La terre fissurée de Daffo

À seulement 20 ans, Daffo, artiste indie-rock basée à Brooklyn, transforme le tumulte intérieur en chansons brutes et poétiques, d’une étrange beauté. Entre l’énergie DIY et des arrangements délicats, sa musique oscille entre fragilité et intensité. Révélée…

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La Divine Comédie de Lora Gabriel

Lora Gabriel a trouvé sa voie en oscillant constamment entre les polarités pour mieux les réconcilier. Cette quête débute dès son enfance, lorsqu'un professeur de flûte traversière, au conservatoire, lui propose de chanter les notes qu'elle joue. Son premier…

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Stereolab
Kreator - 25/03/2026
Grégory Escouflaire

Grégory Escouflaire

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

The Teenage Idols

Ces quatre jeunes gens dans le vent pratiquent un rock'n'roll soi-disant sauvage. Ils nous viennent de Suède et imaginent avoir inventé l'eau chaude… Hellacopters, Hives, Turbonegro, Fireside, Soundtrack of Our Lives, etc. : la Scandinavie aime le garage, et nous le rend bien. Chaque mois, elle accouche d'un nouveau groupe marqueté par l'industrie du disque : perfecto, lunettes noires et moue boudeuse. " Tu vas sonner rock, mon fils " : ces " Idoles "-ci puisent chez Television, Jesus & Mary Chain, les Cramps et surtout JSBX. Halvard, le type au chant, hulule comme l'ex-Pussy Galore, ponctuant les riffs CBGB de ses potes par des " Ouah ! ", " Ouh ! ", " Yeah ! " sexy quoique bâtards. Cette batterie hypnotique, cette basse qui martèle : rien de neuf sous le soleil… Les Teenage Idols pourraient bien devenir les idoles des jeunes ; du moins ceux aux oreilles encore vierges, qui pensent que le garage a été inventé par les Strokes. Le pire, c'est que ces quatre rockeurs copient même leurs contemporains : " Beat Generator ", ce ne serait pas l'" Harmonic Generator " des Datsuns sans le sticker AC/DC ? OK, ce n'est pas gentil : ils sont jeunes, un peu cons, et on les aura oubliés dans un an. Mais leurs refrains rock'n'roll à la Nik Cohn (" Burning Love ") s'apprécient sans problèmes : ça ne mange pas de pain, certes, mais ce n'est pas non plus désagréable.

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Wallpaper For The Soul

Avec " Puzzle " (trois ans déjà), les Français de Tahiti 80 avaient cassé la baraque au Japon : 120000 exemplaires vendus au Pays du Soleil Levant, et un n°1 au hit-parade : le single " Heartbeat ". Mieux que Deep Purple en son temps ! En France et chez nous, l'album passa davantage inaperçu : n'est pas qui veut prophète en son pays, dit le dicton… Ce " Wallpaper For The Soul " devrait réparer cette injustice, pour autant qu'on aime la pop sucrée et parfois lisse de ces quatre garçons dans le vent, qui connaissent par cœur le répertoire des Beach Boys, des Kinks et des Byrds. Avec un budget de 200000 euros, rien que ça, Tahiti 80 s'est donc lancé dans l'exercice délicat du second album : mieux produit et plus luxuriant que " Puzzle ", " Wallpaper For The Soul " nous donne ainsi à entendre quelques mélodies bien troussées, aidées en cela par une artillerie lourde (cuivres et flûtes chipés chez Love, pluie diluvienne de cordes à la David Whitaker, chœurs rappelant le Bohemian Rhapsody de Queen, etc.). De la soul millésimée (" 1000 Ways ", très Curtis Mayfield) à l'électro polie aux entournures (" Fun Fair "), " Wallpaper For The Soul " ravira tous les fans de ritournelles joliment orchestrées, ces " symphonies de poche " chères à Brian Wilson. En embauchant Richard Hewson, derrière les baguettes, un personnage notoire pour ses arrangements accomplis sur l'album " Let It Be " des Beatles, Tahiti 80 ne pouvait assurément pas se tromper… Et pourtant, c'est là que le bât blesse : à préférer la surenchère à la simplicité (ce qui plaisait dans " Puzzle "), les Français s'enlisent parfois dans un pompiérisme agaçant. " Wallpaper For The Soul " a beau être souvent épatant, il se révèle parfois indigeste. Une couche de papier peint en trop, voilà tout !

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Long Way Back

 

T-Love n'est pas de ces ‘bitches’ qui roucoulent en remuant du popotin : poétesse activiste dans le milieu du hip hop, la jeune femme se pose en digne héritière de Nina Simone et de Billie Holiday, à qui elle dédie d'ailleurs son premier album. Comme son titre l'indique, " Long Way Back " rend hommage à ce ‘peuple du blues’ dont elle est la descendante, à tous ses ancêtres qui se sont battus au nom du respect et de la dignité. ‘Baby… When you're older/You will comprehend/the pain of black men’, rappe-t-elle en début d'album : chroniqueuse hors pair de la condition de ses pairs, T-Love prône avec sagesse et douceur le devoir de mémoire. L'exploit, c'est que la rappeuse ne s'arrête pas là : au lieu de nous contenter d'un album où la musique ne serait plus que le support pâlot d'un engagement textuel suffisamment riche, la Californienne nous offre aussi une leçon de soul, de jazz et de hip hop. Nina Simone décrivait son œuvre comme de la (musique classique noire’ : ici aussi, le rap se mélange à la chanson, le piano aux scratches, les cuivres aux samples, pour atteindre finalement l'universel. Produit par Jay Dee et The Herbaliser, " Long Way Back " marie ainsi tous les courants de la musique black, en nous épargnant ses clichés (écouter l'hilarant " Wanna-Beez ", avec Chali 2Na de Jurassic 5 en invité). T-Love est une femme intelligente et sensible, dont le talent d'écriture impressionne à chaque écoute : " Long Way Back " se termine ainsi par une longue comptine en quatre chapitres, à l'orchestration dynamique et raffinée. Reste à espérer, vu les greluches qui squattent le haut de la tribune, que son message reçoive l'accueil et l'attention qu'il mérite.

 

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Twice

Dès les premiers arpèges cristallins du magnifique " A Loner ", on se dit qu'il doit quand même être agréable de vivre en Californie, à l'ombre des palmiers, sous un ciel sans nuages. Si les frères Rademaker (Darren et Brent, ce dernier déjà croisé chez Beachwood Sparks) apparaissent comme de prodigieux descendants de tous ces groupes pop West Coast de la fin des sixties, ils n'en sont pas pour autant de paresseux moines copistes. Leur pop-rock élégiaque se nourrit également aux mamelles des Smiths, de Lloyd Cole, des Go-Betweens et de Felt, tous ces groupes anglais au talent mélodique indéniable et à la sensibilité ravageuse qui ont marqué de leur empreinte indélébile la musique la plus délicate des années 80… Rien de neuf sous le soleil ? Certes, mais quel soleil : extatique, charmeur, radieux. Avec ce " Twice ", The Tyde vient de réussir un disque d'une beauté qui réchauffe le cœur et fait se pâmer toutes les filles. On y trouve à la fois des tubes pop (" Henry VIII ", " Shortbread City " et son côté boogie à la T-Rex), des ballades (" Best Intentions ", " Breaking Up The Band ") et du rock échaudé (" Go Ask Yer Dada " et ses riffs graciles mais pas grassouillets). " Twice " : les frères Rademaker n'auraient pu choisir meilleur titre. Parce qu'à force d'y goûter, on ne peut plus s'en passer… " Plutôt deux fois qu'une ", comme dit le dicton. Et " Jamais deux sans trois " : c'est tout ce qu'on leur souhaite après pareil coup de maître.

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Recorded

Les deux types en question sont Cameron et Ryan Jones, deux frères qui vivent à Portland et dont la musique rappelle un peu celle de Pinback, des Minutemen et de Shellac. Cameron, guitariste et chanteur, a d'ailleurs joué chez Pinback. Ce qui frappe pourtant à l'écoute de ce " Recorded ", c'est sa singularité : rarement aura-t-on pu entendre telle manière de jouer de la guitare et de la batterie, en synchronisme mais toujours en déséquilibre, comme si les deux instruments livraient bataille sans qu'il n'y ait jamais de vainqueur. Ces ruptures de rythmes (" Beach House Hangover ", " Fantasies "), ces mélodies qui partent en couilles, ce canevas millimétré : la musique (post-core ? Jazzcore ?) de Two Guys n'a pas son pareil pour tourner en bourrique nos habitudes d'amateur de rock simplet (batterie-basse-guitare). La preuve : la guitare de Cameron est " barytone ", allez savoir… Il paraît qu'il s'agit d'une guitare et d'une basse, en même temps. C'est bien là que se situe le problème chez ces " Deux Types " : à force de condenser toutes leurs notes en même temps (deux musiciens, deux instruments), la structure couplet-refrain n'a plus de place pour respirer, et nous avec. Ca fourmille d'idées, mais c'est corseté : dommage qu'ils ne soient que deux dans la famille… A trois, ils auraient pu nous décoincer tout ça.

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Adaptation and survival

Sous-titré " The Insect Project ", ce double CD a de quoi donner le bourdon : imaginez plus d'une heure de musique expérimentale construite à partir de samples de bruits d'insectes. A moins d'être un fan d'apiculture ou de Bernard Werber, difficile de supporter pendant plus d'une heure ces attaques vrombissantes de sauterelles et de mouches. Le salon transformé en terrain de combat pour insectes géants dignes de films de série B, l'auditeur n'aura plus qu'à se réfugier sous son divan, de peur d'être mangé tout cru par une horde de monstres à mandibules… 'These sound pieces are designed to align the listener with insect consciousness'. Beuark ! A noter que les deux CD's peuvent être joués simultanément et/ou à différentes vitesses, de quoi se faire des soirées de démente entre amis à jouer aux entomologistes. " The only limits are the limits of your imagination and effort " : merci les Neurosis pour cette belle leçon de biologie. Et faites la mouche, pas la guêpe !

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Out From Out Where

Le quatrième album d'Amon Tobin semble marquer un tournant dans sa carrière : finie la drum'n'bossa, cette chimère de breakbeats et d'airs exotiques devenue la marque de fabrique du Brésilien depuis " Bricolage "… Place désormais au versant plus expérimental du maître, loin de cette texture organique qui faisait le charme de ses précédents albums. C'est que le bricolage prend ici des allures monstrueuses et inattendues, Tobin n'hésitant pas à lâcher la bride de ses samples et de ses laptops et les laisser, comme fous, ruer dans les brancards. Cette nouvelle spontanéité, sauvage et destructrice, permet ainsi d'étendre la palette musicale du Brésilien : en rendant sa musique plus abstraite, pleine de clicks et de cuts, il s'ouvre des horizons nouveaux donc excitants. En osant sculpter la matière sonore et samplée à grands coups de scalpel électronique (ces beats concassés, malmenés, rayés), Amon Tobin réussit la gageure de se renouveler et de nous impressionner. Le tout à la fois ! Comme le disait notre philosophe situationniste Raoul Vaneigem, ‘le détournement est le seul langage, le seul geste qui porte en soi sa propre critique’ : à travers cet album encore innovant, Tobin prouve qu'il faut sans cesse repousser ses limites pour avancer et surprendre. " Verbal ", avec le flow de MC Decimal utilisé comme percussion, incarne à merveille le fruit de cet enseignement. C'est aussi vrai pour le reste de l'album, d'une sophistication exemplaire, jamais hermétique.

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

The Good Vs Evil (Ep)

Le ‘clash des titans’ : avec pareil nom de scène, on est en droit d’attendre du rap qui pète, façon Godzilla contre Puff Daddy sur les toits de New York. Heureusement, Icon, Michelangelo et Mr. Justice, les trois gaillards qui se cachent derrière ce patronyme, n’ont rien de la tête à claques à Jennifer Lopez (ou plutôt l’ex-). Leur rap a beau suer de grosses gouttes, ce n’est pas du cinéma : même si c’est plutôt gangsta, Titan Clash sait aussi se la jouer profil bas, bref tout en nuances, un peu à la manière de ces MCs underground qui ne s’embarrassent pas de tout ce décorum façon MTV. Des noms ? Techno Animal, Dälek, Alias, les regrettés One Inch Punch, etc. Des types qui savent ce que le côté obscur veut dire, sans se faire des films à longueur de journée. En quatre titres sombres et bien ciselés, parfois graveleux (mais pas cucul la praline), Titan Clash impose le respect. Reste à savoir si la suite sera du même tonneau, mais on n’en est pas encore là.

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Waiting for the moon

Il y a deux ans, les Tindersticks prenaient la tangente soul avec " Can Our Love… ", une collection magique de chansons brouillées et mélancoliques, plus proches des Temptations que de Lee Hazlewood. Ce nouvel album célèbre un retour aux sources pour Stuart Staples et ses cinq fidèles destriers : avec ses pluies de cordes et ses voix empruntées, ses atmosphères enfumées et ses histoires d'amour déchu, " Waiting for the moon " lorgne ainsi du côté des trois premiers albums du groupe. Seule différence, mais elle est de taille : cette lumière caressante qui donne à plusieurs titres (" Until the morning comes ", " Sweet memory ", " Just a dog ") une patine presque estivale. Les Tindersticks, nouveaux bourreaux des cœurs de nos après-midi d'été ? Presque, s'il ne fallait compter sur les textes de Stuart, encore plongés dans la pénombre… Sa voix, elle, n'a jamais été si claire et précieuse : à cet égard, " Until the morning comes ", " Trying to find a home ", " Sometimes it hurts " (avec la chanteuse québecquoise Lhasa de Sala) et " My oblivion " sont de véritables perles. De la dernière période (" Simple Pleasure " et " Can Our Love… "), les Anglais n'ont retenu que les chœurs (" Say goodbye to the city ", " Trying to find a home ", " My oblivion "), ainsi que quelques cuivres discrets, voire du xylophone (la comptine éponyme, artisanale mais touchante) et du banjo (" Just a dog ", presque country). Mais le véritable tour de force de ce disque est atteint par la prestation étonnante de Stuart sur " 4.48 Psychosis ", en fait un texte de Sarah Kane, une jeune auteur de théâtre qui s'est suicidée il y a quelques années. Sur un déluge sonique lascif et rampant à la Velvet Underground, Stuart récite d'une voix douce mais quasi-monocorde, une litanie féroce et dépressive, dont lui seul semble percer les secrets. Du grand Tindersticks, ni boursouflé (" Curtains ") ni trop hanté (" Simple Pleasure "). En fin de compte, que le meilleur du groupe.

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Timesbold

Triste comme un jour sans soleil, la musique de Timesbold s'écoute en sourdine. Pour éviter les réveils en sursauts. Pas que Jason Merritt (alias Whip), Dan Goebel et Max Lichtenstein jouent comme des marchands de sable : juste parce que leur folk-country brumeux réveilleraient les morts (ou affiliés), de Johnny Cash à Syd Barrett en passant par Nick Drake. Ca commence pourtant dans l'allégresse presque pop avec " Gin I Win ", le hit que Jason Molina (Songs : Ohia) rêverait encore d'écrire. Après, évidemment, ça se corse : " Sewn In Seems " clopine d'avoir trop forcé sur le Valium et " Sin(g) " donne juste envie de se taire, malgré l'harmonica fauché à Neil Young. Mais le banjo de " House Demands " redonne un peu de couleur à nos joues, comme si 16 Horsepower avait prêté ses chevaux rutilants au moteur en panne de ces New-Yorkais pas très drôles. Sur " Word ", une scie musicale et un accordéon continuent le labeur, pendant que le banjo joue les prolongations sur le titre suivant, " Some Awful Men ", d'une gaieté surprenante. Mais le cœur, à nouveau, n'y est plus, et Timesbold de repiquer du nez, les bras ballants et la gorge serrée : " The sky, it is huge and it's frightening/and fear digs its holes in the ground " (" Van Gogh ")… Si la peur nous tenaille à l'écoute de ce disque, c'est sans doute parce qu'il parvient à traduire comme nul autre le désespoir et la perte. Impressionnant, mais déprimant.

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