu en tension. Sur l'entraînant « Found In The Ground », le batteur imprime sa cadence à la charley, à la ride, à la caisse claire et à la grosse caisse, d'une régularité métronomique qui tranche sur la fougue apparente du morceau. La voix légèrement éraillée du chanteur, elle, prend tout son relief, portée par des harmonies vocales soignées qui rappellent à quel point le quintette a toujours cultivé un sens aigu du détail.

« Not Dead » suit, titre qui retrouve une place de choix dans le nouveau tour de chant de la formation, résonnant presque comme une affirmation, ce soir-là, tant le combo semble avoir traversé les années sans jamais réellement s'essouffler.

« Drifting In The Summer Rain » et « Birthday Call » alternent ensuite inédit mélancolique et pièce plus ancienne, extraite de « Plan Your Escape », preuve que la formation n'a jamais rompu le fil entre ses différentes époques : les nouvelles compositions cohabitent naturellement auprès de celles d'il y a près de vingt ans, sans rupture de ton ni effet de couture visible.

La précision instrumentale, constante tout au long du set, se confirme sur « Who's To Blame », « Guinea Pig », respectivement extraits d'« Eldorado » et de « Nocturne », et « Not Your Fault », où rythmique syncopée et chœurs dessinent un ensemble aux couleurs nettes. Plus de deux décennies après ses débuts, le quintette conserve une réelle force de proposition, loin d'une formation qui se contenterait de vivre sur les acquis de son répertoire passé.

Quelques minutes plus tard, l'incontournable « Switzerland », où l'électro et le piano servent la mélodie, ravive l'élan du combo et rappelle, s'il en était besoin, sa capacité à concilier délicatesse mélodique et efficacité live. « Rorschach », tout en guitares saturées, est aussitôt servi dans une tension maîtrisée, le morceau gagnant en intensité jusqu'à son ultime déflagration.

Avant de quitter les planches, le combo livrera évidemment une parenthèse attendue, « Flavor », caractérisée par son intro de basse répétitive. Un titre qui referme finalement les débats dans une dernière montée en intensité, laissant le public namurois dans un état d'épuisement heureux.

Girls In Hawaii signe un retour solide aux Solidarités, sans renier vingt ans de répertoire, et confirme sa place parmi les formations majeures de l'indé-pop belge.

La soirée se refermera un peu plus tard sur Faithless, tête d'affiche de cette première journée de festival. Votre serviteur n'aura hélas pas eu l'occasion d'assister à cette ultime prestation, la fatigue et la générosité de la programmation ayant eu raison de sa présence jusqu'au bout de la nuit. Aux dires de ceux qui y étaient encore, le combo londonien aurait clôturé les festivités dans l'énergie qu'on lui connaît. De quoi, sans doute, nourrir un prochain compte-rendu.

(Organisation : Les Solidarités)

vendredi, 28 août 2026 15:14

François Hélas, dandy du désastre

Mauvais profil : le nouveau single de François Hélas sortira le 11 septembre prochain

Il a débarqué sous H, arguant aujourd’hui et dans l’humilité charmante d’un parti pris d’artiste bohème, de vrai bohème…

Hélas - ou peut être pas finalement - François n’a pas toujours pu choisir les reliefs et jalons de son parcours de vie. Il en a toutefois géré les chutes et les contours.

Cocon familial qui éclate, addiction paternelle, frôlement du danger, François se réfugie précocement dans l’Art. D’une Ecole de Musique avec apprentissage de la trompette, il entre au Conservatoire dont il s’affranchira de bonne heure pour se former en autodidacte à la guitare. Très seul, notamment après le départ de son grand frère qui le biberonne au rock des nineties mais aussi aux grands auteurs Français, Gainsbourg en tête, et au punk des Bérus, François dévore les livres, et se raconte plein d’histoires qu’il couche sur le papier. Solitaire, il développe un tempérament en clair obscur qui habite aujourd’hui ses textes et compositions comme des montagnes russes émotionnelles, du dedans abimé au dehors aux yeux rieurs et même franc amuseur. 

François part à sa majorité se faire tout seul, il se forme Educateur, métier qu’il n’exercera jamais même si sa vie le mènera au contact d’enfants en difficultés sociales ou handicaps mentaux.

François connait des expériences peu communes : un épisode de vie sous toile de tente en Ardèche, l’usine et son esclavage moderne, il est miraculé d’une camionnette qu’il prend de plein fouet à scooter. Réfugié chez une amie, il lui parie l’écriture d’une chanson dans la soirée… ce qu’il fait et la chanson sonne qui plus est ! Et François, le cabossé, de s’autoriser à devenir chanteur.

Paris. Dépression, apnée, remontée, respiration, lumière… deux EP sortent sur deux années de temps au bout desquelles des épisodes de ruptures. Rechute, suivi, analyse, anarchie intérieure qui donne aussi et surtout ce don de Création. François Hélas est une personnalité sauvage et attachante, punk - dans l’utopie et l’anti-système - et dandy dans les codes apparents aussi…

Dandy désastre le résume pertinemment qui est le nom de ce troisième EP qui l’affirme dans une identité pas si désinvolte qu’il n’y parait, plutôt profonde même, érudite tout en étant démocratique avec l’influence de la chanson écrite des Grands, du rap dans l’écriture.

Si des medias prescripteurs l’ont déjà flairé, souhaitons à François Hélas son Sunset boulevard large et pérenne.

Le clip est à voir ici.

Après plus de 700.000 albums vendus et plus d’1 milliard de streams, Eddy de Pretto signe son grand retour avec « sous influence ». Un retour à son écriture signature qui met en lumière ces vérités qui nous dérangent tous.

« Lors de l'écriture de ce titre, j'avais envie de parler de cette sensation que nous connaissons tous : celle de croire que nos choix nous appartiennent, alors qu'ils sont souvent dictés par le regard des autres, les tendances ou notre besoin d'être accepté. C'est une chanson sur la perte de repères, le conformisme et cette contradiction permanente entre l'envie d'être unique et celle de ressembler aux autres. À travers un refrain fédérateur, j'ai voulu transformer cette réflexion en un morceau qui questionne notre époque autant qu'il donne envie de danser. »

« sous influence » signe le premier chapitre d'une nouvelle ère, épique mais profondément humaine, qui questionne les solitudes d'une époque où nous sommes pourtant plus connectés que jamais. Alors, nos choix nous appartiennent-ils vraiment ? Qui influence qui en premier ?

Cette première sortie sera accompagnée d’une performance live immersive et collective exceptionnelle, créée sur mesure pour l’occasion. « Qui influence qui en premier ? », transforme une performance scénique en véritable expérience sociale, où chaque participant devient acteur de l’œuvre.

Une réflexion grandeur nature autour de l’influence, du conformisme, du regard des autres et de la puissance du collectif.

Le teaser est à découvrir ici.

VOLUMES, une série de concerts live d’Odessa et de VOLTA. Alternative, hybride, difficile à mettre dans une case : c’est justement le but.

Cette édition : daoud (FR), le 19 novembre à VOLTA, Bruxelles.

Jazz ? Peut-être.

Hip-hop ? Quelque part par là.

Lourd ? Définitivement.

Joueur ? Toujours.

daoud est l’enfant terrible du jazz. 

Une musique qui ne cherche pas à être parfaite - et qui n’en est que meilleure.

GOOD BOY, des concerts complets au Ronnie Scott’s et à Montreux - il fait les choses à sa manière, et ça se ressent.

Autour de sa musique, l’artiste crée un univers visuel brut, marqué à la fois par la provocation et l’insouciance de la jeunesse — un retour à l’enfance non pas pour y trouver du réconfort, mais pour en révéler les contradictions. Vulnérabilité, impermanence et satire. Son esthétique embrasse l’imperfection plutôt que de chercher à la dissimuler.

Sur scène, daoud et son groupe bousculent les règles avec un mélange de lyrisme discret et d’énergie explosive. Depuis la sortie de GOOD BOY en 2024, largement saluée par la critique, ils ont enchaîné les concerts à guichets fermés et les performances remarquées, du Ronnie Scott’s à Londres au Montreux Jazz Festival, en passant par Marciac. Parallèlement, Daoud compose et produit pour d’autres artistes, tout en restant fidèle à son approche personnelle — une démarche qui devient de plus en plus libre et sans compromis.

L’événement est accueilli à Volta, un lieu central de la scène musicale bruxelloise, avec un espace extérieur récemment réaménagé.

Concerts live, soutien local et un format pensé comme une expérience complète plutôt qu’un simple concert.

Pour les réservations et infos complémentaires, c’est ici.

Découvrez cet artiste ici.

L'auteure-compositrice-interprète britannique Ama a sorti courant juin son deuxième album, AMA.

Successeur de I Came Home Late (2023), ce nouveau projet marque un tournant dans le parcours de l’artiste. Plus intime, plus épuré et plus direct, AMA recentre son écriture sur l’émotion, la mélodie et la sincérité, explorant les thèmes du désir, de la féminité, de la confiance en soi et de la vulnérabilité.

Porté par des productions minimalistes et des harmonies vocales riches, l’album révèle une Ama plus libre et plus affirmée, qui assume pleinement une approche frontale et émotionnelle de son écriture.

Ces derniers mois, l’artiste a progressivement dévoilé les contours de cette nouvelle ère à travers plusieurs singles marquants, dont « So… », « Need It Bad » avec Brent Faiyaz et « Holding Back ». Le titre « Need It Bad », en collaboration avec Brent Faiyaz, a particulièrement rencontré un fort écho, dépassant les 1,5 million de vues sur YouTube.

Une autre grande collaboration apparait sur l’album: ‘Aura’ avec Bryson Tiller.Enrichissant un projet qui confirme la place singulière qu’occupe Ama au sein de la nouvelle génération R&B, ces sorties dessinent un univers cohérent où intensité émotionnelle et précision artistique coexistent pleinement.

Saluée par des médias tels que The FADER, Billboard, Clash ou Wonderland, Ama s’impose aujourd’hui comme l’une des voix les plus singulières de la scène R&B contemporaine, capable de conjuguer élégance, expérimentation et sincérité émotionnelle.

Un extrait ici.

Né en Normandie, Paul B. Picard, alias One-Eared Boy, développe un songwriting d'ombre et de matière, sculpté lentement, sans effets superflus :  de l'indie rock contemporain qui cherche la lumière dans les failles. Sur scène, il défend ce répertoire en trio guitare / basse / batterie, dans un format resserré, frontal, sans écran entre la musique et le public.

Trois mois après l'EP One-Eared Boy and the Orphan Train Riders qui installait un univers de silences, de paysages en ruine et de personnages à la marge, One-Eared Boy dévoile Annie Anymore. Non pas une parenthèse, mais un nouveau chapitre. Une autre porte d'entrée dans ce monde où les hymnes semblent avoir été enregistrés dans une chapelle abandonnée et où les guitares remplacent les sermons.

Dès les premières mesures, Annie Anymore avance avec une urgence inhabituelle chez One-Eared Boy : des guitares abrasives, un rythme en mouvement permanent et une ampleur de production qui évoque autant l'énergie primitive de Fell In Love With A Girl que les grands espaces sonores de The Suburbs d'Arcade Fire. Les fantômes de Jay Reatard, Thee Oh Sees et Ty Segall ne sont jamais loin, mais toujours au service d'un songwriting profondément narratif.

Avec One-Eared Boy, les chansons ressemblent moins à des confessions qu'à des reliques : elles recueillent ce qui risque d'être oublié. Annie Anymore poursuit cette démarche en mêlant l'urgence du garage rock à une écriture hantée par la mémoire, les absents et les traces qu'ils laissent derrière eux. Plus qu'un nouveau single, Annie Anymore confirme l'ambition d'un projet qui construit, morceau après morceau, une véritable mythologie : quelque part entre une procession nocturne, un vieux cantique déformé par les amplis et une lumière qui persiste au milieu des ruines.

A découvrir ici.

mercredi, 19 août 2026 16:31

Les Solidarités (update 19-08-2026)

Depuis leurs débuts, LES SOLIDARITÉS, et surtout le public, soutiennent des artistes émergents ou des découvertes « coup de cœur ». On pense à Clara Luciani, Santa, Angèle, Aya Nakamura, Hoshi, Juliette Armanet, Gauvain Sers, Rori, Suzane… invités lors de leurs débuts scéniques et dont on connait maintenant le formidable parcours. 

On pense aussi à de nombreux artistes qui ont continué à être inviter lors de leur deuxième (voire troisième) album, souvent les plus difficiles, car c'est à ce moment-là qu'ils ont parfois le plus besoin de votre soutien et de notre fidélité.

Cette année encore, une multitude de beaux projets musicaux dans des genres très diversifiés seront proposés, avec certains artistes déjà bien connus par un public de mélomanes… et une multitude de coups de cœur émanant de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Victime de son succès, après les pass 3 jours épuisés depuis plusieurs mois, c’est au tour de la journée du samedi 05 septembre d’afficher complet !

Face à l’engouement des deux autres jours, il devient assez urgent de vous décider à venir vivre des moments uniques pour ce qui est considéré comme le plus grand événement familial, populaire et intergénérationnel de cette fin d’été !

Les plus chanceux auront donc l'honneur d’accueillir une multitude d’artistes sur les différentes scènes qui feront vivre LES SOLIDARITÉS 2026 !

A (re)découvrir donc :

Vendredi 04 septembre 2026 : Alma Laloy (B) - Dresscode (B) - INNOCNT (B) - Nous étions une armée (F) - Ana Vaga (B) - Pirato Ketchup (B) - NKOÏ (B) - DJ La Piscine (B).

Samedi 05 septembre 2026 : Roland Cristal (F) - Anaïs MVA (F) - Cheapjewels (B) - Edaya (B) - Mado (B) - Zonmai (B) – Serge La Blonde (B) - Fritüür (B) - Karaoké géant - Reroll Brass Band (B) - Ucci Why (B) - Newton Lawrence (B)

Dimanche 06 septembre 2026 : Diego (B) - Maguie (B) - ML (B) - Millie Hopes (B) - Alber-K (B) - Les Anchoises (B) - Elle est où Anne (B) - Lay This Drum ! (B) -

A très vite pour la suite du programme car Les Solidarités proposent aussi plein d’autres activités pour s’interroger, s’informer et se divertir !

Plus d’info : https://lessolidarites.be/

 

 

En temps ordinaire, la situation paraîtrait banale. Pourtant, après des semaines de sécheresse, la fine pluie éparse conserve quelque chose d’irréel. Au lieu d’ouvrir leurs parapluies, les festivaliers tendent les bras pour accueillir ces quelques gouttes.

Comme les deux jours précédents, ce troisième volet réserve autant de place aux découvertes qu’aux artistes confirmés.

Première découverte sur le podium Bâbord : Billie. Si l’hérédité constituait un genre musical, elle pourrait s’y inscrire sans effort.

Fille de Matthieu Chedid, elle choisit pourtant une voie de traverse, loin de l’ombre paternelle, et façonne son propre territoire sonore : un rock au féminin, nourri de guitares saturées et d’une mélancolie franche. Elle grandit très tôt dans un milieu artistique. Dès l’âge de six ans, elle étudie le piano et intègre le chant à son quotidien.

Sur les planches, Billie rejoint une formation dont les musiciennes se consacrent à la basse et à la guitare ; seul le batteur est un homme. Son nom, décliné en plusieurs polices sur la toile de fond, constitue l’unique décor et traduit l’éclectisme revendiqué de sa musique.

Elle chante en français et inscrit ses textes dans une pop légère, adaptée à ce début d’après-midi. Son micro customisé attire l’attention et devient presque un personnage du set.

Guitare électrique en main, elle aborde des thèmes universels qui versent parfois dans la mièvrerie, de la meilleure amie à l’amour « avec un grand A », précise-t-elle. Son écriture cherche néanmoins à dépasser l’intime.

Billie se produit en concert depuis un an seulement, mais maîtrise déjà les codes du live et manifeste une affection particulière pour l’auditoire belge. Jeune et investie, elle accompagne ses chansons d’une gestuelle expressive. Son exigence se vérifie lorsqu’elle reprend un morceau depuis le début, insatisfaite de son exécution.

À l’affiche du Ronquières Festival parmi plusieurs pointures, Billie n’est pas encore une tête d’affiche, mais mérite l’attention. Son aisance, sa présence, son univers pop et son timbre éthéré devraient rapidement la distinguer.

Dix minutes plus tard, votre serviteur gagne le podium Tribord.

Si la Star Academy a rendu Marguerite Dedeyan familière du petit écran, l’épreuve du concert obéit à d’autres exigences.

Révélée lors de la douzième saison, en 2024, puis confirmée l’année suivante par l’EP « Grandir », la jeune Parisienne originaire de Neuilly-sur-Seine arrive à Ronquières sous une étiquette encombrante.

Le décor donne le ton : trois grandes marguerites disposées de part et d’autre se tournent vers le ciel, tandis que de grands yeux peints sur la toile de fond fixent l’horizon. La scénographie reste candide, à l’image du concert.

Le concert débute par « La Fée », puis enchaîne « Les Avions », « Frida », « La Boss », « Snipeuse » et « Crash Test ». Les chansons peinent toutefois à décoller. L’univers et les thèmes demeurent convenus et visent surtout un jeune auditoire.

Marguerite possède pourtant le sens du contact. Elle échange souvent auprès de la fosse, interpelle et sourit. Mais sa manière parfois enfantine de construire le spectacle finit par l’affaiblir : à trop chercher l’adhésion, elle perd en crédibilité auprès des spectateurs les plus aguerris.

Une séquence se distingue néanmoins : sa reprise d’« As It Was » de Harry Styles, convaincante, suggère des pistes artistiques qu’elle gagnerait à approfondir. Sur « Bellevie », « La Maison » puis « Première Dauphine », le ton demeure inchangé.

On retient toutefois un geste généreux : Marguerite interrompt le concert pour signer un autographe à une jeune admiratrice repérée dans la fosse. Cette proximité, elle, paraît sincère.

Le set se conclut sur « Les Filles, Les Meufs », morceau de résilience qui suscite une réponse enthousiaste de la foule.

Généreuse mais encore trop tendre, Marguerite devra affermir son propos pour s’imposer durablement.

Après une heure de concert, Marguerite peine encore à éclore.

Le dimanche du Ronquières Festival devait culminer par la prestation de la Montréalaise Charlotte Cardin, mais un imprévu bouleverse le programme. Atteinte d’une laryngite aiguë, l’interprète de « Feel Good » observe, sur recommandation médicale, un repos vocal strict et annule au dernier moment un concert très attendu en Belgique.

L’organisation dispose de quelques heures pour réagir. L’artiste belge Lost Frequencies, déjà passé par Ronquières en 2024, prend finalement le relais.

Derrière ce nom devenu une marque se cache Felix De Laet, Bruxellois né en 1993. En 2014, son remix d’« Are You With Me », titre du chanteur country Easton Corbin, atteint la tête des classements dans plusieurs pays européens.

Depuis, l’ancien étudiant en sciences économiques à la Solvay Brussels School compte parmi les artistes belges les plus écoutés dans le monde. Entre deep house et tropical house, il collabore notamment auprès d’Aloe Blacc, Calum Scott et James Blunt. Son arrivée transforme ainsi un contretemps en temps fort de la soirée.

La foule massée au pied du DJ indique que ce remplacement satisfait plusieurs milliers de spectateurs.

Les plus attentifs relèvent, pendant le set, un clin d’œil du DJ à l’artiste absente.

Pour votre serviteur, ce quatorzième Ronquières s’achève par le concert d’Iliona ; les artistes suivants, Disiz et Macklemore, évoluent dans un rap auquel il reste peu sensible.

Révélée par « Moins Joli » en 2021, après les EP « Tristesse » (2020) et « Tête Brûlée » (2022), puis par son premier disque « What If I Break Up With You ? » (2025), Iliona figure parmi les artistes à suivre de cette édition 2026.

Le forfait de Charlotte Cardin redistribue les horaires du dimanche. Iliona se produit finalement sur le podium Tribord à 19 h 50, un créneau qui exige une présence solide.

Vêtue d’un petit short, de grandes chaussettes blanches et d’un diadème, Iliona cultive une esthétique de femme-enfant qui constitue sa signature visuelle.

Deux objets occupent le fond du décor : une imposante chaussure rouge et ce qui ressemble à un lecteur MP3 géant, vert. Leur signification demeure difficile à saisir et leur cohérence échappe encore à votre serviteur.

Iliona n’est pas la seule femme sur les planches : des musiciennes assurent la basse et la batterie, ce qui prolonge son parti pris visuel.

La fosse s’est pourtant clairsemée : seule une poignée de spectateurs reste. Iliona ne fédère-t-elle pas encore assez, ou l’heure du repas détourne-t-elle la foule de ce créneau réaménagé ? Impossible de trancher.

La comparaison vient naturellement : Iliona rappelle Lio par sa posture, son jeu de séduction et jusque dans son grain de voix. La filiation esthétique paraît nette.

Sur le fond, malgré son investissement, l’artiste ne convainc pas pleinement. Son tour de chant en français manque d’élan ; des compositions comme « Le Lapin » ou « Club Penguin » accentuent cette impression. Sa proposition semble surtout destinée à de jeunes enfants et aux parents qui les accompagnent.

Le rendez-vous paraît donc manqué : les intentions esthétiques ne compensent pas une écriture encore trop légère pour ce créneau.

Cette édition s’achève néanmoins sur un bilan plutôt positif. Il faut saluer le choix de programmer de nombreux artistes belges plutôt que de poursuivre à tout prix une tête d’affiche internationale. L’invitation surprise de Will Smith lors de l’édition précédente avait pesé sur un budget déjà serré, sans convaincre pleinement sur le plan artistique.

Le pari se révèle payant : Oscar and the Wolf, Adèle Castillon, Suzane, Roméo Elvis et Hooverphonic rappellent que la Belgique dispose de suffisamment de talents pour nourrir plusieurs éditions centrées sur sa propre scène musicale.

Le choix des podiums et des espaces annexes mérite aussi une mention. Repensé, le site offre davantage de respiration et facilite nettement les déplacements, loin de la cohue reprochée à certaines éditions précédentes. Cet aménagement améliore concrètement l’expérience festivalière, au même titre que la programmation.

Certaines voix émergentes convainquent moins. L’ambition et la présence ne suffisent pas toujours à compenser des moyens vocaux limités. Cette tendance interroge la place accordée à la promesse plutôt qu’à la maîtrise. Malgré une organisation rigoureuse, Ronquières n’échappe pas entièrement à cette évolution, partagée par de nombreux festivals.

(Organisation : Ronquières Festival)

En ce samedi estival, quelques noms éveillent, sinon un intérêt particulier, du moins la curiosité. Comme la veille, les prestations oscillent entre l’excellent et le très médiocre sur les différents podiums du festival de Ronquières.

Il est un peu moins de 16 heures lorsque l’auditoire découvre une jeune femme frêle au pied du podium Tribord. C’est ISE.

Si un nom s'affichait, en cette seconde journée, en lettres jaune et orange sur l'écran géant du plan incliné, assez grandes pour qu'on ne puisse s'empêcher d'y lire une forme d'urgence, c'est bien celui d'ISE.

À vingt ans à peine, la jeune Limbourgeoise suit déjà un parcours rapide : victoire à ‘De Nieuwe Lichting’ de Studio Brussel en 2024, passages remarqués à Rock Werchter, Pukkelpop, Sziget et Best Kept Secret, premières parties de Hozier et Gavin DeGraw, puis sortie, en début d’année, de son premier elpee, « Suitcase Child ». Le disque-titre évoque une enfance partagée entre deux maisons, une petite valise à la main. Sur le podium, ce récit rejoint celui d’une artiste qui enchaîne les grandes affiches du royaume.

Entourée d’un quatuor, la jeune chanteuse ouvre son set sur « Powerless » et « Just A Lie ». Les nappes de synthé adoucissent une musique qui repose surtout sur la guitare et la rage.

Certains effets de guitare — réverbérations suspendues et delays qui prolongent la note — rappellent The Haunted Youth, autre habitué des podiums belges qui érige la pédale d’effets en instrument à part entière.

La voix frappe surtout, tout comme une présence scénique déjà mûre. Son grain rauque et sa façon de reculer avant d’attaquer un refrain évoquent Dolores O’Riordan. ISE associe fragilité apparente et force contenue. Son écriture rappelle aussi 10,000 Maniacs par cette manière très nineties d’unir mélodie limpide et texte sensible, sans éloigner la pop de la gravité.
« Goodbye Letter », titre de la percée et de la victoire à ‘De Nieuwe Lichting’, clôt le set sur une note mélancolique. Les nappes de synthé allègent l’ensemble sans diluer l’esprit rock. L’écriture conjugue ainsi énergie brute, mélodie et guitares aériennes.

L’attention résistera-t-elle à l’effet de nouveauté ? Au regard de la ferveur de la foule, qui danse et chante, ainsi que de la maturité de la jeune femme, ISE semble disposer des atouts nécessaires pour poursuivre sa route au-delà du pays.

Certains retours surprennent. Douze ans après « Zinzin » (2013) et une longue éclipse, Jeronimo retrouve un grand podium sous le ciel estival de Ronquières.

Ce retour relance une question : Jeronimo paraissait-il définitivement retiré ? Après plusieurs années de silence, ce nom lui rend une identité directe que ses autres projets — Raid Aérien, Everyone Is Guilty ou Thamel — n’offraient pas de la même manière.

Sa trajectoire alterne exposition et retrait : succès critique au début des années 2000, disparition volontaire, retour discret, puis nouveau silence. À 53 ans, le musicien revient sur les planches sans chercher à effacer ces intermittences.

Ses guitares chargées de réverbération et de vibrato rappellent la fin des années 1980. Ce son de jeunesse relève autant de la mémoire que d’un choix esthétique. Son parcours, né dans le vivier artistique liégeois de cette époque, conserve une urgence rugueuse et un goût pour les marges.

Pendant ces années d’éloignement, l’artiste continue pourtant de jouer et multiplie les projets collectifs : Saint André, The Engines of Love ou les Loved Drones, auprès de Miam Monster Miam. Ces formations lui permettent de rester musicien tout en partageant le poids d’une identité publique.

Sur le podium, Jeronimo s’appuie désormais sur une formation élargie : Guillaume Vierset, Gaëtan Streel, Laeticia Collet, Jérôme Danthinne et Charlotte Lamby. Ce nouveau line-up revisite des classiques réarrangés et renouvelle leur dynamique.

Ce retour s’appuie sur un nouvel opus, « La difficulté des rêves », paru en avril. Le disque naît de prises brutes enregistrées dans une pièce transformée en studio sous les toits d’une vieille ferme. Ce cadre marque autant le processus que les aspérités acoustiques du résultat.

L’objet paraît presque sans structure de soutien : aucune major et un pressage artisanal. Après l’expérience accumulée, publier un long playing de cette manière relève autant d’une liberté retrouvée que d’une nécessité. Le répertoire provient d’un ensemble abondant de morceaux, ensuite resserré jusqu’à n’en garder qu’une poignée.

Plus profondément, que signifie « La difficulté des rêves » au sens le plus littéral ? Quels sont les rêves que le Jeronimo d’hier n’a pu voir aboutir ?

Entre les ambitions de jeunesse et la réalité de l'industrie, le fossé s'est creusé avant d'être comblé par une acceptation apaisée.

Sur cet elpee, la musique précède les textes. Werner Moron, plasticien et non-musicien, intervient alors comme déclencheur. Son regard extérieur rompt les automatismes d’une écriture solitaire, où l’auteur maîtrise habituellement chaque étape.

Malgré la présence d’un auditoire nombreux, la fosse conserve de larges espaces. La proposition de Jeronimo peine manifestement à trouver sa place dans la programmation du festival.

Sur la pelouse de Ronquières, la setlist relie le passé au présent tandis que l’artiste revisite plusieurs étapes de sa vie.

De « Dans l’infini des premières fois » à « Un été inoubliable » et « A Monaco », le choix des morceaux convainc. Les guitares grondent tandis que les percussions impriment leur élan.

La setlist réserve toutefois une déception : « Irons nous voir Ostende ? » est écarté, au regret des fans de la première heure qui attendaient cet hymne en concert.

L’émotion emprunte ensuite un autre chemin. Jeronimo interprète « Un avion pour Londres », présenté comme un ‘invité spécial parmi nous’, en hommage à Marc Morgan. La reprise exprime une tendresse retenue et salue une figure fraternelle de la musique belge.

Car si le long playing doit beaucoup aux longues promenades méditatives avec sa fille Jeanne, une genèse intime maintes fois racontée, on se prend à songer aux secrets de fabrication. Y a-t-il une ligne précise de ce nouveau répertoire qu'il ne pourrait pas encore lui expliquer, un pan de vie trop abrupt pour des oreilles filiales ? Peut-être bien.

Lorsqu’il quitte l’estrade sous les acclamations, le chemin parcouru apparaît clairement. « La difficulté des rêves » témoigne d’une inspiration restée vive, désormais moins pressée et plus durable.

Après cette séquence, Fatal Bazooka prend possession de Tribord.

Projet musical humoristique incarné par le comédien français Michaël Youn, Fatal Bazooka se produit notamment en compagnie de Vincent Desagnat et Benjamin Morgaine.
Trouvant son origine en 2002 dans un sketch du Morning Live sur M6, le projet est notamment connu pour ses singles « Fous ta cagoule » (2006), « Mauvaise foi nocturne », « J'aime trop ton boule », « Trankillement » et « Parle à ma main » (2007).

La foule se presse en masse. Le succès populaire du projet confirme l’attrait d’un divertissement immédiat, même si sa valeur musicale reste discutable.

Lorsque votre serviteur s'extirpe du point presse, le concert de Pommelien Thijs a déjà débuté.

Le festival de Ronquières mêle les genres, bouscule les habitudes et alimente chaque année les discussions parmi les festivaliers.

Cette édition ne déroge pas à la règle : la venue de Pommelien Thijs divise. Certains festivaliers contestent sa place à l’affiche ; d’autres saluent l’accueil d’une figure majeure de la pop actuelle. Attendue ou critiquée, l’artiste de 24 ans suscite le débat.

Dès les premières notes d’« Ik Moet Gaan », l’artiste flamande investit le podium. Sa voix éraillée et incisive rappelle l’énergie frondeuse d’Avril Lavigne et donne à ses mélodies une tonalité adolescente.

La scénographie repose sur un grand escalier placé au centre de l’estrade. Pommelien Thijs le parcourt sans relâche pendant des titres pop-rock tels qu’« Entertainment » et « Erop of eronder ».

Cet élément structure l’espace et rythme chaque morceau, de la douceur de « Meisjes van honing » à la tension de « Tegenwoordige tijd ».

Entre deux titres, de « Het beste moet nog komen » à « Authentiek », elle s’adresse naturellement à la foule en français comme en néerlandais. Cette aisance linguistique renforce le lien entre les deux communautés.

Au fil d'une setlist menée tambour battant, traversant les éclats de « Zilver », le magnétisme de « Medeplichtig », les questionnements de « Cassandra » ou encore l'interpellation directe de « Ben je klaar ? », le public se prend au jeu.

Quand retentissent les dernières notes d’« Atlas », la conclusion s’impose : malgré les réserves, Pommelien Thijs défend une pop énergique qui trouve sa place sur les grands podiums d’été.

Rilès grimpe ensuite sur le podium de Tribord. Il se distingue de nombreux artistes français par un répertoire entièrement chanté en anglais, où le hip-hop croise la soul, le RnB et le gospel.

S'il aborde des thématiques variées (l'amour, sa santé mentale, sa volonté de réussir, son histoire personnelle), le rappeur entretient un rapport particulier au temps. Au cours de son œuvre, il a disséminé une énigme autour de cette notion dans plusieurs titres et clips, toujours non résolue à ce jour. Véritable autodidacte, il enregistre, produit et mixe tous ses projets depuis sa chambre rouennaise, accumulant plus de 300 millions de vues et de streams.

Cheveux hirsutes, précédé d’un chant guerrier, le trublion entame son tour de chant. Une horde de danseurs envahit rapidement l’estrade, court, virevolte et bondit.

Et à l'instar de la prestation remarquée de Suzane lors de cette édition, le concert de Rilès laisse un goût pour le moins mitigé, oscillant rapidement entre l'attente polie et l'ennui manifeste.

Le constat apparaît vite : les danseurs occupent l’espace et soutiennent le spectacle par une chorégraphie millimétrée, tandis que l’artiste peine à habiter l’immensité du décor. L’intérêt visuel du set repose donc surtout sur sa troupe.

La prestation aurait pu apporter une respiration durant cette après-midi moite. Elle s’étire pourtant et devient monotone. Une dynamique répétitive et le manque de relief musical en direct empêchent le concert de décoller.

Pour réveiller un parterre gagné par la torpeur, le show se termine sur une séquence déroutante. Rilès invite deux spectatrices à le rejoindre sur l’estrade, puis les laisse plusieurs minutes sans indication claire. Elles errent sous les regards amusés ou gênés de l’assistance.

Pour conclure, Rilès retire sa veste en cuir, reste torse nu et saisit une guitare électrique. Cette dernière pirouette rock’n’roll, surtout visuelle, n’efface pas l’impression d’un concert inégal et trop long.

Pour conclure la soirée, direction le frontstage afin d’assister au concert de Suede, nouveau contraste dans la programmation de Ronquières.

Lorsque Suede monte sur les planches, la faible affluence surprend au regard de la renommée internationale de la formation et de sa place dans l’histoire de la britpop.

Les premiers rangs sont remplis et l’ambiance répond présente, mais le band joue devant une foule clairsemée. Les Anglais n’en livrent pas moins une prestation solide.
Le spectacle sollicite autant les oreilles que les yeux. Un écran placé derrière les musiciens diffuse textes et images au rythme des chansons, renforçant la dimension théâtrale du concert.

Visuellement, la formation montre le passage des décennies : ses musiciens affichent l’expérience de vétérans des planches, à l’exception de la percussionniste, plus jeune que ses partenaires.

Dès l’ouverture, « Disintegrate » donne le ton, avant que « Trash » et « Animal Nitrate » n’accentuent la tension.

Après ces morceaux vigoureux, le concert change de registre sur « Personality Disorder ». Cette ballade piano-voix met en valeur Brett Anderson et les nuances sombres de son timbre, qui évoque Nick Cave. À l’écran, les poses monochromes d’une jeune femme prolongent l’atmosphère du titre.

Suede alterne ensuite les climats. « June Rain », interprétée délicatement, précède une descente de Brett Anderson dans la fosse, où il salue une spectatrice au premier rang.

Les moments plus légers rappellent l’énergie du leader. Pendant « Filmstar », Anderson fait tournoyer le câble de son micro comme un lasso.

Aux dernières notes de « Beautiful Ones », l’auditoire, peu nombreux mais conquis, mesure la qualité de la prestation. Suede n’occupe peut-être plus la même place médiatique qu’autrefois, mais ses compositions et l’engagement de Brett Anderson distinguent encore le band.

La nuit couvre désormais la plaine du Ronquières Festival. Une grande partie des festivaliers quitte les lieux. Bâbord ou Tribord : deux podiums, deux dernières options pour achever la soirée.

(Organisation : Ronquières Festival)

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