On a peut-être du mal à le croire, surtout quand on est submergé par des gros titres quotidiens catastrophiques, mais la réponse à tout ce chaos est étonnamment simple : la résistance civile. Celle-ci peut être méthodique ou simplement consister à dire : ‘Je m’en fiche, je reste dans ma communauté, je construis quelque chose dans le cadre qui m’est donné, et j’essaie d’y apporter une contribution positive.’ Die Anstalt en est la preuve vivante.
Apparu en 2023, Die Anstalt est un trio berlinois de post-punk et de synthé minimal qui s’est rapidement imposé grâce à une fusion fulgurante entre les débuts de l’EBM, le synth-punk et le post-punk classique. Leur son canalise la rudesse et la tension des sous-cultures industrielles des années 1980 tout en restant indéniablement contemporain. Récemment signé chez City Slang à l’échelle mondiale, la formation réédite son premier album éponyme, initialement sorti en indépendant, via ce label.
Lorsque Carmen, Jakob et Emanuele ont décidé de former un groupe il y a deux ans, c’était l’une de leurs motivations. Simplement pour exister, pour avoir le sentiment d’exister. Je crie, donc je suis. Die Anstalt – en allemand, cela signifie ‘l’institution’ ou ‘l’asil’. Les deux sens s’inscrivent parfaitement dans le contexte. Cette philosophie trouve un écho auprès de nombreux jeunes combos à Berlin, mais aussi partout ailleurs. On ne fait pas de la musique à partir d’un business plan, cela vient d’une profonde motivation intérieure. Et c’est cette motivation qui fait avancer ce groupe.
Ils s’occupent donc de tout eux-mêmes : enregistrer des cassettes, presser des vinyles, organiser leurs concerts. Ils se produisent dans tous les squats et toutes les salles DIY de Berlin et de toute l’Allemagne. En 2024, leur EP « Rat Race » sort et marque de son empreinte la scène underground berlinoise. Début 2025, l’agence de booking berlinoise Milk Me (Joshua Murphy et Cat Elsässer) se joint à l’aventure et commence à faire découvrir le groupe sur le circuit international des tournées, ce qui aboutit à une tournée en tête d’affiche à travers l’Europe en octobre 2025. Fin 2025, leur premier véritable long playing sort, limité à 300 vinyles, et se vend presque immédiatement. Les concerts prennent de l’ampleur. Le disque est réédité pour répondre à la demande.
Puis, quelques mois après la sortie du premier elpee, un label légendaire, City Slang, se manifeste avec une proposition inattendue : ‘Salut, on adore ce que vous faites, on aimerait vous aider’. Et la réponse n’a pas été ‘Cool’ mais ’Ouais, mais…’
Die Anstalt et City Slang. Ça a été le coup de foudre. Mais comme dans toute relation saine, il a d’abord fallu apprendre à se connaître. Nous leur avons d’abord expliqué qui nous étions, pourquoi nous les trouvions géniaux, puis nous nous sommes demandé comment nous pourrions les soutenir sans leur demander de renoncer à ce qui faisait leur particularité. Il est extrêmement important pour nous que ce band continue à faire exactement ce qu’il fait. Nous aimons leur musique, les personnes qui la créent, leur intégrité, tout ce qui les caractérise.
Die Anstalt n’a pas son pareil, même si chacun y entend quelque chose de différent. Le résultat est théâtral, provocateur, hypnotique et d’une intensité physique implacable. Ils écrivent des slogans qui restent gravés dans les mémoires. Leur rage est tout à fait justifiée. En concert, on assiste moins à un spectacle qu’à une explosion maîtrisée.
Leurs chansons donnent la parole à l’épuisement générationnel, aux absurdités dystopiques du présent, aux bellicistes, à la ‘manosphère’ et au sentiment constant que le monde est en train de s’effondrer. Mais surtout, Die Anstalt est la preuve qu’au-delà du bruit, des algorithmes et du tourbillon incessant du discours de l’industrie, quelque chose de vital brûle encore : la rage, la conviction et l’espoir, à parts égales. Au fond, c’est un groupe punk. Pas de posture. Pas de compromis. Pas de chichis. Ils ne demandent pas la permission. Ils réduisent tout en cendres.
« Kalter Schweiss », le single extrait de leur premier album, est disponible sous forme de clip là