La terre fissurée de Daffo

À seulement 20 ans, Daffo, artiste indie-rock basée à Brooklyn, transforme le tumulte intérieur en chansons brutes et poétiques, d’une étrange beauté. Entre l’énergie DIY et des arrangements délicats, sa musique oscille entre fragilité et intensité. Révélée…

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Wholes passe son chemin…

Wholes (ex-The Van Jets, Hypochristmutreefuzz, Pink Room, Elefant, etc.) a partagé une première chanson torride. Brute, non filtrée et chargée d’émotion. "Till We Don't Meet Again" est une collision de guitares tordues, de rythmes implacables et de voix qui…

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White Lies

Une voix fatiguée au cœur d’un concert haut en couleurs…

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Paru l’an dernier, « Night Light » marque le retour de White Lies sr la scène alternative indépendante. Le trio a prolongé cette dynamique par une tournée qui aligne des dates en Europe puis au Royaume-Uni, dont un passage à l’Ancienne Belgique. Sur le podium, la formation pioche dans ce disque récent tout en ménageant une place aux morceaux clés de son répertoire. Le combo britannique évolue dans une pop sombre aux contours post-punk et synthwave, où les claviers étirent l’espace tandis que la basse et la batterie imposent une pulsation nette. Harry McVeigh se consacre au chant et à la guitare, Charles Cave se charge de la basse et des chœurs, tandis que Jack Lawrence-Brown pilote les drums. En concert, le band s’élargit : Tommy Bowen rejoint l’équipage à la guitare et aux claviers, ce qui densifie les arrangements et élargit la palette sonore.

En première partie, She’s In Parties ouvre la soirée, un patronyme vraisemblablement emprunté à un titre de Bauhaus, référence gothique incontournable.

Le quatuor de Colchester installe d’emblée un climat shoegaze mâtiné de dream pop, entre nappes de claviers, guitares brumeuses et refrains à l’éclat mélancolique. Au centre du dispositif, l’Irlandaise Katie Dillon mène la danse au chant, tout en alternant synthé, guitare électrique et tambourin. À ses côtés, Herbie étire des lignes de six-cordes plus tranchantes, Charlie verrouille la basse, Matt maintient une rythmique régulière : une base solide qui laisse respirer les textures.

Le set s’ouvre sur « Fallen », extrait de l’EP cinq titres « Are You Dreaming ? », rapidement suivi par le morceau éponyme, plus immédiatement accrocheur. Quand le tempo grimpe, la fosse répond sans peine, et l’accent eighties des arrangements renforce l’unité de la première partie. Avant « The Man », Dillon lance : ‘Qui est prêt à danser ?’ ; la fin de prestation gagne encore en intensité en livrant « The L Word » puis « REM », laissant une impression nette : un combo en pleine progression, déjà armé pour des formats plus vastes (page ‘Artistes’ ici). 

Chez White Lies, le dispositif s’articule autour de quatre immenses parallélépipèdes blancs, traversés par des sources lumineuses multicolores, qui composent une toile de fond géométrique, prolongée par un large rideau gris. Réputé pour ses partis pris visuels, le trio exploite ce décor durant tout le concert, en modulant intensités et teintes au fil des morceaux. La mise en espace reste lisible et resserrée autour du noyau : Harry McVeigh au chant et à la guitare, Charles Cave à la basse et aux chœurs, Jack Lawrence-Brown derrière les fûts. Sur la gauche, Tommy Bowen occupe son poste guitare-claviers, épaississant un son à la fois tendu et cinématographique.

Les tableaux s’enchaînent, passant d’une chaleur orangée presque estivale à des séquences plus austères, noyées de blancs froids et d’ombres. La machinerie lumière impressionne par sa précision et imprime sa logique à l’ensemble du set. « All The Best » démarre sur un registre retenu et installe immédiatement cette dramaturgie visuelle. Un bémol, pourtant : Harry McVeigh ne semble pas au meilleur de sa forme. Les aigus lui résistent par instants et, lorsqu’il s’adresse à l’auditoire, sa voix trahit une fatigue palpable. Le band compense en dégainant tôt un classique fédérateur : « Farewell To The Fairground » déclenche une réponse massive de la foule, qui reprend les paroles sans se faire prier et lance la soirée sur de bons rails.

Côté raretés, « The Price Of Love » réapparaît dans la setlist de la tournée, une première depuis les concerts célébrant les dix ans du premier opus, fin 2019. Le morceau s’adresse à Ed, l’un des tout premiers fans du combo. « Tokyo » s’habille d’un déluge de couleurs, tandis que « Big TV » attise la ferveur et pousse Harry à haranguer la salle : ‘Bruxelles, levez les mains !’. La prestation se referme sur « Bigger Than Us », puis le rappel revient encadré par trois compos issues de « Night Light ». Le morceau éponyme s’installe calmement avant de basculer vers une montée plus abrasive. Les fumigènes, disposés sur les côtés, redoublent d’activité, mais les faisceaux les plus vifs finissent par dominer, un choix qui souligne bien « Death ». « In The Middle » conclut la soirée sur une ligne de basse nerveuse signée Charles Cave, tandis que la voix d’Harry tient le cap malgré les signes de fatigue. Une date solide, dont l’impact gagnerait encore si le chanteur retrouvait l’intégralité de ses moyens.

Setlist : « All the Best », « Farewell To The Fairground », « There Goes Our Love Again », « Hurt My Heart », « My Lover », « Don't Want To Feel It All », « Is My Love Enough », « Keep Up », « Tokyo », « Time To Give », « Juice », « The Price Of Love », « I Don't Want To Go To Mars », « Big TV », « To Lose My Life », « Bigger Than Us ».

Rappel : « Night Light », « Death », « In The Middle »

(Organisation : Live Nation)

White Lies

As I try not to fall apart

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« As I try not to fall apart » constitue le sixième opus de White Lies, un album qui a reçu, suivant les titres, le concours de Claudius Mittendorfer (Weezer, Panic At The Disco) ou du fidèle Ed Buller (Suede, Pulp, Lush, Slowdive), à la mise en forme.

Les compos de ce long playing lorgnent régulièrement vers les 80’s. Parfois on pense à Duran Duran, Franky Goes to Hollywood, Tears for Fears ou encore Simple Minds post « New Gold Dream ». Les harmonies vocales sont soignées. Les riffs de guitare et les synthés entrent naturellement en symbiose. Si le drumming ample et syncopé se charge de dynamiser l’ensemble, la basse entretient, en général, le groove. A l’instar de l’excellent « Breathe », dont le ligne de basse funkysante remue littéralement les tripes. Ou de « Roll december », littéralement hanté par Derek Forbes (NDR : c’était le premier bassiste de la bande à Jim Kerr). Et puis hymniques, les compos accrochent immédiatement, à tel point qu’elles en deviennent parfois contagieuses. Bref, l’expression sonore baigne, en général, au sein d’une forme de new wave sophistiquée.

Mais le plus étonnant procède de cet art à traiter des sujets sombres comme la mort ou la santé mentale, sur un ton tour à tour allègre ou emphatique et susceptible de faire danser, même si l’atmosphérique « The end » (NDR : vu le titre !) se révèle plutôt mélancolique voire dramatique. Une fameuse réhabilitation pour le trio londonien après la sortie du plus que décevant « Five » …

Las Kellies

Suck this tangerine

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Depuis la sortie de son cinquième elpee, « Friends & Lovers », en 2016, Las Kellies est réduit à un duo. En fait, la nouvelle bassiste s’est une nouvelle fois barrée. Une ex-membre du band, Julia Worley, est quand même venue jouer de la quatre cordes sur le morceau final, « Close talker ». Sans quoi, Cecilia Kelly s’y consacre, mais également, aux grattes alors que Silvina Costa se charge des drums et des percus, les deux filles assurant les vocaux. Et ce sont les harmonies vocales féminines, délicates et sensuelles de la paire, confrontées à l’expression sonore plutôt décapante qui forgent le style de Las Kellies. Enfin, sur cet LP, dont la musique en revient à un cocktail entre funk blanc (pensez à A Certain Ratio, Shrieckback et surtout Gang of Four) et dub (mais dans l’esprit du « Sandistina de Clash »). Encore que sur le morceau d’entrée, « Closer » (?!?!?)  et « Charade », bien ronde, cette fameuse ligne de basse emprunte manifestement au « Papa’s got a brand new pigbag » de Pigbag. En général, syncopées, les cordes de guitare déchirent alors qu’exotiques et agiles, les percus lorgnent plutôt vers Talking Heads voire Tom Tom Club, les harmonies vocales accentuant cette impression. Si un zeste de jazz colore « Matrixland » (la basse, de nouveau), le climatique « White paradise » se révèle davantage expérimental, à la limite du psyché dub. Si le résultat tient parfaitement la route, on regrettera une trop grande homogénéité dans le ton, qui peut finir par lasser. Dommage, car sur les essais précédents, La Kellies s’était frotté avantageusement au shoegaze…

Her Lies Man

Un mensonge sur la marchandise?

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Soirée éclectique, ce soir, à l’ABClub. Au menu afrobeat, punk, noisy, rock expérimental et, metal ou world. Suivant les formations. D’ailleurs le site de l’institution annonce que ces concerts sont destinés à ceux qui apprécient Goat, White Hills, Kikagaku Moyo, Pontiak, The Well ou encore King Gizzard & The Lizard Wizard. Peu de monde pour accueillir ces groupes. Plus ou moins 70 spectateurs dont de nombreux guests. Faut dire que c’est la grève dans les transports en public.

Le podium est encombré de matos. Deux batteries imposantes et des amplis amplis ‘Marshall’ et ‘Orange’ trônent de part et d’autre de l’estrade. Seuls les deux premiers combos vont se servir de ces drums. A droite, on remarque la présence d’un synthé.

Moar ouvre les hostilités. Un trio anversois à la structure classique basse/guitare/batterie. Il pratique une forme de punk/rock/garage teinté de noisy. Il vient de graver « Future Furby », un vinyle découpé en 17 plages plutôt courtes. Le set démarre d’ailleurs par « Man inside in hole », un titre d’1’40. Et les autres compos dépassent rarement les 3’. Elles s’enchaînent sans le moindre temps mort. Les riffs de gratte son incendiaires et la ligne de basse vrombit. La musique est à la fois puissante, hypnotique et parfois aventureuse. Une découverte intéressante…  

Youff embraie. Un power trio gantois à la même structure, responsable d’un Ep (« Spit ») et d’un elpee (« Meh »), à ce jour. C’est le drummer, dont la frappe métronomique est particulièrement efficace, qui se charge des vocaux ; et sa voix est assez singulière. Primitive, gutturale, elle semble émaner des profondeurs de l’enfer. Faut dire qu’il a placé son drôle de micro autour de sa gorge, de manière à répercuter le son de ses cordes vocales. Aussi quand il se désaltère, on entend le bruit de l’eau qui coule dans son gosier. Ce qui provoque l’hilarité dans le public. C’est également lui qui assure le show. L’expression sonore baigne dans le black metal. Le band va aligner 8 titres ravageurs. En fin de parcours, le guitariste descend dans la fosse pour y gorgoter. Pas de bol, son exercice de style est totalement inaudible…  

Her Lies Man est une formation californienne dont le style serait comparable à in Black Sabbath converti à l’afrobeat de Fela Kuti. Pourquoi pas, si le cocktail est détonnant ! Fondé par Marcos Garcia, le guitariste d’Antibalas, ce quintet cherche donc à combiner les expériences des rythmiques ouest africaines avec les riffs entêtants du heavy rock. Le line up implique également le guitariste/chanteur Chico Mann, le drummer Geoff Mann, le bassiste JP Maramba et le préposé aux synthés Will Rast. Il y manque le percussionniste Rich Panta. Ils sont tous barbus. Les riffs de grattes sont à la fois écrasants et obsessionnels. La musique est manifestement contaminée par le psychédélisme, mais également, et circonstanciellement par le jazz/rock et plus rarement, le funk. Big problem, elle est tellement répétitive, que si après 10 minutes, on encaisse, une demi-heure plus tard on délaisse… Un concert peu trop indigeste au goût de votre serviteur… et ce n’est pas un mensonge… sauf peut-être en ce qui concerne la marchandise…

(Organisation : Ancienne Belgique)

 

White Lies

Friends

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Avant d’opter pour le patronyme White Lies, la formation répondait au nom de Fear of Flying. Et c’est en 2007 que Harry McVeigh, Charles Cave et Jack Lawrence-Brown ont décidé de poursuivre l’aventure sous la nouvelle appellation. A ce jour, le trio est responsable de quatre albums studio, dont « Friends », paru en 2016. A l’origine, sa musique était sombre et s’inscrivait dans la lignée de Joy Division, Editors et Interpol. Voire Echo & The Bunnymen et Teardrop Explodes. Ainsi, lors de la sortie du premier elpee, « To Lose My Life… », les fans de cold wave étaient convaincus d’avoir découvert un nouvel héritier à Joy Division. Faut dire que la voix puissante, éloquente et ténébreuse de Harry McVeigh évoquait alors le plus souvent Ian Curtis. Mais lors de deux elpees suivants, le ton a changé, White Lies adoptant un style davantage post rock… un peu trop alambiqué. Notamment tout au long du troisième, « Big TV ». Un opus qui n’a pas vraiment convaincu, signant l’arrêt de mort du contrat qui le liait au label Fiction ; mais aussi un témoignage de l’essoufflement de la machine impeccablement rôdée par White Lies.

« Friends » cherche donc à en revenir au style originel. Mais sous une forme plus abordable… qui rappelle instantanément la fin des 80’s. Tout d’abord à cause du recours aux synthés. A l’instar de « Take It Out On Me », titre d’ouverture du long playing, « Swing » ou encore la plage finale, « Don’t Fall ». Explosifs, certains refrains évoquent cependant « Bigger Than Us » (« Rituals ») ou encore « Farewell To The Fairground » (« To Lose My Life… »). Et si la voix s’impose naturellement tout au long de « Summer Didn’t Change A Thing », les riffs de gratte s’y révèlent particulièrement puissants. En outre, la basse libère un fameux groove, apportant une dimension un peu plus dansante à des pistes comme « Hold Back Your Love », « Is My Love Enough ? » et « Right Place ». Et le drumming syncopé ajoute encore à cette impression ; des morceaux tels que « Morning in L.A. », « Don’t Want To Feel It All » et « Come On » s’inscrivant parfaitement dans ce créneau. Qu’on pourrait qualifier de nostalgique. Une nostalgie que reflète la pochette aux couleurs rétro, presque vintage, ainsi que cette reproduction d’un labyrinthe au sein duquel le combo a sans doute perdu quelques aficionados (des amis ?), mais qu’il souhaite retrouver en empruntant un chemin moins tortueux. Dès lors, le mélomane lambda se laissera illuminer par les tonalités romantiques d’un soleil au crépuscule. Tout en tapant du pied en faisant corps avec le thème abordé dans chaque chanson.

En résumé, cet album surprend surtout par son accessibilité, brisant les espoirs qui auraient pu naître chez les premiers aficionados de White Lies. En fait, le combo a pris du bon temps, en studio. Et c’est ce ‘good feeling’ qu’on ressent à l’écoute de cet opus. Si bien qu’on l’écoutera plus aisément au soleil, sur la route, sans se prendre la tête, afin de réveiller en nous un brin de nostalgie voire de mélancolie douce… 

L’album original contient dix morceaux, la version deluxe a été enrichie de quatre bonus tracks.

 

Las Kellies

Friends & lovers

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« Friends & lovers » constitue déjà le cinquième elpee de ce trio argentin… exclusivement féminin. Si la chanteuse/guitariste Cecilia Kelly et la drummeuse/vocaliste Silvana Costa militent au sein du groupe depuis le départ, c’est-à-dire 2005, le rôle de bassiste a régulièrement changé. Manuela Ducatenzeller est ainsi aujourd’hui préposée à la quatre cordes.

Si les premiers opus privilégiaient le funk blanc, dans l’esprit de Gang of Four et le dub, dans celui d’ESG, « Friends & lovers » adopte un profil davantage noisy et post punk. Deux exceptions qui confirment la règle : le caoutchouteux « Sugar beat » et l’hypnotique, groovy, « Sundays ». Faut dire que le drumming précis et syncopé de Silvana Costa correspond parfaitement à ce style musical. Bref, tout au long du reste de l’opus, les guitares bruitistes, savoureusement discordantes, alimentent l’expression sonore. A l’instar de « Breath of light », réminiscent de Jesus & Mary Chain. Mais également de « Love as I do », du lancinant « Summer breeze » et de « Make it real ». Des pistes imprimées sur un mid tempo. Davantage post punk, l’excellent « Tied to a chain » ainsi que le sauvage « I don’t care », un autre sommet de l’elpee qui alterne guitares distordues, surf ou cinglantes, lorgnent carrément vers Siouxsie & The Banshees. Certains médias n’ont pas d’ailleurs pas hésité à qualifier ce dernier titre, comme la réponse féminine à Thee Oh Sees. Et si les B52’s planent au dessus d’« I’m on fire » (ces backing vocaux !), caractérisé par ses flux de sonorités de grattes, « Sun goes down » est aussi tranchant qu’un Shonen Knife. L’opus s’achève par le plus tribal et offensif « Celebration life », un morceau qui aurait pu figurer au répertoire de Delta 5. Un chouette album !

 

Kings Of Lies

Kings Of Lies

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King of Lies est un trio de blues/roots batave. Drivé par le chanteur/guitariste Francis Kuipers, il est soutenu par une section rythmique classique, constituée du drummer Franc auf dem Brinke et du bassiste Sam Tjioe. Kuipers partage son temps entre les Pays-Bas et l'Italie. Depuis très longtemps il écrit des scénarios de films. Il dirige l'Académie de Trévise, spécialisée dans les projets multimédia. Dans le passé, il s’est produit en compagnie du poète de la beat generation, Grégory Corso. Ses multiples voyages à travers le monde (NDR : il a sillonné l'Australie, la Polynésie, l'Inde, le Népal, les Philippines, l'Afrique orientale, l'Amérique du Sud et les Etats-Unis) lui ont également permis de se forger une bonne connaissance de la musique ethnique et expérimentale. Dans l’univers du blues, il apprécie tout particulièrement Big Bill Broonzy, Son House, Sleepy John Estes, Blind Blake ou encore Lightnin' Hopkins. Pas étonnant que les textes de cet artiste reflètent une empreinte universelle. Si le blues de King of Lies est essentiellement acoustique, il propage de très bonnes vibrations, grâce cette fameuse section rythmique. La voix de Kuipers est âpre et rugueuse. Elle ne reflète certainement ni la douceur ou la joie de vivre.

L’elpee s’ouvre par "Alien Invasion", une plage dont les lyrics relatent une sombre histoire au cours de laquelle un extraterrestre est abattu par un serveur, dans un bar, autrefois fréquenté par les Beats de San Francisco. Pas vraiment de quoi faire la fête ! Evocatrice, la voix est totalement ravagée. "Size and lies" retrace la fin de vie d'un géant assassiné par ses voisins et amis ; et le jeu de guitare entretient parfaitement ce scénario morbide. Ballade, "Memories of faith" se révèle plus paisible, sereine même. Un mille-pattes géant s’invite pour participer à une ‘party’ peu ordinaire sur le tragique "Shadow in the dark". Kuipers vide les lieux comme ‘une ombre dans la nuit’. "Oogamoogoo" baigne encore au sein de cet univers insolite. La voix est hantée par Captain Beefheart. A moins que ce ne soit Tom Waits. Une plage hypnotique, au cours de laquelle le bottleneck s'emballe. Une forme de transe qui perdure tout au long de "House in flames". Le titre maître véhicule un message nazi, prétextant qu’un mensonge répété mille fois, se mue en Vérité! Nonobstant son histoire ténébreuse, "Big Joe & the Man with three arms" se distingue par son expression sonore plus colorée. Etrange, cet opus s’achève par "Blinfold blues", la dernière bande sonore d'un film dramatique…

 

Liesa Van der Aa

Woth

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Les interrogations sont nombreuses avant d’entamer l’écoute d’un triple album. Or, légitimement, comment trouver 130 minutes pour écouter ces 25 morceaux ? Mais surtout est-ce que l’artiste en question ne souffrirait-t-il pas d’une certaine mégalomanie en osant –en ces temps de crise de l’industrie du disque– pareille œuvre pharaonique ?

Le projet de Liesa Van der Aa ne manque en tout cas pas d’ambition. « Woth » est découpé en 3 chapitres conceptuels abordant… la cérémonie des morts dans l’Egypte antique de la « Pesée du Cœur » (« Weighing Of The Heart » d’où « Woth ») lorsque des juges décidaient si le cœur était lourd, léger ou en équilibre. Les 3 elpees reprennent les mêmes titres interprétés de manière différente : entre ballade pop éthérée (« On the Heart » - Chapter 2), électro quasi expérimentale (« On the Heart » - Chapter 1), folk chamanique déviant (« On the Heart » - Chapter 3) et vignettes électro-pop (« On Heaven » - Chapter 3), montée lyrique et tendue (« On Shadow » - Chapter 3) et uppercut indus (« On Names » - Chapter 1). Une bonne dose de mysticisme et le concours de la chorale des ‘42 Judges’ pour des interludes de chœurs baroques parachèvent de rendre cet OVNI musical au moins intéressant et osé à défaut d’être passionnant de bout en bout (comme le fatiguant et trop long « Freedom of Movement » - Chapter 2). On avait quasiment plus entendu œuvre si originale depuis Björk et Joanna Newsom… Forcément ça passe ou ça casse selon le mélomane ; mais saluons l’initiative !

 

Black Truth & White Lies

Backtrack Lane

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Après une intro dont les relents évoquent presque Muse, Backtrack Lane change de registre dès les premières notes de « Burn It », et ne relâche pas la pression jusqu’aux derniers accords d’« Hollywood Gonzo », morceau qui clôture la plaque. Au menu, un hard rock bien gras et survitaminé, aux refrains catchy et aux mélodies vocales inspirées. Malgré un son de guitare moderne à la Datsuns, The Vines, voire The White Stripes, c’est malgré tout le côté old school de la musique du groupe qui prévaut. Visiblement bercé par la scène hard rock de la fin des 80’s/début des 90’s, le band s’inspire librement de la simplicité carrée d’un AC/DC, du groove d’Aerosmith, l’associe à la hargne d’un Guns n’Roses, pour mieux le tremper dans des lignes de chant influencées par la scène grunge, Soundgarden en tête. Simple, carré et efficace, l’opus n’en est pas moins bien écrit et composé ; et si les influences sont bien présentes, Backtrack Lane évite brillamment de tomber dans la pâle copie en proposant un LP qui ne réinvente certes pas la roue, mais la fait tourner avec un plaisir non feint. En outre, le groupe se prête victorieusement à l’exercice difficile de la power ballad (« Ain’t It Enough », « Some Memories Remain ») ; ce qui permet au disque de respirer sans jamais lasser le mélomane.

Originaire de Paris, le line up du band réunit deux paires de frères, les Gatti au chant, guitare rythmique et basse, et les Crestey à la batterie et à la guitare lead. Lancé par leur victoire à un tremplin (le FallenFest), il a beaucoup bossé sur ce long playing, et s’il n’est pas exempt de défauts (certaines astuces de production déconcertantes, le funky et hors propos « I Live Again »), on ne peut que saluer le talent et le travail de ce jeune groupe plus que prometteur.

 

Waterllillies

Bridge Over Trouble Waterllillies

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Originaire de Nîmes dans le Gard, département le plus chaud de France, Waterllillies est un excellent quintet, responsable d’un rock indé à la sauce… Dandy Warhols, la touche humoristique en sus.

Autour de leur leader Baptiste au chant et à la guitare rythmique, gravitent Loïc à la guitare solo, son frère Gaël aux drums, Théo aux keyboards et Jack à la basse ; des musicos qui font preuve d’une grande maturité et d’originalité. Suffit de lire le titre de leur Ep pour s’en convaincre. Mais aussi de leur premier ouvrage, baptisé « Smoke On The Waterllillies » !

Ce n’est pas pour rien que Julien Doré les a emmenés dans ses bagages lors de sa tournée franco-belge de 2011. C’est sans doute également pour donner un coup de pouce à Baptiste qui était son premier drummer.

Pour les avoir vus personnellement, je peux vous assurer qu’ils ont du talent et une bonne dose d’humour.

Cinq titres seulement peuplent cet Ep ; ce qui est étrange d’autant plus que leur premier long playing en comptait quinze. Quelle raison a donc poussé Waterllillies à ne sortir qu’un mini elpee ? Pour être clair et concis, Waterllillies a tout simplement repris cinq compos existantes et les a retravaillées pour les rendre plus accessibles et tenter de convaincre un public plus large. Il est vrai que sur leur album, les morceaux sonnent résolument plus rock, ont plus de pêche, de rythme. Pour leur nouvelle réalisation, les angles ont été arrondis, les refrains et couplets ont gagné en souplesse et en douceur. De quoi attirer les plus réticents ? Why not !

Perso, je préfère leurs premières versions. Elles déménagent davantage et sont un peu ‘rentre dedans’ tout en demeurant chaudes et, mélodiquement parlant, d’excellente facture.

Visitez leur site et tendez l’oreille aux 15 plages de leur premier opus, en écoute libre, vous en aurez la parfaite démonstration.

Rien de nouveau, une qualité toujours bien présente qui, sous cette forme, plaira peut-être davantage aux médias…

 

The Feelies

Here before

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Vingt années plus tard, les Feelies publient un nouvel opus. Glenn Mercer et Bill Million les deux chanteurs/guitaristes sont les derniers survivants du line up original. Ce sont aussi les deux piliers du groupe. Dave Weckerman, Brenda Sauter et Stan Demeski les avaient rejoints en 1986, avant que la formation ne sépare en 1991, et pour un bon bout de temps.

Responsable de deux albums culte (« Crazy Rhythms » en 1980 et « The good earth » en 1986 »), The Feelies a influencé une multitude de groupes, parmi lesquels, on épinglera surtout REM (NDR : c’est d’ailleurs Peter Buck qui a produit leur deuxième elpee) et Yo La Tengo. Le combo du New Jersey, de son côté, reconnaissait pour références majeures, le Velvet Underground et les Modern Lovers.

Alors que leur musique reposait sur des textures en boucles et en arpèges de guitares électriques et acoustiques, sur des rythmiques fluides et mouvantes, un peu comme chez les Pastels en Grande-Bretagne, la formation américaine va être assimilée au mouvement new wave. Malgré les excellentes critiques, le groupe ne récoltera qu’un succès confidentiel.

Les Feelies nous proposent donc un nouvel LP en 2011. Mais qu’est ce qui a changé en près de deux décennies ? Pas grand-chose. L’aisance mélodique est toujours aussi évidente. Le ton est sans doute moins ténébreux. Les harmonies sont, en général, davantage ensoleillées, même si l’ombre du Velvet plane toujours ; « Again today » est même carrément hanté par Lou Reed. Résultat des courses, l’opus baigne dans un climat de sérénité qu’on ne leur connaissait pas. En 13 compositions, le quintet nous offre des morceaux entraînants, nerveux, raffinés, mais également downtempo (« Blue skies »), à la beauté mélancolique (« Morning comes »), presque ‘pixiesque’ (« Time is right »), aux guitares claires (« Here before ») et scintillantes (NDR : digne d’Orange Juice, « Change your mind » nous réserve une belle envolée en fin de parcours). Imprimé sur un tempo obsessionnel, « On an on » aurait pu figurer au répertoire des Dandy Warhols. Un album tout simplement intemporel !

 

Lies

Lies

Écrit par

Originaire de Bourgogne, ce quatuor propose un cocktail musical intéressant et inédit. Prenez des notes car, en voici la recette : passez au shaker 3/5 de néo métal (KoRn ou Deftones, par exemple, mais n’importe quel autre combo du genre fera l’affaire) et 2/5 de rock progressif  psychédélique (ici, vous n’avez pas le choix, il faut impérativement du Pink Floyd). Ajoutez-y un zeste d’électronique et un soupçon de métal traditionnel. Que celles et ceux qui font la moue devant ce mélange indigeste se rassurent. Une fois passée la surprise, la mixture est plutôt savoureuse.

N’y allons pas par quatre chemins, nous avons failli adorer ce groupe. Quatre musiciens expérimentés (NDR : ces gaillards jouissent tous d’une certaine expérience scénique/discographique au sein d’autres formations). Une musique excitante et inventive qui allie la puissance de la modernité (NDR : les gros riffs burnés, les rythmiques marteaux-pilons et les samples électroniques) et le respect des traditions (ah, ces superbes soli ‘floydiens’) au sein de titres accrocheurs et de longues plages épico-progressives. Il n’en aurait probablement pas fallu beaucoup plus pour faire notre bonheur.

Seulement il y a une ombre à ce tableau idyllique. Un détail infime. Une poussière dans l’engrenage qui, une fois remarquée, gâche vraiment le plaisir d’écoute. Chers amis Français, vu le patronyme de votre groupe, nous ne pouvons pas vous mentir : votre accent anglais est vraiment pourri. Et, si le ‘the’, les ‘this’ et les ‘with’ prononcés ‘ze’ et ‘zis’ et ‘wiss’ nous ont bien fait marrer dans les films des ‘Sous-doués’, ils ne font plus rire du tout lorsqu’on se rend compte du potentiel de votre musique.

It isse vraiment dommage, because wi laïke ze musique. Ze nexte taime maibi…

Moonjellies

Inner Anger, Feather

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Le rock français ne s’épanouit pas uniquement à Paris, Lille ou Bordeaux : Moonjellies est originaire de Tours et s’autoproduit depuis 2008. Après son premier Ep, Moonjellies publie « Inner Anger, Feather » qui conforte notre foi en la qualité du rock européen.

Amorçant sur des chœurs ostensiblement dignes des Beatles, l’album saute ensuite quatre décennies du british pop pour nous offrir la mélodie entraînante et le piano d’un vieux Hoosier sur « You don’t have to » (pareillement sur « Pauline »), avec la même crédulité. « Come across your shade » continue sur la même lancée à l’aide d’un son rétro plus brut pour nous emmener sur la Pacific Coast des années 90 (ou dans les petites salles belges, en fonction de ce qui aura imprégné chacun d’entre nous). On se sent bien, donc, au sein de cet enchevêtrement de guitares.

L’album s’effiloche ensuite sur quelques titres un peu moins accrocheurs ni novateurs sans pour autant désagréables, puisqu’ils rappellent Neil Young et Yes. La voix instable chancèle mais nous retombons sur nos repères ; des arpèges ‘radioheadiens’, des modulations ‘pavementiennes’… et le fade out tout en choral de « Sunrise » rappelle moins les Beach Boys qu’un optimiste Elliott Smith ; c’est-à-dire un Brendan Benson, analogie davantage valable pour « Black Cloud » et « Summer Dress », sorte d’hybride avec les Dandy Warhols. Plus de références américaines, alors, que de patrimoine britannique. L’album s’achève en beauté par le magistral « Whispering stone », un morceau étoffé de cordes et cuivres, suivi d’une intime ballade très proche de leurs compatriotes de Cocoon (glockenspiel inclus) qui confirme le potentiel compositionnel du groupe, et prouve que la naïveté ironique, si la mélodie solide est la pierre angulaire de l’édifice des arrangements, devient parfaitement crédible.

L’album fin et audacieux manque peut-être de carrure, mais incarne l’une des preuves que la scène pop rock française s’est émancipée et joue désormais dans la même cour que celle des Anglo-Saxons.

The Feelies

Crazy rhythms

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“Crazy rhythms” constitue le tout premier album de cette formation issue d’Hoboken, dans le New Jersey. Il est paru en 1980 et fait l’objet aujourd’hui d’une réédition. Revendiquant ouvertement l’influence du Velvet Underground et des Modern Lovers, le quatuor avait puisé son patronyme dans « Le meilleur des mondes » d’Aldous Huxley. Anti-groupe absolu affichant un look de nerds, The Feelies privilégiait avant tout la musique. Son mélange de psychédélisme, de pop et de punk est unique en son genre. Balisé sur un tempo krautrock, souvent enlevé, enrichi par de multiples percussions, il met en exergue des mélodies hymniques créées par des guitares duales, hypnotiques, répétitives, obsessionnelles même, tout en privilégiant la ligne claire, alors que les vocaux ne dépassent jamais le volume de l’instrumentation. Ce qui explique pourquoi cet opus deviendra une référence pour des groupes comme Yo La Tengo ou encore Galaxie 500. L’elpee recèle, en outre, une version insolite, mais particulièrement réussie du « Everybody’s got something to hide except me and my monkey » des Beatles. Séparée en 1992, la formation a décidé de se réunir en 2008, pour accorder quelques prestations ‘live’, aux States…

La réédition propose des démos, faces B, enregistrements ‘live’ et raretés, mais via une carte de téléchargement numérique glissée à l’intérieur du boîtier.

 

The Feelies

The good earth

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Il a fallu six longues années avant de voir sortir le deuxième elpee des Feelies. Si bien que du line up initial, il ne reste plus que Glenn Mercer et Bill Million. C’est-à-dire les chanteurs/guitaristes. Mais le quatuor est passé à un quintet, suite à l’engagement d’un percussionniste. Produit par Peter Buck, le guitariste de REM, cet opus met davantage l’accent sur l’aspect acoustique. Et puis le son est moins brouillon et les compos moins expérimentales. Quoique toujours aussi complexes. Ce qui n’empêche pas l’ensemble de tenir la route. La frénésie semble en apparence moins présente. Mais ce n’est qu’une impression consécutive au soin des arrangements. D’ailleurs, les envolées de rythmes sont toujours aussi tribales. Et on retrouve ce style très caractéristique des échanges de cordes opérés entre Glenn et Bill. Simplement l’acoustique a pris le pas sur l’électrique. Les sèches sont, en outre, tantôt grattées, tantôt jouées en fingerpicking. Et les voix murmurées confèrent à l’ensemble un intimisme presque lo-fi. Pas difficile de comprendre pourquoi tous les artistes néo-folk se sont toujours réclamés des Feelies. Aussi bien Belle & Sebastian que The Dodos…

La réédition propose des démos, faces B, enregistrements ‘live’ et raretés, mais via une carte de téléchargement numérique glissée à l’intérieur du boîtier.

 

White Lies

Digne du début des eighties…

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Si vous vous êtes procuré le fantastique dernier album des White Lies, vous ne pouviez manquer leur concert à l’Ancienne Belgique, que le quatuor anglais (NDR : en vérité, il s’agit d’un trio auquel vient s’adjoindre un claviériste, lors des tournées) accordait ce jeudi 29 octobre. La salle bruxelloise était d’ailleurs sold out. Puisant ses influences chez Joy Division, à l’instar des Editors et d’Interpol, la formation avait attiré un public embrassant trois décennies. On y rencontrait ainsi autant des très jeunes que des quadras, voire des quinquas. Faut dire que la néo cold wave pratiquée par la formation londonienne aurait tout aussi bien naître au tout début des eighties…

Les White Lies montent sur les planches. La mise en scène est sobre. Les musiciens bougent peu, et les interventions d’Harry à la guitare sont parcimonieuses. Sa voix claire et puissante est remarquablement mise en avant. Si sur disque, il pousse son organe à l’une ou l’autre occasion, en ‘live’, il parvient à maintenir cette intensité vocale du début à la fin du show. Une merveille ! Et les autres musiciens sont loin de dénoter dans l’ensemble. D’ailleurs, le son proposé ce soir est tout bonnement exceptionnel. Hormis la présentation d’une flip side en milieu de parcours, pas de temps mort entre les titres. Une tracklisting alternant morceaux au climat ténébreux et compos plus enlevées. Mais les White Lies n’ont toujours qu’un seul album à leur actif  "Loose my Life" (NDR : dont ils jouent la plage éponyme, of course) ; donc peu de compos à défendre sur scène. Si bien qu’au bout de 45 minutes, le combo prend congé de l’audience.

Mais 5 minutes plus tard, nos gaillards remontent sur l’estrade ; et alors qu’on s’attendait à vivre une reprise de Joy Division, c'est par une cover du "Heaven" de Talking Heads, qu’ils entament leur rappel de trois titres. Et c’est le fantastique morceau "Death" qui clôture ce spectacle, une chanson au cours de laquelle la formation semble ravie d’entendre la foule reprendre en chœur le refrain ; le combo s’enfonçant ensuite dans un véritable final apocalyptique de ce titre…

22h20, le concert est terminé. Il a duré à peine plus d'une heure ; mais quelle heure ! Si vous les avez manqués ce soir, je vous conseille vivement de mentionner leur prochaine visite à votre agenda. Et de vous procurer une place d’entrée bien à l’avance. Cela risque à nouveau d’être sold out. Vous ne le regretterez pas. En attendant, vous pourrez toujours vous contenter des quelques photos que nous avons pu immortaliser ce soir.

(Organisation Live Nation)

Taliesyn

Taliesyn

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De toute évidence, les membres du groupe Taliesyn ont dû écouter en boucle les albums d’Ange et de son mentor Christian Descamps pour enregistrer un elpee de cette trempe. Le quatuor belge vient en tout cas de sortir un premier opus éponyme recelant toutes les qualités pour charmer les amateurs de prog ‘à la française’.

Fin 2005, le combo signe un contrat de coproduction chez Rox Records, la maison bruxelloise dirigée par le tandem Guccio/De Greef (Machiavel). Dix titres on été mis en boîte au studio Hautregard de Battice ; et c’est aujourd’hui le célèbre label prog Musea qui assure la distribution de cette première plaque aux accents médiévaux.

Théâtral et emphatique, « Taliesyn » aborde des thèmes décalés sur une structure musicale complexe, caractérisée par le son divin de l’orgue Hammond, mais aussi tapissée de chœurs et accessoirement balayée d’interventions de flûte et de cordes. Des titres comme « Le Dragon », « L’homme aux Sandales », « Sorcières » ou « Les galériens » reproduisent indéniablement l’ambiance mystérieuse, tantôt tragique, tantôt comique, de « Au-delà du Délire », chef-d’œuvre incontestable du père Descamps et de ses laquais d’Ange. Ici encore, les paroles s’enchaînent et coulent paisiblement. Si les lyrics baignent au sein d’un univers de contes et de légendes, ils ne sont pas toujours aussi inoffensifs qu’ils n’y paraissent. Quant à la musique, elle s’inspire autant du rock que du jazz, trahissant même des accents empruntés à la Renaissance. Le tout est enrichi de trouvailles absolument ingénieuses au niveau des arrangements. A l’heure où vous lirez ces lignes, les titres du deuxième CD de Taliesyn seront probablement déjà enregistrés. Un concert au Spirit ou à l’Auberge de jeunesse de Tournai ne serait pas pour nous déplaire.

 

The Telepathic Butterflies

Breakfast in Suburbia

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The Telepathic Butterflies est une formation canadienne, issue de Winnipeg très exactement, qui ne compte que deux membres permanents. Et fondateurs : l’excellent drummer Jacques Dubois et le chanteur/compositeur/guitariste talentueux Réjean Ricard. Rejoints pour la circonstance par le bassiste Eric Van Buren. Ils pratiquent une pop contagieuse, mélodique, ensoleillée, soignée, légèrement psychédélique, soulignée de superbes harmonies vocales, susceptible de rappeler tour à tour les Nits, Squeeze, Teenage Fan Club, Cotton Maher, le Who circa Tommy, les Hollies et les Beatles. Certaines compos sont même imprimées sur un tempo suranné, si souvent employé par les Fab Four à leurs débuts (pensez à l’elpee « Please please me »). En outre, elles ont été enregistrées sur des bandes analogues à 16 pistes. De quoi rendre le son encore plus ‘vintage’. Quant aux lyrics, ils traitent le plus souvent de l’inquiétude du quotidien, du manque de points de repère de l’être humain et de la paranoïa que ces difficultés entraînent.

The Earlies

The Enemy chorus

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Des violons s’affolent avant de se faire ensevelir par des beats intergalactiques. Des vocalises aux refrains entêtants croisent des cuivres assassins et la tension monte en flèche, figeant le ton d’un opus ‘bleu nuit’ agréablement psychédélique. Le nouvel album creuse ainsi en profondeur la pop nocturne du précédent « These were the earlies », où planaient sans rupture les atmosphères des Spiritualized, Mercury Rev et Grandaddy ; mais si elles trouvaient à l’époque public surpris et conquis, leur juxtaposition sous compromis laisse ici plus sceptique. « The enemy Chorus » fait ainsi exploser en éclectisme ce qu’il laisse fondre en cohérence. Un son à la fois plus électronique et plus progressif qu’auparavant, s’y emmêle les pinceaux avec des harmonicas-western, pianos-cabaret, cuivres-fanfare, orgues baroques et percussions tribales. Si par cette instrumentation puissante et variée (partagée entre 16 musiciens), The Earlies confirme sa folie des grandeurs, il court aussi le risque de s’effilocher dans cet ‘essayisme’ lunatique. Le premier morceau s’ouvre ainsi sur une vibration futuriste en fond étoilé, annonçant à grand fracas le lancement d’une mission d’espionnage dans l’espace. Puis curieusement, le vaisseau atterrit en plein cabaret, où de nerveux piano font planer les ombres excentriques des Dresden Dolls (« Burn the liars »). Contemplatifs par delà les hublots, suivent quelques ballades, légèrement hors propos lorsqu’elles empruntent la formule folk sur guitare classique et harmonica feutré (« The ground we walk in »). D’incongrus interludes qui paraissent suspendus dans le vide, comme pour mieux mesurer l’ampleur de l’abysse ; tel ce « Foundation and earth » tout en cuivres et en fanfare, semblant taillé sur mesure pour détendre une atmosphère toujours sur le qui-vive. En somme, le quatuor anglo-américain aligne ici une succession  d’atmosphères argentées qui se font et se défont au gré d’humeurs krautrock improbables. Sans véritable fil d’Ariane, « The Enemy Chorus » est à prendre comme autant de micro expériences où anxiété et excitation se donnent indéfiniment la réplique. Car entre les trêves, l’album est niché au creux d’une tension à fleur de peau que chaque morceau semble viser à amenuiser délicatement puis faire exploser en poussières d’étoiles. Souvent étrangement captivant, parfois obscur et indigeste, « The Enemy Chorus » s’écoute avant tout comme la bande son d’un périple dans l’espace ; reste à affoler son imagination pour y poser un récit assez fou.

The Earlies

Agence de voyage

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Trois années ont passé depuis les préliminaires planantes ('These were The Earlies') de ces Anglo-américains (la moitié du groupe vit au Texas et l'autre en Angleterre) où un semblant de Mercury Rev caressait les ondulations de The Polyphonic Spree. Trois années au cours desquelles le groupe hybride menait de front tournées et collaborations en tout genre (sur le premier album de King Creosote ou sur le single 'Skk 2 Def' de Plan B, des mariages arrangés par leur label) tandis que s'esquissait progressivement leur nouvelle substance. Rencontre avec John Mark Laphan le Texan et Christian Madden le Britannique, avant que le groupe ne monte sur les planches, au Botanique de Bruxelles?

« On a commencé à y penser au milieu 2005 pour rentrer en studio début 2006. Une sortie internationale qui se voulait prévue le même jour a ramené le mastering vers la mi-2006 et le marketing a suivi début 2007 !! C'était très long en effet? » Le clan Earlies n'ayant pas dit son dernier mot, il nous est donc revenu sur les devants de la scène pour inaugurer en primeur la saison 2 « The Enemy Chorus », bande sonore d'un orchestre d'hallucinés. Puzzle d'émotions individuelles stratifiées, les pièces éclatent les mouvements académiques et la  matière pour synthétiser les particularités propres à chacun en une masse constante. Ce processus symbolise leur musique et le résultat choque encore Lapham : « Le groupe rassemble différentes personnalités musicales et chaque apport est nécessaire. Je n'aurais jamais pu faire ça tout seul. » L'unité d'un groupe et d'un son 'pretty bad ass' qui les ramène dans une hétérogénéité accomplie et intelligible. Christian Madden concède : « Je ne peux  peut être pas le toucher mais par contre je peux le ressentir quand tout le monde est là ».

Plantés dans l'anticonformisme et dévalant les frontières sonores et physiques (anglo-américaines), la clan idéalise le faste du cycle 60's-80's et son arborescence de micro labels à la durée de vie aussi étendue que celle d'une abeille. « C'était une époque où se passait très vite, où tout était permis. La créativité était soutenue par la prolifération de structures discographiques, même si ce n'était que le temps d'un single. » De cette explosion musicale non entretenue par la loi du marché, Christian Madden et J-M Lapham en retiennent la richesse et la liberté, dont l'expression en sera leur ligne conductrice. Fanatiques incontournables des pionniers du rock progressif (Gentle Giant, King Crimson, Yes, Emerson Lake & Palmer, Genesis avec Peter Gabriel) à qui ils empruntent l'instrumentation et la mélodique, les phénomènes ne cachent pas pour autant leurs goûts pour le Krautrock et sa rythmique (Neu ! Can, Faust) tout comme pour la pop des sixties (les Beach Boys et autres Beatles) dont la structure leur sert encore de base. Mais ce n'est pas sans oublier leurs racines country et leur volonté expansionniste (allumée par des cithares envoûtantes) que l'on pourrait tenter de les classer dans un genre bien à eux, entre l'improvisation et l'avant-gardisme folk. Né d'hallucinations collectives, The Earlies fait dans du tapage nocturne sa spécialité et de la diversité son caractère.

The Screamin´ Cheetah Wheelies

The Screamin´ Cheetah Wheelies

Ensemble texan (Nashville), The Screamin' Cheetah Wheelies s'inspire ouvertement de l'ancien testament du rock. En particulier de Van Morrison, Little Feat, Traffic ou autres Allman Brothers Band. Même le timbre vocal écorché, ravagé de Mike Farris campe un métissage entre celui de Steve Winwood et Kevin Coyne. Un style qui malgré les malencontreux dérapages dans le hard rock risque fort de plaire aux nostalgiques de la soul et du blues, tant le niveau de virtuosité des musiciens est relevé. Maintenant, ne cherchez pas trop une quelconque implication dans un mouvement de blues progressif, The Screamin' Cheetah Wheelies incarne un modèle presque parfait de groupe revivaliste...