L’aurore de Lathe of Heaven…

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Bienvenue dans le monde civilisé de Ghostwoman…

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Albums cultes

Mike Oldfield

Tubular Bells Remaster 2009 (Edition Deluxe)

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“Tubular Bells” est l’œuvre maîtresse de Mike Oldfield. Nul ne peut le nier. Et pourtant son second elpee, « Herghest ride » est de toute bonne facture. Il avait même atteint même la première place des charts en Grande Bretagne. En 1975, Mike commet dans la foulée « Ommadawn », un elpee tout aussi convainquant ; un disque pour lequel il reçoit le concours du Paddy Moloney, le leader des Chieftains. Mais le natif de Reading est déjà devenu ‘Mr. Tubular Bells’. Et il va traîner le succès de son premier opus comme un véritable boulet, toute sa vie. A un tel point qu’il va consentir à lui donner une suite (« II » et « III »), proposer des versions alternatives et même enregistrer d’autres disques (NDR : plus ou moins 25 !), qui ne susciteront d’intérêt que chez ses véritables aficionados. Deux exceptions qui confirme la règle : le 45 tours « Guilty », une compo allègre, presque disco ; et puis le hit single « Moonlight shadow », enregistré en compagnie de Maggie Reilly en 1983. Deux morceaux qui s’écarte alors complètement du style symphonico-atmosphérique auquel il avait alors habitué son public, jusqu'alors. Mais rien à faire, la seconde moitié des seventies est marquée par l’événement du punk ; et Oldfield est relégué au rang des dinosaures de la prog, au même titre que Yes, Emerson Lake & Palmer et consorts.

Mais revenons aux débuts de Mike Oldfield. A l’âge de 14 ans, il militait au sein du groupe de sa sœur Sally, Sallyangie. Cet épisode est d’ailleurs immortalisé par la sortie d’un elpee en 1968, « Children of the sun ». Puis, il va fonder Barefoot, dont la durée d’existence sera tout à fait épisodique, avant de rencontrer Kevin Ayers. Il devient alors le bassiste de The Whole Wold, responsable d’un unique album en 1970, « Shooting at the moon ». Cependant, dans sa tête, il mijote déjà le projet d’un futur concept album. Un long morceau instrumental qu’il va baptiser « Tubular bells ». Lors des sessions d’enregistrement, il n’est assisté que par les ingénieurs du son Simon Heuworth et Tom Newman. Il joue plus de trente instruments différents et utilise la technique de l’overdubbing. Qu’il a bricolée mais rendue terriblement performante. Encouragé par David Bedford, il signe finalement chez le nouveau label créé par Richard Branson (NDR : oui, oui, le patron de Virgin Airlines). A cette époque, ce passionné de musique avait démarché des tas de firmes de disques, pour faire signer son poulain, mais sans succès. Il décide alors de fonder son propre label : Virgin. Et le premier disque à sortir sur cette nouvelle firme de disques est celui de Mike. Il paraît le 25 mai 1973. John Peel passe le disque dans son intégralité lors de son émission fétiche ; et puis William Friedkin en utilise une extrait (NDR : qui paraîtra également en single), pour son film-culte l’« Exorciste ». Le succès est fulgurant. Le disque deviendra ‘multiplatinium’. Et même culte.

Universal vient donc de rééditer cette œuvre. Et notamment sous une version Deluxe qui recèle deux disques audio et un dvd. En audio, on a droit à la partie I et II remixées aux Bahamas par Mike en mars dernier et puis une seconde sous leur version stéréophonique originale, le tout enrichi de bonus tracks. Et puis un troisième disque propose des ‘Surround sound mixes’ opérés par Oldfield, ainsi qu’un film consacré à l’interprétation du classique le 1er décembre 1973, sur la BBC. Mike est alors accompagné par quelques musiciens de studio. Un booklet de 24 pages abondamment illustré et des commentaires judicieusement rédigés accompagne l’œuvre.

 

Robert Wyatt

Rock Bottom

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Juin 1973, alors qu’il prépare un troisième elpee de Matching Mole en compagnie du saxophoniste britannique Gary Windo, Robert Wyatt, complètement ivre, tombe de la fenêtre du quatrième étage d’un immeuble, au beau milieu d’une fête. Il se brise la colonne vertébrale et ne s’en relèvera que paraplégique. Un drummer qui se retrouve dans une chaise roulante, c’est plutôt galère. Et pourtant, sa carrière musicale ne sera pas brisée, mais va se transfigurer. Au cours des six mois d’hospitalisation, il écrit et compose son second opus solo (NDR : en fait pas tout à fait, puisque certaines chansons avaient déjà été imaginées, lors d’un voyage à Venise). Littéraire, « Rock bottom » est consacré en France par l’Académie Charles Cros. Pour concocter ce disque, Wyatt a notamment bénéficié du concours de Hugh Hopper, Richard Sinclair, Gary Windo, Fred Frith, Mongezi Feza (un trompettiste sud-africain) et Mike Oldfield. Ainsi que de Nick Mason, le drummer du Pink Floyd, à la mise en forme. Sans oublier son épouse, l’artiste-peintre Alfreda Benge (NDR : à partir de cette époque, c’est elle qui va se charger de dessiner toutes les pochettes) aux vocaux sur « Alfie ». Le Floyd est alors parvenu à récolter la somme de 10 000 £ en organisant un benefit concert afin que Bob puisse sortir ce disque. Douloureusement personnalisée, cette œuvre affiche une profondeur exemplaire, musicalement inimitable. Prouesses vocales, avalanches de cuivres, cet opus chargé de mélancolie, plongé dans une atmosphère claustrophobe, mentale, mérite assurément de figurer au panthéon des œuvres d’exception. Et pas seulement parce qu’il va influencer une multitude d’artistes et de groupes, pendant plusieurs décennies. Album ‘phare’ de la décennie, « Rock Bottom » mérite assurément de figurer parmi les albums-culte de l’histoire du rock… (Réédition album paru initialement en 1974)

The Moody Blues

To our children’s children’s children

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Au sein de la discographie des Moody Blues, on peut manifestement avancer que ce « To our children’s children’s children » mérite de figurer parmi les albums culte. Il vient de bénéficier d’une réédition remasterisée. Enrichi par cinq bonus tracks (dont deux morceaux alternatifs et un ‘extended’) et puis de deux immortalisés ‘live’ le 17 décembre 1969, dans le cadre du show de David Symonds pour la BBC, cet opus ne souffre d’aucune faiblesse. Il évoque un voyage introspectif à travers l’espace. Et constitue le concept album par excellence. Une œuvre qui navigue en pleine prog. Parfois teintée de psychédélisme. Le son est luxuriant. La mélodie envoûtante. Les harmonies vocales limpides, éthérées. Le mélange entre cordes de guitare acoustiques et électriques en osmose. Les arrangements époustouflants. Le mellotron est devenu une des pièces centrales de l’instrumentation. Et ma foi, le résultat est plutôt concluant. Surtout dans le domaine des orchestrations. Ne pas oublier que nous sommes en 1969 ! Rien que l’ouverture, « Higher and higher », vous en met plein la vue. Et le reste reflète une beauté diaphane susceptible de vous transporter dans une quatrième dimension. Premier elpee enregistré pour leur propre label Threshold, “To our children’s children’s children” est un incontournable qui devrait trôner dans toute compactothèque qui se respecte. A moins que vous ne disposiez déjà du vinyle. Mais comme c’est en mid price…

En concert ce 28 octobre 2008 au Monacoplein d’Ostende.

 

The Verve

A northern soul

En 1993, Verve commettait un superbe opus, "A Storm in Heaven", un disque que la plupart d'entre vous ont sans doute snobé par manque d'audace ou tout simplement par paresse. C'est vrai que la musique de ce quatuor est intemporelle, atmosphérique, difficile même parfois, mais tellement vivifiante et surtout exaltante. Reflétant l'état d'esprit d'un chanteur/compositeur illuminé et fascinant, Richard Ashcroft. Depuis, le groupe a dû adapter son patronyme en The Verve, suite à une action judiciaire menée par un label yankee frustré. Commis une compile de singles. Passée totalement inaperçue, faute de promo, il faut le souligner. Enfin, s'est décidé à faire appel à Owen Morris, ingénieur du son chez Oasis, pour coproduire son nouvel opus. Et, il faut reconnaître que la formation galloise vient de frapper fort. Très fort même. Etablissant subconsciemment un pont naturel entre Oasis et les prémisses des Stones Roses. Rien que le titre maître, qui exhume les fantômes des Stooges, Doors et autres Thee Hypnotics originels, mérite un prix d'excellence. Et le reste ne manque pas de surprises. Comme cet "History" enrichi d'orchestrations symphoniques opérées dans le célèbre studio Abbey Road. Ou encore "A new decade" et "This is music" aussi stupéfiants qu'imprévisibles. Douze expérimentations stimulantes où violence, douleur, exaltation, sexualité, dépression, romance, mort et mysticisme alimentent un paysage sonore vertigineux, kaléidoscopique. Calme un instant, tumultueux le suivant, il s'évapore dans l'éther stratosphérique avant d'atteindre les rêves célestes de la "Northern soul"...

 

The Verve

A storm in heaven

En 1993, Verve bénéficie d’une une campagne de presse qui frôle l’indécence. Dans le style réservé à Suede. Etonnant d’ailleurs pour deux groupes qui alors n’ont toujours pas enregistré le moindre album. D’ailleurs le premier elpee de Suede était largement perfectible, pour ne pas dire bâclé, même si à l’époque on ne contestait pas la valeur du groupe promis à un bel avenir. Bref, quoi de plus normal alors d’être méfiant vis-à-vis de Verve. « A storm in heaven » allait-il déclencher une tempête dans un verre d’eau ? On a rapidement été rassuré. Et pourtant, le disque ne recèle aucun titre susceptible d’enflammer instantanément, mais sa maturité et son équilibre sont alors étonnants pour une aussi jeune formation.

Produite par John Leckie, cette œuvre nous invite à traverser des climats vertigineux, extatiques, puis des turbulences tempétueuses, dramatiques, avant de revenir contempler des horizons paisibles, fragiles, propices aux rêves les plus impressionnistes. Les guitares sont tantôt sensuelles, ondoyantes, menaçantes ou fluides, épisodiquement, un sax ou une flûte accentue le côté planant des mélodies. Et puis la voix dédaigneuse de Richard Ashcroft se fond dans l’ensemble avec une telle séduction et un tel souci du détail, qu’elle en devient bouleversante…

Dennis Wilson

Pacific Ocean Blue

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L’histoire des Beach Boys n’a jamais été un long fleuve tranquille. On peut même dire qu’elle a été torrentueuse et dramatique. Et pas seulement celle du leader Brian, interné à plusieurs reprises ou celle de Carl, décédé en 1998, des suites d’un cancer du poumon. Si vous avez un jour l’occasion de lire la saga de la famille Wilson, vous allez même vous demander comment ce groupe a pu se forger un répertoire aussi allègre et ensoleillé, alors que leur parcours est parsemé d’événements tragiques. Dennis, le beau gosse, n’y a pas échappé. Une enfance difficile voire rebelle, des relations amoureuses conflictuelles et scabreuses, une dépendance à l’alcool et à la drogue, sans oublier les déboires subis après avoir hébergé le futur assassin de Sharon Tate, Charles Mansun. Et pour couronner le tout une noyade au large de Marina Del Rey, le 28 décembre 1983. Franchement, il y a ici largement matière pour réaliser un long métrage.

Mais venons-en à ce « Pacific ocean blue ». Un disque paru en 1977 sous la forme du vinyle. En édition limitée. Si bien qu’il va devenir une véritable pièce de collection. Pas pour rien qu’on va le surnommer « The lost album » ! Il va bien être réédité, début des eighties, sous la forme du compact disc. Mais pas en nombre suffisant pour éviter la surenchère. Si bien que sur certains sites spécialisés, il va se négocier à plus de 200$. Faut dire qu’il est considéré comme un chef d’œuvre des seventies. Legacy a donc décidé de le ressortir une nouvelle fois mais sous la forme d’un box luxueux. Le premier disque réunit 12 morceaux originaux et 4 bonus tracks, alors que le second est consacré au projet Bambu. C’est-à-dire son elpee « The caribou sessions », jamais officiellement édité à ce jour, enrichi de deux titres issus des sessions d’enregistrement.

The Triffids

Born Sandy Devotional

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« Born sandy devotional » est manifestement le chef d’œuvre des Triffids, une formation australienne qui n’a jamais été reconnue à sa juste valeur. Fondée vers 1978, après avoir changé plusieurs fois de nom, elle s’est séparée en 1989. Elle impliquait deux frères à la forte personnalité : les Mc Comb. Ils ont passé toute leur jeunesse au sein de leur famille, à Perth, sur la côte Ouest de l’Australie. David est chanteur/compositeur/pianiste, Rob violoniste/guitariste/claviériste. Le noyau fondateur impliquait également le drummer Alsy Mc Donaldson. En une grosse décennie d’existence, le line up va cependant connaître quelques modifications, ne rencontrant une toute relative stabilité qu’en 1983. Lorsque le combo s’est séparé, David s’installe à Londres et décide d’entreprendre une carrière solo. Mais il n’obtiendra pas davantage de succès. Toxicomane, rongé par l’alcoolisme, il va même subir une transplantation cardiaque ; mais victime d’un accident de circulation le 30 janvier 1999, son cœur ne supporte pas le choc et il décède trois jours plus tard.

Mais venons-en à ce « Born Sandy devotionnal ». Produit par Gil Norton (Echo & The Bunnymen), il paraît en 1985 et entre dans le top 30 en Grande-Bretagne. Un disque dont le lyrisme épique, ténébreux, semble hanté par le spectre d’un Gram Parsons (NDR : en extrapolant, on se demande aujourd’hui si ce n’est pas Nick Cave qui est hanté par les Triffids) et vous envoûte progressivement. Tantôt le violon, tantôt les claviers balayent cet espace sonore propice à la projection d’images évoquant les étendues immenses de leur Australie natale. Et lorsque la slide (NDR : après un détour par les Apartments, Graham Lee vient alors de débarquer) déchire l’horizon, on est bercé par une forme de mélancolie douce. Enfin, il ne faut pas oublier la poésie de David. Une poésie énigmatique, mélancolique, sombre qu’il interprète d’un timbre majestueux, dramatique. Et surtout d’une voix terriblement humaine, susceptible de communiquer instantanément, un flux très intense d’émotions. 

Lors de sa réédition, le disque a été enrichi de toute une série de bonus tracks (démos, flip sides, poèmes, etc.)

Soul Coughing

Irresistible Bliss (a)

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10 ans déjà ! Et si l’on regarde de très près, on peut encore observer les traces de la claque envoyée sur la joue de quiconque aurait succombé aux joies du rock après avoir glissé cet « Irresistible Bliss » dans sa sono. Du pur génie. Un génie qui se fait sentir dès les premières notes de « Super Bon Bon » et de sa terrible ligne de basse, marque de fabrique des compos de Soul Coughing. Embrasés par la voix radiale de l’énigmatique M. Doughty et la langue déjà à terre après une bouchée seulement, on se laisse aller à déguster tour à tour « Soft Serve », « 4 Out Of 5 » et « Soundtrack To Mary » avant de se surprendre à en redemander, tel un junkie pathétique prêt à tout pour obtenir son graal. C’est que cette œuvre machiavélique pousserait presque à souhaiter que grand mal s’abatte sur tous ceux qui hésiteraient à abandonner toute once de dignité au profit de l’angoissant « Sleepless », du prodigieux « Lazybones » ou du kitsh jazz-cabaret de « Disseminated ». En guise de final, « How Many Cans ? » se dévore, des idées noires plein la tête et idéalement accompagné de quelques bouteilles de whisky ingurgitées au préalable. Intelligent, précis, terrifiant, addictif, jouissif, « Irresistible Bliss » n’aurait pas pu porter meilleur titre. L’aventure Soul Coughing, qui s'est achevée en 2000, aura duré l’espace de trois albums studio et bien que le quartet new-yorkais n’est aujourd’hui qu’une sombre et infime miette de l’histoire du rock, il aura eu le mérite de laisser derrière lui ce régal auditif qui se ressert sans fin. Aujourd’hui, après avoir récupéré les dernières lettres de son prénom et perdu le voile de mystère qui enveloppait son personnage, Mike Doughty officie tout seul comme un grand. Sans atteindre le perfectionnisme ou l'obscurantisme des travaux de son ancienne formation, son nouvel album, « Haughty Melodic », ne devrait pas déplaire aux nostalgiques en manque.

 

Sebadoh

III

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Sebadoh est passé à un trio lorsqu’il enregistre cet album : le drummer et multi-instrumentiste Jason Loewenstein vient de rejoindre Eric Gaffey et Lou Barlow. Nous sommes alors en 1991. Bien que les premières prises aient été opérées dans un garage à l’aide d’un quatre pistes à cassettes, la formation bénéficie de structures un peu plus professionnelles pour concocter cet elpee. 23 plages au cours desquelles les trois acolytes changent constamment d’instruments et se réservent le songwriting à tour de rôle. Si ce disque n’est pas le chef d’œuvre de Sebadoh, il est probablement celui qui a le plus influencé la scène lo-fi américaine. Le son est brut et cru. Les compos minimalistes, parfois bancales, en général mélodiques, oscillent entre folk, power pop, punk, psychédélisme (celui de Syd Barrett !), country, et blues ; épisodiquement le hardcore. Et bonne nouvelle, cet album culte vient de ressortir. Non seulement les 23 morceaux ont été remasterisés, mais l’opus a été enrichi d’un deuxième compact disc réunissant inédits issus des sessions d’enregistrements de ce « III », quelques démos de Barlow, ainsi que du fameux « Gimmie indie rock » compo iconoclaste et ironique qui figurait sur l’Ep, devenu aujourd’hui introuvable.

Arthur Russell

World of Echo

Personnage culte de l’underground disco/no wave new-yorkais, Arthur Russell s'est imposé dans les années 80 comme l’un des précurseurs du digital dub, de la house garage et de la ‘minimal’ techno en vogue à l’heure actuelle. De Superpitcher à Rhythm & Sound, de DFA à Raster-Noton, nombreux sont les esthètes du beat contemporain qui doivent à ce génie, mort du SIDA en 1992, leur sens du BPM qui dure et de la nappe qui s’étire. ‘C’est la ouate’, comme on dit, et ce « World of Echo » en est la saisissante traduction sonore. Enregistré en 1985-86, cet album méconnu mais séminal est enfin réédité par Rough Trade, en même temps que sort chez Soul Jazz une compile de ses ‘tubes’ écrits sous différents alias (Lola, Dinosaur L, Loose Joint). Compagnon de (dé)route d’Allen Ginsberg, de David Byrne et de Rhys Chatham, Arthur Russell s’est évertué toute sa carrière à remuer l’espace, le temps, en usant de l’écho ou de la reverb comme d’un instrument à part entière. Cette dynamique nouvelle, empruntant à la fois ses idées aux minimalistes (Glass, Reich, Riley) et aux premiers DJ’s (Levan, Kevorkian, Mancuso), provoque à l’audition cette sensation de vague à l’âme extrême, d’étrange dilatation. De l’art de la dilution, de la réminiscence : celle d’un monde prénatal, comme baigné dans un liquide amniotique, qui sauve des maladies. L’oreille ainsi plongée dans un autre espace-temps, ne reste plus qu’au cerveau de divaguer à l’aise, ses synapses caressées par ce ‘cello’ qui vibre. Et la dance, dans tout ça ? Elle frétille sous le panégyrique : si Russell est comparé parfois à un théoricien disco, aimé seulement des têtes chercheuses, sa musique invite aussi nos pieds à taper la cadence. Une cadence étrange, peut-être, mais d’une puissance le plus souvent mystique.



 

 

 

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