Sam Hopkins est sans conteste un des plus grands bluesmen de tous les temps. Et toute collection de blues qui se respecte ne saurait bouder ce géant tranquille né un jour de 1912 à Centreville, au Texas. Décédé en janvier 1982, cette légende n'avait foulé le sol européen qu'à deux reprises. En 63 et en 77. Musicien spontané, imprévisible pour ses accompagnateurs, il était le blues.
Nous retrouvons ici Sam à Houston, au cours de trois périodes bien distinctes. Tout d'abord, deux plages qui remontent à 1955, "Late in the evening" et "Lightning Jump". Cette deuxième constituant une de ces perles instrumentales dont il avait le secret. Un exercice de style au cours duquel la guitare électrique sonne aussi moderne que de nos jours! Nous le retrouvons en 1961 pour un blues poignant, "War is starting again". Le tempo s'accélère et le pianiste Errol Nixon se libère pour "Good as old time religion". Lorsque Sam part à la recherche d'une copine ("Got me a Louisiana woman"), il parvient à sortir de sa guitare des notes parfumées ; et il le fait avec une manière tellement déconcertante et avec une telle facilité qu'on en reste sans voix.
Les 15 derniers titres datent de 1968. La 1ère session épingle le jeune Billy Bizor, à l'harmonica. Le feeling est omniprésent. Les blues lents saturés de sensibilité. A l'instar de "Vietnam war" et de "You just gotta miss me". Le timbre de voix de Sam est au comble du désespoir sur "Wake up dead".
De la dernière session, je retiendrai le rythmé et joyeux "I went to Lousiana". Il faut d'ailleurs croire que les routes du Sud inspirent le vieux Sam! La mélancolie engendrée un jour de pluie chez lui à Houston, inonde la plage titulaire. Du pur Lightnin' Hopkins ! Le texte récité, la rythmique à l'avant-plan, les notes solitaires libérées avec parcimonie, se retrouvent avec la même intensité dramatique sur "Cryin' for bread". Superbe! Et puis, "A man like me is hard to find" campe le blues mélancolique Le genre de composition à écouter en solitaire et dans l'obscurité ! Instrumental bâti sur un thème familial, "Go ahead" permet au guitariste de s'évader et de disserter. "I feel like balling the Jack" est en fait le "Feel so good" de Big Bill Broonzy, alors que le sémillant "Mojo Hand" nous entraîne vers la piste de danse. Plus qu'intemporel, Sam est immortel !

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