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MIEN

MIEN : deux éponymes en sept ans !

Le supergroupe psychédélique montréalais MIEN a annoncé la sortie de son second album tant attendu, « MIIEN », le 18 avril prochain. Il partage également son premier nouveau morceau, le single « Evil People », sept ans après son dernier enregistrement.

Le line up implique Rishi Dhir - basse, guitare, claviers / Robb Kidd - batterie / John Mark Lapham - claviers, samples, programmation / Alex Maas - chant, basse, guitare.

A propos de « Evil People », une explosion de psych-rock synthétisé propulsif, MIEN déclare : ‘« Evil People » trouve ses racines dans une collaboration de 2015 entre Alex et le génial musicien danois Trentemøller. Avance rapide jusqu'en mars 2022, lorsque MIEN s'est réuni à Austin pour trois jours intenses d'enregistrement. Étant donné qu'il est rare que nous soyons tous dans la même pièce en même temps, l'énergie créative était électrique - la musique et les idées ont coulé sans effort, et « Evil People » est né.’

Dans un paysage où le terme 'psych' semble souvent confiné et prévisible, MIEN se distingue comme un phare de la véritable exploration sonore. Son deuxième opus, « MIIEN », marque un nouveau chapitre audacieux pour un groupe dont l'approche alchimique de la musique a redéfini les frontières du psychédélisme. S'appuyant sur les fondations de son premier elpee paru en 2018 (un éponyme), tout en s'aventurant dans des territoires inexplorés, ce nouvel essai pousse l'éthique collaborative et exploratoire du quatuor vers de nouveaux sommets palpitants.

Pour découvrir le clip de « Evil People » c’est ici

 

Franck & Damien

Franck & Damien sur la route des genévriers…

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Another Way est un morceau rempli d'espoir et de lumière, une balade folk en ternaire qui vous emmène voguer en haute mer, bercés aux doux sons de la voix de Franck et de la guitare hawaïenne de Damien.

Sous ces douces couleurs se cache cependant un message poignant, teinté de mélancolie et d’ironie.

Franck & Damien nous content l’histoire d’un vieux loup de mer sur les derniers milles d’un long périple.

Terre promise en vue, un trou se forme dans la carlingue et cet irréductible pirate se retrouve piégé dans les flots.

Une métaphore tragique que Damien a écrit à la mémoire de son père, rongé par la maladie, dont la chute fut accélérée par des gestes autodestructeurs et aurait pu être prévenue.

Ce sentiment de désespoir et d’errance est retranscrit à la perfection dans le clip, réalisé par Franck Lapuyade. Nous entrons dans le cauchemar du personnage rencontré pour la première fois dans le clip du titre « Home ». Piégé dans un entre-deux monde, l’homme fait preuve d’une vraie détermination pour traverser une épreuve émotionnelle intense, de la colère à la peur, à la tristesse jusqu’à la résignation.

Toujours sous l'œil bienveillant de ses cowboys Charon-esque et anges gardiens, Franck & Damien.

Grâce à ce deuxième single, le duo Bordelais poursuit l’ascension de son prochain album « Juniper Road ».

« Another Way » est à ce jour le morceau le plus produit que le groupe ait dévoilé avec l'ajout de chœurs aux voix de Franck, une ligne de basse chaloupée et l'utilisation d’un orgue électronique et d'une vraie batterie acoustique. Ce morceau est un tournant dans la qualité de production de Franck & Damien et dévoile les promesses de ce second album dont les pré-commandes seront lancées dès la sortie de ce deuxième single.

Le clip de « Another Way » est à découvrir ici

 

Damien Rice

Le monde merveilleux et onirique de Damien Rice

Écrit par

La plus grande partie du public était clairement venue pour applaudir Damien Rice. Je considère plutôt qu'il s'agissait d'une double affiche partagée entre deux songwriters responsables d'un répertoire mélodieux et envoûtant. Le ton est donné dès la première chanson du set de Josh. Fort de deux albums aériens, l'Américain nous a montré qu'il avait du potentiel. Assez folk, ses chansons nous semblent tout de suite familières et flattent nos oreilles sensibles. Ses mélodies sont influencées par Leonard Cohen, Bob Dylan, mais surtout par les musiques traditionnelles irlandaises. Ritter est aussi à l'aise dans le rythme, flanqué de son groupe, que lorsqu'il entonne des chansons acoustiques, armé de sa guitare. Mais le clou du show arrive en fin de spectacle, lorsqu'il interprète, sans micro, une dernière chanson. A cet instant l'AB (NDR : comble pour la circonstance) retient son souffle et sa voix. Merveilleux ! Josh Ritter nous revient le 2 juin à l'AB club, salle intime à souhait. 

Damien Rice avait fort à faire ensuite pour convaincre… Il a passé le test haut la main. Son secret?? Il peut s'appuyer sur un groupe composé de Vyvienne Long au violoncelle et de Lisa Hannigan, dont le timbre vocal délicat, proche d'une Sinead O'connor, réchauffe les chansons de Rice. Dès le premier morceau, on est propulsé dans le monde merveilleux et onirique de Rice. Et quand vient « Eskimo », remodelé de la plus tendre des manières, le public a déjà fondu de bonheur. Le reste du concert est a cette image. On est transporté entre mélancolie et joie. Entre désir de sangloter (comme ce fut le cas pour certaines personnes) et envie de sourire, de s'abandonner dans la béatitude. Puis, vient un moment où le temps s'arrête, où l'AB s'illumine d'une sublime lumière verte et où retentit le début de « Cold water ». Un véritable arrière-goût de paradis. Et une sublime soirée à l'issue de laquelle on rentre chez soi, l'esprit dans les nuages, convaincu que le monde est beau.

 

Damien Saez

Le manifeste qui sonne la révolte…

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Damien Saez n’a jamais été le plus tendre des chanteurs francophones. Mais ses textes onttoujours reflété un certain engagement et ressemblé à un appel à la révolte. Aujourd’hui, plus que jamais, ce côté rebelle se confirme. En ce moment, il « Manifeste » partout en France. Il a posé, le temps d’une soirée, ses revendications, en chansons, sur les planches de Forest National.

D’une douceur rude, rugueuse et aussi belle que ‘démangeante’, Saez fait un peu son cinéma, laissant le public seul face à une jeune fille au regard profond, projetée sur l’écran géant. Elle aussi est belle et sombre ; le noir et blanc accentuant chaque expression qu’elle affiche dans une justesse touchante. Mais surtout, elle dégaine les mots, aussi précisément qu’un cow-boy dégaine son colt ; comme lui, elle égratigne, elle blesse, elle frappe de plein fouet quiconque la regarde, l’écoute. C’est une poésie magnifiquement ténébreuse. Damien l’accompagne au piano, comme si une bande son prenait vie en direct.

« L’humaniste », extrait du « Manifeste », ouvre le bal. Un bal militant qui, pendant plus de trois heures, prend aux tripes, donne des envies de révolution. Un bal aussi où tout le monde n’entrera pas dans la danse, n’écoutant à priori que trop superficiellement les paroles de ces compositions toutes plus fortes les unes que les autres. Mais non Saez ne se prend pas pour un justicier, il n’est pas venu au bal, masqué. Il chante et crie parfois, son indignation. Et il invite chacun à l’accompagner.

‘Depuis le début de la tournée, on aimait bien, parfois on pouvait chanter 4h. Et puis Bruxelles… Ville européenne… Couvre-feu à 11h.’ Il provoque, il punche. Et ce n’est clairement pas de l’ordre de la remarque courtoise ; c’est plutôt une vraie pique, une lance.

Après un début de set placé sous des morceaux aux airs calmes, mais aux airs seulement, dans lequel l’artiste a donné aux « Enfants paradis » la « Fin des mondes », il offre quelque chose de plus rock grâce à « Betty ». Et avec elle, Damien s’emballe. Finies les berceuses, il balance, il envoie toute la colère qui résonne dans ses chansons, libérant toute sa puissance verbale. « Mon terroriste » va permettre aux spectateurs, venus festoyer, de se divertir, de bouger, de danser, bien aidés par un accordéoniste qui colore magistralement les compos, en choisissant le ton exact. Mais ce terroriste va aussi combler les autres, ceux venus pour écouter ce que le chanteur raconte, ceux qui savent qu’ils ne ressortiront pas, le cerveau et le coeur indemnes de cette soirée. Et cette division va être renforcée par un intermède provocant sur « Des p’tits sous ».

Saez règle ensuite ses comptes par une « Lettre apolitique ». L’ambiance est particulière. Ce n’est pas un Forest National complètement enflammé qui est face au chanteur. Un public en manque de repères, en manque de chansons phare de l’artiste. Jusque là, il a fallu se contenter « Des p’tits sous », de « J’hallucine » et de « Into the Wild ». Mais la suite rattrape quelque peu cette absence de répertoire plus ancien. Saez va ressortir de sa boîte l’elpee « J’accuse ». C’est un peu comme si l’assistance recevait enfin sa dose. C’est un soulagement, une peur qui s’envole. Il est vrai que rien n’est jamais sûr chez cet OVNI de l’industrie musicale…

Et puis arrive le double moment de consécration de cette soirée. La douce poésie de « Jeunesse lève-toi », non moins revendicatrice, emmène cette fin de spectacle dans une autre dimension. Mais comme chaque fois, l’incroyable « J’veux qu’on baise sur ma tombe » touche, émeut. Hallucinante poésie noire, extraordinaire moment d’osmose… Comme si cette chanson appartenait à chaque fan présent, comme si Damien Saez était un ami d’enfance. Les yeux se ferment, chacun se construit son image, bercé par cette mélodie reconnaissable entre dix mille. Une rivière noire a coulé pendant des heures, mais sa noirceur remonte, sa misérable pollution retourne d’où elle vient. La rivière se purifie, elle émet de nouveau son joli bruit, elle est de nouveau belle. Mais elle chuchote, elle supplie que cet épisode ne se reproduise plus, de l’aider à empêcher que la noirceur ne l’envahisse de nouveau. Il faudra veiller, rester vigilant, rester ouvert et, ensemble, combattre, ruser, se défendre de toutes les forces que la nature a procuré à chaque être de raison.

La très jolie clôture sur « Tu y crois » en deviendrait presque anecdotique. Une soirée pleine de merveilles.

Cette chronique a été sans conteste la plus difficile que j’ai eu à écrire. Je n’ai jamais autant effacé, recommencé, repris, hésité… Comment relater un moment unique sans se tromper, sans se laisser tromper par les mots? Comment vous expliquer toute la symbolique d’un jeune garçon qui monte sur scène pour lever le poing aux côtés de Damien ? Mon affection musicale est marquée depuis de nombreuses années par les oeuvres de Saez. Ce n’est pas le plus beau concert auquel j’ai assisté. Mais mes émotions, mes sentiments, mes réflexions lui disent merci. Mon coeur et mon cerveau fonctionneront mieux encore. Je suis ressorti de cette salle avec une profonde envie de révolte.

Enfin, ce ne sont pas ces raisons qui ont rendu difficile l’écriture. Non, pas du tout. J’ai eu honte. Honte de coucher de si pauvres mots pour en raconter de si beaux. Ceux de la plume même de Damien Saez. Il n’a pas la voix la plus attrayante de la chanson française ; mais bon sang, quelle qualité d’écriture, quelle justesse, quelle noirceur, et pourtant pleine d’espoir. Ses textes paraissent parfois débarquer d’un autre monde que celui dans lequel est ancré la musique d’aujourd’hui. Et ces paroles qui prennent vie ont encore tellement plus d’impact quand elles sont livrées en live. Il était impossible de lui rendre véritablement justice ici. Vu toute l’admiration que je lui porte, je m’en excuse…

(Organisation : Live Nation)

Damien Jurado

Visions of us on the Land

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« Visions of us on the Land » constitue déjà le 4ème volet de la très fructueuse collaboration entre Damien Jurado et le producteur aux mains d’or, Richard Swift. Alors, confirmation ou essoufflement ? Surtout quand on sait que le deuxième et le troisième –bien que remarquables– n’ont pas atteint le sommet auquel était parvenu à accéder « Saint Bartlett », inscrit au panthéon des albums cultes ; de ceux qu’on emmènerait sur cette fameuse île déserte… 

Les nouvelles visions de l’Américain, satisfait de la suite donnée à l’odyssée métaphysique de son alter ego, déjà (anti)-héros de ses deux précédents opus, part aujourd’hui en voyage à travers un ersatz des Etats-Unis, en proposant 17 pistes sculptées dans un folk antique aux tonalités psychédéliques. La ligne de basse est profonde. Le climat est chargé de reverb. Opérés par l’ami Swift, les arrangements de cordes et de piano sont judicieux. Marchant sur les traces de Nick Drake (« Prisms ») ou s’autorisant des expérimentations dignes de Bill Callahan (un « Mellow Blue Polka Dot » qui emprunte une mélodie à sa trilogie), Damien creuse son propre sillon en parfait artisan, quelque part entre folk et pop déviante ; et rien ni personne ne pourra l’écarter d’une trajectoire, une impressionnante croisade musicale qu’il a entamée depuis déjà 12 opus…

 

Damien Jurado

Rien que du bonheur !

Écrit par

En ce dimanche 10 avril, tout se ligue contre les mélomanes qui ont décidé d’aller applaudir Damien Jurado, au Botanique de Bruxelles. D’abord, à cause de la fatigue du week-end qui s’achève. Un week-end aux fumets de barbecue et aux relents de rosé d’Anjou. Ou alors simplement propice à la farniente voire aux ballades ou encore au chilling. Et puis, se déplacer, à Bruxelles, un dimanche soir, via les transports en commun, s’avère depuis quelques semaines, particulièrement téméraire...

Aussi, imaginer qu’on va s’enfermer dans la boîte de l’Orangerie pour terminer ce week-end magnifique, peut sembler inapproprié. Sauf que… ce dimanche soir, l’extraordinaire Damien vient défendre « Visions of Us On The Land  », son dernier opus. Et d’ailleurs, c’est bien là que le véritable but de cette fin de semaine se situe. Une œuvre qui clôt sa trilogie entamée dès 2012 par « Maraqopa » et poursuivie sur « Brothers And Sisters Of The Eternal Son », en 2014. Trois elpees éblouissants qui racontent l’histoire d’un voyageur qui part à la rencontre du bien et du mal, de l’ésotérisme, de la pensée et du rêve, avant d’achever ce périple lorsqu’il est sûr d’avoir acquis la plénitude dans le doute. Une ambiguïté que l’artiste semble d’ailleurs entretenir. On ne le sait pas encore, mais ce spectacle va littéralement nous scotcher et nous dégriser des excès de la veille, telle une partie de jokari.

Tout commence à 20h00…

Avant de pénétrer dans l’Orangerie, on a pris soin d’emporter un gobelet de houblon qu’on tient aux bords des doigts. Il fait soif ! Et quand on a encore la gueule de bois, rien de tel que de soigner le mal par le mal. Passé le cachet imprimé au bord du poignet, on entre paisiblement dans la salle.

Complices, les lumières s’éteignent. Astronaute monte sur l’estrade. En toute modestie. Au beau milieu des rires, des bruits provoqués par les GSM, des conversations… Pas le moindre applaudissement pour saluer son apparition. Au bout de quelques accords, une voix s’extirpe de ce brouhaha. C’est celle de Myrthe Luyten. Androgyne, profonde, sublime, hypnotique. Et il ne faut pas deux phrases avant que l’auditoire ne fasse le plus grand silence. Il semble surpris par tant d’intensité et de tessiture dans le chant. Devenu muet, il pose ses lèvres sur le godet et avale autant les compos que la mousse qui, elle, commence à se faire de plus en plus rare.

En trente minutes, la formation belge va nous réserver six pépites superbes, délicates, sensuelles et mélodieuses. Le public est conquis, persuadé qu’il faudra être attentif à ce band incroyablement authentique. Et ce malgré un déséquilibre dans le mixing, trop favorable aux drums. Qui au lieu de tramer les morceaux, avaient plutôt tendance à les étouffer. (Pour écouter le groupe, c’est ici et pour les photos de ce concert, c’est )

Les spectateurs refont le plein de kérosène pendant que les roadies s’affairent sur l’estrade. Tiens, même Jurado leur file un coup de main. Sympa le gars !

Il est 21h quand l’Américain grimpe sur le podium. Et il n’est pas prêt de le quitter. On y reviendra plus tard.

Les épaules plus larges que deux armoires normandes, Damien Jurado est bâti comme un bûcheron. Il est tout de jeans vêtu, pantalon et chemise. Il est chaussé de chaussures de couleur brune, on ne peut plus banales. Il s’assied tout simplement sur une chaise en bois. Il est presque en boule, mais pourtant tous les regards sont braqués sur lui.

Tout au long du set, ses attitudes varient. Les yeux clos ou rivés sur le sol, il a le visage fermé, sérieux. Mais quand il le relève, c’est pour sourire. Sincèrement. Comme un homme qui a atteint une plénitude qu’il tente de communiquer à son auditoire. Entre les chansons, il lui arrive de plaisanter en compagnie de ses musicos. L’humour potache d’un adulte voué à grandir physiquement mais qui semble garder une âme d’enfant. On sent une véritable complicité entre les musicos et Damien. Un grand respect aussi. Mais, sur les planches, c’est lui le patron.

Du vent et de l’abîme, il redessine les lieux et semble même avoir une telle facilité pour y parvenir qu’il se surprend lui-même. Et s’émerveille de sa propre créativité. 

La main serrée sur le manche, il affiche une technique précise, remarquable. Il enchaîne les morceaux, pour la plupart issus de son dernier LP, brillamment. Ses chansons libèrent une dose incroyable de tendresse et de douceur. Malgré un style pointu, il a une classe folle. On est bluffé. Une telle masse de muscle capable de donner tant d’amour.

22h15 premier rappel.

Damien Jurado revient seul et attaque deux chansons en solo, dont « Prisms ». C’est le point d’orgue du spectacle. Les musiciens reviennent alors sur les planches afin de participer aux deux derniers titres, avant de saluer la foule, comblée…

Sauf que…

Comblée oui, mais gourmande, insatiable et enflammée. Le public en veut encore, crie, siffle, applaudit. Les lumières de la salle se rallument mais rien n’y fait, il reste sur place et n’abandonne pas la partie.

Surpris de cet engouement, l’Américain revient, et sollicite l’auditoire pour choisir les quelques bonus tracks. De véritables cadeaux. Rien que du bonheur.

22h40. Le concert est fini. Les spectateurs sont assoiffés, mais le sourire aux lèvres ils ont fait le plein d’amour dans leurs cœurs… (Pour les photos, c’est encore ici)

Setlist

Magic Number (**)
Exit353 (***)
Lon Bella (***)
Silver Timothy (**)
Am Am (***)
Onalaska (***)
This Time Next Year (*)
Mellow Blue Polka Dot (***)
Jericho Road
(**)
Sam and Davy (***)
Walrus (***)
Life Away From The Garden (*)
And Loraine (***)
Qachina (***)
Taqoma (***)
Prisms (***)
Working tittles (*)
Return To Maraqopa (**)
Nothing is the News (*)
+ Various ..

* « Maraqopa » - 2012

** « Brothers And Sisters Of The Eternal Son » - 2014

*** « Visions of Us On The Land » - 2016

(Organisation Botanique)

 

 



Damien Jurado

Minimaliste, mais efficace…

Écrit par

Originaire de Seattle, Damien Jurado roule sa bosse sur les routes du globe depuis un bon bout de temps, n’emportant, pour seul compagnon, que sa guitare sèche. Effacé, mais reconnu dans l’univers hermétique des folkeux, l’Américain n’est jamais vraiment parvenu séduire un public plus large. Une notoriété qu’il mériterait pourtant amplement, vu ses compétences de songwriter. Surtout depuis qu’il s’est associé à Richard Swift, multi-instrumentiste chez The Shins, mais également producteur pour, notamment, Foxygen et Laetitia Sadier. Grâce à son soutien, Damien Jurado semble avoir déniché le relais qui lui permet de transcender ses mélodies et donc de rendre son folk plus accessible.

Prévu initialement dans l’AB Box, il y a quelques semaines, le concert a finalement été déplacé au Club. Trop peu de places vendues ? Peu importe, le côté intimiste du Club correspond finalement davantage à l’univers sonore de Damien Jurado. Et finalement, la salle affichait tout de même complet.

Vers 21h, l’artiste monte sur les planches. Et suivant le même rituel, il va interpréter ses chansons assis, en grattant sa sèche. Dans ces conditions, difficile de tricher ! Après avoir écouté ses derniers albums (produits par R.Swift), on peut légitimement se demander comment il va parvenir à proposer une version plus épurée de son répertoire.

Jurado ouvre, tout en douceur, son set par « Silver Donna », un titre issu de son dernier opus, « Brothers of Eternal Son ». D’emblée, on est scotché par sa voix, en tous points identique à celle de ses disques. Les yeux à moitié ouverts (NDR : ou fermés, selon), il est totalement absorbé par sa musique. Judicieusement utilisée, la reverb’ permet de donner du relief à son chant. Son jeu de guitare est tout simplement minimaliste mais efficace. Timide, et sous le coup d’un jetlag, il ne commencera à s’exprimer qu’après un bon quart d’heure. Hésitant, il se lance pourtant dans un discours relatif à ses influences, reconnaissant avoir été ému par Richie Havens ou encore marqué par l’aspect répétitif de la musique brésilienne. Il enchaîne alors par « Silver Timothy », morceau davantage ‘exotique’ également extrait de son dernier long playing. Au fil du temps, Jurado est plus à l’aise. Il semble avoir surmonté sa fatigue. Il est de plus en plus loquace, même bavard, et arrive à amuser le public. Il avoue ne pas être doué pour les séances d’accordage. Et finalement, l’Américain se révèle un réel boute-en-train. Son bagout donne finalement du rythme à son récital. Dont on perd même le fil, à plusieurs reprises, vu la succession de titres…

Cependant, Damien Jurado nous a  réservé un excellent concert. Une heure et demie au cours desquelles il va démontrer tout son talent de songwriter, de guitariste et de chanteur à la voix aussi belle que fragile, dans un contexte acoustique et dépouillé. Le mélomane lambda regrettera sans doute une trop grande sobriété dans l’instrumentation ; mais en ce qui me concerne, je dois avouer que ce set m’a permis de découvrir une personnalité particulièrement sympathique, dans un cadre intimiste, celui de l’ABClub…  

(Organisation AB)

Damien Jurado

Brothers and Sisters of the Eternal Son

Écrit par

Rares sont les artistes qui se bonifient au fil de l’âge. Damien Jurado s’était sublimé pour écrire le magnifique « Saint Barlett », en 2010 et s’était montré plus qu’inspiré sur « Maraqopa » deux ans plus tard… Non pas que le reste d’une carrière débutée en 1997 soit couverte de honte, mais l’homme de Seattle s’était tellement transcendé à cette époque en troquant son folk lo-fi classique pour des arrangements somptueux, qu’on se demandait s’il allait encore être capable de progresser. Et pourtant !

D’abord, son nouvel essai, « Brothers and Sisters of the Eternal Son », confirme l’ancrage définitif dans la cour des grands songwriters étasuniens de cet artiste découvert à l’époque par Jeremy Enigk, le leader de Sunny Day Real Estate ! La rencontre de Richard Swift semble avoir été déterminante lors de cette mue vers plus d’ambiance et de reverb’… La production est impeccable. Les voix doublées de falsetto atmosphériques illuminent cette nouvelle collection de 10 titres conceptuels qui donnent suite à l’univers de « Maraqopa » (« Return to Maraqopa »). Les sommets sont légion entre les différents frères et sœurs de cet énigmatique fils éternel. Depuis le délicatement acoustique « Silver Joy » aux cordes ambitieuses de « Jericho Road », en passant par le plus up-tempo « Silver Timothy », Damien Jurado focalise notre attention tout le long de l’œuvre. Et pas seulement pour son timbre vocal angélique. Le duo a encore frappé en parvenant à créer une sorte de minimalisme maximaliste, si cette expression est susceptible d’avoir la moindre signification…

 

Damien Jurado

Maraqopa

Écrit par

Le discret mais prolifique Damien Jurado est un singer-songwriter aux doigts d’or. De sa plume ont déjà émergé pas moins de neuf LPs. « Maraqopa », son dixième labeur, n’échappe pas à la règle. Une belle réussite. Le compositeur originaire de Seattle déballe une nouvelle série de mélopées folk de toute beauté, produite par Richard Swift. Une collaboration qui avait déjà porté ses fruits, il y a deux ans, sur l’album collaboratif « Other People’s Song » au sein duquel les deux hommes réinterprétaient brillamment des morceaux de John Denver, Yes et même Kraftwerk. 

Swift apporte une touche de psychédélisme non négligeable au travail de Jurado, qui en sort bonifié. « Nothing Is The News », la plage d’ouverture de la galette, en est la preuve flagrante. Une délicieuse pépite de psych-rock qui permet au chanteur de dévoiler une nouvelle facette de son talent. Idem pour le lumineux « Life Away From the Garden », soutenu par une sympathique chorale de mioches. Production parfaite, écriture impeccable. Quinze ans après « Water Ave S. », son premier LP, ce splendide « Maraqopa » permet à Jurado de poursuivre, sans accrocs, sa lente mais incroyable ascension vers les sphères les plus hautes et les plus luxueuses du songwriting. Très chaudement recommandé.

 

Damien Saez

J’accuse

Écrit par

Après « Jours étranges », « God blesse », « Debbie », « Varsovie/L'Alhambra/Paris » et « Yellow Tricycle », « J'accuse » constitue déjà le sixième opus de Damien Daez. Ce rocker français, au phrasé quelque peu inhabituel, ne fait pas dans la dentelle. Tout au long de cet elpee, on a droit à l’artillerie lourde, du moins en ce qui concerne ses textes.

La place quelque peu abandonnée par Noir Désir, depuis le ‘crochet à Vilnius’, opéré par Bertrand Cantat, a vite été convoitée par des groupes ou chanteurs venus d’horizons divers (Luke, Eiffel, …) Damien Saez en révolutionnaire averti pousse à gauche et à droite afin de pouvoir occuper l’espace laissé vacant, par ce petit jeu de la chaise musicale…

Les thèmes abordés dans ses chansons sont toujours d'actualité et reflètent la pensée collective depuis une décennie. En ces moments de crise et paradoxalement en pleine jouissance/dérive (NDR : biffez la mention inutile) de la société de consommation, Saez s’érige un peu en donneur de leçons ; il devrait toutefois faire attention de ne pas devenir ce qu’il a facilement tendance à critiquer. Je m’explique, à force de critiquer un système et surtout un business dont il fait partie intégrante ; et bien en gros, il crache un peu dans la soupe, qu’il nous sert… Néanmoins, il a toujours les yeux grands ouverts sur le monde qui nous entoure et ses textes sont résolument engagés. Ouais, on n’est vraiment pas loin de Noir Désir, CQFD.

Ne retenir cependant que cet aspect du personnage serait un peu réducteur. D’abord, Saez est un vrai artiste ! Quelqu’un qui plaît ou qui dérange, c’est selon. Lorsqu’il dit : ‘Oh non, l'homme descend pas du singe il descend plutôt du mouton’ on a fait un peu le tour du propriétaire. Il dénonce, accuse, et assume ! Il dit ce que tout le monde pense tout bas ou ce que les gens ne veulent pas voir. La musique est un art non ? Et un art, c'est sensé nous faire passer un véritable message.

Cet album, comme l'indique le titre, est un fameux message, c’est même une dénonciation. Mais pas une dénonciation vague, comme le font la plupart des artistes pseudo engagés. Saez, lui, met le doigt sur ce qui ne va pas, en accusant le machisme social, la manipulation des médias, la croissance de la société de consommation... Les phrases s'enchaînent, s’entrechoquent. On a l'impression d’entendre un tourbillon de mots se déverser sur une musique violente, agressive ; en un mot, rock.

« J’accuse » premier single issu de l’album du même nom est déjà devenu un hymne dans lequel chacun peut aisément s’identifier. Ce titre à lui seul résume les 13 autres compos écrites, composées et interprétées par cet écorché vif. Le prochain sera sans aucun doute « Des p’tits sous » qui est du même tonneau. Une fois de plus un texte qui fait mouche souligné par une ‘mélodie’ accrocheuse en diable.

Le petit Zola de la chanson française s’appelle Saez, Damien Saez. On n’a pas fini d’en parler… Pour l’énergie qu’il dégage dans ses chansons, pour l’ambiance qu’il doit créer dans les salles, il faut vite se procurer un sésame et aller ‘râler’ avec lui sur notre ‘condition humaine’…

Damien Jurado

And Now That I´m In Your Shadow

Écrit par

Nick Drake, mort ? Elle est bien bonne, celle-là. On nous cachait la vérité jusqu’ici mais le secret le mieux gardé du label Secretly Canadian est enfin révélé au grand jour. Digne successeur de Drake et déjà responsable d’une belle brochette d’albums et d’EPs (la plupart édités sous la houlette du label Sub Pop), Damien Jurado s’extrait des ténèbres pour nous y entraîner à notre tour. And Now That He’s In Our Shadow, plus moyen de se défiler. L’univers sombre, enivrant et circonspect de l’homme dévore les solitaires d’une traite. Les chœurs omniprésents de Jenna Conrad (dont un véritable duo sur « What Were The Chances ») entourent l’ensemble d’un léger voile de luminescence, guidant vers l’absolution tout pécheur ayant succombé au charme des psaumes de Jurado. A l’issue de l’aventure, on se sent apaisé, moins seul. Tant qu’il y’aura la musique. Tant qu’il y’aura d’aussi belles œuvres. Septième essai, « And Now That I’m In Your Shadow » n’est pas sans rappeler Matt Ward, Bonnie ‘Prince’ Billy ou même Neil Young. Une oeuvre splendide qui devrait accorder à Damien Jurado la reconnaissance qu’il mérite. Nos tympans ne s’en sentiront que d’autant mieux.