Christopher Anton Rea est né en mars 1951. A Middlesbrough, en Angleterre. Ses débuts à la guitare sont inspirés par Joe Walsh et Ry Cooder. Il fonde son premier groupe en 1973 : Magdalene. Un combo au sein duquel le futur Deep Purple, David Coverdale, est préposé au chant. Il embrasse ensuite une carrière solo.
Paru en 1978, son 1er album "Fool" ne recueille qu'un succès plutôt discret. Depuis, Chris a commis, presque chaque année, un nouvel elpee. Dont "Road to hell" en 1983 et "Auberge" en 1991 décrocheront la première place dans les charts. Son dernier album, "King of the beach", remonte à 2000. Chris Rea est surtout célèbre pour la beauté naturelle de son chant et son jeu à la slide ; mais manifestement, il est plus apprécié dans les milieux pop/rock que blues. Il serait cependant dommage que ces derniers boudent ce "Stony Road", car il est sculpté dans le Delta blues du Mississippi. Chris a composé toutes les plages. Il a reçu le concours de Martin Ditcham aux drums, Sylvin Marc à la basse, Robert Ahwai à la guitare, Ed Hession à l'accordéon et Gerry O'Connor au banjo.
"Changing times" ouvre le feu. Chris actionne un bottleneck électrique au son poussiéreux. Les musiciens trament la toile sonore du rythme ; et en particulier l'accordéon qui reste toujours en retrait. Authentique, dépouillé à l'extrême, "Easy rider" est très impressionnant. Après quelques notes de dobro, le banjo paresseux commence à distiller quelques petites grappes de notes. Le timbre vocal chaud et graveleux est très présent. Lorsqu'elle se libère, la slide métallique vous flanque un sacré frisson dans le dos. A fleur de peau, minimaliste, l'atmosphère se maintient tout au long de la plage générique. La section rythmique est très effacée. Seule la slide se permet des diversions au sein de ce décor lugubre et fantomatique. Nonchalante et laidback la voix exerce des ravages dans ce style. Mr Rea s'inspire surtout des anciens maîtres du Delta, tels que Charley Patton et Blind Willie Johnson. Sur "Dancing the blues away", Chris injecte du tonus à son blues. Davantage allègre, le rythme autorise l'accordéon et les percussions à participer au festin sonore. Tout au long de "Burning feet", caractérisé par un dobro chargé bourré de feeling, Chris observe un chant personnel, très laidback, qui me rappelle JJ Cale. Un harmonica sautillant introduit le rythme de "Mississippi 2", cette rivière qui coule dans ses veines. Tempéré dans le son et l'énergie, ce boogie est rondement mené. Faut dire que Rea n'est pas un extraverti. Un piano pourri, sorti tout droit d'un barrelhouse, annonce "Slow dance". Une danse pour le R&B. Une plage enjouée, au cours de laquelle l'accordéon et la slide sont distillés goutte à goutte. Le ton devient grave lorsque Chris aborde "When the good Lord talked to Jesus". C'est la parole du père à son fils. Une tristesse infinie nous envahit. La lumière diffuse nous éclaire à peine. Un piano sourd et un accordéon particulièrement sobre entretiennent ce climat tout en retenue instrumentale. Seule la voix rocailleuse se fraie un chemin pour aboutir à la clarté de "Heading for the city". "So lonely", nous ramène au chœur du Delta. La slide se complait au cœur de cet espace volontairement dramatique et toujours aussi dépouillé. Chris est à cet instant tellement proche de ces songsters d'une autre époque. Le diable serait-il à nouveau à la rencontre de carrefours mythiques (Crossroads)? Au cours des dernier mois, Chris a traversé des moments difficiles. De sérieux problèmes de santé ont même miné son moral. Pourtant, il fait preuve d'optimisme mais sans esquisser le moindre sourire, lorsqu'il chante "Someday my peace will come". Le banjo et l'harmonica donnent la réplique à son timbre vocal empreint de douceur, tout au long de "The hustler". Pour achever cette œuvre, Rea se mue en poète ; et à l'instar d'un Leonard Cohen, il murmure d'une voix grave "Give that girl a diamond". Non seulement cet opus est excellent, mais en outre, il constituera une véritable révélation pour les aficionados de blues. Et franchement, je lui souhaite bon vent dans cette nouvelle direction qu'il vient d'embrasser. D'ailleurs, n'a-t-il pas déjà vendu, au cours de ces vingt dernières années, plus de trente millions d'albums ?

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