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Widowspeak

Les roses de Widowspeak

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Widowspeak annonce la sortie de « Roses », un nouvel opus attendu le 5 juin chez Captured Tracks. Le premier extrait, « If You Change », donne déjà le ton de ce disque, où le duo new-yorkais poursuit une trajectoire entamée il y a plus de quinze ans. Sans chercher l’effet, le morceau déploie des guitares aériennes, un refrain ample et cette manière très particulière qu’a la formation d’installer une tension feutrée. On y retrouve aussi ce léger twang qui évoque parfois une Amérique nocturne et cinématographique.

Molly Hamilton rattache « If You Change » à une réflexion sur la peur du changement et sur ces choses que l’on préserve au point de les soustraire à toute vie. Dans son esprit, l’obsession de l’état impeccable aussi qu’un objet n’a pas servi, n’a pas été aimé, et n’a donc jamais pu accomplir ce à quoi il était destiné. Cette idée irrigue le morceau sans l’alourdir, en lui donnant une portée intime plutôt qu’abstraite.

Formé par Hamilton et Robert Earl Thomas, Widowspeak signe ici son septième elpee. Né dans le bouillonnement new-yorkais de la fin des années 2000, le duo a d’abord circulé de salle en salle, entre lieux aujourd’hui disparus et local de répétition à Monster Island Basement. Désormais mariés, les deux musiciens continuent de mener leur projet en parallèle de leurs activités respectives : lui comme charpentier, elle dans le service. Ce nouvel enregistrement s’ancre d’ailleurs dans une matière très quotidienne. Pas de grands effets dramatiques, mais une attention portée aux gestes ordinaires, au travail, aux journées qui se répètent, aux petits décalages du réel : servir de l’eau, tomber malade un jour de repos, rêver d’un gain de loterie ou comprendre que l’essentiel est peut-être déjà là.

Le long playing a été capté en janvier à l’Old Carpet Factory, sur l’île grecque d’Hydra, dans un studio aménagé au sein d’une ancienne maison accrochée aux hauteurs du village. En hiver, le lieu retrouve son calme, loin du flux touristique. Autour du tandem, les fidèles Willy Muse, John Andrews et Noah Bond apportent leur concours à l’instrumentation. Une fois les prises terminées, le disque est repassé par leur base, puis affiné sans précipitation avant le mixage assuré par Alex Farrar au Drop of Sun Studios et le mastering confié à Greg Obis à Chicago.

Hamilton évoque aussi la vidéo de « If You Change », nourrie par le souvenir de The Velveteen Rabbit, l’un de ses livres d’enfance. Elle se rappelle notamment une cassette VHS sur laquelle Meryl Streep lisait le texte sur des images animées par de lents panoramiques. Restée très présente dans sa mémoire, cette référence a fini par guider l’approche visuelle du morceau. La chanteuse y voit un écho direct au cœur du récit : c’est parce qu’une chose est aimée qu’elle devient réelle. Une idée simple, qui rejoint discrètement le fond de la chanson.

Au fil de ses dix titres, « Roses » observe les espaces intimes et les variations de l’attachement sous un voile légèrement nostalgique. La musique du duo conserve cette densité trouble qui lui appartient depuis ses débuts : quelque chose de doux, sombre et enveloppant à la fois, sans surcharge. Widowspeak continue surtout d’exceller dans l’art de créer un climat, en laissant respirer ses chansons plutôt qu’en les poussant vers l’emphase.

Dans ce nouvel opus se croisent dream pop, power pop, ballades étirées et réminiscences américaines qui peuvent rappeler aussi bien les Stones que Tom Petty, R.E.M., Yo La Tengo ou Cat Power. On pense parfois à Neil Young dans certaines notations liées au travail au diner. Mais l’essentiel se joue ailleurs : dans le dialogue entre la voix souple de Molly Hamilton et la guitare plus nerveuse de Robert Earl Thomas. Comme producteur, ce dernier préserve en outre une part de spontanéité, en laissant subsister dans les morceaux la matière brute des premières esquisses, les aspérités des prises et une dose de bruit qui donne du relief à l’ensemble. Le titre de clôture, « Hourglass », résume bien cette orientation : une manière sobre d’aborder ce qui passe, ce qui s’effrite et ce qui demeure.

Le clip de « If You Change » est disponible

 

 

Widowspeak

The Jacket

Écrit par

Issu de Brooklyn, Widowspeak est un duo qui compte aujourd’hui plus de 10 années d’existence. A son actif, six elpees, mais il n’est véritablement reconnu à sa juste valeur que depuis 2020, lors de la sortie de son quatrième opus, « Plum ». Et le nouvel LP, « The jacket », semble épouser la même courbe.

Molly Hamilton et Robert Earl Thomas tentent habilement de mixer les sonorités urbaines new-yorkaises chères au Velvet Underground aux ambiances plus country que n’auraient par reniées Neil Young. Concept album, « The Jacket » aborde les problèmes de couple à travers des morceaux nappés de guitares mélancoliques, chargés de reverb’ et tapissés d’orgue Hammond. Le tout est magnifié par la voix ouatée de Molly Hamilton…

Quand la dream-pop de Beach House rencontre le rock des Modern Lovers !

Widowspeak

Plum

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Widowspeak est un duo réunissant la chanteuse Molly Hamilton et le guitariste Robert Earl Thomas. Lors des sessions d’enregistrement de cet elpee, le duo new-yorkais a reçu le concours du pianiste Michael Hess ainsi que du préposé aux synthés et à la basse, Sam Cohen. « Plum » constitue le 5ème album de Widowspeak, une œuvre qui a bénéficié du mixing d’Aldous Harding (PJ Harvey, Aldous Harding, Perfume Genius) et de la mise en forme de Sam Evian. Alias Sam Owens, il milite également chez Celestial Shore.

La musique de Widowspeak baigne au sein d’une forme de dream pop illuminée par la voix diaphane et nonchalante d’Hamilton, une voix rappelant très souvent celle de Hope Sandoval (Mazzy Star). Elle y chante des compos dont les lyrics posent des réflexions personnelles sur nos angoisses existentielles au sein d’une société de consommation rongée par le capitalisme.

Même si parfois le tempo peut se révéler offensif, les morceaux sont particulièrement raffinés. Les interventions de guitare tour à tour en picking, surf (« Even true love », une pisite qui arait pu figurer au répertoire de Chris Isaak)), en boucle (« Money ») ou rythmiques (« Sure thing »), mais toujours élégantes et parcimonieuses, la ligne de basse profonde (« The good ones ») ou palpitante (« Amy ») et les synthés atmosphériques entretiennent ce climat feutré.

Les deux dernières pistes de cet LP invitent davantage l’électronique. Psyché/folk, « Y2K » s’ouvre par des claviers cathédralesques, alors que « Jeanie » rend probablement hommage à Terry Riley, une plage que Molly chante aussi bien en français qu’en anglais. Un album qui ne manque pas de charme…

True Widow

Voyage au bout de l’ennui

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Vendredi soir sur la terre, comme chantait l’autre. Les lumières de la nuit commencent à se refléter à la surface des flaques d’eau et Bruxelles m’aspire dans son long œsophage au transit bien ralenti. Trois heures après mon départ de Liège, je me retrouve enfin face à l’Ancienne Belgique, où d’emblée, mes amis me rassurent. Oui, j’ai bel et bien raté la première partie. Oui, j’ai bien fait. Non, ce n’était pas bien terrible.

 as de regrets donc d’avoir manqué Crystal Antlers, dont le set était, suivant la rumeur, assez indigeste. La présence d’Ikey Owens, producteur des Mars Volta, derrière les claviers ne m’ayant pas franchement inspiré confiance, je confesse volontiers un certain soulagement.

Quand montent sur scène les trois True Widow, mes grandes espérances fondées sur l’écoute de divers titres disponibles sur la toile chavirent quelque peu.

Manifestant autant d’enthousiasme qu’un trio de paresseux sous antidépresseurs, notre combo texan se lance, tel un Phoenix englué dans une marée noire, dans un concert au ralenti qui jamais ne prendra son envol…

Une heure d’ennui profond, d’une platitude morne où les musiciens semblent traîner les pieds. Pas la moindre envolée, et les quelques tentatives amorcées ne parviendront jamais à réanimer un scan désespérément plat.

Les voix au diapason restant timidement emprisonnées dans les gorges, la seule envie qui me titillera sera un repli vers le bar. Néanmoins, je me suis efforcé de tenir bon, espérant un quelconque sursaut d’énergie qui hélas, n’est jamais venu.

S’ils sont effectivement très bons sur disques, True Widow ne nous a rien prouvé ce soir. Rien dans le ventre. Sorte de Low neurasthénique (sic !) sans désir ni passion, et donc loin du génie de ceux-ci.

Déçus mais pas vaincus, mes amis et moi quittons l’Ancienne Belgique en direction des bars de Bruxelles où l’entrain est quand même tout autre.

Organisation : AB