Ce quintette originaire de l'Est des Pays-Bas se réclame du garage blues band ; un peu comme sa principale source d'inspiration : les Californiens du regretté Lester Butler et de ses Red Devils. Les Cuban Heels sont également des inconditionnels de Kim Wilson et des Fabulous Thunderbirds de la seconde moitié des seventies. Si les Heels tournent beaucoup dans leur pays, ils passent régulièrement par la Belgique. Ils avaient déjà commis un elpee chez Cool Buzz en 2001 : "Sweet and lowdown".
Le line up du combo est constitué de Jan Hidding au chant, d'Ernst Ferkenius à harmonica, de Rico Gerfen à la guitare, d'Arnoud Vanden Berg à la basse et de Chiel ten Vaarwerk aux drums. La première plage, "I need love (Let's get down on the floor)", nous plonge immédiatement au sein de l'univers de Lester Butler. Assez lourde et diffuse, la section rythmique supporte le poids des partenaires qui s'agitent en front de scène. Statique face à son micro, Jan chante. Ernst souffle dans son harmonica poussiéreux, pendant que la guitare se fraie progressivement son chemin, avant de se mettre en exergue. Signé Bas Flesseman de Sugarcane, "Deal goes south" pousse encore plus loin cette introspection au cœur de cette atmosphère blafarde. Une atmosphère qui trahit le mal vivre d'une génération. La section rythmique soutient l'ensemble. La voix monocorde, fantomatique transparaît. Particulièrement réverbérée, ténébreuse, la guitare entre en convulsion et entretient un son franchement pourri. Ce ton volontairement primaire contamine la plage suivante : "Let me ride with you". Le rythme est très en avant. Les solistes se querellent pour tirer leur épingle du jeu. Pour la circonstance, c'est Rico Gerfen qui se libère avant les autres. Après un faux départ, les Heels foncent tête baissée pour interpréter "I want you (Love song)". Imperturbable, Jan récite son texte ; et ce nonobstant l'arrivée en quasi dérapage contrôlé d'Ernst et de la fureur de la section rythmique qui se trame en toile de fond. La présence de Hidding devient parfois hypnotique. Il embrasse le micro comme pouvait le faire Jim Morrison, au sommet de son art. C'est tellement vrai sur l'effrayant "Another man's done gone". Rico alourdit volontairement son jeu. Les cordes sortent progressivement de cette torpeur, mêlant rythmique et rivalité en compagnie de son compatriote Mischa den Haring, gratteur chez T-99. Hidding récite a cappella "No more trouble", à l'instar d'une bête maintenue en cage. Les Cuban Heels entretiennent ce climat de transe qui les ravit. Jan chante toujours comme s'il était au bout du rouleau. La voix s'étire paresseusement devant l'outil rythmique, très soudé derrière lui. Cette formule est reproduite à la perfection sur "Craving you". L'adaptation hypnotique du "Stranger blues" d'Elmore James est déterminante. La voix s'évade de l'au-delà face au travail sourd et percutant de la basse et des percussions. L'harmonica se détache de cet enchaînement avec une souplesse inaccoutumée. Impressionnant ! Cet opus s'achève par "Gonna move". Un shuffle d'enfer à la rythmique de plomb, au cours duquel Ferkenius prend plaisir à imprimer ses notes sur l'harmo, et que Gerfen déchire, lacère les sons de ses cordes, avant de tirer une salve finale. Incontournable !

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