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Jean-Claude Mondo

Jean-Claude Mondo

mercredi, 19 juin 2013 14:06

Riot

Surnommé ‘Bontit’, Tohpati Ario Hutomo est originaire de Jakarta. Il est aujourd’hui âgé de 42 ans. Il a appris très tôt à jouer de la guitare. Mais dans des styles en constante évolution. Ainsi, il est passé de la musique classique au rock, avant d’atterrir dans l’univers du jazz. Il a fondé le Tohpati Band, en compagnie de ses deux frères. Il a enregistré ses deux premiers elpees, "Tohpati" en 1998 et "Serampang Samba" en 2002, sous sa propre identité. Depuis, il a milité au sein de différentes formations, et notamment Simak Dialog ainsi que Trisum.

Sous son nom, il publie encore "Tohpati Ethnomission". En 2010. Et enfin ce "Riot", il l’attribue à Tohpati Bertiga. Les sessions d’enregistrement se sont déroulées en Indonésie. Il a reçu le concours de musiciens locaux, en l’occurrence le bassiste Indro Hardjodikoro et le drummer Adityo Wibowo. Immortalisé live, mais en studio, cet opus était d’abord sorti en 2011, sur le label indigène Demajors. Il vient donc d’être réédité sur l’écurie américaine, Moonjune! Sa musique est le fruit d’une fusion entre jazz, rock et musique ethnique.

Dès les premiers accords d’"Upload", la guitare de Bontit est largement amplifiée. Il boute littéralement le feu à la compo. L’artiste indonésien est un brillant technicien et il aime nous en mettre pleine la vue (NDR : les oreilles ?). L'amplification est importante, car elle permet de multiplier les artifices. Sa vitesse d'exécution sur le manche est assez prodigieuse. Pendant près de 8’, son attaque est quasi permanente. Mais il s’exprime ici dans un registre davantage plus rock que jazz. Le dialogue de cordes opéré tout au long d’"I feel great" lorgne davantage vers le jazz, moderne bien sûr, même si l’esprit rock est toujours bien présent. A cause de ces changements de rythme et d'échelle qui plairaient sans aucun doute à Robert Fripp. Sur le titre maître, Bontit semble lancer des phrases sans véritable liaison entre elles. Cette forme décousue est sans aucun doute voulue, mais pas forcément facile à suivre pour la section rythmique. Adityo cherche à combler les espaces libres, à l’aide de ses percussions. "Middle East" est certainement la plage la plus remarquable. La guitare est constamment sur l’offensive. La rapidité reste primordiale. Les segments de connexion sont impeccablement combinés. Les motifs sont utilisés comme les groupes de jazz rock progressifs issus des 70’s, capables de faire sonner la guitare comme un orgue, dans l'esprit du jeu de David Greenslade chez Colosseum, par exemple. "Pay attention" mêle jazz plus classique et arrangements davantage ethniques via les percussions. Une liberté totale d’action est laissée au bassiste Indro, autonomie à nouveau accordée sur "Absurd". Quoique superbe exercice de style, "Rock camp" est un peu trop court à mon goût. Tout en développant son aspect rock, cette piste adresse quelques clins d'œil appuyés à Robert Fripp, Allan Holdsworth et Ollie Halsall. Quelques gadgets électroniques introduisent "Disco Robot". Une atmosphère s’installe, mais les parties de synthé ne sont pas ma tasse de thé. Je préfère la sagesse de "Lost in space", un morceau caractérisé par des interventions de guitare plus accessibles, proche de Jeff Beck et parfois de Bob Fripp, surtout dans la progression des climats. La finale "Bertiga" nous ramène dans leur style fusion, plus rituel chez ce trio. 

 

mercredi, 29 mai 2013 13:05

Renegade Party

Formation de pub rock, Shaggy Dogs nous vient de l’Hexagone. Fondée en 1998, elle puise l'essentiel de son inspiration chez les Anglais de Dr Feelgood. Elle a d’ailleurs participé aux deux volumes des "Tribute to Lee Brillaux", parus en 1999 et 2000, en hommage au leader et chanteur de Dr Feelgood, décédé en 1994. Les Shaggy Dogs cherchent avant tout à injecter de l’énergie punk dans un R&B qui rocke !

Le line up réunit le chanteur/harmoniciste Red, le guitariste Jacker, le bassiste Toma et le drummer Guillermo. A ce jour, le combo a publié quatre albums : "A dog's life" en 1999, "Pub rockers Class Heroes" en 2006, "No covers" en 2008 et "Who let the Shaggy Dogs out" en 2011.

La plage d’ouverture est amorcée par un cri : "Shaggy Dogs Power". Une voix nerveuse embraie. Elle est même saccadée, teigneuse, proche de celle du regretté Brilleaux. Jacker triture ses cordes comme un damné, dans un style également comparable à celui de Wilko Johnson, le premier gratteur de Dr Feelgood. Steve Broughton est venu renforcer l’équipe au piano. Multi-instrumentiste, c’est le frère d’Edgard, leader de son Edgar Broughton Band, un groupe qui a connu ses heures de gloire, au cours des années 70, outre-Manche! Une rythmique aride et malveillante balise "Voodoo King", une piste caractérisée par de petites lacérations à la slide commises par l’Andalou Lorenzo Sanchez (NDR : c’est un ex-guitariste de Miguel M and The Brachays Blues Band). Le rythme est toujours bien présent tout au long de "Little Ann", mais sous une forme embrassée par les R&B bands insulaires du début des sixties. Pensez aux Stones et aux Pretty Things. Et au passage, un harmonica vient s’immiscer dans le décor. Ce même harmo introduit "Hot night", face au piano roll’n’boogie de Broughton. Red souffle judicieusement dans son instrument et Jacker en profite pour mettre le nez à la fenêtre. Red conserve ses inflexions vocales sauvages sur "Flight time", une piste imprimée sur un mid tempo ; et c’est la guitare qui emprunte des accents acides pour fédérer l’ensemble. Red est épaulé Marco Shaeller (NDR : le partenaire habituel de Phil Fernandez, au sein du blues band français, Big Dez), un autre souffleur, pour attaquer le très agréable "Who's got the clue?" Toujours fort intéressante, l’expression sonore lorgne à nouveau vers Feelgood sur "A riot", "Kick it" et "Be somebody soon". Red maîtrise bien sa passion pour chanter "Simple life". Le ton s’avère très sixties. Un solo de guitare s’égrène, tout en accords. Steve est passé à l'orgue. Les rythmes syncopés produits par les percus de Guillermo entament "I like to boogie" ; puis le tempo accélère pour glisser vers le boogie signifié. Bien remuante, "No way" est encore une excellent compo. Shaeller se réserve l'harmonica. La rythmique de Jacker est terriblement accrocheuse. De toute bonne facture, l’elpee s’achève par "Money honey", une piste soulignée par les interventions à la slide de Lorenzo Sanchez. Un morceau caché débarque après deux minutes de silence, en l’occurrence, une work song qui nous entraîne sur les rives du Mississippi, fréquentée par le chant, les percussions, les cordes et une rythmique hypnotique!

 

mercredi, 29 mai 2013 12:59

Après demain

Alain ‘Bill’ Deraime est un chanteur/guitariste de blues. Agé de 66 ans, il est français et ses vocaux, il les exprime dans la langue de Molière. Son premier album était éponyme. Il date de 1970. Pour la circonstance, il avait reçu le concours de l'harmoniciste Jean-Jacques Milteau. Depuis, il en a publié près d'une vingtaine. Dès ses débuts, sa voix est marquée par celle de Ray Charles. Pour la six cordes, il est plutôt adepte du folk blues institué par Big Bill Broonzy et Lightnin' Hopkins. Sa carrière a connu diverses fortunes. Au cours des dernières années, le label Dixiefrog l’a remis, en quelque sorte, sur les rails. En 2010, il a gravé un double elpee intitulé  "Bailleur de fond", une œuvre qui opère, une forme de synthèse de son parcours. La voix de Bill est rauque et parfois, on se demande, s’il ne l’élime pas volontairement… M’enfin, les multiples expériences de l’existence ont peut être également forgé son organe, pour le rendre aussi rêche

L’opus s’ouvre par "Il braille". C’est tout à fait le cas. La gratte du fidèle Mauro Serri atténue cependant le message sévère qu'il nous adresse. "La pieuvre" est une plage empreinte de douceur, malgré la tristesse du discours véhiculé par le looser. La slide est cool. Jean Roussel siège derrière son orgue. Bill a toujours eu un faible pour le reggae. D’ailleurs son seul succès commercial demeure "Babylone tu déconnes", un hit qu’il avait décroché dans les années 80.  "Mon obsession" exhale ainsi un parfum issu de la Jamaïque. Et on reste dans un registre rythmique semblable sur "Rien d'nouveau" ainsi que le plus léger "Je rêve". Il est vrai que Roussel a quand même été l'arrangeur de Bob Marley et de Police! Sa voix vocifère toute son amertume sur "Esclaves ou exclus", une compo qui dénonce les injustices sociales. La rythmique est funkysante. Serri en ajoute une couche à la slide pour exacerber la colère légitime de l'artiste. Un courroux qu’on retrouve tout au long de "Y'en avait marre", un boogie secoué par des cordes hard rockin' blues. "Après demain" constitue sans doute le meilleur titre du long playing. Une ballade chargée de tendresse, paradoxalement écorchée par le timbre glauque de Deraime, dans un style qui évoque le regretté Bashung. Dommage que le final soit si brusque. Bill nous propose sa version du succès de Jacques Dutronc, "Les cactus". Son gratteur, Fred Chapelier, est d’ailleurs présent pour cette piste. Le rythme est nerveux. On assiste alors à la rencontre entre le béret rouge (NDR : celui de Bill) et le noir (NDR : de Fred). Acoustique, "Le vieil homme" est une plage empreinte de délicatesse. Bill interprète, mais dans la langue de Shakespeare, le titre-phare d’un vieux bluesman mythique, le "Death don't have no mercy" du Reverend Gary Davis. Une aspiration à plus de justice ! Dommage que l’artiste ne parvienne pas à rendre son timbre un peu plus moelleux, pour la circonstance. L'album s’achève par "Bobo boogie", un boogie divertissant, auquel participe San Severino.

 

mercredi, 29 mai 2013 12:57

What lies behind

Dirty Sound Magnet nous vient de Fribourg, en Suisse. Le guitariste Stavros Dzodzosz est le leader et fondateur. Il est épaulé par le drummer Maxime Cosandey et le bassiste Marco Mottolini. Et le band a enfin déniché son vocaliste. Il s’agit de Didier Coenegracht, un grand admirateur de Robert Plant. Leur musique s’inspire d’ailleurs de celle du début des années 70, lorsque le blues boom a viré en rock et même en hard rock, engendrant un mythe et une référence ultime dans le style, Led Zeppelin.

Dès les premières notes de "Blind memory", on entre dans ce blues/rock puissant réminiscent des seventies. La voix lorgne vers Robert Plant voire Peter French. Peter a milité chez Atomic Rooster, Cactus et plus tôt Leaf Hound, comme vocaliste. Ce groupe a publié un long playing particulièrement recherché. Intitulé "Growers of mushroom", il baigne dans un univers sonore fort proche du dirigeable.

Un bottleneck acoustique et une slide bien amplifiée introduisent "Heavy hours". La voix de Didier est excellente. Fruit d’un savant dosage entre acoustique et électricité, la construction sonore est impeccable. Les changements de tempo modulent l'amplitude du chant. "Mike's awakening" est toujours marqué par le hard rock originel, malgré une empreinte stoner rock plus contemporaine. Lente, particulièrement atmosphérique, "Mr Robert est une plage tourmentée par l’esprit du légendaire Robert Johnson. Quant au chant, il est hanté par l’autre Bob, Plant… Des accords torrentueux amorcent "What lies behind". Les voix des musicos rejoignent celle de Didier. La section rythmique fédère l’ensemble. "Dead end street" recherche constamment l’équilibre entre instrumentation et vocaux, acoustique et amplification. Le son est hard, mais ne sombre jamais dans le métal. Les accords de gratte fluctuent, épousant au passage la voix aérienne. Sur "Hotel Goomba", Stavroz démontre qu'il a fort bien assimilé le jeu de Jimmy Page. Il crée constamment de petites combinaisons techniques et mélodiques qui flattent les oreilles. Des cordes acoustiques ou délicatement amplifiées bercent le tendre "Our animal". Didier peut vocaliser, avant que les glissements d'une slide ne conduisent à l’explosion. Une plage qui évoque, une nouvelle fois, Leaf Hound. La dernière piste est la plus longue. Photographie de leur bonne vieille cité de Fribourg, "Free castle town" est une plage mélodieuse, empreinte de douceur, à la construction lente, soucieuse d’un parfait dosage entre les différents instruments. On suivra attentivement la suite des aventures de cette formation helvète, et notamment leur évolution qu’on espère efficace dans la personnalisation des références…

 

mercredi, 22 mai 2013 18:54

Blue as can be

Austin Lee Young est à peine âgé de 17 ans. Ce jeune musicien s’est établi à Colorado Springs. Depuis 2009, il est soutenu par la même section rythmique, baptisée No Difference ; c’est-à-dire Tim Young, son père, à la batterie, et le bassiste Noah Mast (NDR : 18 printemps !) L’an dernier le trio a décroché la bagatelle de 5 challenges attribués par la Colorado Blues Society, dont celui du meilleur groupe de blues, de meilleur guitariste et de meilleur groupe en ‘live’. Excusez du peu ! Le band pratique un blues rock énergique, largement amplifié, un style que Young a qualifié de ‘Texandrix’. Soit du Texas blues à la sauce Jimi Hendrix. No Difference avait déjà publié deux opus, "Yesterday is gone", en 2011, et "Live Toad", en 2012. Les treize plages de ce "Blues as can be" sont toutes signées par le band. Elles ont été mises en boîte au Colorado ; et c’est le jeune Austin qui en a assuré la production.

"Thunderhead" annonce la couleur. Un démarrage sculpté dans le blues rock énergique. Une belle démonstration du savoir-faire d'Austin sur les cordes. Il aligne un flot de notes mais prend soin de bien les maîtriser. Rockin' blues de toute bonne facture, le titre maître lorgne vers Chicago ; et pour cause, il s’agit d’un hommage au légendaire Muddy Waters. "Disappearing railroad blues" change totalement le registre. La voix est empreinte de douceur et de passion. Tapissée par les interventions de l'orgue Hammond, et caractérisée par l'envol sur la guitare Gibson Les Paul, cette ballade bluesy traduit une volonté de libérer toute sa sensibilité exacerbée. L'intro de "Signal" évoque immanquablement Jimi Hendrix. Le jeu adopté par Young est admirable. Un sans faute ! A l’instar d’un vétéran, notre jeune gratteur semble connaître toutes les ficelles du métier, et n’hésite pas à les utiliser. Ballade, "Springtime snow" est une carte postale inspirée des neiges éternelles qui recouvrent les Rocheuses. Un décor local. Tom Tapec se réserve le piano électrique sur cette jolie chanson dont la mélodie accroche instantanément. Les accents métalliques de la National Steel introduisent "Magdalena", une autre ballade agréable, mais plus acoustique. De quoi flatter nos conduits auditifs. "Not as strong" opère un retour à la formule électrique, un blues imprimé sur un mid tempo au cours duquel clavier chaleureux et cordes impétueuses semblent dialoguer. Un piano très honky tonk déménage tout au long de "Who's coming out?", entre rock'n'roll et boogie. "Borrowed time" est à nouveau hanté par le spectre de Jimi Hendrix. Les interventions de cordes sont remarquables, créatives, personnelles. "That's it" est une compo parfaitement adaptée à formule trio. Wilko Johnson, premier gratteur de Dr Feelgood ou même les Stones à leurs débuts n’auraient certainement pas renié ce rythme basique. Long blues lent de circonstance, "Give me one good reason" a été échafaudé suivant une technique instituée par les groupes issus du british blues boom des sixties. L’intensité est dramatique. Le chant déterminé. Et surtout, sur le fil du rasoir, la guitare parvient à se libérer tout en restant en pole position jusqu'en fin de parcours. Sorte de medley, "Walking through" aligne des riffs successifs pendant que les vocaux se conjuguent comme un chant gospel. Instrumental, "Miss you Moore" rend, bien sûr, un vibrant hommage instrumental à un remarquable guitariste disparu, Gary Moore. Si cet opus est de toute bonne facture, la voix d’Austin doit encore mûrir ; et nul doute qu’au fil du temps et des expériences de la route, elle devrait davantage coller au style proposé…

 

mercredi, 22 mai 2013 18:43

Juba dance

Guy Davis jouit d’une belle notoriété dans l’univers du folk blues. Il a passé son enfance dans les faubourgs de New York. Artiste complet, il est devenu chanteur, guitariste, compositeur (NDR : également pour musiques de films) et acteur de théâtre. Très imprégné des traditions afro-américaines et notamment du blues acoustique, il puise ses racines chez les légendes du blues primitif : Blind Willie McTell, Mance Lipscomb, Skip James et Mississippi John Hurt. Il est aussi passionné par son contemporain, Taj Mahal.

La sortie de son premier elpee remonte à 1995. Il grave alors "Stomp down rider" pour le label Red House. Parmi sa discographie, unanimement appréciée par la critique, on épinglera surtout "Call down the thunder" et "You don't know my mind". Son dernier opus remontait à 2012, un double opus intitulé "The adventures of fishy waters : In bed with the blues". Lors de l’enregistrement de "Juba dance", il a surtout reçu le concours de l'harmoniciste italien Fabrizio Poggi, le leader de Chicken Mango, un blues band italien. C’est également ce dernier qui assure la production.

"Juba dance" réunit compositions personnelles et reprises. Tel un cheval au trot, "Lost again" ouvre la plaque. Une plage balayée de sonorités produites par des guitares à 6 et 12 cordes. Guy souffle dans les basses de son harmonica, tandis que Fabrizzio se consacre aux parties aigues. Signé Muddy Waters, "My eyes keep me in trouble" est un country blues authentique imprimé sur un tempo vivace. La voix de Davis est éraillée. Il joue de la slide à la manière du maître de Chicago, parfaitement secondé par la musique à bouche du Transalpin. Guy est rejoint au chant par la chanteuse de gospel Lea Gilmore pour interpréter "Some cold rainy day", un traditionnel du blues. Le duo étend paresseusement ses vocaux, sur fond de banjo à six cordes. Un traitement particulier a été réservé à la voix de Blind Lemon Jefferson sur "See that my grave is kept clean" pour soutenir les répliques vocales des Blind Boys of Alabama. De quoi vous flanquer des frissons dans le dos. "Dance juba dance" est abordé à la manière d’un holler nerveux. Soutenu par un banjo à 5 cordes très rythmique, et dans un concert de claquements de mains et de cuillères en bois, Guy récite ses lyrics. Superbe blues, "Black coffee" rend hommage à John Lee Hooker. Tout y est : la voix hypnotique, la slide et l'harmonica impeccable de Poggi. "Did you see my baby" est un autre hommage, mais réservé à Sonny Terry. Mais c'est Guy en personne qui souffle dans l’harmo. Une splendide version caractérisée par les fameux 'Whoops' à la Terry! Le long playing ne baisse jamais d’intensité. Et épingle encore quelques reprises. Dont le "That's no way to get along" de Reverend Robert Wilkins, le "Saturday blues" d'Ishman Bracey, illustré par un superbe one man band de Davis à la guitare, mandoline, harmo et tambourin ; et en final le célèbre "Statesboro blues" de Blind Willie McTell, adapté en folk blues traditionnel. Excellent!

 

mercredi, 22 mai 2013 18:42

Bridge the roads

Franka De Mille est anglaise. Londonienne, très exactement. Auteur/compositeur, elle est également vocaliste. Particulièrement personnel, son style puise dans l'americana, la musique de chambre et le folk alternatif. On la compare volontiers à d'autres illustres artistes féminines comme Patti Smith, Kate Bush ou P.J Harvey. Sa musique a recours à une large panoplie instrumentale, depuis le violon aux claviers, en passant par les percussions, l’accordéon, la mandoline, la guitare et le violoncelle. Son amie violoncelliste Dorota Gralewska est présente sur toutes les plages de ce disque.

"Come on" est une excellente ouverture. La voix est gracieuse, limpide. Les interventions à la slide de Christian Fontana sont judicieuses et s’intègrent instinctivement dans l’ensemble, tout au long de ce titre folk teinté de blues. "Fallen" est une prise ‘live’. Le violon de Chris Stone prélude le chant de la belle Franka, une plage qui baigne dans un climat champêtre. La pureté naturelle de la voix de Miss De Mille illumine la superbe ballade "Solo", une piste bercée par le violon magique de Stone. Les lyrics de cette chanson sont destinés à éveiller la conscience de la population mondiale, face aux expérimentations en laboratoire opérées sur les animaux. Très jolie compo, "Gare du Nord" évoque la relation entre Franka et sa jeune sœur. Une chanson marquée par la présence d’un accordéon. Celui de Paul Tkachanko. Nous ne sommes plus très loin de la musique de chambre, malgré la voix qui s’épanouit face au violon de Deborah Gruman. Franka chante alors un couplet dans la langue de Molière. Puis le rythme s’accélère autorisant un flirt entre violon et violoncelle, avant que l'accordéon ne mette la touche finale. Les lyrics sont brillants. A l’instar de "Birds", une compo au cours de laquelle elle traite de la relation avec son père, malade. Dominée par la mandoline, la flûte et les cordes, l’instrumentation est complexe ; et pourtant le sens mélodique est particulièrement aiguisé. Lorsque ses vocaux sont plus offensifs, elle me fait penser à l'égérie newyorkaise Patti Smith. "So long" le rappelle sans équivoque, une piste au cours de laquelle les interventions de violon, violoncelle et d’oud sont superbes. Le titre maître a été immortalisé en ‘live’, et il met bien en exergue les aptitudes vocales de Franka. Cette œuvre empreinte de beauté et de poésie s’achève par une adaptation unplugged de "Gare du Nord". Cette version se révèle davantage profonde. Majestueux, le violoncelle ruisselle de mélancolie…

 

mercredi, 22 mai 2013 18:37

Buck

Daniel est un jeune chanteur/compositeur suédois. Il vient juste de fêter ses 30 balais. Il fabrique ses propres instruments et enregistre chez lui. Sa première création, "Kerosene dreams", date de 2007. Publiée en 2008, sa deuxième, "Outskirt", lui avait permis d’ouvrir les portes du reste de l'Europe et avait particulièrement bien été reçue par le public blues. Une situation favorable qui sera encore renforcée lors de la sortie d’"Horrifying Deatheating Bloodspider", en 2010. Pourtant, sa musique exprime son mal de vivre et baigne au sein d’une atmosphère parfois chaotique. En outre, en général, il crie plus qu’il ne chante…  

Daniel était attendu au tournant. "Buck" est habillé d’une pochette cartonnée luxueuse, comme un livre dont les pages sont illustrées par des photographies en couleur bien énigmatiques. L'artiste aurait-il à nouveau l’intention de nous raconter ses malheurs ? Pas du tout ! En fait, paradoxalement, "Buck" est empreint de beauté et d’une grande douceur, même si l’opus s’ouvre et se referme par des bruitages électroniques étranges.

"Howling around my happy home" est une fresque sonore de plus de 10 minutes. Une plage minimaliste que tapisse en quasi-permanence, un fond d'orgue. Les percus sont frêles. Les cordes de guitare et l’instrumentation électronique entrent en osmose. Une technique qui n’est pas sans rappeler la quintessence du krautrock originel. Petra (NDR : c’st la compagne de Daniel) chante "Once was a queen". Sa voix coule comme le miel tout au long de ce délicieux morceau de pop qui navigue quelque part entre l’univers sucré de John Lennon et sidéral de Syd Barrett. "Driving ghosts out of black buck with a weld" est parcouru de brèves expériences sonores, avant de se fondre au cœur d’une nouvelle tranche onctueuse. "Putting my tomorrow's behind" a bénéficié du concours de collaborateurs, et notamment son fidèle bassiste Anders Grahn, en compagnie duquel il se produit habituellement sur scène. Le tempo s’accélère pour "Whatever turns you on", une plage nerveuse, répétitive et spasmodique. Colorée par l'orgue d'Andreas Filipsson, elle lorgne manifestement vers le Velvet Underground. Daniel se réserve l'accordéon sur la très jolie ballade folk "Black vultures". "Music tape" baigne au sein d’une atmosphère cool. Un bon vieux country blues accordé sur le porche de la maison du bonheur. Une impression également présente tout au long du nonchalant "I'm a welder". L’accordéon est à peine effleuré, comme sur certains titres d’"Exile on Main street" des Rolling Stones. "Moonshine got me" a été immortalisé ‘live’, sous la formule trio. La musique prend une nouvelle dimension. Agréable, la voix ne manque pas de charme. Elle susurre à l’oreille même. Les cordes sont d’abord taquinées. Habilement. Puis montent en puissance lorsqu’elles s’évadent en toute liberté, avant de se dédoubler, de fusionner, et de s’acidifier au contact de l’orgue. Et Daniel se réserve ses claviers, pour interpréter en compagnie de Petra, son ultime joyau, "My hobo is rambling". Certainement le meilleur album commis par Norgren, à ce jour !

 

mercredi, 22 mai 2013 18:36

Universal breakdown blues

Ted ‘Popa Chubby’ Horowitz (NDR : en argot ‘Pop a Chubby’ signifie ‘avoir une érection’) est originaire du Bronx, à New York. Agé de 53 balais, il est chanteur et guitariste. Sauvage, son blues est teinté de rock, funk et pop. Il est très populaire en France. Sa première œuvre, "It's Chubby time", remonte à 1991. Depuis, il en a publié une trentaine. Le look de Popa est singulier. Sa dégaine plutôt patibulaire. Extraverti, le crâne rasé, il manifeste une tendance caractérisée à l'embonpoint et son corps est couvert de nombreux tatouages.

Dès "I don't want nobody", la machine est sur rails. Le rythme est très soutenu. Très amplifiée, la guitare dirige la manœuvre. On y décèle déjà les principales influences du popa : Jimi Hendrix et Buddy Guy. Sa voix est à la mesure de son physique : puissante et musclée. Soutenu de chœurs féminins, le chant de l’artiste est bien mis en exergue sur "I ain't giving up", un R&B lent au cours duquel les cordes parfaitement ciselées reflètent toute sa sensibilité humaine, vivant parfaitement le moment présent. Et pas question d’en remettre une couche ; ici, c’est l’expression de ses sentiments qui prévaut. Tout au long du titre maître, la voix colle parfaitement au jeu de cordes. Les phrases instrumentales jaillissent instinctivement. Popa exprime toute sa jouissance en écrasant ses pédales. Pour vous donner une idée du style pratiqué par le personnage, il le décrit comme soit une ‘rencontre’ entre les Stooges et Buddy Guy, Motörhead et Muddy Waters ou Jimi Hendrix et Robert Johnson. Entre les sonorités âpres et classiques. Entre le rock et le blues… Long blues lent, "The peoples blues" puise dans son vécu personnel. Les images défilent sans légèreté mais avec une passion certaine. Il exprime sa douleur à travers ses propres expériences malheureuses de la vie. Il reprend le classique des classiques, "Rock me baby", sur un tempo enlevé. Il y injecte toute sa passion. La voix est malveillante. Les soli son ravageurs. Il remet 100 fois son métier sur son ouvrage. Et cette passion sauvage n’est pas prête de l’abandonner. Il apporte une touche de soul à "69 dollars". Sa voix y est plus mûre. Sa ‘six cordes’ vagabonde constamment au sein de l’espace sonore, coloré par l'orgue Hammond. Sa version instrumentale du célèbre "Somewhere over the rainbow" lui permet de s’autoriser quelques escapades expérimentales. Gouailleur, son bottleneck stimule "Take me back to Amsterdam", un Chicago shuffle dispensé de manière fort classique. Il adresse un clin d’œil à Hound Dog Taylor, en faisant glisser sa slide sur le sympathique "The finger bangin' boogie". Et sa gratte totalement déjantée trouble brillamment "Mindbender", la plage finale…

 

mercredi, 22 mai 2013 18:31

It wasn't real

Jeune et charmante, Gina est originaire de la banlieue de Philadelphie. Elle est à peine âgée de 28 ans. Cette fille d'immigré italien a décroché sa licence de journalisme à l'université de Temple. A l’âge de 12 ans, elle écrit déjà ses propres chansons. Elle publie son premier opus, "Allow me to confess", en 2007. Et embraie par "Hey Sugar", en 2008 et "Can't control myself", en 2011. Pour enregistrer cet elpee, elle avait reçu le concours du bassiste Steve Hornick, du drummer Erik Johnson, du claviériste Joel Bryant, de la percussionniste Mayra Casales et du guitariste Jef Lee Johnson. Ce dernier est depuis décédé. Et plus précisément, le 28 janvier dernier. Agé de 54 ans, il avait travaillé pour David Litterman, Mc Coy Tyner et Aretha Franklin.

"It was'nt real" est une excellente ouverture. Un blues cool, largement teinté de jazz, caractérisé par la voix sensuelle, voluptueuse de Gina. Une compo au cours de laquelle les interventions à l'orgue de Joel Bryant sont chaleureuses, alors que Jay Davidson se réserve un billet de sortie sur son saxophone ténor. Issue du répertoire d’Etta James, "Don't cry baby" est une compo qui évolue dans le même registre. Tout au long de ce blues cabaret, la voix veloutée de Gina trahit sa flamme pendant que le sax ténor, toujours en effervescence, fantasme devant le piano et la basse acoustique. La batterie d'Erik prélude un vocal syncopé sur "Please don't stop", une tranche de vie qui semble apporter de la joie à Miss Sicilia. Une voix qui devient carrément limpide sur "Wake up next to you", une ballade intimiste stimulée par un tempo exotique, au cours de laquelle les cordes de Jef Lee se réservent une sortie tout en délicatesse. "Walkin' along the avenue" est un petit joyau sculpté dans le swing. Une plage dont les brillantes interventions à l’harmo chromatique sont assurées par un invité de marque, Dennis Gruenling. Et au sein de cette atmosphère jazzyfiante tapissée par l’orgue Hammond, c’est la basse qui imprime le rythme. Blues remarquable, "City by the water" est dominé par la voix de Gina, une compo enfiévrée ponctuée par une nouvelle escapade valeureuse du saxophone. Superbe ! "Write a little song with you" baigne au sein d’un climat intimiste, une ballade country empreinte de délicatesse. Il ne manque qu'une pedal steel pour épouser le chant subtil de Gina, mais ce rôle est dévolu au dobro de Mike Brenner. Encore une autre ballade : "Don't wanna be no mother" ; et elle ne dénote pas dans l’ensemble. Plage royale, "Oh me, oh my" est soulignée par les interventions de Brenner à la lap steel. D’excellente facture, cet opus s’achève par "Walkin' shoes", une dernière ballade country, paradoxalement bien nerveuse. Les arrangements de voix sont judicieux. Et Johnson s’autorise une dernière sortie en picking. En enregistrant cet elpee, Gina Sicilia a frappé fort. Elle est parvenue à inscrire cette œuvre au carrefour du blues, du jazz et de la country, en préservant la qualité de son chant, mais surtout l’impact émotionnel, présent en permanence.

 

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