Il y a 60 ans, le petit Eddie Harrington montait dans le bus à Birmingham, dans l'Alabama. Il n’est alors âgé que de 15 ans. Et débarque à Chicago. Et pourtant, il va devenir une des valeurs sûres du quartier Westside de la Cité des Vents, auprès d'artistes très prestigieux comme Otis Rush, Magic Sam, Freddie King et Luther Allison. Cet opus rend hommage à cette époque ; mais également à cette ville, qui débordait alors d’une folle énergie…
Le vieux Chief ouvre judicieusement l’elpee par le saignant "A good leavin' alone". L’intervention de Billy Branch, à l’harmonica est magistrale. "Hypnotized" redouble d'énergie ? Un R&B puissant soutenu par une section de cuivres. Et par un second gratteur. Celui-ci a mangé du lion. Il arrache de ses cordes des sonorités incroyables, manifestement inspirées du grand Albert King. Ronnie Baker Brooks signe cette sortie pourrie de classe. Il est vrai que Ronnie a de qui tenir ; et pour cause, c’est le fils du grand Lonnie Brooks. La voix d’Eddy est chargée de soul tout au long de "Gotta move on", une compo imprimée sur un tempo lent. Dennis Taylor s’autorise une belle envolée au sax ténor lors de cette ballade cuivrée, interprétée dans l’esprit du label Stax. La reprise du "Walkin through the park" de Muddy Waters est un classique. Tous les musiciens poussent sur le champignon ; et en particulier Branch à l'harmonica! "Do unto others" constitue probablement la plus belle plage de l’elpee. Le tempo est lent. Superbes, les vocaux sont partagés entre Otis Clay et Jimmy Johnson. Des parties vocales enrichies par les chœurs d’Eddie, de Lonnie Brooks et de son rejeton. Ronnie Baker signe un solo de guitare tout en puissance ; un exercice de style inhabituel pour un album du Chief. Branch et Clearwater échangent quelques phrases bien acérées tout au long de "Blue over you", une plage d’excellente facture. "Trouble trouble" constitue la seconde reprise. Un blues lent issu de la plume de Lowell Fulsom. Eddie pousse sa voix avec passion. Daryl Coutts siège derrière le piano. Quoique fluide et libre, le jeu du leader demeure conventionnel. Il nous balance un solo bien juteux face aux cuivres en liesse. Un dialogue est amorcé entre Clearwater et son vieil ami Lonnie Brooks, au début de "Too old to get married". Cette conversation est ponctuée par un bon vieux rock'n'roll. Puissant, furieux, sans concession et sauvage. Les deux hommes se partagent le chant et les cordes. Pour calmer les esprits, Eddie concède une ballade acoustique, "Came up the hardway". Un titre au cours duquel il se remémore une période de son existence bien moins enthousiasmante ; en l’occurrence, lorsqu’il travaillait dans les champs de coton. A Macon, dans le Mississippi. Une pointe de férocité se mêle à la mélancolie de sa voix. Ronnie change le tempo. Il chante les vertus de la vie urbaine. Un excellent moment partagé par ces deux générations qui se complètent si bien. Tant qu’il sera de ce monde, Eddie Clearwater n'oubliera jamais que du sang de cherokee circule dans ses veines. Il a toujours affiché des signes distinctifs de chef indien. Des insignes ou un couvre-chef, par exemple… "They call me the chief" est dynamisé par des percus. Une compo issue de la plume de Brooks. Le vieil homme se déhanche comme dans ses jeunes années. Il arrache des sons écorchés de sa Gibson rouge. Et les cuivres embraient de leurs cris douloureux. Eddie chante son étrange "Rock-a-blues away". Le climat est davantage rock que blues. Les tonalités modernes sont surprenantes. Il achève cet elpee par "A time for peace", une plage agréable empreinte d’une grande sérénité. Les accents gospels sont alimentés par des chœurs féminins apaisants. En enregistrant cet opus pour Alligator, le label blues de Chicago par excellence, le Chief vient de réaliser son rêve. Et c'est un très bon album…

Nederlands
Français 
