Originaire du Mississippi, ce musicien américain dépasse aujourd'hui allègrement les 80 balais. Il fréquente les cercles musicaux depuis plus de 50 ans. Il joue circonstanciellement de la trompette, mais son instrument de prédilection est le piano. Au cours des années 40, il est déjà contaminé par le blues. Celui de Memphis, Beale street ; et tout particulièrement du tout jeune BB King. En 1956, il émigre à New York et rejoint très tôt les milieux du bebop. Ce qui lui permet d’enregistrer en compagnie de Stan Getz, Al Cohn et Zoot Sims. Il a publié une multitude d’albums sous son propre nom. Son dernier remonte quand même à 12 longues années. Il a influencé de nombreux artistes, tant blues que rock. Considérées comme des classiques, certaines de ses compositions ont été reprises par des artistes notoires. Ainsi, "Parchman farm" est devenu un des titres fétiche de John Mayall. Georgie Fame et même Blue Cheer en ont créé leur propre version. Les Yardbirds et Misunderstood ont adapté "I'm not talkin'". Le Who (NDR : témoignage sur « Live at Leeds) et Elvis Costello, "Young man's blues". Le Clash et surtout Van Morrison ("Tell me something : The songs of Mose Allison") lui ont consacré un album. Et enfin Patti Jones a écrit un bouquin sur sa vie et son œuvre : "One mans blues : The life and music of Mose Allison".
L'album s'ouvre par une reprise personnelle du célèbre "My babe" de Willie Dixon, qu’il a rebaptisée "My brain". Patiné de blues, ce morceau sculpté dans le jazz est de très bonne facture. Sa voix semble monocorde, mais c’est parce qu’il veut éviter de hausser le ton, face à la guitare acoustique manouche de Greg Leisz. La section rythmique swingue naturellement. Ses interventions aux ivoires sont très personnelles et créatives. L'approche musicale d'Allison me fait penser à JJ Cale. Pas son style, mais son côté laidback. Surtout sa voix paresseuse, caressante. Et il le démontre tout au long d’"I know you didn't mean it", face aux percus de Jay Bellerose, une compo enrichie d’interventions efficaces au saxophone, mais respectueuses de l’équilibre instrumental. Une instrumentation souvent minimaliste, il faut le préciser. La nonchalance de son débit vocal me rappelle un autre artiste attachant, l’ex Soft Machine, Robert Wyatt. Une voix empreinte d’une grande pudeur et d’une sensibilité à fleur de peau. Et ce raffinement extrême contamine "Everybody thinks you're an angel". La simplicité des compos n’est pourtant qu’apparente ; car en vérité, le contenu est bien plus complexe qu’il n’y paraît. Tendresse et tristesse envahissent "Let it come down". Les roulements accordés par Bellerose sonnent le glas. La slide acoustique de Leisz est exquise. Mose jouit d’une technique brillante et inventive. Et il le démontre tout au long de "Crush", un instru au cours duquel il me rappelle Thélonius Monk. Si le blues propose régulièrement des ambiances fin de nuit, cabaret même, Allison lui, préfère les climats de début de soirée. Une mise en bouche, un apéritif. Facile à appréhender, cette ambiance n’est pas toujours évidente à créer. Et pourtant, il y parvient sur le brillant "Some right, some wrong". Le titre maître est savoureux. Les accords de guitare sont empreints d’une infinie délicatesse. Le timbre vocal est velouté. Le saxophone cajoleur. "Ask me nice" marie naturellement et parfaitement jazz, blues et swing. Signée Joe Henry, producteur dont la carte de visite mentionne Allen Toussaint, Bettye Lavette et Solomon Burke, la mise en forme affiche une grande déférence vis-à-vis du vieil artiste. Tendre ballade, "Once in a while" est bercée par la gratte manouche de Leisz. La cover d’"I'm alright" est issu de la plume de Loudon Wainwright. Un blues qui autorise la présence d’une guitare électrique, mais permet également à Allison de hausser le ton de la voix. En finale, "This new situation" campe un duo amusant entre le vieil homme et sa fille Amy, une chanteuse de country alternatif qui a conservé un timbre de voix juvénile…

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