Agé de 25 ans, JW Jones est un jeune chanteur/guitariste canadien. D'Ottawa très exactement. Il avait tapé dans l’oreille de Kim Wilson en personne. Pas pour rien que ce dernier avait participé à l'enregistrement de ses deux derniers albums : "Bogart's bounce" en 2002, et "My kind of evil" en 2004, deux opus parus chez Northern Blues Music de l'autre côté de l'Atlantique et Crosscut en Europe. Le backing band de JW implique toujours l’excellent bassiste Nathan Morris et le pianiste Geoff Daye ; mais c'est désormais Artie Makrie qui se réserve les baguettes. Et puis surtout la production. L'album est dédié à la mémoire de son jeune frère, Gabriel Wynne-Jones, décédé en 2005, à l’issue d’un accident de la route. Il n’avait alors que 22 ans.
JW a composé onze des quatorze plages de ce nouvel elpee. "Kissing in 29 days" ouvre la plaque. Une compo explosive. Le tempo est très enlevé. La section de cuivre des Wind-Chill Factor Horns soutient le quartet de base. JW délivre un premier solo redoutable face à Geoff qui s'acharne sur les ivoires. L'étreinte ne se desserre toujours pas lorsque le Band attaque "Hey girl!", un fragment composé par le regretté Little Milton Campbell. Sculpté dans un rock'n'roll tout droit sorti des années 50, ce morceau autorise des sorties à haut niveau de la guitare. Tout d’abord rudimentaire, elle s'affine progressivement avant de laisser le Canadien manifester tout son savoir-faire. Ce qui n’empêche pas Brian Asselin de déménager sur son sax ténor. Little Milton avait été invité pour participer aux sessions d’enregistrement. Il n’a malheureusement pu y participer. Et pour cause, il est décédé peu de temps auparavant. Le niveau monte encore d'un cran lorsque "All my money" cherche à recréer le big band blues du Beale Street de Memphis, immortalisé dans les 50s. Au sommet de son art, JW se met dans la peau de BB King qui aurait conservé toute son agressivité, sa pugnacité. L’attaque est permanente. Particulièrement brillant, Mr Wynn-Jones prouve ici qu'il a bien trouvé son style en synthétisant le meilleur des autres. Pour "I don't want to hear", Geoff est passé à l'orgue Hammond. Un fragment de pur R&B au cours duquel la section de cuivres libère un maximum de groove. Et pour cause, Nathan s'acharne sur sa basse. Pourtant, chaque instrument demeure bien distinct. Patrick Camiré parvient même à s'isoler à l’aide de sa trompette. Soutenu par l'orgue, "Games" épouse une rythmique funky, une plage au cours de laquelle les cuivres se montrent de plus en plus nerveux. L’effervescence gagne les cordes de JW qui nous délivre un solo particulièrement torride et fiévreux. Instrumental, "Parasomnia" est imprimé sur un tempo vivifiant. Un interlude empreint de jazz et de swing. Infernale, la partie de guitare libère un maximum de notes ; mais pas une de trop. Les musiciens se présentent successivement. La basse et la batterie échangent leurs points de vue. Invité, David "Fathead" Newman polarise le devant de la scène en soufflant alertement dans son sax ténor. Michael Dalrymple le seconde au baryton. Fathead Newman est un jazzman remarquable. Agé de plus de 70 ans, ce merveilleux saxophoniste a longtemps joué au sein du Ray Charles Band. Il vient également de sortir un tout nouvel album, "Cityscape", chez Blue Note. Il a manifestement une pêche d’enfer et une classe inimitable. Swing et ambiance cabaret envahissent le climat musical de "Fly to you". Jones a accompli des progrès remarquables au niveau du chant. Il a bien écouté et surtout retenu la quintessence de Wynonie Harris, Little Milton, Roy Brown et de quelques autres… Shuffle de bonne facture, le classique "Got me chasin" marque un retour au blues urbain. La rythmique est classieuse. L’esprit de Jimmy Reed est tout proche. Ceux d’Eddie Taylor et du grand Jimmie Rogers ne sont pas loin non plus. Nous sommes dans le Southside de Chicago. Bien trempée dans le style urbain des 50s, la voix est à nouveau impeccable. Franck Scanga a troqué son saxophone contre un harmonica. Cet instant est un moment de bonheur absolu pour les fans de blues. Pour la première fois, le tempo est indolent. Très indolent. Les lumières s'éteignent. On baigne dans une atmosphère fin de soirée. Les couples se soudent sur la piste. Jones chante le slow blues "Way too late, dans un registre aussi paresseux que celui d'Eddie King. Le célèbre "Hallelujah I love her so" de Ray Charles célèbre le retour du sémillant Fathead Newman au saxophone. Il est ensuite confronté à Brian James Asselin pour le "Pretty little sweet thing" de Jimmy Mc Carcklin. Son honky sax fait la différence, alors que la guitare déborde de vivacité. Que du bonheur ! "Standing in line" opère un retour au blues rock shuffle. Un titre percutant au cours duquel Jones et sa bande nous entraînent dans le rythme. Un autre hommage à feu son jeune frère, parcouru de riffs immortalisés par Howlin' Wolf. Pas de temps de musarder sur cet opus. Même en fin de parcours. A croire que le souffle de cet ensemble est inépuisable. A l’instar de "No love", caractérisé par un solo de cordes tout bonnement impressionnant. Et puis du final "Here she comes". Inspiré de nouveau par Ray Charles, il est ponctué par une dernière apparition de Fathead Newman. Un superbe album !

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