L’aurore de Lathe of Heaven…

Issu de Brooklyn, Lathe of Heaven sortira son nouvel elpee « Aurora », le 29 août. Né d’un processus d'improvisation, cet opus est propulsif, captivant et structuré, abordant des thèmes lourds et incorporant des influences littéraires. En attendant, la…

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Tindersticks

Pas de trésor, mais de l’espoir pour Tindersticks…

Cinq ans après avoir sorti « No Treasure but Hope » (2019) et trois ans après Distractions (2021), Tindersticks publiera son nouvel elpee, « Soft Tissue », ce 13 septembre 2024.

« New World », le premier titre écrit pour cet opus sert de tremplin vers les préoccupations thématiques de l'album à propos des mondes personnels ou publics déstabilisés. Les arrangements reprennent à peu près là où « The Waiting Room » de 2016 s'était arrêté et orientent le disque vers un terrain fébrile, équilibré entre le groupe qui se lâche, les arrangements de cuivres de Julian Siegel, ceux de cordes de Dan McKinna et les chœurs pleins d'âme de Gina Foster. La vidéo ainsi que la pochette de l'album ont été réalisées par la fille artiste de Staples, Sidonie Osborne Staples.

Staples déclare : ‘Alors que Sid fabriquait de minuscules personnages en céramique, je lui ai demandé d'en faire pour le groupe. Plus tard, j'ai écrit cette chanson, « New World » sur le fait d'essayer de donner un sens à ce monde étrange que je sentais se développer autour de moi et ces petits bonshommes me sont revenus à l'esprit. Emmenons-les dans un voyage en animation image par image, à travers une terre étrange, des rochers stériles aux fruits généreux qui ne sont pas familiers et qui sont peut-être toxiques. Sid a assemblé les paysages et déplacé les personnages, millimètre par millimètre. Neil a pris les photos et nous les avons éditées au fur et à mesure…’

Sur « Soft Tissue », son 14ème album, un sens tangible de la curiosité mutuelle propulse les cinq membres de Tindersticks vers de nouveaux territoires.

Nourri par le groupe et ses collaborateurs comme une sorte de ‘conversation’ ouverte, selon le chanteur et producteur Stuart Staples, le son du nouvel LP résulte d'une formation inspirée par un fervent désir partagé et la capacité de se surprendre lui-même.

Il ajoute : ‘Je pense que j'étais à la recherche de ces deux éléments, en réfléchissant à la navigation fluide de l'album entre intimité et expérimentation. Nous voulions trouver un moyen d'avoir l'énergie du groupe jouant ensemble et l'examen minutieux de l'écriture des chansons, sans pour autant renoncer à l'intérêt de la musique sur le plan sonore’.

Le clip consacré à « New World » est disponible ici

 

 

 

Tindersticks

La douce étoffe de Tindersticks…

Écrit par

Cinq ans après « No Treasure but Hope » et trois ans après « Distractions », Tindersticks publiera son nouvel opus, « Soft Tissue », ce 13 septembre 2024.

« New World », le premier morceau écrit pour cet elpee constitue un tremplin pour les préoccupations thématiques sur les mondes personnels/publics déstabilisés. Les arrangements reprennent à peu près là où « The Waiting Room » (2016) s'était arrêté et orientent le disque vers un terrain fébrile, équilibré entre le groupe qui se lâche, les arrangements de cuivres de Julian Siegel, ceux de cordes de Dan McKinna et les chœurs pleins d'âme de Gina Foster. Pendant ce temps, les réflexions introspectives de Staples mènent à un refrain plus ouvert, mis en évidence par une bannière dans la vidéo promotionnelle ludique de la chanson : ‘Je ne laisserai pas mon amour devenir ma faiblesse’. La vidéo, ainsi que la pochette de l'album, ont été réalisées en compagnie de la fille artiste de Staples, Sidonie Osborne Staples.

Aussi résistant et flexible que son titre le suggère, « Soft Tissue » relie et dépasse ces extrêmes, tirant une nouvelle vie des contrastes et des convergences de ses chansons serrées et intuitives et de ses détails agités.

‘Je pense que j'étais à la recherche de ces deux éléments’, explique Stuart en évoquant la navigation fluide de l'album entre l'intimité et l'expérimentation. Et d’ajouter : ‘Nous voulions trouver un moyen d'avoir l'énergie du groupe jouant ensemble et cet examen minutieux de l'écriture des chansons, sans pour autant renoncer à l'intérêt que la musique peut avoir sur le plan sonore’.

Le clip consacré à « New world » est à voir et écouter ici

 

 

Tindersticks

No Treasure But Hope

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Et si ce dernier album en date était le plus beau, le plus abouti, le plus simplement magnifique enfant de la discographie de Tindersticks ?

Introduit par un piano dernièrement acquis par Stuart Staples et installé dans un studio où le groupe s’est retrouvé pour enregistrer live en cinq jours, ce nouveau joyau d’une carrière qui n’en manque pas, « No Treasure But Hope » écrit la bande son idéale pour ces moments de vie baignés de nostalgie mais tournés vers l’avenir.

« For The Beauty », titre éclaireur en ces terres brumeuses traversées de pans de lumières salvateurs, déploie son orchestration avec grâce et majesté mais sans grandiloquence ; exactement ce que le groupe fait le mieux depuis ses débuts, en 1991.

Une retenue qui lui sied bien, une modestie qui lui colle à la peau.

Flirtant avec la perfection à plus d’une reprise, berçant et chérissant nos sens sans flagornerie (« Pinky In the Day Light »), libérant la suavité de nos pensées paresseuses (« Take Care In Your Dreams ») ou générant un motif hypnotique dans lequel quelques cordes viennent se faire l’écho de quelques fantômes dissimulés dans le fond de nos mémoires (« See My Girls »), ce nouvel opus d’un des groupes majeurs de la scène musicale apporte la preuve que le temps n’a pas d’emprise sur le génie.

Ponctué d’arrangements somptueux, l’album est conduit comme un navire par la voix de son leader, égrainant les mots tels des balises, évitant les écueils et accostant sur des terres chargées de promesses, aussi belles que vaines.

Reflet d’un plaisir retrouvé bien que jamais perdu, celui de jouer ensemble, au diapason de ses sensations, Tindersticks nous offre donc non pas un éphémère présent, mais l’immortalité de l’espoir.

Poignant !

Tindersticks

L’obsession du temps qui passe…

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Découpé en 11 plages, « The waiting room », le nouvel album de Tindersticks, sert de support à onze courts-métrages réalisés par différents vidéastes. Mais pas seulement. L’aspect musical n’a pas été négligé ; cependant, sans son support visuel, les compos sont plus difficiles à appréhender. Suart A. Staples, le leader était bien évidemment bien placé pour donner son point de vue. L’interview s’est déroulée ce 25 novembre, à l’hôtel Métropole de Bruxelles. Pour un provincial qui débarque dans la capitale, on ressent qu’une atmosphère étrange et angoissante y plane. Il y a des militaires et des policiers à tous les coins de rues. Un climat à la fois rassurant et inquiétant.

Et cette situation entraîne une première question concernant les attentats de Paris, où le clip de « We were once lovers » a été tourné, autour du ring et dans un des aéroports, bien avant le funeste vendredi 13 novembre. D’autant plus que Stuart y séjourne régulièrement. Il s’explique : « Je suis encore sous le choc. Je n’y étais pas à ce moment-là, mais c’est aussi chez moi. Paris, ce n’est pas seulement les soldats dans la rue. La vie est rapidement remontée à la surface. Mais en créant cette psychose, les terroristes ont gagné leur pari ; car tout Parisien ressent qu’il est devenu une cible potentielle… »

En découvrant les vidéos, la veille de l’entretien, il a été difficile de déterminer s’il existait un lien entre chacune d’entre elles. La question méritait d’être posée. Et Stuart clarifie la situation : « En fait, ce projet est né pendant que j’assistais au festival du Court Métrage à Clermont, section expérimentale. J’ai imaginé la confection d’une bonne bande sonore qui puisse servir de support à des images, des images susceptibles d’explorer une multitude de directions ; et ce afin d’en tirer un max de satisfaction. Le but n’était pas de raconter une histoire, mais plutôt de pouvoir rebondir d’une vidéo à l’autre… Il me restait donc à briefer les concepteurs, afin qu’il ne décrivent pas la chanson, mais créent un espace pour qu’elle puisse exister. On a donc choisi volontairement des réalisateurs différents. Pour Suzanne (NDR : son épouse) et moi, il était important que nous puissions nous réserver le premier et le dernier film, afin de conserver la maîtrise de l’œuvre. »

‘Follow me’ ouvre l’album. Sur la vidéo, il n’y a qu’une porte fermée. Mais qu’y a-t-il derrière cette porte ? « La terre tourne. Et au fil des heures, la lumière change. Ma femme est peintre et elle est confrontée quotidiennement aux caprices de ce phénomène. Pour elle, à travers la vidéo, c’était une opportunité de capturer cette lumière au moyen d’un média différent. Car elle était frustrée de ne pouvoir y parvenir à l’aide de sa peinture… » Cette chanson est instrumentale. C’est une reprise d’une B.O. du film ‘A Mutiny on the bounty’ (En version française : ‘Les révoltés du Bounty’) dans lequel jouait Marlon Brando. Un tango. Pas le dernier à Paris. Mais il évoque un autre film de Yann Tiersen, ‘Le fabuleux destin d’Amélie Poulain’. Serait-ce une coïncidence ? Il semble surpris : « Je n’y avais jamais pensé. Cette mélodie trottait dans ma tête depuis longtemps. Je souhaitais marquer une halte avant que l’œuvre ne soit entamée. Comme quand on appuie sur la touche ‘pause’ du lecteur… »

‘Like only lovers’ clôt l’opus. Ce n’est pas une reprise d’Ed Harcourt, dont une chanson porte pourtant le même titre. Et la vidéo visite une exposition d’animaux empaillés. Serait-ce un message adressé aux taxidermistes ou alors une vison de la vie éternelle ? Il réagit instantanément : « C’est mon film. Ma contribution. Ce projet a pris pas mal de temps et exigé une grande dépense d’énergie. En fait, je l’ai complètement sous-estimé. On avait acheté une caméra et un programme d’édition (NDR : traitement d’images et de montage) pour le concevoir, car relever un défi est naturel chez nous. On aime l’esprit de challenge. Mais réaliser un film est un exercice particulièrement difficile. Je suis entré en contact avec une taxidermiste qui nous a prêté des oiseaux issus d’une collection privée datant de plus de 150 ans… On a aussi vu un gars en Grèce qui regardait la mer alors qu’une tempête se préparait. Et c’est cette vision conjointe entre ces oiseaux empaillés et cette tempête en formation, au sein d’un magnifique ciel méditerranéen, qui a suscité cette révélation. Ces deux éléments sont entrés en collision dans mon esprit ; et c’est là que je dois avoir eu une vision de la vie éternelle. J’aime ce morceau de ciel et ces nuages qui passent au dessus de nos têtes, tout comme cette perception de ces oiseaux dans des boîtes en verre. Et ces émotions, j’ai voulu les capturer. Je pense malgré tout, que par rapport aux autres vidéos, c’est un piètre film… »

Le morceau ‘The fear of emptiness’ traduit-il la peur de la mort ? Il admet : « D’une certaine façon, mais pas de manière explicite. Ce n’est pas antinomique (NDR : son GSM sonne…) Personnellement j’utiliserai plutôt le mot ‘edgy’. Il n’existe pas vraiment de traduction exacte en langue française. Un collaborateur français m’en a donné une signification plus ou moins proche ; en fait, cette source d’inquiétude, d’angoisse et d’anxiété se traduirait donc, par ‘la peur du vide’… »

Sur ‘Hey Lucinda’, Stuart et feu Lhasa de Sela, décédée 5 ans plus tôt, partagent un duo. Un contexte pas vraiment évident quand on doit retravailler une telle chanson. Il confesse : « Je l’ai écrite il y a plus de 10 ans. Lorsqu’on l’a interprétée, on n’était pas convaincu par le support musical. Pas que je ne croyais pas à son talent ; mais la musique ne correspondait pas aux vocaux. Et quand Lhasa est partie, je n’ai plus eu le courage de l’écouter. En 2014, l’envie m’est revenue. Il a fallu que je me reconnecte avec ce moment précis où nous chantions ensemble. Et finalement, j’ai enlevé la musique de départ ; puis j’ai reconstruit le morceau autour de cette conversation entre nous deux. Mais pour y parvenir, nous avons dû mobiliser toute notre expérience. C’était presque abstrait de déterminer tout ce qui était nécessaire à mettre dedans. Et quelque part, j’espère qu’on lui a rendu justice… » Sur cette vidéo, on voit des passants qui marchent sur un trottoir devant des magasins de jouets et un Luna Park. Et parfois, ils disparaissent comme des fantômes. Un lien de cause à effet avec sa disparition ? Stuart concède : « Il existe une connexion entre le film et la sensation de la fugacité du temps qui passe, au milieu de la chanson. Et puis les arrangements de cordes accentuent cette impression. Comme si on jetait un regard dans le rétro ; et c’est cette réminiscence que le réalisateur a voulu faire passer… »

Sur ‘We are dreamers’, Stuart partage un autre duo vocal avec Jenny Beth des Savages. Une future collaboration serait-elle en vue ? En outre, sur la vidéo, on est sidéré par cet immense poids lourd dont les roues sont plus grandes que la jeune fille mise en scène, une pelle de chantier à la main. La situation peut même paraître effrayante. Quelle en est l’explication ? « Quand j’ai reçu ce film, c’était un grand moment. J’ai adoré ce que Gabraz et Sara ont réalisé. La manière dont ils ont interprété le concept. Cet aspect futile entre cette jeune fille et le camion gigantesque est très particulier. Comme pour les autres collaborateurs, je leur avais donné carte blanche pour qu’ils puissent développer l’aspect créatif. Je ne voulais pas exprimer mes propres idées et surtout les influencer. Je ne souhaitais, en aucun cas, dévoiler la chanson pour qu’ils puissent la visualiser. Pas de commentaires. Pas de texte. Il y avait un espace de créativité. Et j’ai immédiatement su que cela allait marcher… Bosser à nouveau dans le futur avec Jenny ? Je n’en sais rien (rires). Je cherchais d’autres sonorités. Par exemple des cuivres. Mais quand j’ai entendu sa voix, j’ai su immédiatement qu’elle avait la couleur du film. Je lui ai proposé, et elle a aimé la chanson. Je ne voulais pas qu’elle se contente du backing vocal, mais qu’on puisse échanger un véritable duo. Particulièrement marqué par le contraste entre nos deux voix… »

‘Help yourself’ constitue certainement la meilleure plage de l’elpee. Il y a des cuivres, sous la direction du musicien de jazz britannique Julian Siegal. Elle rappelle même le mouvement jazz/rock qui a marqué les seventies, et dont If, Blood Sweat & Tears et Chicago Transit Authority constituent certainement les références. Il admet : « Cette musique m’a influencé. ‘Help yourself’ est une des premières chansons que nous avons écrite. D’abord on a pensé à autre chose. J’étais occupé de tapoter sur une guitare. Puis je l’ai posée contre la table de mixage ; et je me suis rendu compte qu’elle répercutait une forme de réverbération. J’ai enregistré ces bruits et j’ai créé une boucle. Ensuite, j’ai empoigné ma basse et on s’est servi de cette boucle pour construire la trame. Et quand le groupe s’est pointé, je lui ai dit que j’avais une idée. Les musiciens ont écouté. Et ils ont tous explosé de joie. Quelque part, on est parvenu à injecter de l’énergie fraîche dans ce morceau… A cet instant, je travaillais sur un autre projet en compagnie de Julian et je lui ai dit de faire ce qu’il voulait de cette chanson. Il est revenu avec sa section de cuivres et ses arrangements. Ils l’ont jouée. Nous nous sommes rendus dans la chambre de contrôle (NDR : pour le mixage) et puis, ils l’ont rejouée. On ne savait plus qui faisait quoi. C’était devenu un travail collectif. Comme pour le film. Ce n’est pas comme lorsqu’un artiste compose dans son salon et qu’il file la compo à des musiciens pour l’interpréter sans le moindre enthousiasme. Je préfère entrer en relation avec les musiciens pour générer de la créativité ; leur permettre ainsi de faire fonctionner leur imagination et pas simplement qu’ils se contentent de reproduire la partition du leader… »

‘How we entered’ relate un mariage probablement célébré quelque part en Amérique du Sud, au cours des 50’s ou des 60’s. Le film est en noir et blanc. Pour quelle raison ? « C’est le film de Gregorio Graziosi ! La cérémonie a été immortalisée lors de l’union entre son grand-père et sa grand-mère. Et ça, c’était sa connexion avec la chanson. C’est un film très joyeux et en même temps nostalgique. Pas que le mariage soit triste, mais c’est l’époque qui est nostalgique. Et donc cette musique t’interroge sur ce qui s’est produit entre ce mariage et le moment au cours duquel on a composé la musique de ce film. Il y a ce décalage entre le temps de l’action et le moment de réflexion. On est parvenu à créer un lien entre la musique et la vidéo. Ce n’est ni pesant, ni ironique. On ne cherche pas à délivrer de message. C’est simplement un film qui immortalise un moment dans le temps et la vie d’une personne. Finalement, c’est un souvenir mélancolique d’un temps révolu. Je ressens la connexion entre Grégory et son grand-père. Et je perçois ce que je lui ai demandé… »

L’illustration du booklet a été réalisée par le photographe français Richard Dumas. On y voit un homme avec une tête d’âne, assis à une table. Il attend, mais qui ou quoi. La réponse fuse : « La suite. Ce qui va se produire prochainement. La future idée, le prochain échange. Et cette attente peut durer des mois voire des années… »

Alors finalement, l’elpee sans le film, il tient la route ? « Je ne souhaitais pas que les chansons soient trop dépendantes du film. J’ai voulu qu’elles aient leur vie à part entière. Il a été enregistré avant la sortie des clips L’essence du travail, c’est le disque. Et j’ai l’impression qu’on est parvenu à atteindre un objectif aussi puissant et proche de ce dont on est capable. A partir de là, d’autres idées peuvent rayonner. Ceci dit, l’album étant une priorité ; c’est lui que je veux privilégier. Il est vrai que parfois, ce serait sympa de projeter les films, mais ce n’est absolument pas indispensable… »

Petite boutade pour terminer cette interview, sachez que Stuart n’est pas membre d’un club de tir à l’arc. Il y a d’ailleurs longtemps qu’il n’est plus retourné à Nottingham. « La statue de Robin des Bois est toujours devant le château, mais on lui pique régulièrement toutes ses flèches… »

(Photo : Richard Dumas)

Tindersticks : « The Waiting room » (album paru ce 22 janvier 2016)

Pour voir les photos de la 'release party' accordée ce 23 janvier 2016, au Botanique, c'est ici

Pour regarder les vidéos relatives aux compositions de l'album, c'est

 

Tindersticks

Noces de porcelaine

Écrit par

Célébrant les vingt ans de la sortie de leur premier album, et par conséquent consacrant une carrière foisonnante, les élégants Tindersticks repartaient récemment pour une énième tournée, en opérant un passage obligé en nos terres ce mardi, soulignant les liens spécifiques qui unissent le groupe à notre pays.
Car il est avant tout question d’amour et de respect entre le public belge et la bande à Stuart Staples ; et ce depuis le premier jour.
Infiniment reconnaissant, la formation n’a d’ailleurs jamais manqué l’occasion de nous remercier en nous offrant souvent des prestations exceptionnelles.
Soirée donc placée sous l’égide du souvenir, suspendue aux lèvres de Chronos, Dieu impassible et soufflant les mélodies de nos vies défilant sur l’écran large de nos mémoires. Avec un brin de nostalgie, bien sûr, mais aussi un constat évident : loin de s’essouffler, les ‘Tinder friends’ bonifient au fil des ans et leur musique intemporelle ne souffre nullement des affres du temps.
Petit regard en arrière, par dessus l’épaule, avant de se jeter dans l’horizon qui les avale déjà.

C’est donc en puisant dans le catalogue du band et celui de ses escapades solitaires que Stuart nous prend par la main et remonte en notre compagnie le courant de ces vingt dernières années.

Un set divisé en deux pièces distinctes, comme s’ils assuraient eux même leur première partie.

Les sièges de la machine à remonter le temps sont confortables et sujets à l’abandon total. Les aiguilles du prompteur ne s’affolent nullement. Le voyage sera accompli en douceur.

Première escale en deux mille un puisque le concert s’ouvre par « Tricklin’ » et sa boucle d’effets enroulant la voix sensuelle de son chanteur, la répétant en écho distinct, comme autant de réverbérations dans ces couloirs de verre ou le sable s’égrène lentement.

Puis place au soleil (un soleil voilé) de « Marseilles Sunshine » et ses perles lumineuses extraites du premier essai solo.

En apnée et glissant le long d’une paroi au relief rectiligne, le trajet continue, sans encombre et nous mène jusqu’à l’entracte, où « Dancing » nous abandonne le coeur tremblant, même si la setlist (voir plus loin) est écourtée à la surprise de certains des membres.

L’intervalle voit les spectateurs aller et venir dans les allées du Cirque Royal comme autant de formes floues se déplaçant en accéléré sur le mur de la réalité avant d’être happées de nouveau par la présence impressionnante des musiciens revenus au-devant de la scène.

Le deuxième acte s’ouvre par « Sometimes It Hurts » et poursuit son chemin au cœur de paysages couleur pastel, imbibés par l’ivresse d’une musique portée vers ses sommets par un groupe à l’apogée de ses moyens.

Révélant au passage son incroyable et insolent talent à torcher des chansons aux filiations indéfinissables.

« Another Night In » arrive alors et donne encore plus d’ampleur à ce somptueux ensemble.

Le public frémit dès les premières notes émises par le violoncelle.

S’ensuit alors la spirale ascendante qui porte l’assemblée aux nues, là où cuivres et cordes s’embrassent dans un baiser aux larmes retenues.

Laissés pantelants, calés dans nos fauteuils, nous buvons de ce calice jusqu’à la lie et en redemandons encore.

Tindersticks poursuit son trajet, s’attarde un temps sur son dernier album en date, « The Something Rain » (dernier si on ne tient pas compte d’« Across Six Leap Years » sorti cette année et qui revisite certains titres ou encore la bande originale du film « Les Salauds » dernière collaboration en date entre les prolifiques Anglais et la réalisatrice Claire Denis), repart en arrière (« City Sickness »), rebondit sur la ligne du temps et achève de nous balader dans les brumes de « My Oblivion ».

Le rappel est attendu et vient s’échouer comme une vague sur une plage abandonnée après la tempête.

La choriste, relativement discrète jusqu’alors avance jusqu’au bord du podium et sa voix prend de l’ampleur, entamant avec Stuart le duo sur « Travelling Light », titre résumant à lui seul cette soirée.

À la question, « Can WeStart Again », nous répondons oui à l’unanimité, tandis que « Sister » clôture cette nuit, cette plongée dans cet univers majestueux, étalé sur deux décennies.

Sous les applaudissements nourris d’une standing ovation, Stuart et les siens nous quittent en souriant pleinement.

Rendez-vous est d’ores et déjà pris demain alors qu’hier n’est pas encore achevé.

Setlist:

Tricklin (Can Our Love)
Marseilles Sunshine (Lucky Dog Recordings, stuart solo project)
A Night So Still  (The Something Rain)
Hushabye Mountain (Dick Van Dyke Cover from Songs For The Young At Heart, Stuart Side project)
Come Feel The Sun (The Hungry Saw)
She’s Gone (II)
Dancing (Curtains)
Friday Night (7”) Non interprétée
The Organist Entertains (The Hungry Saw) non interpretée
Sometimes It Hurts (Waiting For The Moon)
Iif You’Re Looking For A Way Out (Simple Pleasures)
Another Night In (Curtains)
Show Me Everything (The Something Rain)
This Fire Of Autumn (The Something Rain)
City Sickness (I)
My Oblivion (Waiting For The Moon)
Sleepy Song (II)
Say Goodbye To The City (Waiting For The Moon)
A Night In (II)
I Know That Loving (Simple Pleasure)
Slipping Shoes (The Something Rain) Non interprétée
What Are You Fighting For? (7”)
Travelling Light (II)
Can We Start Again? (Simple Pleasure)
My Sister (II)

(Organisation : Live Nation / Botanique)

 

Tindersticks

Tindersticks playing Claire Denis Film score : ‘A marriage made in heaven’

Écrit par

A pas de velours, la musique des Tindersticks prend corps le temps de quelques soirées d’exception à travers le monde, grâce aux images de Claire Denis (juste renvoi d’ascenseur, puisque l'inverse est vrai au cinéma depuis 1996). Si les compositions de Stuart Staples et des siens marient pour le meilleur et jamais le pire la filmographie de cette dernière depuis quinze années maintenant, ce n’est pas un hasard. Sorte de communion solennelle des sens et des sons, l’union sacrée entre ce groupe de classe et la réalisatrice française se fait charnelle et douloureuse, triste et passionnée, sensible et tumultueuse. L’interprétation live captivant les sens tandis que les images déclinées en patchwork illustrent les notes qui elles-mêmes renvoient aux images.

Ce jeudi, Bruxelles jouissait à son tour de cet immense privilège, après Istanbul, Paris, Londres ou encore San Francisco.

Aperçu d’une soirée en seize neuvième.

 S’invitant dans les plus belles salles pour ces représentations hors-cadre, les Tindersticks découvrent ce soir le Palais des Beaux Arts, dans le cadre de la neuvième édition du Brussel Film Festival.

En ce lieu élégant et quelque peu daté, seyant parfaitement à la musique des Anglais, les spectateurs, peu habitués à ce type de cadre, savourent l’atmosphère théâtrale. Elle emplit le microcosme avant que les lumières ne s’effacent. Sous les applaudissements se découpent alors les huit silhouettes du groupe sur la toile blanche qui ce soir, leur servira de tremplin. Absorbée par les images de « Nénette et Boni » et baignant dans les reflets aquatiques de cette scène miroitante de la piscine, doucement, la bande son prend possession de l’espace. Pour ne plus s’en défaire, jusqu’à la dernière note, suspendue quelque part dans l'infini.

Défilent sur la toile: trains à destination de l'abandon, chevaux lancés à bride abattue, dans la virginité opaque de campagnes enneigées ou paysages d'Afrique à la terre rouge sang.

Se succèdent, scènes chagrines ou sensuelles, tantôt bercées, tantôt malmenées ou encore transfigurées par la sublime musique de ces ombres se dessinant en contrebas de l'immense écran.

Violence et tourments, personnages en perdition, amour, haine et sexe se côtoient ainsi dans une orgie fantasmagorique dont la bande son illustre avec brio chaque imperceptible mouvement. La flûte traverse hier, le mélodica s’appuie sur deux mains, et le violon scelle son destin.

Alors que les dialogues se décalquent sur les nuances tissées au fur et mesure, le temps s'arrête, happé par cette ambiance feutrée.

Quand plus de septante minutes plus tard, en guise de remerciements, le groupe offre deux titres en rappel, dont l'incontournable "Tiny Tears", le voile se lève sur ce concert événement qui situe un peu plus les Tindersticks dans la sphère de ces groupes précieux considérés comme indéfinissables et dont la trempe n'a d'égal.

Standing ovation et saluts théâtraux clôturent cette bien belle soirée contrastant drastiquement avec la dernière fois que j'avais pu assister à un de leurs sets.

C'était à Eindhoven, l'an passé et après une trentaine de minutes, le concert s'était achevé  prématurément, Stuart Staples tournant les talons à un public irrespectueux et à la langue trop bien pendue.

Et oui, les Tindersticks jouent une musique qui s’écoute, mais comme aujourd’hui, se regarde aussi.

Organisation: Bozar

 

Tindersticks

A rainy tuesday night

Que ne ferions-nous pas pour assister à un concert de Tindersticks ? Surtout en cette soirée pluvieuse du mois novembre. Il est 19 heures quand nous quittons Bruxelles et l’autoroute qui nous conduit jusque Lille semble bien longue. Les bouchons, travaux et autres nids de poule ont de quoi freiner notre enthousiasme, au propre comme au figuré. Arrivé sur les lieux, reste à dénicher un endroit pour garer sa voiture, au sein de ce quartier lillois qui ne rassure toujours pas. Le hall d’entrée du Splendid et son pseudo bar m’ont toujours fait penser aux infrastructures des pays de l’Est. Un vestiaire ? Même en plein hiver, il faut l’oublier. A contrario du Vooruit de Gand, où se produisait Tindersticks deux jours plus tôt, le bâtiment du Splendid, lui, n’a pas été rénové. Mais ne boudons pas notre plaisir. Le cadre étroit de cet ancien cinéma de quartier a également son charme. Et puis il est plus intimiste. Davantage qu’au Cirque Royal, par exemple. 700 personnes s’y sont donné rendez-vous ce soir. Mais difficile de comprendre pourquoi certains concerts organisés dans le Nord de la France (comme celui de Johnny Clegg, accordé quelques semaines auparavant à Roubaix) n’attirent pas davantage de monde, dans de telles salles…

Petit détail qui a son importance, au pays des ‘Ch’tis’, l’horaire est rarement précisé. Tout comme la mention d’un éventuel supporting act. Une indication quand même : 20 heures ! Quand à savoir s’il s’agit de l’ouverture des portes ou du début réel du concert ? Mystère et boule de gomme. Mais le public local n’en a cure et la majorité des spectateurs débarque, comme nous, vers 20h45. De quoi juste assister à la fin de la première partie, assurée par The 2. Un duo, vous vous en doutez. Partagé entre un chanteur/guitariste parisien et une Lilloise préposée aux rythmiques et backing vocals. Minimaliste, leur style –pour ce dont nous avons pu entendre– s’inscrit dans la lignée de Cocoon voire de Milow. Applaudissements polis de l’audience. A l’arrière de la scène, l’impressionnant matos prévu pour les 7 musiciens des Tindersticks est déjà en place.

Les derniers préparatifs sont donc rapides et sur le coup de 21h15, les gars de Nottingham entrent en scène. Caractérisée par sa longue intro musicale, « Falling down a mountain » est une compo idéale pour entrer dans le vif du sujet. Pour la petite histoire, notez que Stuart a écrit ce titre, instinctivement, le lendemain d’un mauvais rêve. Et c’est au sein du dernier album que les spectateurs sont plongés. Le deuxième titre respecte l’ordre chronologique de l’elpee : « Keep you beautiful ». Du même opus, « She rode me » et « Black Smoke » se révèlent bien plus rythmés et allègres.

Aux cotés de Stuart Staples, David Boulter et Neil Fraser, les nouveaux sont bien intégrés. A l’instar du drummer black Earl Harvin, par exemple. Pour la petite histoire, sachez qu’il s’était présenté spontanément au groupe, afin de proposer ses services, en précisant qu’il n’avait pas besoin de temps d’adaptation, puisque grand fan du groupe, il connaissait déjà toutes les partitions des morceaux, à la batterie. Parmi les moments forts du set, on épinglera surtout « Can we start again ? » et « Tyed », deux compos vivifiantes qui empêchent qu’il ne glisse vers un climat trop mélancolique.

Après deux rappels généreux, Stuart –et c’est une de ses trop rares interventions concédées au cours du show– remercie le public d’un ‘thank you for coming a rainy tuesday night’. Suivant l’adage, petite pluie abat grand vent. Et les très dandys Tindersticks sont parvenus à nous préserver des intempéries, au cœur de leur microclimat…  

Organisation Vérone Prod.

(Voir aussi notre section photos)

 

Tindersticks

Can we start again ? Absolutely !

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Il y a des lustres que je n’avais plus mis les pieds au Vooruit de Gand. Si mes souvenirs sont bons, c’était en 1996. Pour un concert de Garbage et des Rentals. A cette époque, la salle était totalement délabrée et un lifting, aussi nécessaire soit-il, me semblait devoir coûter les yeux de la tête. Et bien ce lifting a été réalisé. Tout a été refait ; même les enluminures ont été repeintes. En respectant l’architecture du théâtre érigé en 1913. Stupéfiant !

Ce dimanche 7 novembre, c’est la formation insulaire Tindersticks qui est programmée. Un groupe qui a retrouvé son trio de base Stuart Staples, David Boulter et Neil Fraser, même si Dickon James Hinchliffe fait toujours défaut. Et qui a commis un nouvel album début de cette année, « Falling Down a Mountain », un disque d’honnête facture, sans plus. Cependant, en mai dernier, la formation avait accordé un excellent set, au Cirque Royal, dans le cadre des dernières Nuits Botanique, concert auquel je n’avais pu assister. Raison valable pour ne plus les manquer lors de leur retour en Belgique…

C’est David Kitt qui ouvre la soirée. Nonobstant sa carrière en solitaire, ponctuée de quelques albums, dont le dernier « The Nightsaver », remonte à 2009, le Dublinois a rejoint le backing group de Tindersticks, pour la tournée. Ce qui lui permet d’assurer le supporting act. Il chante en s’accompagnant à la sèche. Et est soutenu par un batteur coiffé d’une casquette recouverte d’un bonnet. Son drumming tout en subtilité est assuré essentiellement à l’aide de balais. La musique de l’Irlandais trempe essentiellement dans l’indie folk, même si on y recèle des traces d’électronica et de soul. David possède une belle voix. Un baryton qui me fait un peu penser à celui de Jean-Louis Murat. Le public est réceptif et l’applaudit chaleureusement. Il le remercie en l’applaudissant à son tour. Après cinq morceaux, un bassiste vient rejoindre le duo. Et le nouveau line up de se lancer dans un titre offensif digne du Crazy Horse de Neil Young, mais en version plus acoustique. Ce n’est qu’en fin de parcours que l’artiste va enfin empoigner une gratte électrique et clore ainsi une jolie prestation. Bravo et à tout à l’heure…

Les roadies s’affairent et on observe, sur l’estrade, la présence d’une belle panoplie d’instruments. Des guitares, deux basses, un violoncelle, une clarinette et un saxophone posés sur leurs socles respectifs. Un piano, deux claviers, un vibraphone et un kit minimaliste de batterie. En fait, le même qui a servi pour le collaborateur de David Kitt. Il est placé à l’extrême droite de l’estrade, de profil. Vers 9h30, le septuor entre sur scène. Le titre maître du dernier elpee, « Falling down a mountain » ouvre le concert. Trois guitares au menu. Pas encore celle de Stuart A. Staples (NDR : qu’il troquera parfois pour une acoustique ou l’abandonnera circonstanciellement pour se consacrer exclusivement au chant), puisqu’il se réserve un melodica. Kitt est passé au vibraphone et le saxophoniste (NFR : un grand chauve !) a empoigné son violoncelle pour le paso doble « Sometimes it hurts ». Ce dernier, malgré son immense carcasse, se révèle discret mais terriblement efficace. Il porte un gilet, comme Stuart et le drummer (un musicien de couleur noire, particulièrement habile). Les trois autres, soit le bassiste/guitariste et les deux David (Boulter et Kitt) sont vêtus d’un costard, même si Boulter enlèvera sa veste, après quelques morceaux. Pas de cravate, cependant. Mais des chemises blanches, sauf le gratteur solo. La voix de Stuart passe vraiment bien. Il ferme souvent les yeux, un peu comme s’il était dans un autre monde, en recroquevillant son poignet gauche contre sa hanche. Kitt, le bassiste/guitariste et le drummer se chargent des backing vocaux. David, excelle même dans les contre-voix. Neil Fraser change de guitare, pratiquement à chaque morceau. Il alterne entre une drôle de sèche et deux électriques : une vielle (de couleur bleue) et une neuve (rouge clinquant !) « She rode me » est imprimé par le drummer sur le rythme du chemin de fer. Lors du ‘nightclubbien’ « Dyin slowly/Peanuts », Stuart a sorti un harmo de sa poche, dans lequel il souffle, en fin de morceau. Malgré son intro nerveux au violoncelle, « Raindrops » réveille un peu tout le monde. Une compo vivifiante, intense, que le drummer va fédérer de ses interventions remarquables et dont l’apothéose électrique (quatre six cordes !) va soulever l’enthousiasme du public. Fabuleux ! Tel un bruit d’horloge, un métronome donne le tempo à « Marseilles sunshine ». Serait-ce la montre du lapin, dans ‘Alice au pays des merveilles’ ? Les claviers légers et vaporeux s’infiltrent dans la mélodie. Le violoncelliste pince ses cordes. Mais le climat s’enflamme à nouveau pour l’excellent « Tyed », un morceau plus rythmé, au cours duquel Neil se sert d’un archet, pour frotter les cordes de son manche. Dominé par le saxophone, dynamisé par les grattes électriques et caractérisé par les superbes échanges vocaux entre Stuart et Kitt, « Black Smoke » poursuit dans le rythme. Et après deux chansons plus mélancoliques, le set s’achève par « Harmony around my table », une compo plus intense et rythmée, bien sûr. Ovation !

Après quelques minutes, la troupe revient sur les planches. A deux reprises. D’abord pour deux titres. Puis pour un dernier, « Can we start again », une plage allègre au cours de laquelle les musiciens frappent des mains et invitent les spectateurs à les accompagner. Ah oui, à la question de la compo, après un tel concert de Tindersticks, on peut répondre oui. Et on y sera…

Pour que votre info soit complète, sachez que le sonomètre a rarement dépassé les 90db. Ce qui explique que le lendemain, on ne souffrait pas d’acouphènes…

(Organisation Democrazy Gand)

Tindersticks

Falling Down A Mountain

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En 1993, un véritable OVNI traverse le paysage déjà fort brillant de la pop britannique. Son patronyme ? Tindersticks. Or, à l’époque, les médias belges n’ont d’yeux (NDR : et d’oreilles) que pour dEUS. Et pourtant, le combo belge n’avait pas particulièrement innové. En fait, il avait simplement pris le train en marche, un convoi tracté alors par deux locomotives venues d’outre-Manche : The Auteurs et Tindersticks…

Dix ans plus tard, la carrière du groupe de Nottingham commence cependant à s’essouffler. Et la confection d’un décevant « Waiting for the moon » en est une parfaite illustration. D’ailleurs, Stuart Staples, se lance parallèlement, dans une carrière solo. En 2008, la formation se rappelle à notre bon souvenir, en éditant « The Hungry saw ». Mais le combo a été remanié. Et le plus regrettable, c’est manifestement le départ d’un des membres fondateurs, Dickon Hinchliffe. Depuis, le line up du band a encore changé. Et des débuts, il ne reste plus que le drummer/percussionniste David Boutler ainsi que le chanteur au baryton si caractéristique, Stuart Staples.

L’opus recèle ses inévitables ballades traditionnelles. Celles qu’on écouterait volontiers un dimanche bien pluvieux, histoire de s’enfoncer encore plus dans la déprime. Réminiscente de « Night in », plage issue du premier elpee, « Factory girls » en est la plus belle illustration. Et « Keep you beautiful » n’est pas non plus de nature à révolutionner le paysage sonore des Tindersticks. A l’instar de l’interlude « Hubbards hills » (NDR : un clin d’œil adressé à Ennio Morricone ?) et du morceau final, « Piano music », les instrumentaux –quoique agréables à écouter– s’inscrivent dans la lignée des compos destinées aux B.O. de films comme ‘Nénette et Bonni’ ainsi que ‘White material’, dont la sortie officielle est prévue pour le cours de cette année. Entrons maintenant dans la quintessence de l’œuvre. Amorcée par le surprenant titre éponyme qui ouvre le long playing. Un titre audacieux de 6 minutes 34, dont les cuivres et les percus montent en crescendo pour se muer en cacophonie maîtrisée. En général, les artistes placent ce type de compo en fin de parcours. Voire même en finale. Mais Tindersticks a toujours aimé brouiller les pistes. « Harmony around my table » agrège le profil le plus allègre de Belle & Sebastian et l’instinct flower power de Devandra Banhart. Sur « Peanuts », Stuart échange un duo étonnant en compagnie de la vocaliste canadienne Mary Margaret O'Hara, une plage au cours de laquelle harmonica et cuivres entretiennent tour à tour un climat de douceur ou de surprise. A contrario de son titre, « Black smoke » trace un véritable arc-en-ciel sonore. C’est aussi le morceau-phare de l’elpee. A l’instar de l’image reproduite sur la pochette (on imagine un volcan en éruption au beau milieu des montagnes), cet album est d’ailleurs beaucoup plus coloré que tout ce que Tindersticks a pu nous réserver à ce jour. Et si l’aspect mélancolique est encore bien présent, il n’est plus omniprésent. Même que circonstanciellement, en mêlant pop, jazz et folk déjanté, certaines compos me rappellent un certain Gallon Drunk.

Et pour que votre info soit complète, sachez qu’une partie des sessions d’enregistrement a été opérée au sein des studios ixellois ICP. Enfin, le groupe se produira ce 13 mai 2010 au Cirque Royal, dans le cadre des Nuits Botanique.

 

Tindersticks

The Hungry Saw

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Tindersticks fait partie de ces groupes qui peuvent se vanter de posséder un son unique, doublé d’une intégrité à toute épreuve. A chaque disque, on se retrouve en territoire connu, et pourtant l’excitation reste intacte tant la bande à Stuart Staples parvient à se renouveler à l’intérieur de son propre univers.

C’est un instrumental étonnant qui vient inaugurer le premier disque des Anglais depuis cinq ans. Sur quelques notes rêveuses de piano viennent progressivement se greffer une basse, un orgue, un xylophone et enfin un violon, comme autant d’acteurs arrivant humblement sur scène. On retrouve ensuite, le temps d’un « Yesterday Tomorrows » classieux, la voix de Stuart Staples, noble et grave, toujours retranchée dans cet espace si particulier, entre inquiétude et sensualité. S’ensuivent une série de paysages magiques, que l’on foule à moitié endormi, bercé par le piano hypnotique de « Feel The Sun » ou flânant sur les routes sinueuses de l’entêtant « The Hungry saw ».

Tindersticks a atteint sur ce disque –certainement l’un de ses meilleurs– la quintessence de son style. Il n’est pas ici question de profonde remise en question. On y retrouve le minimalisme soul de « Simple Pleasure », les couches de violon bouleversantes de « Curtains » et le son plus rêche des premiers albums. Pourtant, rien  ne ressemble à une redite. De la guitare furieuse et incontrôlable surgissant au terme de « Mother Dear » au piano lunaire de « The Other Side of the World », nombreuses trouvailles et ambiances variées écartent toute possibilité de lassitude.

Tindersticks vogue dans sa bulle, loin des modes et des poses tapageuses. Toujours lyriques mais jamais sirupeux, non pas ringards mais définitivement hors du temps, les Anglais sont des amis précieux, fidèles, chez qui on aimera encore longtemps se réfugier lorsque le bruit du monde au-dehors effraie et que l’âme cherche l’apaisement.

 

Tindersticks

Bareback - Nine Films by Martin Wallace

Dix années de clips, compilées dans ce bel objet, sans fioritures (entendez : bonus) ni pose marketing. De 1993 à 2003, Martin Wallace a confectionné neuf vignettes visuelles pour accompagner l’univers musical des Tindersticks : élégiaques, altières, sombres ou légères, en fin de compte profondément humaines, à l’image du groupe. Neuf clips, loin des clichés du genre, qui s’emparent de la poésie d’un Ken Loach (période « Kes ») et du Free Cinema. Neuf bonnes raisons d’aimer encore plus « Sometimes It Hurts », « City Sickness » ou « Bathtime ». Un couple mime l’acte sexuel, habillé, en surimpression (l’instrumental « The Art of Love Making ». Une attraction foraine, un « saladier » à la « 400 Coups », un motard acrobate, de l’amour (« Sometimes It Hurts »). Des rondes de nuit, un bébé dans son landeau, la nuit, Soho, l’errance (« City Sickness »). Du noir, du blanc, entre les deux de la grisaille, du shopping, Cassavetes, un couple (encore), et de l’amour (toujours ?) (« Travelling Night »). Le groupe en live, la caméra qui danse, au milieu avec Stuart Staples, d’une beauté ténébreuse. La classe (« Bathtime »). Des visages de femmes. Des yeux. Des bouches. Des décolletés. Et le groupe, spectateur de cette féminité dans toute sa splendeur, féconde, sensuelle et inquiète (« Can We Start Again ? »). Un étrange ballet à la Berkeley, des danseuses au galbe hypnotisant, une rengaine populaire, du music hall, des plumes, et Stuart Staples qui sourit, crooner (« Rented Rooms »). Une coiffeuse, l’attente sensuelle, la peur de l’inconnu, l’amusement d’un enfant (« Don’t Ever Get Tired »). Un split screen, Prague, un homme, une femme, se rencontreront-ils ? Quatre minutes de solitude, ici, ailleurs, le coup de foudre existe-t-il ? (« Can Our Love »). Neuf impressions fugaces d’un instant de bonheur, de doute et de sérénité. Neuf façons de voir les choses, de les mettre en musique. Un petit bout de vie, avec les Tindersticks.

 

 

Tindersticks

En attendant la lune...

A l'occasion de la sortie du nouvel album de Tindersticks, " Waiting for the moon ", nous avons rencontré le pianiste du groupe, David Boulter. A la fois compositeur de certains titres et faux frère de Stuart Staples, David Boulter n'aura de cesse, pendant cette interview, de clamer son bonheur. Pour lui, cet album pourrait bien être le meilleur des Tindersticks, après les débâcles qu'a connues le groupe il y a quelques années (à l'époque de " Simple Pleasure "). Aujourd'hui soudés comme jamais, les six Anglais s'avouent satisfaits et sereins. A l'écoute, ces sentiments se traduisent par une certaine lumière, filtrée par la voix de Stuart et par son écriture, libre et aventureuse, par moment même presque guillerette. Un mot reviendra sans cesse pendant cette rencontre : " naturel ". Comme si David Boulter et ses collègues voulaient à tout prix nous convaincre que cet album avait été enfanté, non pas dans la douleur, comme ce fût déjà le cas par le passé, mais dans une atmosphère parfaitement détendue. Les Tindersticks se lâchent enfin : ça fait du bien…

Avant de parler de " Waiting for the moon ", peux-tu nous raconter ce qu'a vécu Tindersticks au cours de ces deux dernières années, depuis ce dixième anniversaire célébré ici, au Botanique, il y a deux ans ?

Nous avons beaucoup joué pour promouvoir " Can Our Love… ", qui paraissait au même moment, puis nous avons bossé presque plein temps… Cette tournée était assez imposante, avec l'orchestre, les cordes, les chœurs, … Mais au lieu de nous reposer et de calmer le jeu, nous nous sommes directement attelés à la composition d'un nouvel album.

Ce fut un processus difficile ?

Pas vraiment difficile, mais long, parce deux d'entre nous avons maintenant des enfants, ce qui fait qu'on ne pouvait pas se concentrer à 100% sur l'album… Il y eut pas mal de pauses. Sans cela, on aurait pu le terminer l'été dernier.

" Can Our Love… " possédait une tonalité très soul, avec des chansons qui s'entremêlaient, se fondaient l'une dans l'autre. Pour celui-ci, c'est encore autre chose… Une constante, finalement, dans l'histoire du groupe.

C'est vrai. Il y a quelques idées sur " Waiting for the moon " qui datent de " Can Our Love… ", mais qui ne correspondaient pas vraiment à la texture générale de l'album, qui n'auraient pas pu s'épanouir dans le canevas qu'on avait mis en place. Quand nous avons commencé à composer ce nouvel album, nous voulions vraiment faire un album cohérent de bout en bout, sans baisses de tension, ce qui était trop le cas avec " Can Our Love… " et " Simple Pleasure ". Le problème avec ces deux disques, c'est qu'on a l'impression que certaines chansons manquent ou que d'autres sont tellement fortes qu'elles éclipsent le reste. Pour celui-ci, on était tous d'accord pour essayer d'éviter cela. Et surtout, que tout le monde soit cette fois-ci sur la même longueur d'onde : il est fini le temps où chacun suggérait une idée et désirait la retrouver sur le disque, en dépit d'une certaine homogénéité.

Pourtant on sent encore une fois cette volonté d'expérimenter, notamment avec ce " Just a dog " aux consonances country…

Je crois qu'il est très important pour nous de toujours essayer un tas de choses différentes… On a toujours voulu se départir de cette habitude qu'ont les journalistes de nous coller l'étiquette " rock ". Je pense qu'avec ce disque, nous avons essayé de revenir à un son plus expérimental, de tenter encore plus de choses… Même si c'est toujours ce que nous avons fait par le passé, genre utiliser un tas d'instruments plus différents les uns que les autres. Ca nous vient plutôt naturellement, en fait !

Il n'empêche que les chansons de cet album semblent plus évidentes qu'auparavant.

Comme tu disais, les chansons de " Can Our Love… " ressemblaient plus à des jams, qui se chevauchaient… Ici, la plupart des chansons sont davantage écrites : nous savions exactement quelles directions elles devaient prendre, avec de vrais couplets-refrains. Je pense aussi que les arrangements de cordes sont les meilleurs que nous ayons faits jusqu'ici.

Et puis il y a ce duo, une autre constante chez vous… Qui est cette femme qui chante sur " Sometimes It Hurts " ?

C'est Lhasa de Sela, une chanteuse québecquoise aux origines mexicaines. Elle chante en français et en espagnol. Ian Caple, notre producteur, avait déjà travaillé avec elle par le passé, et comme elle a une sacrée voix, il nous a passé ses disques pour qu'on se fasse une idée. C'est toujours intéressant de collaborer avec des personnes extérieures au groupe, surtout pour Stuart (NDR : Staples, le chanteur), parce qu'il écrit souvent des chansons comme des histoires, qui se prêtent bien à ce genre de duos.

Comment l'avez-vous rencontrée ?

Nous l'avons tout simplement appelée, et elle fut directement intéressée. Elle est donc venue nous rejoindre à Londres pendant quelques jours.

Elle a une drôle de voix… Peut-être à cause de ses origines !

Quand tu écoutes ses propres albums, sa voix est vraiment au centre de la musique. Et le fait qu'elle chante en français et en espagnol renforce encore ce côté atypique, surtout pour nous qui ne comprenons pas ces deux langues… Sa voix sonne comme un instrument à part entière : c'est bien plus que quelqu'un qui, simplement, chante. Nous avons aussi fait beaucoup de duos avec des gens qui au départ n'étaient pas nécessairement des chanteurs, comme Isabella Rossellini. C'est très excitant de collaborer avec des personnes qui ont de fortes personnalités… Mais c'est vrai que ça fait parfois du bien de travailler avec quelqu'un qui possède une vraie base musicale, qui sait comment chanter.

Justement, concernant les voix et les duos, on a l'impression que Dickon Hinchliffe, votre violoniste, chante davantage sur ce disque. Il y a de plus en plus un équilibre vocal entre Stuart et lui.

Oui, et il écrit de plus en plus de paroles aussi… C'est pour cela qu'ils chantent davantage ensemble. C'est vraiment génial que deux personnes du groupe écrivent des chansons, même si ça rend parfois caduque l'équilibre de Tindersticks… Je ne sais pas (hésitant)… On verra bien ce qui va se passer… Ses chansons sont en tout cas très belles, très Tindersticks. Il s'investit de plus en plus dans le chant en tout cas, ça c'est clair, surtout depuis " Can Our Love… ". Mais c'est vraiment la première fois qu'il signe lui-même certaines des compositions.

Comparé à vos précédents albums, il y a vraiment un dialogue entre eux deux, comme un jeu de questions/réponses.

Oui, je suppose… Ce fût très difficile à faire : nous avons passé toute la période de Noël à tenter de faire fonctionner les chansons les unes avec les autres. Les gens voient souvent Stuart comme quelqu'un qui aime chanter avec un partenaire… Je ne sais pas… C'est assez étrange !

" Waiting for the moon " sonne assez relax, tout en étant très (bien) produit. Quelle fût l'importance de Ian Caple dans l'étape de production du disque ?

Cette fois, Ian et Stuart ont plus travaillé à quatre mains. Mais dans un certain sens, les chansons n'avaient pas besoin d'être fort produites. Elles possédaient une sorte de feeling naturel qui se suffisait à lui-même. Stuart a quand même beaucoup investi de son temps et de son énergie pour peaufiner ces chansons, dans le home studio qu'il s'est construit chez lui. Quant à Ian, je pense qu'il comprend très bien ce vers quoi nous voulions tous tendre. Il arrive toujours à trouver ce qui manque quand nous-mêmes nous n'y parvenons pas.

C'était donc davantage une collaboration, cette fois, entre lui et Stuart ?

On travaille avec Ian depuis si longtemps maintenant que je ne le vois même plus comme notre producteur. On est vraiment sur la même longueur d'ondes : il sait ce qu'on veut, quel son nous correspond, surtout au moment de l'enregistrement. Il est plus comme une sorte d'ingénieur du son en fait ; le genre à travailler avant tout sur les sonorités qui nous conviennent, contrairement à ce qu'il peut faire avec d'autres groupes.

Que signifie le titre de l'album, " Waiting for the moon " ?

C'est juste le titre d'une des chansons, celle qui donne le plus à l'album ce sentiment de naturel : on sent que c'est un morceau qui a été enregistré à la maison, puis sur lequel Stuart est venu poser sa voix, tranquillement… C'est ce feeling qui primait vraiment pendant toute la conception du disque… Il n'y a jamais eu de grandes discussions quant aux titres à donner à nos chansons : ça vient naturellement, quand on le sent. C'est un peu ça le message.

Et " 4.48 Psychosis ", alors ! ?

Cela vient d'une pièce de théâtre de Sarah Kane, qui s'est suicidée il y a quelques années.

Ce qui explique le fait que Stuart parle, monologue, au lieu de chanter ?

Exact. Nous avons donné des concerts au Royal Court de Londres, où il n'y a jamais de concerts, seulement des représentations théâtrales, et surtout d'auteurs contemporains. C'est là qu'on a entendu parler de Sarah Kane. Et puis jouer là, c'était comme un défi qu'on avait envie de relever.

Ca vous arrive de composer pour le théâtre ?

Non, mais dans ce cas-ci, Stuart se sentait proche de Sarah Kane. Elle était gravement dépressive, tu le sens quand tu lis ses pièces… C'était vraiment pour elle une sorte d'échappatoire, d'exorcisme. C'est la même chose quand Stuart écrit des chansons : il essaie de faire sortir des sentiments profonds, de les extérioriser.

Vous vous êtes ici inspirés d'une pièce de théâtre, mais vous avez aussi composé pour le cinéma (NDR : " Nénette et Boni " et " Trouble Every Day " de Claire Denis). Comment ça se passe exactement ?

Je pense que c'est différent pour chaque groupe qui a la chance de travailler sur la musique d'un film. Je crois que Stuart n'est influencé par rien en dehors de ses propres démons intérieurs. C'est un peu la même chose avec Claire Denis. Travailler avec elle fût très étrange, parce que tout le monde s'attendait à ce qu'on fasse une BO. Tout le monde a toujours qualifié notre musique de " cinématographique "… C'est pour cela qu'on s'est jeté dans l'aventure, comme si c'était naturel, tout en sachant qu'on ne voulait pas faire une BO traditionnelle…

Deux BO pour Claire Denis : est-ce que c'est une collaboration que vous aimeriez prolonger ? Vous sentez-vous proches de son univers ?

Je pense que sa manière de faire des films est similaire à notre manière de faire de la musique. Comme je le disais, ça vient de l'intérieur. Une fois qu'elle a une idée dans la tête, elle essaie par tous les moyens de l'exprimer à l'image. Nous aimons vraiment l'esthétique de ses films, surtout " Trouble Every Day ", que beaucoup de gens ont pourtant détesté à cause de sa violence et de son histoire (NDR : une romance sanguinaire entre deux cannibales, interprétés par Vincent Gallo et Béatrice Dalle). Pourtant c'est vraiment un truc à voir ! La manière dont elle filme est simplement incroyable, vraiment.

L'image, c'est important pour vous ?

Au début ça l'était. Maintenant beaucoup moins. Je pense qu'on en est venu naturellement à cette situation de tous porter des costumes, d'avoir ce look… C'est la même chose concernant les cordes, les violons… Peut-être que les gens croient toujours que Tindersticks est un groupe à orchestre ; mais c'est vraiment une image qu'on essaie aujourd'hui de briser. Pour la prochaine tournée, on essaiera juste d'être nous-mêmes… Je ne pense pas qu'on doive de toute façon se créer une identité pour exister : juste être naturel.

Dommage : c'est super branché en ce moment de jouer en costumes…

Je suppose que quand on a commencé, c'était pour marquer le coup. Jouer, c'est comme sortir un vendredi soir : tu veux être classe. Aujourd'hui, c'est juste devenu naturel, ça ne m'ennuie pas.

Je me suis toujours demandé comment vous pouviez supporter ces costumes en plein concert… Vous mettez du déo, au moins ?

Je me rappelle la première fois que nous sommes allés à New York, c'était en plein été, il faisait terriblement chaud, et on portait ces costumes… Tout le monde était en short et nous regardait de travers ! Pourtant, à cette époque, ça faisait du bien de se sentir différent. Je pense que nous sommes différents, mais maintenant on ne ressent plus le besoin de le montrer à quiconque. C'est comme ça, et voilà.

" Waiting for the moon " est en tout cas le genre de disque parfait à écouter un dimanche d'été ! Il donne envie de se la couler douce.

Je suppose que c'est dû au fait que la plupart des gens considèrent notre musique comme étant sombre : cela a sans doute affecté notre manière de composer cet album, de manière plus légère et reposante. Je pense qu'au fil des années, le chant de Stuart est devenu plus naturel. Il se bonifie avec le temps. Mais notre intention n'était pas de faire des chansons enjouées : c'est juste venu comme ça. Je pense que ça a beaucoup à voir avec le fait qu'on voulait tous faire un disque qui soit écouté par le plus de monde possible, et qui soit, surtout, composé dans une ambiance sereine.

Tindersticks, ce sont toujours les mêmes six personnes ?

Oui. Je pense qu'on est passé par des périodes difficiles, durant lesquelles certains se sont un peu perdus… Mais avec cet album, l'entente entre nous est à nouveau au beau fixe !

Une dernière question, pour la route : il y a deux ans, vous avez fêté vos dix ans de carrière ici, en Belgique. Pourquoi ce choix ?

On avait été approché par le Botanique, qui voulait organiser plusieurs soirées en notre honneur. Comme nous ne voulions pas seulement jouer trois ou quatre soirs d'affilée, on s'est dit qu'il fallait faire quelque chose de plus intéressant, dont les gens pourraient vraiment se souvenir. On a commencé à réfléchir à une expo de photos et de matériels, et petit à petit cette idée est devenue une occasion pour nous de célébrer notre anniversaire en grandes pompes ! On avait déjà réalisé plus ou moins la même chose à Londres, mais nous nous étions limités à des concerts ; et puis Londres, ça faisait un peu trop " autochtones ", genre " c'est d'ici que nous venons, que vient notre musique "… Je pense que nos fans ne sont pas typiquement anglais, mais viennent de tous les pays d'Europe : la Belgique, par son emplacement central, se prêtait donc bien à ce genre d'événement.

 

 

 

 

Tindersticks

Waiting for the moon

Il y a deux ans, les Tindersticks prenaient la tangente soul avec " Can Our Love… ", une collection magique de chansons brouillées et mélancoliques, plus proches des Temptations que de Lee Hazlewood. Ce nouvel album célèbre un retour aux sources pour Stuart Staples et ses cinq fidèles destriers : avec ses pluies de cordes et ses voix empruntées, ses atmosphères enfumées et ses histoires d'amour déchu, " Waiting for the moon " lorgne ainsi du côté des trois premiers albums du groupe. Seule différence, mais elle est de taille : cette lumière caressante qui donne à plusieurs titres (" Until the morning comes ", " Sweet memory ", " Just a dog ") une patine presque estivale. Les Tindersticks, nouveaux bourreaux des cœurs de nos après-midi d'été ? Presque, s'il ne fallait compter sur les textes de Stuart, encore plongés dans la pénombre… Sa voix, elle, n'a jamais été si claire et précieuse : à cet égard, " Until the morning comes ", " Trying to find a home ", " Sometimes it hurts " (avec la chanteuse québecquoise Lhasa de Sala) et " My oblivion " sont de véritables perles. De la dernière période (" Simple Pleasure " et " Can Our Love… "), les Anglais n'ont retenu que les chœurs (" Say goodbye to the city ", " Trying to find a home ", " My oblivion "), ainsi que quelques cuivres discrets, voire du xylophone (la comptine éponyme, artisanale mais touchante) et du banjo (" Just a dog ", presque country). Mais le véritable tour de force de ce disque est atteint par la prestation étonnante de Stuart sur " 4.48 Psychosis ", en fait un texte de Sarah Kane, une jeune auteur de théâtre qui s'est suicidée il y a quelques années. Sur un déluge sonique lascif et rampant à la Velvet Underground, Stuart récite d'une voix douce mais quasi-monocorde, une litanie féroce et dépressive, dont lui seul semble percer les secrets. Du grand Tindersticks, ni boursouflé (" Curtains ") ni trop hanté (" Simple Pleasure "). En fin de compte, que le meilleur du groupe.

Tindersticks

Can our love...

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Il existe des groupes qu'on ne voudrait jamais voir changer. "Simple pleasure" (1999) nous proposait une définition personnelle d'une certaine musique pop. Pour un résultat mitigé. Peu habitué à de tels penchants ‘guillerets’, Tindersticks se taillait, selon moi, un costume dépareillé, certainement pas étroit, après 3 albums trempés dans une certaine langueur et une mélancolie affirmée. "Can our love..." est un véritable retour aux ambiances qui ont installé le groupe. Pour quel résultat ! Cet album est maîtrisé de bout en bout, c'est une évidence. Tout est dosé, placé avec parcimonie, élégance et discrétion. Voici donc la synthèse parfaite (ultime ?), reprenant les différentes lignes de force de toutes les précédentes plaques. Que se soit dans les cordes, les cuivres, les guitares ou encore le chant, tout ce qui caractérise Tindersticks est ici présent. Du véritable travail d'esthète.

 

Tindersticks

Trouble every day O.S.T.

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La bande sonore du dernier film de Claire Denis, "Trouble every day", a donc été réalisée par Tindersticks. Un long métrage qui a suscité la controverse, lors de sa projection, au dernier festival de Cannes. En cause : son thème central qui gravite autour du sexe et du cannibalisme. Pour enregistrer cette musique, Tindersticks s'est entouré d'une bonne vingtaine de collaborateurs ; et en particulier de nombreux violonistes, quelques violoncellistes et des cuivres. Une sorte de mini orchestre symphonique, si vous préférez. Il faut cependant attendre le morceau final de ce disque (NDR : et également titre maître) avant que l'œuvre ne sorte d'une certaine torpeur. Un fragment qui s'inscrit d'ailleurs dans la lignée du blues claustrophobe dispensé tout au long de " Curtains ". En fait, sans son support visuel, les longs développements minimalistes finissent par nous plonger dans un profond ennui. Pour inconditionnels seulement !

 

Tindersticks

Curtains

Evidemment, si vous êtes déprimés, ce n'est pas vraiment le style de disque qui va vous remonter le moral. Normal, puisque la plupart des chansons issues de ce " Curtains " sont empreintes de mélancolie, de tristesse et de désespoir. Et l'humour sous-jacent supposé imprégner les lyrics, plutôt sombre. Ce qui n'est pas fait pour détendre l'atmosphère. Que nous pourrions qualifier de lourde et tendue. Surtout lorsque la voix confessionnelle, nicotinée de Stuart Staples paresse pathétiquement sur la mélodie. Heureusement, les compositions de ce " Curtains " ne sont pas toutes calquées sur un profil aussi désespéré. Ce qui permet ainsi de pouvoir écouter l'œuvre d'une seule traite (NDR : plus d'une heure quand même !) sans tomber dans la sinistrose. " " Buried bones ", par exemple, titre sur lequel Stuart partage le chant avec la vocaliste de Bongwater, Ann Magnuson, bénéficie d'arrangements symphoniques clinquants, luxuriants ; " Tonight are you " et " Let's pretend " épousent un tempo paso doble, magnifié par un duo de cuivres mariachi, alors que " Dancing " est torturé par le violon grinçant, spectral de Dickon ; et enfin, " I was your man, bathtime ", dont les accès de basse sourds, glacés, réveillent en notre fors intérieur, le spectre de Joy Division...

 

Tindersticks

The Tinderstick´s second album

Comme son titre l'indique, "The Tindersticks' second album" constitue le deuxième opus de ce sextuor insulaire. Si le premier elpee était forgé dans une structure plus conventionnellement rock, le violon, la trompette, la guitare, la basse et la batterie se fondent ici très pudiquement dans l'ensemble et permettent aux arrangements symphoniques, pour la plupart assurés par le College Orchestral de Goldsmith, de mieux mettre en exergue le piano de Dave et la voix triste, caverneuse, nicotinée par la compassion de Stuart. Une œuvre assez ambitieuse, mais étonnante qui dépasse septante minutes pour seize fragments. Parmi lesquels figure la chanteuse des Walkabouts, Carla Torgenson, à l'occasion d'un duo accompli en compagnie de Stuart sur "Travelling light". Seize chansons qui ont été enregistrées au Conny Plank de Cologne, avant d'être reciselées dans les studios d'Abbey Road ou tout simplement à l'aide de leur propre ‘24 pistes’. Toutes les émotions diffusées sont filtrées subconsciemment à travers des idées et des images sur le cinéma, la TV et les magazines. Et génèrent une mélancolie à l'humour insidieux, une romance urbaine, nocturne, presque palpable, un parfum des rues de Londres, les jours de pluie...

 

Tindersticks

Tindersticks

Tout comme pour Suede et The Verve en 1992, le Melody Maker a de nouveau surpris tout son lectorat en plébiscitant le premier opus de Tindersticks comme meilleur album de l'année. Nous on veut bien, mais sans promo, il était difficile de jauger le véritable potentiel de ce groupe insulaire (Nottingham). Heureusement, nous sommes aujourd'hui en mesure de vous décortiquer ce CD. D'abord vous en aurez pour votre argent, car ce disque flirte allègrement avec les septante-sept minutes. Vingt et un titres autobiographiques nés de la conjugaison des esprits torturés, malicieux, inspirés, de Neil Fraser et de Stuart Sticks. Un Stuart Sticks dont la voix grave sinistre épouse le timbre vocal de Ian Curtis. Vous pensez à Joy Division? Vous n'avez pas tout à fait tort. Cependant chez Tindersticks l'instrumentation est plus riche, moins linéaire, épousant davantage les perspectives tracées par Crime & The City Solution ou les Triffids que celles développées par le mythique ensemble de cold wave. Claviers vertigineux ou piano spectral, basse ténébreuse, guitare torturée et violon angoissant obéissent parfaitement à une expression romantique qui macère dans la mélancolie, la tristesse, la colère, l'obsession ou la jalousie. Une œuvre fascinante qui dans ses moments les plus douloureux épanche l'émotion la plus pure...